mercredi 1 août 2012

Les régisseurs de Linières de 1800 à 1830


L’année 1800 va voir un nouveau propriétaire pour le domaine de Linières : Joseph Guyet. Nouveauté toute relative en fait.

Cavalier dans l'armée des émigrés
De retour d’émigration cette année-là, Charles Augustin de Lespinay reparaît en France, profitant de l’amnistie accordée spécialement par le gouvernement de Bonaparte aux « rebelles de l’Ouest ». Au mois de mai il fait « soumission aux lois de la République », entre les mains de l’adjudant-général Champeaux et déclare sa résidence à Paris.

Depuis son départ à la fin de 1791, il s’était passé bien des choses. Son domaine de Linières avait été confisqué en 1793, puis racheté par sa femme en 1796, devenue Mme Duvigier pour « dénobliser » son patronyme. Mais celle-ci avait rencontré Joseph Guyet, avec qui elle avait « refait sa vie » comme on dit désormais. Elle vivait à Paris et un enfant était même né en 1797 de leur union, illégitime au regard de la loi, puisque Mme Duvigier était toujours mariée. Par prudence, ses parents déclarés dans l’acte de naissance ne sont pas les parents biologiques, mais portent des noms inventés.

Les jeunes gens paraissent avoir tenté de négocier avec M. de Lespinay une acceptation tacite d’un divorce, en contrepartie d’un arrangement sur la propriété de Linières. Ils échouèrent, et le divorce fut attaqué en justice par M. de Lespinay. Mme Duvigier vendit Linières à Joseph Guyet, en même temps qu’elle obtint son divorce en mairie de Chauché. Voir notre article publié en janvier 2010 : Le divorce de Lespinay/du Vigier en 1800; La cour de cassation valida le divorce en 1804. 


L’implication de Joseph Guyet propriétaire à Linières


Avant d’en devenir officiellement propriétaire, Joseph Guyet représentait Mme de Lespinay dans la gestion des baux sur place en Vendée. Le concernant, il est présenté ainsi le 18 juillet 1800 dans le bail de la métairie de la Gagnolière (Essarts) par le notaire de Chavagnes-en-Paillers : « homme de loi demeurant au bourg de Saint-Fulgent, faisant pour dame Duvigier femme Lespinay ». Il a alors 26 ans et se trouve de fait régisseur des quatorze métairies de Linières, depuis quatre ans pour le compte de sa compagne. Il partage alors son temps entre Paris et la Vendée.

On découvre aussi que « l’homme de loi » a fait de solides études de droit, probablement à Paris. Cette formation explique son poste de Chef à l’Agence du Trésor royal qu’il occupe en 1812 et 1817, et probablement aussi avant ces dates. Son père était fermier général de la terre des Essarts en 1772, qui fut achetée en 1787 par Alexis de Lespinay. Il était aussi fermier de terres d’Eglise et avait amassé un joli patrimoine foncier, profitant notamment des opportunités offertes par la vente des biens du clergé depuis la fin de l’année 1790. Il avait vendu le relais de poste de Saint-Fulgent. Son engagement du côté républicain lui coûta la vie. Il fut tué dans une auberge de Saint-Vincent-Sterlanges dans les premiers jours de la révolte des Vendéens en mars 1793.

Rue du Four-Saint-Honoré en 1866
L’adresse parisienne de Mme Duvigier au moment de la naissance de son fils Marcellin en 1797, et de son divorce en mairie de Chauché en 1800, au no 41 rue du Four-Saint-Honoré (actuel quartier des Halles dans le 1e arrondissement), est toujours la même en 1803. C’est celle que déclare en effet Joseph, comme étant la sienne, dans une reconnaissance de dette à cette date de la veuve Monnereau, métayer de la Fontaine à Saint-Fulgent. C’est la même adresse qui a été portée sur l’acte de naissance de leurs fils Marcellin, toujours à un détail près (c’est le no 40), ce qui trahit la supercherie dans cet acte sur les noms des parents. En 1807 le couple habite au no 32 rue des Moulins à Paris (1e arrondissement) avec leur fils Marcellin et la fille née du premier mariage de Mme Guyet, Henriette de Lespinay. C’est ce qui ressort de la déclaration de succession au bureau de Montaigu, de Charles Augustin de Lespinay à cette date. À cette adresse habitait aussi un frère de Joseph, Jacques Auguste Guyet, qui s’établira plus tard aux Essarts. En 1813 le couple a changé et habite désormais au no 10 rue du Carrefour de l’Odéon dans le 6e arrondissement (1). Quelques mois avant son décès en 1830, on note une autree adresse de Joseph Guyet à Paris, au no 7 Passage des Petits-Frères (2e arrondissement). Et il est mort rue de Chaillot no 76 (16e arrondissement). Au vu de la fortune de son fils et de l’achat de son étude de notaire en 1826, on soupçonne une accumulation de biens immeubles dans son patrimoine derrière ces changements d’adresse, au moins en partie.

Nous avons pu lire trente-cinq baux signés pour douze métairies avec des métayers du domaine de Linières entre 1800 et 1830, c'est-à-dire pendant la période où Joseph Guyet a été propriétaire. De même les Archives de Vendée ont conservé cinq procès-verbaux de visites de ferme dans la même période (2). Il en résulte un apport tout à fait intéressant d’informations dans plusieurs domaines. Pour commencer, abordons l’aspect plus personnel de l’implication personnelle du propriétaire dans la gestion du domaine et des délégations qu’il a faites à des régisseurs.

On voit que Joseph Guyet est venu signer des baux régulièrement en Vendée, mais à Linières seulement en décembre 1809. En 1823 il est présent à Saint-Fulgent, en juillet et novembre, où il signe les baux qu’il a lui-même rédigés sur papier timbré, comme en mai 1824 et en juillet 1825, où pour cette dernière date il précise qu’il est au domicile de Mme Martineau, sa sœur aînée. Ce mois-là, Joseph Guyet avait été témoin au mariage de la fille de Mme Martineau avec le juge de paix Gourraud. Et dans ce cas le notaire Gourraud de Chavagnes, qui a rédigé le bail, s’est lui-même déplacé. En novembre 1825, le bail est signé chez le notaire de Saint-Fulgent, mais celui-ci indique que le propriétaire loge présentement chez Louis Guyet son frère. On le retrouve en octobre 1827 pour rédiger et signer un bail à Saint-Fulgent, dans sa famille certainement. Il en sera de même en juillet et septembre 1829, un an avant sa mort, à l’âge de 56 ans.

Malle-Poste
Les présences que nous venons de citer sont celles relevées dans notre échantillon de baux, concentrés à partir des années 1820. C’est dire qu’il est venu régulièrement en Vendée pour gérer son domaine. Or il faut se rappeler que le trajet entre Paris et Saint-Fulgent durait alors en malle-poste 35 heures environ, soit quatre à cinq jours.

Et pourtant il y avait un régisseur sur place. On le voit apparaître pour la première fois en 1804, habitant alors Saint-Fulgent. En 1806 il habite Linières.

Après l’incendie des colonnes infernales de 1794, les bâtiments de Linières étaient restés en grande partie en l’état au moment du rachat en août 1796. On sait qu’Etienne Martineau, beau-frère de Joseph Guyet, y a habité en 1798/1799, avec ce dernier. L’ensemble des logements du propriétaire, du métayer, des domestiques et des bâtiments d’exploitation, représentait un bâti important, ordonné autour d’un vaste quaireux (cour). On en a une idée par le cadastre de Chauché de 1838. C’est qu’il fallait aussi entreposer à Linières les récoltes provenant des métairies des alentours.


Le logement des métayers de Linières


Le procès-verbal de visite de la ferme de Linières en mai 1827 nous donne une idée de ses bâtiments d’habitations et d’exploitations. La grande préoccupation des experts procédant à ces visites entre le fermier sortant et le fermier entrant, était de noter ce qui s’abimait et se rapportait à l’entretien locatif. Moyennant quoi on s’attardait surtout sur les portes et fenêtres et leurs systèmes de fermeture. Mais entrons dans les détails du procès-verbal de visite.

On ne parle pas de couverture de la toiture dans le texte, contrairement à l’habitude car elle était généralement en chaume, et elle nécessitait un entretien régulier. On peut en déduire que la toiture du logis des métayers avait probablement des tuiles, comme sur le toit du logis du maître tout à côté et les grandes métairies du château de la Rabatelière.  L’habitation comprenait une pièce principale située au midi de la cour, avec deux portes et une fenêtre comprenant six carreaux de vitre. Dans la pièce se trouvaient un potager pour entreposer les fruits et une cheminée avec son foyer. Il y avait en plus deux chambres, dont l’une est qualifiée de petite. Dans la plus grande se trouvait un évier. On ne parle pas du sol, c’est qu’il était en terre battue comme partout. Les murs de la pièce principale étaient recouverts d’un enduit, alors que ceux des chambres bénéficiaient d’une couche de « laitance de chaux », recommandée comme désinfectant. On le voit, le logement des métayers se résumait à trois pièces d’habitation, comme dans d’autres métairies, mais pas dans toutes. Parfois deux pièces logeaient les métayers, c'est-à-dire souvent deux couples, leurs nombreux enfants et les domestiques.

Les bâtiments d’exploitation commencent avec les greniers situés au-dessus des pièces d’habitation du rez de chaussée. C’est aussi le cas à Linières, avec un escalier en bois pour y monter et trois fenêtres dans ce grenier, avec chacune un treillis. On y stockait les récoltes de fruits et céréales en attendant de les vendre ou de les livrer au propriétaire, suivant le mode d’exploitation de la ferme. On ne parle pas des murs des greniers, alors que souvent ils étaient en bousillage, c'est-à-dire un mélange de terre détrempée, de chaume et de bouse de vache. À Linières, le procès-verbal note un bousillage « mal plange » dans le grenier au-dessus de la petite chambre. Là aussi, les murs des greniers devaient être en pierres comme le logis d’à côté, et le bousillage dont on fait état se rapporte probablement au sol, pas bien plat (plange en patois). Les autres bâtiments d’exploitations sont la grange et les toits aux animaux, au nombre de trois : bœufs, vaches et moutons. À noter l’absence de poulailler et de toit aux cochons, sans doute à cause de la proximité du logis des maîtres.

Cette description des bâtiments de la « ferme de la porte », désignée ainsi parce qu’elle était attenante au logis du propriétaire, confirme que les autres bâtiments, en dehors même du logis, devaient être destinés au stockage des récoltes des autres métairies. Mais peut-être y avait-il aussi un logement supplémentaire pour des domestiques.

Ce logis était appelé château au temps du régisseur. Pour ce qu’on en sait de son architecture, on peut hésiter sur l’appellation à employer. Il est probable qu’au temps de la noblesse on l’appelait logis suivant l’usage le plus fréquent. Les mots changent avec le système de valeurs qu’ils expriment. Après la Révolution, les bourgeois ayant parfois remplacé les nobles, la propriété avait remplacé la naissance comme valeur première, on habitait désormais dans un château plutôt que sur ses terres.

Le régisseur Jean Guyet, un cousin


Logis de l’Aublonnière à Sainte-Cécile (17e siècle)
Maintenant que nous connaissons mieux les lieux, revenons à son régisseur venu habiter sur place. Il s’appelait Jean Guyet et était cousin du propriétaire. Son père, Jean Guyet, était né à Saint-Fulgent le 3 janvier 1735. Il s’était établit marchand tanneur et fermier à Sainte-Cécile (le terme veut dire ici qu’il faisait exploiter des fermes), où il mourut le 4 février 1808. Il y avait épousé le 24 janvier 1758 Marie Françoise Thérèse Bénesteau, fille de Gabriel René Bénesteau, sieur de la Longeais, fermier, et de Louise Geneviève Baud du Vivier (3). Ils eurent cinq enfants à St Cécile. Leur fils Jean est né à Sainte-Cécile le 31 décembre 1768.

Sa mère avait un frère qui fut notaire royal à Sainte-Cécile : Jean Pierre Benesteau. Le fils de ce dernier, Gabriel Jean Louis Bénesteau, est né en 1776, et fut aussi notaire. C’est lui qui rédigea des baux pour Linières jusque dans les années 1822, son cousin Jean Guyet étant régisseur. Le notaire fut maire de St Cécile de 1804 à 1825.

Jean Guyet est arrivé à Linières à l’âge d’environ 32 ans et y resta, sauf une parenthèse d’au moins deux années en 1821/1823, jusqu’à sa mort à l’âge de 60 ans. Il est décédé à l’Aublonnière de Sainte-Cécile, propriété héritée de son grand-père maternel, Gabriel René Benesteau, le 31 octobre 1828, rédigeant des baux encore un mois avant à Linières. Il succéda à son beau-père Gabriel Benesteau, comme fermier général de la châtellenie de l’Aublonnière.

De même, l’activité de régisseur de Jean Guyet ne se limitait pas à Linières, puisque le répertoire du notaire Benesteau mentionne une procuration (en brevet) qui lui avait été donnée le 11 décembre 1801 par Claude de Beauharnais comte des Roches-Baritaud.

Bournezeau : Place de l'église
Il est resté célibataire toute sa vie, mais à Saint-André-Goule-d’Oie il fit la connaissance de Rose Roger, née le 10 avril 1791 au village de la Maigrière (4), de 23 ans plus jeune que lui. Ils eurent un fils, né à Bournezeau le 15 mai 1816, Jean Baptiste Guyet (5). L’acte de naissance est daté du 13 juin suivant et nous apprend que la naissance a eu lieu au cabaret du bourg chez Charles Charbonnel, et que Jean Guyet est le père naturel. De plus, l’adresse indiquée du père est Saint-Michel-Mont-Mercure, or sur les baux de Linières à cette date il habitait Linières. Il avait néanmoins des cousins à Saint-Michel-Mont-Mercure. La mère y est dite domestique et originaire de la Merlatière, or son acte de décès à l’Aublonnière de Sainte-Cécile le 4 juin 1873 (6), indique qu’elle est née à Saint-André-Goule-d’Oie et qu’elle est célibataire, c'est-à-dire ni mariée ni veuve. On a donc essayé de brouiller les pistes sur cette naissance hors mariage, signe des mœurs de l’époque. Là aussi, comme pour la naissance de Marcellin Guyet-Desfontaines à Paris, l’acte de naissance comporte des erreurs volontaires, si l’on peut dire, autre signe des mœurs administratives du temps.

Le fils du régisseur et de Rose Roger, Jean Baptiste Guyet, vit son droit à la succession de son père contesté par le frère et la sœur de ce dernier. Ceux-ci, Catherine Guyet, habitant le bourg de Sainte-Cécile, et Charles Louis Guyet, habitant Triaize, mandatèrent le notaire Benesteau pour déclarer la succession au bureau des mutations de la Roche-sur-Yon le 10 avril 1829 (7). Un procès s’en suivit, perdu par le frère et la sœur au moins en partie, car le fils continua à résider avec sa mère à l’Aublonnière. La succession comprenait du mobilier et des biens mobiliers pour 35 961 F de valeur estimée, et des biens immeubles pour un capital estimé de 29 000 F. Ces biens immeubles comprenaient la métairie de Mignon à Saint-Martin-des-Noyers (acquise le 11-3-1821 pour 25 300 F., où il avait fait construire les bâtiments d’une métairie nouvelle au Mignon le Haut entre 1823 et 1826), la métairie de l’Aublonnière, ainsi que la maison familiale située dans ce village. L’inventaire après décès de Jean Guyet, établi à l’Aublonnière le 5 janvier 1829 par Bénesteau notaire à Sainte-Cécile, mentionne 6 cahiers de comptes concernant Linières, qui n’ont pas été retrouvés.

Jean Baptiste Guyet se maria le 10-7-1843 à Puyravault (8) avec Rose Galliot et devint propriétaire de Mignon le Bas par héritage. Son oncle Louis Guyet hérita de Mignon le Haut. Marié à Rose Boilleau, établi à Triaize dont il devint maire, il eut un fils, Jean Louis Guyet dit « Mirabeau » (1798-1869) et une fille, Marie Anne Guyet (1796-1852) qui épousa à Triaize en 1813 son oncle à la mode de Bretagne Jacques Auguste Guyet, dit « Sans Peur » (1783-1852), fils de Simon Charles et héritier de Grissay avec ses 5 métairies attenantes (dont les deux de la Barette). Jean Baptiste Guyet fut maire de Sainte-Cécile sous le Second Empire. Il reçut de Mme Guyet-Desfontaines, propriétaire de Linières, un legs en capital de 2 000 F au moment de sa succession en 1868, signe de la fidélité indéfectible régnant dans la génération d’après.

La procuration de Joseph Guyet à son cousin Jean Guyet, pour l’établir régisseur de Linières, est datée du 21 novembre 1801 (9). Elle a été faite devant notaire à Nantes et donne une délégation très large de fondé de pouvoir pour « gérer et administrer la terre et dépendances de Linière, commune de Chauché, les Essarts, Saint-Martin-des-Noyers, Saint-André-Goule-d’Oie, Saint-Fulgent, département de la Vendée, et dans celle de Remouillé et Aigrefeuille, département de la Loire-Inférieure ». Il pouvait affermer en choisissant les fermiers, le type de bail, leur renouvellement, leur résiliation, encaisser les fermages, vendre les récoltes, les coupes de bois, faire les réparations, aller en justice, etc.

On voit dans cet extrait de délégation que Joseph Guyet ne possédait pas que Linières, mais aussi des propriétés en Loire Atlantique.



Le régisseur François Millet de 1821 à 1823


Pour des raisons que nous n’avons pas pu élucider, Jean Guyet a été remplacé par François Emmanuel Millet en tant que régisseur résidant à Linières, suivant une procuration de Joseph Guyet passée devant un notaire de Paris, en date du 26 janvier 1821 (10). Il « donne pouvoir de, pour lui et en son nom, régir et administrer celles de ses propriétés dépendant du domaine de Linière, situées sur la commune de Chauché, Saint-André-Goule-d’Oie, les Essarts, Saint-Fulgent, les Landes-Genusson, Aigrefeuille, Machecoul ». Nous avons cinq baux qu’il signe en tant représentant du bailleur entre le 14 octobre 1821 et le 26 mars 1823. Après quoi c’est Joseph Guyet qui signe en personne et Jean Guyet réapparait en tant que signataire à partir de février 1826. Nous n’avons pas encore repéré François Millet à l’état-civil et nous ne le connaissons pas.

François Millet n’a jamais rédigé de baux alors que Jean Guyet en a rédigé 6 et que Joseph Guyet en a rédigé 8. La moitié d’entre eux a donc été rédigé par des notaires, dont le cousin Benesteau de Sainte-Cécile qui en a rédigé 7. Les autres baux notariés l’ont été dans les études des Essarts, Saint-Fulgent, et Chavagnes.

Jean Guyet en a rédigé et signé quatre à Linières, et seulement deux autres baux ont été rédigés et signés dans la métairie affermée. La plupart du temps, les parties se transportaient chez le notaire ou chez un particulier à l’Oie (Gaborieau et Pignard), ou aux Essarts (Petiteau et Chapuis). Une fois on précise que le particulier en question est une auberge, à l’Oie, commune de Sainte-Florence (à l’époque), chez Gourraud jeune. Mais les baux rédigés par Joseph Guyet, on l’a vu, ont été signés à Saint-Fulgent dans sa famille.

La signature des fermiers sur les baux ne concerne que 60 % de ceux-ci. Beaucoup ne savaient ni lire ni écrire.

Jean Guyet est décédé en 1829. Il fut remplacé comme fondé de pouvoir par Joseph Alexandre Gourraud, juge de paix du canton de Saint-Fulgent demeurant à Chavagnes (11). Il était cousin par alliance de Joseph Guyet, ayant épousé une fille Martineau de Saint-Fulgent. Un cousin de Saint-Fulgent le remplaça, Hyacinthe Narcisse Legras de Grandcourt, lequel fut à son tour remplacé comme régisseur par son propre fils, Eugène de Grandcourt.


(1) Archives de Vendée, collection Pailloux, 25 J 102, document concernant l’affermage des Carrés des Margonnais à Champagné les Marais en Vendée.
(2) Archives de Vendée, Etude du notaire de Saint-Fulgent Frappier, 3 E 30/138, dossier Guyet.
(3) www.famillesvendeennes.fr  
(4) Archives de Vendée, registre paroissial de Saint-André-Goule-d’Oie, acte de naissance de Rose Roger du 10 avril 1791 (vue 6).
(5) Archives de Vendée, registre d’état-civil de Bournezeau, acte de naissance de Jean Baptiste Guyet du 13 juin 1816 (vue 26).
(6) Archives de Vendée, registre d’état-civil de Sainte-Cécile, acte de décès de Rose Roger du 4 juin 1873 (vue 62).
(7) Archives de la Vendée, déclarations de succession au bureau de la Roche-sur-Yon le 10 avril 1829 (vue 23).
(8) Archives de Vendée, registre d’état-civil de Puyravault, acte de mariage Guyet/Galliot du 10 juillet 1843 (vue 237).
(9) Archives de Vendée, Etude de notaire de Saint-Fulgent Frappier, dossier Guyet : 3 E 30/138, bail de la métairie du Bourg de Saint-André-Goule-d’Oie du 15-2-1804 à Herbreteau.
(10) Archives de Vendée, Etude de notaire de Saint-Fulgent Frappier, dossier Guyet : 3 E 30/138,
bail de la Godelinière (Landes-Genusson) du 14-10-1821 à Loizeau et Poirier.
(11) Archives de Vendée, Etude de notaire de Saint-Fulgent, Frappier, dossier Guyet : 3 E 30/138, bail de la Morelière du 15-3-1830 de Gourraud à Biret. Aussi, lettre du 15-11-1841 du juge de paix au préfet dans le projet de vente des communaux de Saint-André en 1841 et 1842 : Edifices et services publics, les communaux (1830-1844), mairie de Saint-André-Goule-d’Oie, Archives de Vendée : 1 Ǿ 633.

Emmanuel François, tous droits réservés
Août 2012, complété en août 2021

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dimanche 1 juillet 2012

Décembre 1790 : le curé de Saint-André-Goule-d'Oie sous surveillance.

Dans les archives de la médiathèque de Nantes, 24 quai de la Fosse, on trouve une lettre du curé de Saint-André-Goule-d'Oie au procureur-syndic de Montaigu, en date du 24 décembre 1790 (1). Nous la reproduisons à la fin de notre article. À cette date la Révolution est commencée depuis un an et demi, mais nous sommes encore loin des débuts de la guerre de Vendée, en mars 1793. Et déjà le curé de la paroisse est surveillé par les nouvelles autorités politiques.

Goupilleau de Montaigu
Quelles sont ces nouvelles autorités ? Les départements ont été mis en place à partir du mois de mars 1790. Puis dans chaque département on a installé des districts, dont celui de Montaigu, comprenant le canton de Saint-Fulgent. Le président du district de Montaigu est un médecin, Rousse, et son procureur-syndic est un avocat, vendéen d’origine, Philippe Charles Aimé Goupilleau. Chargé de l’exécution des lois, le procureur-syndic apparaît comme le représentant du pouvoir exécutif. Avec Philippe Charles Aimé Goupilleau, on se trouve en présence d’un militant sourcilleux et dévoué de la cause révolutionnaire. Il sera élu député de Vendée l’année suivante et il se distinguera alors par ses motions contre les prêtres et les nobles. Le 17 avril 1792, il dénoncera à la tribune de l’Assemblée législative les prêtres de Vendée comme fauteurs de guerre civile. Il a cultivé un anticléricalisme virulent jusqu’à la fin de sa vie. Bref, pour le curé de Saint-André-Goule-d'Oie, c’était un manque de chance d’être surveillé par lui. La Vendée est connue pour ses contrerévolutionnaires, on ne reconnaît pas assez l’importance de ses propres révolutionnaires pour expliquer ce qui s’y est passé à cette époque.

Mais le curé, Louis Marie Allain, avait du caractère, comme il le montrera pendant toute la période des persécutions religieuses. Dans une lettre à l’abbé Pierre François Remaud de Chavagnes en 1817, il écrit : « Je ne parlerai point de moi. On sait que j’ai été traîné de prison en prison, maltraité, condamné à la déportation, et ai souffert tout ce qu’on peut souffrir, excepté la mort, que je n’ai évité que, parce qu’en me sauvant des prisons de Rochefort, j’ai été assez heureux pour n’être pas tombé sous le couteau de nos ennemis. » On voit ici, avec les mots employés dix-sept ans après l’arrêt des persécutions, la violence des luttes.


La constitution civile du clergé


Avant d’examiner la lettre du curé, rappelons brièvement son contexte. Depuis l’été de 1789, l’Assemblée constituante, appelée Assemblée nationale, a voté les principales lois donnant naissance à un nouvel ordre politique. On appelait à l’époque ces lois des décrets le plus souvent, émanant de l’Assemblée nationale.

Depuis quelques mois une municipalité a été élue à Saint-André-Goule-d'Oie, avec son premier maire, Jean Bordron, maréchal au bourg. N’ayant aucune archive le concernant, nous ignorions quand il avait été élu. Avec cette lettre du curé, nous apprenons que la commune avait commencé sa vie municipale comme généralement partout en France, en 1790.

La grande affaire qui préoccupait les curés comme celui de Saint-André en cette fin d’année 1790, était la confiscation des biens du clergé, votée en novembre 1789. Le déficit des finances publiques était énorme. En s’appropriant les biens de l’Eglise pour les revendre aux particuliers, on comptait ainsi renflouer les caisses de l’Etat. 

Caricature du ministre des Finances

























Talleyrand








Le promoteur de l’initiative, le très anticlérical évêque d’Autun, Talleyrand, expliquait que la propriété de l’Eglise était particulière. Celle-ci n’était que dépositaire de ses biens, et pour assurer ses missions religieuses et sociales il suffisait d’organiser les choses autrement. Votée le 12 décembre 1790, une Constitution civile du clergé créa une nouvelle organisation de l’Eglise de France. Pour remplacer les biens confisqués, mais qui assuraient pour partie la subsistance des membres du clergé, l’Etat versera désormais un salaire à ces derniers. De plus on réorganisa les évêchés et on décida d’élire les curés, et même les évêques, opérant ainsi une coupure avec l’Eglise de Rome, c’est à dire imposant un schisme au sein de l’Eglise catholique. Vu d’aujourd’hui cela peut paraitre très cavalier, révolutionnaire pour tout dire. Vu de l’époque, ce l’était un peu moins à cause du penchant à l’indépendance de l’Eglise de France à l’égard du pape depuis au moins plus de deux siècles (appelé le gallicanisme), très partagé dans la sphère politique d’alors.

Le curé de Saint-André-Goule-d’Oie en accusation


À partir de là, les conditions d’un conflit entre les révolutionnaires et les catholiques sont réunies. Et c’est ce qui ressort de la lettre du prieur Allain du 24 décembre 1790. En fait le prieur répond à une lettre du procureur-syndic de Montaigu dont nous n’avons pas connaissance. Ce dernier lui demande de s’expliquer sur des accusations portées contre lui et il le menace de le traduire en justice.

Qui a porté ces accusations ? Le curé lui-même indique qu’il aimerait bien connaître ses délateurs, comme il les appelle. On peut évidemment soupçonner quelques révolutionnaires de Saint-Fulgent comme le médecin Martineau ou le maître de postes Guyet ou le marchand Louis Merlet. On peut même s’interroger sur quelques notables de la municipalité de Saint-André, Jean Bordron notamment, le maire de la commune. On le verra rester dans le camp des partisans de la Révolution jusqu’au bout. Mais on ne connaitra pas ces délateurs.

Quelles sont ces accusations portées contre le curé ? Le prieur Allain rempli mal son rôle d’information des paroissiens sur les décrets de l’Assemblée nationale, il complote pour demander la suspension de la vente des biens de la cure, il prétend les acquérir lui-même, il intervient à tort dans les délibérations des assemblées de citoyens de sa commune, et il a même une mauvaise influence dans son confessionnal. C’est beaucoup d’accusations, mélangeant l’intérêt matériel, la politique et la religion. Elles constituent un de ces nombreux faits qui ont concouru, avec d’autres et par accumulation, à créer et alimenter l’explosion populaire de mars 1793. Examinons ces accusations l’une après l’autre.
 

Publication des décrets au prône de la messe du dimanche


Rappelons que la religion catholique était religion d’Etat sous l’Ancien Régime et que le roi était chef de l’Eglise catholique, choisissant les évêques proposés ensuite à la nomination du pape, suivant un concordat conclut entre le roi de France et le pape au temps de François 1e. L’administration locale n’existait pas et les paroisses en tenaient lieu, le curé ayant un rôle administratif. Il fournissait des statistiques à l’Intendant de la province, tenait l’état-civil (les registres paroissiaux), informait les paroissiens des lois nouvelles, etc. Il s’occupait de l’éducation et de l’action sociale, distribuant à l’occasion des subsides royaux en cas de calamités. L’éducation et la santé entraient dans les compétences exclusives de l’Eglise.

Chaire portative (cathédrale de Luçon)
Décorée par Mgr Nivelle
Ce bref rappel de la situation est nécessaire pour éviter de comprendre l’action des révolutionnaires, seulement avec les yeux d’aujourd’hui sur l’Eglise catholique, en ignorant le contexte de départ. Les députés avaient « du pain sur la planche », si l’on peut dire, pour créer un Etat moderne plus impliqué au service des français. Les autres nations européennes ont évolué dans le même sens, chacune à sa manière, la France ayant commencé sa démarche dans une débauche de passions anticléricales, dont l’examen de la lettre nous donne un petit aperçu.

Le curé de Saint-André-Goule-d'Oie a-t-il lu à ses fidèles, de manière neutre et exhaustive, la Constitution civile du clergé, pour ne prendre que cette loi ? Nous n’avons pas de compte-rendu indépendant et objectif pour répondre, mais il est arrivé aux oreilles de procureur-syndic des informations négatives sur ce point. Celles-ci ne sauraient nous surprendre, néanmoins. Mais le curé s’en défend. J’ai tout publié, écrit-il, même les textes les plus longs. Parfois j’ai abrégé la lecture, en expliquant le sens du texte. Mais je l’ai fait de bonne foi et avec l’accord des paroissiens. On peut conclure de cet échange que le curé admet la légitimité de la remarque, même s’il en conteste le bien-fondé. Il sait ce qu’il doit à César, si l’on veut paraphraser l’Evangile.

L’urgence, pour les nouveaux fonctionnaires, de mettre en place les communes et de faire remplir ce rôle d’information par de nouvelles autorités municipales apparaît clairement ici. Et c’était en train de se faire. Alors pourquoi quereller le curé sur un sujet appelé rapidement à disparaître ? Il y a bien des façons de pratiquer l’action politique, Goupilleau de Montaigu ignore ici la souplesse et se braque le clergé inutilement.

Requête pour conserver les biens de la cure de Saint-André-Goule-d’Oie


Les biens d’Eglise à Saint-André-Goule-d'Oie comprenaient, outre le presbytère et l’église, des rentes foncières, une borderie dans le bourg, la métairie de Fondion, un moulin et d’autres que nous ne connaissons pas. Une part des revenus allait au prieur, et le reste remontait à l’abbaye de Nieul au Moyen Âge. Au début du 18e siècle la communauté de Nieul fut supprimée supprimée au profit de l’évêché de La Rochelle. À la suite, ce dernier abandonna son droit de présentation du titulaire du prieuré, mais il garda les bénéfices en provenant (2).  

Au départ, les membres de la première municipalité de Saint-André, élus au début de l’année 1790, paraissent en harmonie avec les lois votées l’année d’avant. Dans cette unanimité on voit même la garde nationale de Saint-André commandée par le seul militaire de formation habitant dans la commune, Jean Aimé de Vaugiraud. Quelques mois après, et sur le problème de la religion, les élus vont se diviser. Le destin de quelques-uns nous est connu, le maire va se découvrir républicain, et la majorité des autres conseillers vont se découvrir royalistes, deux catégories nouvelles, forgées par le processus révolutionnaire. 

Au cours de l’année 1790, la municipalité de Saint-André-Goule-d'Oie avait envoyé une requête à l’Assemblée nationale pour conserver à la cure un peu de biens. Cette idée de garder un lopin de terre aux curés de campagne avait d’ailleurs été plaidée, sans succès, par l’abbé Grégoire à Assemblé Nationale (3). Dans une lettre du 3 novembre 1790, Goupilleau de Montaigu avait répondu par une protestation ferme, là aussi dépourvue de nuances : « c’est une position criminelle », avait-il affirmé (4). 

La démarche de ces élus tendant à ne pas appliquer intégralement une loi votée par l’Assemblée nationale constituait donc un crime pour ce révolutionnaire intransigeant qu'était Goupilleau. Et il accuse le prieur de la paroisse d’avoir exhorté ses paroissiens dans cette démarche.

Ce dernier répond que l’idée n’est pas venue de lui, et il qu’il a même prédit son échec. Mais il ajoute qu’on se soumet au refus en bons citoyens. Ce « on » concerne la communauté de Saint-André-Goule-d'Oie, alors que le curé affirme n’avoir pas été dans le coup. N’est-ce pas ambigu ?

Dans cette lettre de Goupilleau on apprend que le curé Allain voulait lui-même acquérir des biens de la cure. Mais on ne sait pas pourquoi cela ne s’est pas fait. S’il en avait personnellement la capacité financière, il s’assurait ainsi un complément de revenus dont on ne saura pas ce qu’il voulait en faire. Après tout, dans le département voisin de la Vienne on a compté 116 curés ayant acquis des biens d’Eglise par conviction républicaine, par goût de la propriété et de la terre, ou par sens pratique (5). 


Acquisition des biens de la cure


En cette fin d’année 1790 les adjudications pour la vente des biens d’Eglise avaient commencé à Saint-André. Le curé avait fait une offre pour acheter en son nom, des membres de la municipalité aussi. Nous ne savons pas s’ils se sont concertés. Mais cela ne plait pas à l’administration du district de Montaigu.

Dans sa lettre, le prieur justifie sa démarche, autorisée selon lui par la loi. Il informe avoir expliqué aux membres de la municipalité comment monter le dossier de soumission à l’adjudication. La commune n’avait pas l’autonomie pour acheter ces biens, il s’agit donc de démarches personnelles de conseillers municipaux. 

Voulant apaiser son interlocuteur, le prieur informe dans sa lettre à Goupilleau de Montaigu qu’il abandonne son offre d’achat au profit des membres de la municipalité. Mais il le fait avec une accusation voilée de duplicité de leur part. Faute d’en savoir plus, on reste étonné de cette allusion. D’autant que le maire Jean Bordron, s’il participa à des élections locales du côté des révolutionnaires en 1799, aida en 1792 le curé de Saint-André à tenir le registre paroissial alors que ce dernier se cachait comme prêtre réfractaire. Les faits sont rares et la documentation inexistante pour les expliquer. Les interrogations ne manquent donc pas. Néanmoins Bordron le républicain n’est visiblement pas un extrémiste, et les divisions politiques parmi les habitants de la commune à Saint-André paraissent être restées à l’abri de l’hystérie la plus terrifiante à Paris.   
Assignats gagés sur la vente des biens nationaux

On ne peut pas non plus écarter l’idée que le prieur cherche ici à brouiller les pistes. Les jésuites avaient été expulsés du royaume de France, mais le prieur Allain aurait pu être leur élève, quand on observe ses attitudes en cette période. La fermeté dans ses convictions ne l’a pas privé de souplesse d’exécution, à l’occasion notamment des nombreux serments auxquels il a été soumis, les refusant quand la religion lui paraissait en cause, et les acceptant quand l’enjeu ne lui semblait que politique. Dans l’adversité il a montré du courage pour rompre avec les autorités au péril de sa vie, tout en essayant de garder la tête froide, comme on le voit dans cette lettre.

Sur ces ventes des biens d’Eglise, indiquons que la métairie de Fondion fut vendue le 28 février 1791 à René Robin de Sainte-Florence. Celui-ci avait déjà effectué des achats identiques dans sa paroisse. Le 14 avril 1791 le « temporel du cy-devant prieuré de Saint-André-Goule-d'Oie » fut adjugé à Nicolas Lefeuvre Couzartière de Cholet, pour le prix de 45 500 livres. La borderie de la cure fut adjugée à Jean de Vaugiraud le 5 mai 1791 pour 7 000 livres et le 19 mai suivant une rente de 4 boisseaux de seigle due sur le village de la Maigrière, provenant du prieuré de Saint-André-Goule-d'Oie, fut acquise par Jean Boisson, bordier au Cormier de Chavagnes en Paillers, pour le prix de 200 livres. Jean Boisson est connu pour se situer plutôt du côté royaliste.

Intervention dans les délibérations de la dernière assemblée


Le prieur se justifie d’être intervenu dans le déroulement de la dernière assemblée à Saint-André-Goule-d'Oie. On ne nous précise pas de quelle assemblée il s’agit. Ce pouvait être une assemblée délibérative de la municipalité, mais on voit mal ce que le prieur y avait à faire. Plus probablement il pourrait s’agir d’une assemblée élective concernant tous les citoyens actifs. À l’époque les isoloirs n’existaient pas et les votes constituaient une nouveauté à laquelle il fallait s’initier. Ils avaient lieu en assemblée. Devait-on voter par acclamation, en levant la main, avec un bulletin ? Tout le monde ne savait pas lire et écrire. On sait que bien des formes ont été pratiquées à cette époque, et les procès-verbaux ont disparu dans les combats ensuite. Les étudiants qui ont eu la chance de fréquenter les « assemblées générales » de nos facultés contemporaines, où sont officiellement décidées les manifestations politiques diverses, pourront se faire une idée de ce que furent les pratiques des votes dans les débuts de la démocratie élective en 1790.

Henri Leys : Prêcheur
Il semble qu’ici les organisateurs de l’assemblée, président et scrutateurs, aient été désignés « de vive voix ». Et puis l’assemblée devait renouveler les « membres et les notables ». On l’a fait en votant avec des billets au lieu d’utiliser le tirage au sort selon les instructions reçues. Rappelons que l’administration de la commune appartenait à un conseil général composé d’un conseil municipal et de notables, tous élus pour deux ans par les citoyens actifs. Dans la lettre, le curé évoque un changement des membres et des notables. Nous n’en savons pas assez, faute d’archives, pour comprendre à quel changement d’élus on a procédé ici. 

Ce qui est intéressant de noter sur ce point c’est que le prieur se justifie de sa prise de position lors de cette assemblée. Il s’est mêlé de politique, même si le sujet était de pure procédure, tout au moins apparemment.

Le prieur s’est rangé, dit-il, du côté des instructions officielles et de l’administration. Mais alors, pourquoi Goupilleau a été mal renseigné ? Ne serait-ce pas trop facile de soupçonner un de ces révolutionnaires bien connus de Saint-Fulgent ? Le délateur ne serait-il pas plutôt un notable de Saint-André-Goule-d'Oie auquel le prieur s’est opposé dans cette affaire de vote ? Il ne faudrait pas sur ce point plaquer sur cette époque les idées de maintenant, plutôt défavorables à l’intervention des curés dans la vie politique locale. Ils étaient souvent les chefs naturels des communautés, ils ont été élus parfois maires de leurs communes dans plus de 50 communes de la Vienne par exemple en 1790 (6).

Confesseur de mauvaise influence


Comment oser évoquer ce qui se passe dans mon confessionnal ? Goupilleau a osé le faire et le prieur lui répond que cela ne le regarde pas. Il veut bien rendre à César ce qui est à César, mais il rendra à Dieu, ce qui est à Dieu. Sur ce précepte, le curé est péremptoire et sa réponse est brève. On sent qu’il ne s’en laissera pas compter par le procureur-syndic.












On le voit, même s’il nous manque des détails sur les sujets évoqués pour tout comprendre, cette lettre nous apporte plusieurs informations sur la situation politique à Saint-André-Goule-d'Oie en cette fin de 1790 :

-        Le conseil municipal a été installé au cours de cette année-là. Le maire Jean Bordron aidera ensuite le prieur à tenir le registre paroissial, à partir du moment où ce dernier a dû se cacher dans l’été 1792, et avant l’instauration de l’Etat-civil officiel au 1-1-1793. À cause de la suite et de cette lettre, on devine que lui et le curé n’ont pas toujours été d’accord dans la mise en œuvre des réformes. Mais les deux hommes semblent n’avoir jamais rompu leurs relations.  

-        Le rôle central du curé dans les paroisses sous l’Ancien Régime ne pouvait que l’impliquer d’une manière ou d’une autre dans le processus révolutionnaire à ses débuts. Ses rapports avec les autorités locales émergentes (districts et municipalités) ont dû constituer un élément essentiel de l’acceptation du nouveau régime par les populations. Et dans ces rapports, le politique avait autant d’importance que l’ecclésiastique.

-        La vente des biens d’Eglise dans le bocage vendéen ne semble pas avoir posé de problèmes si l’on en croit la plupart des historiens de la guerre de Vendée des deux bords. En revanche, tous mettent l’accent sur la Constitution civile du clergé. A Saint-André-Goule-d'Oie, cette vente a fait débat et le prieur a participé au débat, même si nous cernons mal son rôle sur ce point.

-        Les modalités de vote dans les assemblées électives ont constitué un élément novateur important pour les populations. On sait qu’elles ne sont pas nées du néant, faisant suite aux assemblées de paroisses. On sait aussi qu’elles furent assimilées au parti révolutionnaire et finirent par être rejetées par les royalistes. Elles ont contribué, telles qu’elles ont été pratiquées, à couper les populations du bocage vendéen des partisans de la Révolution. Mais sait-on à quel point ?


(1) Bibliothèque municipale de Nantes, collection Dugast-Matifeux : I, volume 25, no 1.
(2) Charles Arnaud, Petite Histoire de l’abbaye de Nieuil sur l’Autize, Editions des régionalismes, 2013, page 42 ; et Histoire du Poitou par Thibaudeau, 1839, page 187.
(3) Ségolène de Dainville-Barbiche, notes bibliographiques dans la revue d’Histoire de l’Eglise de France, no 102, 2016 page 176 sur le livre de Rodney J. Dean (2014), l’Assemblée constituante et la réforme ecclésiastique. 1790 : la constitution civile du clergé du 12 juillet et le serment ecclésiastique du 27 novembre. 
(4) Fichier historique du diocèse de Luçon, Saint-André-Goule-d'Oie : 1 Num 47/404.
(5) Jacques Peret, Histoire de la Révolution française en Poitou-Charentes 1789-1799, Projets Editions, 1988, page 267
(6) Jacques Peret, Histoire de la Révolution française en Poitou-Charentes 1789-1799, Projets Editions, 1988, page 96.

 Emmanuel  FRANCOIS, tous droits réservés
Juillet 2012, complété en octobre 2017

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Texte de la lettre :

Le 24 décembre 1790
Monsieur
Les connaissances que vous avez exigées de ma conduite et les menaces que vous m’avez fait faire en cas de délit, m’annoncent qu’on vous en a imposé sur mon compte. La confiance que j’ai toujours eue en vous et les avis que j’en ai reçu sur les affaires du temps, auraient dû vous prévenir en ma faveur et empêcher qu’on ne parvienne si parfaitement à vous indisposer contre moi. Si vous eussiez daigné me faire connaître mes délateurs et leurs dépositions, je vous aurais témoigné la plus vive reconnaissance et n’aurais pas eu de peine à vous faire connaître mon innocence, et si quelqu’un, témoin et indigné des faussetés qu’on débite contre moi, n’en eut la charité de m’en instruire, j’aurais été coupable à vos yeux sans savoir pourquoi et sans jamais penser à me disculper, ce que ma sensibilité me fait entreprendre aujourd’hui.
Vous vous êtes informé, Monsieur, si j’étais exact à publier les décrets qui nous sont envoyés par l’assemblée nationale, j’ignore la réponse qu’on vous a fait à ce sujet, mais je prends à témoin mes paroissiens et leur demande qu’ils vous disent en âme et conscience si jamais j’ai manqué à publier indistinctement, au prône de notre messe paroissiale, les décrets et les ordonnances qui nous viennent soit de l’assemblée nationale, soit du département, soit du district ? Je me suis permis quelques fois de représenter qu’on pouvait peut-être se dispenser de publier au prône certains décrets, mais que malgré mes observations, j’ai toujours publié pour ne pas être répréhensible. Je me suis aussi permis quelques fois de les abréger lorsqu’ils étaient multipliés et que la lecture exigeait au moins deux heures de temps, et me suis contenté d’en expliquer le sens. Je croyais en cela entrer dans les vues de l’assemblée nationale et dans les vôtres, et c’était le vœu des paroissiens et de la municipalité.
On m’impute, Monsieur, d’avoir exhorté mes paroissiens à présenter une requête à l’assemblée nationale pour conserver un peu de biens fonds à leur curé. Cette idée n’est jamais venue de moi. J’en ai eu connaissance il est vrai et ne l’ai eu que pour prédire et assurer qu’elle serait inutile, ce qui est arrivé ; mais je puis vous assurer qu’on en a vu le refus avec toute la soumission possible aux décrets.
On m’impute d’avoir fait ma souscription pour l’acquisition de ce même bien ; n’y étais-je pas autorisé par les décrets ? N’en ai-je pas d’ailleurs donné connaissance aux membres de la municipalité ? Ma souscription empêchait-elle la leur ? Ne leur ai-je pas au contraire expliqué plusieurs fois la manière dont ils devaient la faire pour qu’elle fût valide ? Au reste j’abandonne mes prétentions en leur faveur, que ne vous adressent-ils donc encore leur souscription, s’ils désirent autant qu’ils veulent le paraître faire l’acquisition de ces biens, ce n’est donc feinte de leur part ?
On m’impute de m’être récrié à l’occasion de la dernière assemblée pour le changement des membres et des notables. Serais-je coupable, Monsieur, pour avoir désiré, ce à quoi je n’ai pu cependant parvenir, qu’on suivit la forme qui nous est prescrite dans les instructions pour la tenue des assemblées, et notamment de la dernière, où on a proclamé de vive voix le président et les scrutateurs, et où, au lieu de tirer au sort pour le changement des membres et des notables, on a préféré de faire des billets, contre l’avis de plusieurs, pour faire sortir les uns et faire enter les autres ; le serment n’oblige-t-il pas à observer la loi telle qu’elle a été portée et à suivre invariablement les décrets pour la composition du bien commun.
Enfin, Monsieur, on a porté les choses jusqu’à vous entretenir de ce qui se passait à ce sujet au tribunal de la pénitence, avouez donc que l’esprit de parti est porté à son comble, convenez que ce tribunal n’est pas de votre ressort et que je ne dois là compte de ma conduite qu’à Dieu seul, convenez aussi que je ne suis cité à votre tribunal que parce que je prêche la fidélité aux décrets que je me suis toujours fait un devoir d’observer exactement et plus exactement que ne le désirent mes délateurs. Et si je leur parais coupable en cela, c’est une faute dont je ne me corrigerai jamais. J’aurais cru agir contre ma conscience et ma religion si je leur avais parlé un autre langage sur tout ce qui s’est fait jusqu’à ce moment. Je reconnais trop ce que peut exiger une puissance temporelle pour ne pas m’y soumettre avec autant de plaisir que je me soumets à ce qu’exige de moi la puissance spirituelle. Voici ma profession de foi sur laquelle vous voudrez bien décider.
J’ai l’honneur d’être avec les sentiments les plus distingués, Monsieur, votre très humble et très obligé serviteur.
Allain prieur-curé de Saint-André-Goule-de-d'Oye.


La disparition d’Emma Guyet-Desfontaines


Après la mort de son mari en 1857, Emma est restée seule avec son frère Amaury et son petit-fils Marcel, alors âgé de quinze ans. Elle a cinquante-huit ans. Il lui reste onze ans à vivre.

Pour s’occuper du domaine de Linières elle a fait appel sur place à un cousin, Narcisse de Grandcourt, qui habite Saint-Fulgent, marié à Elise Agathe Martineau. Cette dernière était née à Linières en 1799 et les liens entre les Guyet-Desfontaines et les de Grandcourt sont toujours restés proches. À Paris et à Marly-le-Roi, la sœur des frères Grandcourt, mariée à un officier qui s’appelait Franco, fréquentait régulièrement les Guyet-Desfontaines. Amaury-Duval a peint son portrait.

Eugène de Grandcourt
C’est Narcisse de Grandcourt sans doute qui a dû régler une demande de la commune de Saint-André-Goule-d’Oie. Dans une délibération du conseil municipal du 18 juillet 1867, on cite Mme veuve Guyet-Desfontaines, à propos d’un projet d’échange entre le champ dit Pré aux chevaux, lui appartenant, et une parcelle de terrain vague appartenant à la commune et située au lieu-dit la Croix fleurette. Cet échange était nécessaire pour construire la route de Saint-André-Goule-d’Oie à Vendrennes.

Aidée par son frère et ses amis, la vie reprend son cours pour Emma. Le 2 octobre 1862 on joue la Vanité Perdue à Marly. C’est un drame en un acte d’Arnaud Berquin, mis en vaudeville par M. Emile Van der Burch. Le 17 septembre 1864 au théâtre de Marly-le-Roi, l’ami Melesville (1) joue dans La Sœur de Jocrisse (de MM. Varnet et Duvert). Il est accompagné de son gendre (Alfred Van der Vliet), de sa petite-fille Louise et de son petit-fils Maurice. L’auteur du prologue ironise sur la censure au théâtre (Napoléon III a supprimé la liberté acquise en 1848) et souligne que Louise, la plus jeune actrice, a dix ans. 

La principale préoccupation de Mme Guyet fut de suivre l’éducation de son petit-fils. Elle publia deux livres aussi en 1862 et en 1868, comme on l’a vu.

Elle a souffert longtemps de maux de rhumatismes, s’en plaignant déjà à l’âge de quarante-cinq ans. En 1850 elle écrivait : « Au milieu de cette distraction, je ne passe pas un jour sans souffrir, c’est désolant. » Et en vieillissant le mal s’est accentué, mais elle est morte subitement le 11 octobre 1868 en fin d’après-midi, elle avait soixante-neuf ans. 

Elle avait joué au billard et s’était habillée pour recevoir à dîner une quinzaine de ses amis.  En attendant, elle lisait au coin du feu le petit livre de poésies que son petit-fils venait de faire publier et qui avait paru la veille, intitulé Odes. Quand son petit-fils Marcel est entré dans le salon, elle s’est retournée et est tombée foudroyée. Amaury-Duval est arrivé cinq minutes après et c’est à lui que nous devons ces détails sur la mort de sa sœur. Il a écrit deux semaines plus tard dans une lettre à un ami : « Je ne vous dirai pas mon désespoir, vous savez ce qu’elle était pour moi, l’affection  maternelle dont elle m’entourait. Je me trouve tout seul à présent et je tourne ma pensée vers mes bons amis, vous surtout, qui me donnez tant de preuves d’affectueux dévouement. Marcel aussi est bien cruellement éprouvé, il adorait sa grand-mère. » (2)

Parmi les lettres de condoléances, voici celle de Mme Lehmann, épouse d’un peintre qu’Amaury-Duval a connu chez Ingres et habituée du salon des Guyet-Desfontaines avec son mari :

Henri Lehmann, esquisse  pour une 
fresque du château de Linières
« Mon pauvre cher Amaury,
Nous avons un profond chagrin de la perte de votre chère sœur, nous sentons avec vous tout ce que vous devez souffrir. Cette séparation est toujours bien terrible, mais quand elle vient rompre une si longue, si parfaite union de deux cœurs et de deux esprits, on est comme dans un désert. Henri (3) a couru de  suite chez vous, chez ce pauvre jeune homme qui perd trop tôt cet ardent foyer d’affection, de vigilance, de protection… Quand je l’ai revue à Etretat, elle n’avait plus pour moi que des jours de grâce, j’en ai été profondément émue ; et quand elle m’écrivait le 6 de ce mois : « rien ne me guérit, je m’en attriste, faut-il donc déjà partir, quitter tout ? Cela me ferait beaucoup de peine. »

Dieu lui a épargné cette peine, ses derniers regards, ses dernières paroles ont été pour vous deux qu’elle aimait tant…Elle croyait et espérait ; moi aussi. Je crois et j’espère qu’elle n’a pas été trompée.

Quant à nous pauvres humains, qui n’avons pas de consolation pour ces douleurs suprêmes, nous avons nos cœurs, pour vous et le cher Marcel. Nous vous prions tous deux, de compter sur notre profonde affection.
A. Lehmann » (4)

Un des petits cousins vendéens venu faire son droit à Paris, Frédéric Martineau habitant Marans, fut hébergé chez les Guyet-Desfontaines. Il écrit à Marcel de Brayer après le décès d’Emma : « Ce n’est pas elle qui me devait de la reconnaissance. C’est moi qui ai été comblé, sa vie durant, de ses bontés et qui en ai gardé un souvenir ineffaçable. Pour moi qui ai eu le bonheur d’être admis dans son intimité pendant mon séjour à Paris, elle a eu les attentions d’une mère, et j’ai conservé de ces trois années une impression qui me charme encore  à vingt ans de distance. » (5). Elle lui avait donné un capital de 20 000 F dans son testament, pour le remercier, lui et son père, des soins apportés dans la gestion de ses biens dans le Marais. 

Bien plus tard, l’ami proche d’Amaury-Duval, Eugène Froment, revenant sur le caractère d’Emma, écrira : « Malgré ce que je sais de votre sœur, je ne connaissais pas ce caractère dévoué et ferme sous cette gaité et cette aménité si spirituelle, ce côté de dévouement m’a beaucoup touché et je regrette bien aujourd’hui de ne l’avoir pas connue (ce côté), quand je le pouvais encore. » (6)

Delaval : Edouard Bertin
Le journal d’Edouard Bertin publia un article à l’occasion de sa disparition. Son auteur, Prévost-Paradol (7), écrivit : « La société parisienne vient de perdre en Mme Guyet-Desfontaines, sœur de M. Amaury-Duval, une personne excellente et distinguée, qui commençait à marquer dans le monde des lettres par des nouvelles spirituelles, délicatement contées et pleines d'une malice innocente ; mais son mérite personnel était bien au-dessus de son talent d'écrivain. Mme Guyet-Desfontaines n'était pas seulement agréable par sa bonne grâce, par son esprit aimable, par son affectueux accueil ; elle avait en outre un don de plus en plus rare, et qui rappelait le monde d'autrefois, le don de la franche et simple gaîté. C'était une sorte de bonne humeur involontaire qui se soutenait et brillait toujours en elle et qui se communiquait bientôt à tous ceux qui avaient le plaisir de l'approcher. Elle était pourtant loin d'être insensible aux maux de cette vie, et elle n'avait pas été épargnée par le sort ; elle avait traversé de grandes épreuves qu'elle a profondément senties sans en être jamais abattue. Quant à son frère, quant à son petit-fils, qu'elle a élevé avec tendresse, quant à ses amis qui auront tant de peine à se déshabituer de sa présence, sa mort si soudaine est le premier chagrin qu'elle leur ait causé. » (8)

La résidence de Marly fut vendue. Elle n’a pas été démolie tout de suite, contrairement à ce que laisse entendre l’auteur dramatique Joseph Mery (9). Depuis 1955 elle est  la propriété de la société d’assurances Axa, qui a construit dans son parc et à la place de la maison d’autrefois, deux bâtiments de bureaux en arc de cercle disposés perpendiculairement l’un par rapport à l’autre (10). Dans les bosquets conservés, peut-être y a-t-il quelques vieux arbres âgés d’au moins 150 ans, qui pourraient témoigner des soins que leur apportaient Guyet-Desfontaines avec son jardinier Jean Lesueur. Ce lieu de loisirs est devenu un lieu de travail, mais figé par le cadastre, le nom de la propriété demeure : Les Délices.


(1) Mélesville, à l’état-civil Anne-Honoré-Joseph Duveyrier, (1787-1865), est un auteur dramatique. Seul ou en société avec Eugène Scribe et Delestre-Poirson, avec lesquels il signait du pseudonyme collectif d'Amédée de Saint-Marc, il est l'auteur de plus de 340 pièces de théâtre. Il a été longtemps vice-président de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques.
Il eut deux enfants. Sa fille Laure (1812-1883) épousa en 1843 Alfred Van Der Vielt. Ils eurent deux enfants : Louise, mariée en 1874 à M. Filhos et Maurice mariée à Mlle Massing.
Son demi-frère, Charles Duveyrier (1803-1866), fut dramaturge et idéologue saint-simonien.
(2) Archives de la société éduenne d’Autun, fonds Amaury Duval K8 33, lettre d’Amaury-Duval à Froment du 26-10-1868.
(3) Henri Lehmann (1814–1882), d’origine allemande, fut peintre, élève de son père et d’Ingres et ami d’Amaury-Duval, dont il est toujours resté proche. Habitué de Linières, il y a été représenté dans une décoration.
Mme Lehmann était née Clémence Casadavant et avait été veuve de Victor Désiré Michel Oppenheimer.
(4) Archives de la société éduenne d’Autun, fonds Amaury Duval K8 33, Lettre de Clémence Lehmann à Amaury-Duval du 13-10-1868.
(5) Archives de la société éduenne d’Autun, fonds Amaury Duval K8 34, lettre de Frédéric Martineau à Marcel de Brayer du 4-12-1868.
(6) Archives de la société éduenne d’Autun, fonds Amaury Duval K8 33, lettre de Froment à Amaury-Duval du 5-3-1880.
(7) Journaliste politique (1829-1870), surtout au journal des Débats, chantre du libéralisme.
(8) Journal des Débats du 16-10-1868
(9) Dans Ems et les bords du Rhin de Joseph Mery (1794-1866), auteur dramatique, chroniqueur et poète et habitué du salon Guyet-Desfontaines.
(10) C. Neave, Marly rues demeures et personnages, 1983.


Emmanuel François, tous droits réservés
Juillet 2012