lundi 8 mars 2010

Mme de Lespinay échappe à la mort par deux fois (1793-1794)


Nous avons raconté dans deux articles comment Mme de Lespinay, châtelaine de Linières, échappa par deux fois à la mort pendant la guerre de Vendée. D’abord en mars 2010 dans notre article intitulé La vicomtesse de Linières sauvée des noyades à Nantes, complété en octobre 2010 par un autre : La vicomtesse de Linières sauvée des noyades II. Le premier article était basé sur les Mémoires de la marquise de La Rochejaquelein. Le deuxième intégrait les deux passages consacrés par l’historien royaliste J. Cretineau-Joly en 1840 à Mme de Lespinay.

Le passage de la marquise de La Rochejaquelein, où elle fait allusion au sauvetage de la châtelaine de Linières, concerne l’histoire de sa femme de chambre Agathe Gingreau. Dans son récent ouvrage, Vendée les archives de l’extermination (2013), l’historien Alain Gérard, aborde cette histoire, avec diverses sources qu’il recoupe. Aussi il serait dommage de se priver du résultat de son travail. C’est pourquoi, nous reprenons nos deux articles pour n’en faire qu’un seul, modifiant celui de mars 2010 avec un nouveau titre : Mme de Lespinay échappe à la mort par deux fois (1793-1794).


Dans la Virée de Galerne


Mariée à l’âge de 16 ans en 1788 à Charles Augustin de Lespinay, Mlle du Vigier, sortant du couvent de Sainte-Croix de Poitiers, vint habiter Linières (Chauché). Elle y mit au monde deux filles : Henriette baptisée le 7 janvier 1790 et Pauline le 3 octobre 1791. Dans les semaines suivant cette dernière naissance, M. de Lespinay rejoignit l’émigration, comme beaucoup de nobles en activité habitant la Vendée. Il fut inscrit au chef-lieu du département, alors Fontenay le Comte, sur la liste des émigrés le 4 octobre 1793.

Mais entre-temps son domaine de Linières avait été mis sous séquestre à cause de cette émigration, en juin 1792, avec nomination d’un gardien sur place, inventaire des biens meubles et immeubles fait par les commissaires du district de Montaigu, et confiscation du fermage des quatorze métairies du domaine (1).

En mars 1793, le soulèvement général des populations avait embrasé la région du centre et du nord Vendée, est Deux-Sèvres, sud de la Loire-Atlantique et sud-ouest du Maine-et-Loire. La loi du 1e août 1793 donnait un ordre aux soldats de « destruction totale de la Vendée ». L’historien A. Billaud écrit : « Les incendies, les massacres, les viols ont eu ce résultat de vider une partie de la région, de la jeter sur les chemins avec ce seul souci : éviter la mort ». Les bleus s’attaquent même aux républicains de la région parfois, et beaucoup de déracinés en fuite de chez eux cherchent refuge auprès des armées vendéennes. Ce fut le cas de Mme de Lespinay.  

Elle fit partie de la cohorte des civils qui suivirent les combattants dans la Virée de Galerne. Cette expression désigne la traversée de la Loire effectuée par les armées vendéennes le 18 octobre 1793 pour rejoindre un hypothétique débarquement d’alliés sur la côte normande et d’improbables renforts en pays chouan et breton. Ils passèrent 35 000 combattants environ, plus 15 000 femmes, vieillards et enfants, fuyant leur pays après l’échec de la bataille de Cholet (2). La galerne désignait le vent du nord, c'est-à-dire la direction suivie.

Jean Sorieul : La bataille du Mans
Après une longue errance jusqu’à Granville, la colonne de Vendéens fait demi-tour et arrive au Mans le 10 décembre 1793. Malgré son jeune âge, Forestier fut désigné pour gouverner la ville. Henri Forestier était le fils d’un cordonnier de la Pommeray (Maine-et-Loire), âgé de 18 ans en 1793. Il fut un des premiers à se rallier à Cathelineau. Il commandait en second la cavalerie et avait été nommé gouverneur de la ville du Mans pendant son occupation par les Vendéens.

Les malheureux Vendéens, fourbus, se reposèrent deux jours. Dans la nuit du 12 au 13 décembre les bleus attaquèrent et gagnèrent la bataille du Mans. Ensuite ils ont fait un massacre de tous ceux qui n’avaient pas réussi à s’échapper. La châtelaine de Linières échappa à ce massacre.

Dans ses mémoires, la marquise de La Rochejaquelein écrit « Marie Marguerite Louise Félicité du Vigier, née à Poitiers le 9 juin 1772, mariée en 1788 à Charles Augustin de Lespinay, vicomte de Linières, près Saint-Fulgent en Bas-Poitou, capitaine de cavalerie. Il émigra, sa femme suivit l’armée vendéenne et fut sauvée par Forestier dans la déroute du Mans ; elle se cacha, fut arrêtée et conduite à Nantes.» (3).

J. Crétineau-Joly écrit : « Forestier, blessé, traîne par la bride son cheval, blessé lui aussi, et sur lequel il a placé madame de l’Epinay et ses deux enfants. » (4)

On sait que l’ainée des petites filles, Henriette a survécut à la guerre de Vendée, peut-être dans les bras d’une domestique. Sa petite sœur Pauline, alors âgée de deux ans, est morte en février 1794 (5). L’acte de notoriété qui en fait état nous apprend que la mère l’avait confiée à une jeune femme âgée de 30 ans, Renée Jousseaume, demeurant au village de la Foliette à Bazoges-en-Paillers. La petite fille est morte dans ses bras, malgré les soins de Pierre Aubin, officier de santé demeurant à Saint-Fulgent. L’affirmation de Crétineau-Joly des deux enfants avec leur mère au Mans, n’est donc pas exacte. D’ailleurs il reste une interrogation : la petite Pauline a-t-elle été confiée à Renée Jousseaume avant de suivre les armées des insurgés, ou bien était-elle déjà en nourrice comme le faisaient alors les femmes des milieux aisés ? Et qui sait si les deux enfants ne sont pas restées à la garde de la même femme pendant la Virée de Galerne ?

C’est l’occasion de rappeler que moins de 10 % des participants à la Virée de Galerne y ont survécu. On sait que leur chemin à pied dans le froid, la pluie, la boue, la faim, les maladies, au milieu des cadavres, fut un calvaire d’une rare cruauté pour les 50 000 personnes environ qui ont fait partie de cet exode pendant deux mois et demi en plein hiver.

Arrêtons-nous un instant sur le mot Bas-Poitou employé par la marquise de La Rochejaquelein. Elle désigne la Vendée par son nom d’Ancien Régime, manière d’afficher ses opinions en faveur de la monarchie. D’ailleurs sur le mot de Vendée, ce qu’elle en dit est intéressant : « En 1793, nous prenions le titre « de royalistes du pays insurgé »…Les républicains nous donnaient exclusivement, même dans la rédaction des jugements, le nom de « brigands et brigandes » : cette dénomination nous paraissait tellement ridicule, qu’au lieu de nous fâcher elle nous portait à rire. » Puis elle poursuit en indiquant que l’expression « brigands de la Vendée » est apparue dans les écrits des républicains après les premières batailles. Enfin elle explique qu’avec le temps, certains combattants des pays insurgés, y compris dans une partie du Maine-et-Loire, des Deux-Sèvres et de la Loire-Atlantique, formaient le vœu de garder ce nom de Vendée dans une nouvelle province qui devait émerger du sang du sacrifice, avec le retour espéré de la monarchie. Dans son livre, « Par principe d’humanité… La terreur et la Vendée » (1999), l’historien Alain Gérard a montré comment la guerre de Vendée a été voulue par les montagnards au sein de la Convention, le mot « Vendée » devenant pour ses membres synonyme de contre-révolution dès le début du printemps 1793. Ainsi, le hasard a aidé à choisir le nom du département et la politique, dans les deux camps, l’a imposé ensuite. « Vendée », une fierté ou un opprobre pour les générations qui ont suivi.

Sauvetage de la noyade racontée par la marquise de la Rochejaquelein


La mémorialiste indique dans son témoignage qu’après le Mans, la vicomtesse de Lespinay « se cacha, fut arrêtée et conduite à Nantes. » Crétineau-Joly précise, lui : « Cette pauvre mère, … ne retrouve plus ses deux enfants qui ont suivi son fatal itinéraire depuis le Mans jusqu'à Ancenis. ». Aucun des deux écrivains n’a pu écrire sans se renseigner auprès de la famille. Il se trouve que l’historien a écrit quatre tomes et la mémorialiste un seul. A notre avis les deux récits se complètent sur ce point.

On sait qu’après le Mans les Vendéens se sont précipités vers la Loire pour retourner au pays. « Dès le 13 décembre la ville de Laval voit arriver les premiers fuyards de l’armée en déroute » (A. Billaud). Le 16, ils arrivent près d’Ancenis. Forestier fait alors partie des officiers autour du généralissime H. de La Rochejaquelein. Ils ne pourront pas passer le fleuve occupé par les bleus. La cohorte des Vendéens en déroute part vers Nort, puis Blain, pour périr à Savenay les 22 et 23 décembre 1793. Forestier ira jusqu’aux environs de Blain, d’où il s’échappera pour rejoindre des combattants bretons.

Mme de Lespinay a donc été capturée près d’Ancenis, c’est à dire dans les jours proches du 16 décembre 1793. Sa capture est une chance dans l’immédiat, car beaucoup de fuyards ont été massacrés en cours de route. Cela dépendait des compagnies et des chefs républicains. Mais elle fut emmenée à Nantes à la fin de l’année 1793. Carrier y régnait en maître alors, et les noyades dans la Loire avaient déjà commencé à suppléer aux prisons insalubres, aux fusillades et à la guillotine pour éliminer les ennemis.

Mme de Lespinay était destinée aux noyades. Elle en réchappa.

Nos deux auteurs racontent ce deuxième sauvetage, là aussi en se complétant. Mais avant de citer la marquise de La Rochejaquelein, il faut situer le contexte de son récit. Celle-ci raconte l’histoire de sa propre servante, Agathe Gingreau, échappant elle-aussi à ses bourreaux. Et dans ce récit, elle a croisé le chemin de Mme de Lespinay.

Pour raconter l’histoire d’Agathe Gingeau, nous allons reprendre le texte de l’historien Alain Gérard. Il fait intervenir des personnages singuliers : Fouquet, Lamberty, deux préposés aux noyades par Carrier, l’envoyé en mission à Nantes de la Convention, l’ordonnateur des tueries et noyades. Lamberty avaient des aides : Lalouet, Robin, O’Sullivan et Lavaux. Voici ce qu’écrit A. Gérard (6) :

« … Terminons par ce qui pourrait bien donner matière à un conte philosophique et qui permet de moins désespérer de l’humanité. C’est l’histoire d’Agathe Gingreau, qui a été élevée en même temps que le futur général vendéen Lescure, et devenue femme de chambre de son épouse, la future marquise de La Rochejaquelein. Farouchement attachée à ses maîtres, elle les suit lors de la Virée de Galerne et s’enferme même neuf heures durant dans la voiture où Lescure vient de mourir, afin de préserver encore un temps sa jeune épouse. A la fin de 1793, elle appartient au groupe de cavaliers vendéens rendu sur la foi de l’amnistie et aussitôt fusillés. Est-ce d’être une femme ? Pour sa part, elle est enfermée dans l’Entrepôt.
C’est à partir de là que nous bénéficions de deux sources parallèles et complémentaires, qui révèlent de façon exceptionnelle les univers mentaux des extrémistes et des Vendéens. Le 15 février, la veille du départ de Carrier pour Paris, le Comité révolutionnaire lance un mandat d’arrêt contre Fouquet, l’un des noyeurs, et bientôt c’est le tour de Lamberty. Suit un procès qui aboutit à l’exécution des deux principaux préposés aux noyades. Quant aux autres, Lalouet est comme nous l’avons vu a passé du côté des plus forts, Robin a pu s’enfuir, tandis qu’à Nantes Lavaux reste l’objet de poursuites et O’Sullivan sera rattrapé plus tard par le procès de Carrier. A aucun cependant on ne reproche les noyades, mais au contraire d’en avoir préservé quelques femmes, dont la fameuse Agathe. Du coup, ils sont triplement coupables, et de « grossière lubricité », qui prouve qu’ils ne sont pas des Purs, et d’avoir contrevenu aux arrêtés commandant de rapporter les brigands en prison, et en définitive de complicité de contre-révolution.
Le récit que la marquise de La Rochejaquelein a recueilli de la bouche de femme de chambre, ne diffère pas vraiment quant aux faits, mais infirme cette interprétation très idéologique. A l’Entrepôt, Lamberty, apercevant cette « brune piquante » de 26 ans, fanfaronne. « Brigande, as-tu peur ? » lui lance-t-il. « Non, général, puisque nous venons nous réunir à la République » réplique la futée. Et l’autre, peut-être impressionné par tant d’aplomb, de lui prédire que bientôt elle fera moins la maligne, et qu’elle pourra alors en appeler à sa protection. Une dizaine de jours plus tard, réalisant qu’elle va être noyée, Agathe le fait venir et il l’emmène pour profiter de l’aubaine. Et c’est alors qu’il se heurte à une résistance inattendue : plutôt que d’être déshonorée, la fille veut mourir. Le scélérat est-il impressionné à ce point par un tel courage ? De céder à la résistance de cette brunette lui permet-il de se réhabiliter à ses propres yeux ? Comment le savoir ? Toujours est-il qu’il prend sur lui de la protéger. La suite permet de discerner d’autres remords secrets. O’Sullivan, celui-là même qui a dénoncé son propre frère et l’a fait guillotiner, parait poursuivi par ses cauchemars et surtout par le désespoir de sa femme. Il persuade Lamberty d’emmener la Vendéenne chez lui. Six semaines plus tard, Fouquet et Lamberty étant incarcérés au Bouffay, le jeune Robin, venu supprimer Agathe et avec elle une preuve contre ses complices, cède à son tour aux prières de la brigande. Réfugiée chez Lavaux, celle-ci est finalement incarcérée jusqu’à la fin de 1794, où elle peut bénéficier de l’amnistie. Singulière histoire en définitive, difficile à comprendre au regard du sens commun, que celle de ces noyeurs subjugués par le courage de la petite vendéenne, et guillotinés pour une bonne action. Bonne il est vrai au regard de la morale naturelle, mais criminelle pour les purs. »

Revenons au récit de la marquise de La Rochejaquelein : « Ce même Lavaux avait déjà chez lui la vicomtesse de Lespinay : dans une des noyades (dans la Loire), elle avait été sauvée par un volontaire qui était dans le bateau ; au milieu de la confusion, des ténèbres et des cris, il lui avait donné sa capote, son chapeau et son fusil et l’avait emmenée comme son camarade. Dès le lendemain de l’entrée d’Agathe chez Lavaux, on vint l’arrêter, la demandant nommément à Mme Lavaux ; celle-ci assura de ne pas connaître de Vendéenne et la désigna comme sa sœur ; la garde voulut emmener cette honnête personne en prison ; alors ma femme de chambre se dénonça elle-même et fut mise au Bouffay (prison de Nantes). Mme de Lespinay, inconnue et réfugiée dans le haut de la maison, se cacha et fut sauvée. » (3)

Le volontaire dont parle Mme de La Rochejaquelein, le sauveteur dans le bateau de la châtelaine de Linières, était un membre de la Garde Nationale, un « bleu » comme disaient les Vendéens. C’était souvent des jeunes gens engagés volontairement pour défendre l’ordre public et les nouvelles autorités nées de la Révolution.

Sauvetage de la noyade racontée par Crétineau-Joly


Jacques Cretineau-Joly (1803-1875)
Crétineau-Joly décrit plusieurs noyades du conventionnel Carrier dans la Loire, appelées par dérision, notamment des « immersions patriotiques ». Et à cette occasion il raconte l’histoire de la châtelaine de Linières. Quand il publie son livre en 1840, son fils est député de la circonscription des Herbiers en Vendée. Il a dû prendre ses précautions avant d’écrire une histoire aussi personnelle sur sa mère. Voici l’histoire probablement validée par la famille (7) :

« Au milieu de ces immersions patriotiques, il se présente sur les bords de la Loire un sergent d’artillerie nommé Hocmard. Il vient pour réclamer sa sœur que les noyeurs ont comprise dans leur contingent de victimes. Il a obtenu de Carrier l’autorisation si rarement accordée de la retirer des galiotes.
Sa sœur est déjà en Loire, morte par conséquent.
A la vue de toutes ces femmes qui attendent, sous un froid de janvier, le sort auquel il n'a pu arracher sa sœur, le sergent Hocmard est saisi d'une sainte pensée. Il s’ap­proche de celle qui vient de lui dire que sa sœur a cessé de vivre. Il jette un manteau sur ses épaules nues, puis se présentant aux satellites de la mort : « Voici ma sœur et son laisser‑passer », dit‑il en affectant une joie alors loin de son âme. C'était la vicomtesse de l'Epinay que ce noble soldat venait de sauver.
Cette pauvre mère, préservée des noyades par un prodige, ne retrouve plus ses deux enfants qui ont suivi son fatal itinéraire depuis le Mans jusqu'à Ancenis. L'un est mort de faim ; l'autre, conservé par le dévouement d'une domestique, qui mendiait pour donner du pain au fils de ses maîtres, ne résista pas longtemps à cette misère de toutes les heures. Madame de l'Epinay fut plus heureuse ; elle survécut et, d'un second mariage avec M. Guyet-Desfon­taines, elle eut un fils, aujourd'hui député de la Vendée. »

Les noyades de prisonniers à Nantes en 1794
La mémorialiste parle d’un volontaire, notion vague, lequel pouvait bien être le sergent d’artillerie qu’indique l’historien. Les deux auteurs décrivent le départ des lieux de la noyade avec similitude (la capote sur les épaules). Crétineau-Joly est plus précis en nommant le sauveteur, en expliquant sa motivation et son autorisation. Celle-ci est parfaitement plausible. Pour l’obtenir il fallait être proche de Carrier ou de ses hommes de mains. Lavaux, chez qui est réfugiée Mme de Lespinay ensuite en est un, et les motivations de ces hommes peuvent être diverses.

Crétineau-Joly donne une précision : c’est en janvier que Mme de Lespinay a été sauvée de la noyade. Au vu du récit d’A. Gérard, Mme de Lespinay était encore chez Lavaux vers la fin février 1794. Un détail pour nous, mais une éternité pour la victime ! Pire : on sait que c’est en février 1794 qu’est morte sa deuxième fille, âgée de 2 ans, Pauline (8).

Conclusions


L’historien comme la mémorialiste sont imprécis sur la seconde vie de la vicomtesse de Lespinay après son divorce. Ce n’est pas étonnant puisque les familles de Lespinay et Guyet se sont violemment opposées dans le divorce qui a suivi entre M. et Mme de Lespinay, le domaine de Linières changeant de mains par la même occasion. Et puis la naissance de Guyet-Desfontaine a fait l’objet d’une fausse déclaration à l’état-civil sur le nom des parents. Bref, pas facile d’y voir clair dans ces itinéraires personnels, et il nous semble que les approximations relevées chez les deux auteurs en ce domaine méritent l’indulgence.

Par contre, la version de Crétineau-Joly comprend une erreur de taille au sujet des deux filles de Mme de Lespinay, qu’elle avait emmenées dans la Virée de Galerne. L’aînée a survécut et est morte en 1811. Crétineau-Joly affirme ici son décès, erreur factuelle qui se double d’une description romanesque de la mort, bien dans son style, mais portant à la méfiance.

De plus, cette histoire du sergent Hocmard ne convainc pas dans sa totalité. Mme de Lespinay ne s’est pas réfugiée d’elle même chez Lavaux, l’aide de camp de Lamberty. Le sergent Hocmard, probablement en garnison à Nantes, n’a pas pu emmener chez lui sa « sœur de substitution ». Mais pourquoi l’avoir mise entre les mains de Lavaux, alors que sa vraie sœur avait bien un endroit où vivre avant sa capture et qu’il fallait gérer la supercherie sur l’identité de la rescapée ? Faute de réponse à cette question, on est en droit d’hésiter entre la version bien plus discrète d’une femme comme la marquise de La Rochejaquelein, qui a vu mourir son mari et son bébé dans la Virée de Galerne, et la version peut être trop précise du récit de J. Crétineau-Joly.

A-t-on tout dit ? Cette question nous conduit à soulever un sujet délicat et malaisé, celui du viol. La souffrance intime qui s’en suit impose le silence aux victimes, on le sait. Que Mme de Lespinay ait voulu le cacher si elle en a été victime, quoi de plus normal ? Mais celle-ci devait raconter une histoire plausible pour garder son secret en elle. Il ne reste plus qu’à le respecter s’il y a lieu, comme peut-être Mme de La Rochejaquelein l’a fait dans ses mémoires.

Celle-ci s’y révèle dans toute sa vérité, et parmi ses lecteurs il faut relever les impressions d’un républicain radical comme Clémenceau, le « chouan bleu », comme on l’a parfois appelé assez justement. Il a écrit : « Je relis en ce moment les mémoires de Mme de la Rochejaquelein. C’est bien. Il y a un idéal. Et pour défendre cet idéal il y a quelque chose de buté, de borné, de sauvage, qui me plait » (9).

Enfin pour terminer, on ne peut s’empêcher de faire le lien, après ces terribles épreuves qu’a traversées la jeune vicomtesse de Lespinay, âgée alors de 21 ans, et sa rencontre amoureuse avec un compatriote âgé de 2 ans moins qu’elle, deux ans plus tard. Voir notre article sur son divorce en janvier 2010.


(1) Archives de Vendée, notaire Allard des Herbiers : 3 E 019, acte de notoriété du 12 germinal an 11 demandé par B. Martineau (vue 202/492).
(2) P. Greau, La Virée de Galerne, Pays et terroirs Cholet (2012), pages 67 et 99.
(3) Mémoires de la marquise de la Rochejaquelein, Mercure de France (1984), page 413.
(4) J. Crétineau-Joly, Histoire de la Vendée militaire  (1840) T 1, page 458.
(5) Archives de la Vendée, justice de paix de Saint-Fulgent : 4 U 25/31, acte de notoriété du 21 vendémiaire an 10 de la mort de Pauline de Lespinay.
(6) Alain Gérard, Vendée les archives de l’extermination, édition du CVRH (2013), page 270.
(7) J. Crétineau-Joly, Histoire de la Vendée militaire  (1840) T 1, page 527.
(8) Archives historiques du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 20, Mme Duvigier/Lespinay.
(9) Jean Martet, Le silence de M. Clemenceau, Paris, 1929.

Emmanuel François, tous droits réservés
mars 2010, complété en avril 2017

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mardi 2 mars 2010

On a retrouvé Vincent Mandin

A la page 175 de mon livre, je donne les noms des conseillers municipaux élus avec Marcel de Brayer le 7 août 1870. Parmi eux, je n’avais pas trouvé jusqu’ici qui était Vincent Mandin. Une descendante d’un de ses cousins, Mme Lucienne Mandin, une nantaise dont les parents sont originaires de St André, m’a apporté les précisions qui suivent.
Vincent Mandin était propriétaire cultivateur à la Mégrière. Né à St Fulgent le 1e novembre 1831, il s’est marié avec Fernande Fonteneau. Il est décédé de la typhoïde à une date qui n’a pas encore été repérée. Il était allé rendre visite à son frère, atteint de cette maladie. Ce dernier s’en est tiré, alors que lui, ayant attrapé le virus, en est mort.
Son père était Pierre Mandin et sa mère Victoire Gilbert. Sa femme était née à St André le 30 mai 1838 de Jacques Fonteneau et de Marie Françoise Auneau.

Emmanuel François
mars 2010

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