vendredi 1 juin 2018

La Baritaudière à Saint-André-Goule-d’Oie

La Baritaudière
Sur la route qui conduit du bourg de Saint-André-Goule-d’Oie à Chavagnes-en-Paillers, deux kilomètres après le village de la Boninière, on traverse le village de la Jaumarière. Quelques centaines de mètres plus loin, toujours en direction de Chavagnes, une voie sur le côté droit conduit rapidement au village de la Baritaudière. Ses quelques maisons anciennes encadrent un virage de la route qui descend vers la Maigrière. Une prairie seulement sépare les deux villages, unis dans leur proximité avec le ruisseau du Vendrenneau proche. Mais chacun garde sa personnalité, avec son propre calvaire. Et dans les temps très anciens, ils relevaient d’un seigneur différent. Le seigneur des Bouchauds, résidant à proximité du château des Essarts, possédait les droits sur le village et tènement de la Maigrière. Quant au village et tènement de la Baritaudière, il relevait du seigneur voisin du Coin Foucaud, dont le château s’élevait un kilomètre plus loin vers « Chavagnes les Montaigu », comme on disait alors.

Les seigneurs et leurs redevances aux 16e et 17e siècles


Dans l’aveu du Coin Foucaud en 1550, les teneurs de la Baritaudière payent un droit de terrage sur les récoltes d’un sixième de leurs valeurs. S’y ajoute une dîme d’un douzième sur les agneaux, veaux et pourceaux, laine et lenfaits (lin). Le cens et devoir noble à payer est de sept sols huit deniers et un boisseau de seigle. Ce montant en argent tient compte de l’incorporation de la valeur des anciennes corvées féodales, qui avaient été supprimées (1).

De plus, le seigneur de la Boutarlière prélevait en 1517 sur les teneurs de la Baritaudière, chaque année à l’occasion des moissons de l’avoine et du seigle, un droit de métivage, se montant à un boisseau. Il disparait ensuite dans la documentation consultée. Comme l’autre droit, dit « hommage », prélevé à la fête de la nativité de Notre-Dame, se montant à 4 sols. Ce dernier droit se partageait par moitié entre la seigneurie des Bouchauds et celle de la Boutarlière.

En 1565 le propriétaire de la seigneurie de Languiller et du Coin Foucaud s’appelait Jules de Belleville. Nous avons raconté son histoire dans l’article publié sur ce site en novembre 2015 : Les seigneurs de Saint-Fulgent contre les seigneurs de Languiller (1595-1649). Le 7 décembre 1554 Jules de Belleville a cédé à Jean de Ligny, seigneur du Boireau (Chauché), ses droits seigneuriaux sur la Baritaudière et la Jaumarière, moyennant une rente annuelle de 30 livres payée par Jean de Ligny à noël. Puis il annula cette vente en exerçant son droit de retrait féodal. Ce droit avait fait l’objet d’une clause spéciale pour 10 années, puis renouvelée. Et il l’exerça par accord du 2 octobre 1565 (3). Ainsi Jules de Belleville reprit ses droits seigneuriaux sur la Baritaudière, et annula la rente annuelle de 30 livres qui lui était due. Et il céda à Jean de Ligny sept pièces de terre situées près de la Brosse Veilleteau, de la Bouguinière et du Plessis Allaire (Essarts).

Ruines du château des Essarts
Puis il vendit à nouveau ses droits seigneuriaux sur la Baritaudière à Louis Masson, sénéchal des Essarts, comme il le fit de ses droits sur le Pin et la Jaumarière. Dès lors, les trois tènements de la Baritaudière de la Jaumarière et du Pin eurent les mêmes seigneurs pendant quelques dizaines d’années. Sébastien Masson, fils de Louis probablement, sieur des Fouzillières (Grand Village aux Essarts) et Jaumarière, est qualifié dans plusieurs actes d’écuyer. Lui aussi fut sénéchal des Essarts, et licencié ès lois. C’est lui qui créa une rente annuelle et perpétuelle au profit de la chapelle du château des Essarts, d’un montant significatif de 121 livres. Il avait épousé Françoise Marois (4). Il eut pour fille Renée qui sera la première femme de Pierre de Vaugiraud seigneur de Logerie. Ces derniers héritèrent de biens à la Jaumarière. Il eut aussi Jean. A partir de là l’histoire de la Baritaudière et de la Jaumarière divergent.

Jean Masson, fils de Sébastien, écuyer seigneur de la Bonnezière, avait épousé Renée des Nouhes, qui devint veuve en 1642. Ils eurent deux filles : Catherine et Elizabeth. Catherine, dame de la Baritaudière, épousa Jacques Audouard, écuyer seigneur de Metz (près de Niort). Il rendit aveu de la Baritaudière, au nom de sa femme, au seigneur de Languiller en 1644 et 1653 (4). Les droits de la Baritaudière et du Pin passèrent par acte de partage en 1680 à René Audouard. L’histoire de ces droits a été racontée dans l’article publié sur ce site en novembre 2016 et intitulé : Du rififi chez les seigneurs du Pin, avec des rebondissements. Finalement René Audouard retrouva la propriété de ses droits sur la Baritaudière, qu’il avait arrentés en 1693 à Jean Masson,  par contrat passé avec Léon de la Bussière, seigneur de la Vrignonnière, le 24 octobre 1694. Cette fois-ci René Audouard racheta ses droits de terrage sur la Baritaudière, moyennant le paiement d’une rente annuelle de 21 livres au seigneur de la Vrignonnière. Nous connaissons cette histoire par les archives du Pin. Celles de la Baritaudière sont particulièrement pauvres. De 1565 on passe directement à l’année 1751, où nous disposons de trois documents.

Les redevances au milieu du 18e siècle


Le premier document est une assignation faite le 29 mai 1751 par le procureur fiscal de Languiller, Jacques Barreau, à 16 teneurs des tènements de la Maigrière et Baritaudière, pour comparaitre aux assises de Languiller le 15 juin suivant, au château de Languiller. Il leur demande de se présenter ce jour-là à 9 heures du matin dans la salle du château, où lui-même demeure, afin qu’ils communiquent leurs contrats d’acquisition de leurs biens situés dans l’étendue de la mouvance de Languiller et ses fiefs annexes, depuis 30 ans. Et ils devront faire leurs déclarations ou aveux et payer tous les droits qui sont dus (5). Ces assignations générales sont rares à Saint-André, n’ayant rencontré une situation similaire qu’à la Bergeonnière à la même date. Il serait sans doute trop hâtif d’en déduire une révolte des propriétaires de Saint-André contre les droits seigneuriaux, mais il faut relever ces réticences localisées.

Nous disposons enfin de deux déclarations roturières par deux propriétaires à la Baritaudière dans l’année 1751, mais bizarrement en laissant le jour et mois de la date en blanc. Elles ont été présentées à l’assise de Languiller. On doute que ce soient les seules faites à l’époque, et on pense à une insuffisance dans l’archivage.

La Baritaudière
L’une, par Pierre Piveteau, concerne le champ du « Pâtis Baritaud », d’une surface de 2 boisselées. Le rendant déclare devoir le terrage à la sixième partie des récoltes, plus un cens de 5 sols et 6 deniers payables à noël. Voilà qui est très intéressant. Cela veut dire qu’en laissant René Audouard en 1694, retrouver la possession de ses droits seigneuriaux sur la Baritaudière, cela n’a pas duré, pour lui ou sa suite. A un moment que nous ne connaissons pas, et que nous constatons en 1751, le suzerain de Languiller a retiré ces droits vers lui, en conséquence de l’insuffisance de son vassal, ou bien il les a achetés. Quand on voit ce qui s’est passé au Pin, nous somme poussés vers la première hypothèse.
De plus, Pierre Piveteau indique devoir :
-        à différents particuliers 18 boisseaux de seigle à la mesure des Essarts
-        à la seigneurie des Essarts 2 sols 6 deniers par an
-     à Landelière 2 sols par an. Cette seigneurie avait appartenu à la famille de Goulaine (Vieillevigne), celle-ci ayant possédé Linières au début du 17e siècle (6). Présentement le seigneur de Landelière était un Baudry d’Asson, demeurant au château de Beaumanoir à Dompierre-sur-Yon. Et le 22 octobre 1791, Charles Esprit Marie Nicolas Baudry d’Asson de Landelière, a vendu cette rente à François Fonteneau, laboureur demeurant au Plessis Richard (Saint-Fulgent) (7).
Il reconnait le droit de justice du seigneur de Languiller.

Le texte comprend une précision inhabituelle mais intéressante : l’ensemble du tènement occupe une surface de 300 boisselées et 31 gaulées, ce qui fait 36,5 hectares (8). Ceux-ci ne constituaient pas une métairie comme à la Roche Mauvin ou à la Racinauzière. Mais nous n’en savons pas plus sur la répartition des propriétés dans le tènement.

L’autre déclaration roturière est faite par Pierre Grinraud pour deux parcelles totalisant 2,1 boisselées. Elle reconnait les mêmes droits que celle ci-dessus, évidemment au seigneur de Languiller, mais sans mentionner les redevances perçues par d’autres. Elle précise le droit de prélever les lods et ventes par Languiller (à payer au moment des mutations de biens par le nouveau propriétaire) (9).

En 1838 dans le cadastre napoléonien, les propriétaires des bâtiments dans le village de la Baritaudière sont : Morteau, Papin Alexandre, Perraudeau Louis et Marie, Piveteau Jacques, Tricoire Jean. Il y avait alors un four et une boulangerie.

Le 21 juillet 1887 l’évêque de Luçon accorda une indulgence de 40 jours pour ceux qui réciteront un Pater à la vue du calvaire en bois érigé au village de la Baritaudière (10).


(1) aveu du Coin Foucaud et du Vignault du 2-7-1605 par le seigneur de Languiller aux Essarts, reproduisant un texte de 1550 – deuxième copie, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/G 61.
(2) 150 J/G 39, copie de l’aveu du 26-1-1517 du seigneur de la Boutarlière aux Essarts.
(3) 150 J/G 113, retrait des droits seigneuriaux du 2-10-1565 sur la Jaumarière et Baritaudière par Jules de Belleville.
(4) Archives de Vendée, G. de Raignac, Généalogies vendéennes des familles Masson etc. :
8 J 40-1, page 39.
(5) 150 J/E 27, assignation à comparaitre aux assises de Languiller le 15-6-1751 à 16 teneurs de la Maigrière et Baritaudière.
(6) 150 J/E 28, complainte du 24-4-1754 du seigneur de la Rabatelière pour les scellés à Beaumanoir.
(7) vente du 25-10-1791 de 2 rentes et 2 cens par Baudry d’Asson de Landelière à François Fonteneau sur la Maigrière et la Baritaudière, notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/13.
(8) 150 J/G 113, déclaration roturière de Pierre Piveteau en 1751 pour la Baritaudière.
(9) 150 J/G 113, déclaration roturière de Pierre Grinraud en 1751 pour la Baritaudière.
(10) indulgence le 21-7-1887 pour le calvaire de la Baritaudière, Archives de la paroisse de Saint-Jean-les-Paillers, relais de Saint-André-Goule-d’Oie, carton no 31, chemise XIII.
                               
Emmanuel François, tous droits réservés
juin 2018, complété en septembre 2018

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