mardi 2 août 2011

Le Coudray à Saint-André-Goule-d’Oie du 16e au 18e siècle


L’importance de nos découvertes récentes aux Archives de Vendée sur les familles Moreau et de Vaugiraud nous amène à reprendre notre article sur l’histoire du Coudray à Saint-André-Goule-d’Oie  du 16e au 18e siècles. Publié en août 2011 et complété en octobre et décembre de la même année, nous le reprenons pour le corriger et le compléter à nouveau. L’exigence de donner des informations fiables sur internet est à ce prix, et le présent article remplace les versions précédentes.


 Logis du Coudray, côté Est (juin 2015)
Le mot de "coudray", souvent orthographié "coudrais" autrefois, vient probablement du lieu planté de noisetiers, appelés coudriers. Nous savons que le seigneur de Linières possédait au Coudray un bois de haute futaie de vingt-cinq boisselées avant la Révolution. Un autre lieu-dit aux Essarts porte aussi le nom de Coudrais, mais aussi ailleurs en Vendée (voir le dictionnaire toponymique sur le site des archives de Vendée). Dans les papiers anciens, le village portait le nom du Coudray-Loriau, du nom de son fondateur probablement.

La fin d’une seigneurie au 17e siècle (Menanteau, Royrand)


Dans un dénombrement du seigneur de Languiller (Chauché) au baron des Essarts du 18 mars 1550 (1), on apprend que le fief du Coudray était tenu sous hommage plain et à rachat de la seigneurie du Coin-Foucaud, celle-ci étant alors possédée par la seigneurie de Languiller. Le fief du Coudray appartenait alors à Loys Audayer, écuyer seigneur de la Maisonneuve à Montournais (2). Le rachat indiqué ici était un droit à payer au suzerain au moment de chaque transmission du fief chez le vassal.

Loys Audayer est probablement le dernier seigneur du fief noble du Coudray Loriau. Ensuite nous ne possédons aucune archive sur la situation féodo-vassalique du Coudray dans le chartrier de la Rabatelière, alors que dans ce dernier on trouve beaucoup de documents concernant presque tous les fiefs et tènement de Saint-André-Goule-d’Oie à partir surtout du 17e siècle. Les archives concernant le Coudray font malheureusement partie de celles qui se sont abîmées et ne sont plus accessibles. Mais d’autres archives des familles Moreau et de Vaugiraud, permettent de reconstituer l’histoire en partie du Coudray.

La seigneurie du Coudray relevait de celle du Coin Foucaud, et possédait des droits de fiefs sur la Forêt et la Bergeonnière, deux villages voisins. Pour eux on trouve des documents. On apprend ainsi que le droit de fief sur la Bergeonnière a été repris par le suzerain du Coudray, la seigneurie du Coin Foucaud, vers la fin du 16e siècle. Ensuite les possesseurs de droits seigneuriaux sur la Bergeonnière rendaient  leur déclaration noble à Languiller, pour raison du Coin Foucaud. Il en a été de même à la Forêt.

Ce que nous savons des successeurs de Loys Audayer, nous conduit à penser que le droit de fief du Coudray a lui aussi été repris par son suzerain, comme le reste de la seigneurie, même si on continué par tradition à désigner le Coudray comme un fief. En effet, Toussaint Menanteau a acheté à Loys Audayer ou aux héritiers de ce dernier, ses biens du Coudray. Puis ceux-ci sont passés par mariage à trois générations de Royrand. Les Royrand ont progressivement vendus leurs biens aux Moreau. L’abondance de la documentation concernant les Moreau nous confirme la disparition de la seigneurie du Coudray. Elle montre en revanche les efforts de la branche aînée des Moreau, seulement sieur du Coudray, pour tenter de reconstituer une seigneurie.

Blason Menanteau
A la fin du 16e siècle, le fief du Coudray est possédé par Toussaint Menanteau, désigné dans des actes comme sieur du Coudray et de la Girardière, qui serait né vers 1550 (3). C’était un noble, semble-t-il. A la même époque le fermier de la baronnie des Essarts s’appelait aussi Toussaint Menanteau, habitant dans le bourg des Essarts. Nos recherches ne nous ont pas permis de faire un lien entre les deux hommes, et nous en restons à l’idée de deux personnes différentes.

Toussaint Menanteau s’est marié avec Gilone de Gazeau de la Brandasnière, fille de Jean Gazeau (1520-1597) et de Jacquine Vigier (3).

La branche de la Brandasnière est la troisième de cette famille Gazeau à cette époque. Une tante de Gilone, Louise, avait épousé Alexis Royrand, seigneur de la Patissière (Boufféré) en 1540 (4). Son frère aîné, Léon Gazeau, fut un marin remarqué et fut seigneur de la Boutarlière (Chauché). La Boutarlière restera la propriété de ses descendants. Son deuxième frère, François Gazeau, fut l’auteur de la branche du Plessis et des Grandes Maisons. Il épousa Suzanne Royrand le 6 janvier 1583 (5), qui lui apporta la terre de la Limonière de Chavagnes-en-Paillers. Son troisième frère, Jacques Gazeau, fut l’auteur de la branche de la Couperie et du Ligneron. Parmi les descendants de ce dernier, on trouve le futur seigneur de Saint-Fulgent, Louis Gabriel Gazeau, qui assassina J. de Montsorbier en 1719 et vendit la châtellenie de Saint-Fulgent à un négociant nantais en 1720. Un généalogiste a pu établir que Gilone Gazeau était une descente du roi Louis VI le Gros (roi de 1108 à 1137) à la seizième génération (3). Elle eut aussi deux sœurs : Esther et Lydie.

Toussaint Menanteau et Gilone de Gazeaux eurent au moins une fille née en 1575, Suzanne, et un fils, Sébastien, né en 1580. Sébastien se maria avec Marie Chitton.

Gilone Gazeaux était morte à la date du mariage vers 1597 de sa fille (6).
Sa fille, Suzanne Menanteau (1575-1642), dame de la Faguelinière, épousa Christophe Royrand (1575-1622), lui apportant le fief du Coudray, où ils habitèrent.

On trouve des Royrand dans le Bas-Poitou dès le 14e siècle, un peu partout, possédant des fiefs nobles dès le 15e siècle, à Chauché (Belair), Chavagnes, Saint-Denis-la-Chevasse, etc. L’historien Guy de Raignac (5) a décrit plusieurs familles portant ce nom, notamment celle d’Alexis Royrand qui épousa Louise Gazeau en 1540. Leur descendance s’établit un temps à la Petite Roussière de St Fulgent en 1627. Le premier général de l’armée du centre pendant la guerre de Vendée en 1793, Charles Aimé (1726-1793), est issu de cette branche. Les Royrand du Coudray sont originaires de Chauché, certains étant qualifiés de sieur de Belair. L’inventaire après-décès du prieur Moreau de Saint-André en 1666 nous apporte des précisions complémentaires sur cette famille (7).

Christophe Royrand, sieur du Coudray, a été désigné sieur de la Faguelinière (probablement Les Herbiers) depuis 1603 au moins. Cette possession dépendait du fief proche du Thréhant et était aux Foucher en 1464.

Christophe Royrand et Suzanne Menanteau eurent au moins  :

Louis VI  Le Gros
-    Esther est née à Saint-André en 1605 (vue 3/247 du registre paroissial numérisé de Saint-André-Goule-d’Oie accessible sur le site internet des Archives de Vendée). Sur le registre paroissial de Chauché, on relève son mariage, le 14 juillet 1626 ( vue 19/049) avec Pierre Basty, (inhumé à Chauché en 1645) sieur de Villeneuve, fils de feu Jean Basty et de Catherine Durand, sieur et dame de Maurepas, à Chauché. Esther a été enterrée dans l’église de Chauché le 6 avril 1648 (vue 62/084), et sa filiation avec le roi Louis VI s’est transmise à ses descendants, habitants de Chauché.

-       Pierre, baptisé à Saint-André le 26 novembre 1622 (vue 62/247). Le parrain est le prieur de la paroisse, Pierre Baudry. Nous n’en savons pas plus sur lui.

-        Jean, seigneur du Coudray, a été repéré par sa descendance. Il s’est marié avec Anne Trochon, qui a été inhumée à Nalliers le 25 septembre 1661 (vue 132/163). Jean Royrand, sieur du Coudray et de Belair a été inhumé dans l’église de Saint-André le 4 juillet 1669 (vue 24/45). Ils avaient eu au moins un fils, Pierre, né le 22 juillet 1646 (vue 121/247) à Saint-André. La marraine est sa tante Esther, dame de Villeneuve. C’est probablement lui qui s’est marié plus tard avec Marguerite de Verdaille. Lors de son inhumation le 26 janvier 1702 (vue 19 à Chauché), celle-ci est notée épouse de Pierre Royrand, écuyer sr de Belair. Et ils eurent une descendance. Jean Roirand et Anne Trochon eurent aussi Bénigne, qui serait née vers 1620. Elle se maria à Chauché le 26 février 1660 (vue 45/049) avec René Forestier, écuyer, seigneur des Coustaux, de la paroisse de Nalliers.

-        Jonas, seigneur de la Martinière (probablement la Rabatelière) a été repéré par sa descendance. En 1645 il est parrain à Saint-André, sieur de la Martinière. Il s’était marié avec Elizabeth Grelier, avec qui il a eu deux enfants, baptisés à Saint-André-Goule-d’Oie : Jean d’abord, né le 1e novembre 1652 (vue 144/247), puis Pierre, né le 18 janvier 1656 (vue 153/247). Ce dernier est mort à Saint-André le 25 janvier 1692 (vue 123/175).
Un inventaire de meubles de Jonas Royrand et de d’Elizabeth Grellier son épouse, a été fait le 3 juillet 1651 par Benoit, notaire à Saint-Fulgent (8).

Suzanne Menanteau a été inhumée à Saint-André le 14 avril 1642 (vue 3/045), vingt ans après la mort de son mari.

Blason Royrand
Par sentence du 24 septembre 1667, les deux frères Jonas et Jean Royrand, écuyers, ont été maintenus nobles. Leur blason portait : d'azur à une rencontre de buffles d'or accompagnée de trois étoiles de même, deux en chef et une en pointe (9).

On voit aussi une fille Royrand mariée à Jacques Mandin (cette dernière famille possède beaucoup de ramifications dans la paroisse de Saint-André et son patronyme revient souvent à cette époque).

Elizabeth Grelier a été inhumée à Saint-André-Goule-d’Oie le 29 novembre 1672 (vue 43/045) et son mari Jonas Royrand a été inhumé le 24 février 1687 (90/175) en présence de Jean Royrand son fils, Louis Proust sieur de la Barre et Pierre Arnaudeau sieur de la Brunellière.

Jean Royrand, le fils aîné de Jonas, écuyer et sieur de la Nouhe s’est marié avec Marie de La Personne à Saint-Fulgent le 13 juillet 1673 (vue 18/043). Elle était la fille de feu noble homme Nicolas de la Personne et de feue Anne Petit. La sœur de Marie, Jeanne, épousera Pierre Arnaudeau (gendre), sieur de la Brunellière, notaire et syndic de Saint-Fulgent. 

Jean Royrand et Marie de La Personne eurent un fils prénommé Pierre, et baptisé à Saint-André-Goule-d’Oie le 29 février 1676 (vue 4/027), où Pierre Moreau, sieur du Coudray, fut parrain (10). Ils eurent aussi une fille, Anne, baptisée à Saint-André le 9 avril 1679 (vue 5/175) et inhumée dans le cimetière de la paroisse le 11 avril 1713 (vue 168/171) à l’âge de 34 ans.

Marie de La Personne fut enterrée dans l’église de Saint-André le 16 février 1717 (vue 30/253). Indiquons à cette occasion que c'est en 1777 qu'intervint la loi interdisant les inhumations dans les églises pour des raisons d'inconfort, et plus généralement pour rétablir l'hygiène dans les églises. Seuls y sont désormais acceptés, les archevêques, évêques, curés, hauts justiciers et fondateurs de chapelles (11).

Le Coudray
Avec Marie de la Personne disparaît la présence des Royrand au Coudray. Son mari, Jean Royrand, avait vendu une borderie au Coudray à Pierre de Vaugiraud, le dernier des fils de Renée Moreau, à une date inconnue. Le 2 juin 1699 il avait arrenté devant notaire à Fontenay-le-Comte la maison du Coudray et ses dépendances, ainsi qu’un autre domaine non précisé à Artus Corbier et à sa femme, bourgeois de Fontenay-le-Comte et y demeurant (8). Celui-ci s’était marié avec Marie Moreau, fille de Louis Moreau, sieur de Villeneuve et auteur de la branche cadette des Moreau. Bien plus tard,  le 12 novembre 1744, son fils Louis Corbier demeurant au Coudray, consenti à Marie Legeay, veuve de Louis Common (capitaine des vaisseaux du roi) demeurant à la Jaudonnière, un nouveau titre de la rente de vingt livres due pour supplément de partage sur le village du Coudray Loriau, et sur d’autres domaines, étant de la succession de feu Jean Royrand, seigneur de la Nouhe.

Nous ne disposons pas des actes de vente ou d’arrentements. Leur existence seulement nous est connue dans d’autres actes qui les mentionnent. Moyennant quoi, il est difficile d’avoir une vue précise de la transmission du fief du Coudray. Mais essayons d’approcher la réalité de plus près.

Les Moreau du Coudray


L’histoire de cette famille de riches bourgeois, habitant le bourg de Saint-André-Goule-d’Oie, a été racontée dans notre article publié sur ce site en juin 12014 : Les Moreau de Saint-André-Goule-d’Oie du 16e au 18e siècles. François Moreau acheta en 1620 des terres au fief du Coudray pour un modeste montant de 38 livres (12). Ses deux fils, Jacques et René Moreau, achetèrent dans ce village une maison appelée la Cave en 1636 (13). Jacques Moreau seul fit affaire avec Jean Roirand en 1641 pour une petite somme de 22 livres, et on n’en sait pas plus (14). La principale métairie du Coudray, attaché au logis des seigneurs, n’appartenait plus à ces derniers au début du 17e siècle. C’est Jeanne Crémois, femme de Jacques Thomazeau sieur de la Maison Blanche, qui la vendit dans un échange à Pierre Moreau, prieur de Saint-André en 1657, frère de Jacques et René précédemment cités (15).Cet échange est probablement à relier avec une dette de Jeanne Crémois à l’égard du prieur, qu’elle reconnaissait dès 1645 pour la somme de 1 655 livres (16). Le prieur venait régulièrement dans la maison de sa métairie, ayant pour voisins Jonas Royrand et sa femme Elizabeth Grellier (17). Le prieur avait fait un échange avec Samuel Royrand en 1651 pour acquérir de ce dernier sa part du fief du Coudray. On n’a pas pu situer ce Samuel Royrand dans sa généalogie, mais une note du texte où se trouve l’information indique son lien familial avec Jonas Royrand (18). Il y eu d’autres acquisition des Moreau au fief du Coudray, à voir les héritages, ayant probablement échappé aux archives conservées.

Après le décès du prieur en 1665, la métairie du Coudray passa à son neveu Louis Moreau sieur de Villeneuve, qui vint y habiter. Sa belle-mère, Jeanne Masson, était dite dame du Coudray (19), devant y posséder elle aussi des biens. Ensuite la métairie échue en héritage à sa fille Marie Moreau et à son gendre Artus Corbier.

Louis Moreau, dit sieur de Villeneuve, était le fils de René Moreau, habitant de Saint-André-Goule-d’Oie. Son frère Jacques Moreau, dit sieur du Coudray et auteur de la branche ainée, fut sénéchal de Saint-Fulgent et fermier ou procureur fiscal de Linières. Celui-ci maria en 1650 sa dernière fille, Renée, avec René de Vaugiraud, seigneur de Logerie à Bazoges-en-Paillers. Dans la succession de Jacques Moreau on trouve une portion de droits de fiefs à la Boninière (Saint-André) « étant de l’hérédité du dit feu seigneur du Coudray », comme il se faisait aussi appeler alors qu’il n’était pas noble (20). Son fils Pierre Moreau acquit d’autres droits féodaux sur des domaines situés à Saint-André, et provenant du fief du Coudray. Son petit-fils Claude Moreau possédait une métairie au Coudray, estimée en capital à quatre mille cinq cent livres en 1726 (21). Elle n’est pas à confondre avec celle de son cousin héritée du défunt prieur de Saint-André. 

On voit ainsi que le fief du Coudray, avec ses domaines et ses droits féodaux, a été vendu par portions et progressivement au profit de plusieurs membres de la famille Moreau. La branche ainée, née de Jacques Moreau, dont les ainés étaient sieur du Coudray, s’est éteinte avec le décès de Claude Moreau en 1729. Ce dernier était alors ruiné, et son héritier naturel, le fils puiné de Pierre de Vaugiraud, a refusé l’héritage devant notaire en 1740. Les biens de Claude Moreau ont été vendus par ses créanciers à partir des années 1730.


Les Corbier au Coudray et l’achat de René Loizeau


La branche cadette des Moreau, née de René Moreau, sieur de Villeneuve, a conservé et augmenté ses domaines au Coudray, passant par mariage aux Corbier.

Le père d’Arthus Corbier était Jacques Corbier (fils de Pierre Corbier et de Marie Gobin), docteur en médecine à Fontenay (22). Il avait épousé en 1648 Claude Pascaud, fille du procureur royal de Fontenay. Il est mort avant 1682, père de sept enfants.

Arthus Venant Corbier, né le 1e novembre 1654 à Fontenay, se maria deux fois :
-    avant le 10 mai 1689 avec Marie Moreau, fille de feu Louis Moreau, sieur de Villeneuve à Saint-André-Goule-d’Oie. Elle est décédée après juin 1699.
-        le 27 juin 1703 avec Françoise Louise Billaud (née en 1668) dans la paroisse de Notre Dame à Fontenay-le-Comte (vue 267/287). Elle était la fille de feu Henri Billaud, juge magistrat au siège royal de Fontenay et de Louise Giraud. Arthus Corbier habitait alors au Coudray.

De ce mariage naquit le 22 décembre 1705, baptisé à Notre-Dame de Fontenay, un fils prénommé Louis (vue 77/270). Il resta fils unique avec la mort de son père neuf mois plus tard. Celui-ci fut enterré dans l’église Notre-Dame de Fontenay-le-Comte le 27 septembre 1706 (vue 106/270).

Sa veuve Louise Billaud s’est remariée le 7 octobre 1709 à Notre-Dame de Fontenay (vue 216/270) avec Alexandre de Roannes, écuyer, seigneur des Margues, capitaine au régiment de dragons de Bonelles, présent alors à la garnison de Fontenay, âgé de 35 ans. Il était originaire de la paroisse de Lacaune dans le diocèse de Castres.

Louise Billaud demeurait à Fontenay le 27 septembre 1713, puis elle est venue habiter au Coudray avec son mari et son fils, né Corbier. Le couple ne semble pas avoir eu d’enfants. Alexandre de Roannes fut inhumé dans le cimetière de Saint-André-Goule-d’Oie le 14 mars 1735 (vue 156/253), étant alors chevalier de l’ordre de Saint Louis.

Louise Billaud vivait encore en 1741, alors veuve de A. de Roannes. Mais elle connut des difficultés d’argent et elle dû créer cette année-là, avec son fils Louis Corbier, sur ses domaines de Saint-André-Goule-d’Oie, une rente de 220 livres en contrepartie d’une somme perçue de près de 4 400 livres (23).

Son fils, Louis Corbier, sieur de Beauvais, bourgeois demeurant au Coudray, épousa à Foussais Charlotte de Puyrousset, par contrat du 17 septembre 1738 (23). Celle-ci était la fille de Paul de Puyrousset, sieur du Deffend (né en 1642 à la Jaudonnière) et de Jeanne Mesnage, maintenu noble en 1715. Paul était le fils de Jacob de Puyrousset (1610-1683), sieur de la Brelaizière (Jaudonnière). L’ancêtre Puyrousset était un des pairs de la ville de la Rochelle (24). Sur le registre de Saint-André on note les naissances de deux filles de Louis Corbier et de Charlotte de Puyrousset, mais aucune ne survécut :
-        le 7 juillet 1739 (vue 208), naissance de Louise Corbier, décédée au Coudray le même jour,

-        le 25 octobre 1741 (vue 242), naissance de Louise Charlotte. Elle est morte le 28 juin 1744 (vue 27/275).

Le couple a été parrain et marraine plusieurs fois lors du baptême d’enfants de métayers de la paroisse et pour celui d’un voisin du Coudray le 12 janvier 1743 (vue 252/25) : Louis René Loiseau, fils de René et Marie Gaspard.

On a du mal à distinguer la métairie qu’il possédait au Coudray d’une borderie qu’il y possédait aussi. Soit on appelait métairie ce qui n’était qu’une borderie de surface plus réduite, soit il avait deux exploitations distinctes. On n’a pu trouver qu’une ferme de borderie en 1750, pour 5 années (1751-1756), à partage à moitié des récoltes (25). Le notaire avait écrit d’abord le mot « métairie », puis en grosses lettres, comme pour le cacher, il écrit par-dessus le mot « borderie ». Soit il rectifiait une erreur d’inattention, soit après coup il mettait en cohérence la désignation avec le montant estimé de ses revenus annuels, 90 livres, qui était bien celui d’une borderie. La valeur servait à calculer l’impôt royal du vingtième. Les preneurs sont Jacques Piveteau et Louis Chataigner son gendre, laboureurs, demeurant à la Baritaudière, qui remplacent le fermier sortant, un nommé Cauneau. Les clauses du bail reprennent celles qu’on trouve habituellement sous la plume des notaires de Saint-Fulgent. Néanmoins, on constate un petit arrangement de voisinage. Les preneurs au bail garderont sur les prés et dans le toit de la borderie une vache appartenant au bailleur, seulement la journée. Elle passera la nuit dans le toit du bailleur. De plus les preneurs fourniront la litière pour la vache, les cochons et les chevaux du bailleur. Ils pourront profiter du fumier en retour, sauf celui des chevaux. Dans le même temps on lit que les cens et devoirs en argent seront payés par moitié entre eux, contrairement à l’usage qui les mettait en totalité à la charge des fermiers. L’habituelle clause des corvées dues au bailleur contient une précision peu fréquente : le fermier fournira une femme à toutes les lessives que le bailleur fera.

Louis Corbier décéda au Coudray à l’âge de 57 ans, le 13 novembre 1761 (vue 195/275). Il avait fait son testament en faveur de sa femme dix jours auparavant, le 3 novembre 1761, sentant sans doute sa mort venir (7). Charlotte de Puyrousset est morte sans postérité, avant le 7 mai 1784. On la voit en 1763 faire une demande en exonération du paiement de l’impôt royal de la taille, au motif qu’après la mort de son mari, elle aurait repris sa condition de noble qu’elle avait perdue en épousant un bourgeois, ce qui l’exonérait en conséquence du paiement de cet impôt. Nous avons raconté l’histoire dans notre article publié sur ce site en septembre 2013 : Les assemblées d'habitants à Saint-André-Goule-d’Oie au 18e siècle.

En 1762 elle loua le domaine du Coudray à son voisin René Loiseau, marchand, qui acheta cinq ans plus tard « le fief et seigneurie du Coudray », du moins ce qu’il en restait (26). Le 8 septembre 1765, celui-ci afferme la « métairie » du Coudray pour 6 ans (1766-1772). Les fermiers sortants ne sont pas indiqués, et les nouveaux sont Françoise Loizeau, veuve de Jean Testaud, André, Jean et Françoise Testaud, frères et sœurs et ses enfants, demeurant tous à la Bergeonnière. La ferme est aussi à partage à moitié des récoltes, et les clauses sont les mêmes que 15 ans plus tôt au temps de Louis Corbier, sans particularités qui permettraient de conclure que nous avons à faire à la même exploitation. Cette fois-ci le revenu annuel de la ferme est estimé à 140 livres par an (27). Le partage des fruits, dépendant des aléas de l’exploitation, autorise une approximation, impossible avec les fermes à prix d’argent. C’est pourquoi, on ne dispose pas d’assez d’éléments pour affirmer qu’il s’agit de la même exploitation que la précédente affermée en 1750. Cela est néanmoins probable.

En 1777 René Loizeau fit une reconnaissance de la rente de 220 livres créée en 1741, et venue à la charge de Me Pierre Henri Billaud, sieur de Gallerand, héritier en partie de Louis Corbier et de Louise Billaud. C’était un frère de Louise Billaud. René Loizeau avait repris cette rente avec la propriété des domaines sur lesquels elle était due, comprennent la maison et métairie du Coudray Loriau, une borderie au Pin, une autre aux Gâts et une autre à Villeneuve, une vigne à la Maigrière et des domaines à la Boninière. A ces domaines s’ajoutaient 3 rentes : 13 livres et 1 sol en argent, plus 3 livres de beurre, 6 livres et 2 chapons, et plus 6,33 boisseaux de seigle. Ces rentes représentaient un revenu annuel d’environ 26 livres. René Loizeau devait la rente de 220 livres à Suzanne Marie Aimée et Anne Brethé, filles majeures et héritières de Jean Victor Brethé, chevalier seigneur de Laubretière, et de Suzanne Aimée Girard. Elles habitaient à la Guignardière de Sainte-Florence-de-l’Oie. C’est Suzanne Girard qui avait versé l’argent en 1741 (23).

La fille de René Loizeau, Jeanne, se mariera en 1790 avec François Cougnon (1766-1848), capitaine de paroisse durant la guerre de Vendée. Incendié par une colonne infernale pendant la guerre de Vendée, le logis du Coudray fut restauré ensuite (28). Nous avons publié sur ce site en septembre 2014 un article décrivant le logis du Coudray en 1762 : L'ancien logis du Coudray au 18e siècle à Saint-André-Goule d’Oie. Le mois d’après un autre article décrit son intérieur (mobilier, chauffage, éclairage, hygiène, habits, linges, équipements) : Le standing au 18e siècle d'un bourgeois de Saint-André-Goule d’Oie. Enfin en mars 2013, s’agissant de Louis Corbier : La bibliothèque d’un bourgeois de Saint-André-Goule-d’Oie en 1762.

Pour terminer l’histoire du fief du Coudray, indiquons que le fils de François Cougnon, prénommé aussi François (1792-1858), qui fut maire de Saint-André-Goule-d’Oie de 1826 à 1829, mourut sans enfant. Sa propriété fut reprise par un cousin, Chaigneau, puis un gendre de ce dernier, Grolleau, dont les propriétaires actuels sont les descendants.


(1) Archives de Vendée, Travaux de G. de Raignac : 8 J 101, aveu de Languiller et autres fiefs aux Essarts le 2 juillet 1605, page 72 et s.
(2) A. Gouget, Armorial du Poitou, Niort (1866), page 162 : Montournais (élection de Fontenay) : Charles Audayer, seigneur de la Maison-Neuve, porte de gueule à la croix ancrée d’or.
(3) Voir le site internet : Loipri.over-blog.com
(4) E. de Lauzon, Généalogie de la maison de Gazeau, Luçon (1911), page 16 et s.
(5) Archives de Vendée, G. de Raigniac, Quelques familles anciennes du Bas-Poitou depuis longtemps éteintes, (1976) : 8 J 1.
(6) Louis Pierre d'Hozier, Armorial général de la France  (1741), registre second, 1e partie, page 463.
(7) Inventaire après-décès de 1666 du mobilier, vaisselle, linge et papiers de Pierre Moreau, Archives de Vendée, chartrier de Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29, pages 71 et 72.
(8) inventaire après-décès de Louis Corbier du 8-2-1762, Archives de Vendée, notaire de Saint-Fulgent Frappier : 3E 30/3.
(9) Colbert de Croissy et Barentin, État du Poitou sous Louis XIV, page 469. 
(10) Cet acte de baptême est indiqué dans deux registres de la paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie : baptêmes avril 1603 – août 1675 (vue 245/247) et baptêmes, mariages, sépulture 1676-1677 (vue 4/027). Ils portent le même nom, la même date, écrite de deux manières différentes, avec les mêmes parrains et marraine.
(11) Voir : http://provinces.francaises.free.fr/lexique_IJK.htm
(12) Inventaire après-décès de 1666 du mobilier, vaisselle, linge et papiers de Pierre Moreau, Archives de Vendée, chartrier de Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29, page 137.
(13) ibid. page 136.
(14) ibid. page 137.
(15) ibid. page 70.
(16) ibid. page 33.
(16) ibid. page 25, 28 et 130.
(17) ibid. page 39.
(18) Archives de Vendée, chartrier de Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29, copie du testament de Louis Moreau, sieur de Villeneuve du 7 mai 1676.
(19) 22 J 29, partage  de la succession de Jacques Moreau entre ses enfants le 1-10-1667.
(20) 22 J 29, sentence d’ordre du 9-9-1727 des syndics des créanciers de Moreau et Menard.
(21) Archives départementales de Vendée, J. Maillaud, Notes généalogiques (T. 10).
(22) Reconnaissance du 28-6-1777 d’une rente de 220 livres due par René Loizeau aux Delles Brethé.
(23) Archives départementales de Vendée, études notariales de Foussais-Payre, étude de François Fonteny en la châtellenie du prieuré de Foussais (1737-1738) : 3E61/3.
(24) Ferme du 25-10-1750 d’une borderie au Coudray par Corbier, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/113.
(25) Revue du Souvenir Vendéen, Jérôme Biteau : Deux capitaines de paroisse : les frères Cougnon de St André Goule d’Oie,  No 239 de juin 2007.
(26) Ferme du 8-9-1765 de la métairie du Coudray par Loizeau, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/118. 
(27) G. de Raignac, De chateaux en Logis, itinéraires des familles de la Vendée, Bonnefonds (1991).


Emmanuel François, tous droits réservés
Août 2011, complété en janvier 2018

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