jeudi 1 novembre 2018

La fabrique de Saint-André Goule-d’Oie au 19e siècle

Dans les débuts de l’Eglise, le mot fabrique désignait la masse des biens affectés à la construction et à l’entretien d’une église. Puis le concile de Trente (1545-1563) décida que la fabrique demeurait un organisme chargé d'assurer l'administration des biens d'une église, en prêtant son concours, à cette fin, à celui qui en était le recteur ou curé. A sa suite, le statut de la fabrique fut fixé par des lois civiles en France, et devint ainsi une personne morale autonome (1). A Saint-André-Goule-d’Oie, le premier document trouvé indiquant la présence d’un fabriqueur est le registre paroissial, où François Aulneau âgé de 34 ans et demeurant à la Brossière, est inhumé le 2 octobre 1744. On a ensuite le procès-verbal de l’élection à la fonction de fabriqueur de Louis Loizeau fils, le 12 septembre 1784, par l’assemblée des habitants de la paroisse réunie devant la porte de l'église à l'issue de la grand-messe (2). Voir notre article publiée sur ce site en janvier 2013 :  La fabrique de Saint-André-Goule-d'Oie au 18e siècleLes fabriques ont été supprimées par la Révolution, leurs biens confisqués et revendus comme biens nationaux. À Saint-André la fabrique n’avait pas de biens immobiliers. Pour le 19e siècle nous disposons enfin des documents sur la fabrique dans les archives de la paroisse.

Caricature : signature du concordat
Avant d’en rapporter le contenu, rappelons que les fabriques ont été rétablies par le concordat de juillet 1801, reconnues par l’article 76 de la loi du 18 germinal an 10 (8 avril 1802), et son statut a été fixé définitivement par le décret du 30 décembre 1809. Celui-ci fait des fabriques des établissements publics chargés de l’administration civile des paroisses, au moyen d’un conseil et d’un bureau. Elles assument les frais des célébrations du culte (habits, ornements, cierges, etc.), les salaires des éventuels auxiliaires du clergé, l’entretien et les grosses réparations des églises et cures, les frais d’assurances des bâtiments et le financement des retraites du clergé desservant, celui-ci rémunéré par l’Etat. Elles ont le pouvoir d’accepter des dons et legs, après avis de l’évêque et autorisation préalable du préfet, et de nommer des auxiliaires de l’église (bedeau, sonneur, etc.), sur proposition du curé. Dans tous les cas de travaux entrepris par la fabrique, le conseil municipal est obligatoirement consulté. Il exerce un droit de surveillance tant sur l'attribution des travaux que sur leur exécution. Ce même droit est reconnu au conseil de fabrique lorsque la maîtrise d'ouvrage est assurée par la commune sur des biens d’Eglise.

Le conseil de la fabrique comprend 5 membres dans les paroisses ayant moins de 5000 habitants. Nommés par le préfet pour commencer, ils sont renouvelés par 1/3 par les membres restants, tous les 3 ans et sont rééligibles. Le maire et le curé sont membres de droit du conseil. Ses membres sont appelés fabriqueurs, fabriciens ou marguillers, suivant les endroits.  Le conseil élit son président, son secrétaire et son trésorier lors de la première réunion trimestrielle de chaque année civile. Il se réunit chaque trimestre, et en urgence sur l’autorisation de l’évêque. Il vote le budget de l’année à venir, accepte les comptes de l’année passée. Il décide de l’emploi des dons, des travaux, des actions en justice, des emprunts, des baux, etc. et passe les marchés. Le bureau de la fabrique est composé de 3 membres en plus du curé. Il se réunit sur convocation du président, ou sur demande du curé, pour préparer le budget et l’exécuter, comme toutes les décisions du conseil dont il est l’organe exécutif.

Le décret du 30 décembre 1809 tint à interdire l’érection de cénotaphes dans les églises, ou des inscriptions, etc. à moins d’être autorisées par l’évêque. On craignait en effet des signes favorables à l’ancienne monarchie. Cette règle valut à la fabrique de Saint-André l’obligation de demander en 1846 à l’évêché l’autorisation de créer sur les murs de l’église paroissiale les représentations du chemin de croix (3).

Des débuts mal connus à partir de 1804


La première réunion du conseil de fabrique, dont les archives de la paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie ont gardé le procès-verbal, date du 5 avril 1812 (4). Les membres présents examinent les recettes et les dépenses de la fabrique. Que s’est-il passé avant ce mois d’avril 1812, depuis l’arrivée au pouvoir de Napoléon ? Dans les jours qui ont suivi son coup d’Etat de novembre 1799, Napoléon libère les prêtres emprisonnés et promet la liberté religieuse. La circulaire du ministre de la police du 21 août 1800 n’exigeait des prêtres clandestins qu’un serment anodin de fidélité à la Constitution. Puis le concordat de juillet 1801 entre Napoléon et le pape, organisa la nouvelle Eglise de France. Mgr de Mercy, évêque de Luçon revenu d’exil, a démissionné en 1801. Le régime concordataire est introduit en avril 1802. Mgr de Mandolx est évêque de la Rochelle en 1802 et 1803, remplacé par Mgr Paillou en 1804. Saint-André-Goule-d’Oie fait partie de ce diocèse de La Rochelle. 

Mgr Paillou
L'Etat prend en charge le salaire du clergé mais se débrouille pour minimiser les coûts. Dans les articles organiques du concordat pour le culte catholique on ne prévoit que 50 évêchés en France, celui de Luçon disparait dans l’opération, et il faudra attendre 1817 pour qu’il soit rétabli avec Mgr Soyer, comprenant toute la Vendée. Les économies portent aussi sur le nombre de curés payés par l’Etat. Au départ on regroupe plusieurs paroisses pour un même curé, au minimum une paroisse par justice de paix. Et dans les paroisses l’évêque établit des succursales « de concert avec le préfet », administrées par des desservants. Ceux-ci touchent, suivant les règlements des évêques, des pensions et reçoivent les oblations (offrandes des fidèles), dit l’article organique no 68 du concordat. D’ailleurs le procès-verbal du conseil de fabrique à Saint-André du 5 avril 1812 commence ainsi : « Nous membres soussignés composant le bureau et conseil de fabrique de la succursale de Saint André-de-Goule-d’Oie, diocèse de La Rochelle, canton de Saint-Fulgent, arrondissement communal de Napoléon, département de la Vendée, assemblés dans la sacristie de l’église de ladite succursale ... ». Pourtant Saint-André était bien une paroisse, desservie par un curé, mais les nouveaux mots employés ont créé temporairement des catégories juridiques permettant de diminuer les engagements de l’Etat pour le salaire du clergé.

Le premier curé de Saint André connu après la guerre de Vendée est Charles Louis Audebert, né en 1741, ancien curé de Mallièvre, réfractaire et déporté en Espagne. Il rentre en France au concordat. En 1803 il est desservant à Saint-André-Goule-d’Oie, jusqu’en octobre 1804 (Voir le dictionnaire des Vendéens sur le site internet des Archives départementales de la Vendée). Il est remplacé par son prédécesseur le mois suivant, Louis Marie Allain. Celui-ci avait été nommé à la cure de Saint-André en 1783, s’était caché à partir de juillet 1792 dans les environs après son refus de prêter le serment à la constitution civile du clergé, puis à Saint-Mars-la-Réorthe. Il était revenu au grand jour à Saint-André de 1795 à août 1797, sur la foi d’une lettre du général républicain Hoche, cherchant à mettre fin à la guerre de Vendée. Persécuté à nouveau en septembre 1797, il fut condamné à la déportation en Guyanne et emprisonné, mais il réussit à s’échapper en janvier 1798 du port de Rochefort et dû se cacher à nouveau. En 1801 il réapparut à Saint-Mars-la-Réorthe où il fut un temps desservant de la paroisse.

Le maire de la commune, membre de droit de la fabrique, était depuis 1800 Simon Pierre Herbreteau, qui participa aux combats de la guerre de Vendée jusqu’à la fin, au début de l’année 1796, avec le général de Charette. Il était fils d’un métayer de Linières, le neveu du premier maire de la commune, Jean Bordron, et maréchal-ferrant dans le bourg comme son grand-père maternel. Il restera maire au temps de la restauration monarchique, jusqu’en 1825. Nous avons raconté son histoire dans un article publié sur ce site en août 2010 :Simon Pierre Herbreteau maire de 1800 à 1825. En son absence il se faisait remplacer aux réunions de la fabrique par François Fluzeau de la Brossière (1763-1824), l’adjoint au maire, qui fut capitaine dans l’armée vendéenne, élu agent communal en 1796, démissionnaire l’année d’après en refusant lui aussi comme le curé Allain le serment de septembre 1797, et cachant ce dernier avant sa capture le 18 décembre 1797. Nous avons raconté l’histoire de François Fluzeau dans deux articles publiés sur ce site : en août 2010, Les agents communaux Fluzeau (1796-1797) et Bordron (1797-1799), et en juillet 2017 : Les Fluzeau de la Brossière.

Les premiers fabriqueurs connus de Saint-André en 1812 ne sont pas les premiers désignés, mais les archives sur les débuts de la fabrique font défaut. On en a la preuve quand on 1829 on réélit François Mandin en indiquant qu’il exerce ses fonctions depuis 23 ans. Il a donc été nommé en 1806, date très proche du début de la fabrique. Et nous avons l’année 1805 dans un autre cas.

Le premier président est le curé lui-même en 1812. Le secrétaire n’est pas connu au début, et on ne serait pas étonné que la fonction soit tenue par le curé lui aussi, qui de toute façon rédige toujours les procès-verbaux des réunions du conseil. Pierre Rondeau (jusqu’en 1823), et Pierre Blandin (jusqu’en 1825) font partie des premiers fabriqueurs, pour lesquels nous n’avons pas d’informations.

Le trésorier est Jean Rochereau (1745-1817), dans cette fonction en 1816, mais à l’époque les procès-verbaux ne faisaient pas état des élections au sein de la fabrique. On a donc une approximation sur les dates pour les fonctions occupées. Ce Jean Rochereau demeurait à la Boninière. Il a cessé sa fonction de fabriqueur vers 1817, année de son décès à l’âge de 62 ans. Il était le fils de Louis Rochereau (1719-1779), ancien syndic de la paroisse en 1772, et de Marie Boudaud, et s’était marié en 1776 avec Marie Moreau.

Un autre fabriqueur est François Mandin (1769-1839), prénommé Jean François en 1826, alors qu’il est connu par l’état-civil avec les prénoms de Pierre François. Sa signature est identique à celle qui figure au bas de son acte de mariage avec Jeanne Guilmineau et dans son testament. Il a été capitaine dans l’armée vendéenne et sera nommé adjoint au maire en remplacement de François Fluzeau évoqué plus haut. Il le restera jusqu’à la Révolution de 1830. François Mandin est fabriqueur depuis 1805. Il signera un procès-verbal de la fabrique le 10 avril 1836 comme président, et il décèdera en 1839. Nous avons raconté son histoire dans un article publié sur ce site en avril 2011 : Pierre François Mandin, adjoint au maire de 1826 à 1830.

Un autre François Fluzeau est aussi fabriqueur, depuis 1814. Il est cousin du François Fluzeau adjoint au maire, ayant un arrière-grand-père en commun. Il est né en 1783 à Beaurepaire et a vécu à la Brossière, restant célibataire semble-t-il. Il remplacera Jean Rochereau comme trésorier en 1818/1819 et arrêtera en 1835 sa fonction de fabriqueur.

Les dirigeants de la fabrique de 1817 à 1835


Ces 5 fabriqueurs ont vu le curé Allain partir à la fin de l’année 1816, nommé à la cure de Boufféré. Pendant plusieurs mois il n’y eu plus de messes, « les quêtes et oblations ont cessé dans cette église à cette époque » (5). Il fut remplacé en août 1817 par François Trichereau, malade en arrivant et mort le 12 octobre 1819, âgé de 33 ans, au bourg de Saint-André (vue 141 du registre d’état-civil accessible sur le site internet des Archives de la Vendée). Son successeur fut Victor Marie Challet, né le 13 novembre 1783 et ordonné prêtre à La Rochelle en 1817 (dictionnaire des Vendéens). Il est curé de Saint-André le 28 octobre 1820, son nom apparaissant sur les comptes de la fabrique de l’exercice 1821. Et nous n’avons pas de procès-verbal de la fabrique pour l’année 1820, à cause de l’absence du curé plus probablement qu’à cause de l’insuffisance des archives. Le curé Challet sera muté en 1836 à Saint-Georges-de-Montaigu.

En 1824 Jean André Chaigneau (1801-1866) est un nouveau fabriqueur (6). Il est le mari de Félicité Angélique Loizeau, cousine de François Cougnon fils, le futur maire de Saint-André, et propriétaire au Coudray. Il cessera d’être fabriqueur en 1835. Son fils unique, Jean François Chaigneau, sera maire de Saint-André aussi brièvement en 1869 après avoir été adjoint au maire.

Tombe de François Cougnon
En 1826 le maire Pierre Herbreteau est remplacé par François Cougnon fils. Le père de ce dernier est l’ancien capitaine de paroisse pendant la guerre de Vendée. En 1829 il laissera la place de maire à Léon de Tinguy du Pouët, fils du maire de Saint-Fulgent, qui démissionna l’année d’après quand la Révolution de juillet 1830 installa sur le trône le roi Louis Philippe, vu comme un usurpateur. Le procès-verbal de la réunion de la fabrique en 1831 ne mentionne pas les membres présents contrairement à l’habitude, mais à la fin il manque la seule signature du maire (7). Et pourtant Jean Bordron fils avait été nommé à cette fonction en octobre 1830. On sait que de vives tensions perturbaient la commune dans cette période, nées de l’opposition entre les légitimistes et les orléanistes, parmi ceux qui professaient une opinion politique. Les élections du 25 mars 1832 désignèrent pour la première fois un nouveau conseil municipal, mais le maire restait encore nommé par le préfet. Jean Bordron apparait dans le procès-verbal de la fabrique en 1832, mais au 1e janvier 1835, le préfet le remplaça par Pierre Rochereau, du Coudray. Ce dernier était cousin par alliance de François Cougnon fils et d’Angélique Loizeau, épouse de Jean André Chaigneau. C’est le moment de prévenir que ce village du Coudray et la même famille vont fournir jusqu’en 1969 les maires de la commune de Saint-André-Goule-d’Oie de la manière la plus démocratique qui soit.

Dans cette même année 1826 deux nouveaux membres apparaissent. D’abord Alexis Herbreteau, fils de l’ancien maire Simon Pierre Herbreteau, et comme lui aussi exerçant le métier de maréchal dans le bourg. Ensuite on a Jacques Seiller, nommé par le préfet en se référant au décret du 30 décembre 1809. C’est bizarre puisque ce décret prévoyait la nomination par le préfet des premiers membres et leur élection ensuite par les membres restants de la fabrique. Peut-être manquait-on de candidat et l’autorité du préfet aurait pu servir alors de moyen de pression sur les pressentis. Jacques Seiller était cultivateur, et pourrait être celui qui demeurait au Plessis le Tiers, âgé de 38 ans aux élections municipales de 1832 (voir le procès-verbal des élections).  

Les dirigeants de la fabrique de 1877 à 1905


En 1835, l’ancien maire, François Cougnon fils, remplace comme trésorier de la fabrique François Fluzeau. Ensuite nous n’avons plus d’archives de la fabrique indiquant le nom de ses membres jusqu’en 1875, sauf une brève période de 1857 à 1859. Entre temps le curé Challet a été remplacé par Pierre Michel Chauvin à partir de noël 1842. Le curé Challet étant parti en 1836, on a un vide documentaire entre ces deux dates. Le curé Chauvin sera muté en 1857 à la cure de Saint-Philbert-de-Bouaine. En 1877, quand on retrouve des procès-verbaux de la fabrique, le curé desservant à Saint-André est Isidore Martin, arrivé en 1868. Le maire est alors Pierre Fonteneau, qui a remplacé le châtelain de Linières mort en 1875, Marcel de Brayer.

Livre de Ferdinand Charpentier
À partir de 1877 nous avons une nouvelle équipe de fabriqueurs (8). Pierre Piveteau laissera sa fonction de président du bureau de la fabrique à Alexis Charpentier en 1881, et celle de président du conseil de la fabrique en 1882. Il démissionnera en 1883, « vu son grand âge ». Le nouveau président est un neveu de l’ancien maire de 1848 à 1869, Augustin Charpentier. Un de ses frères est archiprêtre de Luçon (Jean Louis Charpentier), et un autre (Ferdinand Charpentier) est curé et écrivain, l’auteur de « Chez nous en 1793, Saint-André-Goule-d'Oie, récits d'un vieux Vendéen » (1906). Son fils, Constant Charpentier (1872-1957) deviendra prêtre et eut une position remarquée dans le diocèse de Luçon : secrétaire des Œuvres Diocésaines en 1908, et directeur du secrétariat social de la Vendée en 1922. Il a aussi un neveu, Gustave Fonteneau (1865-1925), qui sera longtemps curé de Beaulieu-sous-la-Roche.

François Rochereau est secrétaire jusqu’en 1881. Il demeurait à la Gandouinière et était le fils de Jean Rochereau et Anne Bordron. Il s’était marié avec Jeanne Robin et décèdera à l’âge de 58 ans le 12 mai 1887 (vue 42). C’est lui qui affermait la borderie de la Basse Gandouinière appartenant à la fabrique suite à un legs. A sa suite Jean Moreau est secrétaire du conseil de la fabrique en 1882 et décède le 17 mars 1883 (vue 182), à l’âge de 56 ans, demeurant à la Jaumarière. Il était le fils de Jean Moreau et de Jeanne Fonteneau. 

Jean Tricoire est fabriqueur jusqu’en 1888, avec une particularité : il ne sait pas signer, seul dans son cas.  

En 1883 apparaissent deux nouveaux membres de la fabrique (9). Marie Soulard et Pierre Rochereau. Jean Marie Soulard, du Coudray, deviendra trésorier de la fabrique en 1887, et président pour le dernier exercice documenté en 1903. Il sera présent à l’inventaire des biens de la fabrique en 1906, à côté du maire et du curé. Il fut élu aussi au conseil municipal en 1888. Il avait épousé en 1876 Clémentine Fonteneau et eut 9 enfants, dont François Marie Josèphe Soulard en 1878, qui épousa Marie Chatry. Ce dernier est le père de Gabriel Soulard, propriétaire au Coudray comme son grand-père. Pierre Rochereau, de la Boninière, sera secrétaire du conseil jusqu’à la fin en 1903. Nous manquons d’informations à son sujet, à cause de la protection des données personnelles de l’état-civil, mais ses descendants peuvent le reconnaitre.

En 1884 Auguste Fonteneau, de la Maigrière, est nouveau venu au conseil de fabrique (10). Il est élu à la place de François Rochereau de la Gandouinière. En 1889 c’est Marie Mandin, de la Baritaudière, qui remplace Jean Tricoire (11).

Du côté des curés, Isidore Martin a été remplacé par Charles Verdon en octobre 1891. Ce dernier restera en fonction jusqu’en octobre 1903, et sera remplacé par Emile Morandeau, ancien vicaire de la paroisse.

Château de Linières
Du côté des maires, Pierre Fonteneau a cédé la place de maire au nouveau propriétaire de Linières, ancien préfet, Eugène de Marcilly en 1888. Celui-ci meurt l’année d’après, et son fils Gaston prend la suite à la mairie. Il se faisait souvent remplacer aux réunions de la fabrique par l’adjoint au maire, et ancien maire, Pierre Fonteneau. En voie d’être ruiné, son domaine de Linières fut saisit par le tribunal de la Roche-sur-Yon et vendu en 1897. Il ne se représenta pas aux élections de 1896 et fut remplacé par Eugène Grolleau, gendre de Jean François Chaigneau évoqué plus haut, qui avait été maire en 1869. Eugène Grolleau resta maire de Saint-André-Goule-d’Oie jusqu’en 1943 ! Du coup on le décora de la légion d’honneur.

La loi de 1905, dite de séparation de l’Eglise et de l’Etat, supprima les fabriques, leur retirant certaines compétences civiles (sépultures, aides sociales) au profit des communes. Leurs compétences de gestion en matière religieuse ont été attribuées à des associations cultuelles, refusées d’abord par l’Eglise. En 1924 un accord avec le gouvernement porta sur les associations diocésaines et débloqua la situation. Les églises paroissiales devinrent propriété des communes. Néanmoins la législation napoléonienne des fabriques s’applique toujours en Alsace et en Moselle, territoire ayant appartenu à l’Allemagne de 1870 à 1918. Avec le retour à la France, ses habitants ont voulu conservé leurs avantages, sociaux surtout (jours fériés, sécurité sociale, etc.) hérités de la gouvernance allemande. Le concordat de 1801 n’a pas été abrogé par l’Allemagne dans ce territoire, ni par la loi française de 1905 bien sûr. Sa conservation avait été promise à leurs habitants par les autorités françaises pendant les combats de la première guerre mondiale. L’Etat continue d’y rémunérer le clergé, les fabriques continuent leurs gestions, et l’emploi du temps des écoles publiques aménage des cours de religion aux élèves volontaires.

Les recettes et dépenses de la fabrique (1811-1835)


Napoléon a conservé un des principes de la constitution civile du clergé de 1790 : le clergé est rémunéré par l’Etat, tous les biens d’Eglise ayant été confisqués et presque tous vendus. L’administration civile des paroisses fut confiée à des établissements publics, appelées fabriques comme sous l’Ancien Régime, suivant le décret du 30 décembre 1809. L’église paroissiale de Saint-André-Goule d’Oie appartient à un collectif de paroissiens en indivision et à leurs héritiers depuis 1801, date de son rachat à l’acquéreur de bien national. Il en est de même du presbytère (12). Mais pour ce dernier le décret de 1809 prévoit que les bâtiments de la cure sont fournis par les communes. Tous n’ont pas pu être rachetés en effet. 

Les biens d’une fabrique proviennent des dons, legs, fondations, quêtes, casuels, droits d’inhumation, subventions. Au départ il est fait obligation d’un inventaire des effets et mobiliers dans l’église. Ses charges sont les frais des célébrations du culte, des salaires des personnels éventuels, d’entretien et grosses réparations des églises et cures, d’assurances des bâtiments et retraites des desservants. Les comptes de la fabrique sont transmis à l’évêque pour approbation.

Premier livre des recettes et dépenses
La première comptabilité de la fabrique de l’église de Saint-André-Goule d’Oie conservée par les archives de la paroisse est de 1811, pour l’année comptable allant du 1e avril 1811 au 1e avril 1812 (13). Les dates de l’exercice ne sont pas conformes à la législation, qui prévoyait un exercice sur l’année civile. En 1821 seulement, avec le nouveau curé Challet, on adoptera l’année civile. Leur présentation n’est pas celle non plus prévue, devant respecter le plan comptable général. Les francs et centimes, monnaie en vigueur, s’écrivent avec les mots de livres et de sols dans le vocabulaire employé. Même la dénomination de la paroisse n’a pas changé : « Saint-André-de-Goule-d’Oie », avec le mot « de ». Le rédacteur des procès-verbaux est le curé Allain, autrefois réfractaire au serment. Il a prêté le serment à Napoléon pour exercer son ministère, mais ses épreuves subies pendant la guerre de Vendée l’attachent définitivement à ces habitudes d’Ancien Régime.
Les recettes s’élèvent en 1811 à 414 F, et sont détaillées pour chaque rentrée d’argent, chaque dimanche pour les quêtes et oblations (offrandes). Elles se répartissent en : 
-        Quêtes et oblations : 189,5 F. On ne connait pas la part de l’Etat dans la rémunération du curé ou desservant de Saint-André en 1811, mais il apparait que les oblations allaient à la fabrique plutôt qu’en complément de sa pension.
-        Location des bancs et chaises dans l’église : 163,5 F. Ces locations font l’objet d’une mise aux enchères tous les 5 à 6 ans. Le châtelain de Linières, Joseph Guyet, paie la plus grosse somme par an de 9 F en 1817. François Cougnon, du Coudray, l’ancien capitaine de paroisse et important propriétaire, paie 4,5 F (14).
-        Droits d’inhumation et services religieux : 61 F

Dans les quelques années qui suivent, ces montants vont légèrement baisser, et le montant des recettes en 1815 sera de 338 F. En 1814 (15) on a en plus un don de 98 F de particuliers pour l’achat d’une bannière.

Les dépenses sont du même montant que les recettes en 1811, et le resteront dans les années suivantes. Les gestionnaires indiquent d’ailleurs : « nous observons que les recettes et les mises (dépenses) seront à quelques sols près toujours à peu près égales, parce que nous n’achetons [que] ce qui est nécessaire à l’église, et nous ne faisons faire de réparations qu’au fur et à mesure que nous avons de l’argent » (13). Dans ces dépenses on relève des dépenses courantes de fonctionnement, renouvelées chaque année, qui se montent en 1811 à 105 F : cordes et huile pour l’entretien de l’horloge de l’église et la remonter régulièrement, blanchissage, raccommodage du linge et arrangement des autels, cordes et courroie des deux cloches, cire, saintes huiles, encens, pain d’autel. Le reste des dépenses concerne des réparations et surtout des achats (objets pour le culte, habillement pour le prêtre et ses assistants, décoration des autels). Pour ces derniers les libellés ne permettent pas de distinguer les renouvellements des nouveautés, car on présume l’importance des renouvellements à effectuer encore 11 ans après le retour à la paix religieuse. Il est révélateur à cet égard que le procès
Croix de Charette
-verbal évoque les réparations à faire pour expliquer le montant des dépenses. On note le 1e avril 1815 l’achat d’un bâton pour la croix d’argent, la fameuse croix de Charette « que l’on met à la tête du corps des défunts les jours de l’enterrement et du service » (comptes de 1815). Cette même année on répare le calvaire devant l’entrée de l’église (disparu depuis), et l’année suivante on construit un auvent joignant une petite porte de l’église sur le côté nord. Cette dernière construction a couté 300 F, dont 24,5 journées de charpentier à raison de 35 sols par jour, persiste à écrire le curé Allain, soit 1,75 F (16).

Ce dernier a quitté Saint-André en novembre 1816 pour desservir la cure de Boufféré. Il est remplacé par l’abbé Trichereau en août 1817, étant malade dans les mois suivants. D’ailleurs il mourra en octobre 1919, et sera remplacé par un jeune prêtre en octobre 1820, Victor Marie Challet. Les premiers comptes de la fabrique pour un exercice complet sont de 1821, après une interruption depuis l’année 1817. Mais jusqu’en 1833, nous n’avons alors que les montants totaux des recettes et des dépenses, sans les détails. Ils se situent un peu au-dessus de 400 F avec un quasi équilibre entre les entrées et sorties d’argent.

Ces valeurs changent en 1828, près de 1480 F, pour continuer ensuite de 1829 à 1834 à un niveau de 650 F de recettes en moyenne, et de 611 F de dépenses en moyenne. Mais nous n’avons pas le détail qui expliquerait cette augmentation de 50 %. L’inflation générale des prix ne peut pas être invoquée, et l’explication vraisemblable est la fin des restrictions de la période qui a suivi la guerre de Vendée. On voit le même phénomène dans la revalorisation de certains baux de fermes. En 1835 un imprimé de l’évêché de Luçon est rempli par le trésorier de la fabrique pour présenter les comptes conformément au plan comptable. Mais c’est un compte d’exploitation sans le détail des dépenses et des recettes (17).

La fabrique dressa le 8 mai 1836 un inventaire des effets et mobiliers appartenant à l’église de Saint-André-Goule-d’Oie (18). C’est une liste des objets du culte (croix, crucifix, vase aux saintes huiles, livres, missel, etc.), ornements (linge d’autel, tapis, bannière, etc.) et habits (aubes, surplis, rochets, soutanes, etc.). On relève l’existence de 2 cloches dans le clocher et d’une horloge placée dans une boite. Il y a aussi une chaire, des stalles et un confessionnal, « les bénitiers de l’église sont assez commodes, le grand est en pierre et l’autre, creusé dans le mur, n’est pas bien beau ». Le cimetière « est grand et fermé de haies vives avec une barrière en bois fermant à clé ». Sur le cadastre napoléonien de 1838 c’est la parcelle no 232 d’une surface de 40 ares, déjà située à l’endroit du cimetière actuel, mais agrandie depuis. « Il n’y a pas de rente sur la fabrique, tous ses revenus consistent dans le produit des bancs, des chaises et des oblations ».

Les recettes et dépenses de la fabrique (1846-1859)


L’imprimé des comptes de fabrique de l’évêché vaut aux procès-verbaux du conseil de fabrique une interruption dans l’indication des montants de recettes et de dépenses de 1836 à 1845, sans que l’imprimé y soit joint. En 1846 le procès-verbal mentionne à nouveau les montants totaux, jusqu’en 1852. Le détail des dépenses revient dans les procès-verbaux du conseil de fabrique à partir de 1846 jusqu’en 1851. De 1853 pour les dépenses, et de 1854 pour les recettes, nous avons une interruption dans les archives, jusqu’en 1856. Pour les trois années 1857 à 1859, nous disposons cette fois du détail des recettes et des totaux des dépenses. Les curés, rédacteurs des procès-verbaux, n’avaient pas chacun une même façon de faire comme on le voit, et l’absence de certaines archives reste sans explications, même si elle n’étonne pas. Malgré ces lacunes, qu’observe-t-on dans cette période ?

De 1846 à 1852, le plus faible montant des recettes est de 878 F en 1849, et le plus élevé est de 3007 F, avec une moyenne autour de 1500 F. Là encore on est passé à un nouveau palier représentant plus qu’un doublement du budget, et alors que les dépenses ont suivi à un même niveau. On observe qu’en 1857/1859 la location des bancs et chaises dans l’église approche les 1500 F. Etant mises aux enchères dans une église dont les dimensions n’avaient pas changé, cette hausse reflète celle du nombre d’habitants néanmoins et de leur pouvoir d’achat, réel globalement, celui-ci expliquant une participation financière plus élevée de leur part dans la pratique religieuse. Il fallut attendre l’année 1845 pour que la commune retrouve un nombre d’habitants identique à celui de 1791, après la perte de 23 % de sa population pendant la guerre de Vendée. Le budget des trois années 1857/1859 est de près de 1800 F en moyenne de recettes, mais de 2860 F en dépenses. Voici pourquoi.

Pour cette période incomplète de 1846 à 1856, des dépenses de grosses réparations apparaissent (19) : confection d’autel (450 F), réparation du clocher de l’église et du hangar de la cure (275 F), achat d’une petite maison (925 F), construction de la maison des religieuses avec l’école des filles (3300 F), ouvrage sur l’église (2979 F), charpente et autres dépenses pour la sacristie (500 F), réfection du mur du cimetière (200 F). Les dépenses courantes de fonctionnement aussi ont augmenté. Ainsi on paye Mandin 8 F pour monter l’horloge en 1846, 24 F à Fonteneau en 1847 et 25 F à Michel Fonteni en 1848 et les années suivantes. 150 F sont « payés aux dames religieuses pour soigner la sacristie, prendre soin du linge (au lieu de 36 F avant). On relève aussi des dépenses nouvelles de fonctionnement, signe des temps : 10 F par an pour « les prêtres âgés à la caisse de secours ».  On a aussi l’impôt foncier du couvent des religieuses (7 F) (c’est la maison des institutrices), à payer au receveur de Saint-Fulgent. On paye des honoraires de chantre à Marie Roy (25 F). En 1857 et 1858 on paye un supplément de traitement au curé et au vicaire : 200 F chacun, pour pallier l’insuffisance des sommes versées par la préfecture. Les vicaires étaient à cette époque payés par l’Etat à partir d’un procès-verbal d’entrée en fonction fournit par la fabrique. C’était une obligation résultant d’une ordonnance du 13 mars 1832, selon le procès-verbal de la fabrique de Saint-André du 2 janvier 1881. Pour des travaux à la cure on se fournit en matériaux au four de Fondion (briques, tuiles, barriques de chaux), chez Drapeau dit « Grand Bol », tuilier de profession. Entouré du bois nécessaire au four, le lieu se prêtait à cette activité nouvelle, qui dura jusque vers le début des années 1870.

Dans les années 1860, sans comptabilité passée à la postérité, nous avons un acte testamentaire révélateur. Jeanne Rochereau, veuve de Pierre Biré demeurant à la Boninière, dicte le 8 janvier 1860 son testament à son cousin Pierre Fonteneau de la Jaumarière, qu’elle institue son exécuteur testamentaire. N’ayant pas de descendance, elle lègue à ses frères et sœurs tous ses meubles et immeubles, comprenant notamment quelques pièces d’or : « Je remercie le bon dieu de me permettre de lui offrir quelques pièces de cet or qu’il a bien voulu me donner, je m’estime très heureuse de pouvoir lui rendre ». La phrase dictée résume bien son état d’esprit. Et ses héritiers devront donner :
-      à la fabrique de Saint-André-Goule-d’Oie 1 100 F, dont 300 F pour l’acquisition d’un ornement ou autre objet de l’église au choix de M. le curé, et les autres 800 F à l’entretien d’une lampe allumée devant l’autel de la Sainte-Vierge le jour de ses fêtes.
L’Italie avant 1860
-       au pape 100 F. « C’est l’aumône d’une pauvre femme de la catholique Vendée qui veut relever autant qu’il est en elle le pouvoir temporel du saint siège si sacrilègement attaqué de nos jours ». L’actualité internationale, s’agissant de ce qui se passait à Rome, était donc bien connue à la Boninière en 1860. Les armées sardes menaçaient d’envahir les états pontificaux pour opérer l’unité italienne, soutenues par le gouvernement français de Napoléon III. Dans l’opération, la Savoie et Nice allaient être rattachés à la France cette année-là. Et puis ces mots de « catholique Vendée »  claquent comme un étendard de la foi fortement identitaire, née dans la guerre de Vendée.
-        Au curé de la paroisse, 400 F consacrés à faire prier dieu dans l’église de Saint-André pour le repos de mon âme, pour celle de mon mari, de mes père et mère, de mes frères et sœurs et autres parents défunts.
-        S’il reste du blé au jour de mon décès dans mon grenier, je veux qu’il soit distribué 1 hl aux pauvres du village de la paroisse selon le bon plaisir de M. le curé (20).

Le registre de locations des bancs et chaises dans l’église, de 1861 à 1870, nous donne des informations nominatives intéressantes (21). Dans l’adjudication du 1e novembre 1861, le prix annuel le plus élevé est payé par Joseph Fonteneau de la Maigrière (67 F), suivi du propriétaire de la Boutarlière, Samuel Bordron (66 F). Jaques Brochard, métayer à Linières, paye 55 F. On a ainsi 38 adjudications pour les bancs les mieux placés devant l’autel de la Vierge et l’autel de Saint Pierre, moyennant un prix annuel moyen d’environ 50 F. Ensuite on a des places de tribune adjugées de 7 F à 8 F et des chaises adjugées de 4,75 F à 6,25 F. Dans l’adjudication du 1e novembre 1866, on voit des paroissiens payer un peu moins et d’autres au contraire ayant fait monter les enchères, comme Augustin Charpentier, maire demeurant au Clouin, à 73 F, Jacques Brochard de Linières, à 75 F, et Pierre Fonteneau de la Jaumarière, à 103 F. Le total des locations des chaises se montent à 224,70 F et celui des bancs à 2393,50 F.

En 1877, le conseil de fabrique décide de mettre à disposition dans l’église quelques chaises volantes qui seraient payées 25 centimes par chaise. « Il a décidé en outre que ces chaises ne pourraient être placées que du côté des chapelles, et il fait défense à qui que ce soit d’apporter des chaises de chez soi ou d’en prêter à d’autres pour les porter à l’église » (22). Pour l’adjudication des places dans l’église en avril 1887 « selon les anciens usages », le conseil de fabrique décide d’une exception rémunératrice. « Prenant en considération le désir exprimé par la famille de Marcilly, propriétaire du château de Linières, il a décidé que le 1e banc du côté de l’épitre, et les 5 premières places de la banquette qui se trouvent devant ce banc, ne seraient pas mises à l’adjudication ni cette année, ni plus tard. La famille de Marcilly offrant 200 F par an pour ces 10 places. La fabrique n’a que du bénéfice à lui accorder la concession de ces places à ce prix tant qu’elle voudra. » (23) Il y avait aussi de mauvaises surprises dans ces locations, comme en 1895 où on a dû constater un défaut de paiement cumulé de 512 F par des paroissiens ayant quitté le pays et étant insolvables.

Eglise de Saint-André-Goule-d’Oie
De 1860 à 1875, la comptabilité de la fabrique a disparu dans les archives paroissiales. C’est pourtant la période cruciale où se situe la construction de la nouvelle église. Elle sera prise en charge par la fabrique, et le devis initial de septembre 1874 se monte à 75 880 F. La fabrique avait une réserve de 26 560 F au départ, dont nous ne connaitrons pas en conséquence le contexte et les modalités de sa constitution. L’église fut bénite en 1877, et c’est en 1876 que les archives nous ont conservé à nouveau le registre des délibérations du conseil de fabrique, jusqu’en 1903.

Nous connaissons les montants des recettes de la fabrique de 1876 à 1894, puis de 1900 à 1902, mais sans leur détail. Les trois premières années ils incluent les emprunts réalisés pour la construction de l’église. La moyenne de leurs montants hors emprunts de 1880 à 1894 est de 4120 F, puis de 3145 F de 1900 à 1902. On a un seul décompte des recettes du deuxième trimestre 1890 (24). Leur total de 692 F se répartit comme suit :
-        Reçu pour les places des bancs : 501
-        Offrandes : 61
-        Honoraires de sépulture : 43
-        Tronc : 4
-        Quêtes : 83

Dans la même période les montants comptabilisés des dépenses, tantôt comprennent les remboursements d’emprunts pour la construction de l’église, et tantôt les exclus. Hors emprunts, les dépenses sont en moyenne de 3570 F, ce qui montre la marge positive dégagée pour ces remboursements. Ces derniers seront terminés en avril 1902 (25). Et nous n’avons pas les détails des dépenses.

Cette comptabilité était-elle complète ? On devine que non pour trois raisons. La première est l’existence de la caisse des messes. Elle était  gérée par le curé de la paroisse, recevant des sommes d’argent des fidèles pour qu’il dise des messes à des intentions demandées par eux, généralement pour le repos de leur âme et celle des parents défunts. Parfois un testament faisait un don ou un legs à la fabrique, à la charge par celle-ci d’acquitter le prix des messes demandées, selon un tarif fixé par l’évêché. C’est alors la fabrique qui alimentait la caisse des messes du curé.

L’autre raison tenait aux œuvres de charité pour les pauvres. On a l’exemple d’un legs testamentaire d’une petite borderie à la Gandouinière, fait à la fabrique, à la charge par elle que les revenus soient distribués aux pauvres de la paroisse. La fabrique passait les baux et percevait le prix de ferme, qu’elle versait à la caisse des pauvres gérée par le curé, suivant un antique usage. En 1881, comme les années suivantes, on lit dans le procès-verbal de la réunion du conseil de fabrique : « Le conseil a aussi été d’avis de laisser à M. le curé la disposition des 200 F provenant de la ferme de la Gandouinière aux pauvres les plus nécessiteux de la paroisse, et il a vu que dans la caisse des pauvres il y avait actuellement 500 F, dont 300 F ont été économisés afin d’acheter un petit mobilier mis à la disposition des malades pauvres quand on jugera le moment propice, et 200 F pour être distribués » (26). Les fabriqueur géraient, mais c’est le curé qui allait au contact des pauvres ou les recevait, gratuitement bien sûr. L’époque n’imaginait pas l’emploi de travailleur social. 

Enfin devait exister une caisse des écoles, au moins concernant celle des filles appartenant à la fabrique, pour gérer les flux financiers de fonctionnement. Comme les deux autres elle devait être indépendante, car on ne voit pas la trace de ces flux dans la comptabilité de la fabrique, sinon pour les frais de gros entretien des bâtiments.

Conclusion


Cette fabrique du 19e siècle, dont nous venons de raconter l’histoire à Saint-André-Goule-d’Oie, a été conçue par Napoléon en reprenant l’institution de l’Ancien Régime et en l’adaptant à l’évolution des lois. La confusion du temporel et du spirituel dans les assemblées d’habitants d’avant la Révolution a cessé. Le syndic devenu maire, et le fabriqueur, sont désormais deux entités distinctes dans leur objet et leur fonctionnement. Au cours du siècle on verra d’abord les conseillers municipaux élus par les citoyens (1830), puis le maire définitivement élu au sein du  conseil municipal (1884). Pendant ce temps les fabriqueurs sont cooptés sous l’œil du curé, car l’Eglise catholique est fondamentalement hiérarchique dans son organisation. Néanmoins la commune comme la fabrique agissent sous la tutelle de l’Etat. Qui plus est ce dernier rémunère le clergé et surveille la nomination des évêques par le pape. C’est-à-dire que pour l’essentiel l’Eglise reste un rouage de la société politique. Dans la paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie, cela ne posait pas de problème, au moins pour une raison toute simple : tout le monde était catholique.

Mais ce que ne nous disent pas les procès-verbaux du conseil de la fabrique de Saint-André, c’est la lutte, allant crescendo au cours du siècle, entre l’Eglise et les républicains pour contrôler l’instruction. Cette lutte était étrangère aux habitants de Saint-André. Pourquoi ne pas enseigner la religion à l’école, comme aussi de confier l’aide aux pauvres au curé de la paroisse ? Cela leur semblait si habituel et si naturel. Mais Saint-André n’est pas la France, car la République s’est construite en France contre l’Eglise, sauf en Alsace-Moselle. Cette lutte va conduire à la loi de 1905, dite de séparation de l’Eglise et de l’Etat, qui mettra fin au concordat de Napoléon et supprimera les fabriques. Nous reviendrons bientôt sur cette séparation à Saint-André-Goule-d’Oie.


(1) Abbé Yvon Marcoux, pages.infinit.net/eglisejc/mot-fabrique.htm L’Histoire des Fabriques paroissiales.
(2) Acte d’assemblée d’habitants de la paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie du 12-9-1784, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/10.
(3) Autorisation du 10-1-1846 d’ériger un chemin de croix dans l’église de Saint-André, Archives de la paroisse de Saint-Jean-les-Paillers, relais de Saint-André-Goule-d’Oie, carton no 28, chemise II.
(4) Recettes et dépenses de la fabrique de Saint-André Goule-d’Oie (1811-1812), ibidem : carton no 29, chemise V.
(5) Recettes et dépenses de la fabrique de Saint-André Goule-d’Oie (1816-1817), ibidem : carton no 29, chemise V.
(6) Recettes et dépenses de la fabrique de Saint-André Goule-d’Oie (1821-1829), ibidem : carton no 29, chemise V.
(7) Recettes et dépenses de la fabrique de Saint-André Goule-d’Oie (1830-1825), ibidem : carton no 29, chemise V.
(8) Registre des délibérations du conseil de fabrique pour 1877, ibidem : E 2/2.
(9) Registre des délibérations du conseil de fabrique pour 1883, ibidem : E 2/2.
(10) Registre des délibérations du conseil de fabrique pour 1884, ibidem : E 2/2.
(11) Registre des délibérations du conseil de fabrique pour 1891, ibidem : E 2/2.
(12) Inventaire de la fabrique le 1-2-1906, ibidem : carton no 29, chemise VII.
(13) Ibidem (2).
(14) Ibidem (4).
(15) Recettes et dépenses de la fabrique de Saint-André Goule-d’Oie (1813-1814), ibidem : carton no 29, chemise V.
(16) Recettes et dépenses de la fabrique de Saint-André Goule-d’Oie (1815-1816), ibidem : carton no 29, chemise V.
(17) Recettes et dépenses de la fabrique de Saint-André Goule-d’Oie (1830-1815), ibidem : carton no 29, chemise V.
(18) Inventaire des effets et mobiliers appartenant à l’église de Saint-André-Goule-d’Oie pour l’an 1836, ibidem : carton no 28, chemise II.
(19) Recettes et dépenses de la fabrique de Saint-André-Goule-d’Oie (1846-1856), ibidem : carton no 29, chemise V.
(20) Testament du 8-1-1860 de Jeanne Rochereau avec un legs à la fabrique, ibidem : carton no 29, chemise VI.
(21) Registre des locations des places dans l’église (1861-1870), ibidem : E 2/11.
(22) Ibidem (6).
(23) Registre des délibérations du conseil de fabrique pour 1887, ibidem : E 2/2.
(24) Registre des délibérations du conseil de fabrique pour 1890, ibidem : E 2/2.
(25) Registre des délibérations du conseil de fabrique pour 1902, ibidem : E 2/2.
(26) Registre des délibérations du conseil de fabrique pour 1881, ibidem : E 2/2.

Emmanuel François, tous droits réservés
Novembre 2018

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lundi 1 octobre 2018

Sept siècles d’Histoire du bourg de Saint-André-Goule-d’Oie

À l’origine du bourg de Saint-André-Goule-d’Oie on a un lieu-dit appelé « Goule d’Oie ». La date d’apparition de ces deux mots en 1306 se trouve dans un document ecclésiastique désignant la paroisse (1). Et nous savons que le même nom désignait un fief, dont les contours bien délimités donnaient l’étendue de ce lieu-dit d’environ une trentaine d’hectares. Son habitat est devenu un bourg, ou chef-lieu de la paroisse.

Il est certainement très ancien  à cause de sa position sur le territoire. Les villages ont été en effet la plupart du temps « la partie bâtie des chemins à leur point de convergence » (2). Les chemins sont nombreux ici, vers Chavagnes et Linières, Saint-Fulgent, Vendrennes et la Brossière, les Noues, le Pin, les Essarts et la Boutarlière, Chauché et Languiller. Des siècles après, le bourg était toujours un lieu de passage sur la route de Saint-Fulgent aux Essarts, qui, lors de sa construction en 1850/1858, a conservé le parcours sinueux entre les maisons des anciens chemins primitifs. Le préfet indiquait alors son objectif de « faciliter l’accès aux foires des Essarts, et pour sortir de l’isolement complet dans lequel se trouve la commune de Saint-André-Goule-d’Oie. » D’origine plus récente que ce lieu, la paroisse et le fief féodal en tireront leur nom.

Un nom mystérieux


Sur la place des Tilleuls dans le bourg
de Saint-André-Goule-d’Oie
On aimerait connaître le clerc qui le premier a écrit le nom du lieu où fut bâtie l’église du bourg, lequel nom fut retenu pour désigner la paroisse de « de Goule d’Oie ». Habitait-il sur place, ou au siège du doyenné de Pareds (Jaudonnière), auquel était déjà semble-t-il rattachée la paroisse ? C’était en 1306 et cette première occurrence est « de gula anceris ». Le passage du parler à l’écrit pour désigner un lieu créait encore des difficultés en 1838 aux ingénieurs du cadastre napoléonien. Ils ont écrit « Cloin », par exemple, pour désigner le village du Clouin. De même on peut craindre un hiatus chez le copiste du Moyen Âge entre ce qu’il a entendu et ce qu’il a écrit après l’avoir traduit en latin. Les mentions écrites en français reprendront le résultat bizarre de l’interprétation latine : « de Goule d’Oie », qu’on lit pour la première fois sur le registre paroissial en 1611 (vue 27 du registre numérisé). Des érudits ont contesté cette traduction au motif que le mot latin oie serait « anseris », et que donc le mot « anceris » aurait une autre signification. À partir de là, on retiendrait une traduction « oia » qui a été un nom de pays, et gula serait plutôt un goulet. Une autre hypothèse retiendrait le nom de Guoyas ou Goyer, important seigneur local que désignerait le mot latin « gula », déformé cette fois-ci. On aurait en définitive le goulet de l’Oie ou bien Goyer de l’Oie. De là à perdre son latin … Le premier mot, « de » a été utilisé pendant tout l’Ancien Régime, puis il a été oublié ensuite. Quant à « goule d’oie », correspondant à ce qui s’est toujours dit et écrit, les érudits du 19e siècle ont imaginé des hypothèses, des légendes quant à faire, pour lui trouver un sens. Il est vrai que ce mot patois de « goule », qui signifie gueule ou bec dans ce cas précis, donne un air d’authenticité. Mais la réalité historique est que nous ne savons pas expliquer ce mot étrange de « Goule-d’Oie ».   
     
Dans le pouillé de l’évêché de Luçon produit par l’abbé Aillery, on lit pour la première fois en 1534, toujours en latin, les deux premiers mots qui ont été ajoutés : « Sanctii Andree », Saint-André, pour désigner la paroisse. Ils l’ont été bien avant dans la réalité probablement, mais on ne sait pas à partir de quand. La suppression temporaire du mot « saint » pendant la Révolution fut inégalement appliquée. Ainsi se confondent dès l’origine le nom du lieu devenu un bourg avec son église, et celui de la circonscription religieuse de base, la paroisse sous l’Ancien Régime, devenant en plus la commune à partir de la Révolution : « Saint-André-Goule-d’Oie ».

Le fief de Saint-André-Goule-d’Oie


Dans le document le plus ancien évoquant l’existence de ce fief, daté de 1646, celui-ci porte le même nom complet que la paroisse : « St André de Gouldoy ». C’est un factum (mémoire judiciaire) où on voit s’opposer les seigneurs de Linières et de la Boutarlière. Le fief a été concédé en 1453 par le seigneur de la Drollinière (devenue Linières) à un particulier qui s’appelait Colas Texier, à foi et hommage plain (simple) et à droit de rachat. C’est ce qu’on apprend dans le factum de 1646, faisant l’historique du fief en remontant au plus loin en ce milieu du 15e siècle (3).

Contrairement à l’usage, le seigneur de la Drollinière s’était réservé les redevances seigneuriales dues par les propriétaires et habitants dans le fief. Habituellement le suzerain concédait en effet un fief ou terre noble à un vassal en contrepartie d’un cadeau rituel ou symbolique, par exemple une paire d’éperons dorés à chaque changement de génération, ou plus souvent dans la contrée un « devoir » en argent de quelques sols. La concession de tenures ou terres roturières par ce vassal à divers particuliers avait en revanche une contrepartie économique significative avec des redevances en nature et en argent. Or dans le fief de Saint-André-Goule-d’Oie, le vassal ramassait des redevances pour son suzerain, mais celles-ci étaient d’un montant particulièrement faible.

La glandée, Les très riches heures du duc
de Berry (1485), musée Condé, Chantilly
Le cens était de cent-un sols et une poule. Or en 1370 il fallait 10 deniers pour acheter 1 livre de beurre (4). A partir de cette base on peut calculer que le montant du cens prélevé dans le fief représentait la traite d’une vache pendant 5 à 10 mois, suivant un rendement retenu très faible de production de lait et de fabrication du beurre. Le cens était réparti entre tous les habitants. Dans un aveu du suzerain du Coin aux Essarts en 1550, on a le détail de ce cens : quarante-trois sols six deniers à noël et une geline (poule), plus cinquante-deux sols six deniers à la fête de Notre-Dame d’août (15 août), et huit sols à la Saint-Jean-Baptiste (5).  Avec une inflation multipliant les prix par 16 entre cette date et la fin du 16e siècle, alors que le montant de cent-un sols du cens était resté fixe, on voit qu’il n’avait plus qu’une valeur symbolique. De plus, il n’y avait pas de sur-cens, habituel ailleurs dans la paroisse, souvent sous forme de rentes en céréales.

Il n’y avait pas de dîme seigneuriale non plus, dite « inféodée », fréquente à Saint-André pour les « menues dîmes » sur les veaux, agneaux et pourceaux. À la place on prélevait deux droits : un droit de « maussage » à la Pentecôte, calculé sur chaque cochon élevé par les habitants, se montant à une maille ou un demi denier par bête, et un droit de « panage » d’un denier, aussi sur chaque cochon, à la Saint-Michel-Archange (5). Ces droits sur les porcs uniquement renvoient à la pratique du pacage dans les forêts, antérieure à l’élevage dans des bauges. Elle suppose une importante surface boisée, parfaitement plausible quand on pense à ce qui restait de la forêt de l’Herbergement, de celle des Essarts, au bois du Vrignais, à la forêt du Coudray qui a donné son nom au village de la Forêt plus tard.

Surtout il n’existait pas de droit de terrage pour le seigneur, systématique dans le reste de la paroisse, et se montant au 1/6e des récoltes. Il est donc juste d’écrire que le bourg de Saint-André a bénéficié du phénomène d’affranchissement situé habituellement au 12e siècle, quand les seigneurs ont accordé des allègements de charges aux communautés paysannes, afin de retenir la main-d’œuvre sur leurs seigneuries ou de l’y attirer (6). Cependant, le seigneur de la Drollinière avait créé une métairie dont les bâtiments se trouvaient dans le bourg. Indiquons que ces petites redevances étaient « amassées » par le seigneur du fief de Saint-André, Texier en 1453, un roturier possédant aussi la métairie, pour les porter au seigneur de la Drollinière. Les possesseurs dans son fief, tenant leurs biens de lui, étaient appelés localement des teneurs, dont Texier était le seigneur, mot générique correspondant pour les biens roturiers à ce qu’était le suzerain pour les biens nobles. À la différence des bourgs de Saint-Fulgent et des Essarts, créés près du château seigneurial, celui de Saint-André apparait comme une transformation d’un habitat primitif autour d’une église et près d’une métairie.

Etang de Linières
L’existence du fief de Goule d’Oie remonte-t-elle avant sa concession à Texier en 1453 ? On ne sait pas répondre faute de document, et même les concessions des terroirs limitrophes ne nous donnent pas d’indice. Le fief était limité au sud et à l’ouest par les possessions du seigneur de la Drollinière, et était entouré par ailleurs du fief du Coudray (avec les tènements de la Bergeonnière et de la Forêt), et des tènements (territoires non nobles) de la Dibaudelière, Machicolière, Ridolière et Milonnière. Ne connaissant pas leur origine, on ne peut rien en déduire pour le fief de Saint-André lui-même. Tout juste peut-on avancer que les deux moulins et la moitié d’étang appartenant au seigneur de la Drollinière, devaient logiquement préexister à la concession du fief, alors même qu’ils étaient situés dans ses limites, et alors même qu’ils en ont constitué le chef d’hommage. Or après 1365, date du mariage de la deuxième fille du seigneur de la Drollinière, Maurice Droullin, la Drollinière ne fut plus habitée par ses seigneurs avant longtemps. On peut donc penser que ces moulins et l’étang ont été créés au moins avant cette date de 1365.

Les droits du seigneur de la Drollinière dans l’église paroissiale


La naissance de la paroisse médiévale au sens de territoire délimité, reprenant le nom du lieu de « Goule d’Oie » où est bâtie l’église paroissiale et son prieuré, se situe entre 1100 (l’abbaye de Nieul-sur-l’Autise, fondatrice du prieuré, a été créée en 1068) et 1300 (pouillé de l’évêché de Poitiers daté de 1306). L’abbé de Nieul-sur-l’Autise devait choisir à l’origine le titulaire de la paroisse de Goule d’Oie. Aux bâtiments du prieuré était rattachées à partir d’une époque non repérée, des terres dans le bourg et aux environs, formant une borderie d’environ 5 ha au 18e siècle.

On sait que le blason des seigneurs de la Drollinière se trouvait dans le chœur de l’église du bourg de Saint-André. Leurs ancêtres étaient enterrés à l’extérieur, mais dans un cimetière jouxtant le chœur de cette église, « dans laquelle ils ne pouvaient être mis à cause de sa petitesse sans empêcher le service divin » (7), et leur logis était situé à un km de distance. De là à faire des seigneurs de la Drollinière les patrons fondateurs de l’église, le pas parait difficile à franchir. Nous ne disposons pas d’un aveu de la Drollinière pour le vérifier. Le choix du desservant du prieuré par l’abbé de Nieul, comme patron ecclésiastique suivant le pouillé de Poitiers, le contredit. Le baron des Essarts, suzerain supérieur et ayant la haute justice sur la paroisse de Saint-André, se présentait lui-même dans ses aveux à Thouars comme « ayant droit de patronage et fondation tant dans ladite paroisse des Essarts autrement Chauché et Saint-André-Goule-d’Oie » (8). Le seigneur de Saint-Fulgent déclarait le même droit, alors que le prieur de sa paroisse avait été à la présentation de l’abbaye de Saint-Jouin-de-Marnes pendant un temps. Décidément ce titre de « patron », donnant le droit de choisir le desservant d’une église, était très prisé par les seigneurs. C’est qu’il ne se résumait pas qu’au droit de présentation du curé ou d’un chapelain, mais emportait aussi des honneurs personnels au cours des cérémonies, comme de se faire encenser par exemple ou de marcher en tête des processions. L’usage du mot, comme on le voit, n’a pas toujours répondu à la définition stricte du droit canon, car le seigneur des Essarts n’avait pas de droit de présentation au prieuré de Saint-André. Il n’en reste pas moins qu’au XVIIe siècle dans l’église de Saint-André, le seigneur de la Drollinière avait une place à part, reconnue, étant seigneur suzerain des lieux. Cela ne prouve pas pour autant que cette place remonte à l’époque de la création de la paroisse.

Grégoire VII (1021-1085)
Mais un autre fait nous intrigue : le prieur de la paroisse rendait la foi et hommage et un aveu au seigneur du fief de Saint-André quelques années avant 1639 (9). Cette relation existait-elle déjà au moment de la constitution de la paroisse évoquée en 1306 ? Nous n’en savons rien, mais rien ne nous interdit de penser que le seigneur de la Drollinière ait tenu en fief de son suzerain du Coin Foucaud une église au lieu-dit de Goule d’Oie pour tirer profit de ses revenus, avant même l’arrivée des moines et la mise en œuvre de la réforme de l’Eglise décidée par le pape Grégoire VII. En concédant le fief de Saint-André ensuite, le seigneur de la Drollinère aurait aussi concédé ce droit de fief du prieuré qui en faisait partie. Qui du seigneur du Coin ou du seigneur de la Drollinière, donna le terrain à l’abbaye de Nieul-sur-l’Autise pour construire le prieuré, et qui finança sa construction ? Ou bien n’y avait-il pas déjà une église seigneuriale dont un seigneur fit concession aux moines ? On ne peut pas répondre, et on ne peut même pas écarter non plus le rôle qu’aurait pu avoir le baron des Essarts, puisqu’on le voit conserver lui aussi pour lui des redevances prélevées sur des habitants des fiefs concédés, y compris à Saint-André-Goule-d’Oie.

On sait que beaucoup de paroisses ont été créées entre les XIe et XIIIe siècles. Elles agrégèrent les fidèles autour d’une église à laquelle fut associé un cimetière. Auparavant le territoire était moins découpé et moins organisé, même si la contrée autour de Saint-André-Goule-d’Oie fut évangélisée dès le 6e siècle (10). La réforme grégorienne de l’Eglise à partir du 11e siècle lui a permis de se construire progressivement des territoires au sens moderne du mot, incarnés notamment dans la fiscalité de la dîme. A « Goule d’Oie », on aimerait connaitre l’étendue des pouvoirs des seigneurs féodaux avant l’arrivée des moines, et loin de l’évêque de Poitiers.

Le partage des fiefs de Saint-Fulgent, la Drolinière et de la Boutarlière au XIVe siècle et les nouveaux liens féodaux


Le mémoire de 1646 évoqué plus haut est précieux dans notre récit. Il est écrit sur 12 pages de papier endommagé par le temps, par deux scribes, et d’une lecture parfois difficile. Il a fait l’objet d’une analyse publiée dans les miscellanées du site internet des Archives de la Vendée, par T. Heckmann, sous le titre suivant : Pour l'honneur ou pour l'argent ? Rivalité à Saint-André-Goule-d'Oie au XVIIe siècle. Y sont annexés la transcription et un examen paléographique du texte. Dans ce factum on voit le seigneur de Linières et celui de la Boutarlière se quereller notamment sur la prétention de ce dernier à porter le titre de seigneur de Saint-André-Goule-d’Oie. Et pour défendre chacun sa position, les deux protagonistes se renvoient leurs droits acquis et le passé, à la grande joie du chercheur naturellement. Suivons-les un instant dans ce passé.

Conciergerie de Linières construite vers 1880
A l’origine du suzerain du bourg on a la famille Droullin ou Droellin, qui apparait dans des textes concernant l’abbaye de la Grainetière (Ardelay) pour la première fois en 1238. Ils sont seigneurs de Saint-Fulgent, la Drollinière et la Boutarlière. Saint-Fulgent est un château tenu de Tiffauges, comprenant plusieurs fiefs lui rendant hommage, situé sur la paroisse du même nom, dont le fief Drollin (situé près de la Valinière), la Clavelière, et surtout le Puy-Greffier, le plus important. Mais on parlera, chez les notaires du lieu au 18e siècle, des châtellenies de Saint-Fulgent, car les seigneurs du lieu sont aussi suzerains au moins de la Thibaudière, châtellenie qui relèvait de Montaigu. La Drollinière possède un logis entouré d’une muraille en partie, joignant plus de 300 hectares de terre d’un seul tenant, le tout situé sur l’ancienne paroisse de la Chapelle de Chauché. Elle comprenait le domaine de la Boutarlière situé sur la même paroisse, jusqu’au tènement voisin de la Charillère encore plus au sud.

La Drollinière relève de la baronnie des Essarts à foi et hommage plain, à rachat le cas advenant, « et à une maille d’or », suivant l’aveu du baron des Essarts à Thouars en 1597 (11). En 1658, un aveu du même précise que la maille d’or est estimée à 24 sols tournois. Dans le mémoire de 1646 évoqué plus haut, l’auteur reprend l’affirmation du seigneur de Linières, indiquant que son hommage aux Essarts est « lige sans ligence, garde ni estage », ce qui qualifie l’hommage rendu au-dessus du simple hommage plain. En revanche la maille d’or est « appréciée à vingt sols de monnaie » (12). Voilà des détails qui portent à ne pas prendre pour argent comptant toutes les informations de l’auteur du mémoire de 1646. 

En 1342 c’est un Maurice Droulin, né vers 1310 et mort avant 1378, qui est « seigneur de Saint-Fulgent, Drollinière et la Boutarlière ». Le « mercredi avant la Madeleine de l’année 1342 », Maurice Droulin, donna à Jean Droulin, son frère puiné, pour sa part dans les successions paternelle et maternelle, la seigneurie de la Boutarlière et diverses rentes (13). Le tènement voisin de la Gandouinière, situé au nord de la Boutarlière, fit partie de la mouvance de cette dernière, alors que celui situé au sud, la Charillière, resta dans la mouvance de la Drollinière jusqu’à la Révolution (14). Néanmoins les teneurs de la Gandouinière reconnaissaient toujours en 1766 devoir « chaque année à la seigneurie de Saint-Fulgent à cause du fief Drolin (près de la Valinière à Saint-Fulgent) réuni à ladite seigneurie de Saint-Fulgent, la rente foncière annuelle et perpétuelle de 16 boisseaux de froment, mesure réduite des Essarts » (15).

Château des Essarts détruit lors de la Révolution
Pour éviter que le partage des fiefs comme ici, soit imposé au suzerain, on appliqua la règle de droit féodal de la garantie, dit « gariment », en parage. Un seul vassal, en l’occurrence le seigneur de la Drollinière, ferait un hommage unique aux Essarts pour les deux fiefs désormais distincts de la Drollinière et de la Boutarlière, se portant garant pour son frère. Cela donnait dans l’aveu du suzerain des Essarts à Thouars en 1597, le texte suivant : « sous lequel hommage (de la Drollinière) tient en parage messire René Gazeau chevalier seigneur de la Bransdanière, son hôtel noble de la Boutarlière avec ses appartenances et dépendances » (16).

Dans ce fief de la Drollinière en 1597 n’était pas compris le fief de Saint-André-Goule-d’Oie. Le seigneur de la Drollinière le tenait d’un seigneur différent de celui des Essarts, le seigneur du Coin Foucaud, suivant le factum de 1646. Le château de celui-ci était en ruine en 1550, situé au lieudit du Coin à Saint-André, autrefois appelé Coin Foucaud. Dans la documentation la plus ancienne connue (aveu des Giroisières en 1500), il n’existe déjà plus de seigneur du Coin, ses droits de seigneurie constituent alors une annexe appartenant à la seigneurie de Languiller (Chauché), probablement depuis le 15e siècle. 70% du territoire de la paroisse de Saint-André relevait de sa mouvance, dont le territoire du bourg. La Drollinière lui rendait pour le fief de Saint-André « une foi et hommage plain, à l’abonni de quarante sols pour tout droit de rachat, cheval de service et autre droit de mutation » (17). Ici droit de rachat et cheval de service font synonymes, et ils sont payés régulièrement chaque année ou à chaque mutation suivant la convention passée, à la valeur de 40 sols. C’était la règle de l’abonnement (abonni).

Un moulin turquois
Dans l’aveu qui suit l’hommage, le vassal de la Drollinière devait normalement dénombrer ses domaines et ses redevances à son suzerain du Coin Foucaud. Mais, suivant le factum de 1646, il y avait le cas particulier de la moitié de l’étang de la Drollinière et des moulins à proximité, situés sur le territoire du fief de Saint-André dépendant du Coin Foucaud et non pas sur celui de la Drollinière. Le ruisseau de la Fontaine de la Haute Gandouinière faisait limite entre les deux fiefs de la Drollinière et de Saint-André. Et quoique situés à l’intérieur du fief de Saint-André, ces moulins et moitié d’étang n’en faisaient pas partie. Le seigneur du fief de Saint-André avait la propriété éminente en son fief sauf sur l'étang et les moulins où la Drollinière avait propriété éminente et même utile. C’est certainement avec l’accord du Coin Foucaud que le seigneur de la Drollinière creusa son étang, car le ruisseau de 2 mètres de large environ qui l’alimentait, prenait soudain avec l’étang une largeur de 50 mètres. Il convenait que sa moitié débordant sur le territoire relevant du Coin Foucaud y restât tenue de ce dernier. Quant au moulin à eau, il était construit du côté est sur le territoire du Coin Foucaud. De même pour le moulin à vent bâti encore plus loin vers l’est, dans un espace depuis appelé le champ du moulin. Logiquement, seule la moitié ouest de l’étang était située sur le domaine de la Drollinière et relevait des Essarts. Il parait normal que le seigneur de la Drollinière n’ait pas concédé avec le fief de Saint-André ces deux moulins et la moitié d’étang, puisqu’il en conservait l’usage.

L'autonomie progressive de la Boutarlière à laquelle va se rattacher le fief de Saint-André (1350-1646)


Après le partage ayant attribué la Boutarlière en 1342 à son frère, Maurice Drouelin (ou peut-être son fils avec le même prénom) maria ses deux filles, et à partir de là, la Drollinière eut un destin différent de celui de Saint-Fulgent. En 1350 Marie Drouelin épousa Guillaume Baritaud, demeurant à Chantonnay et lui apportant la Drollinière en dot. La fille de ces derniers épousa en 1381 Guillaume Foucher, originaire des Herbiers. Cette famille Foucher va conserver le domaine au nombre de ses possessions jusque vers 1550. Il passa ensuite par mariage à une famille du Berry, La Châtre.

La sœur de Marie, Jeanne Drouelin, épousa Jean Cathus en 1365, apportant dans sa dot la seigneurie de Saint-Fulgent à son mari. Puis ce bien passa par héritage dans la famille des Rezé, possesseur de la Merlatière, la Raslière (près le bourg de la Merlatière) et la Jarrie (Saligny), puis des Chasteigner, habitant Saint-Denis-la-Chevasse, vers 1500. Saint-Fulgent aussi ne connut plus pendant longtemps de seigneurs habitant sur place. Leur histoire a été reconstituée dans les trois récits publiés sur ce site à l’occasion de leur querelle avec les seigneurs de Languiller, au sujet du titre de seigneur de la Boutinière, Chevaleraye et Javelière, qui dura deux siècles. Le premier a été publié en novembre 2015 : Les seigneurs de Saint-Fulgent contre les seigneurs de Languiller (1595-1649. Et en janvier 2016 : Les seigneurs de Saint-Fulgent au 18e siècleLe Bois Thibaud, situé au nord du Bois de Languiller, et à l’emplacement actuel des éoliennes les plus proches de la route D 37, avait été laissé en indivision entre les deux sœurs Drouelin, et en 1598 il était toujours en indivision entre la Drollinère et la Jarrie. Il en était de même du Bois du Vrignais proche de la Boutarlière (aveu en 1598 de la Merlatière, la Raslière et la Jarrie à Thouars, page 73). En 1779, le Bois Thibaud était un tènement en grande partie défriché, dont quelques propriétaires faisaient leur déclaration à Linières (18). Mais une partie laissée en bois taillis (30 boisselées en 1789) appartenait au seigneur de la Rabatelière, qui avait acheté la Jarrie (19).

Vouvant ancienne cité médiévale
Du côté de la Boutarlière, Catherine Drouelin épousa Guyon Bonnevin en 1490, et leur fille Louise Bonnevin épousa en 1519 Antoine Gazeau, seigneur de la Brandasnière, paroisse de Cezay dans la mouvance de Vouvant. Devenue veuve, la dame de la Boutarlière épousa en secondes noces François de la Muce, seigneur d’Aubigné et de Revroc (20). Dans un acte du 6 mars 1543, ce dernier est présenté comme seigneur du fief de Saint-André-Goule-d’Oie (21). Louise Bonnevin et Antoine Gazeau avait acquis en effet ce fief avec la métairie, des héritiers des Texier. Nous situons la date de cette acquisition entre 1534 (aveu de Pierre Brenier à la Drollinière), et 1539 (date la plus tardive de l’aveu du prieur de Saint-André à la Boutarlière) (22). Cette qualité de seigneur du fief de Saint-André était tout à fait normale, puisqu’il en rendait l’hommage à la Drollinière pour son épouse. François de La Muce fut condamné à mort aux environs de 1552, très probablement pour sa participation aux guerres de religion dans le camp protestant, et ses terres de Revroc et d’Aubigné furent confisquées (23).

Après lui et Louise Bonnevin, la Boutarlière et leur nouveau fief de Saint-André-Goule-d’Oie passèrent à Jean II Gazeau (1520-1587), seigneur de la Brandasnière. Son fils, Léon Gazeau Ier, seigneur de la Brandasnière et de la Boutarlière, fut un marin éprouvé à qui le roi Henri III permit d’armer pour le prétendant au trône du Portugal, Antoine, soutenu contre le roi d’Espagne. Il épousa Isabeau de Plouer le 25 février 1580, laquelle était veuve en 1595. Elle appartenait à une famille bien implantée dans la contrée (Mouchamps, Sainte-Cécile), et elle épousa aussi les ambitions des Gazeau de la Bransdanière.

Elle obtint du présidial (tribunal supérieur) de Poitiers contre les habitants du bourg de Saint-André, la fin du chemerage que Louise Bonnevin avait acheté aux héritiers des Texier (24). On appelait ainsi le droit de celui des possesseurs des biens dans un fief, qui rendait l’aveu au suzerain pour lui et pour le compte des autres. Par exemple le titulaire du prieuré était un de ses copossesseurs dans le fief. La Boutarlière représentait ce dernier dans l’hommage au suzerain, et était appelé pour cela le « chemier ». Les Gazeau remplacèrent cette position de chemier parmi leurs pairs, par une autre plus supérieure : ils seraient désormais leur seigneur à qui les autres possesseurs dans le fief rendraient leur déclaration, voire un aveu en ce qui concernait le prieur. C’est ainsi que le prieur Pierre Baudry fit une déclaration au seigneur de la Boutarlière, avant 1639, par laquelle il déclare tenir de lui noblement à droit de rachat son presbytère et autres domaines dans le bourg (25).

Entrée du château des Essarts
Ce changement ne concernait pas la relation au suzerain de la Drollinière. Mais la même Isabeau de Plouer obtint aussi un petit changement dans cette relation, en la cour de haute justice seigneuriale de la baronnie des Essarts, le 23 mai 1603. Au lieu d’être tenu en gariment (sous la garantie) de Linières, le fief de la Boutarlière sera tenu désormais pleinement de lui, déclarant le parage de 1342 fini. Cela concernait les fiefs de la Boutarlière et de la Drollinière dans la mouvance des Essarts, mais ce changement devait recevoir l’accord du suzerain des Essarts. Néanmoins il faudra attendre longtemps avant que les officiers des Essarts enregistrent ce changement dans les aveux des Essarts à Thouars. Rien de changé en 1658, et ce n’est qu’en 1718 qu’on voit écrit dans un aveu que le parage de la Boutarlière est fini. Quant aux teneurs dans le fief lui-même de Saint-André, on a des signes d’opposition dans les papiers de la famille Moreau, de riches bourgeois habitant dans le bourg. Opposition à quoi ? On ne sait pas. François Moreau, avec d’autres, fit une procuration datée du 2 avril 1617 « par laquelle ils connaissent le fief dudit Saint-André être mouvant de la Boutarlière », est-il écrit sur un relevé des papiers de famille lors d’un inventaire. Un autre relevé fait état d’un procès au sujet de la justice foncière et « de la qualité du domaine de Saint-André » (26). Malheureusement nous ne savons pas ce que disent ces papiers relevés par leur titre dans un inventaire.

Le fils d’Isabeau de Plouer, Léon II Gazeau, né en 1585, épousa le 24 avril 1613 Marie du Vergier, elle aussi de l’Eglise réformée. Il fut déclaré noble en 1624. Et leur fils, René Gazeau (1620-1662), épousa en 1644 Renée Bonnevin. Ce dernier était un fameux protestant, qui, selon les rumeurs répandues dans le pays, se déguisa en prêtre, alla à Paris où il dit plusieurs messes par jour pour cacher sa véritable identité (27). Il est décédé le 21 janvier 1662 à l’âge de 42 ans. Une partie de sa pierre tombale était encore visible en 1967 sur une maison de la Charillère (Chauché), récupérée dans un champ près de la maison de la Boutarlière (28). C’est lui qui chercha querelle au seigneur de la Drollinière dans les mois qui suivirent son mariage en 1644 et sa prise de possession de la Boutarlière ensuite.

Revenons à la Drollinière. Dans la période de la fin du 16e siècle et le début du 17e siècle, la terre de la Drollinière fut vendue plusieurs fois. De la famille La Châtre elle passa aux Bruneau (Rabatelière), puis aux Garreau. Gedéon Garreau, écuyer sieur de Lespine, et Renée de Gastinière sa femme, ont vendu le 2 novembre 1619 le domaine à maitre René Pidoux, magistrat au parlement de Paris et abbé de Valence. En 1621 le domaine de la Drollinière était à nouveau en vente par adjudication à la criée en la cour de Poitiers (29). Visiblement nous sommes en période de difficultés, mais sans que nous sachions si c’est le domaine qui coûte plus qu’il ne rapporte, ou si ce sont les propriétaires qui ne sont pas à la hauteur des exigences de gestion d’alors. Il ne faut pas écarter non plus les conséquences des pillages et destructions qui sévirent dans la région pendant les guerres de religion. Pour Linières nous ne savons rien à ce sujet, mais nous connaissons les travaux au château des Essarts en 1570 pour réparer les dégâts des huguenots (30). On sait aussi que le logis de la Boutarlière est un ensemble fortifié de la fin du 16e siècle, bâti pour se garantir contre l’insécurité à cette période. Son cadran solaire date de 1620 (31). Le chœur de l’église de Chavagnes-en-Paillers fut incendié par des protestants conduits par Gilles Durcot, seigneur de l’Etang à Chavagnes, et fut réparé par le seigneur de la Rabatelière (32).

La Boutarlière
C’est après l’année 1621 qu’apparut un nouveau propriétaire de Linières, Elie de Goulaine, qui avait épousé en 1611 Marie Olympe Garreau, dame de la Drollinière. Sa présence fut courte. Après lui le nouveau propriétaire est Anne Legras, sieur du Plessis Clain, qui viendra habiter sur place. En 1626 il donne procuration pour l’assise de Languiller (33) (tribunal où l’on présente ses hommages et aveux). Et on a sa première trace sur le registre de la paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie le 26 novembre 1635 (vue 91 sur le registre numérisé accessible sur le site internet des Archives de la Vendée), date du baptême de sa fille Catherine. Anne Legras, se disant seigneur du Plessis Clain, est en effet le premier seigneur des lieux depuis longtemps à venir habiter la Drollinière vers 1630. C’est lui qui simplifia le nom de la Drollinière en celui de Linières à cette époque. Nous écrivons ce dernier mot avec un « s » selon un usage né au 19e siècle, mais à l’origine le mot s’écrivait sans « s ». C’était un faux noble qui usurpait le titre de baron. Son fils, Claude Legras, fut déclaré roturier et condamné à 5 000 livres d’amende (34). Il faut probablement faire un lien entre ce changement de nom et le titre usurpé, pour brouiller les pistes remontant du passé. Anne Legras dut affronter l’ambition de René Gazeau de la Brandasnière, seigneur de la Boutarlière. Celui-ci voulait être reconnu seigneur de Saint-André-Goule-d’Oie, et non pas simplement seigneur du fief de Saint-André-Goule-d’Oie.

La querelle de 1646 entre la Boutarlière et Linières


Le factum de décembre 1646, qui nous révèle leurs conflits, a été écrit après les assises de la seigneurie de Linières siégeant dans les mois précédents apparemment. Ainsi nommait-on le tribunal des seigneurs autrefois. Le procureur fiscal des assises (représentant le seigneur) dénia à René Gazeau la qualité de seigneur de Saint-André-Goule-d’Oie, et la cour le condamna à régler ses arrérages de redevances seigneuriales. De plus, le procureur lui interdit de continuer à utiliser un droit de passage sur le chemin qui allait de la Boutarlière à la Guerinière. La cour lui laissa néanmoins un délai pour présenter sa défense. Et c’est dans ce but que le factum, dont nous avons une copie, a été rédigé pour le compte de la dame de Languiller, Marie Hurault, mère de Maximilien Eschallard. Le seigneur de Linières avait en effet sollicité l’aide de son suzerain, comme il était d’usage en pareille circonstance.

Pour fonder ses dires, il s’appuya notamment sur la contenance du fief du bourg de Saint-André. Que dans son enclos il existât un bien foncier relevant d’un autre régime juridique, voire d’un autre seigneur, s’était rencontré ailleurs dans la paroisse. Dans le tènement de la Bergeonnière, le fief Chevillon relevait de la Mancellière à l’origine, alors que la Bergeonnière relevait du Coudray. Dans le fief de la Jaumarière, qui relevait du Coin Foucaud, le fief des Segoninières relevait des Bouchauds. Néanmoins l’existence de ces deux moulins et moitié d’étang dans le fief de Saint-André-Goule-d’Oie va servir de prétexte au seigneur de la Boutarlière pour se quereller avec celui de Linières, pourtant son suzerain. Cet enclos de moitié d’étang et deux moulins n’avait pas de nom comme le fief Chevillon ou le fief des Segonnières, et on le désignait par sa description sommaire, comme un fief anonyme.

Bourg de Saint-André-Goule-d’Oie
On aimerait lire un aveu de Linières au Coin-Foucaud pour le fief de Saint-André, afin de bien comprendre comment la situation était présentée, mais nous n’en avons pas trouvé. À défaut on a un aveu du suzerain, le seigneur du Coin Foucaud (Languiller) à la baronnie des Essarts en 1605 (35). Sous un même hommage, l’objet du fief est décrit en deux parties distinctes : d’abord «  le fief de Saint André de Gouledois  dans lequel ladite dame (de Linières) tient à son domaine la moitié de son étang de la Drouellinière, avec …. ses dits deux moulins à vent et à eau … ». Autrement dit, la moitié d’étang et les deux moulins ne font pas partie du fief de Saint-André mais sont rattachés à la Drollinière. Ensuite la dame de Linières avoue tenir sous le même hommage au Coin Foucaud, la « damoiselle Louise Bonnevin dame de la Boutarlière, et auparavant le soulait tenir les Michaux et Texier, c’est à savoir le fief dudit Saint André, ses appartenances et dépendances et les devoirs qui s’en suivent tant pour elle que pour ses parsonniers… ». L’aveu de 1605 reprend en réalité ici la situation décrite dans un aveu de 1550, n’en étant qu’une simple copie. Dans le mémoire de 1646, le seigneur de Linières va plus loin et fait préciser que le fief de Saint-André est tenu de lui à cause du chef d’hommage sans nom, comme anonyme, constitué par la moitié d’étang et les deux moulins.

Le procureur fiscal de Linières s’oppose à la qualité revendiquée de « seigneur de Saint-André » prise par le sieur de La Brandasnière, quoiqu’il reconnaisse qu’il a un fief au bourg de Saint-André, qui s’appelle le « fief de Saint-André ». Il peut donc se dire seigneur du fief, mais il ne peut pour autant se dire seigneur de Saint-André, n’étant pas patron ni fondateur de l’église paroissiale, et son fief ne s’étendant pas au total de la paroisse. Ce serait au préjudice du sieur de Linières, seigneur supérieur qui a fief et domaine en ladite paroisse. On relèvera que cette accusation d’usurper un titre faite à la Boutarlière par le seigneur de Linières, lui-même faux baron, ne manque pas de piquant.

M. de la Brandasnière prétendit que pour la moitié d’étang de Linières, les deux moulins et maisons alentours, le seigneur de Linières devait rendre son aveu à la Boutarlière, possesseur désormais du fief de Saint-André, au lieu d’en servir Languiller. Ce faisant, cette partie devait contribuer au paiement du cens dû à Linières. Et partant, payer ses droits de lods et ventes (droits de mutation), en cas de  vente de Linières, à la Boutarlière plutôt qu’à Languiller. A cet égard, M. de la Brandasnière réclamait le paiement de ces lods et vente pour la dernière acquisition du domaine de Linières par René Pidoux en 1619. Ils représentaient en Poitou habituellement le 1/6 de la valeur des biens. Ce droit de fief lui donnait aussi celui de retrait féodal en cas de vente des moulins et moitié d’étang. Et puis, étant seigneur foncier dans le bourg, donc de l’église, il se prétendait son patron fondateur, et partant de là pouvait porter la qualité de seigneur de la paroisse.

M. de Plessis Clain rappela que le fief de Saint-André avait d’abord été une possession du domaine de Linières tenue du Coin Foucaud (annexe de Languiller). Puis les seigneurs de Linières l’avaient concédé aux Texier, « gens roturiers et de basse condition », dont maintenant M. de la Brandasnière avait les droits, mais à la réserve des droits seigneuriaux sur le bourg, de la fondation et prééminence d’église,  qui sont « des droits de supériorité venant de ladite moitié d’étang, des moulins et maisons ». Il y a très probablement une exagération sur son droit de prééminence dans l’église, comme de la part de son adversaire d’ailleurs. L’un était catholique et l’autre protestant, mais avec ce droit honorifique il y avait un titre et ses redevances financières. M. de la Brandasnière avait néanmoins été débouté en 1621 par la cour de Poitiers de sa demande de faire contribuer l’adjudicataire de Linières au paiement du cens, car non fondée sur aucun acte récent modifiant la situation décrite dans les aveux antérieurs (36).

Chemin de la Boutarlière à la Guerinière
Sur ces querelles essentielles de titre et de redevances, on ajouta une autre querelle plus subalterne de droit de passage. Les habitants de la Boutarlière utilisaient le chemin qui mène de chez eux au bourg de Saint-André-Goule-d’Oie, en passant sur les terres de la Guérinière, métairie appartenant à Linières. Le chemin existe toujours, comme il existait déjà en 1342 quand Maurice Droullin donna la Boutarlière à son frère puiné. Le procureur fiscal des assises de Linières signifia au seigneur de la Boutarlière la défense « de plus passer ni repasser, lui, ses gens et serviteurs, au bas de la métairie de la Guérinière qui dépend de Linières, comme ils ont accoutumé faire, cela n’ayant été accordé que par souffrance et tolérance ». Le seigneur de la Boutarlière répondit que ce chemin avait toujours été emprunté pour aller de la Boutarlière à la Guérinière, Saint-André et autres lieux, qu’il était fort large de 30 pieds (environ 10 mètres), ayant de chaque côté haies et fossés dans la partie entre la Boutarlière et la Guérinière. Il insista : « Les précédents sieurs de Linières qui assistaient aux enterrements des gens de la Boutarlière, ont toujours vu passer leurs corps par ledit chemin et non par autre. De même ils ont assisté aux épousailles des filles de la maison de la Boutarlière et les ont conduites par le même chemin, sans jamais de querelle ni d’empêchement ». A son avis, Maurice Droullin n’avait pas parlé de ce droit de passage dans son partage de 1342, faute de le juger nécessaire (37). Le chemin de Saint-André aux Essarts existait déjà alors (38). Il permettait d’accéder comme maintenant au domaine de la Boutarlière directement, sans passer par la Guérinière. Il est vrai que les épousailles des filles de la Boutarlière constituent dans l’argumentaire une évocation percutante, qui ne perd pas de sa force affective en parcourant les siècles, mais de faible poids entre voisins qui se détestent.

On tenta un arbitrage « pour accommoder l’affaire par la douceur » (39).  Mais on ne connait pas la suite immédiate qui fut donnée à ces querelles entre les deux seigneurs, par accord amiable ou par décision judiciaire. A voir les documents dans la suite du temps, la Boutarlière oublia le titre, tout en gardant le droit de fief sur le bourg, mais vendit sa métairie. On doute qu’elle fit participer Linières au paiement du cens néanmoins, et le droit de passage existe toujours.

Successions et mutations à Saint-André, la Drolinière et la Boutarlière, XVIIe-XVIIIe siècles


On observe que le frère cadet du seigneur de la Boutarlière désigné dans le mémoire de 1646, David Gazeau, se fit appeler seigneur de Saint-André-Goule-d’Oie. Puis René Gazeau et sa femme Renée Bonnevin n’eurent qu’une fille, Marie, qui fit un beau mariage en 1653 avec Philippe de Joncourt, authentique baron de la Forêt-sur-Sèvre. La Boutarlière finit même au siècle suivant, grâce à d’heureux mariages en milieu catholique, par appartenir au prince de Robec, qui plus est Grand d’Espagne ! C’est peu dire que la qualité de seigneur de Saint-André-Goule-d’Oie était sans intérêt pour un prince et un Grand d’Espagne.

Le prince de Robec vendit la seigneurie en 1770 à Jacques Grégoire Boutillier (1717-1789), sieur du Coin (Coin des Pierres Blanches à Saint-Martin-de-Beaupréau dans le Maine-et-Loire), bourgeois habitant Mortagne-sur-Sèvre (40). Dans une transaction de 1776 chez le notaire de Saint-Fulgent, il se présente comme « seigneur de la Boutarlière, fiefs de Saint-André et autres lieux » (41). Mais dans la suite du texte on repère quelques exagérations.

Dans cette transaction il règle un différend avec François Chevreux, prieur-curé de Saint-André. Ils étaient en procès au présidial de Poitiers pour des domaines dans le bourg dépendant du prieuré. Ceux-ci étaient « tenus noblement à foi et hommage plain et à rachat par mutation dudit sieur prieur, et à 5 sols de cens et devoir noble rendable par chacun an audit lieu de la Boutarlière, jour et fête de Saint-Jean-Baptiste, comme étant ledit seigneur de la Boutarlière fondateur et patron de l’église dudit lieu de Saint-André ». Sans reprendre l’analyse de l’extrait on appréciera qu’avec le temps on prenait ses aises avec la réalité historique du côté de la Boutarlière. Mais le prieur Chevreux
La Boutarlière
accepta ce contenu, faisant préciser que le prieuré relevait du seigneur du fief de Saint-André-Goule-d’Oie. On mélangea donc le vrai et le faux dans cette transaction, dispensant pour cette fois le prieur de faire sa foi et hommage, et lui donnant 3 mois pour rendre son aveu et dénombrement. Dans le même délai le prieur s’engagea à payer le rachat, dû à cause de son entrée en possession et jouissance du prieuré (en 1760), lequel fut convenu à la somme de 120 livres. C’était l’époque des bénéfices ecclésiastiques, où le clergé était rémunéré par les revenus d’un patrimoine affecté temporairement à ses membres. S’agissant d’un bien d’Eglise inaliénable, l’enjeu de la querelle n’avait pas une grande portée financière. On la croit davantage motivée par une question d’honneur : le patron fondateur avait le droit de se faire encenser et bénir pendant les cérémonies religieuses, par exemple.

Les autres propriétaires dans le bourg rendaient une déclaration roturière à la Boutarlière à cause de son fief de Saint-André. On le constate lors de l’achat en 1788 d’une pièce de jardin, où l’acquéreur doit un denier de cens payable annuellement à noël, au receveur de la Boutarlière (42). 

Du côté du suzerain du fief de Saint-André, c’est-à-dire de Linières, nous sommes peu informés. Le fils d’Anne Legras, Claude, se maria en 1677 avec Françoise Charbonneau. Il mourut peu de temps après, sans postérité. Et à nouveau le domaine de Linières se trouva saisi. C’est ainsi que le « commissaire receveur général aux criées des deniers et des saisies réelles à Poitiers », donna procuration au sieur du Coudray, Pierre Moreau, d’offrir la foi et hommage à Languiller. Ce dernier le fit le 16 mars 1686 à Philippe Chitton, le nouveau seigneur de Languiller depuis 1671, « pour raison de la moitié de l’étang de Linière, alias Drollinière, moulin à vent et à eau en dépendant à cause du fief du Coin Foucaud…  » (43). C’est seulement le chef d’hommage qui est ici mentionné. Et dans l’aveu qui a suivi, que nous ne connaissons pas, le seigneur de Linières a dû détailler l’objet de cet hommage, décrivant le fief de Saint-André et ses redevances perçues par lui.

Les moulins et la métairie du bourg de Saint-André


En 1796, quand la châtelaine de Linières racheta le domaine comme bien national, on lit dans l’acte qu’il existe à Linières une « vieille tonnelle de moulin avec la cour y joignant d’une boisselée trois quart ». C’est la ruine du moulin à vent, et le moulin à eau n’est même pas évoqué. Nous ne savons  pas depuis combien de temps ces moulins avaient cessé leur activité. Peut-être peu après 1646. On sait que l’étang s’est envasé au 18e siècle et qu’il avait laissé la place à des broussailles dans le cadastre de 1838. Il a été recreusé comme nous le connaissons maintenant vers 1872. L’emplacement du moulin à vent est indiqué dans le cadastre napoléonien de Saint-André-Goule-d’Oie en 1838, section E 2, près du village de la Forêt (parcelle no 198). Il était alors toujours en ruine, sans les maisons qui s’y trouvaient auparavant avec leurs voies d’accès et cours attenantes.

La métairie du bourg de Saint-André fut acquise par les Chitton de Languiller dans la première moitié du 18e siècle. Elle fit partie de l’héritage de Marie Bénigne Chitton, fille de Charles Auguste Chitton et d’Elizabeth de Châteauneuf, qui épousa Charles Seghin de Brilhac de Nouzières, puis se remaria avec Louis Auguste Pascault de Villars de Pauléon. Leur fille, Marie Geneviève, épousa en 1770 Charles Antoine Brilhac de la Laurencie. Elle conserva la métairie jusqu’en 1791 (44).

Entre le bourg de Saint-André et Linières
En 1778 celle-ci était affermée par Jean Bordron fils (1748-1813), maréchal-serrurier dans le bourg, le futur premier maire de la commune. Lui-même la sous-affermait à Pierre Guesdon, laboureur, et ceux de sa communauté. Le 2 janvier 1778 il régularisa par écrit devant notaire le bail déjà bien commencé depuis la Saint-Georges 1775, pour 5 ans (45). La ferme était à partage de fruits par moitié entre le bailleur et les preneurs, concernant les récoltes, les fruits de hautes branches, les semences, les cens, rentes, impôts, et la fourniture des bestiaux avec leurs profits et leurs pertes éventuelles. Le revenu annuel de la ferme est estimé chez le notaire à 170 livres, ce qui fait une métairie de petite taille, si le chiffre est sincère. Les bâtiments de la ferme se trouvaient à côté de l’église actuelle donnant sur un chemin appelé aujourd’hui rue de la Madone, selon le cadastre de 1838 (parcelle no 162). On peut les voir sur le cadastre napoléonien accessible sur le site internet des Archives de la Vendée dans la section D 6 du bourg, et tableaux indicatifs, vues 122 à 128.

Le 25 avril 1791 on trouve deux étranges fermiers à moitié entre eux, de la métairie du bourg : le prieur de Saint-André et le métayer de Linières. Ces derniers signèrent ensemble un bail de 9 ans devant commencer le 23 avril 1792, moyennant le paiement de 800 livres par an pour les deux métairies du bourg de Saint-André et des Boulligneaux (Saint-Martin-des-Noyers). Ces deux fermiers devaient ensuite sous-affermer à des laboureurs. Dans ce bail, le bailleur est Charles Antoine de la Laurencie, l’époux de Marie Geneviève Brilhac de Nouzières, représenté par Charles Augustin de Lespinay, propriétaire de Linières (46). Les preneurs paraissent comme des prête-noms, à cause des discussions en cours pour l’achat des deux métairies par Charles Augustin de Lespinay. L’achat se fit le 10 juin suivant (47). L’émigration de Charles Antoine de la Laurencie au mois de septembre suivant pourrait expliquer ces deux actes successifs. Pour la métairie, c’était un retour au domaine de Linières renouant avec son origine au Moyen Âge. 

Elle faisait partie de ce domaine quand celui-ci fut racheté en 1796 comme bien national par Mme de Lespinay. Le métayer s’appelait alors Pierre Texier (quelle coïncidence de noms avec 1453 !), et les bâtiments dans le bourg avaient été incendiés lors de la guerre de Vendée (48). En 1804, la métairie était affermée pour 3 ans à Jean et Jacques Herbreteau, venant de la Bergeonnière. Dans la description du bien loué les dégâts ont disparu : « maison, grange, toit, toiteries, ruages (abords immédiats des bâtiments), jardin, prés, pâtis, terres labourables et non labourables ». Le propriétaire est alors le deuxième mari de Mme de Lespinay, Joseph Guyet, qui avait donné pouvoir à son régisseur sur place de gérer le domaine, son cousin Jean Guyet (49). Désormais la ferme est à prix d’argent, 380 F par an. De façon peu fréquente, le père des deux preneurs, demeurant dans le bourg de Saint-André, s’est porté caution pour ses enfants. Dans cette ferme les métayers devaient fournir les bestiaux garnissant les lieux, ce qui n’était pas à la portée de tous les laboureurs, particulièrement après les ruines de la guerre de Vendée. Ils se sont transportés pour signer le bail à l’Oie « en la demeure du citoyen Pignard », Jean Guyet demeurant alors dans le bourg de Saint-Fulgent. Les notaires choisis étaient de Sainte-Cécile, dont l’un parent du régisseur. Il n’y avait pas encore de notaires à Saint-Fulgent après leurs disparitions au début de la guerre de Vendée.

Pré de la métairie du 
bourg de Saint-André
En 1824 on a un autre bail, où le métayer sortant s’appelle Jean Fonteneau et le nouveau François Landrieau, avec ses parents Pierre Landrieau et Agathe Chapleau, cultivateurs demeurant au village de Villeneuve commune de Chauché. Le bail est de 5 ans (1825-1830), pour le prix annuel de 600 F. L’importance de l’augmentation est inhabituelle à cette période dans les métairies de Joseph Guyet. Les prix de ferme n’étaient pas indexés dans le cours du bail, car on était entré dans une longue période de stabilité financière depuis 1800. A partir des années 1820, les prix des fermes de l’amenage de Linières ont augmenté de 1,2% et 1,8 % après cinq ans, jusqu’à 5% à 6% après 10 années du même prix. Apparemment c’est donc le prix de 1804 qui était sous-évalué, et celui de 1825 résulte d’une mise à niveau. Là encore on voit une séquelle de la guerre civile. Contrairement au bail de 1804, le propriétaire prélève désormais des menus suffrages : 6 kg de beurre de bonne qualité au mois de mai ou à son choix la somme de six francs, 2 kg de fil de lin ou à son choix douze francs, et la moitié du produit des ruches en cire et en miel. La contenance de la métairie comporte des réserves : « il est observé 1° que le pré dit de la Queue de l’Etang Quesnard est réservé au bailleur 2° que le fermier aura la jouissance de deux champs de la Croix du Pin qui ont été retirés de la ferme des Noues 3° Il jouira en plus du pré de la Bergeonnière qui dépend actuellement de la métairie de la Porte à Linières, exploitée par Pierre Charpentier et consorts, à l’exception du petit bois taillis qui joint le dit pré dont le propriétaire se réserve la jouissance » (50).

Le bail sera renouvelé en 1828 avec les mêmes métayers pour la période 1830-1835, et pour le prix de 612 F (51). Il a été signé le 30 septembre 1828 au château de Linières par Landrieau le jeune, avec procuration de ses parents. Mais le régisseur était absent, il mourra le 31 octobre suivant. Le bailleur, demeurant à Paris, n’est pas venu signer tout de suite, et il est mort le 30 mai 1830. C’est son fils et unique héritier, Marcellin Guyet-Desfontaines, qui le signera dans le bourg de Saint-Fulgent le 5 septembre 1830. Dans le corps du bail on relève que « M. Guyet se réserve comme par le passé le petit bois taillis qui existe dans le pré dit de la Bergeonnière. Dans le cas où il conviendrait de le faire arracher, le fermier aurait la jouissance des récoltes à la condition qu’il mettrait le terrain en nature de pré deux ans au moins avant l’expiration du bail ». On était en période de reprise des défrichements sous l’impulsion de Joseph Guyet. Il voulait aussi avoir de belles haies, et comme dans le précédent bail il ajoute cette clause : « les fermiers s’obligent à planter, soigner et entretenir par chaque année du présent bail la quantité de dix pieds d’arbres ». Et il créa de nouvelles haies comme dans l’exemple ci-dessus : « les preneurs s’obligent de faire faire, dès cette année, à leurs frais, sans répétition contre M. Guyet, un fossé pour mettre en deux parties égales le champ du Martinet dont ils jouissent. Ce fossé aura trois pieds d’ouverture et trois pieds de profondeur …….. sera fermé à sept pieds de haut, et il sera garni et couvert … de gazon, comme aussi il sera fourni dans toute sa longueur de plants d’aubépines en suffisante quantité. Il sera planté aussi en jet des arbres de bonne semence à 10 pieds de distance. Les fermiers feront à saison convenable greffe à bons fruits des rejets ainsi plantés ; ils cultiveront, bêcheront, soigneront tant le fossé que le plan d’un lopin avec leurs arbres de manière à laisser le tout en bon état à l’expiration du bail ». Dans la déclaration de la succession de Joseph Guyet au bureau de Montaigu, on lit que la métairie du bourg comptait 31 hectares en 1830, s’étendant sur Saint-André et aussi sur Chauché. Dans les années 1890, au temps de Gaston de Marcillly, avant-dernier propriétaire du domaine de Linières, elle fut vendue à un nommé Maixent Girard.

Métairie, prieuré-cure et logis du bourg de Saint-André, un effacement progressif jusqu'à nos jours



Rue de la Madonne à 
Saint-André-Goule-d’Oie
La métairie disparaitra au 20e siècle. Son logement et ses bâtiments d’exploitation furent remplacés par des maisons et des jardins, dont aujourd’hui celle de feue Honorine Sorin et celle de Marcel Gilbert. Ses terres ont été achetées pour certaines par Eugène Grolleau du Coudray. Déjà son propriétaire de Linières avait distrait du terrain pour construire l’école des garçons, le donnant à la commune (valeur 3 000 F) en 1873 (52). Il jouxtait vers l’est le logis des de Tinguy. Il est vrai qu’il avait été élu maire en 1870, et, quoique parisien et mondain dans l’âme, il s’était pris au jeu dans ses nouvelles fonctions. Il s’agit de Marcel de Brayer, un poète tombé amoureux de la campagne autour de Linières, mort prématurément à l’âge de 33 ans, la construction de son nouveau château de Linières tout juste achevée.

L’église actuelle, construite en 1875/1876 et bénite en 1877 (53), a remplacé une antique église plus petite, située au même endroit quand on regarde le cadastre de la commune en 1838. Les anciens bâtiments du prieuré-cure, le jardin et ses dépendances, devenus propriété de la commune par la loi de 1905, se trouvaient à droite de l’entrée principale de l’église actuelle, sur le terrain occupé maintenant par une place publique (square Marie Charrieau). Derrière, vers l’est, était l’ancienne mairie, construite et aménagée dans les dépendances de l’ancien prieuré, après échange avec Eugène Grolleau. Des ruines de cette vieille cure, où le dernier habitant était le sacristain Joseph Remaud, furent démolies en avril 1949 (54). Les pierres ont servi à l’empierrement d’une rue dans le village du Coudray (55). L’ancien cimetière, « près le chœur de l’église » quand on y enterrait les Droullin seigneurs de la Drollinière, devait aussi jouxter cet espace, probablement vers le nord. Sur le cadastre napoléonien de 1838 le nouveau cimetière était déjà aménagé à l’extérieur du bourg le long du chemin conduisant à la Machicolière.

                                          
                              Square Marie Charrieau
Ancienne mairie

On a une description du presbytère au moment de sa vente comme bien national en 1796 : « la maison ci-devant curiale de la commune de André-Goule-d’Oie consiste dans une cuisine, une chambre, un four, un salon, une chambre au-dessus et une cabine à côté, un cellier et une chambre par-dessus, une cour, deux petites écuries, une poulaillerie et un toit, un jardin, une grange-grenier par-dessus, ensemble (en plus) la ci-devant église dudit lieu, sacristie et ballet (auvent) en dépendant, le tout se joignant, contenant le total environ 2 boisselées de terre (2 430 m2), y compris quelques bâtiments et servitudes qui ont été incendiés. Plus une ouche contenant environ une boisselée appelée les Trois Carrières tenant au chemin qui conduit à Florence » (56). Voir notre article publié sur ce site en mars 2017 : La vente des biens du clergé à Saint-André-Goule-d'Oie. Cette description du presbytère en 1796 correspond à peu près au constat fait lors d’un inventaire après-décès du curé de Saint-André en 1666. Les incendies des « bleus » ont touché les bâtiments de la métairie et une partie du prieuré, aussi le logis de Vaugiraud et une maison d’André Bordron dans le bourg. On a une liste de 53 maisons incendiées dans la commune, incomplète, dressée par le maire en 1810, mais seulement avec le nom de leurs propriétaires et sans indication du lieu, ce qui rend notre inventaire des incendies dans le bourg peut-être insuffisant (57).  

La première école des garçons a été bénite en 1853 par l’évêque, mais très probablement existant depuis plusieurs années. C’était une classe aménagée dans les bâtiments du vieux prieuré. La première école des filles a été construite et ouverte en 1849, tenue dès l’origine par les sœurs de Mormaison. Elle se trouvait au milieu des maisons du bourg proches de la route des Essarts et de la route de Chauché. Vers 1902 elle déménagea dans une construction neuve, rue Amaury-Duval.  

Le presbytère a été transféré dans le logis du bourg en 1898 (58). Celui-ci a été acheté l’année d’avant par le curé Charles Veron, au propriétaire de Linières, lequel l’avait acquis de la famille de Tinguy dans les années 1880/1890. Cette possession par un particulier a permis d’éviter sa nationalisation au moment de la loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat, qui a confisqué les biens des fabriques. Le curé le revendit à un particulier qui le conserva jusqu’en 1954, date où il en fit l’apport à une association diocésaine de gestion immobilière des biens d’Eglise. Les bâtiments de l’ancien prieuré adossé à l’église sont devenus propriété de la commune par la loi de 1905, toujours inhabités et en ruines en 1931. Le  logis  du bourg, devenu nouveau presbytère, était un bâtiment à deux étages recouvert de tuiles, comprenant au moins 4 à 5 pièces au rez de chaussée et un grenier au-dessus. Il avait un jardin au-devant, enclos de murs, et longeant au nord le chemin de Saint-Fulgent aux Essarts, devant l’église. Le jardin est devenu la place des Tilleuls dans les années 1970, et le logis-presbytère a été vendu en 1988 à la commune par l’association diocésaine propriétaire. En 1576 ce jardin, qui existait déjà, était en indivision entre plusieurs propriétaires, comme il était d’usage souvent entre les habitants des villages et des bourgs. C’est ce qu’on constate par un achat effectué cette année-là, dans un acte où on relève ce bout de phrase : « les choses étant au fief de Saint-André … au pied duquel est la quittance de Jean Gazeau seigneur de la Boutarlière » (59). La quittance était celle du paiement des lods et ventes (droit de mutation).

A côté de l’ancien logis 
du bourg de Saint-André
Léon de Tinguy du Pouët, qui fut maire de la commune brièvement en 1829 et 1830, habita au logis du bourg. Il l’avait acquis des héritiers de Jean Aimé de Vaugiraud dont ce fut la demeure un peu avant la Révolution, jusqu’à sa mort en 1814. Celui-ci l’avait hérité de son père dans les années 1770, puisqu’en 1776, le partage de la succession était déjà fait (60). Nous avons des indices forts pour penser que ce logis était celui des Moreau déjà à la fin du 17e siècle (61). En 1726 il était estimé à une somme importante de 4000 livres, comprenant avec le jardin, une prairie au derrière et une autre maison et jardin dans le bourg (62). Voir les articles publiés sur ce site en avril 2012 : M. de Vaugiraud à Saint-André-Goule-d'Oie M. de Vaugiraud à Saint-André-Goule-d’Oie, et en juin 2014 : Les Moreau de Saint-André-Goule-d’Oie du 16e au 18e siècles. Le logis date au moins des années 1650, et le Pierre Moreau qui offrit la foi et hommage de Linières à Languiller le 16 mars 1686 (voir ci-dessus), devait y habiter.

On a une information intéressante sur une maison en 1776, située à la place de l’ancien café Fonteny, c’est-à-dire à l’angle de la route de Saint-Fulgent aux Essarts et de l’allée des Tilleuls. Elle était en ruine et composée autrefois de 3 pièces au rez de chaussée et d’une à l’étage, avec un petit jardin y joignant. En face de l’église on imagine le tableau de désolation offert à la vue ! Elle fut vendue par son propriétaire, un frère de Jean Aimé de Vaugiraud, Auguste, qui habitait ordinairement dans le bourg des Essart, à Charles Trotin, cabaretier dans le bourg de Saint-André. La vente s’est faite sous forme d’un arrentement, consistant pour l’acquéreur à payer une rente annuelle et perpétuelle de 18 livres par an. Il prit l’obligation de « rétablir en maison la masure en tout ou partie, afin que le fonds sujet à la rente puisse toujours en répondre ». Le notaire rappelle l’obligation de faire les « certes et obéissances » au seigneur de la Boutarlière, dont relève roturièrement le domaine. La valeur de 18 livres valorise le bien fonds acheté à 360 livres, ce qui fait un bien entretenu de la valeur d’au moins le double (environ 800 livres), bien situé et spacieux pour l’époque (63).

Probablement la maison avait-elle fait partie des achats des ancêtres Moreau des de Vaugiraud. En effet, Jacques et René Moreau avaient effectué 5 achats dans la seule année 1631 dans le bourg de Saint-André (64), comme ils en firent beaucoup d’autres aussi en 1631 aux villages des Gâts et de Villeneuve, toujours concernant de petites surfaces ou masures. Beaucoup de petits propriétaires ont certainement été obligés de vendre cette année-là leurs  modestes biens pour survivre. On sait que les moissons ratées de 1630/1631 pour cause d’humidité excessive, ont causé une famine et aggravé une épidémie de peste, expliquant « l’extraordinaire poussée de la mort au printemps 1631 à Nantes et dans les zones limitrophes du Poitou » (65). Le vicaire de Mouchamps avait baptisé le 26 juillet 1629 Honoré Frappier dans la chapelle de la commanderie de Launay à Sainte-Cécile, pour cause de maladie contagieuse sévissant dans le bourg de Sainte-Cécile (66). Avec la  veuve de son frère René, Jacques Moreau fit deux autres petits achats dans le bourg en 1644 (67). Et ensemble ils achetèrent en 1640 et 1643 des biens dans le bourg à Samuel et Pierre Proust, à chaque fois pour 400 livres (68). Les sommes sont importantes, mais on n’en sait pas davantage puisque ce sont des relevés d’inventaires de papiers de la famille que nous lisons, et non pas les documents eux-mêmes. Mais on se demande si ces deux achats ne sont pas à l’origine de l’ancien logis du bourg.

Conclusions


L’histoire connue des sept siècles du bourg de Saint-André-Goule-d’Oie est marquée par l’inconnue de son origine, comme les autres villages de la commune, mais elle y est moins forte cependant. On peut approcher sa nature particulière de bourg franc et son régime seigneurial presque d’origine.   
           
C’est un des avantages des procès féodaux que de chercher des preuves dans le passé pour légitimer le présent. Celui ayant opposé les seigneurs de Linières et de la Boutarlière autour de 1646 nous donne la chance de remonter ainsi jusqu’à 1342 dans l'histoire du bourg. Cette querelle entre seigneurs n’est pas un phénomène réservé au bourg à Saint-André. Les villages de la Boutinière, Chevaleraye et Javelière l’ont connu aussi entre les seigneurs de Languiller et de Saint-Fulgent pendant près de deux siècles, de 1595 à 1770, et avec l’intervention du baron des Essarts. Le Coin et le Pin n’ont pas été épargnés non plus, et d’autres querelles ont impliqués des bourgeois comme à la Bergeonnière et à la Porcelière. La même motivation revient toujours, inhérente à la propriété féodale des terres nobles, pour l’honneur ou (et) pour l’argent. Les sources d’informations disponibles, le chartrier de la seigneurie de la Rabatelière principalement, nous offrent malheureusement trop peu d’informations sur la masse de la population appartenant au tiers-état. C’est important de le rappeler quand il faut souligner que ce monde féodal s’est effondré d’un coup avec la Révolution de 1789.

La métairie du bourg, née comme d’autres (la Roche Mauvin) dans la fin du Moyen Âge, a traversé les siècles dans l’immuabilité des techniques agricoles du bocage vendéen. Elle a bénéficié de l’attention de ses propriétaires de Linières au cours du 19e siècle, et certainement a dû profiter comme les autres métairies de la révolution des techniques agricoles au milieu de ce siècle avec l’arrivée de la chaux comme engrais et de l’acier dans de nouveaux outils. Puis elle s’est effacée au 20e siècle, n’ayant plus alors sa place dans l’urbanisme moderne d’un bourg.

Eglise de Saint-André-Goule-d’Oie
Reste l’église paroissiale et son prieuré-cure, le cœur du bourg, en faisant sa caractéristique essentielle et distinctive tout au long de son histoire. Notamment la communauté des habitants de Saint-André-Goule-d’Oie a défendu la religion lors de la Révolution Française pour se défendre elle-même. On a vu alors que cette communauté était celle de tous les villages autour de son clocher, depuis celui de la Brossière, le plus ouvert à toutes les communications vers le dehors, au plus caché d’entre eux, la Maigrière, les deux servant de refuges à des prêtres réfractaires au serment.

Maintenant la paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie est devenue un relais de la nouvelle paroisse de Saint-Jean-Les-Paillers en 1997. La commune de Saint-André-Goule-d’Oie avec ses voisines, est désormais enserrée en partie entre deux nouvelles communes nées de regroupements : Montaigu-Vendée (20 000 habitants), et Les Essart-en-Bocage (8 500 habitants). Avec des communications routières rapides et internet, les villages et le bourg de Saint-André deviennent résidentiels dans une région créatrice d’activités économiques, voyant sa population accueillir de nouveaux habitants depuis peu. Cette adaptation voulue ouvre un nouveau chapitre de son histoire, y compris dans la définition des territoires. Puisque tout change, tout bouge, nous apprennent les pages que l’on vient de tourner.




(1) Eugène Aillery, Pouillé de l’évêché de Luçon (1860) page 86, (d’après le pouillé de l’évêché de Poitiers).
(2) Gaston Roupnel, Histoire de la campagne française, Tallandier, 2017, page 107.
(3) Positions contradictoires sur la dépendance de Saint-André-Goule-d’Oie à Linières et factum de M. du Plessis Clain contre M. de La Brandasnière dans un mémoire de 1646, Archives de la Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/C 17. Texte et images en ligne sur le site des Archives départementales de la Vendée (rubriques à ouvrir : Découvrir et Pages d’histoire)
(4) Quelques prix pratiqués dans la seigneurie de Palluau en 1371, Archives de la Vendée, annuaire de la société d’émulation, 1867, vue 116.
(5) Aveu de Languiller pour le Coin Foucaud à la baronnie des Essarts du 2-7-1605 copiant un aveu de 1550, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/G 61.
(6) Louis Brochet, la Vendée à travers les âges (1902) : histoiredevendee.com
(7) Positions contradictoires en 1646 ... op. cité (3).
(8) Aveu des Essarts à Thouars du 13-6-1639, Archives nationales, chartrier de Thouars : 1 AP/1136.
(9) Inventaire du 30-10-1787 des titres et papiers du prieuré et de la fabrique de Saint-André-Goule-d’Oie par Pierre Baudry, page 4, Archives de Vendée, commune de Saint-André-Goule-d’Oie : 139 G 3 et 4. La date de 1677 indiquée dans cet inventaire est erronée, Pierre Baudry ayant été curé de Saint-André jusqu’en 1639.
(10) Abbé Auber, Saint-Martin-de-Vertou, Société des Antiquaires de l’Ouest (1868), page 48 et s.
(11) Aveu du 16-4-1597 des Essarts à Thouars, Archives nationales, chartrier de Thouars : 1 AP/1135.
(12) Positions contradictoires en 1646 ... op. cité (3).
(13) Positions contradictoires en 1646 ... op. cité (3), et autre référence : Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 29-2, la Boutarlière.
(14) Partage du 22-10-1774 de 7,5 boisselées à la Gandouinière, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/121.
(15) Reconnaissance du 6-1-1766 d’une rente à la Gandouinière au seigneur de Saint-Fulgent, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/119.
(16) Cf. aveu des Essarts à Thouars, 1597, idem (11).
(17) Positions contradictoires en 1646 ... op. cité (3).
(18) déclaration roturière du 15-4-1779 de 9 teneurs du Bois Thibaud, Archives de la Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Bellet : 3 E 30/126.
(19) Archives de la Vendée, domaines nationaux : 1 Q 342, no 117, partage Montaudouin et République du 3 pluviôse an 5 (22-1-1797).
(20) Guy de Raignac, De châteaux en logis, itinéraires des familles de la Vendée, E. Bonnefonds (1990) T 2 page 112 : la Boutarlière.
(21) Archives de Vendée, G. de Raignac, Quelques familles anciennes du Bas-Poitou depuis longtemps éteintes, 2e série, (famille de La Muce) : 8  J 2, page 161.
(22) Aveu du prieuré de Saint-André à la Boutarlière, Archives de Vendée, commune de Saint-André-Goule-d’Oie : 139 G 3 et 4, inventaire du 30-10-1787 des titres et papiers du prieuré et de la fabrique de Saint-André-Goule-d’Oie.
(23) Fonds Boisson : 7 Z 29-2.
(24) Positions contradictoires en 1646 ... op. cité (3).
(25) Cf. inventaire des titres du prieuré, 1787, idem (9)
(26) Inventaire après-décès en 1666 du mobilier, vaisselle, linge et papiers de Pierre Moreau, Archives de Vendée, chartrier de Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29, page 153.
(27) Fonds Boisson : 7 Z 29-2.
(28) Notes sur la famille Gazeau, fonds Boisson : 7 Z 18-2.
(29) Positions contradictoires en 1646 ... op. cité (3).
(30) Comptes de la ferme des Essarts arrêtés au 17 mai 1572, Archives de Vendée, baronnie des Essarts-Brosse et Luxembourg (1435-1642) : 19 J 1.
(31) Fonds Boisson : 7 Z 29-2.
(32) Fonds Boisson : 7 Z 63.
(33) Procuration du 15-7-1626 d’Anne Legras pour l’assise de Languiller, chartrier de la Rabatelière : 150 J/C 17.
(34) État du Poitou sous Louis XIV. Rapport au roi et mémoire sur le clergé, la noblesse, la justice et les finances par Charles Colbert de Croissy, Catalogue alphabétique des nobles dressé par Jacques Honoré Barentin … annotés et publiés par Charles Dugast-Matifeux, Fontenay, 1865, page 445 et 507 [https://books.google.fr]
(35) Aveu du Coin Foucaud et du Vignault du 2-7-1605 par Languiller aux Essarts, deuxième copie : 150 J/G 61, reprenant le texte d’un aveu de 1550.
(36) Positions contradictoires en 1646 ... op. cité (3).
(37) Positions contradictoires en 1646 ... op. cité (3).
(38) Déclaration roturière du 9-4-1653 de René Gazeau à Languiller pour des terres proches de la Boutarlière : 150 J/C 9.
(39) Lettre du 12-12-1646 de Fournier au sieur de l’Auberdière sur les conflits entre Linières et la Boutarlière : 150 J/C 17.
(40) Xavier Aimé, La Boutarlière ou le passé retrouvé, édité par l’auteur. Archives de la Vendée : BIB MEM 455.
(41) Transaction du 8-5-1776 sur l’hommage du prieuré de Saint-André à la Boutarlière, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/121.
(42) Achat d’un canton de jardin du 7-6-1788 dans le bourg de Saint-André par André Bordron, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/12.
(43) Foi et hommage du 16-3-1686 de Linières à Languiller pour les moulins et la moitié de l’étang : 150 J/C 17.
(44) Achat des métairies des Bouligneaux et du bourg de Saint-André le 10-6-1791 de C.A. de Lespinay à La Laurencie, notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/13.
(45) Ferme du 2-1-1778, de la métairie du bourg de Saint-André par Bordron, Archives de la Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/123.
(46) Ferme du 25 avril 1791 des métairies du bourg de Saint-André et des Boulligneaux à Allain (prieur) et Jean Herbreteau (Linières) par moitié entre eux, par Charles Antoine de la Laurencie, Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 73-1, généralités sur Saint-André-Goule-d’Oie.
(47) Achat des Boulligneaux et de la métairie du bourg de Saint-André par Charles de Lespinay le 10 juin 1791, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Frappier: 3 E 30/13.
(48) Archives de Vendée, vente des biens nationaux, dossier de l’achat de Linières : 1 Q 240 no 317.
(49) Bail de la métairie du Bourg du 15-2-1804 de J. Guyet à Herbreteau, Archives de la Vendée, notaires de Saint-Fulgent, papiers Guyet : 3 E 30/138.
(50) Bail de la métairie du Bourg du 15-5-1824 de J. Guyet à Landrieau, Archives de la Vendée, notaires de Saint-Fulgent, papiers Guyet : 3 E 30/138.
(51) Bail de la métairie du Bourg du 30-9-1828 de J. Guyet à Landrieau, Archives de la Vendée, notaires de Saint-Fulgent, papiers Guyet : 3 E 30/138.
(52) Délibération du conseil municipal de Saint-André-Goule-d’Oie du 27-7-1873, Archives de la Vendée, délibérations municipales, registre numérisé accessible par internet : vue 35.
(53) Chronique paroissiale p 280 abbé Aillery T1 1892, bénédiction de l’église de Saint-André-Goule-d’Oie le 19-8-1877.
(54) Fonds Boisson : 7 Z 73-1
(55) Témoignage de Marcel Soulard, qui participa au charroie des pierres.
(56) Estimation le 24-7-1796 du presbytère et de l’église de Saint-André-Goule-d’Oie, Archives de la Vendée, ventes des biens nationaux : 1 Q 218 no 190.
(57) Archives de la Vendée, destructions immobilières pendant la guerre de Vendée : 1 M 392, commune de Saint-André-Goule-d'Oie.
(58) Vente du 1-3-1988 du presbytère à la commune de Saint-André-Goule-d’Oie, Archives de la paroisse de Saint-Jean-les-Paillers, relais de Saint-André-Goule-d’Oie : carton no 38, chemise transfert de villages.
(59) Inventaire après-décès en 1666 des papiers Moreau : 22 J 29, page 153.
Inventaire des papiers de Moreau : 22 J 29, page 137.
(60) Arrentement du 7-5-1776 d’une maison dans le bourg de Saint-André par de Vaugiraud, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/121.
(61) idem.
(62) Sentence d’ordre du 9-9-1727 des syndics des créanciers de Moreau et Menard (copie du 9-3-1754), Archives de Vendée, chartrier de Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29.
(63) Cf. arrentement de 1776, 3 E 30/121
(64) Inventaire des papiers de Moreau : 22 J 29, page 119 et 120.
(65) E. Le Roy Ladurie, Histoire humaine et comparée du climat, Fayard, tome 1, 2044, page 346 et s. Aussi M. Perraudeau, Deux sorcières en Bas-Poitou, Geste Editions, 2016, page 98.
(66) famillesdevendée.fr, famille Frappier.
(67) Inventaire des papiers de Moreau : 22 J 29, pages 120 et 122.
(68) Inventaire des papiers de Moreau : 22 J 29, page 136.

Emmanuel François, tous droits réservés
Octobre 2018

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