mercredi 2 juillet 2014

La fortune foncière des châtelains de Linières au 19e siècle


La poursuite par les Archives départementales de la Vendée de la numérisation des anciennes déclarations de succession, maintenant jusqu’à la fin du 19e siècle, et leur mise en ligne sur son site internet, nous apportent des informations précieuses sur la fortune foncière des châtelains de Linières dans cette période. Cette fortune est née dans le bocage avec l’achat du domaine de Linières à Chauché en 1800 par Joseph Guyet, à sa future épouse. Elle est née aussi dans le marais poitevin avec l’héritage en 1807 de la mère de Joseph Guyet à Champagné les Marais et Puyravault, Catherine Cousin. Avec l’investigation des archives notariales de Paris aux Archives nationales, nous pouvons mieux comprendre comment ce patrimoine a évolué.

Les propriétés dans le marais


A Champagné, Joseph Guyet hérita de l’important domaine de la Loge du Chail et à Puyravault de la cabane de la Grande Balise. Il racheta probablement les parts des autres héritiers pour devenir l’unique possesseur des 252 hectares de ces deux cabanes, comme on appelle les domaines dans le marais poitevin. En 1814, il acheta le château de Champagné, situé dans le bourg de la commune, avec ses dépendances, à Marie Louise Julienne Gazeau de la Bransdanière, dernière dame de Champagné. Il laissa ainsi à son fils, et unique héritier, une surface de 466 hectares dans les marais. Le fils, Guyet-Desfontaines, fit l’acquisition de 19 hectares, laissant à son épouse qui lui survécut la propriété de 485 hectares. Le 3 mai 1865, celle-ci, Antigone Emma Pineu-Duval, vendit le château de Champagné à la famille Auger (1). Son petit-fils, Marcel de Brayer, hérita du reste, soit 482 hectares. A la mort de  ce dernier en 1875 nous ne connaissons pas la composition de ces domaines dans le marais. Les archives conservées du bureau des déclarations de succession de Chaillé les Marais ont un vide pour la période concernée par sa déclaration de succession, du 12 juin 1875 au 26 juillet 1876. Heureusement, il n’en est pas de même pour les autres déclarations faites dans le bocage. 

Sèvre Niortaise débouchant dans la mer
Pendant la période 1830/1868, il ne semble pas qu’on ait desséché des marais dans les deux communes de Champagné et Puyravault. Cela s’est fait au temps de Marcel de Brayer dans les années 1870. Avec vingt autres propriétaires, celui-ci adhéra en effet à la « Société des lais de mer de Champagné et Puyravault », constituée pour des travaux de dessèchement des marais et lais de mer sur ces deux communes (2) bordant la baie de l’Aiguillon. Les lais de mer sont les terres nouvelles formées par dépôts d’alluvions sur le rivage.

Guyet-Desfontaines procéda à un découpage de ses propriétés sur Champagné, et à sa mort elles constituaient 22 locations différentes de prés et carrés des marais, y compris un petit marais salant. Son épouse fit quelques regroupements, aboutissant à 16 locations différentes, dont 12 étaient les mêmes qu’au temps de son mari.

Ce qui frappe dans les valeurs de revenus déclarées au moment des successions, c’est le rendement financier bien meilleur dans le marais que dans le bocage. Nous avons fait les calculs comparatifs au décès de Guyet-Desfontaines en 1857, entre ses 930 hectares qu’il possédait dans le bocage et ses 485 hectares dans le marais. Les revenus annuels à l’hectare dans le marais (1146 F) s’élevaient au double de ceux trouvés dans le bocage (549 F). Cet exemple est probablement représentatif. L’élevage, dont les prix ont augmenté plus vite dans la première moitié du 19e siècle que ceux des céréales, était pratiqué de manière bien plus importante dans le marais, ce qui explique sans doute cet écart. La fertilité des terres était aussi bien meilleure, et nous avons pu constater que les frais d’entretien des canaux ne représentaient pas alors une charge importante.

Le domaine de Linières et ses métairies


Dans le bocage, Joseph Guyet avait acheté Linières et ses 14 métairies à sa future épouse en 1800. S’il apparaît très probable que les métairies de la Mauvelonnière, Vrignais et Guérinière, et les deux métairies de Linières, sont nées sur le territoire du fief appelé Droullinière (devenu Linières) à l’origine, les autres métairies ont sans doute fait l’objet d’achat ou d’héritages au fil des siècles. C’est le cas de la Fontaine à Saint-Fulgent, qui appartenait en 1729 à Charles Royrand, seigneur de la Roussière, et qui l’a cédée ensuite à Marie Agnès Badereau, épouse du seigneur de Linières, Louis Venant Cicoteau (3). Mouvante alors de la seigneurie du Puy-Greffier, elle contenait « terre à 4 bœufs » dans le texte de l’aveu de Saint-Fulgent de 1774, et 40 hectares en 1830. C’était le cas aussi de la métairie de la Chevantonnière (devenue Chantonnière) contenant aussi  « terre à 4 bœufs » (47 hectares en 1830). Marie Agnès Badereau l’avait eue en héritage de son père Jude Badereau, mouvante elle aussi de la seigneurie du Puy-Greffier (4). Son père, qui avait été auditeur à la chambre des comptes de Bretagne, lui avait aussi légué d’autres terres sur cette paroisse, notamment dans le fief Peron, mouvant du fief Rollin ou Drolin, lequel avait été réuni à la seigneurie de Saint-Fulgent (5). Et nous avons pu repérer aussi que la métairie de la Gagnollière aux Essarts faisait partie du patrimoine de Louis Cicoteau, l’acheteur de Linières au début du 18e siècle (6). Il en était très probablement aussi aux Essarts de même pour les autres métairies.

Mme de Lespinay, remariée à Joseph Guyet, avait racheté le domaine en 1796, devenu bien national en 1793, suite à l’émigration de son ex-mari Charles de Lespinay. Ce chiffre de 14 comprend des métairies regroupées comme aux Essarts ou à Linières même, où il y avait deux métairies, l’une dite de « Gauche » et l’autre dite de « Droite ». La première, appelée aussi « métairie du château », sera celle de la famille Breteau au 20e siècle, et la deuxième, appelée aussi « métairie de Linières », deviendra la Louisière au début du 20e siècle. Ce repère directionnel de désignation des deux métairies se justifie en regardant dans la direction du nord.

Ancienne châtellenie de la Godelinière
Joseph Guyet vendit la métairie des Boulligneaux (Saint-Martin-des-Noyers), qui avait été achetée en 1791 par Charles de Lespinay. Il acheta le petit domaine de la Godelinière comprenant un château, une métairie et une borderie aux Landes-Genusson (7). Celui-ci avait été confisqué à Edouard Mesnard de la Barotière, guillotiné à Paris pendant la Révolution. Cet achat du 21 avril 1798, par adjudication à la bougie, s’est réalisé pour la somme très importante de 247 300 F. Rappelons-nous que le domaine de Linières et ses 14 métairies avait été acheté deux ans plus tôt pour 185 560 F. Les revenus annuels de la Godelinière, déclarés par l’expert désigné pour fixer le prix de la première enchère à 10 710 F, s’élevaient à 714 F. Dans un bail de 1821, le fermage était de 2 000 F. Multiplié par vingt, comme on faisait à l’époque pour évaluer le montant théorique du capital, cela donnait une valeur de 40 000 F. Mais on était en 1798, dans une époque de méga inflation des prix, et la monnaie en circulation ne valait plus rien. On venait de retirer les assignats pour les remplacer par des mandats territoriaux qui sombrèrent eux-aussi. En juillet 1797, on était revenu à la monnaie métallique. Suivant la loi, la moitié du prix de la vente devait être acquittée dans le mois suivant l’achat. De plus, un cinquième du prix était payé comptant en numéraire et un autre cinquième payé en monnaie papier dans les six mois. Enfin 40 % du prix pouvait être payé par quart annuel dans les quatre années suivant la vente, mais avec un intérêt des sommes restant à payer de 5%. Il serait intéressant de connaître, si c’est possible, comment l’acheteur ne s’est pas ruiné en s’engageant sur une telle somme. Puisqu’il semble bien avoir fait de bonnes affaires et s’être enrichi. Il avait vrai qu’une telle inflation enrichissait les emprunteurs.

Joseph Guyet acheta aussi le moulin de la Clochette à Saint-Fulgent, revendu par son fils, et le bois de l’Angebaudière à Bazoges-en-Paillers (12 ha). Il possédait aussi à Aigrefeuille en Loire-Inférieure, environ une trentaine d’hectares dans la borderie des Loges, acquise comme bien national par Félicité Duvigier, devenue son épouse. Celle-ci  avait concédé un bail de 5 ans avec le fermier occupant les lieux, Julien Hervouet, le 25 décembre 1797. Ce dernier avait effectué des réparations, et pour le rembourser il fut exonéré du paiement de la ferme pendant les 5 années. Les séquelles de la guerre étant probablement à l’origine des réparations à effectuer (8).

Au total en 1857, le fils de Joseph Guyet, Marcellin Guyet-Desfontaines possédait dans le bocage 17 métairies rattachées au domaine de Linières, plus le domaine de la Godelinière et les Loges.

C’était de grandes métairies d’une cinquantaine d’hectares en moyenne. Il y en avait une à Saint-André-Goule-d’Oie : les Noues (52 ha). Quatre autres étaient situées à la fois sur St André et sur Chauché : deux à Linières (totalisant 90 ha), la métairie du bourg de Saint-André (31 ha) et la Morelière (53 ha). Aux Essarts on trouvait les métairies de la Gagnolière (51 ha), la Nouette (46 ha), la Touche du bas (41 ha) et Bellevue (41 ha). Les deux dernières seront vendues par madame Guyet-Desfontaines après 1857. A Chauché il y avait la métairie du Vrignais (54 ha, dont 5 ha situés sur la commune des Essarts), celle de la Mauvelonnière (49 ha) et celle de la Guérinière (65 ha). Enfin à Saint-Fulgent on trouvait cinq métairies : la Morinière (52 ha), la Fontaine (40 ha),  la Chantonnière (47 ha), la Roche au Roi (61 ha) et la Grande Roussière (61 ha). Ces surfaces sont restées identiques entre 1830 et 1875.

Château de Linières (1875-1912)
Avec l’instauration du premier cadastre foncier en 1838, dit « napoléonien », on trouve dans les déclarations de successions de Guyet-Desfontaines en 1857, l’indication de chacune des parcelles. Ainsi à Saint-Fulgent les cinq métairies sont décrites en 292 parcelles cadastrales avec leurs noms, numéros, surfaces et revenu cadastral. Il en est de même pour le château de Linières. Cela permet de préciser quelques points de géographie des lieux, comme les bois, les landes, les bâtiments, les points d’eau etc. Ces détails ne sont donnés que pour le bureau de Montaigu à cette date. Mais ils ne permettent pas de se rendre compte néanmoins de la fin des terres en landes, pour la pratique des jachères, faute d’une indication suffisamment fiable, systématique et comparative entre deux dates.

Mais on apprend qu’autour du nouveau château construit à Linières en 1871/1873, on a réuni 17 hectares de terres, dont une grande part soustraits aux deux métairies, pour les destiner aux nouveaux jardins, parcs, étang, etc.

En 1875, il restait encore de vieux bâtiments à Linières, est-il indiqué dans la déclaration de succession de Marcel de Brayer. Cela confirme d’autres informations. C’est après cette date, et sur l’initiative d’Amaury-Duval, que seront construits à la place de ces anciens bâtiments la conciergerie près du château, achetée en 1912 par Louis François. Et dans le même temps seront construits aussi les bâtiments de la métairie dite de « Gauche » qui deviendra propriété des Breteau au 20e siècle. Les bâtiments de la Louisière (anciennement métairie dite de « Droite ») seront construits au tout début du 20e siècle. Et en attendant, les bâtiments d’habitations du métayer et d’exploitations se trouvaient toujours à Linières. Ils ne furent démolis par L. de la Boutetière, qu’après la construction de la Louisière.

Etang de Linières
Quant au nouvel étang, nous apprenons qu’il était déjà creusé en 1875. Il a dû l’être en même temps que l’on construisait le château entre 1871 et 1873. Nous savons maintenant qu’il a été creusé à l’endroit d’un ancien étang, abandonné au 18e siècle aux broussailles, où ne devait plus couler que le ruisseau de la Fontaine de la Haute Gandouinière. L’existence de cet ancien étang est attestée dans des documents du 17e siècle (9), ainsi qu’au moins un moulin à vent sur la colline du côté est, dans le champ appelé depuis « le champ du moulin », faisant partie de la métairie du bourg de Saint-André au début du 19e siècle.

Le bois du Vrignais (ou Vergnais), dont l’existence est attestée à la fin du 18e siècle par la carte Cassini, existait toujours au moment du rachat de Linières au domaine national en 1796.

Dans l’acte de rachat par Mme de Lespinay on relève une superficie de 20 boisselées, et il faut y ajouter 65 boisselées de bois de hautes futaies des Grandes Vergnais. Il semble que ces indications soient incomplètes néanmoins. Joseph Guyet a entrepris de le défricher en partie en 1830 (10). En 1875 il en restait au moins encore 4 hectares. Et on indique aussi l’existence d’un bois taillis sur la métairie Droite (Louisière), qui semble logiquement ne faire qu’un avec le bois du Vrignais sur la carte Cassini.

Le taillis de la Bergère, proche du château, totalisait 20 hectares en 1796 et il est à nouveau cité dans la déclaration de succession de 1875, mais réduit à 4 hectares 80 ares. Une autre parcelle, appelée le Bois de Linières, était en futaie avec seulement 38 ares en 1875.

Le bois de haute futaie du Coudray (25 boisselées) et le bois de haute futaie de la Hutte (20 boisselées), cités dans l’acte de 1796, ne paraissent pas en 1875. On peut valablement en déduire qu’ils ont été défrichés entre ces deux dates.

Un détail intéressant nous est indiqué dans la déclaration de succession de Joseph Guyet en 1830 au bureau de Luçon. En reportant les surfaces des domaines en hectares, ares et centiares, le receveur a rappelé leur équivalent dans l’ancienne mesure en journaux utilisée dans le marais. On sait ainsi qu’un journal y valait 0,342 hectare.

Les déclarations de succession en 1830, 1857, 1868 et 1875


Les déclarations de successions des propriétaires de Linières ont été faites par mandats donnés aux membres vendéens de la famille.

Dans le marais, c’est le notaire de Chaillé les Marais, Hilaire Martineau (1794-1866), qui déclare la succession de Joseph Guyet en 1830 au bureau de Luçon. Il était son neveu par alliance, marié à Rose Guyet, la fille de son frère Jacques Charles Guyet. Cette nièce eut pour frères le capitaine de vaisseau Charles Jean Baptiste Guyet (Voir le dictionnaire des Vendéens sur le site internet des Archives de Vendée : Charles Jean Baptiste Guyet), l’avocat parisien Eugène Guyet, Armand Germain Guyet, notaire à Marans.

Charles Jean Baptiste Guyet    Eugène Guyet
J. A. Barre (1811-1896) : caricatures des personnes 
qui fréquentaient le salon de Mme Guyet-
Desfontaines (musée de la Monnaie de Paris)
C’est le même Eugène Martineau qui fit la déclaration de succession de son cousin Guyet-Desfontaines en 1857 à Luçon. A noter qu’il n’était qu’un cousin très éloigné du beau-frère de Joseph Guyet, Etienne Martineau. C’est son fils, Frédéric Martineau (1826-1876) qui déclara en 1868 la succession d’Antigone Emma Pineu-Duval, veuve de Guyet-Desfontaines (11) au bureau de Chaillé-les-Marais. Celle-ci l’avait accueilli à Paris dans les années 1840, au temps de ses études de droit. Et dans une lettre à Marcel de Brayer il lui écrit : « J’ai reçu hier de Maître Panhard, extrait des testaments de votre chère grand-mère, et je vous assure que j’étais à mille lieues de supposer que l’accomplissement du plus élémentaire des devoirs eut pu m’attirer une si énorme générosité. Ce n’est pas elle qui me devait de la reconnaissance. C’est moi qui ai été comblé, sa vie durant, de ses bontés et qui en ai gardé un souvenir ineffaçable. Pour moi qui ai eu le bonheur d’être admis dans son intimité pendant mon séjour à Paris, elle a eu les attentions d’une mère, et j’ai conservé de ces trois années une impression qui me charme encore à vingt ans de distance. » (12). Mme Guyet-Desfontaines lui avait fait don dans son testament d’un capital de 20 000 F, somme importante, en reconnaissance des services rendus par son père et par lui, puisqu’ils s’étaient occupé de gérer les biens des Guyet-Desfontaines dans le Marais (13).

Dans le bocage, les déclarations de succession furent plus nombreuses. Pour les métairies des Essarts, les déclarations se sont d’abord faites au bureau de la Roche-sur-Yon en 1830, puis à celui des Essarts ensuite. Pour les métairies situées dans le canton de Saint-Fulgent, les déclarations se sont faites au bureau de Montaigu, puis à celui de Saint-Fulgent à partir de 1886. Enfin pour la métairie de la Godelinière, les déclarations se sont faites au bureau des Herbiers en 1830 et en 1857. Pour les terres à Aigrefeuille, on déclarait au bureau d’Aigrefeuille, mais le registre comprenant les déclarations de 1830 est inaccessible aux Archives départementales de Loire-Atlantique en raison de son mauvais état de conservation.

En 1830 c’est Alexandre Gourraud (1791-1853), juge de paix à Saint-Fulgent, qui déclara les successions de son oncle par alliance Joseph Guyet, à Montaigu, la Roche-sur-Yon et les Herbiers. Il avait en effet épousé en 1825 à Saint-Fulgent Rose Adélaïde Martineau (1797-1864), la fille de Catherine Guyet, sœur aînée de Joseph Guyet.

En 1857, un autre cousin a pris la relève pour déclarer la succession de Guyet-Desfontaines.  Hyacinthe Narcisse Legras de Grandcourt (1794-1880), alors lieutenant-colonel en retraite à Saint-Fulgent, fit cette démarche à Montaigu et donna mandat au notaire de Saint-Fulgent, Me Pertuzé, pour la faire aux Essarts et aux Herbiers. Il s’était marié en 1833 avec Elise Agathe Martineau (1799-1875), née à Linières et sœur de Rose Adélaïde citée ci-dessus. M. Guyet-Desfontaines en avait fait son mandataire pour gérer le domaine de Linières avec toutes ses métairies au moins dès 1853 (13). Et lui aussi reçut dans le testament de Mme Guyet-Desfontaines en 1868 l’usufruit d’un capital de 20 000 F, son fils Eugène en recevant la nue-propriété.

Eugène de Grandcourt
Source : archives de Vendée
En 1868, Marcel de Brayer délégua un clerc de notaire pour faire la déclaration de succession de sa grand-mère à Montaigu. Mais au bureau des Essarts, il s’est fait représenter par Eugène Legras de Grandcourt (1834-1883), fils du précédent. Il était en même temps avocat à Nantes, demeurant rue de Saint-André. C’est d’ailleurs lui qui fit aussi les déclarations de succession de Marcel de Brayer lui-même en 1875 aux bureaux de Montaigu et des Essarts. A cette date il avait remplacé son père dans la gestion du domaine de Linières. On ne fit pas de déclaration aux Herbiers, Mme Guyet-Desfontaines ayant vendu la Godelinière en 1860 à M. Robert (14).

Ces déclarations de succession n’ont concerné que les biens immeubles, les biens meubles étant normalement déclarés au bureau comprenant dans leur ressort le domicile principal du décédé, qui était Paris en ce qui concerne les châtelains de Linières dans cette période. Nous avons une exception pour les biens meubles garnissant le château de Linières, qui étaient déclarés au bureau local de Montaigu puis de Saint-Fulgent. En 1875 ils sont estimés à 5 064 F, après un inventaire effectué par le notaire de Saint-Fulgent. En 1889 l’estimation a diminué à 4 543 F.

Les droits de succession


Pour les biens déclarés, les droits de succession étaient donc payés par les héritiers directement eux-mêmes à l’administration de l’Enregistrement et des Domaines, au bureau local du registre de recette des déclarations de mutations par décès. On ne passait pas par un notaire comme maintenant. En ligne directe de parents à enfants ou petits-enfants on payait en 1830 et 1857 un droit de 1% de la valeur en capital du patrimoine. La veuve de Guyet-Desfontaines a dû payer un droit de 3 % en 1868. Pour le grand-oncle Amaury-Duval, héritant de son petit-neveu, les droits ont été de 7% calculés sur la même base. On sait que pour des legs faits dans un testament à des personnes sans lien de parenté avec le testateur, les droits s’élevaient à 11 % (15).

Pour donner une valeur en capital aux biens déclarés, on continuait d’appliquer une méthode simple, celle qui servait depuis très longtemps à racheter les rentes foncières perpétuelle. On multipliait par vingt le revenu annuel du bien. Pour les métairies des Guyet, il suffisait de déclarer le loyer perçu auprès des métayers, d’autant que les baux n’étaient plus chez eux à partage de fruits, où on peut invoquer les aléas et les difficultés de l’agriculture pour minorer les revenus, mais à prix d’argent. En 1830 dans le bocage, les revenus déclarés par Alexandre Gourraud furent nettement inférieurs aux fermages perçus, ce qui ne fut pas le cas dans le marais, ni ultérieurement. Peut-être est-ce dû à une règle fiscale de circonstance, car il ne nous est pas possible de soupçonner un juge de paix de fausse déclaration. Dans ce cas, nous n’avons retenu dans nos calculs pour nos analyses que les valeurs des fermages pour les métairies où nous les connaissions.

Les prix des fermes de 1830 à 1868 dans le marais et dans le bocage


Les revenus déclarés comprenaient, outre le fermage, la valeur des menus suffrages. On se souvient qu’il s’agissait de la fourniture annuelle de quelques volailles et cire d’abeilles, lin (désigné par le mot fil), etc. Ils étaient variables et propres à chaque bail, se montant à 15 F en général par an, ou 30 F quand on rajoutait la valeur des corvées. Dans le bocage, on voit que la vente de paille en 1857 a constitué un revenu du propriétaire dans certaines métairies.

Dans le marais il fallait aussi ajouter la cotisation au syndicat chargé d’entretenir les canaux et installations des marais desséchés, qui était payée par les fermiers. L’administration les considérait comme des charges de propriétaires et réintégrait leurs montants dans les revenus perçus. Il en était de même des impôts fonciers qui avaient remplacé les anciennes redevances seigneuriales. Ils continuaient d’être payés par les fermiers généralement, mais le fisc en réintégrait la valeur dans les revenus des propriétaires. Il reprenait, se faisant, l’argumentaire des propriétaires au moment de la Révolution. Quand certains métayers demandèrent à bénéficier de la suppression des droits féodaux, et à ne pas payer les impôts fonciers qui les avaient remplacés, les propriétaires rétorquèrent que cette suppression revenait à eux et non pas aux fermiers. Sinon il leur faudrait augmenter le fermage. Dans un total de fermage de 31 889 F, les impôts fonciers se montaient à  1 900 F, soit 6% du montant du fermage en moyenne. Cette valeur est nettement moindre que le seul droit de terrage féodal d’autrefois, le plus souvent à 16% dans la région (la « sixte partie des fruits »).

La Morelière
Les prix annuels des fermes en 1875 classent les métairies du bocage en deux catégories. Il y a celles de bons rapports avec un fermage autour de 50 F l’hectare pour la Grande Roussière, la Chantonière, la Roche au Roi, le Vrignais, la Mauvelonnière et la Morelière. Les métairies de moins bons rapports, avec un loyer autour de 43 F l’hectare sont la Fontaine, la Morinière, les Noues, le Bourg de Saint-André, Linières et la Guérinière.

Que nous apprennent les valeurs de revenus déclarés en 1830, 1857 et 1868 ?

Dans cette période de 38 années, les fermages dans le marais ont augmenté pour l’ensemble des propriétés de 105 %, dont 77% dans les 27 premières années et 15% dans les 11 années suivantes. Il n’est pas facile d’analyser ces augmentations dans le détail des propriétés, à cause des changements importants de leurs périmètres. Seules deux métairies, mais totalisant 252 hectares (54 % du total des surfaces), peuvent être suivies sur l’ensemble de la période. Leurs deux revenus n’augmentent que de 46% de 1830 à 1857, mais de 20% de 1857 à 1867. On peut en déduire que les augmentations de revenus ont été plus élevées sur les autres locations, et que les importants changements de périmètre des domaines loués avaient pour but d’y contribuer.

Tableau de Julien Dupré
Dans le bocage les augmentations de revenus peuvent être observées sur 8 métairies totalisant près de 400 ha. De 1830 à 1857, l’augmentation moyenne est de 31% seulement, soit un peu moins de la moitié de celle observée dans le marais. L’élevage, qui rapportait davantage alors, y était moins pratiqué. Faut-il retenir que les reconstructions consécutives à la guerre de Vendée ont pu plomber les revenus dans le bocage, ce qui n’a pas été le cas dans le marais, exempt des combats et exterminations ? Nous ne le pensons pas, car la période d’observation commence après trente années de reconstruction.

De 1857 à 1868 les augmentations de revenus dans le bocage sont en moyenne de 50 %, c'est-à-dire plus fortes que dans le marais. C’est beaucoup sur une aussi courte période. Et dans la période suivante, de 1868 à 1875 (succession de Marcel de Brayer), les revenus dans le bocage augmentent encore de 27 %. Ce qui a changé est la mise en œuvre des progrès techniques, supprimant l’assolement avec jachère et favorisant les cultures fourragères. Celles-ci ont permis de développer l’élevage alors que ses ventes ont connu une forte hausse des prix pendant la période. Dans le même temps, les prix des céréales ont peu augmenté, favorisant le mouvement vers l’élevage. D’autant que les progrès techniques ont aussi concerné l’élevage avec les efforts des autorités pour les développer. L’époque a connu par exemple le lancement des comices agricoles cantonaux en Vendée, où des fermiers de Linières ont obtenu des premiers prix.

En restant sur la période de 1830 à 1868, l’augmentation moyenne dans le bocage s’élève à 96 %, très proche de ce qu’on observe dans le marais. On serait tenté de voir dans ces chiffres les richesses apportées par les nouvelles techniques de charrues en fer et des engrais, dont ont surtout bénéficié les terres du bocage. Ces nouvelles techniques ont permis d’y développer l’élevage, dont les prix ont augmenté en France jusqu’en 1875 précisément, diminuant ensuite. Mais alors pourquoi le marais a lui aussi connu une hausse aussi importante des revenus agricoles dans notre exemple ? Il faudrait d’abord vérifier l’évolution régionale des prix agricoles à cette époque, au lieu des indications nationales, pour poursuivre l’analyse.

Au terme de cette présentation sur cette immense fortune, on est curieux de savoir comment elle a été dilapidée en si peu de temps ensuite, aboutissant même à la disparition du château tout neuf de Linières.

Les évolutions de 1875 à 1897


Amaury-Duval s’est défait des possessions des Guyet dans le marais poitevin. On ne trouve pas en effet de déclaration de sa succession au bureau de Chaillé les Marais en 1886. Et il a vendu trois métairies du domaine de Linières, faisant passer la surface possédée de 750 hectares à 600 hectares. Il s’est séparé de la Gagnolière et de la Nouette aux Essarts, ainsi que de la Chantonière à Saint-Fulgent. La perte de revenus correspondante a été en partie compensée par une hausse de 10 % en moyenne des fermages de 1875 à 1885. Etait-ce nécessaire de vendre pour payer les travaux de construction de la conciergerie et des bâtiments de la métairie de Linières « gauche », occupée alors par la famille Brochard ? Nous n’avons pas eu accès aux comptes et nous ne pouvons pas répondre.

Néanmoins on estime qu’en 1868, au moment de sa succession, Mme Guyet-Desfontaines, avaient des revenus annuels d’environ 100 000 F : répartis ainsi :
-        32 000 F provenant de la terre de Linières composée de diverses métairies situées sur les communes de Chauché, Saint-André, les Essarts et Saint-Fulgent
-        32 200 F provenant de la terre de Champagné composée de terres, prés, bâtiments, située sur les communes de Champagné les Marais et Puyravault
-        16 000 F des loyers d’un immeuble à Paris rue du Faubourg Montmartre, no 47, plus 10 500 F de valeurs fiscales provenant d’autres immeubles habités ou loués
C’est le montant des revenus immobiliers qu’a déclaré Marcel de Brayer, sur la demande du receveur de l’Enregistrement à Paris. À ce total de 90 700 F, on peut aisément ajouter les revenus des placements financiers pour aboutir à 100 000 F de revenus annuels, et ceci probablement en net (13).  
Maintenant il ne faut pas oublier la générosité de Mme Guyet-Desfontaines dans sa succession en 1868, qui a distribué 13 100 F de rentes annuelles viagères, dont 10 000 F pour son frère Amaury-Duval de la même génération qu’elle. Elle a aussi fait verser des capitaux à 15 personnes, se montant à un total de 108 700 F. Son petit-fils Marcel de Brayer s’est contenté de recommander dans son testament la continuation du versement des rentes décidées par sa grand-mère, et n’a pas fait de dons en argent. Mais il a lui-même beaucoup dépensé. Une indiscrétion policière nous apprend qu’il a payé 150 000 F pour installer une maitresse avec qui il vécut dix-huit mois à Paris (16). Et il construisit le nouveau château de Linières.

On pourrait naturellement, s’agissant d’un grand-oncle héritier, se demander si l’impôt sur les successions n’a pas pesé sur le patrimoine. Imposé à 7 % du capital en 1875, il a payé un impôt sept fois plus élevé que pour une succession en ligne directe. Mais cela a représenté l’équivalent d’à peine une année de revenus. Son cousin au 5e degré, Eugène de Marcilly, a payé une imposition de 9 % du capital en 1885. Mais le calcul du capital était passé entre temps de 20 fois le revenu annuel à 25 fois. L’impôt sur les successions a ainsi représenté pour le cousin l’équivalent d’un peu plus de deux années de revenus. Vu d’aujourd’hui c’est très peu, où le prélèvement est proche de 60 % pour des cousins au-delà du 4e degré de parenté, organisant une ponction par l’Etat équivalent à la valeur du patrimoine, en deux générations de cousins. Ce n’est donc pas le fisc qui est à l’origine de la fin du domaine de Linières.

La disparition du régisseur Eugène de Grandcourt fut aussi un malheur au plan matériel pour le domaine de Linières. Après la disparition de ce dernier, Amaury-Duval voulu confier sa fonction de régisseur au notaire de Saint-Fulgent qui s’occupait de ses affaires, Me Cahors. En final ce fut un clerc de notaire de ce dernier qui fut choisi, Pierre Brevet, aux termes d’une procuration du 15 mai 1883. Le choix ne fut pas heureux, l’intéressé acheta un cabinet d’huissier à Palluau, mais il s’est dit qu’il avait été destitué de cette fonction. Après quoi il serait revenu s’installer comme forgeron à Saint-Fulgent ! (17).

Gaston de Marcilly (dessin de J. Levis)
M. Eugène de Marcilly, qui a hérité du domaine légué par Amaury-Duval, a conservé intacte les métairies possédées, semble-t-il. Mais lui aussi dû faire face à la générosité testamentaire d’Amaury-Duval cette fois (18). Passons sur les donations en nature, de ses tableaux en particulier, que nous ne pouvons pas évaluer. Il n’a distribué en capital qu’une somme de 22 700 F à six personnes différentes, la valeur d’une douzaine d’hectares en bonne terre. Mais en rentes viagères annuelles il légua un montant total de 30 600 F, ce qui représentait une quantité importante des revenus du patrimoine légué. Avait-il conscience que ses successeurs pouvaient ne pas être aussi modestes que lui dans leur train de vie ? En tout cas il était sensible au sort de ses proches. Parmi les 19 bénéficiaires de ses rentes il y eut la jeune femme, Anne Depitre, qui l’a aidé en tout bien tout honneur dans ses dernières années de vieillesse : elle reçut 10 000 F de rente viagère, dont 3 000 F réversible pour sa fille. Significatives sont les rentes pour le curé de Saint-André-Goule-d’Oie et pour celui de Saint-Hilaire-de-Mortagne (auparavant vicaire à Saint-André) : 600 F chacun. Elles étaient données pour les secours aux pauvres de la paroisse en réalité. Le jardinier Roulleau reçu 300 F de rente. Jusqu’en 1941 on trouve trace d’une inscription au bureau des Hypothèques à Paris au profit d’un bénéficiaire d’une rente viagère d’Amaury-Duval remontant à 1886 (18). On a là un cas limite, mais il est sûr que pour ses légataires, les rentes viagères d’Amaury-Duval ont constitué un poids. Ses héritiers se sont crus plus riches qu’ils n’étaient probablement.

C’est par un même acte, devant un notaire de Paris en juin 1886, que fut enregistré le consentement aux legs par le légataire universel, Eugène de Marcilly des deux prêtres cités et du jardinier. Pour les deux premiers celui-ci a affecté une hypothèque à hauteur de 12 000 F chacun, et de 6 000 F pour le jardinier, gagée sur un immeuble de 540 m2, avenue de Villiers à Paris, lui appartenant. En conséquence les bénéficiaires des rentes « se sont désisté du privilège résultant du testament en ce qu’il frappe la terre de Linières », ne conservant le privilège testamentaire que pour un immeuble du Faubourg Montmartre faisant aussi partie de l’héritage (19). Cette volonté d’Eugène de Marcilly de privilégier Linières dans la gestion de l’héritage est à souligner quand on connait la fin. 

C’est après Eugène de Marcilly, avec ses fils Gaston et Guy de Marcilly, à partir de 1890, que la situation financière du propriétaire s’est détériorée et qu’on a vendu des métairies. On a retrouvé notamment la vente des deux métairies des Grandes Roussières et de la Fontaine à Saint-Fulgent, à un nommé Rouzeau le 19 avril 1894 (notaire Baland de Saint-Fulgent), pour 115 000 F. au total. Leurs fermes annuelles s’élevaient alors à 5000 F. après impôt foncier (20).

Puis le domaine fut vendu en 1897 aux enchères publiques par le tribunal civil de première instance de la Roche-sur-Yon. L’ensemble ne comptait plus alors que 385 hectares, avec 8 corps de ferme (21). La vie dispendieuse du dandy qu’était Gaston de Marcilly, jouant aux courses pas toujours avec bonheur, constitue un élément d’explication à sa déconfiture financière.

Le domaine de Linières en 1897

Le cahier des charges de cette adjudication judiciaire en 1897 décrit par le détail les parcelles foncières du domaine de Linières, nous donnant des informations intéressantes (22). D’abord le château de Linières et ses dépendances occupent 22 hectares, dont 7,6 ha pour le château lui-même, ses allées, jardins, chemins, l’étang et une mare. Le parc du château (1,7 ha) et le bois proche, dit de la Bergère font 6,6 ha. Les 7,8 ha du bois du Vrignais constituent en plus une réserve du château. En 1897, il y a deux maisons inoccupées à Linières, à côté de la conciergerie. Le métayer de la ferme de Linières habite dans des bâtiments neufs situés plus à l’ouest et à l’écart du château (ancienne métairie dite de « gauche »). Peu après le nouveau propriétaire, Louis de la Boutetière, fera construire la Louisière et démolir les deux maisons inhabitées. Seule la conciergerie, avec son architecture originale, restera à l’entrée de la cour du château.  

Ajoutées aux 22 ha du château et ses dépendances, les 8 métairies comptent 363 ha : Linières (35 ha), Logis du Bourg de Saint-André (38 ha), Bourg de Saint-André (27 ha), Guérinière (64 ha), Mauvelonnière (45 ha), Bois du Vrignais (53 ha), Morelière (51 ha) et Noues (50 ha). Le domaine ne vivait donc que d’agriculture, et l’indication des cultures en cours au mois d’octobre 1896 par l’huissier de Saint-Fulgent, qui a inventorié le domaine, nous donne une photographie représentative de l’époque dans les grandes métairies de la contrée. Les prés, pâtures et guérets occupaient 20 % des surfaces en culture, et les plantes fourragères destinées à l’élevage occupaient 40 %. Une modeste culture du lin représentait 1% des surfaces, les vignes avaient disparu sauf au Bois du Vrignais, et 9 % étaient en chaume ou non emblavé, c’est-à-dire attendant les travaux du printemps à venir. Les champs emblavés en céréales représentaient 30 % du total cultivé, dont 60 % en froment, 37 % en avoine et 3 % en seigle. Ce dernier, qui avait dominé les cultures jusqu’au 18e siècle, avait presque disparu.

L’élevage était devenu prépondérant, poussé par la demande et permis par l’usage des engrais depuis le milieu du siècle. Les plantes fourragères dominantes étaient le chou et le trèfle, presque à égalité, représentant 86 % du total des plantes cultivées. Les rèbes en représentaient 8 % et le petit reste de 6 % se répartissait entre les bettes champêtres, les carottes, la luzerne, la garobe (vesce), le colza et le coupage. Ce dernier était un mélange de graines (colza et vesce par exemple). Dans cette pratique culturale observée dans les 8 métairies du domaine, on ne voit pas de particularité pour un métayer, tous faisaient les mêmes choix, y compris pour s’essayer aux autres plantes fourragères que le chou et le trèfle.

La fin du domaine (1897-1912)

Puis l’acquéreur du domaine en l’audience des criées du tribunal de la Roche-sur-Yon, M. Auriault, vendit la métairie des Noues à Célestin Loizeau, de Nantes, puis celle du bourg de Saint-André à Maixent Girard, géomètre-experts habitant à proximité dans le bourg. Il vendit aussi le logis du bourg au curé de Saint-André et répartit les terres de la métairie du logis dans ses métairies voisines. Dix mois après son acquisition il revendit en 1898 le domaine de Linières, dont la contenance avait été ramenée à 300 ha. On ne comptait plus alors que les métairies de Linières, de la Morelière, la Mauvelinière, la Guérinière et le Bois du Vrignais. On n’a pas encore repéré à quelles dates furent vendues les deux métairies de Saint-Fulgent, de la Morinière et de la Roche au Roi. L’acquéreur et dernier propriétaire de Linières s’appelait Louis de la Boutetière.

Dans cette évolution de la composition du domaine de Linières, apparait aussi temporairement la métairie du Logis du Bourg de Saint-André. Elle fut acquise des héritiers de Tinguy à une date non repérée au temps d’Amaury-Duval ou d’Eugène de Marcilly. Elle devait compter 24 hectares, surface connue en 1814. Le nouveau propriétaire logea le métayer dans le logis et augmenta la surface exploitée par transferts de parcelles voisines provenant de ses métairies de Linières, de la Mauvelonnière et du bourg de Saint-André. En avril 1897 la métairie comptait 37,8 hectares, au moment de la vente par adjudication du domaine de Linières. L’adjudicataire, Augustin Auriault, vendit le logis à la fin de l’année 1897 au curé de Saint-André pour en faire un presbytère. Ensuite il fit démolir les bâtiments d’exploitation et réparti les terres dans ses métairies voisines.


(1) Informations données par M. Daniel Priouzeau.
(2) Archives de Vendée, Recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vendée : 4 Num 219/73 no 1 à 17 (1882), page 309 vue 302 et s.
(3) aveu du 23-6-1774 de Saint-Fulgent (Agnan Fortin) à la vicomté de Tiffauges (A. L. Jousseaume de 
la Bretesche), transcrit par Paul Boisson, Archives historiques du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 13, page 19.
(4) ibidem. Page 21.
(5) ibidem. Page 26, 27 et 28.
(6) Accord du 27-12-1724 entre les teneurs de Puyravault Haut et Bas, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/C 6.
(7) Archives de Vendée, vente de biens nationaux 1 Q 259, no 917, vente de la Godelinière du 2 floréal an 6 (21-04-1798) à Joseph Guyet.
(8) Archives de la Vendée, notaires de Chavagnes-en-Paillers, Bouron : 3 E 18/18, ferme du 5 nivôse an 6 de la borderie des Loges de Mme Duviger à Hervouet.
(9) Archives de Vendée, Chartrier de Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29, déclarations roturières diverses de Pierre Moreau vers 1675.
(10) Archives de Vendée, étude de notaire de Saint-Fulgent, papiers Guyet : 3 E 30/138, bail du Bois de Vergnais du 8-7-1829 de J. Guyet à Bossu, Brodu et Belamy pour la période du 23-4-1830 au 23-4-1837.
(11) Famillevendeennes.fr
(12) Archives de la Société Eduenne d’Autun, Fonds Amaury Duval : K8 34, lettre de Frédéric Martineau à M. de Brayer du 4-12-1868.
(13) Testament de Mme Guyet-Desfontaines du 6 mai 1868, Archives nationales, notaires de Paris : MC/ET/XIV/898.
(14) Archives historiques du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 20, famille Guyet.
(15) Actes testamentaires de Laure Longuemare, veuve Charles Louis Guyet, Archives nationales, études notariales de Paris, Me Pitaux : MC/ET/XIV/850.
(16) Gabrielle Hoube, Le livre des courtisanes, archives secrètes de la police des mœurs Tallandier, 2006, page 320.
(17) Archives historiques du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 32-3, témoignage de C. B.
(18) Écrits testamentaires de M. Amaury Duval, Archives nationales, études notariales de Paris, Me Pitaux : MC/ET/XIV/1032.
(19) Hypothèque pour la rente d’Amaury-Duval au curé Martin et autres, Archives de la paroisse de Saint-Jean-les-Paillers, relais de Saint-André-Goule-d’Oie : carton no 31, chemise XIII.
(20) Archives historiques du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 32-1, copie de l’acte de vente du 19-4-1894 des métairies des Grandes Roussière et de la Fontaine par Guy de Marcilly et sa mère à Rouzeau.
(21) Archives de la Vendée, L’Avenir et l’Indicateur de la Vendée du dimanche 7 mars 1897 no 28 : 
4Num 366/13, vente sur saisie immobilière du domaine de Linières, page 4. Et vente par adjudication de Linières le 6 avril 1897, Archives de Vendée, cahier des charges des adjudications (1897-1039) : U 1-354.
(22) vente par adjudication de Linières le 6 avril 1897, Archives de Vendée, cahier des charges des adjudications (1897-1039) : U 1-354.


Emmanuel François, tous droits réservés
Juillet 2014 complété en septembre 2020

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dimanche 1 juin 2014

Les Moreau de Saint-André-Goule-d’Oie du 16e au 18e siècles

Le moteur de recherche des Archives départementales de la Vendée

C’est dans le chartrier de la Roche-Guillaume que se trouve une documentation se rapportant à cette importante famille de Saint-André-Goule-d’Oie au 17e siècle : les Moreau. Situé sur la commune de Landevieille (canton de Saint-Gilles-sur-Vie), sur le versant méridional du lac de Jaunay, l’ancien hôtel noble de la seigneurie de la Roche-Guillaume a été remplacé par un château construit au 19e siècle. Ses papiers et titres de propriété (chartrier) ont été confiés aux Archives de la Vendée où on peut les consulter. Pourquoi la Roche-Guillaume ?

Cette seigneurie, vassale de Brandois, a été acquise pour 13 000 livres le 1e septembre 1740 par François René Joseph de Vaugiraud (1712-1790), seigneur de Rosnais et Marie Lodre, son épouse (1). L’acquéreur était le fils de Pierre de Vaugiraud (1661-1731) et de Marie Desnos, dame de Rosnais, et aussi petit-fils de Renée Moreau de Saint-André-Goule-d’Oie, qui avait épousé en 1650 René de Vaugiraud, seigneur de Logerie (Bazoges-en-Paillers). Les héritages ont donc conduit les papiers de la famille de Renée Moreau à la Roche-Guillaume. Encore faut-il découvrir ce parcours, mais pour cela, le moteur de recherche des Archives de la Vendée a radicalement transformé la notion d’érudition, et a même rendu inutile la chance dont les chercheurs ont parfois besoin. Il lui suffit de quelques secondes pour remplacer les années de travail des érudits d’autrefois. On aimerait que la Vendée ne soit pas trop seule dans la mise à disposition de cette avancée technologique à l’usage des chercheurs.

Archives départementales de la Vendée
Ces papiers de la famille Moreau  nous donnent des informations sur les personnes, qu’on ne trouve pas sur le registre paroissial de Saint-André-Goule-d’Oie. Beaucoup des pages de ce registre, dans la période du 17e siècle, ont subi les dégâts d’une mauvaise conservation et sont devenues parfois illisibles. Malgré certains manques, l’histoire des Moreau de Saint-André-Goule-d’Oie présente ainsi une consistance intéressante, grâce aux archives de la Roche-Guillaume. Et parmi elles un document est riche de renseignements, avec ses 155 pages : l’inventaire après-décès en 1666 du mobilier, vaisselle, linge et papiers de Pierre Moreau, prieur de Saint-André-Goule-d’Oie. Les nombreuses informations tirées du document sont exceptionnellement notées par les numéros de pages entre parenthèses dans le texte qui suit, plutôt que par des notes en fin d’article.


Les premiers Moreau du Coudray connus aux 16e et 17e siècles


Le premier Moreau connu est « Nicolas Moreau, prêtre demeurant à Saint-André », à cause de quatre achats qu’il a effectués dans le bourg de la paroisse en 1522, 1526 et 1542 (2). On a bien un Moreau du Coudray cité dans la liste des droits d’hommages dus à la Boutarlière en 1509, mais sans pouvoir faire un lien avec la famille évoquée ici, même s’il est probable (3). Après lui on a la première génération connue des Moreau qui a vécu à la fin du 16e siècle et au début du 17e siècle : trois frères et une sœur. D’abord Laurent Moreau, sieur du Plessis, marié à Marguerite Legeay. Cette dernière a fait une déclaration roturière le 21 mai 1614 pour un moulin à vent qu’elle possédait à la Boutinière (4). Ensuite François Moreau, sieur de la Treille, qui est mort en 1609 (page 34). Il avait épousé Jeanne Thoumazeau. Il avait un autre frère, Jacques Moreau qu’on voit signer un acte d’achat en 1576 (page 152). Et enfin Marie Moreau qui épousa Nicolas Thoumazeau. Ensemble les trois frères et la sœur ont fait le 7-9-1609 un contrat d’échange de certains domaines étant au bourg de Saint-André avec Philippe Proust (page 122).

Paul Nassivet : Vue de Nantes
Jacques Moreau s’était marié avec Jeanne Laheu, et c’est probablement lui qui habitait à Nantes à la fin de sa vie en 1614, étant mort avant 1617. Après eux leur fils François Moreau sr de la Treille mis fin au conflit qui opposait sa famille contre le seigneur de la Boutarlière, pour reconnaitre la mouvance de la Boutarlière sur le fief de Saint-André (page 153). Il fit deux achats sur le tènement des Gâts, et un autre le 26 octobre 1620 dans le fief du Coudray pour 38 livres. Le dernier acte notarié signé de lui est de 1630, et nous ignorons quand il est décédé. Marié à Renée Chitton (décédée en 1646), il associa aussi ses enfants, Jacques et René Moreau à ses affaires. En témoignent 13 obligations faites ensemble à leur profit, et un sous-seing privé du 27 août 1625, aussi 4 achats à Villeneuve. Un autre fils, Pierre Moreau, devint prêtre, officiant presque toute sa vie à Saint-André-Goule-d’Oie.

Jacques Moreau sieur du Coudray (vers 1600-1644)


Les deux frères Jacques Moreau, sieur du Coudray, et René Moreau, dit sieur de Villeneuve (Chauché), continuèrent à travailler ensemble après la disparition de leur père. En 1631 ils firent un échange pour acquérir une rente de 20 boisseaux de seigle sur le tènement des Suries. Cette année-là ils achetèrent aussi ensemble des terres et une masure au bourg de Saint-André (en 5 petits achats), une terre au tènement des Bruères près du Coudray, des terres à Villeneuve (8 achats à 6 propriétaires différents). Ils achetèrent aussi des biens à la Porcelière en 1634, à Landouinière (Chauché) en 1633 et 1634, une maison au Coudray en 1636, des terres au Gâts en 5 achats entre 1629 et 1635, etc.

On est tenté d’établir un lien entre cette concentration de petits d’achats de terre en 1631 par ces riches bourgeois, et la situation de misère régnant alors dans l’Ouest de la France. Citons l’historien Le Roy Ladurie : « la famine relayée par l’épidémie explique l’extraordinaire poussée de la mort au printemps 1631 à Nantes, et dans les zones limitrophes du Poitou » (5). Le registre des décès de Saint-André ne commence qu’en 1640, et ne nous permet pas de mesurer dans la paroisse la pointe de mortalité des années 1631 et 1636. La  première crise est due aux moissons ratées de 1630/1631, à cause de l’excès d’humidité cette année-là. La deuxième crise est due dans le royaume à la peste et à un été « puissamment calorifique », qui fait baisser l’eau des rivières, les rendant d’autant plus polluées et déclenchant des épidémies de dysenterie, cause additionnelle à la peste (5). Dans ce contexte, des familles de petits propriétaires ont certainement été obligées de vendre leurs  lopins de terre pour survivre.

Jacques et René Moreau ont aussi ensemble affermé la seigneurie de Languiller, moyennant le paiement par eux d’un prix de 1600 livres par an (page 140). En 1637 ils ont à ce titre peuplé l’étang du lieu, avant qu’il ne soit asséché quelques dizaines d’années plus tard (page 132). Ils ont fait aussi des travaux au logis de Languiller. Le prévôt des Essarts, nom donné alors à un  chanoine de la cathédrale de Luçon, leur affermait les redevances à percevoir au titre de la prévôté des Essarts. De même ils s’engagèrent dans le contrat de ferme de la baronnie de Belleville en 1630, passée avec la propriétaire, Marie Hurault (6). Jacques Moreau demeurait alors à Linières (Chauché), dont il devait être fermier en 1630, c'est-à-dire régisseur, mais à d’autres époques il habitait au bourg de Saint-André-Goule-d’Oie, à côté de son frère René Moreau. L’affermage de ces seigneuries désignait les frères Moreau comme des bourgeois importants, capables de s’engager à payer le prix des fermes, d’en gérer les droits féodaux et d’exploiter les métairies les composant.

Après la mort de son frère René vers 1642, Jacques Moreau continua quelques affaires avec sa belle-sœur Catherine Beau, par exemple des cheptels de bestiaux. Et il fit des achats seuls désormais. Ainsi, en 1644, il acquit de Jules Bellanger le tiers des droits féodaux tenus sur le village de la Porcelière (Saint-André) pour 600 livres (7). Le 2 janvier 1644 il acheta la métairie du Pinier alias la Touche Chabourault, à Vendrennes, pour 1185 livres (page 32). Il acheta aussi des domaines au village de Vernes en la paroisse de Mouchamps, et d’autres au bourg de Saint-André.

En plus de son activité de fermier il fut aussi fut sénéchal (juge seigneurial) de la Rabatelière et de Saint-Fulgent. Sa femme, qui dut mourir avant lui, s’appelait Suzanne Cherruy. Il est mort vers juillet 1644. Il eut 5 enfants : l’ainé Pierre Moreau, sieur du Coudray, puis le cadet Jean, prêtre et prieur de la paroisse de la Couture, Marie, Louis, sieur de la Maigrière et Renée qui épousera René de Vaugiraud. Nous ne connaissons pas les dates de leurs naissances, probablement à Saint-André-Goule-d’Oie. Indiquons que Marie, probablement le troisième enfant, est née muette et fut prise en charge par son frère prêtre. Elle ne s’est pas mariée. Nous avons peu d’information sur son frère Louis né après elle. Il était dit sieur de la Maigrière, épousa Catherine Chaillou, et eut un fils prénommé Mathurin. Il vécut un temps chez des marchands de la Rochelle et paraît actif comme hommes d’affaires (page 139).

Un feudiste, faisant à la fin du 18e siècle la liste des titres concernant la famille de Vaugiraud, écrit à l’occasion du mariage de la fille de Jacques Moreau, Renée, en 1650 avec René de Vaugiraud, que Jacques était écuyer et sénéchal de Saint-Fulgent. La première affirmation nous paraît dépourvue de fondement au vu de la trentaine de documents consultés sur les Moreau à cette époque. La deuxième est très probable. Sa fortune et les services qu’il rendit l’ont mis néanmoins à même de fréquenter la noblesse locale. Il reçut en forme de présent un manteau de René Durcot (marié à Marie Girard), seigneur de l’Etang à Chavagnes-en-Paillers (page 23). Sa fille Renée avait reçut une petite salière d’argent doré d’Anne de Rohan-Soubise (1584-1646) (page 25). C’était une poétesse protestante née à Mouchamps, fille de la fameuse Catherine de Parthenay (1554-1631), dame du Parc Soubise, qui se distingua au siège de la Rochelle par son courage (8).
Nous avons aussi repéré l’enterrement à Saint-André-Goule-d’Oie de René Moreau, sieur de la Gandouinière le 4 décembre 1658 (vue 12/045), mais nous n’avons pas pu établir sa filiation.

René Moreau (vers 1600-1642), sieur de Villeneuve et sa descendance


Il fit quelques achats seuls, et sa femme, Catherine Beau, continua après lui d’en faire autant. Il est mort probablement en 1642 et Catherine Beau, dame de Villeneuve, est décédée le 29 juillet 1648 (vue 7), enterrée dans l’église de Saint-André. Le couple eut plusieurs filles. Parmi elles, nous ne connaissons que Marie (9), qui fut mariée avec Claude Guignardeau, écuyer, de Puymest (Essarts en 1664), de Vanne et la Guignardière y demeurant (Sainte-Florence), maintenu noble en 1671. Une partie de la Guignardière était mouvante de la seigneurie de la Barette (Essarts), et on a un aveu de sa fille en 1664 à la Barette (10). Ils eurent trois filles (Suzanne, Madeleine et Renée Marguerite) et un garçon (François)René Moreau eut aussi au moins deux garçons dont l’un, Pierre Moreau, est désigné comme sieur des Touches (11). Il était chapelain le 19 mai 1649 de la chapelle de Saint-Jean-des-[Bossoneaux], desservie en l’église de Beauvoir-sur-Mer. Il parait être mort jeune, probablement avant d’accéder à la prêtrise (page 36).

Louis Moreau, désigné comme son père sieur de Villeneuve, devint propriétaire au Coudray (Saint-André-Goule-d’Oie) à cause de sa première femme, Renée Masson (orthographié aussi Masant), fille de Jeanne Masson dame du Coudray. Il hérita aussi de son oncle le prieur de la métairie du Coudray. A la même époque le fief du Coudray Loriau semble avoir commencé d’être démantelé, les Royrand n’en étant plus propriétaire que d’une partie. Par mariage de Christophe Royrand avec Suzanne Menanteau, la fille du seigneur du Coudray, ils en étaient devenus les seigneurs au début du 17e siècle. Bourgeois et fortunés, les Moreau vont prendre progressivement la relève des Royrand dans ce fief du Coudray à Saint-André-Goule-d’Oie, appelé alors le Coudray Loriau, du nom de son probable fondateur. Ce fief était vassal du Coin Foucaud (Saint-André), lui-même alors propriété du seigneur de Languiller (Chauché).

Le Coudray
Louis Moreau, sieur de Villeneuve, était l’ainé de la branche cadette des Moreau. La branche aînée, depuis Jacques Moreau, désigna ses ainés : sieurs du Coudray (ils y possédaient une métairie), alors qu’ils n’y ont pas habités, à la différence des sieurs de Villeneuve, qui s’y établirent avec Louis Moreau. A la fin de sa vie en effet, ce dernier viendra habiter la métairie de la porte au Coudray (c’est à dire celle qui jouxtait la maison noble du fief). On le voit, cette appellation de sieur fait pendant à l’utilisation des noms de fiefs chez les nobles, qui étaient seigneurs d’une seigneurie érigée en dignité avec un titre (baronnie, comté, etc.). D’ailleurs les cadets des familles nobles sans titre de noblesse authentique, se désignaient eux aussi de sieur ou seigneur d’un domaine.

Après la mort de sa femme Renée Masson à Saint-André, le 15 mars 1668 (vue 20), Louis Moreau se remaria avec Anne Coupé. On lui connaît trois enfants baptisés à Saint-André-Goule-d’Oie : Marie, née le 25 mars 1664 (vue 182), Louis né le 11 mars 1666 (vue 188) et Renée née le 23 mars 1667 (vue 191). Les numéros de vues indiqués ici se rapportent aux fichiers numériques des registres paroissiaux de Saint-André-Goule-d’Oie mis à disposition sur le web par les Archives départementales de la Vendée. Il eut aussi un fils aîné, Pierre, non repéré dans les registres paroissiaux, aussi non présents dans les successions, et qui a dû mourir jeune.

Le parrain de sa fille ainée est René Girard, écuyer demeurant à Beaurepaire. La richesse du père le met à égalité de fortune avec certains nobles des environs.

Outre la métairie du Coudray, il possédait une métairie au village de Villeneuve (Chauché), une autre à celui des Gâts (Saint-André), une borderie à la Boninière (Saint-André), des terres au village de la Bourolière (Saint-André), une moitié de borderie au village du Pin (Saint-André), d’un droit de fief au village de la Trollière (disparu ou inconnu), de plusieurs maisons, un pressoir et une vigne au village de la Maigrière (Saint-André), la métairie des Touches, la vigne de Cachepoil, les fermes de la Bedouire et Petites Fontenelles (non repérées) et diverses rentes (9).

Quand il fit son testament en 1676, sa fille ainée était encore enfant, il  recommande « de la mettre avec quelque honnête dame en pension pour apprendre ». Il n’y avait pas d’école dans la région pour les jeunes filles, et on adoptait alors dans les familles riches, pour les études, les méthodes de ce que nous appelons de nos jours l’apprentissage, comme pour apprendre un métier. De même, s’agissant de son fils ainé, il donne ses instructions pour sa scolarité :

Vieux Poitiers de nos jours
«  je veux et ordonne qu’on mette Pierre Moreau fils ainé en une bonne ville chez un bon régent (instituteur) écrivain afin qu’il puisse bien apprendre à lire et à écrire et l’arithmétique, quand il saura cela, le mettre chez M. Lourancheau, procureur (avocat) à Poitiers, pour apprendre la pratique, ou chez un autre, et l’y laisser deux ou trois ans, et ensuite commis chez un procureur afin qu’il se rende capable de servir ses amis et de connaître les affaires et assister ses sœurs, et de penser en son pauvre père qui a eu les dernières tendresses pour lui ». Cette insistance sur la formation pratique est à rapprocher d’une autre remarque plus loin dans le testament, où il précise même : « je défends à tous mes parents et amis de mettre mon fils au latin n’étant pas capable de l’apprendre ».

Dans son testament, Louis Moreau demande d’être enterré dans l’église paroissiale de Saint-André-Goule-d’Oie, « en les lieux où sont inhumés mes prédécesseurs et la dite Masson ma femme, et que mon enterrement soit fait selon ma condition, et y soit appelé autant de prêtres que faire se pourra pour y célébrer tous leurs saintes messes pour le repos de ma pauvre âme ». Ses descendants et les membres de la branche aînée des Moreau se feront eux aussi inhumer dans l’église paroissiale. Au regard du droit et des usages alors en vigueur, on en déduit que l’ancêtre François Moreau, et peut-être ses fils, ont été des bienfaiteurs de l’église pour acquérir ce statut de patron, comme on disait à l’époque, attribué au fondateur ou assimilé (reconstructeur) de l’église. La famille n’avait pas dû se contenter du simple financement de l’entretien courant de l’édifice. Sa condition de riche bourgeois se traduit dans ses instructions pour le drap mortuaire recouvrant son cercueil. Il sera « d’une grosse serge de limestre, seulement avec une croix et treize rainures qui seront autour de mon corps avec treize cierges auxquels il sera donné à chacun huit sols et autant au service ». Originaire de Rouen, la serge de limestre était drapée et croisée avec de la fine laine d’Espagne. Ce chiffre treize correspond à une symbolique d’ordre religieux probablement.

Sa fille Marie épousa Arthus Venant Corbier avant le 10 mai 1689, mais décéda peu après juin 1699. Son mari, demeurant alors au Coudray, se remaria le 27 juillet 1703 avec Louise Billaud. Leur fils unique, Louis Corbier, sieur de Beauvais, hérita de la métairie du Coudray.  Il fut élevé par le deuxième mari de sa mère, Alexandre de Roannes, et se maria avec Charlotte de Puyrousset en 1738. Il n’eut pas d’enfant et sa veuve vendit la métairie du Coudray en 1767 à Louis René Loiseau. Nous avons raconté cette histoire dans notre article d’août 2011 : Le Coudray à St. André Goule d'Oie du 16e au 18e siècle.


Pierre Moreau, prieur-curé de Saint-André (vers 1600-1665)


Bourg de St André Goule d'Oie en 1900
Pierre Moreau fut nommé vicaire de Saint-André en 1622. En 1627 il fut curé de Bessay (registre des baptêmes de Saint-André le 17-10-1726, vue 73), puis curé de Saint-André en 1639 (voir sa première signature sur le registre des baptêmes le 30 mai 1639, vue 99), jusqu’à sa mort le 14 novembre 1665 (vue 19). Il a géré sa fortune laissée par ses parents en se faisant intermédiaire financier auprès de tous ceux qui avaient besoin d’argent dans sa paroisse et celles aux alentours, dans des arrentements, cheptels, ventes, etc. Il était capable, à la fin de sa vie, d’engager des sommes se montant au total à 3000 ou 3400 livres, soit l’équivalent des fermes d’une dizaines de grosses métairies, ou deux fois la ferme annuelle de la seigneurie de Languiller ou 40 % de la ferme annuelle de la baronnie des Essarts. Sa pratique de la charité, n’a pas laissé de traces dans les archives conservées.

Il a aussi beaucoup aidé ses proches. Ses deux frères, Jacques et René Moreau, sont morts laissant des enfants mineurs. Après le décès de leur mère, il assura dans les deux branches de ses neveux et nièces le rôle de tuteur des biens et des personnes pendant quelques années. Dans ce rôle il s’est révélé autoritaire, et a été accusé d’être colérique. Sa responsabilité dans les divisions profondes qui s’installèrent entre les deux branches des cousins, est certaine. Et pourtant ses neveux et leurs familles alliées comme les Vaugiraud, lui doivent beaucoup. Il a constitué des dots, payer des dettes et financer des études à Poitiers. Deux de ses nièces épouseront des nobles. Il a été un oncle attentif et généreux, mais malhabile. Dans l’inventaire après décès de ses meubles, on voit ses héritiers étaler leurs divisions entre les deux branches des Villeneuve et du Coudray, alors que leurs parents avaient tellement travaillé ensemble. 

Pierre Moreau fils sieur du Coudray (vers 1630-1687) 


Le prieur de Saint-André, Pierre Moreau, fut officialisé tuteur des enfants de Jacques Moreau et de Suzanne Cherruy le 26 aout 1644 (page 140). Ce rôle cessa vers 1650, mais on arrêta les comptes de sa tutelle en 1658. Et au début de cette période de tutelle, le prieur continua la gestion de la ferme de Languiller et de la prévôté des Essarts.

L’aîné des enfants, Pierre Moreau, s’est marié avec Marie Hullin, originaire de la région de Cholet. Le père de cette dernière, Henri Jacques Hullin, a été sieur du Bois Charruau, situé près du bourg de la Romagne à six kms à l’ouest de Cholet, de 1632 à 1681 (12). Son frère était sieur de la Vacherie, proche du bourg de Saint-Leger-sous-Cholet, à proximité de Cholet. Sa femme se prénommait Catherine.

Pierre Moreau était sénéchal à Bazoges-en-Paillers, la Barotière et Beaurepaire, autant de seigneuries différentes dans lesquelles il a dû acheter l’emploi de sénéchal à chaque fois. Celui-ci, à cette époque dans une seigneurie, désignait un juge seigneurial avec un rôle administratif variable selon les lieux : publier les ordonnances royales et s’occuper des foires et marchés, par exemple. On trouve un document de 1727, où Pierre Moreau est qualifié d’avocat en parlement, mais l’information mérite une vérification que nous n’avons pas pu faire. On l’a aussi repéré étant sénéchal de Languiller en 1652 (12).

Il habitait à Saint-André-Goule-d’Oie, sans plus de précision. Quoique souvent indiqué comme sieur du Coudray, cela n’en faisait qu’un propriétaire dans ce village, mais pas forcément un habitant. Alors que son cousin, Louis Moreau sieur de Villeneuve, habitait au Coudray dans la métairie de la maison noble du fief.

Il eut six enfants nés à Saint-André-Goule-d’Oie. Trois moururent jeunes, tous prénommés Pierre : le premier né le 21 avril 1664 (vue 182), le deuxième né le 2 juin 1668 (vue 195) et le troisième né le 13 mars 1677 (vue 14). Un quatrième fils, Christophe, né le 2 février 1671 (vue 207), est décédé avant 1693. Son cinquième fils, Claude Prosper, vécut jusqu’à l’âge de 56 ans. Il eut aussi une fille, Marie, née le 3 février 1675 (vue 237), qui se maria avec un sieur Mesnard.


L’héritage de Jacques Moreau


L’héritage des parents de Pierre Moreau fut partagé le 1e octobre 1667 avec ses frères et sœurs, par tirage au sort, et authentifié par un acte des notaires de Saint-Fulgent.

La sœur infirme, muette, fut exclue de ce partage. Elle avait un curateur pour ses biens en la personne de son frère Jean, le prieur de la Couture. Son exclusion ne tient pas à son infirmité, mais au fait qu’elle avait probablement été dotée déjà par ses parents. Souvent la dot des filles ne constituait qu’un à valoir sur l’héritage futur, mais parfois elle était suffisamment importante pour être considérée comme définitive et l’excluant de l’héritage (13).

Les domaines faisant partie de la succession ont été « mis en quatre lots les plus égaux qu’il nous a été possible … lesquels quatre lots tirés au sort après qu’ils ont été mis en quatre billets et mis en un chapeau ». Le premier lot a été échu au seigneur de Logerie, représentant ses enfants héritiers de la part de leur mère Renée Moreau, décédée quatre plus tôt. Le deuxième a été échu à Louis Moreau sieur de la Maigrière, le troisième lot a été échu à Jean Moreau, prieur-curé de la Couture, et le quatrième lot a été échu à l’ainé, Pierre Moreau, sieur du Coudray.

Le lot de Pierre Moreau comprenait une métairie, un bordage (14) et une borderie au village du Pinier à Vendrennes. S’y ajoutait une rente de quinze livres par an due « sur tous les dits lieux du Pinier », et une autre rente de 28 livres, « faisant la quatrième partie des cent douze livres qui sont dues annuellement par divers particuliers en la ville de la Rochelle » aux héritiers de Jacques Moreau.  

Pierre Moreau est décédé le 3 mars 1687 à Saint-André-Goule-d’Oie (vue 91).

Son frère Jean Moreau hérita des trois septième parties des droits de fiefs, rentes et autres choses comprises dans l’héritage et se rapportant au tènement (15) de la Boninière en la paroisse de Saint-André. S’y ajoutaient le gros moulin à vent situé au même tènement de la Boninière, exploité par Jacques Bertrand, et une rente de 28 livres due par « divers particuliers en la ville de la Rochelle ». Evidemment cette part d’héritage ne représente qu’une partie des biens de Jean Moreau. Ainsi, il possédait une métairie au Coudray. Bachelier en théologie, il avait été nommé curé de la Couture, près de Mareuil, en juin 1663. Il fut inhumé dans son église paroissiale le 22 novembre 1685 (vue 24).

Son frère Louis Moreau hérita de ses parents d’une borderie à la Maigrière (St André), d’une autre borderie à la Bonnière (Mouchamps), le pré de la Patisserie, proche du Parc à Mouchamps, deux bois taillis au Pin (Saint-André), et les 28 livres de rente annuelle, faisant le quart « de la rente due par divers particuliers de la Rochelle ».

Enfin, les enfants de René de Vaugiraud et de Renée Moreau héritèrent, outre eux aussi de la rente de 28 livres due annuellement par divers particuliers de la Rochelle, d’une borderie et d’une vigne à complant à la Maigrière (Boissaut bordier), d’une autre à la Chevaleraye (Saint-André, Cougnon bordier), des deux tiers d’un bordage à la Ridolière (Saint-André, Bouffard bordier), du bordage de Vaisnes (Mouchamps), et du champ des Landes à Chauché.

Des cinq frères et sœurs, enfants de Jacques Moreau, deux n’eurent pas de descendants : Jean le prêtre, et Marie, l’infirme. Un troisième, Louis sieur de la Maigrière, n’eut qu’une fils, Mathurin, dont la fille unique, Mathurine, mourut en novembre 1720 sans descendant. En conséquence, les biens de la famille furent recueillis par les descendants des deux autres enfants : ceux de l’aîné Pierre Moreau et ceux de la dernière Renée, épouse de Vaugiraud.

Nous avons déjà indiqués plus haut que des six enfants de Pierre Moreau, deux vécurent assez longtemps pour lui succéder : Claude Prosper et Marie, épouse Mesnard. Le premier resta célibataire toute sa vie et la deuxième est morte sans enfant. Ce sont donc les de Vaugiraud qui héritèrent de cette branche ainée des Moreau, sieurs du Coudray. Malheureusement pour eux, la plus grande partie des biens de cette famille fut saisie et dispersée par les créanciers à cause de la ruine de Claude Moreau.

Claude Moreau (1673-1729)


Né à Saint-André-Goule-d’Oie le 7 février 1673 (vue 221), Claude Prosper Moreau perdit son père à l’âge de 14 ans. Son parrain fut Claude Guignardeau, mari d’une cousine de son père, écuyer demeurant à Sainte-Florence. Sa marraine fut la deuxième épouse de Louis Moreau, autre cousin de son père. Son parrain et sa marraine appartenaient ainsi à la branche cadette des Moreau, des sieurs de Villeneuve.

Poitiers
Après la mort de son frère Christophe, il était devenu l’aîné chef de famille. On le voit dans ce rôle à l’âge de 20 ans dans un mémoire adressé au sénéchal de Fontenay-le-Comte en mai 1693 (16). Il est alors  « aux écoles de droit à Poitiers », mais n’ayant pas 25 ans, il a été émancipé d’âge (17), pouvant gérer ses biens, mais procédant dans une instance judiciaire sous l’autorité, plutôt l’assistance en fait, d’un curateur aux causes.

Fondée en 1431, l’université de Poitiers comprenait la « faculté de droit civil et canonique », de haute réputation, à cause du soin apporté au choix de ses professeurs. Les élèves étaient nombreux, attirés par cette réputation.

Au temps de ses études à Poitiers Claude Moreau avait un domicile au bourg de Saint-André-Goule-d’Oie, qu’il a toujours conservé, lui servant d’habitation quand il revenait en Bas-Poitou s’occuper de ses affaires. Puis il habita un temps à Angers, paroisse de la Trinité, au début des années 1700.

Tableau : île de la Cité à Paris
Ensuite, il s’installa à Paris, où il exerçait la profession d’avocat. Il habitait la paroisse de Saint-Pierre-des-Arcis dans les dernières années de sa vie (12). L’église paroissiale de Saint-Pierre-des-Arcis était une ancienne dépendance du prieuré de Saint-Eloy dans l’île de la Cité. Elle a été démolie en 1800 pour ouvrir la rue actuelle de la Pelleterie à Paris.

Sa sœur Marie, devenue orpheline de père et de mère, fut prise en charge par son cousin Pierre de Vaugiraud, le dernier des fils de Renée Moreau, avec son épouse Marie Renée Desnos. Ils demeuraient alors à la Grandinière en la paroisse de la Boissière-de-Montaigu, avant d’emménager à la Logerie de Bazoges-en-Paillers. Plus tard, « en reconnaissance des soins et bienveillances qu’a toujours eu pour la dite demoiselle Moreau messire Pierre de Vaugiraud …  ils lui ont donné et donnent par donation pure et irrévocable, faite entre vifs pour lui et les siens en tout droit de propriété, la métairie, appartenances et dépendances, du Pinier sise en la paroisse de Vendrennes » (12).

Claude Moreau contre le seigneur de Languiller


En succédant à son frère Christophe comme chef de famille à l’âge de 20 ans, Claude Moreau dut affronter l’adversité. Il y avait d’abord les désaccords nés entre son père et le seigneur de Languiller au sujet de droits sur des domaines fonciers possédés à Saint-André-Goule-d’Oie. Après l’annulation en 1670 de l’achat, quatre ans plus tôt, de la seigneurie de Languiller par René Langlois, gendre du seigneur de Linière (Le Gras), Philippe Chitton était devenu le nouveau propriétaire de l’ensemble de la seigneurie par deux achats en 1671 et 1674.  Ecuyer, conseiller du roi et Grand Prévôt Général du Poitou, Philippe Chitton était aussi seigneur de Fontbrune, Languiller, des Bouchauds (Essarts), Coin Foucaud (Saint-André-Goule-d’Oie). Or les terres de Pierre Moreau se trouvaient pour certaines d’entre elles dans les mouvances de ces trois dernières seigneuries. Demeurant sur place à Languiller, le nouveau propriétaire voulut mettre de l’ordre dans la gestion de ses nouveaux domaines, reprochant notamment à Pierre Moreau le non-paiement de certains droits. L’homme voulait en imposer, parfois brutalement, si l’on se souvient de ses démêlés avec le seigneur de la Chapelle Begouin à la même époque, quand il fit enterrer son épouse dans l’église de cette seigneurie en 1698 (Voir notre article en janvier 2014 : Les droits seigneuriaux sur les roturiers de la Chapelle Begouin à Chauché).

Languiller (Chauché)
Philippe Chitton n’hésita pas à poursuivre les héritiers de Pierre Moreau en justice, mais le jeune Claude Moreau ne se laissa pas faire. Les conflits se poursuivirent pendant des années. En 1717, le notaire des Essarts, Nicolas Houillon, est assailli par les deux protagonistes et doit se défendre. Il écrit à Claude Moreau : « je n’agis que par l’ordre de monsieur de Languiller, à qui maître de Vaux a écrit pour le supplier de vouloir vous faire payer de ce que vous lui devez et tenter de ce fait de faire exercer contre vous les suites les plus rigoureuses et même par saisie réelle. Monsieur de Languiller m’a bien dit que vous lui aviez écrit, il m’a même paru n’être pas content de votre lettre parce que vous l’avisez dépendre des actions contre vous … Vous pouvez vous adresser à lui pour obtenir les grâces que vous désirez dans cette occasion. Je ne puis pas m’empêcher d’agir à moins qu’il ne le souhaite. Si j’étais maitre de la chose, avec plaisir je vous rendrais tous les services que je pourrais, étant votre très humble et très obéissant serviteur, Houillon. Aux Essarts le 8 janvier 1717 » (18).

En 1718 Claude Moreau vendit une rente féodale de 40 boisseaux de seigle à François Fluzeau prélevée sur le fief des Giroisières à la Brossière. Il garda pour lui le droit de fief dont il continua à rendre hommage à Languiller. Elle lui était venue de son père qui l’avait achetée en deux fois en 1681 et 1682 pour une somme totale de 1650 livres (19).

Bagarre au Coudray entre Claude Moreau et Artus Corbier !


Une autre adversité s’imposa à Claude Moreau, familiale cette fois. Ses relations avec le mari de sa cousine Marie Moreau, fille de Louis Moreau, sieur de Villeneuve, s’envenimèrent violemment. Fils d’un bourgeois de Fontenay le Comte, Artus Corbier était venu s’installer au Coudray chez sa femme. Il fréquentait naturellement le banc de la famille Moreau dans l’église paroissiale de Saint-André-Goule-d’Oie. Se prenant pour le nouveau seigneur du Coudray, le cousin Claude Moreau n’habitant plus que très épisodiquement à Saint-André, il revendiqua même le droit de présentation à la chapelle des Moreau (Voir l’article publié en mai 2014 : La chapelle des Moreau dans l'église de St. André Goule d'Oie). Ce différent se doublait d’un autre concernant le banc dans l’église.

Celle-ci était petite et malgré les droits accordés par le curé de la paroisse (un frère Moreau), l’évêque de Luçon, par deux fois, dont la dernière en 1679, avait ordonné lors d’une visite pastorale d’enlever de la nef de l’église, où il se trouvait, le banc des Moreau. Claude Moreau s’exécuta en 1694, il le fit transporter à la porte de l’église et ensuite emporter en sa maison comme un bien lui appartenant. Mais le cousin Corbier l’accusa d’avoir enlevé par violence ce banc qui lui appartenait prétendait-il (20).

Edward Munch : La bagarre
Ils en vinrent aux mains le dimanche 10 octobre 1694 « sur les deux ou trois heures après midi étant sur le chemin qui conduit de Saint-André à Saint-Fulgent, il [Claude Moreau] aurait fait rencontre du dit Corbier et en même temps aurait donné un coup de bâton sur le col du suppliant [Claude Moreau], lui ayant demandé la raison pour quoi il le maltraitait de la sorte, le dit Corbier lui aurait donné deux autres coups de bâtons pour le reste, et lui le suppliant ne s’étant [pas] retiré, il l’aurait assassiné de coups de bâtons, et menacé le tuer d’une épée qu’il avait, ce qui fait présumer le menaçant dessein du dit Corbier envers le suppliant et lui aurait proféré plusieurs injures, l’ayant appelé bougre de coq, fripouille … ».

Telle est la version du suppliant, c'est-à-dire du plaignant, Claude Moreau, auprès du lieutenant général criminel du Poitou à Poitiers, quatre jours plus tard (21). Il faudrait connaitre le sens précis à cette époque des mots comme « bougre de coq», « fripouille », pour saisir la portée de ces injures, très probablement plus osées que leur sens moderne. Par exemple traiter quelqu’un de « capitaine de bougres », c’était l’injurier de sodomite (22).

Arthus Corbier saisit, lui, de l’affaire du banc et du droit de présentation à la chapelle le « lieutenant pour le roi au gouvernement de cette province de Poitou, monsieur le marquis de la Chaize », François de Saligné. Le 30 décembre 1694, le marquis de la Chaize-le-Vicomte prit une ordonnance condamnant Claude Moreau à rétablir, à titre provisoire, « son propre banc en le même lieu de la dite église » et au surplus renvoyant les parties par devant l’évêque de Luçon pour régler leurs différends sur le fonds (20). Plus tard, l’évêque donna raison à Claude Moreau, tant sur le droit de présentation à la chapelle des Moreau que sur le retrait du banc.

Sous l’ancien régime on faisait une différence entre les bancs des patrons (fondateurs des églises ou chapelles) et des seigneurs des lieux hauts justiciers, qui étaient de droit, d’avec les bancs des particuliers qui étaient payants. Ces derniers pouvaient avoir des concessions du curé ou du fabriqueur à titre personnel, et non à titre perpétuel. On a pu lire chez certains jurisconsultes que pour les chapelles, le droit de présentation s’éteignait avec le fils du titulaire du droit. Pour la chapelle des Moreau, ce fils était Claude Moreau, mort en 1729 sans descendant. On ne sait pas avec certitude qui présenta à la chapelle après lui. Il semble que ce fut son héritier, Pierre de Vaugiraud. On ne peut s’empêcher de faire un lien entre cette dispute en 1694 et la haine exprimée en 1666 par la génération précédente au moment de l’inventaire de l’oncle prêtre Pierre Moreau. 


Moreau contre des créanciers de la Couture


La Couture
En 1708, Claude Moreau intenta une action judiciaire avec sa sœur Marie contre Marie Brechotteau veuve d’Antoine Guillet, demeurant au bourg de la Couture. Celle-ci avait acheté en 1691 des domaines de Philippe Bernardu. Or ce dernier avait deux dettes envers l’ancien prieur de la Couture, Jean Moreau oncle de Claude et Marie Moreau, contractées en 1670 et 1674 pour un total de cent quatre-vingt-seize livres. Ces derniers, en tant qu’héritiers de leur oncle, réclamèrent en 1708 le remboursement de ces obligations à la nouvelle propriétaire d’une partie des biens du défunt créancier. Déjà à cette époque ce type de créance était prescrit au bout de dix ans. Les Moreau répondirent qu’au moment du décès du créancier ils étaient mineurs. Pourtant ils avaient un curateur aux causes, et on s’étonne qu’un juriste de formation, avocat de métier, ait utilisé l’argument, à moins d’admettre le mauvais fonctionnement des institutions judiciaires, comme le répètent les historiens, pouvant donner une chance à tous les arguments. Pourquoi se retourner contre le nouvel acquéreur des biens du créancier défunt, plutôt que de demander des comptes aux héritiers du précédent propriétaire ? Les Moreau font état des hypothèques données sur ces biens au moment de la formation des obligations. L’argument  ne nous étonne pas en revanche, puisque nous savons que dans le droit civil né du droit féodal, on partait du bien pour aller aux personnes. Et si la notion d’hypothèque existait au sens d’aujourd’hui, son régime juridique ne possédait pas la même sureté que maintenant. On ne sait pas comment s’est terminée cette affaire, mais on doute de son succès pour les Moreau.   

Pierre de Vaugiraud réconcilie ses cousins, frère et sœur


Claude  Moreau attendit longtemps avant de partager l’héritage de ses parents avec sa sœur Marie. Elle était déjà mariée quand l’opération se fit en 1712, elle avait alors 37 ans et lui 39 ans. Ce retard avait détérioré les relations entre le frère et la sœur, celle-ci ayant dû intenter une action judicaire l’année d’avant contre son frère auprès du présidial de Poitiers. On voulut alors se réconcilier, sous l’influence des parents, probablement les de Vaugiraud.    

L’acte notarié de cette transaction-partage de succession a été passé au bourg de Vendrennes le 10 mars 1712 chez les notaires Boisson et Pineau. Il a été signé par le frère et la sœur bien sûr, mais aussi par l’époux de Marie Moreau, maître Jacques Pierre Menard sieur de Coutaut, et le cousin Pierre de Vaugiraud, à qui on donnera la métairie du Pinier à cette occasion, pour les raisons évoquées plus haut (11).

Non seulement il fallait partager la succession de leur père Pierre Moreau, et celle de leur mère, Marie Hullin, où le frère et la sœur étaient les seuls héritiers, mais aussi il y avait la succession de l’oncle Jacques Hullin à régler avec d’autres cohéritiers. Et il fallait tenir compte des revenus et dépenses engrangés et engagés par le seul Claude Moreau depuis le décès des personnes concernées jusqu’au jour du partage. Les difficultés de ce dernier se trouvaient à la mesure du temps différé pour régler les successions. D’autant que Claude Moreau avouait ne plus disposer des revenus de ces biens à partager « en majeure partie » et avoir aliéné une partie des domaines et rentes ! Mais il fallait aussi tenir compte de « toutes déductions faites des sommes par lui payées tant pour les possessions qu’entretien de la personne de la dite demoiselle Moreau et généralement toutes autres par lui pour elle payées ». On convint que sa sœur aurait dû recevoir 19 000 livres, et avec son mari et l’approbation de la famille, celle-ci valide cette somme « pour donner au dit sieur Moreau du Coudray leur frère et beau-frère des marques sensibles de leur tendresse et amour entre eux l’amitié et raison qui s’y doit rencontrer ».

Vieux Cholet
Cette somme, Claude Moreau n’en dispose pas et en substitution, il donne à sa sœur quelques propriétés dans la région de Cholet et provenant des héritages Hullin : six maisons ou métairies et six rentes, dont deux en nature et quatre en argent totalisant 459 livres de rentes annuelles. Mais cela ne suffit pas, s’y ajoutent les transferts de propriétés à Saint-André-Goule-d’Oie. Nous les citons, en indiquant la valeur estimée par des experts indépendants en 1726 (23) :

-        la maison principale habitée ordinairement par le sieur Moreau, le jardin en dépendant, une prairie au derrière, et une maison et jardin exploités par François Bardin situés audit bourg de Saint-André (4 000 livres). On a des indices pour penser que cette maison sera connue plus tard comme étant le logis de M. de Vaugiraud, et elle existe encore au fond de la place des Tilleuls.    
-        la métairie du Coudray (4 500 livres),
-        les borderies de la Chevaleraye et de la Ridolière (1 473 livres),
-        la rente, vigne et terre de la Maigrière (1350 livres),
-        le pré de la Boninière et deux quartiers du pré Corni (770 livres),
-        la rente de cent boisseaux de blé seigle et deux boisseaux de froment due, savoir sur la Maigrière vingt-quatre boisseaux, sur la Milonnière vingt boisseaux, sur la Bourolière vingt-cinq boisseaux, sur la Mancellière dix boisseaux, sur les Suries vingt boisseaux, et les deux boisseaux froments sur le moulin à vent du tènement du lieu du Coudray (1 852 livres),
-        les rentes en blé dues sur le village de la Chevaleraye, le moulin de la Boutinière et les landes et étang du Pin (810 livres),
-        les rentes en argent sur la maison de la borderie du bourg et à la Milonnière (280 livres),  
le tout en la paroisse de Saint-André,
-        les terrages (droits seigneuriaux, souvent d’un 1/6 des récoltes) et rentes dues sur les tènements de Landes Borgères (Vendrennes, touchant la Brossière), les Giroisières (Brossière à Saint-André) et la Guierche (Vendrennes) (1 500 livres).

Nous en sommes en 1726 et on note que ne figurent pas dans cet inventaire des redevances perçues au moins jusqu’en 1717 à la Faubretière de Chauché. Il en possédait la moitié à cette date en indivision avec la dame de la Pitière (Marie Madeleine de Chevigné) et la dame du Boireau (Mme de Rambervilliers). Déjà son père les possédait en 1686 (24). 

Il y avait malheureusement dans les héritages Hullin des dettes attachées à certains domaines. Et les créanciers vont poursuivre le frère et la sœur. De même qu’eux-mêmes ont dû entamer des actions judiciaires dans la seigneurie de Mareuil contre des héritiers de créanciers de leur oncle Jean Moreau, curé de la Couture.

Marie, épouse Mesnard, décèdera à une date non connue, laissant son mari et son frère dans l’adversité face aux créanciers.

L’héritage de Mathurine Moreau


En 1720 ils vont hériter de Mathurine Moreau, leur cousine, fille de Mathurin Moreau et petite-fille de Louis Moreau, sieur de la Maigrière marié à Catherine Chaillou. Nous ne connaissons que la part de l’autre cohéritier, Pierre de Vaugiraud. Elle est intéressante à noter : un bordage à Saint-Martin-des-Noyers (le Vieux Détroit), une borderie à la Chaize-le-Vicomte (le Curain), avec un moulin à eau dans le bourg de la Chaize, et une borderie à Saint-André-Goule-d’Oie (au village de la Maigrière). « La borderie de la Megrière est surchargée de rentes, biens en devoirs qui excèdent la valeur du prix d’icelle », précise Pierre de Vaugiraud dans sa déclaration « au roi et au dit Charles Cardier, régisseur général des fermes unies de France » (25). C’est que depuis 1703, les héritiers devaient payer sur la valeur des biens de certaines successions un nouvel impôt, le centième denier, au départ 1% de cette valeur. La tentation était donc évidente pour les déclarants de minorer la valeur des biens et d’en amenuiser les revenus touchés. La borderie de la Maigrière méritait-elle, objectivement, une si mauvaise appréciation ?


Les créanciers contre Claude Moreau


Nous avons vu Claude Moreau dans l’adversité avec son cousin Corbier. Sur le fond il avait raison, mais a-t-il su s’y prendre dans cette querelle familiale sur des questions d’honneur ? Pourquoi a-t-il attendu si longtemps avant de partager avec sa sœur les successions qui leur revenaient ? Certes, les créances supportés par les héritages ne sont pas de son fait, mais pourquoi avoir fait des dettes auprès de particuliers, pour lesquelles il s’est fait condamner par les tribunaux ?

Quentin Metsys : Le prêteur et sa femme (1514)
A titre d’exemple, il s’est fait condamner par la prévôté d’Angers le 29 décembre 1706 à payer sa dette de 270 livres à un tailleur d’habit à Angers, Pierre Farcy. Le 12 avril 1707, c’est le présidial d’Angers qui le condamne à payer 55 livres à Jean Amirault, orfèvre en cette ville.
En 1707, il est condamné à payer une somme de 900 livres à Jean Antoine, bourgeois de Paris. En 1709, c’est une somme de 530 livres qui est due à Louis Lemerie, marchand bourgeois de Paris.

Toujours est-il que deux ans avant sa mort, l’ensemble de ses dettes, ainsi que celles de sa sœur, dûment justifiées par des décisions judiciaires, font l’objet d’une sentence d’ordre des syndics de leurs créanciers (23). Le total de leurs montants s’élèvent à 79 440 livres, 60% sont des dettes de Claude Moreau seul, les autres sont de sa sœur et de son mari seuls (12 %) ou du frère et de la sœur ensemble (28 %). Les dettes communes proviennent pour l’essentiel des héritages Hullin et pour une grande part des arrérages, intérêts et frais des montants en principal de ces dettes d’héritages.  

La sentence d’ordre est datée du 9 septembre 1727 et elle classe les créances en trois catégories. D’abord les créances privilégiées représentent surtout les frais de justice, les gens de loi se servant les premiers, pour un montant de 5 169 livres. Puis viennent les créances hypothécaires, soit 90 % du total, dont presque les deux tiers pour Claude Moreau seul. Comme de nos jours, c’était un droit réel avec la faculté de faire vendre le bien immeuble donné en garantie, et d’être payé en préférence du prix obtenu. Ces créances ont été rangées en trois classes bénéficiant entre elles d’une priorité et d’un régime de remboursement gradués. Enfin, les créances les moins prioritaires dans le remboursement, car non garanties par une sûreté, appelées aussi à cette époque chirographaires, ne représentent que 3% du montant total des dettes (2 840 livres).

Si le montant des créances répertoriées est de 79 440 livres, certaines avaient déjà été en partie remboursées. En effet, Mesnard et sa femme avaient abandonné dès 1715 aux principaux et plus anciens créanciers des successions Hullin, certains biens à eux échus dans la donation-partage de 1712. Mais on est loin du compte et Claude Moreau est bel et bien ruiné.

Sa mort au début de l’année 1729, lui épargnera les affres de cette situation.

L’héritage de Claude Moreau refusé


A la suite de quoi, son cousin, Pierre de Vaugiraud, n’a pas voulu se porter son héritier. Il émancipa son second fils puiné, François René Joseph de Vaugiraud, et lui fit donner pour son curateur aux causes le sieur Proust de la Barre, procureur fiscal de Saint-Fulgent, dont il avait l’habitude de suivre les conseils (26). Ensuite il l’engagea à se porter héritier du défunt Claude Prosper Moreau sieur du Coudray (27). La situation créée devait lui permettre de voir et d’attendre prudemment. Cela fit renoncer le fils à la succession le 12 mai 1740 devant les notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau et Frappier.

Craignant qu’on ne conteste sa renonciation et pour éviter des procès, il obtint le 28 juillet 1745 une lettre de mandement du roi « au juge de la baronnie des Essarts en Poitou et aux officiers exerçant la juridiction en son absence dans l’étendue de laquelle est ouverte la dite succession », confirmant cette renonciation (26). 

Les de Vaugiraud ont possédé néanmoins à Saint-André-Goule-d’Oie des biens provenant des Moreau, mais pas directement du principal propriétaire parmi eux : Claude Moreau. En revanche, les biens de ce dernier furent acquis auprès des créanciers étrangers à la paroisse par les candidats à la propriété des alentours du Coudray, pourvus de bons bas de laine. Ces transferts de propriétés nous échappent car les archives conservées des notaires de Saint-Fulgent ne commencent qu’en 1764 pour l'essentiel.

Nous avons pu repérer que la ferme de la Ridolière a été acheté par Pierre Coutouly ou sa femme. Il était receveur des décimes du diocèse de Luçon. En 1743 il l’a louait à François Fluzeau marchand demeurant au village de la Brossière (28).


(1) Archives départementales de la Vendée - 1958 - Inventaire sommaire.
(2) Inventaire après-décès de 1666 du mobilier, vaisselle, linge et papiers de Pierre Moreau, Archives de Vendée, chartrier de Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29, pages 117, 152 et 153.
(3) Aveu du 7-3-1509 de la Boutarlière aux Essarts, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/C 95. 
(4) Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/G 58, déclaration roturière du 21-5-1614 de Marguerite Leray pour un moulin à vent de la Boutinière.
(5) E. Le Roy Ladurie, Histoire humaine et comparée du climat, Fayard, tome 1, 2044, page 346 et s. Aussi pour la peste à Fontenay : Pasteurs de l’église réformée de Fontenay-le-Comte, page 90 de B. Fillon et O. de Rochebrune dans « Poitou et Vendée études historiques et artistiques », réimpression de Laffitte en 1981 de l’édition de 1887.
(6) Archives départementales de la Vendée, notaires de Fontenay-le-Comte, étude F (3 E 37), Pierre Robert (1628-novembre 1632), 16-11-1631, Maximilien Eschallard ratifie le contrat de la ferme de Belleville faite par Marie Hunault à Jacques Moreau et René Moreau (vue 416 et 417.
(7) Archives de Vendée, chartrier de Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29, quittance à Jacques Moreau pour achat à la Porcelière du 23-4-1644.
(8) Comte de Chabot, Mesdemoiselles de Rohan, littérateurs et poètes, dans la Revue du Bas-Poitou, 1888, pages 32 à 38.
(9) 22 J 29, copie du testament de Louis Moreau, sieur de Villeneuve, du 7 mai 1676.
(10) Aveu du 25-7-1716 de Renée Marguerite Guignardeau à la Barette, Archives de Vendée, transcription par G. de Raignac des archives de la Barette : 8 J 87-2, page 130.
(11) 22 J 29, transaction pour le partage des successions Moreau et Hullin le 2-3-1712.
(12) 150 J/F 31, sentence du 25-6-1652 de Pierre Moreau, sieur du Coudray et sénéchal de Languiller et fiefs y annexés, concernant l’exécution de saisies.
(13) Traité des successions divisé en quatre livres par feu M. Denis Le Brun (1776) livre 1, page 63
(14) Petite ferme proche d’un gros manoir pour fournir le maître des lieux de fruits (volailles, légumes) [Philippe Antoine Merlin, Répertoire universel et raisonné de jurisprudence, (1828), Volume 2, page 242]. Le terme est souvent assimilé à celui de borderie.
(15) Terroir d’étendue variable tenu d’un seigneur.
(16) 22 J 29, mémoire de Claude Moreau contre Chitton du 4-5-1693 pour des fiefs de St André au sénéchal de Fontenay.
(17) Jean Mesle, Traité des minorités, tutelles et curatelles (1752), Première partie, page 266 et s.
(18) 22 J 29, lettre de Houillon à C. Moreau du 8-1-1717.
(19) Archives de la Vendée, don de l’abbé Boisson : 84 J 21, recours en 1785 contre le paiement d’un droit de franc-fief par les héritiers Fluzeau.
(20) 22 J 29, mémoire de Claude Moreau à l’évêque de Luçon pour le banc de l’église et la présentation de la chapelle en 1694.
(21) 22 J 29, plainte de Moreau contre Corbier pour coups et injures devant Irland le 14-10-1694.
(22) Michel Pernot, Henri III, le roi décrié, Live de Poche, 2017, page 396.
(23) 22 J 29, sentence d’ordre du 9-9-1727 des syndics des créanciers de Moreau et Menard.
(24) Aveux du 4-7-1686 et du 9-4-1717 de la moitié de la Faubretière à la Barette, Archives de la Vendée, transcriptions par Guy de Raignac des archives de la Barette : 8 J 87-1, page 65 à 67.
(25) 22 J 29, déclaration de la succession de Mathurine Moreau par P. de Vaugiraud le 15-7-1722.
(26) 22 J 29, mémoire sur la succession de Claude Moreau pour de Vaugiraud de Rosnais après 1745.
(27) 22 J 29, pouvoir de Vaugiraud de Rosnais pour la succession de Claude Moreau le 31-1-1729.
(28) Archives départementales de la Vendée, Don Boisson : 84 J 30, ferme de la borderie de la Ridolière du 4-12-1743.

Emmanuel François, tous droits réservés
Juin 2014, complété en avril 2019

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