jeudi 31 décembre 2020

SOMMAIRE

Une adresse du sommaire peut comprendre plusieurs articles

                                                                 LIVRES PUBLIES

Table des matières du livre : "Les châtelains de Linières à St André Goule d'Oie"

Autre Livre : Découverte d’un poète vendéen, Marcel de Brayer


                                                          ARTICLES SUR LINIERES
Ancien Régime
Précisions sur les premiers seigneurs de Linières, les Drouelin (13e siècle)
Les fiefs de Saint-André-Goule-d’Oie et de la Pinetière en 1550 et 1540
Le faux baron de Linières (17e siècle)

Période de la Révolution
Charles Auguste de Lespinay : contrat de mariage (1788)
Acte de décès de Simon Charles Guyet en mars 1793
Mme de Lespinay échappe à la mort par deux fois (1793-1794)
Les témoins de l’enterrement du régisseur de Linière en 1794
La naissance cachée de Guyet-Desfontaines en 1797
Le divorce de Lespinay/du Vigier en 1800
Simon Charles Guyet à Saint-Fulgent (1733-1793)
Le mystère Joseph Guyet (1774-1830)
Etienne Benjamin Martineau (1765-1828)

Période de 1801 à 1830 (au temps de Joseph Guyet)
Félicité Guyet et le milliard des émigrés
Louis XVIII s’intéresse à la Morelière
La rente foncière du tènement de Villeneuve à Chauché
Les régisseurs de Linières de 1800 à 1830
L’évolution des baux dans le domaine de Linières de 1800 à 1830
Les activités agricoles et les techniques utilisées à Linières de 1800 à 1830 (Première partie)
Les activités agricoles et les techniques utilisées à Linières de 1800 à 1830 (deuxième partie)
Le statut des métayers de Linières de 1800 à 1830

Période de 1831 à 1868 (Guyet-Desfontaines)
Emma Duval veuve Chasseriau
La rencontre de Marcellin Guyet-Desfontaines et d’Emma Chassériau
Palluau, juin 1832 : Le juge de paix a peur
Le candidat Guyet-Desfontaines aux élections législatives en Vendée (1834-1849)
Pierre Maindron, un combattant vendéen honoré (1766-1850)
La vie privée de Guyet-Desfontaines (1797-1857)
Isaure Chassériau (1820-1854)
Emma Guyet-Desfontaines dans son intimité familiale
Emma Guyet-Desfontaines, une femme moderne de son temps
Emma Guyet-Desfontaines musicienne
Mme Guyet-Desfontaines femme de théâtre
Mme Guyet-Desfontaines mondaine et artiste
Mme Guyet-Desfontaines romancière
La disparition d’Emma Guyet-Desfontaines
Les cousins de Grandcourt de Saint-Fulgent

Période de 1869 à 1912 (de Brayer, Amaury-Duval et fin du château de Linières)
De Saint-André-Goule-d’Oie à la Haute-Egypte en 1869
Journal du maire de Saint-André-Goule-d’Oie en janvier 1871
Journal du maire de Saint-André-Goule-d’Oie en février 1871 (suite)
La construction du nouveau château de Linières (1871)
De Brayer et la nouvelle église de Saint-André-Goule-d’Oie en 1875
Marcel de Brayer, maire et poète de Saint-André-Goule-d’Oie
De l'art et de l'oeuvre d'Amaury-Duval (Véronique Noël-Bouton-Rollet)
Du nouveau sur le mystère des peintures du café Trotin
Achille Dien, peintre de Linières
La symphonie no 4 d’Henri Reber
Amaury-Duval témoin d’un scandale mondain en 1847
Les liens familiaux entre Amaury-Duval et Gaston de Marcilly
La fortune foncière des châtelains de Linières au 19e siècle
La fin du domaine et la démolition du château de Linières


                                      ARTICLES SUR SAINT-ANDRE-GOULE-D'OIE
Paroisse sous l'Ancien Régime
L'origine de Saint-André-Goule-d’Oie
La naissance de la taille à Saint-André-Goule-d’Oie en 1479
Saint-André-Goule-d'Oie en 1550 (Aveu de Languiller)
Les unités de mesure en usage à Saint-André-Goule-d'Oie sous l'Ancien Régime
Les seigneurs de Saint-Fulgent contre les seigneurs de Languiller (1595-1649)
Les seigneurs de Saint-Fulgent contre les seigneurs de Languiller (1650-1719)
Les seigneurs de Saint-Fulgent contre les seigneurs de Languiller (1720-1770)
Les communautés familiales d’autrefois dans le canton de Saint-Fulgent
Les Moreau de Saint-André-Goule-d’Oie du 16e au 18e siècles
La chapelle des Moreau dans l'église de Saint-André-Goule-d’Oie
La famille de Vaugiraud à Saint-André-Goule-d’Oie
La famille Proust de Saint-Fulgent et Saint-André-Goule-d’Oie aux 17e et 18e siècles
La fabrique de Saint-André-Goule-d'Oie au 18e siècle
Les assemblées d'habitants à Saint-André-Goule-d’Oie au 18e siècle
La bibliothèque d’un bourgeois de Saint-André-Goule-d’Oie en 1762
Le standing au 18e siècle d'un bourgeois de Saint-André-Goule d’Oie
Les Fluzeau de la Brossière aux 18e et 19e siècles
La famille de Tinguy à Saint-André-Goule-d’Oie
Du prieuré cure au presbytère à Saint-André-Goule-d’Oie (1306-1988)
Les moulins à Saint-André-Goule-d’Oie

Période de la Révolution (1789-1800)
Le premier maire de Saint-André-Goule-d’Oie, Jean Bordron (1790)
Décembre 1790 : le curé de Saint-André-Goule-d'Oie sous surveillance
La vente des biens du clergé à Saint-André-Goule-d’Oie
Le curé intrus de Saint-André-Goule-d'Oie
Les frères Cougnon de Saint-André-Goule-d'Oie
Le maire, Guesdon (1793), assassiné par les conscrits
Pierre François Mandin, adjoint au maire de 1826 à 1830
M. de Vaugiraud à Saint-André-Goule-d’Oie (1753-1814)
Les pensionnés de la guerre de Vendée nés à Saint-André-Goule-d'Oie
Les agents communaux Fluzeau (1796-1797) et Bordron (1797-1799)
Les nouveaux impôts à Saint-André-Goule-d’Oie en 1796
Les persécutions religieuses dans le canton de Saint-Fulgent (1796-1799)
La vente des biens des émigrés à Saint-André-Goule-d’Oie
Conflit sur la rente foncière du Coudray en 1798
La révolte gronde : deux morts près de Linières (1799)
Justice indigne en 1805 contre les habitants de la Bergeonnière
Les registres paroissiaux clandestins de Saint-André-Goule-d’Oie en 1793 et 1794

 Période du 19e siècle et 20e siècle
Les débuts de l’école de Saint-André-Goule-d’Oie vers 1820
Simon Pierre Herbreteau maire de 1800 à 1825
Deux maires de 1826 à 1830 : François Cougnon et Léon de Tinguy
Maires suite : Bordron (1830-1834) et Rochereau (1835-1848)
Maires de Saint-André : Augustin Charpentier (1848-1869), et Jean François Chaigneau (1869)
On a retrouvé Vincent Mandin
La fabrique de Saint-André Goule-d’Oie au 19e siècle
La construction de la nouvelle église à Saint-André-Goule-d’Oie (1875)
Les fondations religieuses à Saint-André-Goule-d’Oie
L’inventaire des biens d’Eglise en 1906 à Saint-André-Goule-d’Oie
Les école libres de Saint-André-Goule-d’Oie
La vie religieuse à Saint-André-Goule-d’Oie (1820-1900)

Les lieux-dits de Saint-André-Goule-d'Oie
La Baritaudière à Saint-André-Goule-d’Oie
La Bergeonnière à Saint-André-Goule-d’Oie
Sept siècles d’Histoire du bourg de Saint-André-Goule-d’Oie
La Boninière à Saint-André-Goule-d’Oie
La Brossière à Saint-André-Goule-d’Oie
Les fiefs de la Brossière à Saint-André-Goule-d’Oie (Ière partie)
Les fiefs de la Brossière à Saint-André-Goule-d’Oie (IIe partie)
La Bourolière à Saint-André-Goule-d’Oie
La Boutinière à Saint-André-Goule-d’Oie
La Chevaleraye et la Javelière
Le Clouin à Saint-André-Goule-d’Oie
Histoire du Coin et du Peux à Saint-André-Goule-d’Oie sous l'Ancien Régime
Le Coudray à Saint-André-Goule-d’Oie (1250-1789)
L'ancien logis du Coudray au 18e siècle à Saint-André-Goule d’Oie
La chapelle et la métairie de Fondion à Saint-André-Goule d’Oie
Au village de la Forêt à Saint-André-Goule-d’Oie
La Gandouinière de Chauché et Saint-André-Goule-d’Oie
Le village des Gâts à Saint-André-Goule-d’Oie
La Jaumarière à Saint-André-Goule-d’Oie
La Machicolière et la Ridolière dont le seigneur fut un prince
La Maigrière de Saint-André-Goule-d’Oie aux 17e et 18e siècles
Le manoir de la Mancellière à Saint-André-Goule-d’Oie
La seigneurie de la Mancellière et le Plessis-le-Tiers
La saisie féodale de la Mancellière à Saint-André-Goule d’Oie
La Milonnière de Saint-André-Goule-d’Oie sous l'Ancien Régime
Les Noues à Saint-André-Goule-d’Oie
Les divers terroirs du Pin à Saint-André-Goule-d’Oie
Du rififi chez les seigneurs du Pin
Les droits seigneuriaux de la Porcelière à Saint-André-Goule-d’Oie
Les borderies et la métairie de la Porcelière aux 17e et 18e siècles
Plus de 60 ans de procès à la Porcelière de Saint-André-Goule-d’Oie
La Racinauzière
La Roche Mauvin à Saint-André-Goule-d’Oie sous l’Ancien régime


                              ARTICLES SUR LES ALENTOURS DE SAINT-ANDRE
Chauché
Un précieux patrimoine, le vin de Chauché
Le catéchisme des trois Henri : le curé de Chauché attaque son évêque
La confrérie de la Charité de Chauché (1685-1788)
Retour sur la paroisse de la Chapelle de Chauché
Les seigneurs de la Chapelle à Chauché
La géographie de la seigneurie de la Chapelle Begouin à Chauché et aux Essarts
Les domaines de la seigneurie de la Chapelle Begouin à Chauché
Les droits seigneuriaux des nobles dans le fief de la Chapelle Begouin à Chauché
Les droits seigneuriaux sur les roturiers de la Chapelle Begouin à Chauché
Les seigneurs de la Boutarlière et leurs descendants
La Morelière (Chauché)
Les seigneurs de Languiller (1300-1604)
Les seigneurs de Languiller (1604-1797)

mardi 1 septembre 2020

Les seigneurs de la Roche de Chauché (1343-1797)

La seigneurie de la Roche, en limite de l’ancien bourg de Chauché, n’était pas de loin la plus importante des seigneuries de la paroisse. Les conflits survenus à l’issue de la Révolution à Saint-André-Goule-d’Oie et aux Essarts sur des rentes dues auparavant à cette seigneurie ont attiré l’attention sur elle. Ces rentes avaient-elles été supprimées par la Révolution, car féodales, ou ne l’avaient-elles pas été, car purement foncières ? Nous avons fait le récit de deux procès concernant ces rentes. Dans l’abondant chartrier de la Rabatelière on n’a pas réussi à trouver leur origine, mais on a pu suivre l’évolution de la seigneurie. C’est ce que nous nous proposons d’exposer ici.


L’origine connue avec les Rezay, seigneurs de la Merlatière et de la Roche de Chauché (1343-1598).


Philippe VI roi de France
et seigneur de Montaigu
L’historien Amblard de Guerry nous donne à lire dans ses archives un aveu en 1343 de Jean Cathus, chevalier seigneur du Bois Cathus (Beauvoir-sur-Mer), au roi de France en tant que seigneur de la baronnie de Montaigu, pour des droits possédés sur Saligny et Chauché. Ce sont en particulier 6 livres de droit de garde dues avec Jean de Puytesson pour des domaines situés en la paroisse de Chauché à cause de la seigneurie de Belleville, et pour la même cause 60 sous de droit de garde sur la Roche, et autant sur la Vergne Ortie (ces deux fiefs à Chauché). Jean Cathus tenait ces droits nobles à un gant blanc de franc devoir, c’est-à-dire sans obligation de foi et hommage (1). Le roi Philippe VI (roi de 1328 à 1350) est suzerain dans cet aveu, car il venait de confisquer tous les biens, dont Montaigu et Belleville, de Jeanne de Belleville, bannie du royaume après l’exécution pour félonie en août 1343 de son mari, Olivier IV de Clisson. Celui-ci avait pris parti pour le clan des Montfort à la succession du duché de Bretagne (mort du duc en 1341), à l’instigation du roi d’Angleterre, contre le clan des Blois-Chatillon soutenu par le roi de France. Et la guerre de Cent Ans avait commencé en 1337.

Dans cet aveu on remarque que l’influence de Montaigu s’étendait jusqu’au territoire de Chauché. L’influence de Montaigu s’étendait aussi de la même manière sur la moitié du fief de Saint-André-Goule-d’Oie (bourg) tenu par son vassal Jean de Thouars à cause de sa ligence de l’Herbergement Entier (au sud-ouest de Montaigu). L’autre moitié appartenait au seigneur de la Drollinière appelée ensuite Linières (2). Sur ce fief de Saint-André, on voit qu’en 1405 l’influence de Montaigu a cédé la place à celle des Essarts, le seigneur du Coin en étant le suzerain direct sous son hommage aux Essarts, et le seigneur de la Drollinière son possesseur en totalité (3). La paroisse de Chauché et les fiefs de la Roche de Chauché et de la Vergne Ortie (devenu la Vergne), sont eux aussi entrés dans la mouvance des Essarts vers le 15e siècle via leur suzerain direct, la Jarry. Ce reflux de l’influence de Montaigu, dû probablement aux bouleversements engendrés par les guerres, a entrainé de nouvelles relations féodales dans la mouvance des Essarts à Chauché et à Saint-André-Goule-d’Oie.

Et pour commencer on constate une relation bien compliquée à Chauché, au moment où Martin de Rezay possède à la fois la Jarrie (Saligny) et la Roche de Chauché. Dans un aveu de 1410, le seigneur de la Vergne Ortie tient la Roche de Chauché de la seigneurie de la Jarrie (4). Autrement dit son vassal de la Roche de Chauché était la même personne que son suzerain de la Jarrie. On sait qu’au-delà des hommes, la relation féodale concernait avant tout des patrimoines désormais, et les anciennes relations de fidélité entre nobles et chevaliers avaient laissé la première place à la hiérarchisation entre les fiefs. Nous allons tenter d’y voir clair dans cette relation féodale de la Roche de Chauché en remontant aux origines.

Le Jean Cathus que l’on a vu ci-dessus rendre un aveu en 1343 au roi de France, eut pour héritier son fils, aussi appelé Jean Cathus, lequel épousa en 1365 Jeanne Droulin, l’une des deux filles du seigneur de Saint-Fulgent et de la Drollinière. Une fille de Jean Cathus, Catherine Cathus, dame de Saint-Fulgent, épousa vers 1380 Sylvestre de Rezay, seigneur de la Jarrie et de la Merlatière. Elle était veuve sans enfant de Guy de Vivonne, seigneur de Bougouin, fils ainé d’Hugues et de Jeanne de Crux. C’est ainsi que Sylvestre de Rezay, seigneur de la Jarrie et de la Merlatière, devint seigneur de Saint-Fulgent avec la dot de sa femme (5). Rezay était le nom de cette famille qui avait pris le nom de sa terre d’origine : un fief breton, dont l’orthographe a évolué en Rezé, proche de la ville de Nantes, maintenant dans sa banlieue. Les Rezay sont venus s’installer à la Merlatière à une date non repérée. En 1453 Martin II de Rezay vendit la terre de Rezay à Guillaume de Saint Gilles, la Merlatière étant devenue la résidence principale de la famille, possédant aussi deux seigneuries proches : la Raslière, touchant le bourg de la Merlatière, et la Jarrie à Saligny. Comment les Rezay sont venus à la possession de la Merlatière ? On ne sait pas répondre de manière certaine, et l’historien Guy de Raignac avance la possibilité qu’elle l’ait été aussi par les Drouelin, seigneurs de Saint-Fulgent et la Drollinière.

La Jarrie à Saligny en 2019

Sylvestre de Rezay et Catherine Cathus eurent quatre enfants, dont Martin Ier de Rezay qui était en 1410 seigneur de la Merlatière, fief relevant du baron des Essarts. C’est Martin de Rezay qui reçut l’aveu de la Vergne Ortie cette année-là pour la seigneurie qu’il possédait de la Roche de Chauché (5). Il aurait aussi rendu aveu du château de Saint-Fulgent en 1412 à Tiffauges. On constate à ces dates le retrait de Montaigu de la Roche de Chauché et la Vergne Ortie évoqué précédemment, et probablement aussi de la paroisse de Chauché, le tout au profit du baron des Essarts. Indiquons tout de suite qu’un conflit entre les seigneurs de la Merlatière et des Essarts se termina par une décision du parlement de Paris en 1503 conduisant au changement de suzerain. Désormais la Merlatière dépendrait directement de leur suzerain supérieur : Thouars. Ce dernier consentit à la même époque à l’union en une seule des seigneuries de la Jarrie, Raslière et Merlatière, ne formant qu’un seul hommage (6). Le vicomte de Thouars les a érigées en châtellenies en 1504, leur accordant ainsi le droit de haute justice. Il a accordé aussi le droit de construire un château à la Merlatière, et de fortifier le logis de la Jarrie. Le château n’a jamais été construit, les propriétaires habitant à la Merlatière et à la Jarrie (6).

Martin Ier de Rezay épousa Jeanne de Vernou dont il eut 3 enfants connus : Martin II de Rezay, Louis et Isabeau. Louis succéda à son frère ainé Martin II dans la possession de la Merlatière, Jarrie et Saint-Fulgent. Isabeau de Rezay épousa vers 1450 François de Bessay, lui apportant en dot la majeure partie de la Roche de Chauché (7).

Dans un aveu en 1469 de Jean Vayronneau à Louis de Rezay, on voit que des domaines situés dans le fief de la Roche étaient tenus à foi et hommage plain, à rachat et à divers devoirs (8). Cet aveu ne concerne pas tout le fief, notamment pas sa métairie qui existait peut-être à cette époque. Et en 1607 dans un acte de procédure judiciaire on voit le sénéchal de la Jarrie se transporter « au-devant le grand portail du lieu noble de la Roche Boursault » (9). L’expression citée signifie qu’il n’y avait pas de château à la Roche, tout au plus une maison importante par sa taille dans les critères de l’époque. Ajoutons que des terres de la Parnière (Brouzils) étaient mouvantes de la Roche de Chauché (10). Un hôtel de la Nourissière à Chauché dépendait féodalement de la Roche et fut cédé en 1455 par Jean Geay aux Bertrand (11).

Le nom de la Roche Boursault employé ci-dessus pour désigner, quoique rarement, le fief situé près du bourg de Chauché ne doit pas être confondu avec un autre fief aussi appelé du même nom de la Roche Boursaud ou Boussau près du bourg de Saint-Denis-la-Chevasse, qui dépendait de la seigneurie voisine de Puytesson (12). Le seigneur de la Roche Boursaud près du bourg de Saint-Denis fut à la fin du 15e siècle René Bertrand, qui épousa une demoiselle de Rezay. Son fils, Roland Bertrand, épousa en 1540 Robinette Maignen, et son petit-fils, Christophe Bertrand, épousa Charlotte Châteigner en 1579. Le père de cette dernière, Gilles Châtaigner avait eu Saint-Fulgent en partage, et son oncle, René Châteigner avait eu la Merlatière, Raslière et Jarrie (13). Des Rezay, la châtellenie de Saint-Fulgent était passée aux Châteigner, puis aux Bertrand à partir de Christophe Bertrand ci-dessus.

Le 19 mai 1486 Louis de Rezay avait fait un accord avec un Bertrand seigneur de Rorthais, au sujet de l’établissement d’une verrerie dans les bois de Rortheau et de la Jarrie. Celle-ci avait besoin de bois pour alimenter ses fours, importants à Dompierre-sur-Yon et les environs. Cette verrerie survécut longtemps avec des hauts et des bas (14). On voit ainsi que les Bertrand seigneurs de Saint-Fulgent avaient eu des ancêtres verriers comme on l’a souvent écrit, mais sans que cette activité n’ait dérogé à leur appartenance à la noblesse. Les verreries valorisaient un domaine noble, comme les forêts et les étangs. Il y avait aussi des verriers nommés Bertrand à Mouchamps (selon B. Fillon), mais ce sont ceux originaires de Dompierre-sur-Yon qui devinrent seigneurs de Saint-Fulgent.

Dans la mouvance de la Merlatière se trouvait aussi le fief de Puytesson (alors à Chauché et depuis à Saint-Denis-la-Chevasse), qui avait juridiction sur 22 tènements de la paroisse de Chauché, dont le bourg, et avec droit de sépulture dans l’église paroissiale Saint-Christophe. Une partie de ces tènements, dont la Cantinière et la Marchegaisière, sont devenus après la Révolution des territoires de Saint-Denis-la-Chevasse. La mouvance de Puytesson ne comprenait pas l’ancienne paroisse de la Chapelle-Begouin (celle-ci dans la juridiction des Essarts), ni la seigneurie de la Roche de Chauché, qui avait sa haute justice. Néanmoins l’évêché de Poitiers incorpora la paroisse de la Chapelle Begouin dans la nouvelle paroisse de Chauché, n’en formant plus qu’une seule officiellement, lors des délimitations des paroisses de la contrée telles qu’elles existaient en 1306 lors de la parution du pouillé de l’évêché de Poitiers. 

La Roche de Chauché en 2019
Dans  l’aveu à Thouars du seigneur de la Merlatière en 1598, François de Beaumont, à cause de sa femme Nicole Chasteigner, tient sous son hommage, « à parage et à rachat quand le cas y advient à muance de moi, l’hôtel de la Roche de Chauché, ses appartenances de jardin, prés, bois, garenne, terres labourables et gastes (jachère), landes, terrages, complant, cens, rentes, bians, commandices, blés, avoine, hommes, juridiction haute, basse et moyenne, m’appartiennent à cause de madite châtellenie tenue en parage comme dessus, et se tient ledit hôtel et appartenances d’une part à la rivière de la Maine et à la rivière de la Petitière, d’autre aux terres de Puytireau, d’autre au village de la Vrignais, et se monte en tout 12 septrées de terre ou environ et en pré 6 journaux ou environ (au total environ 27 ha), le tout plus amplement confronté par les anciens aveux, et peut me valoir quand ledit rachat advient la somme de 60 livres » (15). Les confrontations décrites occupaient une surface supérieure à celle déclarée, suivant une habitude systématique, ce qui veut dire que la différence couvrait des espaces non défrichés ni exploités. Dans le même aveu on voit que le bois des Vrignais (50 arpents touchant le bois de la Boutarlière), et le bois Thibaut (6 arpents touchant le Landreau où sont des éoliennes aujourd’hui), sont indivis avec le seigneur de la Drollinière, certainement depuis le mariage des sœurs Droulin, et le resteront jusqu’à la Révolution. Cet aveu, comme les suivants, ne mentionnent pas la Vergne Ortie, dont la mouvance sur la Roche de Chauché est ainsi niée, contrairement à l’aveu précité de 1410. s l’aveu à Thouars du seigneur de la Merlatière en 1598, François de Beaumont, à cause de sa femme Nicole Chasteigner, tient sous son hommage, « à parage et à rachat quand le cas y advient à muance de moi, l’hôtel de la Roche de Chauché, ses appartenances de jardin, prés, bois, garenne, terres labourables et gastes (jachère), landes, terrages, complant, cens, rentes, bians, commandices, blés, avoine, hommes, juridiction haute, basse et moyenne, m’appartiennent à cause de madite châtellenie tenue en parage comme dessus, et se tient ledit hôtel et appartenances d’une part à la rivière de la Maine et à la rivière de la Petitière, d’autre aux terres de Puytireau, d’autre au village de la Vrignais, et se monte en tout 12 septrées de terre ou environ et en pré 6 journaux ou environ (au total environ 27 ha), le tout plus amplement confronté par les anciens aveux, et peut me valoir quand ledit rachat advient la somme de 60 livres » (15). Les confrontations décrites occupaient une surface supérieure à celle déclarée, suivant une habitude systématique, ce qui veut dire que la différence couvrait des espaces non défrichés ni exploités. Dans le même aveu on voit que le bois des Vrignais (50 arpents touchant le bois de la Boutarlière), et le bois Thibaut (6 arpents touchant le Landreau où sont des éoliennes aujourd’hui), sont indivis avec le seigneur de la Drollinière, certainement depuis le mariage des sœurs Droulin, et le resteront jusqu’à la Révolution. Cet aveu, comme les suivants, ne mentionnent pas la Vergne Ortie, dont la mouvance sur la Roche de Chauché est ainsi niée, contrairement à l’aveu précité de 1410.

Partage par moitiés de la Roche de Chauché (1470-1730)


Isabeau de Rezay, fille de Martin Ier, épousa François de Bessay vers 1450, déjà veuf de Françoise Jourdain. Puis la Roche de Chauché, terre et fief d’hommage, fut partagée entre leurs deux filles : Isabeau, qui épousa vers 1470 Jean Bodin, seigneur de la Rollandière (Pouzauges), et Marie qui épousa le 24 janvier 1473 Jean de Saligné, seigneur de la Lardière et Badiole.

Par un partage au sein de la famille Bodin, leur moitié de la Roche de Chauché échut à une nièce de Jean Bodin, Michelle Bodin, femme de Mathurin Gazeau, seigneur de la Brandasnière et du fief Gazeau. Leur fils Antoine Gazeau épousa le 6 octobre 1519 à la Roche-sur-Yon Louise Bonnevin, dame de la Boutarlière (fille d’une autre Catherine Droulin). Leur fille, Louise Gazeau, épousa vers 1540 Alexis Royrand, seigneur de la Patissière (Boufféré). Ils vendirent le 5 aout 1565 la moitié de la seigneurie de la Roche de Chauché, à Jacques Prévost écuyer seigneur du Bignon à Chauché (16). Néanmoins Jean du Gast et Renée Gazeau possèdent cette moitié dans un procès en 1607/1608 de la Jarrie sur l’hommage en parage de la Roche par la Merlatière. Nous n’avons pas réussi à éclaircir cette incohérence. Renée Gazeau était une descendante de Louise Gazeau et d'Alexis Royrand.

Jeanne de Saligné, fille de Jean, épousa en 1494 Louis Marchant, seigneur de la Métairie (Poiré-sur-Vie) et de la Chesnelière, lui apportant l’autre moitié de la Roche de Chauché. Charles Bruneau, seigneur de la Rabatelière, s’en rendit acquéreur à la fin du 16e siècle. Les terres constituaient une métairie appelée la « Petite Roche ». Mais dès 1602 la veuve de Charles Ier Bruneau, Renée de la Motte, fit un contrat d’échange avec Renée de Puytesson, lui donnant cette moitié de la seigneurie de la Roche (sauf deux hommages en dépendant), plus le bordage (borderie) de la Berthelandière (Chauché), deux pièces de terre et la somme de 660 livres. En contre-échange Renée de Puytesson donnait à la dame de la Rabatelière le droit de préciput (réserve prioritaire d’héritage) d’ainé de la seigneurie de Puytesson (17). Il faut savoir que si le château de la Rabatelière dépendait de la commanderie de Launay (Sainte-Cécile), faisant partie de l’ordre de Malte, des lieux autour du château dépendaient de la seigneurie de Puytesson. Renée de la Motte convoitait visiblement d’acheter Puytesson. Mais l’héritier des Puytesson, René Brandon, mari de Renée de Puytesson, sœur ainée et principale héritière de défunt Gilles de Puytesson, voulut annuler l’échange et engagea un procès au présidial de Poitiers. Les parties transigèrent par accord du 5 décembre 1603, enregistrant le désistement de Renée de la Motte dans cette transaction et le paiement d’une somme d’argent. En contrepartie René Brandon céda à celle-ci la moitié des honneurs, prérogatives, autorité et prééminence en l’église paroissiale Saint-Christophe de Chauché du côté droit, plus tout droit de fief et juridiction en la maison dite « Bouronne » dans le bourg de Chauché, appartenant présentement à Nicolas Dorin, moyennant une rente annuelle de 2 boisseaux de seigle, (mesure de Chauché dit le texte (18)). En cas de rachat par l’ouverture du fief de la Rabatelière pour cette maison, un tiers de son montant est abonné à une paire de gants blancs pour cette maison (19).

Le procès en 1607/1608 de la Jarrie contre les possesseurs de la Roche de Chauché portait sur l’hommage en parage à Thouars de la Roche par la Jarrie. Dans le parage, le chemier (premier des possesseurs, ici la Jarrie) faisait l’hommage pour les autres possesseurs du fief. La Jarrie déclara le parage fini et chacun des deux coseigneurs de la Roche devaient lui en faire l’hommage séparément. Au contraire Jean du Gast et Renée de la Motte refusaient de faire l’hommage au motif que le parage n’était pas fini, leur évitant ainsi de payer chacun un droit de rachat (20). Le présidial de Poitiers trancha en faveur de la Jarrie et dans le sens voulu aussi par le suzerain, le duché de Thouars (21). L’article 128 de la coutume du Poitou posait le principe que : « où le parage finit, l’hommage commence ».

Sans attendre la sentence, Jean du Gast rendit un aveu le 14 juillet 1610 à la Merlatière et Jarrie (possession de Suzanne de Beaumont) pour la Roche de Chauché sous l’hommage de la Jarrie à Thouars. On y voit l’étendue de la Roche partagée avec le seigneur de la Rabatelière, Charles Bruneau : 
- Hôtel et hébergement de la Roche avec sa garenne à connils (lapins) plantée en bois taillis, prés et terres diverses.
- Tènement des Begonnières et fief de la Roche au village de la Boule (Rabatelière). 
- Tènement des Brosses. 
- Tènement de la Debuterie (aussi appelé Dublière dans d’autres documents en 1725/1726, situé en limite de l’Oiselière), tenu par René de Meules seigneur du Fresne et de la Parnière à cause de sa femme Renée de Rorthais, sous l’hommage plain et à rachat fait à la Roche. Ce terroir, avec les deux suivants, composait une partie de la métairie de la Parnière. 
- Tènement de l’Oiselière (Brouzils) par le même sous un autre hommage. 
- Tènement de la Briaudière (touchant à la Parnière) par le même sous un autre hommage. 
- Fief Veronneau (près du bourg de Chauché) tenu par Bruneau de la Rabatelière sous l’hommage plain fait à la Roche. 
- Divers domaines vers la Vrignay (Chauché) tenu par les Chedanneau, à foi et hommage plain. 
- Fief Brosset tenu par Gilles Begaud (seigneur de la Chapelle) et Charles Bruneau, sous l’hommage plain fait à la Roche. Lesquels tiennent Jean Moreau et ses parageurs, Pierre Durcot, seigneur de l’Etang pour le tènement de la Créchère (Rabatelière) dit fief de l’Etang. 
- Sous l’hommage de Bruneau tiennent le curé de Chauché et une Chedanneau avec ses parsonniers (copropriétaires d’une indivision), la métairie de la Berthelandière (Chauché) et les droits du fief Thomazeau (Chauché) sous l’hommage plain fait à la Roche (21).

En 1618 la dame de la Rabatelière fit sa foi et hommage à la dame de la Jarrie, à cause de la seigneurie de la Merlatière et Jarrie, pour la moitié de la Roche de Chauché, acquise du seigneur du Gast (22). L’achat avait concerné le droit d’hommage et non la métairie, toujours possédée par Jean du Gast. Elle termine son aveu par l’affirmation suivante : « ladite autre moitié sera tenue de moi sous mon dit hommage comme ayant le droit de chemerage de toute ladite terre et seigneurie de la Roche de Chauché ». Ce droit de chemerage évitait à son coindivisaire (Jean du Gast) de rendre hommage directement à la Merlatière et Jarrie. C’était apparemment nouveau depuis l’aveu de ce dernier en 1610 cité ci-dessus.  

Cette position de la Rabatelière posa problème en 1725 quand un acquéreur de la Parnière, Jean Majou, dû payer les droits de lods et ventes et rachat au suzerain, c’est-à-dire à la Roche de Chauché appartenant par moitié au seigneur de la Rabatelière. Les droits s’élevaient à 2 100 £, venant s’ajouter au prix de l’acquisition de 6 900 £. Le seigneur de la Rabatelière empocha toute la somme se prétendant « seul chemier de la seigneurie de la Roche de Chauché à l’exclusion de tous autres » (23). En cette année 1725 l’autre moitié était possédée par Gilles Durcot, seigneur de Puytesson, Chauché et autres lieux. Celui-ci réclama sa moitié dans le paiement des lods et ventes, et poursuivi l’acquéreur Jean Majou devant la cour de la Jarrie, dont dépendait judiciairement la Roche de Chauché. Il obtint la saisie des revenus de la métairie formée des terres de l’Oiselière, Dublière et Briaudière. Jean Majou fit appel de cette sentence devant le présidial de Poitiers et appela en garantie le seigneur de la Rabatelière (24). La cour de Poitiers confirma le 14 mai 1726 le jugement du sénéchal de la Jarrie, mais condamna le seigneur de la Rabatelière à rembourser Jean Majou des pertes qu’il avait subies au profit du seigneur de Puytesson (25).

Le 27 décembre 1625, Charles II Bruneau, seigneur de la Rabatelière et fils de Renée de la Motte, avait acquis diverses terres dans le fief de la Roche de Jeanne de Lespinay, dame de l’Etang et de la Parnière, agrandissant ainsi sa moitié de métairie (26).

À cette époque, une difficulté surgit au sujet de la mouvance de la Roche de Chauché. Dès le 15e siècle nous avons vu le seigneur de la Merlatière en rendre la foi et hommage au même suzerain que celui de la Merlatière (les Essarts, puis Thouars). Il en fut de même en 1598. Ce lien vassalique fut rappelé au procès de 1607/1608 déjà cité. Or à l’assise en 1729 de la Jarrie et Merlatière, la dame de la Vergne Ortie, rendant son aveu pour le fief de la Vergne Ortie, déclara que le fief de la Roche en était un fief vassal. Elle reçut un blâme du sénéchal signifié le 20 mai 1729 (27). Il s’agissait de la dame de la Carte, Françoise Charlotte de Saint-Nectaire (1679-1755), mariée en 1698 à François Gabriel Thibaut de la Carte, marquis de La Ferté-Saint-Aubin (Loiret), capitaine des gardes du duc d’Orléans, gouverneur de Joinville. Elle prétendait qu’en 1410 la Roche était portée à titre de parage par son chemier de la Vergne à la Merlatière, et ensuite le fief de la Roche était devenu un fief immédiat de la Merlatière dans les aveux, ce qui ne fut pas contesté par son adversaire. Cette omission n’avait pas opéré, selon elle, l’extinction de la directe (ou mouvance) de la Vergne sur la Roche (28). On trouve d’ailleurs dans ce sens un aveu du 22 mai 1524 de Denis Macaire seigneur de la Macairière (Boulogne) à la Vergne Ortie (Renée Ortie) pour l’Oiselière de Chauché (29). Suivant les époques l’Oiselière était associée ou séparée de la Parnière voisine dans les possessions des vassaux de la Roche de Chauché.

La dame de la Carte prétendait faire appliquer le principe certain en droit féodal qu’il n’y a pas prescription entre le seigneur et le vassal au sujet de leurs relations seigneuriales respectives (article 372 de la coutume du Poitou). De son côté le sénéchal de la Jarrie et de la Merlatière plaida que depuis environ 3 siècles le seigneur de la Vergne Ortie n’avait pas été servi du fief de la Roche de Chauché, ne l’avait pas reporté au seigneur de la Jarrie, et ce dernier l’avait toujours reporté à Thouars par ses aveux, une telle durée se situant hors de la notion de prescription (30). Dans la suite il parait que la dame de La Carte abandonna sa revendication.


La borderie de la Vignolle en 1745 et le prélèvement de la grosse dîme


Foyer la Roseraie

Une déclaration roturière en 1745 de la borderie de la Vignolle, mouvante de la Roche de Chauché, nous donne des informations intéressantes (31). La borderie ne comprenait que 33 boisselées de terre (4 ha) et 1,5 journal de pré (0,7 ha), et occupait la partie sud-ouest actuelle du bourg de Chauché, proche de la Roche. C’est typiquement la surface d’une borderie de l’époque, touchant l’ancien bourg, et qui possédait en même temps 6 boisselées au milieu des « Landes de Chauché ». Celles-ci occupaient donc encore en 1745 une partie du bourg actuel, probablement là où se trouve l’actuel foyer de la Roseraie. Le métayer était logé dans une maison d’une seule pièce sans étage, comprenant un four, et à côté de laquelle il y avait un toit à animaux et une grange. Une pièce de terre appelée le Champ des Landes (5,5 boisselées) était chargée de deux redevances : le terrage au 1/6e des récoltes, allant aux 2/3 au sieur de Puytireau et 1/3 au seigneur de Languiller, et la dîme ecclésiastique ou grosse dîme sur les blés.  

Cette dernière redevance est très rarement mentionnée dans les archives seigneuriales. Or elle était due sur l’ensemble des terres de la borderie, se montant à la 1/13e partie des récoltes. Cette dîme se partageait entre le prieur de Chauché pour les 2/3 et le curé de Chauché pour un 1/3. On sait que le prieur était un chanoine de la cathédrale de Luçon, successeur des droits de l’abbaye de Luçon qui avait fondé le prieuré de Chauché vers le 12e siècle. Et le prieur déléguait un vicaire perpétuel pour assurer le service religieux sur place, qu’on appelait le curé. On a confirmation ainsi que le quantum au 1/13e de la dîme, rencontré ailleurs en Bas-Poitou, s’appliquait aussi à Chauché, et probablement aussi dans les paroisses environnantes. On apprend aussi que, sauf le cas particulier du champ des Landes, son prélèvement se substituait à celui du droit de terrage. C’était la « grosse dîme » ainsi appelée à cause de son prélèvement sur les récoltes de blés. À côté on avait les « dîmes de charnage » prélevées sur les « menus » animaux élevés (agneaux, cochons, veaux, etc.). Dans les documents seigneuriaux on rencontre souvent ces dîmes de charnage car elles allaient le plus souvent au seigneur, parfois partagées avec le curé de la paroisse du lieu. De manière moins explicite on relève aussi que dans les tènements et fiefs de la Bernardelière, la Servantière et la Vergne Ortie à Chauché, la moitié de la « dîme des blés », ainsi appelée, était prélevée par indivis en 1700 par les seigneurs de Saint Hilaire et Durcot. Cette moitié valait alors environ 32 boisseaux par an. C’est ce qu’on apprend dans un aveu du seigneur de Puytesson à la Jarrie, et on note l’absence de terrage (32).

On sait que la réforme grégorienne de l’Eglise au Moyen Âge a consisté entre autres à restituer au clergé les dîmes, que les seigneurs avaient confisquées à leur profit. Dans la contrée les seigneurs prélevaient le terrage au 1/6e des récoltes et souvent les dîmes de charnage. À Saint-André-Goule-d’Oie, ils ont perçu la moitié du terrage, l’autre moitié (équivalente à 1/13e) allant au prieur de la paroisse, et sauf exceptions ils ont gardé aussi les dimes de charnage pour eux. Cette situation dura jusqu’à un aveu en 1550 du seigneur de Languiller, et un demi-siècle après la totalité du terrage était prélevé à son profit à Saint-André, sauf dans un tènement sur les 12 où on a pu faire un relevé (33). On fait un rapprochement avec les guerres de religion et l’engagement de Jules de Belleville, alors seigneur de Languiller, dans les rangs protestants, pour expliquer ce changement. À partir du 17e siècle à Saint-André-Goule-d’Oie, on constate que le seigneur de Languiller, dont la mouvance couvrait toute la paroisse, prélève, sauf dans un cas à la Bergeonnière, la totalité du droit de terrage au 1/6e des récoltes et souvent les dîmes de charnage. Et dans le même temps le clergé prélève un faible droit de boisselage. On ne le voit pas prélever cette grosse dîme au 1/13e. C’est normal car cela ne regardait pas le seigneur dont nous lisons les archives. Sauf que certaines déclarations et aveux mentionnent aux 17e et 18e siècles, outre les prélèvements seigneuriaux, aussi toutes les autres redevances d’un même tènement. Et dans ce cas la grosse dîme n’est pas mentionnée non plus, sauf ici exceptionnellement pour la borderie de la Vignolle dans le bourg de Chauché, car elle y était prélevée.

Au cas par cas et pour certaines terres seulement à Saint-André, on constate après coup comme à la Vignolle, que la grosse dîme existe là où le terrage n’existe pas. Il faut aussi remarquer que le terrage au 1/6e représente le double de la dîme au 1/13e, et que l’addition des deux sur une même terre, par ailleurs pauvre, eut été difficile. Il reste que nous n’avons pas la preuve documentée que cette situation était générale sur les terres à grosse dîme dans les paroisses de la contrée. À Chauché, comme à Saint-André, Saint-Fulgent et les Essarts, on prélevait un droit de boisselage au bénéfice du clergé, s’ajoutant à la grosse dîme, celle-ci limitée à certains terroirs seulement. Le boisselage était un prélèvement en grains uniforme sur tous les propriétaires. Il rapportait à Chauché chaque année à la veille de la Révolution 360 livres, et la grosse dîme avec des rentes rapportaient 485 livres. Le boisselage en Bas-Poitou a fait l’objet d’une étude publiée en 1953, qui n’est pas parvenu malheureusement à éclaircir son origine, faute de documents conservés (34). À cet égard, le cas de la borderie de la Vignole, rapproché de l’évolution à Saint-André du prélèvement du terrage à la fin du 16e siècle, apporte un éclairage à prendre en compte sur l’origine du boisselage.


Les seigneurs de la Rabatelière, seuls possesseurs de la Roche de Chauché (1730-1797)


La Roche de Chauché en 2019

En 1730 le seigneur de la Rabatelière acheta l’autre métairie de la Roche de Chauché (en même temps que la métairie de la Bleure) à Gilles Durcot, seigneur de Puytesson et Marguerite Eveillard son épouse. En février 1732, Marie Bertrand, veuve de René II Montaudouin, les acquéreurs, eut la surprise d’être assignée au présidial de Poitiers pour être condamnée à déguerpir de ses deux métairies (35). Et par sentence du 24 juillet 1733 le présidial condamna la dame Montaudouin au profit de Suzanne Grelier (épouse de Frédéric Reignon, seigneur du Page), à déguerpir des métairies de la Roche de Chauché et de la Bleure (36). Les vendeurs avaient des dettes envers Suzanne Grelier et les biens étaient hypothéqués. Mais l’administration des Hypothèques d’alors n’avait pas les mêmes sûretés qu’aujourd’hui, laissant la possibilité de ventes mal garanties au détriment des acquéreurs. Moyennant dédommagements de la châtelaine de la Rabatelière, celle-ci pu garder les métairies.  

Le métayer de cette métairie, appelée parfois la « Grande Roche », était en 1746 Nicolas Charrier, payant une ferme annuelle de 140 livres (37). À partir de 1765 il a laissé la place à son fils Jacques Charrier, qui épousera Perrine Fonteneau à Saint-André le 10 novembre 1767 (vue 59). Le bail est renouvelé pour 5 ans en 1770, moyennant 145 livres par an (38). La ferme ne comprenait pas les terrages et émoluments de fief de la seigneurie de la Roche, perçus directement par le château de la Rabatelière. En 1773 le bail est renouvelé pour 5 ans à Jacques Charrier et sa femme Perrine Fonteneau pour 1/3, et pour 2/3 à Nicolas Charrier (frère de Jacques) et sa femme Marie Bordron (mariés à Chauché le 2 juillet 1761, vue 13), et moyennant le même prix de 145 livres (39). Ils contribuent, dans cette proportion dans le prix de la ferme, au coût des charrues, charrettes et ferrures nécessaires, et au paiement des domestiques. L’autre métairie, dite de la « Petite Roche », achetée par Charles Bruneau à la fin du 16e siècle, était en 1758 affermée à un nommé Dugast pour 120 livres par an (40). De 1786 à 1788 ce dernier payait une ferme de 250 livres par an, l’augmentation constatée de ce montant comprenant pour l’essentiel l’incorporation des redevances féodales intervenue entre temps (41).

Le 25 août 1635 le seigneur de la Rabatelière avait acquis par échange les châtellenies de la Merlatière, Raslière et Jarrie de Louis de la Rochefoucault, marquis de Bayers, et consorts. Il céda les métairies de Châteauneuf (Mouilleron-le-Captif) et du Plessis des Landes (Saint-Fulgent), ainsi qu’une rente de 1312 livres et 10 sols par an, et paya une somme de 12 000 livres (42).

Aux assises de la Roche de Chauché du 19 aout 1632 on constate l’existence de rentes dues par les teneurs de certains tènements et villages à Chauché, les Essarts et Saint-André-Goule-d’Oie (7 villages à Saint-André), allant de 4 à 18 boisseaux de seigle (43). Rien n’est dit sur leur origine ni sur leur nature. En revanche elles ont été classées parmi les biens non nobles dans un partage de succession en 1779 par la famille des propriétaires de la Rabatelière. D’autre part nous savons par une déclaration du 28 avril 1753 que les teneurs de la Brosse Veilleteau (Essarts) devaient à la Roche de Chauché une rente annuelle et perpétuelle de 16 boisseaux d’avoine, qui était qualifiée de « noble foncière » (44). Cette précision est rare et malheureusement les archives de nous permettent pas toujours de connaitre ni l’origine ni la nature des rentes payées. Une autre déclaration du 22 novembre 1744 par 13 teneurs à la Rabatelière, à cause de la Roche de Chauché, reconnait les rentes secondes foncières requérables de 3 boisseaux seigle d’une part sur le tènement de Puyravault Dessus, et 4 boisseaux seigle d’autre part sur le tènement de Puyravault de Bas, aux Essarts (45). 

Ce sont ces rentes que les propriétaires au village du Coudray et de la Bergeonnière (Saint-André) contestèrent sans succès après la Révolution. À leur sujet, voir les articles publiés sur ce site : Conflit sur la rente foncière du Coudray en 1798 en février 2015, et Justice indigne en 1805 contre les habitants de la Bergeonnière en janvier 2018. Les archives conservent aussi un dossier de contestation des propriétaires de la Boisilière (Essarts), représentés par René Cossais, dont nous ne connaissons pas l’issue. Certains de ses descendants habitèrent la Parnière à partir de la fin du 19e siècle, alliés aux Fauchet.

Château de la Rabatelière

Les teneurs du village des Gâts (Saint-André) se sont fait « tirer l’oreille » pour déclarer cette rente, ayant boudé l’assise en 1732 de la Roche de Chauché tenue au château de la Rabatelière. Le sénéchal des assises, Jean Bousseau, prononça un jugement de défaut à cause de leur absence, contre Jean Robin, Jacques Chedanneau et Gaucher le 7 juin 1632. À l’assise suivante du 19 août 1632, il enregistra la déclaration de Jean Robin « tant pour lui que pour les autres teneurs » de la rente seconde, foncière, annuelle et requérable de 8 boisseaux à la mesure des Essarts (le boisseau pesait 15,4 kg). C’était une rente qui avait été créée après une rente préexistante (elle était seconde), garantie sur un bien foncier comme un tènement (de nature noble ou non). Il est intéressant de noter qu’aux Gâts, la rente a été acquise plus tard et avant la Révolution par une famille prospère de la Brossière, les Fluzeau (46). Nous aimerions savoir si elle aussi a causé des difficultés après la Révolution.

Le propriétaire des deux métairies de la Roche de Chauché, René Thomas Montaudouin, émigra pendant la Révolution et ses biens furent confisqués. On opéra un partage en 1797 entre la République, aux droits de l’émigré, et sa sœur, étant en indivision avec lui. Dans ce partage les deux métairies tombèrent dans le lot attribué à la République. Dans l’estimation préalable qui avait été faite on note (47) : 
- La métairie de la Petite Roche exploitée par Charles Dugast. Déjà en 1735 le métayer s’appelait Pierre Dugast (48). 
- La métairie de la Grande Roche exploitée par Etienne Giraud 

Les deux métairies ont été adjugées à un nommé Vexiau demeurant à Nantes le 25 floréal an 6 (49). On relève que ses bâtiments n’ont pas été incendiés pendant la guerre de Vendée.


(1) Aveu en 1343 de Jean Cathus à Montaigu (roi), à cause de Belleville pour ses droits sur Saligny et Chauché, Archives d’Amblard de Guerry, classeur d’aveux copiés aux Archives Nationales, cote p. 47 
(2) Aveu en 1343 de Jean de Thouars à Montaigu (roi de France) pour des domaines à Saint-André, no 389, Archives d’Amblard de Guerry : classeur d’aveux copiés au Archives Nationales. 
(3) Notes no 5 et 6 sur le bourg de Saint-André-Goule-d’Oie, Archives d’Amblard de Guerry : S-A 3. 
(4) Consultation du 29-7-1730 de Maillard sur la Roche de Chauché relevant de la Vergne, Archives de la Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/C 11. 
(5) Archives de Vendée, G. de Raignac, Quelques familles du Bas-Poitou, tome 5 : 8 J 5, famille de Rezay, page 132 et s. 
(6) Union de la Merlatière et de la Jarrie du 2-6-1503, réunion et élection de la Raslière et Merlatière en châtellenie du 2-1-1504, Archives nationales, chartrier de Thouars : 1 AP/1182.  Et Louis de la Boutetière, Recherches sur le canton des Essarts, Annuaire de la société d’émulation, 1875, page 37 et s. (vues 61 à 69). 
(7) G. de Raignac, De châteaux en logis, itinéraires de familles vendéennes, Bonnefonds, 1990, page 114. 
(8) Aveu du 8-5-1469 de Jean Vayronneau pour des domaines à la Roche de Chauché, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/C 11. 
(9) Procès à la Jarrie en 1607/1608 sur le parage de la Roche de Chauché, Archives nationales, chartrier de Thouars : 1 AP/1182. 
(10) Attestation de paiement du 6 juillet 1581 de la ferme de la Parnière, Archives de la Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/C 11. 
(11) Lieux-dits de Chauché, Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 29-2. 
(12) Reconnaissance du 13-4-1753 de la rente de 352 boisseaux d’avoine due par Puytesson à Languiller, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/E 40. 
(13) Idem (11). 
(14) Assignation du 7-7-1758 pour la continuation de la verrerie de Dompierre, Archives de Vendée, maitrise des Eaux et Forêts de Fontenay : B 1448. 
(15) Aveu du 1-6-1598 de la Jarrie, Raslière et Merlatière, Archives nationales, chartrier de Thouars : 1 AP/1181. 
(16) G. de Raignac, Quelques familles du Bas-Poitou, tome 1 : 8 J 1, famille Royrand, page 130. 
(17) Echange du 30 aout 1602 entre la Rabatelière et Puytesson, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/E 40. 
(18) Mesure rarement mentionnée dans le chartrier de la Rabatelière, et jamais dans les comptes du château de la Rabatelière au 18e siècle. On subodore une confusion de langage avec la mesure de la Jarrie. 
(19) Transaction du 5 décembre 1603 entre la Rabatelière et Puytesson, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/E 40. 
(20) Idem (9). 
(21) Aveu du 14-7-1610 de la Roche de Chauché rendu à la Merlatière, Archives de Vendée, G. de Raignac, Dépouillements d'archives publiques et privées concernant les familles vendéennes, vol. 12, 8 J 101, pages 69 et 70. 
(22) Transaction du 12-10-1584 sur la mouvance de la Roche de Chauché, et foi et hommage de la Rabatelière du 9-7-1618, Archives de la Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/C 11. 
(23) Appel en garantie du 26-11-1725 au présidial de Majou contre Bruneau, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/C 18. 
(24) 150 J/C 18 : communication du 1-1-1726 de Chevalier à Bourot de 10 pièces du procès, page 3, 4 et 13. 
(25) 150 J/C 18 : ordonnance du 14-5-1726 du présidial de Poitiers sur un jugement de la Jarrie. 
(26) Contrat du 27-12-1625 où la dame de la Rabatelière est chemier de la Roche de Chauché, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/C 11. 
(27) Blâme du 20-5-1729 de l’assise de la Jarrie sur l’aveu de la Vergne Ortie, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/C 11. 
(28) Idem (4). 
(29) 150 J/C 18, aveu du 22-5-1524 de Denis Macaire à la Vergne Ortie pour l’Oiselière (Chauché). 
(30) Mémoire de Guyot vers 1735 dans le procès portant sur le droit de rachat de la Roche de Chauché, Archives de la Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/C 11. 
(31) Déclaration roturière du 17-12-1745 de la borderie de la Vignolle (Chauché), Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/F 32. 
(32) Aveu incomplet du 6-7-1700 de Puytesson à la Jarrie, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/E 40. 
(33) Notes sur les lieux de Saint-André-Goule-d’Oie, Archives d’Amblard de Guerry : S-A 1, S-A 2 et S-A 3. 
(34) Marcel Faucheux, Un ancien droit ecclésiastique perçu en Bas-Poitou : le boisselage, Potier, 1953, page 171 et s. Archives de Vendée : BIB 785. 
(35) Requête de 02-1733 de Bourot au présidial, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/C 1. Et lettre du 3-1-1732 de Bousseau sur diverses affaires en cours, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/F 1. 
(36) Sentence du 24-7-1733 du présidial de Poitiers condamnant M. Bertrand à déguerpir Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/C 1. 
(37) Livre des comptes de la Rabatelière (1755-1767) et titres de propriété, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/K 6, page 17. 
(38) Ferme de la Roche de Chauché du 4-4-1771, Archives de la Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Frapier : 3 E 30/6. 
(39) Les Montaudouin, Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 64. 
(40) Livre des comptes de la Rabatelière (1755-1767) et titres de propriété, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/K 6, pages 64 et 100. 
(41) Livres des recettes et dépenses du château de la Rabatelière (1786-1789) pages 2, 9 et 18, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/I 55. 
(42) Acquisition du 25-8-1635 de Jarrie, Merlatière et Raslière par échange, Archives nationales, chartrier de Thouars : 1 AP/1182. Aussi dans le chartrier de la Rabatelière : 150 J/B 3. 
(43) Assises du 19-8-1632 de la Rabatelière et autres fiefs, Archives de la Vendée, chartrier de la Rabatelière 150 J/E 1. 
(44) Idem (39). 
(45) Déclaration roturière du 22-11-1744 des teneurs de Puyravault Haut et Bas (rente à la Roche), Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/C 6. 
(46) Déclaration roturière du 15-4-1779 de trois teneurs des Gâts à Linières, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Bellet 3 E 30/126. 
(47) Idem (39). 
(48) Commandement du 27-6-1735 pour le 10e à Chauché (1735), Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/F 35. 
(49) Archives de Vendée, vente des biens nationaux : 1 Q 263 no 1189. 


Emmanuel François 
Septembre 2020.


dimanche 2 août 2020

Les abus des peleurs d’écorces en 1783 dans la région de Vendrennes

Un acte notarié en 1783

Suivant l’usage dans la région de Vendrennes et d’Ardelay à la fin du 18e siècle, les peleurs d’écorce avaient le droit de se servir des bois ne leur appartenant pas pour pratiquer leur activité : prélever au printemps l’écorce des chênes. Mais ils devaient en laisser la moitié sur chaque tronc. Or les propriétaires des bois ont prétendu à cette époque que les peleurs exagéraient, en prenant plus de la moitié.

Château d’Ardelay

Pour donner une base sérieuse à la position des propriétaires, et probablement à leur instigation, le notaire de la baronnie d’Ardelay, maître Jean Chaigneau, a rédigé un acte le mercredi 28 mai 1783, rappelant la limite à ne pas dépasser dans la pelure des écorces des arbres. En voici le texte (1) :

"Aujourd’hui vingt-huit mai mil sept cent quatre-vingt-trois, 
Par devant nous notaires de la baronnie d’Ardelay, et le notaire royal en Poitou, soussignés, ont volontairement comparus en personne établis en droit, dument soumis, maître Louis Boisson, bourgeois demeurant au logis de la Noue, paroisse de Vendrennes et syndic de ladite paroisse, Jean Levain, laboureur demeurant à la Garlopière paroisse des Herbiers, Charles Merlet, marchand laboureur demeurant à la Frapperie dite paroisse des Herbiers, Mathurin Pineau, laboureur demeurant à la Laudière paroisse du dit Ardelay, Pierre Charrier, fermier de la maison noble de la Limouzinière dite paroisse d’Ardelay, Pierre Pasquerau, laboureur demeurant à la Pipardière dite paroisse d’Ardelay, maître Philippe Paquier, marchand demeurant au bourg et paroisse des Herbiers, René Blanchard, fermier demeurant à la Grange paroisse dudit Ardelay, François Blanchard, laboureur demeurant la Porcherie dite paroisse d’Ardelay, Pierre Pasquier, jardinier demeurant à ladite maison noble de la Limouzinière de la paroisse d’Ardelay, et Jacques Landreau, charpentier demeurant au village de Beauregard dite paroisse d’Ardelay, 
Lesquels dits ci-dessus établis ont dit et déclaré à nous dits notaires, avoir parfaite connaissance et savoir que l’usage du pays ici et environ est que les peleurs d’écorce du bois propre à faire du tan pour le métier de tanneur, est que les dits peleurs le pèle à moitié, c'est-à-dire que les dits peleurs en ont la moitié pour leur salaire et travail, et que le propriétaire des bois a l’autre moitié, et que chacun dispose de sa moitié et la vend à qui il juge à propos. 
Dont et de tout quoi nous dits notaires avons donné acte aux parties ci-dessus établies pour valoir et servir ce que de raison. 
Fait et passé au château d’Ardelay notre juridiction, lesdits jour et an que dessus. Lecture faite aux dites parties qui ont déclaré ne savoir signer, fors les soussignés. Approuvé en interligne … 
Philippe Paquier, René Blanchard, François Blanchard, Mathurin Pineau, Jean Levain, Boisson 
Chaigneau notaire 
Graffard notaire royal 
Contrôlé aux Herbiers le 28 mai 1783. Reçu quinze sols. Graffard Deslandes"

Ils sont donc onze hommes à s’être déplacés chez le notaire pour témoigner des limites de l’usage en question : sept d’Ardelay, trois des Herbiers et un de Vendrennes. Nous ne les connaissons pas tous, mais ils semblent bien constituer un échantillon représentatif de personnes compétentes sur le sujet évoqué. Un bourgeois, Boisson, en l’occurrence un propriétaire foncier vivant de l’exploitation de plusieurs métairies, qui plus est syndic de sa paroisse (ancêtre du maire), un jardinier du château de la Limouzinière à Ardelay (2). La fonction de ce dernier lui donnait autorité dans le travail se rapportant aux arbres, et probablement représentait-il, avec le fermier de la seigneurie, le seigneur foncier, aussi propriétaire des bois ainsi utilisés. Un artisan charpentier, un marchand et sept agriculteurs, dont l’un pratiquait en plus le commerce des bestiaux (marchand laboureur).

André Daumas : Forêt de chênes-lièges

Ces onze personnes ont donc rappelé que l’usage de peler l’écorce des troncs d’arbre, ne devait pas dépasser la moitié pour chacun d’eux. Il en est de même de nos jours sur les arbres chêne-liège des Pyrénées-Orientales. Cette activité des peleurs individuels n’était pas générale. Dans les alentours de Parthenay, ville où les tanneries étaient nombreuses, les marchands tanneurs achetaient des coupes de bois dans les propriétés rurales de la région alentour. Ils s’engageaient alors à « peller et escorcer les bois … dans la mi-mars » et à procéder à leur abattage immédiatement après (3). Dans ce cas le pelage du tronc visait les 100 %. La mi-mars évoquée ici était bien la période appropriée au moment où la sève montait.

Il apparait que l’acte notarié avait pour but de fournir une base écrite sérieuse à la position des propriétaires en vue d’un procès. Il s’agissait d’établir la réalité d’un usage, qui devait être reconnu par un juge royal pour être utilisé devant les tribunaux. Depuis l’ordonnance de 1667 sur la procédure civile, c’était le seul moyen légal en vigueur de preuve d’un usage reçu en justice. L’ordonnance avait en effet aboli l’enquête par turbe utilisée depuis longtemps : un groupe de personnes qualifiées (tourbiers) affirmaient à l’unanimité qu’une coutume ou usage allégué existe bien en tel lieu. Cette procédure avait été réglementée en 1270 par Louis IX (4). C’est que l’usage, comme source de droit, était plus fréquent que de nos jours, encore faut-il prouver qu’il existe et comment il existe, étant défini en terme général comme « une chose fréquente d’ancienneté dont on a toujours usé ».

Cet acte notarié a été passé au château d’Ardelay, où officiait le notaire de la baronnie. C’était la demeure de la famille des Herbiers à l’Etenduère, et ensuite de la famille d’Escoubleau. Le notaire s’appelait Jean Chaigneau et sa compétence, à l’époque elle était conçue comme une juridiction, se limitait en principe à sa baronnie. Mais en cas de besoin il insérait dans ses actes une clause d’extension de juridiction (prorogation selon le vocabulaire d’alors), acceptée par les parties, pour échapper à cette restriction territoriale. C’est qu’en principe les parties à un acte notarié devaient alors être domiciliées dans le ressort de compétence du notaire, sous peine de nullité de certains actes comme les contrats (5).

Par ailleurs on remarquera dans la formule employée au début de l’acte son caractère judiciaire, les personnes étant « dument soumises », à la cour ou tribunal du notaire. Il consacre le rôle central de la justice dans la tradition française, pour donner de la sûreté aux actes privés, par le magistère de l’authentification. Les notaires avaient pris la place des simples officiers de justice et de police qu’étaient devenus les sénéchaux ou baillis au cours du Moyen Âge dans cette fonction d’authentification. Certes les notaires ne sont plus officiers de justice de nos jours, mais ils ont gardé leur rôle d’authentification sous la tutelle du ministère de la justice. En modernisant l’Etat, les républicains ont renforcé son rôle, déjà central au temps des rois de France. À l’époque les actes étaient toujours passés devant deux notaires en même temps, et aux côtés de maitre Jean Chaigneau on trouve maître Graffard, notaire royal. Sa juridiction personnelle, plus large, comprenait la sénéchaussée du Poitou. L’acte du notaire a été contrôlé aux Herbiers au bureau de l’enregistrement et des domaines par Graffard-Deslandes, moyennant le paiement d’une taxe de quinze sols (6). C’était une formalité obligatoire, servant essentiellement à constater la date des actes. Faut-il ajouter qu’elle est née de la nécessité de renflouer le déficit des finances publiques ?


Les tanneries avant la révolution industrielle en Vendée


Ancienne tannerie du Fleuriais
à Mortagne-sur-Sèvre

Cet acte notarié est l’occasion de se rappeler l’importance de l’utilisation du cuir en cette fin du 18e siècle. Il était destiné à l'agriculture et se diversifiait aussi selon les qualités dans la chaussure, la maroquinerie, la sellerie, l'armement et autres usages. Depuis les temps préhistoriques, l’homme savait le préparer suivant des méthodes naturelles, toujours utilisées en 1783. Elles ont été abandonnées à l’âge industriel avec la naissance de nouveaux produits chimiques. Parmi elles, le tannage végétal utilisait des écorces d’arbre riches en tannin.

La documentation consultée sur le Bas-Poitou indique bien l’existence de tanneries à cette époque, notamment à Fontenay, Mervent, Luçon et Coulonges, mais elles ne paraissent pas représenter une forte activité dans cette région. Il lui fallait un approvisionnement en peaux, qui ne devaient pas manquer. Des marchands parcouraient la campagne, de villages en villages, pour acheter les peaux de lapin et de moutons surtout. Les peaux de bœufs et de vaches se récupéraient sur les lieux d’abattage. De plus, les peleurs d’écorce, on le constate ici, disposaient de bois abondants dans le bocage et d’un droit, consacré par l’usage, favorable à leur activité. Mais les procédés utilisés exigeaient beaucoup d’eau et les tanneries étaient surtout installées le long des cours d’eau. Le débit du Petit Lay, de la Boulogne, voire de ruisseaux moins importants semble avoir suffi. Vue d’aujourd’hui on peut être étonné, car leur débit parait bien faible par endroit en été.

Une recherche dans le site des Archives de Vendée, avec son moteur de recherche, sur le métier de tanneur fait ressortir son exercice avant la Révolution de manière plus importante que la documentation sur les tanneries ne le laisse apparaître. On trouve des tanneurs à la Copechagnière, les Brouzils, Belleville/Vie, Apremont, Challans, Montaigu, Mortagne, la Verrie, etc. Mais aussi on repère les tanneurs qui devaient se fournir auprès des peleurs d’écorce visés dans l’acte cité plus haut : au Petit Bourg des Herbiers, Saint-Mars-la-Réorthe, Mouchamps, Sainte-Cécile (7), aussi au village du Plessis Cosson des Essarts au 18e siècle (8). Enfin on connait un marchand tanneur demeurant à la Guierche (Vendrennes), repéré lors de son mariage en 1806 (9).

Dans les archives de la seigneurie de la Pouzaire on trouve des aveux de la Normandelière (Copechagnière) à Montaigu, où il est fait mention de plusieurs moulins à tan aux abords de la forêt de Gralas. Les tanneurs à la Copechagnière et des Brouzils, étaient ainsi bien placés pour utiliser l’écorce des chênes tout proches et en abondance (10).

Le bois des forêts alimentait aussi une autre activité, les fours, pour fabriquer du verre, des tuiles, briques et carreaux et aussi de la chaux. C’était le cas à Vendrennes comme on le voit dans une visite de la métairie et tuilerie et four de Bonne Œuvre près de la forêt de Mouchamps. Elle a été effectuée le 1er octobre 1761 entre le propriétaire des lieux, Joseph de Sarode, et ses nouveaux fermiers, Henri Martineau et Charles Boisson. Le procès-verbal fait état d’une « halle où était autrefois la verrerie en partie ruinée » (11). En 1625 il y avait un charbonnier demeurant à la Pidouzerie de Vendrennes (12). Il fabriquait du charbon de bois grâce aux forêts de la contrée. Enfin il existait une autre activité dans les forêts, le ramassage des glands pour l’alimentation des cochons. C’est ainsi qu’au château de la Rabatelière on acheta 34 boisseaux de glands le 20 décembre 1786, à 10 sols le boisseau (13), soit le quart de la valeur d’un boisseau de seigle.


La tannerie du 18e siècle


Moulin à tan

Le tanin est une substance organique contenue dans de nombreux végétaux, notamment dans des écorces. Celles-ci étaient hachées, broyées, puis moulues pour être livrées aux tanneries. Pour les approvisionner on utilisait surtout l’écorce du jeune chêne pédonculé dans les bois taillis et non pas dans les bois futaie réservés au bois de charpente. De plus, ses glands nourrissaient les porcs en automne. Il est d’ailleurs très utilisé de nos jours par les vignerons pour l’élevage du vin en fût de chêne, en raison précisément de la richesse de ses tanins. Le texte notarié emploi le mot tan. C’était la poudre d’écorce de chêne broyée dans un moulin. On l’a aussi utilisée avec de la chaux pour obtenir un liant plus résistant de maçonnerie dans les temps anciens. 

Le maître tanneur (patron) travaillait souvent avec plusieurs garçons tanneurs (ouvriers). Les nombreuses opérations de traitement des peaux étaient physiquement exigeantes dans un air ambiant de puanteur. Le tannage proprement dit consistait à empiler les peaux dans de grandes cuves en bois ou en maçonnerie étanches, appelées fosses, entre des couches de tan neuf. Ces cuves étaient en général enfouies aux trois quarts de leur hauteur et contenaient de 800 à 1000 litres d’eau (14). II fallait environ 300 kg de tan pour 100 kg de peau fraîche. L’eau était ajoutée de manière à tremper toutes les peaux. Le tanin de l'écorce se dissolvait et était absorbé par celles-ci. Cette dernière opération pouvait être renouvelée plusieurs fois et, à la fin, les peaux devenaient souples et imputrescibles.

Autour des fosses le terrain était pavé de larges dalles et le tout reposait sous un hangar appelé halle. Derrière lui et plus élevés, il y avait d’autres hangars clos de lamelles de bois peu épaisses disposées en forme de persiennes. Ils servaient de séchoirs aux peaux tannées. Le tout ne nécessitait pas un capital couteux, selon deux baux de 1595 et 1598 à Poitiers (14).

Après le tannage réalisé dans un milieu acide, il fallait passer en milieu neutre grâce le plus souvent au carbonate de calcium provenant des pierres de calcaire. Suivait la phase du corroyage pour donner au cuir la fermeté, le poli et la souplesse nécessaires. La gélatine, sous-produit de ces opérations, pouvait être vendue aux moulins à papier, qui l’utilisaient pour encoller les feuilles de papier destinées à l’écriture (15). Les pièces en bois et en métal, servant à assouplir les peaux dans le travail du tannage, s’appelaient des « palissons » dans la région de Saint-André-Goule-d’Oie. Les outils des tanneurs étaient parfois appelés les « os de saint Crépin », allusion au saint patron des artisans du cuir et des cordonniers, qui vivait à Soissons au début du IVe siècle (16). On sait l’importance qu’avait le culte des saints dans la société occidentale issue du Moyen Âge. Le métier de tanneur comportait des spécialités comme celui de blanconnier, qui blanchissait les peaux de mouton. On en trouvait à Fontenay. Cette technique décrite ici a comporté des variantes (ex. cuir de Cordoue) et s’est perpétrée jusqu’à l’arrivée de nouveaux procédés à base de produits chimiques synthétiques.

En 1793, la Convention Nationale eut besoin dans l’urgence d’un approvisionnement très important d’équipements en cuirs pour chausser les nouveaux soldats. On ne pouvait pas attendre les délais habituels de plusieurs mois pour tanner des peaux. On avait besoin de 170 000 peaux de bœuf, 100 000 peaux de vache et 1 000 000 peaux de veau. En 1794, le chimiste et industriel Armand Seguin développa un procédé de tannage en trois semaines, jouant sur la concentration du jus tannant (17). Néanmoins, la victoire remportée sur le délai se fit au détriment de la qualité.

On ne saurait oublier l’importance de la pollution des rivières générée par cette activité, d’autant que l’eau n’était pas colorée par les rejets comme ceux des teinturiers. Or cette eau était utilisée par les ménagères, surtout dans les villes. Bien des maladies des hommes et du bétail ont trouvé leur origine dans ce type d’activité. C’est pourquoi l’activité des tanneurs et des teinturiers a fait l’objet d’un règlement en 1315 dans la ville de Narbonne, par exemple. Ils ne pouvaient déverser leurs rejets nauséabonds et colorés dans la rivière qu’au début de la nuit, de façon à ce que l’eau puisse servir de boisson aux habitants au petit matin (18) !

Ce n’est pas le procédé qui est en cause bien sûr, mais sa mise en œuvre sans les précautions nécessaires. Le problème est le même avec les tannages à base de produits chimiques. Notre époque qui aime parfois faire « retour à la nature », réutilise le procédé ancien de tannage. Celui-ci n’est donc pas qu’un sujet pour l’Histoire, mais aussi il peut faire partie des choix dans un projet d’entreprise. On parlera alors du « tannage végétal », dans une approche marketing propre à séduire les personnes sensibles à l’argument, parce qu’il diminue le recours aux produits chimiques. Les spécialistes avancent en même temps un autre argument : le procédé conserve un meilleur aspect au cuir, plus naturel et avec de plus grandes possibilités pour les travaux de décoration. Dans cette évolution, l’artisanat des tannerie vendéennes a disparu. En revanche la région des Essarts-en-Bocage a accueilli récemment des ateliers de maroquinerie de luxe des marques Louis Vuitton.

Maroquinerie vendéenne (L. Vuitton)

Les archives des notaires de Fontenay-le-Comte nous apprennent aussi que la manie du commerce des emplois publics, dont abusèrent les rois de France pour remplir leurs caisses souvent vides, avait aussi touché le travail et le commerce du cuir au 17e siècle. La production de cuir était contrôlée pour percevoir des « droits de marque ». L’office de « contrôleur, visiteur et marqueur des cuirs », propre à chaque petite région comme celle de Mervent et des Clouzeaux, était souvent acheté par des tanneurs, parfois donné à bail à d’autres tanneurs ou marchands tanneurs. On se contrôlait donc entre gens de la profession ! Mais le début du 17e siècle est connu pour la déliquescence de ses mœurs administratives. L’officier appliquait sur les cuirs une marque avec un marteau, constituant une garantie, ancêtre de nos labels. Ainsi nous avons l’exemple de Pierre de Couignac affermant son office de contrôleur, visiteur et marqueur des cuirs de Mervent pour trois ans, le 31 décembre 1622. Les preneurs sont deux frères, marchands tanneurs, Jehan Maupetit de Pissotte, et Gabriel Maupetit de Mervent. Le bail est conclu moyennant 70 livres par an et « ung mille de gros cuir à faire carrelure de soulier bon et bien apresté à faire ouvrage ».

Enfin, il faut indiquer que la nouvelle législation issue de la Révolution mit fin à ce droit particulier des peleurs d’écorce. La propriété était devenue un droit de l’homme dans une définition excluant les charges pesant sur elle. La Révolution supprima les droits seigneuriaux et ceux des peleurs d’écorce en même temps. La loi du 12 juin 1791 édicte en son article 14 « Ceux qui détruiront les greffes des arbres fruitiers ou autres, et ceux qui écorceront ou couperont en tout ou en partie des arbres sur pied qui ne leur appartiendront pas, seront condamnés à une amende double ».


(1) Acte du 28-5-1783 portant que les peleurs d’écorce épèlent à moitié, Archives de Vendée, notaires des cantons des Herbiers à Ardelay, étude A, Jean Chaigneau : 3 E 65 10-1, vue 488/628.
(2) Son propriétaire était à cette date Charles Antoine Bernabé, seigneur de la Boulaie, la Limouzinière et autres lieux, demeurant à Fougère.
(3) Louis Merle, La métairie et l’évolution agraire de la Gâtine poitevine de la fin du Moyen Âge à la Révolution, Editions Touzot, 1958, page 198.
(4) Marie Bassano, leçon 6, la Coutume, cour de l’université numérique juridique francophone.
(5) Sentence d’ordre du 9-9-1727 des syndics des créanciers de Moreau et Menard, copie du 9-3-1754 (page 42), Archives de Vendée, chartrier de Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29.
(6) Il fallait 20 sols ou sous pour faire une livre.
(7) Pour ces derniers, on connaît François Rouillon, beau-frère de Charles Guyet, maitre de poste de Saint-Fulgent, lors de son mariage avec Marie Louise Guyet. Voir Archives de Vendée, registre des mariages de Sainte-Cécile le 26-6-1759 (vue 173/275).
Son frère Jean Guyet s’établit à Sainte-Cécile où il fut marchand tanneur. Le fils de ce dernier deviendra régisseur de Linières à partir de 1804.
(8) Revue du Centre vendéen de recherches historiques no 17 (année 2010), A. Gaillard, Louis-Constant Trastour insurgé malgré lui, page 54.
(9) Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé boisson : 7 Z 76-1, Saint-André-Goule-d’Oie, lieux-dits et famille Fluzeau.
(10) Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé boisson : 7 Z 61, Rabatelière, les moulins.
(11) Visite du 5-7-1762 de la métairie et tuilerie de Bonne Œuvre (Vendrennes), Archives de la Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/3. Les Sarode étaient une famille noble de verriers originaires d’Italie (Montferrat), selon B. Fillon et O. de Rochebrune : Les verriers du Poitou, page 9 dans « Poitou et Vendée études historiques et artistiques », réimpression de Laffitte en 1981 de l’édition de 1887.
(12) Note no 2 sur la Baritaudière à Saint-André-Goule-d’Oie, Archives d’Amblard de Guerry : S-A 1.
(13) Achats du 20-12-1786 dans les comptes du château (1786-1787), Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/I 55, page 26.
(14) Paul Raveau, Essai sur la situation économique et l’état social en Poitou au 16e siècle, Librairie des sciences politiques et sociales, Paris, 1931, page 40. [Archives de Vendée : L 14]
(15) B. Raymond, Le grand moulin à papier des Epesses, Recherches Vendéennes, Edition du CVRH et de la société d’Emulation de la Vendée (2013), page 182.
(16) Régine Pernoud, Les saints au Moyen Âge, Plon (1984), page 21.
(17) Eva Halasz-Csiba, Le Tan et le Temps, http://tc.revues.org/1585 - Techniques & Culture 2002.
(18) J. P. Leguay, La pollution au Moyen Âge, Editions J. P. Gisseront (2007), page 58.


Emmanuel François, tous droits réservés
Aout 2020