jeudi 31 décembre 2020

SOMMAIRE

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                                                                 LIVRES PUBLIES

Table des matières du livre : "Les châtelains de Linières à St André Goule d'Oie"

Autre Livre : Découverte d’un poète vendéen, Marcel de Brayer


                                                          ARTICLES SUR LINIERES
Ancien Régime
Précisions sur les premiers seigneurs de Linières, les Drouelin (13e siècle)
Les fiefs de Saint-André-Goule-d’Oie et de la Pinetière en 1550 et 1540
Le faux baron de Linières (17e siècle)

Période de la Révolution
Charles Auguste de Lespinay : contrat de mariage (1788)
Acte de décès de Simon Charles Guyet en mars 1793
Mme de Lespinay échappe à la mort par deux fois (1793-1794)
Les témoins de l’enterrement du régisseur de Linière en 1794
La naissance cachée de Guyet-Desfontaines en 1797
Le divorce de Lespinay/du Vigier en 1800
Simon Charles Guyet à Saint-Fulgent (1733-1793)
Le mystère Joseph Guyet (1774-1830)
Etienne Benjamin Martineau (1765-1828)

Période de 1801 à 1830 (au temps de Joseph Guyet)
Félicité Guyet et le milliard des émigrés
Louis XVIII s’intéresse à la Morelière
La rente foncière du tènement de Villeneuve à Chauché
Les régisseurs de Linières de 1800 à 1830
L’évolution des baux dans le domaine de Linières de 1800 à 1830
Les activités agricoles et les techniques utilisées à Linières de 1800 à 1830 (Première partie)
Les activités agricoles et les techniques utilisées à Linières de 1800 à 1830 (deuxième partie)
Le statut des métayers de Linières de 1800 à 1830

Période de 1831 à 1868 (Guyet-Desfontaines)
Emma Duval veuve Chasseriau
La rencontre de Marcellin Guyet-Desfontaines et d’Emma Chassériau
Palluau, juin 1832 : Le juge de paix a peur
Le candidat Guyet-Desfontaines aux élections législatives en Vendée (1834-1849)
Pierre Maindron, un combattant vendéen honoré (1766-1850)
La vie privée de Guyet-Desfontaines (1797-1857)
Isaure Chassériau (1820-1854)
Emma Guyet-Desfontaines dans son intimité familiale
Emma Guyet-Desfontaines, une femme moderne de son temps
Emma Guyet-Desfontaines musicienne
Mme Guyet-Desfontaines femme de théâtre
Mme Guyet-Desfontaines mondaine et artiste
Mme Guyet-Desfontaines romancière
La disparition d’Emma Guyet-Desfontaines
Les cousins de Grandcourt de Saint-Fulgent

Période de 1869 à 1912 (de Brayer, Amaury-Duval et fin du château de Linières)
De Saint-André-Goule-d’Oie à la Haute-Egypte en 1869
Journal du maire de Saint-André-Goule-d’Oie en janvier 1871
Journal du maire de Saint-André-Goule-d’Oie en février 1871 (suite)
La construction du nouveau château de Linières (1871)
De Brayer et la nouvelle église de Saint-André-Goule-d’Oie en 1875
Marcel de Brayer, maire et poète de Saint-André-Goule-d’Oie
De l'art et de l'oeuvre d'Amaury-Duval (Véronique Noël-Bouton-Rollet)
Du nouveau sur le mystère des peintures du café Trotin
Achille Dien, peintre de Linières
La symphonie no 4 d’Henri Reber
Amaury-Duval témoin d’un scandale mondain en 1847
Les liens familiaux entre Amaury-Duval et Gaston de Marcilly
La fortune foncière des châtelains de Linières au 19e siècle
La fin du domaine et la démolition du château de Linières


                                      ARTICLES SUR SAINT-ANDRE-GOULE-D'OIE
Paroisse sous l'Ancien Régime
L'origine de Saint-André-Goule-d’Oie
La naissance de la taille à Saint-André-Goule-d’Oie en 1479
Saint-André-Goule-d'Oie en 1550 (Aveu de Languiller)
Les unités de mesure en usage à Saint-André-Goule-d'Oie sous l'Ancien Régime
Les seigneurs de Saint-Fulgent contre les seigneurs de Languiller (1595-1649)
Les seigneurs de Saint-Fulgent contre les seigneurs de Languiller (1650-1719)
Les seigneurs de Saint-Fulgent contre les seigneurs de Languiller (1720-1770)
Les communautés familiales d’autrefois dans le canton de Saint-Fulgent
Les Moreau de Saint-André-Goule-d’Oie du 16e au 18e siècles
La chapelle des Moreau dans l'église de Saint-André-Goule-d’Oie
La famille de Vaugiraud à Saint-André-Goule-d’Oie
La famille Proust de Saint-Fulgent et Saint-André-Goule-d’Oie aux 17e et 18e siècles
La fabrique de Saint-André-Goule-d'Oie au 18e siècle
Les assemblées d'habitants à Saint-André-Goule-d’Oie au 18e siècle
La bibliothèque d’un bourgeois de Saint-André-Goule-d’Oie en 1762
Le standing au 18e siècle d'un bourgeois de Saint-André-Goule d’Oie
Les Fluzeau de la Brossière aux 18e et 19e siècles
La famille de Tinguy à Saint-André-Goule-d’Oie
Du prieuré cure au presbytère à Saint-André-Goule-d’Oie (1306-1988)
Les moulins à Saint-André-Goule-d’Oie
Le testament d’André Boudaud en 1765

Période de la Révolution (1789-1800)
Le premier maire de Saint-André-Goule-d’Oie, Jean Bordron (1790)
Décembre 1790 : le curé de Saint-André-Goule-d'Oie sous surveillance
La vente des biens du clergé à Saint-André-Goule-d’Oie
Le curé intrus de Saint-André-Goule-d'Oie
Les frères Cougnon de Saint-André-Goule-d'Oie
Le maire, Guesdon (1793), assassiné par les conscrits
Pierre François Mandin, adjoint au maire de 1826 à 1830
M. de Vaugiraud à Saint-André-Goule-d’Oie (1753-1814)
Les pensionnés de la guerre de Vendée nés à Saint-André-Goule-d'Oie
Les agents communaux Fluzeau (1796-1797) et Bordron (1797-1799)
Les nouveaux impôts à Saint-André-Goule-d’Oie en 1796
Les persécutions religieuses dans le canton de Saint-Fulgent (1796-1799)
La vente des biens des émigrés à Saint-André-Goule-d’Oie
Conflit sur la rente foncière du Coudray en 1798
La révolte gronde : deux morts près de Linières (1799)
Justice indigne en 1805 contre les habitants de la Bergeonnière
Les registres paroissiaux clandestins de Saint-André-Goule-d’Oie en 1793 et 1794

 Période du 19e siècle et 20e siècle
Les débuts de l’école de Saint-André-Goule-d’Oie vers 1820
Simon Pierre Herbreteau maire de 1800 à 1825
Deux maires de 1826 à 1830 : François Cougnon et Léon de Tinguy
Maires suite : Bordron (1830-1834) et Rochereau (1835-1848)
Maires de Saint-André : Augustin Charpentier (1848-1869), et Jean François Chaigneau (1869)
On a retrouvé Vincent Mandin
La fabrique de Saint-André Goule-d’Oie au 19e siècle
La construction de la nouvelle église à Saint-André-Goule-d’Oie (1875)
Les fondations religieuses à Saint-André-Goule-d’Oie
L’inventaire des biens d’Eglise en 1906 à Saint-André-Goule-d’Oie
Les école libres de Saint-André-Goule-d’Oie
La vie religieuse à Saint-André-Goule-d’Oie (1820-1900)

Les lieux-dits de Saint-André-Goule-d'Oie
La Baritaudière à Saint-André-Goule-d’Oie
La Bergeonnière à Saint-André-Goule-d’Oie
Sept siècles d’Histoire du bourg de Saint-André-Goule-d’Oie
La Boninière à Saint-André-Goule-d’Oie
La Brossière à Saint-André-Goule-d’Oie
Les fiefs de la Brossière à Saint-André-Goule-d’Oie (Ière partie)
Les fiefs de la Brossière à Saint-André-Goule-d’Oie (IIe partie)
La Bourolière à Saint-André-Goule-d’Oie
La Boutinière à Saint-André-Goule-d’Oie
La Chevaleraye et la Javelière
Le Clouin à Saint-André-Goule-d’Oie
Histoire du Coin et du Peux à Saint-André-Goule-d’Oie sous l'Ancien Régime
Le Coudray à Saint-André-Goule-d’Oie (1250-1789)
L'ancien logis du Coudray au 18e siècle à Saint-André-Goule d’Oie
La chapelle et la métairie de Fondion à Saint-André-Goule d’Oie
Au village de la Forêt à Saint-André-Goule-d’Oie
La Gandouinière de Chauché et Saint-André-Goule-d’Oie
Le village des Gâts à Saint-André-Goule-d’Oie
La Jaumarière à Saint-André-Goule-d’Oie
La Machicolière et la Ridolière dont le seigneur fut un prince
La Maigrière de Saint-André-Goule-d’Oie aux 17e et 18e siècles
Le manoir de la Mancellière à Saint-André-Goule-d’Oie
La seigneurie de la Mancellière et le Plessis-le-Tiers
La saisie féodale de la Mancellière à Saint-André-Goule d’Oie
La Milonnière de Saint-André-Goule-d’Oie sous l'Ancien Régime
Les Noues à Saint-André-Goule-d’Oie
Les divers terroirs du Pin à Saint-André-Goule-d’Oie
Du rififi chez les seigneurs du Pin
Les droits seigneuriaux de la Porcelière à Saint-André-Goule-d’Oie
Les borderies et la métairie de la Porcelière aux 17e et 18e siècles
Plus de 60 ans de procès à la Porcelière de Saint-André-Goule-d’Oie
La Racinauzière
La Roche Mauvin à Saint-André-Goule-d’Oie sous l’Ancien régime


                              ARTICLES SUR LES ALENTOURS DE SAINT-ANDRE
Chauché
Un précieux patrimoine, le vin de Chauché
Le catéchisme des trois Henri : le curé de Chauché attaque son évêque
La confrérie de la Charité de Chauché (1685-1788)
Retour sur la paroisse de la Chapelle de Chauché
Les seigneurs de la Chapelle à Chauché
La géographie de la seigneurie de la Chapelle Begouin à Chauché et aux Essarts
Les domaines de la seigneurie de la Chapelle Begouin à Chauché
Les droits seigneuriaux des nobles dans le fief de la Chapelle Begouin à Chauché
Les droits seigneuriaux sur les roturiers de la Chapelle Begouin à Chauché
Les seigneurs de la Boutarlière et leurs descendants
La Morelière (Chauché)
Les seigneurs de Languiller (1300-1604)
Les seigneurs de Languiller (1604-1797)

dimanche 1 novembre 2020

Le testament d’André Boudaud en 1765

Le testament d’André Boudaud, un habitant de la Boninière, signé chez le notaire de Saint-Fulgent le 7 juin 1765, se trouve dans les archives du notaire conservées aux Archives départementales de la Vendée (1). Les testaments existaient déjà sous l’empire romain, comme ils perdurent de nos jours. Mais ces actes ont revêtu des caractéristiques particulières entre le 12e siècle et le 19e siècle dans l’Occident chrétien. L’historien Philippe Ariès (1914-1984) nous les dévoile, notamment dans son livre paru en 1977 : L’homme devant la mort (2). Avec son aide regardons de près le testament d’André Boudaud.

La Boninière
Au jour de son écriture, ce dernier est un bordier demeurant au village de la Boninière dans la paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie. Le bordier était un agriculteur, propriétaire ou non, exploitant une borderie, c’est-à-dire une petite surface de terres inférieure à une métairie. Parfois il exerçait un métier complémentaire d’artisan ou de commerçant. D’ailleurs notre homme avait été marchand de veaux autrefois. L’accès à une situation matérielle plus aisée passait souvent pour les paysans par une activité additionnelle. Et le commerce offrait des opportunités d’enrichissement. Peut-être est-ce lui qui est évoqué dans une écriture au mois d’aout 1761 des comptes du château de la Rabatelière : « remboursé à Boudaud, marchand demeurant à la Boninière (Saint-André), en aout 1761 d’un montant de 4 £ 1 sol pour l’acquit de Remouillé (péage) concernant le transport de 40 boites de carton à la Rabatelière » (3). Son prénom n’est pas mentionné, nous laissant un doute. Son petit-fils René Boudaud fut fabriqueur (marguiller) de la paroisse en 1787, ce qui le désigne comme un notable parmi les siens, sachant bien sûr lire et compter (4). Cela veut dire que son père avait eu les moyens de ne pas le faire travailler enfant pendant le temps d’acquisition de ces savoirs. En 1750 André Boudaud avait vendu une borderie pour le prix de 754 £ à René Chaigneau. Dans cette affaire il avait été forcé à la vente par un retrait lignager expliquée dans notre article publié sur ce site en mai 2018 : La Boninière à Saint-André-Goule-d’Oie. Sans être aisé, il nous apparait cependant apparemment sorti de l’ambiance générale de pauvreté qui imprégnait alors les paysans de la paroisse. Il était né en 1698 de René Boudaud et Marie Rochereau, et décèdera en 1771 (vue 15 sur le registre de la paroisse accessible sur le site des Archives de Vendée) à la Boninière. Le 20 aout 1721 (vue 55) il s’était marié à Saint-André avec Marguerite Girardin. Ils eurent 4 enfants : Marie, René, André et Renée.

L’introduction du testament


C’est donc 6 années avant de mourir qu’André Boudaud fit son testament, peut-être à cause d’un état de santé inquiétant, et certainement au vu son grand âge à son époque : « environ 68 ans » dit le testament. Il ne fallait pas attendre trop longtemps pour que l’acte soit valide, devant se déclarer comme il est écrit au début du texte « sain par la grâce de dieu de corps et d’esprit, mémoire, jugement et entendement ». La dévolution de ses biens était à cette époque un acte personnel et un devoir de conscience. Le malade qui voyait la mort arriver devait envoyer quérir un confesseur et un notaire, est-il écrit en 1736 dans une Méthode chrétienne pour finir saintement sa vie. Il devait avant de mourir se confesser, communier et mettre le meilleur ordre dans ses affaires temporelles, ce dernier point étant considéré comme un acte religieux, comme les deux premiers, quoique non sacramentel. Le testament comprend donc systématiquement jusqu’à la fin du 18e siècle une partie religieuse d’abord, précédant la partie civile de dévolution d’héritage. Ses premiers mots sont ceux d’une prière : « Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ainsi soit-il, Je André Boudaud … ». Suit une méditation comme sortie des exercices de saint Ignace de Loyola sur la mort, celle-ci désignée par une métaphore : « sortir de ce monde », est-il écrit, puisqu’un autre monde existe après. La mort apparait ici comme une vieille compagne familière et incontournable, dont l’heure seule est inconnue. C’était l’ordre du monde voulu par Dieu, mais aussi il faut se souvenir que les décès étaient nombreux à tous les âges, faute d’hygiène et d’une médecine efficace, et avec des pics lors des épidémies de toutes sortes. On lit dans le testament d’André Boudaud : « Considérant que rien n’est plus certain que la mort ordonnée du ciel à toutes les créatures humaines, ni de plus incertain que l’heure d’icelle (celle-ci) qui nous surprend en tout, de manière que très souvent nous n’avons pas le temps de mettre ordre à nos affaires avant de sortir de ce monde, et nous prive de laisser à ceux qui nous survivent la connaissance de nos dernières volontés et enfin quelles sont nos intentions, et que désirant prévenir, j’ai résolu de faire mon testament et ordonnance de dernières volontés ». 

Voilà un style littéraire de bon niveau et une réflexion élaborée, tels qu’on pourrait être étonné de les voir sortis de la plume d’un marchand laboureur de la Boninière en 1765, qui en plus ne savait pas écrire ! Mais André Boudaud a fait appel à un notaire bien sûr. Au Moyen Âge le même rôle a pu être tenu par des prêtres. Pour être valable l’acte devait être dicté par le testateur lui-même en présence de deux témoins choisis par lui. Sur ces deux points le texte est d’autant plus clair et affirmatif que ce n’est pas vrai. C’est le miracle du droit en plein siècle des lumières, et la Révolution fera de la loi une religion. On se convaincra assez vite, à la précision des mots juridiques employés, que ce sont des formules toutes faites, les mêmes écrites dans tous les testaments par le même notaire. Et les témoins sont aussi souvent les mêmes, quels que soient les actes, voisins du notaire dans le bourg de Saint-Fulgent, choisis par lui, et moyennant probablement récompense. L’un était aubergiste du Lion d’Or et l’autre menuisier, et ils devaient passer en fin de journée de temps en temps signer les actes notariés : « Pour cet effet d’icelui (le testament) rédiger et mettre par écrit en meilleure forme que faire se pourra, je me suis exprès transporté de ma demeure au bourg de Saint-Fulgent, en l’étude de maître Claude Joseph Frappier, notaire royal de la sénéchaussée de Poitiers, à la résidence de Montaigu, demeurant ordinairement audit bourg dudit Saint-Fulgent, auquel je l’ai dicté, nommé de mot à mot sans suggestion, induction, ni persuasion de personne, en présence de maître Louis Savaton, aubergiste, et Louis Mandin, menuisier, demeurant les deux séparément audit bourg de Saint-Fulgent, témoins par moi requis, mandés et fait venir en l’étude dudit sieur Frappier pour être témoins et présents à la réception de mon dit testament dont la teneur s’en suit. » Dans d’autres testaments on voit le notaire se déplacer au domicile du testateur, quand ce dernier, malade, ne peut pas se déplacer. C’est alors à ce dernier de réunir les deux témoins. 

La première disposition


Après cette introduction, la première disposition du testament est une déclaration de foi qui s’inspire du Confiteor des catholiques, avec la demande d’intercession de la mère de Dieu et des saints, ceux-ci ayant un rôle très important depuis toujours, avec le saint patron personnel du testateur en particulier  : « Premièrement je recommande mon âme à Dieu le père tout puissant, créateur du ciel et de la terre, le priant que par les mérites infinis de son très cher fils Jésus Christ, mon sauveur et rédempteur, mon âme étant séparée de mon corps, il lui plait la recevoir en son paradis et la colloquer (placer) au rang des bienheureux, suppliant très humblement la très sainte vierge Marie et tous les saints et saintes du paradis, et en particulier saint André mon bon patron, de prier et intercéder pour moi auprès de mon divin sauveur, offrir qu’il lui plaise me pardonner toutes les offenses que j’ai commises contre sa divine grandeur. » La réparation des torts et la demande de pardon est ici incluse dans la prière, sans l’insistance qu’on trouvait dans les anciennes formules. Le testament permettait ainsi à l’Eglise de contrôler la réconciliation du pécheur avec Dieu avant la mort.


La deuxième disposition


Chasse de Charlemagne dans la
cathédrale d'Aix-la-Chapelle (1215)

Elle concerne la future inhumation. André Boudaud ne pouvait pas prétendre à une inhumation dans l’église comme le prieur de la paroisse, mais dans le cimetière la place de sa famille existait déjà, ce qui n’avait pas toujours été le cas pour tout le monde autrefois, où avaient existé des fosses communes. Quant au service funéraire il était codifié et tarifé par la fabrique de la paroisse, du plus simple au plus solennel, en fonction du prix qu’on y mettait. Sur ce point le testament se fait discret, signe que les notaires retenaient alors des formules passe-partout et un peu vagues : « Item (aussi), je veux qu’après mon décès, mon corps soit inhumé dans le cimetière dudit Saint-André avec les ancêtres mes prédécesseurs, et que le jour de mon enterrement il soit dit et fait prières telles que ma qualité appartient. » Un siècle avant, en 1676, un riche bourgeois demeurant au Coudray, Louis Moreau, avait demandé d’être enterré dans l’église paroissiale de Saint-André-Goule-d’Oie, « en les lieux où sont inhumés mes prédécesseurs et ladite Masson ma femme, et que mon enterrement soit fait selon ma condition, et y soit appelé autant de prêtres que faire se pourra pour y célébrer tous leurs saintes messes pour le repos de ma pauvre âme ». En 1676 dans la contrée peu de de prêtres vivotaient sans ministères dans les paroisses, qui ne demandaient pas mieux que de dire des messes. Mais cette situation avait existé auparavant, et le testament de Louis Moreau nous parait s'accrocher à un usage en train de disparaitre. Et derrière l’inhumation dans l’église devaient se trouver quelques legs importants envers l’institution, mais c’était déjà une pratique exceptionnelle pour un laïc. Sa condition de riche bourgeois se traduit dans ses instructions pour le drap mortuaire recouvrant son cercueil. Il sera « d’une grosse serge de limestre (tenture), seulement avec une croix et treize rainures qui seront autour de mon corps avec treize cierges auxquels il sera donné à chacun huit sols et autant au service » (5).  


La troisième disposition


Elle concerne les messes pour le repos de son âme. « Item, après mon dit décès je veux et ordonne qu’il soit pris et levé sur le plus clair et le plus net de mes meubles et effets mobiliers la somme de cent livres, nette et quitte de toutes charges et dettes, qui sera mise entre les mains d’un prêtre approuvé du diocèse, pour être employée en messes qui seront dites en basses notes (6) pour le repos de mon âme et de celles de mes feus père et mère. » Rappelons que le bétail faisait partie des meubles, représentant souvent la part la plus importante des biens meubles chez les paysans. Pour juger du montant de 100 livres à cette époque, indiquons qu’un artisan bien payé comme un sabotier gagnait 14 sols par jour à la Rabatelière, et la valeur de 100 livres équivalait pour lui à 143 jours de travail, soit environ 6 mois de temps dans l’année (7). Pour 100 livres on avait 200 messes au tarif appliqué par le curé de Saint-André (8). Et en 1765 les prêtres étaient moins nombreux en Bas-Poitou qu’un siècle auparavant, d’où l’appel à un prêtre désigné au niveau de l’évêché pour assumer un tel nombre de messes. L’attention pour le repos de l’âme de ses parents dans les messes n’était pas seulement d’ordre affectif. Le devoir religieux intervenait en plus dans la relation filiale. Mais l’oubli de son épouse décédée dans l’intention des messes est à relever, et tout le monde ne faisait pas comme André Boudaud sur ce point. Sauf que nous ne connaissons pas les dispositions qu’il a prises au décès de sa femme, et l’oubli n’est sans doute qu’apparent. Là aussi la richesse rapprochait de Dieu, mais pas plus que pour les pauvres, la prière de ces derniers, comme aussi celle des religieux ayant fait vœu de pauvreté, palliait au manque de fortune. L’Eglise enseignait même une « discrimination positive » en leur faveur, si l’on peut user de cette expression anachronique, déclarant dans le règlement de la confrérie de Chauché par exemple que les pauvres « sont les membres infirmes de Jésus Christ ». Plus riche, Louis Moreau en 1676 fait écrire dans son testament : « je veux et ordonne qu’il soit fait un service avec les vigiles (9) qu’on chantera, et qu’on en fixe incontinent prix avec M. le prieur de Saint-André, sinon on ira en la première église ou couvent de religieux qui pourront le faire, et on le fera faire avec toute diligence, tant pour le repos de mon âme que de ma défunte femme et autres nos parents ». De plus il demande de faire dire dans l’église de Saint-André le service d’une messe chaque trimestre à perpétuité, moyennant une rente de 10 livres donnée à la fabrique par ses héritiers. La messe « pour mon âme et celles de mes parents » devra être annoncée au prône le dimanche de la semaine qu’on fera les services, « afin que mes parents et amis étant avertis du jour y assistent s’il leur plait. »


La quatrième disposition


La quatrième disposition du testament de Jean Boudaud concerne ses dons à l’Eglise et à ses œuvres. Celle-ci prélevait ainsi sur l’héritage une sorte de « dime de la mort » qui alimentait sa richesse matérielle et son trésor spirituel. Sa richesse matérielle était constituée des établissements de soins (hôpitaux, etc.), d’aide aux pauvres et des établissements d’enseignement, dont elle avait alors le monopole. On n’a pas trouvé dans nos recherches de Confrérie de la charité à Saint-André, comme il en existait une à Chauché au 18e siècle, spécialement chargée de l’aide aux pauvres, dirigée et animée par des femmes laïques (10). Ce rôle était assumé à Saint-André directement par le curé et son vicaire. Son financement relevait de la générosité des paroissiens, et on retrouve à nouveau l’importance de la richesse et la place que lui donne l’Eglise. André Boudaud s’est montré généreux à sa manière : « Item, je veux et ordonne qu’aussitôt mon dit décès arrivé, tous mes habits, vestes, culottes, chemises et généralement toutes les hardes (vêtements) servant à mon habillement, soient distribuées aux pauvres les plus nécessiteux de ladite paroisse de Saint-André-de-Gouledois, pour les vêtir et habiller, laissant le soin du présent article et des ci-dessus à André Boudaud mon fils, persuadé que je suis qu’il les exécutera ponctuellement. » Ce dernier, désigné exécuteur testamentaire des dispositions religieuses, apporta les vêtements au curé pour être distribués. Le geste peut paraître « pingre » vu d’aujourd’hui, mais dans une économie agricole de subsistance, il mérite un regard moins sévère. Il montre aussi un profond respect de la valeur des choses, considéré comme une vertu dans ce monde rural qui devait fixer le seuil du gaspillage à un niveau très bas vu d’aujourd’hui. Cette habitude de donner aux pauvres se perpétua longtemps dans ce monde chrétien, comme en témoigne dans son testament en 1910 un autre habitant de la Boninière, Ferdinand Rochereau. Il légua 800 F. au curé de Saint-André pour des « bonnes œuvres à la volonté du curé. » (11) Amaury-Duval, châtelain de Linières, légua en 1885 600 F chacun jusqu’à la fin de leur vie, sous forme de rente annuelle, au curé de Saint-André-Goule-d’Oie et à celui de Saint-Hilaire-de-Mortagne (auparavant vicaire à Saint-André). Les rentes étaient données pour les secours aux pauvres de leur paroisse (12). 
                            
Amaury-Duval : le jugement dernier 
(Chœur de l’église de Saint-Germain-en-Laye)

L’historien Philippe Ariès explique que, déchiré entre son attachement aux richesses temporelles et sa crainte d’en perdre son âme, le chrétien associait ses biens à son salut, comme un contrat d’assurance conclu entre lui et Dieu par l’intermédiaire de l’Eglise. Les primes du contrat étaient payées en monnaie temporelle grâce aux legs pieux, et par là légitimait la jouissance des biens d’ici-bas. D’autant que les biens étaient par certains considérés comme envoyés et prêtés par Dieu. Cette pratique dans les testaments explique l’ampleur des biens transférés à l’Eglise et aux fondations pieuses pendant longtemps. Et cette obsession du salut et de la peur de l’enfer était plus fréquente chez les riches comme il est naturel. L’énormité des donations n’a pas préparé les esprits à la naissance du capitalisme à partir du 19e siècle en France, que les donateurs soient de la noblesse ou de la bourgeoisie. Cette nouvelle forme d’économie exigeait l’accumulation des richesses pour les créer, et s’accommodait moins bien des donations. On a assez dit que l’Eglise catholique n’aimait pas l’argent et voyait en conséquence le prêt d’argent comme une pratique à prohiber ou à contrôler de très près. À partir de ce constat, il ne faut pas simplifier sa position, comme le montre son attitude dans les testaments à l’égard de la richesse. 

Après la Révolution, les testaments du notaire de Saint-Fulgent conservaient encore une référence religieuse, comme un modeste souvenir des temps anciens et révolus. En 1826 on relève seulement la phrase suivante sous la plume du notaire, Jacques Guesdon, il est vrai ancien séminariste : « Au nom du père, du fils et du saint Esprit, ainsi soit-il. Je recommande mon âme et mon corps à Dieu et soit sa divine bonté de me faire miséricorde » (13). Et pourtant les personnes concernées dans notre exemple, profondément marquées par la guerre de Vendée, étaient de bons catholiques. Mais on était entré dans une nouvelle époque où les volontés religieuses des mourants n’étaient plus données dans les testaments, mais oralement ou écrites dans une lettre ou une note en dehors de la présence du notaire. Ce qui concernait l’âme, le corps, le salut, la religion, était retiré du domaine du droit pour devenir une affaire de famille. Et pour une fois la Révolution ne parait pas être dans le coup dans ce changement.


La dévolution des biens


Après ces dispositions religieuses, venaient les dispositions de dévolution des biens du testateur. En 1765 à Saint-André-Goule-d’Oie le régime des héritages prévu par la coutume du Poitou instaurait chez les roturiers l’égalité entre les héritiers, quel que que soit leur rang de naissance et leur sexe. Cette coutume se présentait comme une loi propre à la région, conception ancienne de la législation que balaya la Révolution en instaurant une république « une et indivisible » sur tout le pays. Néanmoins le testateur pouvait modifier cette égalité dans les limites fixées par la coutume. André Boudaud donna la moitié de ses biens meubles à son fils André chez qui il vivait, une façon apparemment de régler un « salaire différé » comme on dirait de nos jours. Il lui donna aussi la moitié de ses biens immeubles provenant de la communauté d’avec sa femme, ce qui veut dire que ses biens immeubles propres restaient partagés à égalité entre ses 4 enfants. Au cas où André viendrait à mourir avant lui, ou décèderait après lui sans enfants « nés de lui en légitime mariage », cette moitié irait aux enfants de son autre fils, René, marié à Marie Chaigneau et déjà décédé. Ils étaient 3 dont René, qui sera fabriqueur de la paroisse à l’âge de 29 ans. Et l’autre moitié de ses biens meubles et immeubles de la communauté d’avec sa femme est léguée directement à ces mêmes petits enfants, partageables entre eux à égalité. 

Poussin : Testament d’Eudamidas (1653)

En voici le texte : « Item, pour la reconnaissance de l’amitié que m’a toujours témoigné ledit André Boudaud mon fils, et les bons et agréables services qu’il m’a rendus jusqu’ici, et que j’espère qu’il va continuer jusqu’à ma mort, et pour autres justes causes et raisons à moi connues, de la preuve de quoi je l’ai dispensé et dispense, je lui donne et lègue à lui et aux siens, en tous droits de propriété par mon présent testament, la moitié au total de tous et chacun mes biens meubles et effets mobiliers tant morts que vifs et choses censées et réputées meubles qui m’appartiendront au moment de mon décès en quelques lieux et endroits qu’ils se trouvent situés, voulant et entendant qu’aussitôt icelui arrivé, il en entre en pleine possession et jouissance. 

« Item, je donne et lègue pareillement audit André Boudaud mon fils, à lui et aux siens en tous droits de propriété, la moitié au total de tous et chacun mes acquêts et conquêts (14) immeubles qui m’appartiendront au moment de mon décès, aussi en quelques lieux et endroits qu’ils se trouveront assis et situés lors d’icelui, voulant et entendant qu’il en entre également en propriété et possession à l’instant de mon dit décès, et en jouisse comme chose lui appartenant.

Et ou le dit André Boudaud mon fils viendrait à décéder sans avoir d’enfants vivants, procréés de sa chair en légitime mariage, ou qu’il décèderait avant moi, aussi sans laisser d’enfants, dans ces cas seulement, la disposition par moi ci-dessus à lui faite, de la moitié au total de mes dits meubles et effets mobiliers et de mes acquêts et conquêts d’immeubles, sera pour et au profit des enfants de défunt René Boudaud et de Marie Chaigneau, mes petits-enfants, partageables entre eux ainsi qu’il sera dit ci-après, leur en faisant audit  cas donation à eux et en plus en tous droits de propriété, lesquels ne pourront demander ni exiger dudit André Boudaud mon fils, au cas qu’il recueillerait la susdite donation et qu’il jouirait de l’effet d’icelle sans qu’il eut d’enfants vivants comme dit est, inventaire, caution ni visite, l’en déchargeant par les présentes, parce que mes dits petits enfants prendront les choses par moi léguées audit André Boudaud au moment de son décès dans l’état qu’elles se trouveront, soit qu’il en ait aliéné partie ou non

Item pour la considération et amitié que j’ai pour Marie, René et Jeanne Boudaud, mes dits petits-enfants, fils et filles du dit défunt René Boudaud et Marie Chaigneau et pour autres justes causes et raisons à moi connues, de la preuve de quoi je les ai dispensés et dispense, je leur donne et lègue à eux et aux leurs en tous droits de propriété, l’autre moitié au total de tous et chacun mes dits meubles et effets mobiliers tant morts que vifs et choses censées et réputées meubles, ensemble (en plus) la moitié aussi de tous mes dits acquêts et conquêts immeubles qui m’appartiendront au moment de mon décès en quelques lieux et endroits qu’ils se trouvent situés, partageable la dite moitié par portions égales entre eux, et au cas où un ou deux d’entre eux fussent décédés lors de mon décès, icelle dite moitié sera et appartiendra en total à celui qui sera vivant, voulant et entendant que ceux ou celui d’eux qui existeront au moment d’icelui mon dit décès, en entrent en propriété et possession et en jouissent comme de leur propre bien, après avoir fait le partage du total de mes dits meubles, acquêts et conquêts immeubles avec ledit André Boudaud mon fils ou ses enfants, à qui il en appartiendra ainsi qu’il est dit, la moitié, et ou comme dit est icelui André Boudaud mon fils décéderait sans enfant, ou avant moi sans en laisser, la susdite moitié de mes dits meubles et effets, acquêts et conquêts immeubles à lui léguée, sera pour et au profit des dits René, Marie et Jeanne Boudaud mes petits-enfants comme j’ai ci-devant dit, et partageables aussi entre eux par portions égales, et en cas que le décès dudit André Boudaud mon fils arriverait avant le mien, dans ce cas, ceux, celui ou celle des dits René, Marie et Jeanne Boudaud qui seront vivants lors de mon décès, entreront de plein droits en possession et jouissance de tous mes dits meubles et effets mobiliers, acquêts et conquêts immeubles, sans réserve, à l’exception de cent livres et hardes par ci-devant léguées, en quoi ils ne prendront rien. »

Dans cette dévolution les deux filles d’André Boudaud, Marie et Renée, ne sont pas citées. Elles étaient mariées et mère l’une de 7 enfants déjà, et l’autre de 8 enfants jusqu’en 1775. Leur absence dans la dévolution s’explique par la dot dont elles bénéficièrent au moment de leurs mariages, faite en avance d’héritage. Renée Boudaud était mariée à Jean Chaigneau et avait donné sa dot à sa belle-sœur, Marie Chaigneau, lequel avait épousé son frère René Boudaud. Marie Chaigneau lui avait en réciprocité donné sa propre dot d’un montant égal. En mariant ainsi les deux frères et sœurs, les parents n’avaient pas diminué leurs patrimoines, car les couples de jeunes mariés vivaient alors en communauté de biens meubles avec leurs parents. Pour les rois comme pour les paysans, le mariage servait alors des intérêts considérés comme supérieurs, et ne pouvait être laissé entièrement au jeu de l’amour et du hasard.


Les sûretés juridiques


Pour terminer, le testament comprend des clauses de sûreté juridique. On y trouve la formulation d’un jugement (appelée condamnation), le notaire étant alors assimilé à un magistrat en sa cour (tribunal), conception née au Moyen-Âge, qui là encore sera supprimée comme telle par la Révolution, laquelle conservera néanmoins le caractère d’officier public de l’emploi : « Telles sont mes intentions et ordonnances de dernières volontés, ainsi qu’il a plu à Dieu me les inspirer, que je veux que soit d’icelles exécuter, renonçant à cet effet à tous autres testaments ou codicilles (15) que je pourrais avoir fait jusqu’à ce jour, pour quoi j’ai prié et requis ledit sieur Frappier, notaire royal susdit, à qui j’ai dicté et nommé de mot à mot sans suggestion, induction ni persuasion de personne, mais bien de mon propre mouvement, franche et libre volonté, le dit présent mon testament, en présence des dits Savaton et Mandin ses témoins, de me juger et condamner du contenu et icelui par le jugement et condamnation de ladite cour royale de la sénéchaussée de Poitiers. En conséquence, j’ai, notaire royal susdit soussigné, mes dits témoins présents, jugé et condamné ledit testateur du contenu en le présent son testament du jugement et condamnation de notre dite cour, au pouvoir et juridiction de laquelle il s’est soumis et ses biens y obligés.

Fait et passé audit bourg de Saint-Fulgent, étude de moi Frappier notaire royal susdit, où le dit testateur et mes dits témoins se sont transportés cejourd’hui, septième juin mil sept cent soixante-cinq avant midi. Lecture faite audit testateur de son présent testament, et icelui à lui lu et relu de mot à mot, mes dits témoins présents, il y a persisté et persiste, déclare ne vouloir rien y ajouter ni diminuer. Du tout dument enquis et interpellé et ne savoir signer, aussi de ce enquis et interpellé, et se sont mes dits témoins avec moi soussignés ». Il ne savait donc pas signer, mais il avait laissé à ses descendants les moyens d’apprendre à lire et à écrire, signe d’une évidente ascension sociale à l’époque.


Un testament en poème


Les formules stéréotypées des notaires, on l’a vu, font l’ossature des testaments, mais ces libellés n’étaient pas les mêmes partout et de tout temps. Elles ne constituent pas pour autant un genre littéraire reconnu habituellement par les spécialistes de littérature. Il est vrai que les juristes affectaient déjà un style lourd et des mots obscurs, abscons si l’on ose dire. Pour se consoler on se rappellera un beau testament d’un poète de la fin du Moyen-Âge, François Villon (1431-ap1463). Extraits en vieux français :


…………………… 
Item j’ordonne à Sainte Avoye 
Et non ailleurs ma sépulture 
……………….. 
Il me suffira d’une messe 
De Requiem haute chantée 
……………….. 
Et encore trop bien je vouldraye 
Qu’à tous chantres qui chanteront 
Qu’on leur donnast or ou monnaye 
De quoi bonne chière feront 
………

 

(1) Testament d’André Boudaud du 7-6-1765, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/4.
(2) Philippe Ariès, L’homme devant la mort, Seuil, 1977, pages 188 et suivantes.
(3) Archives de Vendée, chartier de la Rabatelière : 150 J/K 6, page 119. 
(4) Inventaire du 30-10-1787 des titres et papiers du prieuré et de la fabrique de Saint-André-Goule-d’Oie, Archives de Vendée : 139 G 3 et 4. 
(5) Copie du testament de Louis Moreau, sieur de Villeneuve, du 7-5-1676, Archives de Vendée, chartrier de Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29. 
(6) Une messe en basses notes était célébrée sans chant, alors qu’une messe en haute notes était célébrée avec une certaine pompe et avec un appareil musical [Joseph-Louis d'Ortigue, Dictionnaire liturgique, historique et théorique de plain-chant et de musique religieuse, publié par l’abbé Migne (1860), page 163]. 
(7) Les jours ouvrables étaient ouvrés, on a : (52 semaines/12 mois) x 6 jours = 26 jours ouvrés par mois. 143 jours travaillés et payés / 26 jours en moyenne par mois = 5,5 mois de travail. Auxquels mois il faut ajouter environ de 30 à 40 jours de fêtes religieuses majeures (chômées) en plus du repos dominical dans une année, variable dans le temps et chaque diocèse. En retenant dans notre cas 30 jours, on calcule : 30 jours/12 mois x 5,5 mois = 14 jours. Et (143 + 14) / 26 = 6 mois. Au total les 143 jours travaillés occupent donc 6 mois d’une année. Le nombre de fêtes chômées dans la contrée n’est pas connu, et nous nous sommes référés à la documentation dans le diocèse d’Angers [François Lebrun, Être chrétien en France sous l’Ancien Régime (1516-1790), Seuil, 1996, p. 147]. 
(8) Testament du 15-6-1750 de Mathurin Marchand, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/113. 
(9) L’office des Vigiles est célébré vers 5 heures du matin. Il comprend la récitation de psaumes et des lectures tirés de la Bible ou des ouvrages des Pères de l'Eglise. 
(10) Confrérie de la charité de Chauché, Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 28-1 
(11) Testament du 5-8-1910 de Ferdinand Rochereau, Archives de la paroisse de Saint-Jean-les-Paillers, relais de Saint-André-Goule-d’Oie : carton no 29, chemise VI. 
(12) Ecrits testamentaires de M. Amaury Duval, Archives nationales, études notariales de Paris, Me Pitaux : MC/ET/XIV/1032. 
(13) Famille Guesdon, Archives du diocèse de Luçon, Fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 69. Et Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, étude Guesdon : 3 E 30/21, testament de Jeanne Guilmineau du 9-9-1826. 
(14) L’acquêt désigne généralement la chose acquise, et les jurisconsultes ont appliqué le mot au bien acquis durant le mariage par l'un ou l'autre des époux, faisant partie du bien commun. Le conquêt est tout bien immeuble qui appartient à la communauté des époux, par opposition aux biens propres de chaque époux, exclus de la communauté. Il se définissait par deux critères : acquisition pendant le mariage et ne provenant pas de succession. [Jean Baptiste Denisart, Collection de décisions nouvelles et de notions relatives à la jurisprudence, (1786) Tome V, page 200 et s.]. Dans le langage juridique moderne le mot conquêt a disparu, et seul celui d’acquêt est resté pour désigner les biens de la communauté des époux. 
(15) Testament postérieur qui complète, modifie ou révoque un testament antérieur. 

Emmanuel François 
Novembre 2020




jeudi 1 octobre 2020

Les seigneurs et habitants de la Parnière des Brouzils (1350-1871)

La Parnière
Sur la route départementale no 7 qui va de Chauché aux Brouzils, à 3 kms du bourg de Chauché se trouve la maison de la Parnière, faisant partie de la commune des Brouzils à l’orée de la forêt de Gralas. Ses habitants fréquentaient plus souvent le bourg de Chauché que celui des Brouzils. C’était un petit fief noble avant la Révolution. Le lieu était connu aussi en ces temps anciens pour l’expression : « l’été d’la Parnière », entendue à la Copechagnière, les Brouzils et Chauché. S’il ne faisait pas beau début septembre, on disait : « n’y aura l’été d’la Parnière ». S’il faisait beau en fin septembre, on constatait : « c’est l’été d’la Parnière » (1). On ne sait pas pourquoi la Parnière a ainsi été une référence météorologique dans ses environs. L’historien Amblard de Guerry avance une hypothèse : le seigneur de la Parnière levait à la Saint-Michel (fin septembre) les avoines dues par les usagers des landes au seigneur de Montaigu (2). Autrement dit il était vu comme faisant la pluie ou le beau temps !

Le même historien a transcrit un aveu en 1343 au roi de France, ce dernier en tant que seigneur de Montaigu, de Guillaume Normandeau pour la Normandelière (Copechagnière). Il y cite Maurice de la Parnière qui tenait de lui des domaines, en un lieu que la dégradation du document n’a pas permis de lire, occupant une surface de 12 septerées de terres, bois et landes, et pré en journaux à 7 hommes (3). À la même époque le seigneur de la Parnière était un parent de Maurice, Guillaume de la Parnière, marié à Létice Buor (fille du seigneur de la Lande, Guillaume Buor). Ce sont les premiers seigneurs de la Parnière connus, portant le nom de leur terre. Leurs blasons étaient « de gueules, à cinq annelets d'argent, posés deux, deux et un ; au franc quartier d'azur » (4).

 

La Parnière et la famille d’Aubigné (v1443-v1540)


Le deuxième seigneur connu de la Parnière est Charles de la Parnière, marié à Marguerite Charuelle à la fin du 14e siècle. Il était le fils de Guillaume cité ci-dessus. On le connait par son gendre, qui épousa en 1443 Jeanne de la Parnière, Thibault d’Aubigné. Thibault était aussi seigneur de la Jousselinière et de la Touche d’Aubigné (Maine-et-Loirre), fils de Jean d'Aubigné et de Marguerite Gasselin. Il promit en 1445 à Jean de Mauges 400 écus d'or neufs, en faveur de son mariage accordé avec Marguerite de la Parnière, sœur de Jeanne sa femme (5).

Thibault d’Aubigné (1402-av1482) fut reçu écuyer en l’écurie du roi Charles VII par lettres données le 12 juillet 1450 aux Montils-les-Tours, en considération de sa noblesse. Il fit son testament le 12 juillet 1480, par lequel il ordonna sa sépulture dans le chœur de l'église paroissiale de Pin-en-Mauges avec ses prédécesseurs, et fonda une chapelle dans la maison de la Jousseliniere, dont il se réserva la présentation à lui et à ses successeurs. Il était mort avant le 14 décembre 1482 (5). Les d’Aubigné avaient pris le nom de la terre dont ils étaient seigneurs en Anjou (Aubigné-sur-Layon dans le canton de Vihiers, Maine-et-Loire), et formaient une famille d’ancienne noblesse dont l’ancêtre, 9 générations plus tôt, avait possédé un fief en Syrie lors des croisades. À une lieue (4 kms) d’Aubigné se trouvait la Touche dans la paroisse de Faveraye-Machelles, que possédait aussi Thibault, le seigneur de la Parnière, avec la Jousselinière (près du Pin-en-Mauges, Maine-et-Loire). On connait 6 enfants à Thibaut d’Aubigné et Jeanne de la Parnière, dont François l’ainé et Antoine. Ce dernier épousa Charlotte de Brie, dont descend, 4 générations plus tard, le célèbre Agrippa d’Aubigné (1552-1630), poète, historien et un des chefs protestants pendant les guerres de religion (6). L’épouse de Louis XIV, marquise de Maintenon née Françoise d’Aubigné, serait sa petite-fille, ce qui fut contesté parfois.    

On connait un Aubin d’Aubigné vendant en 1436 la seigneurie des Bouchauds (Essarts), suzeraine des fiefs de la Mancellière et de la Roche Mauvin à Saint-André-Goule-d’Oie. On ne sait pas faire de lien, pourtant probable, entre lui et Thibaut d’Aubigné, seigneur de la Parnière. L’année d’après, la seigneurie des Bouchauds, à nouveau en vente, était acquise par le seigneur de Languiller, Jean de Sainte-Flaive (7). Son père avait acquis la seigneurie du Coin à Saint-André quelques dizaines d’années auparavant.


François d’Aubigné, seigneur de la Touche, la Jousselinière et la Parnière, le fils ainé de Thibaut et de Jeanne de la Parnière, épousa Marie Paumart, fille de Jean Paumart et de Catherine de Launay, et veuve de Thibaut d’Aubigné, son père, que ce dernier avait épousée en 2e noces après le décès de Jeanne de la Parnière. François d’Aubigné eut au moins 8 enfants, dont l’ainé, Hervé d’Aubigné. Dans le cartulaire de la Jaunière on trouve l’indication que François d’Aubigné, seigneur de la Parnière, tenait à foi et hommage plain de la seigneurie de la Jarnigandière mouvante de Montaigu, la métairie de la Caillère et la moitié du droit de terrage de la Boutaire (toutes aux Brouzils) (8). L’extrait du cartulaire peut se dater vers 1470. 
Hervé d’Aubigné, fils du précédent, seigneur de la Touche, la Jousselinière et la Parnière, fit son aveu pour la Parnière le 10 juin 1499 au baron de Montaigu, Gilles de Belleville, tenue à foi et hommage lige (9). Il devait sa ligence de 40 jours en sa maison de ligence située à l’Herbergement-Entier (sud-ouest de Montaigu), appelée communément la ligence de la Parnière. L’hôtel noble de la Parnière est décrit ainsi : « avec ses issues, entrées, vergers, courtils (jardins), treilles, étangs, vignes, bois, garennes, prés, terres gastes (landes), gaigneries (terres labourables), cens et rentes en blés, deniers, chapons, gelines (poules), bians (corvées) de bras et de bœufs, terrages, terrageries (terres soumises au terrage), dimes de bêtes, complant (vigne), usages de bois gros et menus, justice, juridiction basse et autres droits de noblesses ». À cette date les domaines occupaient 8 septrées de terre labourable (15 ha environ), en pré journaux à 30 hommes (15 ha), en vigne journaux à 30 hommes ou environ (12 ha) et 10 septrées de bois (20 ha), le bois situé entre la forêt de Gralas et la Parnière. Cette énumération manque de précisions géographiques, mais on sait que d’autres terres de la métairie de la Parnière, les tènements de la Dublière, l’Oiselière et Briaudière relevaient de la seigneurie de la Roche de Chauché (10).

 
                                  Gravure d’O. de Rochebrune : château de Montaigu

De plus, le seigneur de la Parnière possédait des droits dans la forêt de Gralas, celle-ci appartenant au baron de Montaigu. D’abord celui de prendre tout bois sec, vert et mort pour son chauffage et autres nécessités, exceptés chênes, fainiers (hêtres) et châtaigniers, à condition d’avoir perdu le feuillage après la floraison. Ensuite il pouvait « prendre des abeilles crues (errantes) ou qui fussent venues d’épaves, … et les cueillir de l’arbre où elles seraient assises, et dudit arbre pourrait prendre auprès des dites abeilles jusqu’à 9,5 pieds et en faire ce qui lui plairait ». Pour ce « droit de noblesse des abeilles » il était tenu de payer chaque année un gallon de miel (5 kg) à la « vigile » (veille) « Pâques fleuries » (dimanche des Rameaux), estimé à 5 sols en argent par an. En plus il pouvait se fournir en rortes (liens, d’osier de préférence) nécessaires pour faire le labourage de ses terres (attaches des bœufs) dans la partie de la forêt appelée le Pastureau, et prendre les restes des arbres coupés et non marqués par le verdier de la forêt (garde-forestier). Enfin il avait le droit de faire pâturer ses « bêtes aumailles (gros bétail), bœufs, vaches, veaux, génisses, chevaux, poulains, porcs et autres bêtes ».

Le seigneur de la Parnière tenait aussi sous son hommage sa sergentise (fief chargé d’un service) sur les paroisses des Brouzils, de Boufféré, de Saint-Denis-la-Chevasse, Mormaison, Saint-Sulpice-le-Verdon, Bevereau (près de Montaigu), pour ce qui était du ressort de Montaigu. Il pouvait déléguer son office à un alloué (titulaire d’une charge judicaire), préalablement agréé par le sénéchal ou châtelain de Montaigu. La sergentise de la Parnière constituait un office de justice de la baronnie de Montaigu chargé de fonctions financières locales : amendes, inventaires, prélèvements de certaines rentes, gardant une partie des prélèvements pour se rémunérer. L’aveu de 1499 énumère dans le détail les redevances concernées : amendes de justice, inventaires, demande de corvées de bœufs, abattage des bestiaux. Pour cela le seigneur de la Parnière devait chaque année un devoir appelé quinzaine de mai, valant 17 sous 6 deniers. Les valeurs des péages sont précisées pour chacune des denrées transitant aux limites de la châtellenie de Montaigu (au pont Sainte-Mesme), dans les villes de l’Herbergement-Entier et autres paroisses, en certaines fêtes ou occasions (foires et marchés), et comprenant des exceptions bien sûr. S’ajoutent aussi des redevances en argent, et volailles dues par les teneurs de nombreux tènements des paroisses aux alentours du ressort de Montaigu, mais ne comprenant pas Chauché.


L’aveu décrit dans le détail les 4 droits de corvées à sa demande, fournies par les teneurs des tènement Cailleau des Mortiers et Chemairière des Brouzils : 
- pour aller aux marais quérir du sel une fois l’an, 
- aux alentours de la terre de la Parnière en temps d’hiver 
- à couvrir les blés au temps de la Saint-Michel, 
- pour faner tous les prés de la Parnière, jusqu’à ce que le foin soit sec et mis en meulons (meules ou tas), et le conduire en la grange de la Parnière. 

Tous ces droits sont estimés valoir chaque année environ 100 livres. Et s’y ajoutent des fiefs vassaux et tènements roturiers tenus de la Parnière. C’est le cas du fief du Marchais près la Mothe Girard aux Brouzils, tenu à foi et hommage, ainsi que les villages du Chêne, des Girairières (Brouzils). Sont tenues aussi sous l’hommage de la Parnière une rente de 3 mines (24 boisseaux) de seigle, prélevée à la Chemairière et due aux héritiers de Philippe de la Garde (Rocheservière), une autre rente d’une mine de seigle due à Jean Grignon sieur de la Robretière (Chavagnes). 

Gravure d’O. de Rochebrune :
 
porte du château de Sigournais
Hervé d’Aubigné épousa en 1509 Catherine de Sainte Flaive, déjà veuve de Louis de Villeneuve en Anjou. Elle était la fille de Guy de Sainte Flaive (v1432-v1486) seigneur de Sigournais, Languiller, Sainte-Flaive et fief Goyau, et de sa deuxième épouse, Roberte de Coningham. Catherine de Sainte Flaive et Hervé d’Aubigné transigèrent en 1517 avec la fille de Jacob de Sainte Flaive (demi-frère de Catherine), Jacquette, et son mari Jean de Belleville, seigneur de Languiller. Elle avait aussi comme demi-sœurs Jacquette, qui épousa Guyon de Rezay, seigneur de la Jarrie et de la Roche de Chauché, et Françoise, qui épousa René de la Tremoïlle seigneur de l’Herbergement-Ydreau (devenu l’Oie).

Hervé d’Aubigné vendit le fief de la Maisonneuve (alors situé à Saint-André-Goule-d’Oie et depuis 1640 à la Rabatelière) au seigneur de la Mancellière, Jean Prévost, avant 1499, année où ce dernier y fit construire les bâtiments d’une métairie (11). Hervé d’Aubigné possédait la Roche Mauvin, comme on le voit dans une offre de foi et hommage plain de son fils en 1546.


Avec Catherine de Sainte Flaive il eut : 
- René d’Aubigné, qui suit, et qui épousa en 1531 Renée d’Escoubleau de Sourdis, 
- Antoinette, qui épousa en 1535 Jean III de Rorthais, seigneur de la Durbelière, 
- Hardy, seigneur de la Touche, 
- Renée, morte jeune. 

René d’Aubigné, seigneur de la Touche, Jousselinière et Roche-Barathon, la Peronnière et les Nouhes, possédait plusieurs domaines dans la contrée en 1550, outre la Parnière : 
- Le fief-métairie de la Roche Mauvin à Saint-André-Goule-d’Oie. Il a donné une procuration au fermier des lieux, Guillaume Moreau, pour en faire le 22 juillet 1546 la foi et hommage plain avec droit de rachat à un cheval de service, qui fut reçue par le sénéchal de Languiller et des Bouchauds, établi aux Essarts (12). Plus tard la Roche Mauvin passa à sa sœur Antoinette 
- « Des choses » au village de la Chataigneraie (Essarts) avec Jean de Ligny, seigneur du Boisreau à Chauché, tenues sous l’hommage de Languiller à la baronnie des Essarts (13). 
- La moitié des terrages de la Limouzinière (Chauché) avec Jarnigand seigneur de la Benetière (Chauché), tenu sous l’hommage de Languiller, et l’autre moitié sous l’hommage de la Barotière (Chauché), alors possession du seigneur de la Chapelle (14).

Rorthais (v1540-1610)


Antoinette d’Aubigné, sœur de René d’Aubigné, apporta à son mari Jean de Rorthais, notamment la Parnière, la Roche Mauvin et la moitié des terrages de la Limouzinière. Pour cela il dut y avoir un partage entre les enfants d’Hervé d’Aubigné aux alentours de 1550. Les Rorthais sont une famille noble d’origine chevaleresque qui a donné les branches de Montbail, la Durbelière et la Poupelinière. La Durbelière était située proche de Mauléon (Deux-Sèvres) et le célèbre général vendéen, Henri de La Rochejaquelein y naquit en 1772. Dans un aveu de la Chapelle Begouin à Languiller du 29 mai 1579, est décrite la possession par Antoinette d’Aubigné, dame de la Durbelière et de la Parnière, de la moitié par indivis sur la Limouzinière (Chauché). Sa surface exploitée était de 25 septrées (163 boisselées ou 50 ha). Les redevances qu’elle perçoit sont (14) :

-          La moitié des dimes des bêtes, laines, lins, chanvres et potagers (produits du jardin) qui peuvent bien valoir par an 5 sols de rente ou environ.

-          De plus elle prend comme ses prédécesseurs la moitié du droit de terrage, ce dernier étant de 1/6e des récoltes, valant par an 3,5 setiers de blé ou environ à la mesure des Essarts (56 boisseaux, soit 860 kgs de seigle environ au total, dont elle prenait la moitié).

-          La rente qu’elle touche se monte à 10 sols, 4 chapons et 2 gelines (poules) à noël, et 15 sols à la fête de Saint-Jean-Baptiste.

-          S’y ajoute une autre rente en blés : 7 boisseaux de seigle et 7 boisseaux d’avoine à la mesure des Essarts au terme de mi-août.

-      Enfin elle peut requérir une corvée de 4 bœufs avec une charrette et 2 hommes pour les conduire, un jour toutes les quinzaines. Ces corvées féodales évolueront au 18e siècle vers une corvée de laboureurs à bras par semaine. C’est une rareté à signaler, quand on la compare avec la situation des corvées féodales à Saint-André-Goule-d’Oie, où dès le 17e siècle leurs valeurs avaient toutes été incorporées dans le cens ou les rentes existantes. 


Le fief-métairie de la Roche Mauvin a été vendu ensuite par échange au seigneur de la Rabatelière à

la fin du 16e siècle, par Jean de Rorthais, seigneur de la Durbelière (15). Il a conservé la Parnière

car en 1581, lors de l’attestation du paiement du fermier de la Parnière, on voit que celle-ci est tenue

La Roche Mauvin  (Saint-André-Goule-d’Oie)

de la Roche de Chauché par Antoinette d’Aubigné, dame de la Durbelière et de la Parnière (16). 

Jean de Rorthais et Antoinette d’Aubigné eurent 3 enfants connus : 
- François de Rorthais, seigneur de la Durbelière, de la Trappe et de la Parnière, qui épousa d’abord Antoinette Tourteau, puis en 1585 Jacqueline de la Chataigneraie. 
- Urbain de Rorthais, abbé commendataire de Beaulieu, prieur de Courson et du Puits Notre-Dame, conseiller aumônier ordinaire (titre honorifique) de la reine douairière de France, Catherine de Médicis. Henri IV le choisit pour l’évêché de Tours en 1592. 
- Catherine, qui épousa en 1561 Charles Petit de Salvert.

François de Rorthais. Il nous est connu presque uniquement dans une affaire judiciaire. Il fut en effet condamné par sentence de la cour seigneuriale des Essarts du 6 juin 1585 à faire la foi et hommage lige sans ligence, devoir de rachat et 5 sols annuels de garde, au seigneur de la Chapelle (René Begaud), à cause de la Chapelle et pour raison de la moitié par indivis de la Limouzinière. Le seigneur de la Chapelle avait abonné son devoir de rachat à Languiller par amortissement, ce qui n’avait aucune conséquence sur le droit de sous-rachat de la Chapelle sur la Limouzinière, contrairement à ce qu’avait espéré François de Rorthais (17).  

François de Rortais et Jacqueline de la Chataigneraie eurent une fille, Renée de Rorthais. Elle était mineure et orpheline en 1598, et c’est son oncle, Urbain de Rorthais qui fit l’offre de foi et hommage cette année-là à la Chapelle Begouin, pour la moitié du fief de la Limouzinière de Chauché, au nom de sa nièce (18).

Pierre de Meules, seigneur de Fresne, chevalier de l’ordre de Saint-Michel et maître de camp (colonel) d’un régiment d’infanterie, épousa Renée de Rorthais en 1602 (19). De leur mariage est issu Louis de Meulles, chevalier seigneur du Fresne et de la Durbelière, époux en premières noces de Madeleine Girard de Charnacé, et en deuxièmes de Marie-Anne Duvergier de la Rochejaquelin (20).

Dans un aveu à la Roche de Chauché du 14 juillet 1610, est cité René (Pierre) de Meules tenant le tènement de la Debuterie à foi et hommage plain à cause de sa femme Renée de Rorthais. Il est qualifié de seigneur du Fresne et de la Parnière, et tenait sous le même hommage le tènement de l’Oiselière  voisin, et celui de la Briandière, le tout constituant la ferme de la Parnière (21). 

Gourdineau (1614-1723)


On ne sait pas comment le fief de la Parnière passa après 1610 de Pierre de Meules à la famille Gourdineau, de manière avérée dès 1615, par achat ou par mariage probablement. Les Gourdineau étaient implantés en Bas-Poitou comme le suggère le mariage de Pierre Gourdineau, sieur de la Haustière, à Chavagnes-en-Paillers le 6 février 1622 (vue 9 du registre paroissial accessible sur le site des Archives de Vendée) avec Renée Laheu, dame de la Coussière.

Michel Gourdineau, seigneur de la Haustière (ou Hauttettière) et de la Parnière, rendit un aveu vers 1615 pour la Parnière à Montaigu. La copie du texte est imparfaite à cause de la détérioration de l’original. On note des droits supplémentaires par rapport à l’aveu de 1499 ci-dessus, sur des villages et tènements à Saint-Georges-de-Montaigu : Pitière (27 boisselées) et autres pièces des Begaudières et Corbinières. Aux Brouzils : les Baudrières, la Serazinière (proche la Brelaizière), la Bonninière, et le tènement du censif Cobergeau (près le village de la Sauvetrière). À Saint-Denis-la-Chevasse le tènement de l’Ouvrardière (22).

Michel Gourdineau rendit un aveu le 18 aout 1650 à Languiller pour raison de droits à la Vrignonnière de Chauché, parfois appelée la Vrignonnière Girardeau (23). Il y est indiqué comme demeurant à la Parnière. Sur la Vrignonnière il avait droit de juridiction basse, lods et ventes (droits de mutations) et tous émoluments de fiefs. Il avait aussi des droits d’usage dans la forêt de Gralas faisant 600 hectares, celle-ci appartenant en 1668 aux héritières de Gabriel de Machecoul, marquis de Vieillevigne, Montaigu et autres lieux, et de Renée d’Avaugour. Un conflit surgit en 1662 entre ces héritières et plusieurs usagers de la forêt, dont Michel Gourdineau. Ce dernier fit valoir qu’il avait acquis le 12 mai 1614 avec Elizabeth Rabot (sa femme très probablement), la métairie de la Chemairière (Brouzils) de François Limousin, seigneur de la Michelière. Cette terre, relevant de Montaigu, avait un droit d’usage dans la forêt de Gralas. Puis dans un aveu de la Parnière du 30 juin 1646, il est indiqué que celle-ci avait dans la forêt le droit de bois mort pour son chauffage, et celui de prendre des abeilles errantes avec redevance d’un galon de miel (24), comme on l’a vu plus haut dans un aveu de 1499.  Avec les autres usagers de la forêt de Gralas le seigneur de la Parnière revendiquait de garder ses droits d’usage. Il eut gain de cause par jugement de la Chambre des réformations des Eaux et Forêts au siège général de la Table des Marbres du Palais à Paris le 23 juillet 1668, jugeant en dernier ressort (25).

En 1677 Michel Gourdineau avec Gabriel de Plouer, seigneur de la Chopinière (Sainte-Cécile) et mari de Marie Gourdineau, firent une transaction avec Barthélemy Soulard pour transformer une créance qu’ils avaient sur lui en rente sur la Vrignonnière de Chauché (26);


La Vrignonnière (Chauché)

Michel Gourdineau, seigneur de la Parnière, fit offre de foi et hommage le 30 juillet 1681 à Philippe Chitton, seigneur de Languiller à cause de Languiller, pour raison des tènements de la Robinerie et de la Vrignonnière (Chauché). Mais les deux hommes s’opposaient sur la nature de certaines redevances, nobles ou roturières, prélevées dans ces deux fiefs. La querelle avait donné lieu à une première sentence en 1675 de la cour des Essarts condamnant Michel Gourdineau à payer à Philippe Chitton les bians (corvées) dus sur la Robinerie et la Vrignonnière. La sentence avait été confirmée en appel en 1678 par le sénéchal de Thouars (suzerain des Essarts), puis infirmée en recours devant le présidial de Poitiers en 1679. Le 19 mai 1681, le parlement de Paris avait accepté le recours en dernier ressort fait devant lui par le seigneur de Languiller. Les actes de procédure s’y succédèrent avec ardeur ensuite des deux côtés (27). C’est alors que Gournideau crut habile de faire son offre de foi et hommage devant notaires au palais de justice de Paris, où il avait donné rendez-vous à Philippe Chitton. Moyennant quoi on a le texte suivant : « Aujourd’hui 31e et dernier jour de juillet l’an 1681 sur les onze heures, en la compagnie des conseillers du roi notaires au Châtelet de Paris soussignés, Michel Gourdineau, écuyer sieur de la Parnière, demeurant ordinairement à Marigny-en-Brie (baillage de Château-Thierry), étant de présent à Paris logé rue Jean de l’Epine, s’est transporté en la grande salle du Palais à Paris, où étant, il aurait rencontré Philippe Chitton, écuyer ... ». Les notaires poursuivent en écrivant que Gourdineau, s’adressant à Chitton, « s’étant à cet effet mis en devoir de vassal, sans épée ni éperon, après avoir mis le genou en terre, lui a dit à voix intelligible qu’il lui portait la foi et hommage qu’il soutient faire à cause des dits fiefs susdits ... ». Chitton en retour a blâmé le seigneur de la Parnière « pour ce qu’il n’est ni en état ni en lieu où il se doit faire (l’hommage), attendu que c’est à son hôtel de Languiller où il doit faire ledit hommage, en présence des officiers qui le recevront quand il se mettra dans son devoir, puisque c’est au lieu seigneurial que l’on doit faire rendre les fois et hommages, et prêter le serment de fidélité à son seigneur, la main sur le saint évangile, ainsi qu’un vassal est tenu faire, suivant et au désir de la coutume du Poitou où les lieux sont situés, et non en la salle du Palais où ces sortes d’actes ne se peuvent faire valablement ... » (28). On a là un des exemples du comportement chicaneur et inflexible de Philippe Chitton. Jugé comme défectueux, Gourdineau fut condamné à faire de nouveau ses devoirs et obéissances par arrêt du 2 septembre 1682 (29). Ce texte nous transporte dans l’univers du droit féodal et nous donne une information précieuse : le seigneur de la Parnière vivait à cette date dans la petite commune aujourd’hui appelée Marigny-en-Orxois près de Château-Thierry (Aisne). Sa fille Michelle se mariera et vivra dans la province de Brie. Il ne faudra pas s’étonner en découvrant plus tard que la Parnière était laissée à l’abandon. Quant au procès, il se termina en 1684 par la condamnation de Gourdineau par le parlement de Paris à payer à Chitton deux rentes nobles annuelles : 3 boisseaux de seigle et 3 sols et 1 chapon (29).


Robert et Majou (1723-v1750)


Alexis Robert lui succède à la Parnière, étant l’héritier de Michel Gourdineau ci-dessus (30). Très probablement était-il son petit-fils et fils de Renée Gourdineau (1630-1688), qui avait épousé Jean Robert, seigneur de la Générie (Clouzeaux) et des Pacaudières (La Couture). Renée Gourdineau est décédée le 21 janvier 1688 à La Couture (vue 25). Ils eurent Renée et Suzanne, jumelles nées le 30-9-1673 à La Couture (vue 4). L’historien Maurice Maupilier leur a trouvé d’autres enfants (31) : 
- René Robert (1660-1694) seigneur de Générie et d’Aubigny, marié à Claude de Beynac (1674-1751). 
- Paul Robert, mort en 1691. 
- Suzanne Robert, mariée le 18 mai 1693 avec Eusèbe Girard (Session du conseil général de la Vendée, rapport des chefs de service, 1894, 4 Num 220/150, page 402, vue 159). Elle était veuve en 1720.
- Alexis Robert, seigneur des Pacaudières et possesseur de la Parnière, marié à Agathe Boucquet et mort en 1706. Son fils Alexis mourut jeune, assassiné en 1724.

En 1701 Alexis Robert était en procès à la cour présidiale de Poitiers contre Gabriel Antoine de Creux, marquis de Montaigu, sur le paiement du droit de ligence de la Parnière. On constate que le devoir de ligence de la sergenterie n’était plus rempli personnellement par le seigneur de la Parnière, et qu’en conséquence ce dernier se refusait à verser les devoirs financiers qui y étaient liés. Le suzerain de Montaigu prétendait au contraire convertir cette obligation personnelle en une obligation réelle en argent (32). L’information est intéressante en ce qu’elle révèle l’obsolescence à cette époque des droits seigneuriaux de la sergenterie issus du Moyen Âge, dont la valeur en argent s’était considérablement dévaluée avec l’inflation. Deux exemples de l’aveu de 1499 pour s’en rendre compte : le droit d’herbeaux consistant à prélever à la Saint-Michel sur les débiteurs de rente en avoine, 1 denier pour chaque setier dû (soit 16 boisseaux), et le péage d’1 denier perçu sur chaque marchand d’oignons, moutarde ou autres graines entrant en la châtellenie de Montaigu chaque Saint-Georges et Sainte-Radegonde (le denier était en plus partagé par moitié avec le prévôt de Saint-Georges-de-Montaigu). En pratique « le jeu n’en valait plus la chandelle ». 

La Parnière

En 1703 Alexis Robert demeurait à la Parnière, ayant une dette de 49 livres 9 sols envers Jeanne Jeullin, veuve de Joachim Merland sieur des Charprais, la mère de Jacques Merland sieur de Champeau et futur fermier de la baronnie des Essarts (33). Ce ne devait pas être la seule dette, car la maison noble de la Parnière et ses dépendances fit l’objet d’une saisie réelle sur Alexis Robert à une date non repérée, comme on l’appendra plus tard dans un acte de 1723, à la requête de deux créanciers : André Chevallier et Pierre Grondel, marchands (34).


Et puis on a un aveu pour la Bironnière et la Vrignonnière en 1720 d’Anne Joseph de Lespinay, pour sa femme Marie Michelle Gourdineau (1670-1754), fille de Michel Gourdineau. Dans cet aveu Anne Joseph de Lespinay est dit seigneur d’Artonges (Brie) et de la Parnière (35). Renée et Marie Michelle Gourdineau étaient-elles sœurs ? C’est probable et en tout cas la Parnière passa du fils de Renée à Marie Michelle. Celle-ci épousa en 2e noces Antoine François de Chavigny. Elle est morte en son château d’Artonges en Brie (Aisne) le 24 mars 1754 à l’âge de 84 ans, loin de la Parnière qui avait été entre les mains d’un adjudicataire du bail judiciaire, Nicolas Papin pour les années 1722, 1723 et 1724. Ce dernier rendait compte de sa gestion à un contrôleur des saisies réelles de la sénéchaussée et siège présidial de Poitiers (Pierre Mathieu Babinet).

Les bâtiments de la Parnière étaient en mauvais état, et Nicolas Papin fit une requête le 23 février 1723 au lieutenant général du Poitou pour lancer une procédure d’expertise des dégâts, lequel ordonna une commission spéciale à cet effet. Le lendemain 24 février le contrôleur aux saisies nomma comme son procureur pour la visite de la Parnière Louis Basty, procureur (avoué) en la cour de justice de la Rabatelière (36). Par ordonnance du 3 avril 1723 Pierre Gourraud, sénéchal et seul juge ordinaire civil et criminel des vicomtés et châtellenies de la Rabatelière, Jarry et Raslière, nomma deux experts pour la visite et l’estimation des réparations les plus urgentes et nécessaires à faire à la Parnière. Les deux experts nommés d’office sont François Suire, maître maçon demeurant au village de la Haye à la Rabatelière, et Mathurin Debien, maître charpentier demeurant à la Parnière (37). Le même juge a donné acte, le 5 aout 1723, à ces deux experts de leur acceptation et serment, et a fixé leurs honoraires à 40 sols chacun pour leur journée (plus du double des gages d’une journée dans le métier). Alexis Robert avait été assigné à comparaitre en la personne de son avocat, qui ne comparut pas. Le juge le déclara défaillant et le texte de l’ordonnance ne fait pas allusion à son décès intervenu, son assignation ayant apparemment été faite pour la forme. Malheureusement le contenu du dossier accessible s’arrête là et on ne peut pas profiter de la visite des lieux.

On trouve au début de l’année 1725 un nommé Jean Majou ayant acquis la métairie de la Parnière (tènements de l’Oiselière, Dublière et Briaudières). Probablement l’a-t-il achetée aux enchères devant un tribunal. Il avait payé le tout 9 000 £, y compris les droits de lods et ventes et rachats (droits seigneuriaux de mutations) pour 2 100 £ (38). Nous le savons par un procès intenté contre lui par le seigneur de Puytesson au tribunal seigneurial de la Jarrie (Saligny) pour défaut de paiement des droits de mutations seigneuriaux. Or l’acquéreur les avait tous payés au seigneur de la Rabatelière. Majou fut condamné par le sénéchal de la Jarrie le 6 mars 1725. Il fit appel au présidial de Poitiers, appelant en garantie le seigneur de la Rabatelière, et finit par avoir gain de cause (39). C’est qu’alors la seigneurie de la Roche de Chauché, vassale de la Jarrie et suzeraine de la Parnière, était partagée par moitié entre les seigneurs de Puytesson et de la Rabatelière, et les droits seigneuriaux se partageaient aussi par moitié. À cette époque le métayer de la Parnière s’appelait Michel Caillaud (40). Jean Majou, sieur des Coudrais, demeurait à la Loubinière-des-Champs en la paroisse de Sainte-Pazanne (41).

Après cet épisode qui se termine en 1726, la documentation fait défaut jusqu’en 1759, où apparait le nom du futur propriétaire des lieux.


Les Forestier (v1785-v1830)


« Dame Renée Gralepois, de la Parnière », âgée de 36 ans, épousa le 26 juin 1759 aux Brouzils (vue 113 du registre paroissial 1753-1760 AD2E038) Joseph Forestier, âgé de 38 ans, demeurant à Chauché et veuf de Marie Madeleine Jagueneau. Sans archives sur la propriété à cette époque il nous faut se contenter de suivre les propriétaires par leur état-civil, désormais des roturiers. Au jour de ce mariage la mariée est orpheline de ses parents, René Gralepois et Marie Canteteau, mariés aux Brouzils le 25 septembre 1718 (vue 73). Or le 19 juin 1725 un René Gralepois avait été adjudicataire des revenus de la métairie de l’Oiselière (Parnière), saisis féodalement à la requête et au profit du seigneur de Puytesson, sur son propriétaire Jean Majou comme on vient de l’évoquer. C’est donc probablement le même René Gralepois qui acquit la maison de la Parnière à une date inconnue, vendue probablement par le sieur Majou de Sainte-Pazanne. René Gralepois est qualifié de « maitre » au mariage de son autre fils René Gralepois le 20 février 1759 aux Brouzils avec Marie Bouron (vue 110). Le mot désignait alors un artisan ayant des ouvriers ou quelqu’un exerçant une profession libérale au sens actuel du mot.

En 1788 le seigneur de la Rabatelière fit abattre des arbres au bord du chemin traversant sa forêt de Gralas à partir de la Parnière. Il note dans son livre de compte : « Payé à Lucas pour faire aligner l’avenue de ma forêt d’aller de la Parnière à la Pierre Blanche : 9 livres » (42).


On connait trois enfants à Joseph Forestier et Renée Gralepois, habitant à la Parnière, baptisés aux Brouzils : 
- Charles Joseph né le 13 décembre 1761 (vue 141) et décédé le 28 novembre 1796 (vue 36). 
- Marie Anne née le 19 décembre 1763 (vue 9). 
- René Pierre né le 2 avril 1766 (vue 127).

On a une anecdote intéressante sur le fils ainé, Charles Joseph. Il avait 22 ans quand le garde-chasse du château de la Rabatelière le surpris en train de chasser illégalement le 13 septembre 1783 aux environ de la maison de la Roche de Chauché. Dans son procès-verbal le garde-chasse, Pierre You, écrit : « j’ai aperçu le sieur Forestier le jeune, praticien, demeurant à la Parnière, dans une pièce de terre qui était en blé nouvellement coupé située près de la Roche, étant des fiefs et seigneuries, lequel avec un fusil et 2 chiens, l’un courant et l’autre couchant, chassait, et d’autant qu’il n’est de qualité requise et n’a ni droit ni permission ». Il était praticien, c’est-à-dire qu’il connaissait la pratique des lois, notamment l’ordonnance sur les Eaux et Forêts de 1669 interdisant la chasse aux non possédants de fiefs sur les domaines des fiefs, comme celui de la Roche de Chauché alors possédé par le châtelain de la Rabatelière. « Comme j’avançais vers lui pour lui faire commandement de me remettre le fusil qu’il portait, il s’est mis à fuir sans qu’il m’ait été possible de le joindre malgré que je lui aie crié que je lui faisais commandement de me remettre son fusil, ce que j’ai pris pour un formel refus de sa part de satisfaire à mon commandement. » Le garde alla déposer son procès-verbal à la maitrise des Eaux et Forêts de Fontenay-le-Comte le 3e jour suivant, où il jura de sa vérité la main levée (43). 
La suite judiciaire, que nous ne connaissons pas, était de la responsabilité de cette administration. Forestier le jeune dut bien avouer à ses parents sa mésaventure, et sans doute fut-il heureux 6 années plus tard de découvrir les décrets publiés après la nuit du 4 aout 1789 pour « détruire entièrement le régime féodal ». Le privilège exclusif de chasse dans les fiefs nobles fut aboli. Mais le décret du 30 avril 1790 interdit ensuite de chasser sur le terrain d’autrui sans l’accord du propriétaire, ce qui dut le décevoir avec tous les braconniers de la contrée, toutes opinions confondues.

René Pierre Forestier (1766-1840) était marchand, demeurant à la Parnière lors de son mariage le 4 juillet 1785 à Chauché (vue 79) avec Marie Anne Jeanne Cailleteau (1759-1803) (44). Celle-ci, baptisée à Chauché le 31 août 1759 (vue 126), était la fille du fermier de Languiller, Pierre Cailleteau (1736-1784) et d’Anne Roy (1739-1816). Ils habitaient au logis (appelé alors château) et géraient par sous-location la grande métairie des lieux (exploitant eux-mêmes la borderie du logis) et trois autres métairies aux Essarts et à Chauché. Anne Roy, fille d’un bordier de Maurepas (Chauché) et de Françoise Cauneau, avait un frère, François, qui épousa Marie Forestier, sœur du curé de la paroisse, Charles Louis Forestier. Un frère de Pierre Cailleteau, Jacques, épousa une tante du maire de Saint-André-Goule-d’Oie, Marie Bordron.


Pierre Cailleteau est mort en 1784. Outre sa fille Marie Anne, il eut : 
- Anne Louise (1769-1831), mariée à Augustin Beneteau d’abord (le 11-11-1795 vue 32 du 2e registre clandestin de Chauché), puis à Honoré Fumoleau. 
- Jean Marie (1773-1855), célibataire, qui fut maire de Chauché en 1799 et dans les débuts de Napoléon, d’obédience républicaine, puis en 1830 servant les orléanistes. Ses notes sur le registre d’état-civil de Chauché révèlent un esprit cultivé et des opinions politiques fermes mais d’un comportement pacifique. 
- Anne Adélaïde (1775-1853), mariée en 1802 à la Copechagnière avec Pierre Rezeau (1764-1813), marchand de bois, et surtout un chef vendéen nommé par le général Charette chef de la division de Montaigu en fin 1793. 
- Pierre Louis (1777-1852), 16 ans en 1793, combattit aux Cent Jours en tant que capitaine, et fut percepteur des communes de Chauché, la Rabatelière et la Copechagnière. En récompense de son engagement il reçut un fusil d’honneur sous le régime de la restauration monarchique (45).

-        Marie Jeanne (1781-1837), mariée à Chauché avec Hélie Brisseteau

La sœur de Pierre Cailleteau, Marie Anne, épousa René Bossard, devenu fermier de la Chapelle après avoir travaillé à Languiller avec ses beaux-parents. Son fils, François Bossard (1769-1801) fut capitaine de la garde nationale de Chauché à la fin de 1790, subissant l’animosité du camp royaliste de la commune dès 1791.Il fut agent (maire) de Chauché sous le Directoire, d’obédience républicaine. En mars 1799 il fut élu président de la municipalité cantonale de Saint-Fulgent, nécessairement républicain dans le contexte local de la période.


Dans cette belle-famille, ouverte aux courants politiques opposés, René Pierre Forestier était du camp de la Révolution. Il n’est pas facile d’expliquer pourquoi dans cette famille les opinions politiques avérées collent difficilement aux déterminismes de toutes sortes, avancés habituellement pour décrire les engagements vendéens pendant la Révolution. C’étaient des paysans aisés et instruits assimilables à la bourgeoisie des gros bourgs, et leur capacité à faire des choix personnels est un fait à prendre en compte. Faut-il s’en étonner au moment où la liberté individuelle devenait une valeur sacrée dans les croyances et les discours des républicains ? René Pierre Forestier fut élu électeur du canton des Brouzils en 1792 avec 6 autres personnes. À l’époque le suffrage était à deux degrés, et ce sont ces électeurs qui furent admis à élire du 2 au 8 septembre 1792 à la Chataigneraie les députés de la Vendée à la Convention Nationale. Parmi ces électeurs se trouvaient aussi son frère, Charles Joseph Forestier, également propriétaire à la Parnière, ainsi que Louis François Michel Dubucquois, curé constitutionnel de l’Herbergement (46). Ces électeurs étaient élus par peu de citoyens, ceux qui étaient favorables aux nouvelles autorités révolutionnaires, leurs adversaires rejetant massivement les élections. Être élu plus tard en 1799 dans le bocage vendéen emporte la présomption d’une opinion favorable à la Révolution, comme on le constate dans le canton de Saint-Fulgent. De la présomption on passe à la certitude pour les frères Forestier, car ils ont dû se réfugier à Montaigu dès le 28 octobre 1793, puis à la Chapelle-Themer (47). Ce fut le lot de certains de ceux qui étaient favorables à la Révolution dans le bocage. Cela dépendait apparemment de l’ambiance locale et des individus, et il semble qu’à Chauché l’atmosphère a pu être « électrique ». Les révoltés vendéens, formant la majorité de la population, appelaient avec mépris ces « bourgeois » républicains des « patauds » et leur faisaient la chasse. Ainsi au décès de son frère Charles Joseph Forestier à Montaigu le 8 frimaire an 5 (28-11-1796, vue 36/72), René Pierre Forestier, étant témoin, est indiqué comme agriculteur demeurant à Montaigu. Ce qu’on ne sait pas, c’est s’il a fui temporairement Chauché à son initiative pour se réfugier, ou s’il a fait l’objet de menaces. Les comités communaux royalistes mis en place après la révolte de mars 1793 ont eu pour consignes en effet de mettre en demeure leurs ennemis de combattre à leur côté ou de quitter la contrée (48). 

La Chapelle-Themer

Le repli à la Chapelle-Themer (dans la plaine du sud Vendée sous la protection des armées républicaines) s’explique par la présence de Jean Gralepois, un parent qui avait acheté le domaine de la chapellenie de la Jarnie-Gandière aux Brouzils le 5 mai 1791, vendu comme bien national, ainsi que des terres de la cure des Brouzils le 28 avril 1792. À la Chapelle-Themer Marie Anne Cailleteau mit au monde deux de ses enfants, en 1795 et 1796. Un autre parent, Pierre Joseph Graslepois demeurant aux Brouzils avait acheté des terres dépendant de la cure des Brouzils le 8 aout 1791. Le district de Montaigu vendit tous les biens d’Eglise aux Brouzils (4 petits bénéfices ecclésiastiques et la cure), en beaucoup de lots, 24 au total dont 18 pour le seul presbytère et ses terres, à 16 acquéreurs différents en 1791 et 1792, presque tous demeurant dans la commune. Cette observation est à l’opposé de ce qu’on constate à Saint-André-Goule-d’Oie où l’on vendit les biens d’Eglise par blocs entiers à 4 propriétaires avant 1793 et le reste après, non sans difficulté avec certains habitants dans la paroisse. Et pourtant les deux paroisses se mobilisèrent pareillement dans la guerre de Vendée, ce qui confirme que ces ventes ont peu compté par elles-mêmes dans le déclenchement du soulèvement dans la contrée. René Forestier de la Parnière acheta le domaine du bénéfice du Chiron le 28 mars 1792. Son frère Joseph acheta à Chauché le bénéfice des Papions, et une maison à la métairie du Puytireau le 17 mars 1791 (49). On n’a pas l’inventaire des achats de biens nationaux par René Forestier, mais on relève qu’il revendit en 1808 à Thérèse de Martel, châtelaine de la Rabatelière, un petit pré situé le long du chemin de la Rabatelière à Chauché, provenant de l’adjudication au département de la Vendée du 1er floréal an 7 (20-4-1808) (50).

Le 11 février 1804 René Forestier racheta la terre de Languiller avec le logis, sa borderie (25 ha), ses deux grandes métairies, le bois de Languiller (92 ha), le tout à Chauché, et les métairies de la Justière et Foretière situées aux Essarts. Le vendeur était René Fabre, docteur en médecine et chirurgie à Nantes. Ce dernier l’avait acquise de la nation le 18 pluviôse an 6 (6-2-1798) en commun avec Vincent Luminais et compagnie. Puis dans un partage du 9 prairial an 7 avec ce dernier, il avait récupéré la pleine propriété de Languiller. René Forestier était entré en jouissance des biens achetés le 23 avril 1803, qu’il paya comptant 30 000 F (51), montant particulièrement faible comparé aux ventes de 1796, mais la valeur du franc a considérablement varié dans la période.

Sa femme est morte en couche à la Parnière le 30 thermidor an 12 (22-11-1803, vue 109 sur le registre des Brouzils). On imagine qu’elle a aimé revenir sur les lieux de son enfance en propriétaire, quelques mois malheureusement avant sa mort à l’âge de 44 ans. On remarque dans son acte de décès que son frère Jean Marie Cailleteau était alors fermier de Languiller. Il devait y vivre avec sa mère Anne Roy, et était toujours maire de Chauché. On ne sait pas si René Forestier le garda longtemps comme fermier. Lui-même y mourut le 11 juillet 1840 (vue 246). Il conserva néanmoins longtemps ses attaches aux Brouzils, y étant nommé maire par le préfet de janvier 1812 à juin 1814, secondé par son adjoint nommé Gralepois, à la suite du décès du maire précédent. Sept de ses enfants étaient nés à la Parnière entre 1789 et 1793, puis entre 1798 et 1803.

En limite du bois de Languiller vers la Girardière se trouvait un petit bois dit « des Héritiers », que René Forestier exploita, faisant abattre des arbres, car le considérant comme ayant fait partie du lot de Languiller vendu comme bien national et ayant appartenu auparavant au frère émigré de Thérèse de Martel, la châtelaine de la Rabatelière. Elle possédait le château et des terres attenantes, dont le bois des Héritiers, et elle contesta ce qu’elle considéra comme une appropriation illégale. L’enjeu de leur conflit était de déterminer le contenu du lot vendu par le département de la Vendée en 1798. Après une expertise, le Conseil de préfecture de la Vendée donna raison à Mme de Martel par arrêt du 25 mai 1812. En conséquence le tribunal de première instance de Napoléon-Vendée condamna le 15 juillet 1812 par défaut René Forestier à restituer à Mme de Martel la propriété du Bois des Héritiers et de la dédommager de la coupe de bois qu’il y avait effectuée (52). Devant le refus de payer de ce dernier, un huissier vint à la Parnière à son domicile le 13 janvier 1813 faire une saisie de meubles. Le procès-verbal note soigneusement les objets saisis dans chacune des pièces de la maison, René Forestier étant absent. Et le texte indique : « Louis Miguel, présent, demeurant à la Copechagnière, accepte d’être le gardien des meubles saisis. La vente est fixée au 30 de l’Avent sur la place du marché de Montaigu » (53). On ne connait pas la suite immédiate donnée à la saisie, mais Forestier ne lâcha pas. Il fit appel au Conseil d’Etat. Mais ce dernier rejeta son appel par ordonnance du 25 juin 1817 (54). Forestier dû payer les frais du procès perdu, la valeur des arbres abattus (900 F), et restituer le bois des Héritiers.


Querqui de la Pouzaire (v1830-v1842)


Après 1800, on n’a plus d’informations concernant la Parnière. Dans le premier cadastre des Brouzils (1838) on voit que le logis de la Parnière appartient avec ses terres à Sophie Querqui de la Pouzaire (55). Elle appartenait à une famille de la Marchegaizière depuis qu’en 1790 Auguste-Aimé Querqui de la Pouzaire avait épousé Henriette Marchegay. Un André Marchegay avait construit en 1645 le logis de la Marchegaizière situé à Saint-Denis-la-Chevasse (56). On comprend ainsi que les archives de la Parnière sont conservées à la Pouzaire de Saint-Hilaire-le-Vouhis.


Les Fauchet (depuis 1842)


Quand François Victor Fauchet (1817-1877) se marie aux Brouzils le 10 janvier 1842 (vue 309), avec Victoire Piveteau, il était domestique au Plessis le Tiers (Saint-André) et orphelin de ses parents. Ceux-ci, Joseph Fauchet et Marie Anne Audureau, avaient vécu à la Sauvetrière (Brouzils) à la naissance de leur premier enfant et on les suit à la naissance du troisième à la Girairière (Brouzils) et du cinquième (François Victor Fauchet) à la Bichonnière (Chauché). Cette itinérance était celle des métayers. Les parents de Victoire Piveteau (1818-1883), François Piveteau et Louise Begaud, ont vécu aux Brouzils. Sur leurs 6 enfants, deux moururent jeunes et deux autres sont restés célibataires.


François Victor Fauchet est venu habiter à la Parnière après son mariage, où sa femme y vivait déjà avec sa mère Louise Begaud et avec ses frères. Le père François Piveteau y était décédé le 12 octobre 1831 (vue 181). Louise Begaud avait 3,5 ha de domaines fonciers propres dans sa succession au bureau de Montaigu en 1855. On pense que les beaux-parents étaient métayers à la Parnière et François Victor Fauchet est entré dans la communauté de biens meubles déjà formée avec sa belle-mère, sa fille et ses deux fils. Au jour de son mariage le 10 janvier 1842 se sont aussi mariés le frère de la mariée, Louis Piveteau, avec la sœur du marié, Hyacinthe Fauchet. Cette pratique de marier les frères et sœurs dans deux familles n’était pas exceptionnelle. Les mariées devaient emmener leurs dots chez leurs maris, souvent sous forme d’avance d’héritages, ce qui affaiblissait le patrimoine de leurs propres familles. 

Eglise paroissiale de Chauché

Dans le contrat de mariage rédigé pour les deux mariages en même temps, on actait que chaque future épouse vendait sa part à sa future belle-sœur, ce qui en final gardait le patrimoine dans chaque famille d’origine. Dit autrement cela revenait à échanger les filles pour garder les patrimoines intacts entre gens de même condition. Quelle part avaient les sentiments dans la formation des couples à cette époque ? Les rares observations montrent qu’ils existaient généralement, mais on ne connait pas leur conception et leur importance dans ce milieu. Le beau-frère Louis Piveteau décèdera à la Chemairière des Brouzils le 13 avril 1872 (vue 106). Sur l’acte on lui attribue la profession de rentier. Sa femme décèdera à l’âge de 84 ans à la Parnière des Brouzils le 10 mars 1896 (vue 132). François Victor Fauchet mourra à la Parnière ainsi que sa femme. Il y avait acheté une maison en 1851 (57).

Jean Charles Fauchet (1845- ?) est leur fils qui leur succédera sur les lieux. Il épousa Marie Augustine Cossais et leurs trois enfants y sont nés, dont Victor Jean Joseph Fauchet, né le 8 juin 1871 (vue 111), qui continua la lignée des Fauchet à la Parnière. Marie Augustine Cossais était la fille de Jacques Louis Cossais, cultivateur et tisserand à Benaston de Chavagnes-en-Paillers. Ce double métier était tout naturel, quand on ne disposait que de peu de terres à cultiver. Parfois on qualifiait l’intéressé de bordier. L’agriculture contribuait à l’autonomie financière dans l’exercice d’un métier artisanal soumis aux aléas des commandes. Mais aussi l’artisanat procurait une ressource complémentaire à une activité agricole aléatoire au climat et peu rémunératrice. Cette situation était très répandue dans la contrée depuis fort longtemps.


Victor Fauchet (1871-1941) 
Victor Fauchet épousa Célestine Cossais, dont la lignée est différente de celle de sa belle-mère malgré l’homonymie. Elle était fille d’Alexis Cossais et de Marie Charpentier. Les enfants de Victor Fauchet et Célestine Cossais naquirent à la Parnière. Parmi eux, ma mère.


(1) Lieux-dits de Chauché, Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 29-2. 
(2) A. de Guerry, Chavagnes, communauté vendéenne, Privat, 1988, page 44. 
(3) Aveu de 1343 de la Normandelière à Montaigu, copie d’Amblard de Guerry dans son classeur d’aveux faite aux Archives Nationales, P. 47. 
(4) Anselme de Sainte Marie, Histoire de la maison royale de France et des grands officiers de la couronne, 1730, page 452. Et Gaston de Carné, Revue historique de l'Ouest, Volume 14, Bureaux de la Revue, 1898 - France (Google eBook). 
(5) Ibidem. 
(6) http://racineshistoire.free.fr/LGN/PDF/Aubigne.pdf 
(7) Mémoire vers 1680 disant que Languiller est chemier des Bouchauds, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/A 12-5. 
(8) Guy de Raignac, Dépouillement concernant les familles vendéennes, analyse du cartulaire de la Jaunière, Archives de Vendée : 8 J 100, page 59, vue 61 accessible par internet. 
(9) Aveu du 10-6-1499 de la Parnière à Montaigu, copie d’Amblard de Guerry dans son classeur d’aveux, faite aux archives de la Pouzaire. Dossier famille d’Aubigné. 
(10) 150 J/C 11, attestation de paiement du 6 juillet 1581 de la ferme de la Parnière. Et aveu du 14-7-1610 de la Roche de Chauché rendu à la Merlatière, Archives de Vendée, G. de Raignac, Dépouillements d'archives publiques et privées concernant les familles vendéennes, vol. 12, 8 J 101, pages 69 et 70. 
(11) 150 J/G 38, copie de l’aveu du 26-8-1514 de la Mancellière aux Bouchauds. 
(12) 150 J/G 35, réception d’hommage de la Roche Amauvin du 22-7-1546. 
(13) Aveu de Languiller et autres fiefs aux Essarts le 2 juillet 1605 reprenant un aveu de 1550, Archives de Vendée, travaux de G. de Raignac : 8 J 101. 
(14) 150 J/C 74, aveu du 29-5-1579 de la Chapelle Begouin. 
(15) 150 J/G 35, ferme du 24-11-1591 de droits de rachat à la Roche Mauvin. 
(16) 150 J/C 11, attestation de paiement du 6 juillet 1581 de la ferme de la Parnière. 
(17) 150 J/C 21, sentence du 6-6-1585 pour la Chapelle à cause de la Limouzinière. 
(18) 150 J/C 21, aveu du 29 octobre 1598 de la Parnière à la Chapelle Begouin pour la moitié de la Limouzinière en Chauché. 
(19) E. de Monbail, Notes et croquis sur la Vendée, réimpression en 1978 par Laffitte Reprints de l’édition de 1843, page 166. 
(20) Gilles Ménage, Vie de Pierre Ayraut, 1675, remarques, p. 127. 
(21) Aveu du 14-7-1610 de la Roche de Chauché rendu à la Merlatière, Archives de Vendée, G. de Raignac, Dépouillements d'archives publiques et privées concernant les familles vendéennes, vol. 12, 8 J 101, pages 69 et 70. 
(22) Copie partielle d’un aveu vers 1615 de la Parnière à Montaigu, copie d’Amblard de Guerry dans son classeur d’aveux faite aux archives de la Pouzaire. 
(23) 150 J/A 11, retrait lignager de Chitton sur Brunet et divers, pièce no 108. 
(24) Dans les comptes du régisseur de la Rabatelière du 3 mars 1757 on voit qu’un jalon de miel pesait environ 5 kg, valant de 2 livres en argent [Livre des comptes de la Rabatelière (1755-1767) et titres de propriété, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/K 6, page 31]. 
(25) M. de Gouttepagnon, Procès devant la Chambre des réformations des Eaux et Forêts au siège général de la Table des Marbres du palais à Paris, Revue du Bas-Poitou, 1897 2e livraison, pages 184 à 191 (vues 35 à 38 accessibles sur le site des Archives de Vendée). 
(26) 150 J/F 34, transaction du 10-3-1677 entre Barthélemy Soulard, Gabriel de Plouer seigneur de la Chopinière et Michel Gourdineau seigneur de la Parnière. 
(27) 150 J/C 42, arrêt du parlement de Paris du 6-6-1684 Chitton et Gourdineau. On y trouve l’historique des procédures. 
(28) 150 J/C 42, foi et hommage du 31-7-1681 pour la Robinerie et la Vrigonnière à Languiller. 
(29) Idem (27). 
(30) Mémoire vers 1701 sur le paiement d’un droit de ligence par la Parnière, Copie d’Amblard de Guerry dans un classeur d’aveux rendus au roi pour Montaigu en 1344. 
(31) Maurice Maupilier, Trois aigles d’azur au cœur profond de la Vendée, histoire de Mareuil-sur-Lay et du pays mareuillais, Le cercle d’or, 1980. 
(32) Idem (30). 
(33) Inventaire et partage du 1-4-1703 de la succession de Jeanne Jeullin, veuve Merland, Archives de Vendée, famille Babin et Cicoteau : 25 J/4, page 18. 
(34) 150 J/F 34, requête du 23-2-1723 de Nicolas Papin au lieutenant général de Poitiers demandant la visite de la Parnière. 
(35) 150 J/C 42, aveu du 23-9-1720 d’Anne Joseph de Lespinay à Languiller pour des droits seigneuriaux sur la Bironnière et la Vrignonnière (Chauché). 
(36) 150 J/F 34, pouvoir du 24-2-1723 du commissaire aux saisies à L. Baty pour le représenter à la visite de la Parnière. 
(37) 150 J/F 34, ordonnance du 3-4-1723 nommant 2 experts pour estimer les réparations à faire à la Parnière. 
(38) 150 J/C 18, appel en garantie du 26-11-1725 au présidial de Majou contre Bruneau. 
(39) 150 J/C 18 : ordonnance du 14-5-1726 du présidial de Poitiers d’un jugement de la Jarrie. 
(40) 150 J/C 18 : communication du 1-1-1726 de Chevalier à Bourot de 10 pièces du procès, page 4. 
(41) Ibidem : 150 J/C 18, page 2. 
(42) 150 J/I 55, livre des recettes et dépenses 1787-1789, page 28. 
(43) Procès-verbal du 13-9-1783 de chasse interdite à la Roche de Chauché, Archives de Vendée, maitrise des Eaux et Forêts de Fontenay : B 1441. 
(44) Familles de Chauché, Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 29-3. 
(45) P. Gréau, Les armes de récompense aux vétérans des armées de l’Ouest, La Chouette de Vendée, 2019, page 113 et 175. 
(46) Avant l’insurrection (1789-1792), Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 46-1, d’après Chassin, Préparations de la Guerre de Vendée, tome 3, page 51. 
(47) Les réfugiés, les frères Forestier, Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé boisson : 7 Z 104-1. 
(48) Claude Petitfrère, Conseils et capitaines de paroisse : des comportements démocratiques en Vendée ? Actes du colloque La Vendée dans l’Histoire, Perrin, 1994, page 67 à 80. 
(49) Répertoire de ventes de biens nationaux antérieures à la loi du 28 ventôse an IV, district de Montaigu, Archives départementales de la Vendée sous-série 1 Q. 
(50) Vente du 20-4-1808 d’un pré par Forestier à Thérèse Montaudouin, Archives de Vendée, notaires de Chavagnes-en-Paillers, Bouron : 3 E 31/23. 
(51) Vente du 21 pluviôse an 12 de Fabre à Forestier de Languiller, la Justière et Foretière, Archives de Vendée, notaires de Montaigu étude F, J. M. Brethé : 3 E 27/59-2, vue 200. 
(52) 150 J/C 68, jugement du 15-7-1812 du tribunal civil de Napoléon contre Forestier. 
(53) 150 J/C 68, saisie du 13-1-1813 de mobiliers à René Forestier. 
(54) 150 J/C 68, ordonnance du 25-6-1817 du Conseil d’Etat rejetant l’appel de Forestier. 
(55) Archives de Vendée, cadastre napoléonien des Brouzils, tableau des sections : 3 P 422, vue 252 accessible par internet. 
(56) Guy de Raignac, Histoire des châteaux de Vendée de l’époque féodale au 19e siècle, Ed. Bonnefonds, 2000. 
(57) Archives de Vendée, cadastre napoléonien des Brouzils, matrice des propriétés foncières : 3 P 3496, vue 4 accessible par internet. 


Emmanuel François 
Octobre 2020