A la page 83 de mon livre j’évoque le fief du Coudray à St André Goule d’Oie à propos de la famille Royrand, ses propriétaires à la fin du 17e siècle. Le domaine du Coudray a été constitué pour doter d’un fief un des officiers du château des Essarts. (1)
Le hasard des recherches et les nouvelles bases de données des archives départementales de la Vendée, m’amènent à enrichir et à rectifier cet article publié pour la première fois en août 2011 et déjà rectifié le mois d’octobre d’après. Cette version remplace bien sûr les précédentes.
A la fin du XVIe siècle le fief du Coudray est possédé par Toussaint Menanteau, désigné dans des actes comme sieur du Coudray et de la Girardière. Il s’est marié avec Gilone de Gazeau de la Brandasnière, morte avant 1597. Celle-ci eut aussi deux sœurs : Esther et Lydie. (2)
La branche de la Brandasnière est la troisième de cette famille Gazeau à cette époque. Une tante de Gilone, Louise, avait épousé Alexis Royrand, seigneur de la Patissière (Boufféré) en 1540. (3) Son frère aîné, Léon Gazeau, fut un marin remarqué et fut seigneur de la Boutarlière (Chauché). La Boutarlière restera une seigneurie pour ses descendants. Son deuxième frère, François Gazeau, fut l’auteur de la branche du Plessis et des Grandes Maisons. Il épousa Suzanne Royrand le 6-1-1583, (3) qui lui apporta la terre de la Limonière de Chavagnes en Paillers. Son troisième frère, Jacques Gazeau, fut l’auteur de la branche de la Couperie et du Ligneron. Parmi ses descendants, on trouve le futur seigneur de St Fulgent, Paul Louis Gazeau, qui assassina J. de Montsorbier en 1719 et vendit la châtellenie de St Fulgent à un négociant nantais en 1728.
Toussaint Menanteau et Gilone de Gazeaux eurent une fille, Suzanne. Elle se maria avec Christophe Royrand, lui apportant le fief du Coudray.
On trouve des Royrand dans le Bas-Poitou dès le XIVe siècle, un peu partout, possédant des fiefs nobles dès le XVe siècle, à Chauché (Belair), Chavagnes, St Denis la Chevasse, etc. L’historien Guy de Raignac (3) a décrit plusieurs familles portant ce nom, notamment celle d’Alexis Royrand qui épousa Louise Gazeau en 1540. Leur descendance s’établit un temps à la Petite Roussière de St Fulgent en 1627. Le premier général de l’armée du centre pendant la guerre de Vendée en 1793, Charles Aimé (1726-1793), est issu de cette branche.
Les Royrand du Coudray ne sont pas parents de ceux de St Fulgent. Christophe Royrand, sieur du Coudray, était aussi sieur de la Faguelinière (Les Herbiers) depuis 1603 au moins. Cette possession dépendait du fief du Thréhant et était aux Foucher en 1464.
Christophe Royrand et Suzanne Menanteau eurent au moins cinq enfants :
- Esther. Sur le registre de Chauché, on relève le mariage, le 14-7-1626, d’Esther Royrand, fille de Christophe Royrand, écuyer, et de Suzanne Menanteau, sieur et dame de la Faguelinière, de la paroisse de Saint-André-Goule d’Oie, avec Pierre Basty, (inhumé à Chauché en 1665) sieur de Villeneuve, fils de feu Jean Basty et de Catherine Durand, sieur et dame de Maurepas, de Chauché. (4) Elle est morte à Chauché le 6-4-1648.
(1) G. de Raignac, De chateaux en Logis …, de Bonnefonds (1997)
(2) E. de Lauzon, Généalogie de la maison de Gazeau, Luçon (1911), page 16 et s.
(3) G. de Raigniac, Quelques familles anciennes du Bas-Poitou depuis longtemps éteintes, Archives de Vendée (1976) :8 J 1
(4) Rapport des chefs de services au Conseil général de Vendée, 1899, 2e session, Chauché
- Pierre. Son baptême sur le registre de St André Goule d’Oie est du 26-11-1622. C’est la trace la plus ancienne de la famille Royrand sur ce registre. L’enfant a pour parrain le prieur Pierre Baudry.
- Bénigne. Elle se marie à Chauché le 26-2-1659 avec René Forestier, écuyer, seigneur des Coustaux, de la paroisse de Nalliers.
- Jean, repéré par sa descendance. Il s’est marié avec Anne Trochon, avec qui il eut un fils, Pierre, né le 22-7-1646. La marraine de ce dernier est sa tante, Esther, dame de Villeneuve, épouse de Pierre Basty. Deux mois auparavant Jean Royrand avait eu un autre fils, nommé Pierre aussi, d’une Catherine dont le patronyme n’apparaît pas sur le registre (27-5-1646) : un enfant hors mariage. Le prieur de St André Goule d’Oie, Pierre Moreau, a été parrain des deux enfants, et c’est lui qui tenait le registre.
Sa femme Anne Trochon a été inhumée à Nalliers le 25-9-1661. Jean Royrand a été enterré dans l’église de St André le 4-7-1669. Soit il avait par héritage un droit (de type féodal) à cette sépulture, soit il a été un bienfaiteur remarqué. La miséricorde du prieur, même à cette époque, que l’on suppose guidée seulement par des considérations spirituelles, n’aurait pas pu justifier cette pratique, après une vie privée du défunt manquant d’exemplarité.
- Jonas, repéré par sa descendance. Il s’est marié à Elizabeth Grelier, avec qui il a eu deux enfants. Jean d’abord, né le 1-11-1652, puis Pierre, né le 18-1-1656.
Suzanne Menanteau a été inhumée à St André le 14-4-1642.
Par sentence du 24-9-1667, les deux frères Jonas et Jean Royrand, écuyers et sieurs du Coudray (St André) et de la Martinière (La Rabatelière), ont été maintenus nobles. Leur blason portait : d'azur à une rencontre de buffles d'or accompagnée de trois étoiles de même, deux en chef et une en pointe. (5)
On voit aussi une fille Royrand mariée à Jacques Mandin (cette dernière famille possède beaucoup de ramifications dans la paroisse et son patronyme revient souvent à cette époque).
Jonas Royrand a été inhumé le 24-2-1687 en présence de Jean Royrand son fils, Louis Proust sieur de la Barre et Pierre Arnaudeau sieur de la Grenelière.
Jean Royrand, le fils aîné de Jonas, écuyer et sieur de la Nouhe s’est marié à Marie de La Personne à St Fulgent le 13 juillet 1673. Celle-ci était la fille de feu noble homme Nicolas de la Personne et de feu Anne Petit. Ils eurent deux fils prénommés Pierre, le premier le 29-2-1675 et le deuxième le 29-2-1676. Le registre des décès entre ces deux dates étant incomplet, nous n’avons pas pu vérifier l’hypothèse probable de la mort du premier enfant. Dans les deux cas, le parrain et la marraine sont les mêmes.
Marie de La Personne fut enterrée dans l’église de St André le 16-2-1717. (6)
Les héritiers de Jean Royrand vendront le Coudray à un bourgeois de Fontenay le Comte, Artus Corbier. Ce dernier est venu habiter sur place au Coudray, conservant sa maison de Fontenay le Comte, où il est domicilié néanmoins en 1699. C’était un bourgeois originaire de Fontenay le Comte, où il est né en 1654. Il est noté dans les actes, comme son fils Louis, sieur de Beauvais. (7)
Son père était Jacques Corbier (fils de Pierre Corbier et de Marie Gobin), docteur en médecine à Fontenay. Il avait épousé en 1648 Claude Pascaud, fille du procureur royal de Fontenay. Il est mort avant 1682, père de sept enfants.
(5) Colbert de Croissy et Barentin, État du Poitou sous Louis XIV, page 469
(6) C'est en 1777 qu'intervint la loi interdisant les inhumations dans les églises pour des raisons d'inconfort (odeurs dues aux exhumations involontaires de corps non décomposés lors de l'inhumation des nouveaux arrivants), et plus généralement pour rétablir l'hygiène dans les églises. Seuls y sont désormais acceptés, les archevêques, évêques, curés, hauts justiciers et fondateurs de chapelles. (http://provinces.francaises.free.fr/lexique_IJK.htm)
(7) Archives départementales de Vendée, J. Maillaud, Notes généalogiques (T 10)
Artus Corbier se maria deux fois :
- avant le 10-5-1689 avec Marie Moreau, fille de feu Louis Moreau, sieur de Villeneuve à St André Goule d’Oie. Louis Moreau habitait dans le bourg de St André Goule d’Oie et a été enterré le 15-3-1668 dans l’église. Il avait un parent, Pierre Moreau, qui habitait le Coudray, était sénéchal (juge) à Bazoges en Paillers, et fils d’un régisseur de Linières (vers 1631).
- le 7-6-1703 avec Louise Billaud demeurant à Fontenay, fille de feu Henri Billaud, juge magistrat au siège royal de Fontenay et de Louise Giraud.
Lors de son second mariage il est noté demeurant alors au Coudray Loriault à St André Goule d’Oie. De ce mariage naquit en 1705 un fils unique, Louis Corbier.
Artus est mort avant 1609, date du remariage de sa veuve Louise Billaud avec Alexandre de Roannet écuyer, seigneur des Margues ou Margnes, capitaine au régiment de dragons de Belle
Isle, présent alors à la garnison de Fontenay, âgé de 35 ans. Louise Billaud demeurait à Fontenay le 27-9-1713. Son mari a vécu au Coudray et on note son inhumation dans l’église de St André le 14-3-1735, chevalier de l’ordre de St Louis et ancien capitaine de dragon au régiment de Belle Isle.
Louise Billaud vivait encore le 10-9-1738, alors veuve de A. de Roannet.
Son fils, Louis Corbier, sieur de Beauvais, bourgeois demeurant au Coudray, épousa à Foussais par contrat du 10-9-1738 (notaire Fonteny à Foussais), Charlotte de Puyrousset.
Celle-ci était la fille de Paul de Puyrousset, sieur du Deffend (né en 1642 à la Jaudonnière) et de Jeanne Mesnage, maintenu noble en 1715. Paul était le fils de Jacob de Puyrousset (1610-1683), sieur de la Brelaizière (Jaudonnière). L’ancêtre Puyrousset était un des pairs de la ville de la Rochelle. (7)
Sur le registre de St André on note les naissances de filles de Louis Corbier et de Charlotte de Puyrousset, mais aucune ne survécut :
- le 7-7-1739 naissance de Louise Corbier, fille de messire Louis Corbier sieur de Beauvais, décédée au Coudray le même jour
- le 25-10-1741 : naissance de Louise Charlotte Corbier fille de messire Louis Corbier sieur de Beauvais et Dame Charlotte Puyrousset. Parrain : Louis de la Fons, écuyer sgr de Talgis. Marraine : Dame Louise Gillaud Desmarques. Elle est morte plus tard
Le 28-6-1745, on relève l’inhumation de Louis Corbier de Beauvais, âgé de 2 ans.
Le couple a été parrain et marraine plusieurs fois lors du baptême de métayers de la paroisse et pour celui d’un voisin du Coudray le 12-1-1743 : Louis René Loiseau, fils de René et Marie Gaspard.
Louis Corbier décéda au Coudray à l’âge de 57 ans, le 13-11-1761. Charlotte de Puyrousset est morte sans postérité, avant le 7-5-1784.
En 1762, après la mort de son mari, elle loue le domaine du Coudray à son voisin René Loiseau, marchand, qui acheta cinq ans plus tard « le fief et seigneurie du Coudray ». (8) Sa fille, Jeanne, se mariera en 1790 avec François Cougnon (1766-1848), capitaine de paroisse durant la guerre de Vendée.
Incendié par une colonne infernale pendant la guerre de Vendée, le logis du Coudray fut restauré ensuite. (8)
Pour terminer l’histoire du fief du Coudray, indiquons que le fils de François Cougnon, prénommé aussi François (1792-1858), qui fut maire de St André Goule d’Oie de 1826 à 1829, mourut sans enfant. Sa propriété fut reprise par un cousin, Grolleau, dont les propriétaires actuels sont les descendants.
(8) Revue du Souvenir Vendéen, article de Jérôme Biteau : Deux capitaines de paroisse : les frères Cougnon de St André Goule d’Oie, No 239 de juin 2007
Emmanuel François
Août 2011, complété en octobre et en décembre 2011
Assemblée des AFN
Il y a 2 jours

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