jeudi 2 février 2012

Emma Guyet-Desfontaines, une femme moderne de son temps

Nous avons déjà exposé la vie d’Emma Guyet (elle signait ainsi) jusqu’à son deuxième mariage en 1830, au temps où elle s’appelait Madame Chassériau. Nous avons aussi évoqué son intimité familiale et la vie de sa fille Isaure, interrompue à l’âge de 34 ans. La châtelaine de Linières vivait bien éloignée de Saint-André-Goule-d’Oie et de Chauché, comme nous allons le voir ici en abordant sa vie publique et d’artiste. Celle-ci a eu pour cadre principal le salon qu’elle tenait. Aussi il nous paraît nécessaire de situer auparavant cette institution des salons d’artistes dans une perspective historique. Dans le même temps nous pourrons mieux comprendre son comportement au regard des mœurs de l’époque. Ainsi Emma Guyet nous apparaît-elle comme une femme de son temps, mais une femme moderne dans son temps.

Tout d’abord, qu’est-ce qu’un salon ?

Qu’est-ce qu’un salon ?


Virginie Ancelot
« Un salon est une réunion intime, où l'on se connaît et se cherche, où l'on a quelque raison d'être heureux de se rencontrer. Les personnes qui reçoivent sont déjà un lien entre celles qui sont invitées, et ce lien est plus intime quand le mérite reconnu d'une femme d'esprit l'a formé ; mais il en faut encore d'autres entre ceux qui s'y rencontrent : il faut des habitudes, des idées et des goûts semblables ; il faut cette urbanité qui établit vite des rapports, permet de causer avec tous sans en être connu et qui était jadis une preuve de bonne éducation et d'usage d'un monde, où nul n'était admis qu'à la condition d'être digne de se lier avec les plus grands et avec les meilleurs.
Cet échange d'idées fait bien vite connaître la valeur de chacun ; celui qui apporte le plus d'agrément est le plus fêlé, sans considération de rang et de fortune, et l'on est apprécié, je dirais presque aimé, pour ce qu'on a de mérite réel ; le véritable roi de cet espèces de république, c'est l'esprit ! » Ces lignes ont été écrites par Virginie Ancelot, une romancière, auteur dramatique, mémorialiste et peintre, célèbre par son salon dans l’un des appartements de l’hôtel de La Rochefoucauld (rue de Seine) qu’elle ouvrit à partir de 1824. Le mot de « salon » est une invention du XIXe siècle, alors que l’institution remonte au XVIIe siècle. Il désigne ainsi une forme particulière de sociabilité. Avant le XIXe siècle, on qualifie de telles réunions de société, cercle, bulle ou cénacle.

Le salon, par le droit de parole qu'y prenaient les femmes, leur permettait de jouer un rôle social. C’est dans leurs salons qu’est né l’art de la causerie caractéristique de la société française. Ces salons où l’on s’entretenait de belles choses en général, et surtout des choses de l’esprit, exercèrent une influence considérable sur les mœurs et la littérature.

Dès le début du XVIIIe siècle, on trouve des salons accueillant les écrivains et les artistes, mais également on y donnait des fêtes, où se mêlaient aristocrates et bourgeois. Par exemple, Mme de Tencin, mère de d’Alembert, en animait un et avait publié cinq romans anonymement. La littérature, le théâtre, le jeu, la peinture, la musique y occupèrent alors une place importante : même la politique à partir du milieu du XVIIIe siècle. L’Encyclopédie est née dans le salon du baron d’Holbach. Sous la Révolution, les salons où l’on joue de la musique, où l’on sert des repas raffinés, où l’on cause politique, théâtre et littérature sont également nombreux.

Au temps de Mme Guyet-Desfontaines, la vogue des salons est toujours vivace et les plus célèbres ont été ceux Juliette Récamier (1), de Delphine de Girardin (2), de Charles Nodier (3), de Virginie Ancelot (cf. ci-dessus) de la comtesse Taverna (4), etc.

Nous avons déjà indiqué qu’Emma commença par fréquenter le salon de Sophie Gay, l’amie de leur mère. Intéressons-nous à celui de Nodier, où Emma et Amaury-Duval firent leur début le plus marquant dans la société des artistes de leur temps. Pour décrire le salon des Nodier, nous reprenons ici le texte de Virginie Ancelot :

Amaury-Duval : Marie Menessier-Nodier
« La maison de Nodier était fort animée, et les réunions pleines de gaieté ; je n'ai vu nulle part autant d'entrain. Les peintres, les poètes, les musiciens, qui faisaient le fond de la société, étaient laissés à toutes leurs excentricités particulières, et remplissaient le salon de paroles vives et retentissantes.

Madame Nodier était aimable de bonté. Sa fille unique l'était avec son esprit, qui tenait de celui de son père, avec ses talents agréables et avec ses quinze ans. C'était une existence qui s'épanouissait parée de mille enchantements. Peu de jeunes filles ont eu, autant que mademoiselle Marie Nodier, cette verve joyeuse qui semble dire : je suis heureuse de vivre !

On s'amusait donc beaucoup chez Nodier, car une réunion s'empreint naturellement des dispositions d'esprit de la femme qui la préside, et la toute charmante fille de Nodier remplissait de joie le salon de son père ; elle y avait ses amies, comme à la fleur de l'âge. Des poètes, des musiciens, des peintres aussi jeunes et joyeux, les faisaient danser, et tout cela était sous le charme de l'espérance ; la gloire leur apparaissait rayonnante, ils la voyaient de loin !

Il y avait aussi chez Nodier de ces rêveurs saint-simoniens et fouriéristes dont les âmes honnêtes croyaient possible une société sans crimes et sans malheurs : ils espéraient alors être témoins heureux de cette merveilleuse invention ! (5) Que d'espérances se mêlaient aux danses, aux valses, aux galops, aux polkas !

Et parfois, en carnaval, les déguisements les plus plaisants et les plus pittoresques amenaient la gaieté jusqu'à la folie. Alors il n'était permis à personne de venir sans être déguisé. Oh ! Il fallait toute la gentillesse de la jeune fille de la maison pour exciter la curiosité de graves personnages au point de les soumettre à cette décision » (6).

La fille de Charles Nodier écrit elle-même dans ses Mémoires, à propos de ces réceptions : « On put y admirer de nouveau, au rayonnement des noms illustres, les gracieuses ou splendides beautés que contenait l'écrin féminin de ce temps-là. Madame Victor Hugo, madame la comtesse O'Donnell (7), madame Guyet-Desfontaines, mesdames Amédée Pichot, Duponchel, Deveria, Robert Fleury, madame de Bazaine Sénovert, madame Alexandre Bixio, ma sœur plutôt que mon amie madame Auguste Jal, Francine, la très-jeune nièce de mon père, déjà belle et déjà spirituelle, les deux adorables filles du général Pelletier. » (8)

Et Alexandre Dumas de continuer dans ses Mémoires : « Nodier prétendait que j'étais une bonne fortune pour lui, en ce que je le dispensais de causer ; mais ce qui, en pareil cas, était la joie du paresseux maître de maison, était le désespoir de ses convives : dispenser de causer le plus charmant causeur qu'il y eût au monde, c'était presque un crime : il est vrai qu'une fois chargé de cette vice-royauté de la conversation, je mettais un amour-propre inouï à bien remplir ma charge.
Il y a des maisons où l'on a de l'esprit sans s'en douter, et d'autres maisons où l'on est bête malgré soi. Moi, j'avais trois maisons de prédilection, trois maisons où flambaient incessamment ma verve, mon entrain, ma jeunesse : c’était la maison de Nodier, la maison de madame Guyet-Desfontaines, et la maison de Zimmermann. Partout ailleurs, j'avais encore quelque esprit, mais l'esprit de tout le monde. »

Le salon de madame Guyet-Desfontaines



  

                       Charles Guyet                                Sébastien Luneau
 Caricatures de J. A. Barre exécutées dans le salon d'Emma Guyet-Desfontaines

Quand Emma vient habiter chez Marcellin Guyet-Desfontaines en 1832, elle emmène tous ses amis du Quai Conti. Ses « mardis », qui deviendront plus tard des « samedis », vont trouver un cadre plus élégant. Vont s’y adjoindre les amis de son mari : le vicomte du Vigier (9), Charles Guyet (quand il n’est pas en mer) (10), Félix Arvers (11), A. de Musset, etc. Aussi son cousin le journaliste Isidore Guyet. Il cessa d'écrire dans les journaux en 1843, occupant ensuite ses loisirs à retracer ses impressions de journaliste sur les hommes politiques du temps. On lui doit aussi les explications ajoutées aux gravures au trait de l'arc de triomphe de l'Étoile par Normand (Paris, 1810-1811, in-4°. L. Louvet). Plus tard on verra des hommes politiques : Sébastien Luneau (député des Sables-d’Olonne), Edmond Blanc (député de Haute-Vienne), orléaniste conservateur qui fut aussi secrétaire général du ministère de l’Intérieur, Odilon Barrot (chef de file des orléanistes de gauche dont fait partie Marcellin), l’amiral Lalande (12). Des ministres viendront aussi se distraire : Montalivet (13), Cunin-Gridaine  (14), Lacave-Laplagne (15), ainsi que le grand ami Armand Bertin, qui succédera à son père dans la direction du Journal des Débats de 1841 à 1854. Le monde de la politique, de l’administration et des affaires représentait environ 20% des habitués du salon (16). Les membres de la famille et amis très proches représentaient à peu près la même proportion. Plus de la moitié des habitués étaient donc des artistes (littérature, peinture, musique, etc.), parfois amis proches en même temps. Mais dans une société française où l’aristocratie avait retrouvé toute sa place, elle est rarement présente chez les Guyet-Desfontaines. On est entre bourgeois.

Au sujet du salon de sa sœur, Amaury-Duval a écrit : « Il y aurait peut-être un récit à faire des soirées de la rue d’Anjou, qui devinrent fort à la mode, et dont les programmes, variés à l’infini par le génie inventif de ma sœur, étaient plus curieux et plus inattendus les uns que les autres. » (17)

Pour diriger un salon il faut une bonne connaissance des hommes, du tact, une autorité douce mais ferme. Mme Guyet-Desfontaines possédait ces qualités avec sa vivacité toute personnelle et sa bonne humeur contagieuse. C’est tout le paradoxe de cette société d’autrefois où la sphère des hommes et celle des femmes se rencontraient dans une profonde inégalité. On n’admettait pas que les femmes se mettent en vue comme les hommes, y compris dans les arts. Elles avaient une place éminente à la maison ou dans la société, mais comme mère ou épouse. Diriger un salon était un rôle de femme dans l’écrasante majorité des cas, celui de l’épouse et maîtresse de maison. La morale, la religion et l’enseignement cimentaient cet état de fait de leurs arguments, de leurs croyances et de leurs programmes. Le droit, marque des sociétés évoluées, le traduisait dans ses règles : ni capacité juridique, ni droit de vote pour les femmes.

Madame Guyet-Desfontaines dans le statut de la femme en 1840


C’est ainsi qu’à cette époque encore, une femme pouvait difficilement s’afficher comme écrivain. A titre d’exemples la grande femme de lettres et romancière, la baronne Dudevant (1804-1876), a choisi un pseudonyme masculin pour faire carrière : Georges Sand (18). De même la fille de Sophie Gay, Delphine, épouse d’Emile de Girardin, fit carrière en littérature et dans la presse avec des pseudonymes masculins, dont le plus usité a été Charles de Launay. Une amie d’Amaury-Duval, Alice Marie Céleste Durand (1842-1902), femme de lettres, signait Henry Gréville. Emma elle-même indiquera comme nom d’auteur à ses livres : « une inconnue ». Amaury-Duval a écrit de manière révélatrice à propos de sa mère : « Elle s’était retirée à la campagne où le goût du jardinage avait remplacé son goût pour les arts qu’une mère de famille n’a pas le droit de cultiver, coupant, taillant, binant elle-même… » (19).


Emma Guyet-Desfontaines, femme moderne de son temps, a elle aussi été freinée par les carcans sociaux de son époque. Nous l’avons même surprise à fumer ! En Angleterre, il est vrai, où elle se plaint en ces termes : « Il est défendu de fumer dans les rues, et mon pauvre mari se cache dans tous les coins pour passer un moment avec sa pipe. Quant à moi, je l’ai voulu, fumer, à la campagne, chez les Heath, et l’on m’a envoyé une députation pour me supplier de ne pas fumer, pour ma considération, pour les domestiques de la maison X. Tu juges de mon plaisir. » (20)

Souvent pour une femme, l’acte de fumer affichait une appartenance au monde intellectuel, les romantiques ayant popularisé la pratique des fumeries. Ainsi la célèbre Georges Sand n’hésitait pas à apparaître en public la pipe à la bouche. L’acte de fumer était pratiqué surtout dans la haute société, avec l’idée de supprimer une frontière entre les sexes, et de faire preuve en même temps de modernité. Néanmoins, l’innovation ne manqua pas de faire débat. On sait qu’Amaury-Duval était un bon fumeur de pipe comme son beau-frère Guyet-Desfontaines. Malheureusement Emma ne nous précise pas si elle fumait la pipe ou la cigarette. Celle-ci était apparue en 1843, popularisant le tabac progressivement dans les milieux plus populaires.


(1) Julie ou Juliette Récamier (1777-1849), jolie femme qui donna le ton de la mode sous le Directoire. Elle fut amie de Benjamin Constant et de Chateaubriand.
(2) Fille de Sophie Gay (amie de la mère d’Emma), écrivaine elle-même.
(3) Ami du père d’Emma, journaliste et écrivain, eut une grande influence pour lancer le romantisme.
(4) Italienne née vers 1815, amie intime de Thiers.
(5) Ce fut l’époque du lancement des premières théories socialistes, dont celles de Fourier, du Saint-Simonisme, et un peu plus tard de Proudhon.
(6) V. Ancelot, Musée des familles, lectures du soir, (T 24), page 98 et s.
(7) Fille de Sophie Gay, née du premier mariage de son mari (A).
(8) Mme Mennessier-Nodier, Charles Nodier : épisodes et souvenirs, Didier (1867). Dans son testament Amaury-Duval légua en 1885 une rente sur l’Etat à 3 % de 2 500 F à chacune de ses filles (Thècle et Marie), et une de ses œuvres à son mari Emmanuel.  
(9) Parent de sa mère, l’ex vicomtesse de Lespinay. Une de ses filles sera dotée d’une rente viagère de 1 200 F par Mme Guyet-Desfontaines dans son testament en 1868. 
(10) Charles Guyet (1797-1867) fils de Jacques, un frère de son père, et ami d’Augustin Jal (Voir le dictionnaire des Vendéens sur le site des archives de la Vendée).
(11) Félix Arvers, poète, clerc dans l’étude de Guyet-Desfontaines à ses débuts.
(12) Julien Lalande (1787-1844), commanda l’escadre d’Orient de 1833 à 1839.
(13) Camille Bachasson, comte de Montalivet (1801-1880), plusieurs fois ministre de Louis Philippe, dont il était très proche.
(14) Laurent Cunin, dit Cunin-Gridaine (1778-1859), plusieurs fois ministre de Louis Philippe, et un des chefs du parti conservateur.
(15) Jean Lacave-Laplagne (1795-1849) est un magistrat à la Cour des comptes,  député et plusieurs fois ministre des finances sous la Monarchie de Juillet. On s’est moqué de lui à cause de sa laideur.
(16) Calculé à partir des caricatures des habitués du salon (par J.A. Barre), pris comme échantillon représentatif.
(17) Amaury-Duval, Souvenirs (1829-1830, Plon (1885), page 253.
(18) A propos de Georges Sand, rappelons que son fils, Maurice Dudevand (1823-1889), épousa Lina Calamatta, la fille de Joséphine Raoul-Rochette, elle-même fille du grand sculpteur Houdon et aussi sœur de l’épouse de l’oncle d’Emma, Henri Pineu-Duval.
(19) Archives de la société éduenne d’Autun, fonds Amaury Duval : K8 35, manuscrit d’Amaury-Duval.
(20) Archives de la société éduenne d’Autun, fonds Amaury Duval : K8 33, lettre d’Emma Guyet à Amaury-Duval du 23-7-1854.

Emmanuel François, tous droits réservés
Février 2011

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L'origine de Saint-André-Goule-d’Oie

De la préhistoire à l’Antiquité


La dernière période de la préhistoire, le néolithique, est tardive en Poitou, datée par les spécialistes de – 5000 à – 2500 avant J. C. (1), alors que l’histoire des hommes des vallées de la Mésopotamie ou du Nil commence vers – 4000 avec leurs premiers écrits. « À Saint-André-Goule-d’Oie une hache d’apparat en jadéite fut découverte en 1940 dans le champ du Vignault, près du village du Peux. Cette hache exceptionnelle mesure 20 x 7 x 3 cm. L’origine probable de cet objet se situe dans les Alpes, ce qui peut donner une idée de l’extrême valeur que devaient revêtir ces prestigieuses haches parvenues jusque dans l’ouest de la France. Quatre haches polies ramassées au Pin sont conservées au musée Dobrée à Nantes ». Voilà ce que nous rapporte B. Poissonnier l’auteur du livre mentionné. 

Ces habitats dispersés et près d’un ruisseau se trouvaient à portée des terrains de chasse sur les plateaux de landes ou dans les forêts, celles du Coudray, de l’Herbergement, de la Vrignaie, touchant la grande forêt des Essarts. Le nom de cette dernière localité indique son origine, son espace a été gagné sur la forêt par essartage (défrichement). 

Voie romaine (voie Domitia à Narbonne)
À Saint-André l’Histoire commence avec les romains, plus exactement avec les voies romaines.  On sait à quel point elles ont favorisé le peuplement de certains lieux situés sur leur passage. La voie Nantes/Saintes par Montaigu, Saint-Georges-de-Montaigu, avait, à partir de Chavagnes-en-Paillers, deux parcours différents. L’un passait par Saint-Fulgent à la Chaunière, puis par la Boutinière (Saint-André-Goule-d’Oie), située sur la crête d’une colline, et continuait vers les Quatre-Chemins par la Brossière. On peut émettre l’hypothèse que les deux villages de la Brossière et de la Boutinière ont été habités depuis très longtemps sur ce tracé, même si nous ne possédons aucun document pour le prouver. L’autre parcours passait à Benaston, le Haut-Bourg de la Rabatelière, la Chapelle de Chauché, Languiller, et près du bourg des Essarts (2). Entre ces deux tracés on a une partie de la paroisse de Saint-Fulgent au nord et une partie de celle de Chauché au sud et Saint-André-Goule-d’Oie au milieu. La Rabatelière est une création récente en 1640 sur une partie des territoires de Chauché, de Chavagnes et un peu de Saint-André-Goule-d’Oie. Sur ce futur espace de la paroisse de Saint-André, il existait des lieux d’activité agricole comme on en a trouvé à Chauché, Chavagnes, Saint-Fulgent et les Essarts. On y a défriché au premier millénaire de notre ère, mais il est difficile d’être plus précis.

L’historien A. de La Fontenelle de Vaudoré a écrit il y près d’un siècle et demi que la contrée (dont le village de Paillers, sur le territoire actuel de Beaurepaire) était occupée par le peuple des Anagnutes (3). Ces peuples ont été désignés du nom plus général de Pictons, ayant donné leur nom au Poitou. Les historiens romains ont donné le nom générique de gaulois à tous ces peuples de l’ancienne Gaule, dont nous ne connaissons que très peu de choses à vrai dire.
Vercingétorix (site d’Alesia)

Dans son livre, Guerre des Gaules, Jules César nous informe que les Pictons ont fourni des vaisseaux à Décimus Brutus pour aider les Romains dans leurs luttes contre les Vénètes (Morbihan) en 56 av J. C. (4) Mais quand Vercingétorix demanda aux tribus gauloises de se rassembler autour de lui en janvier 52, il envoya des ambassades à tous les peules. « Il ne lui faut pas longtemps pour avoir à ses côtés les Sénons, les Parissi, les Pictons … » (5). Au cours du siège d’Alésia qui suivit les chefs gaulois demandèrent le secours de contingents déterminés aux peuples de la Gaule. Ainsi aux Pictons ils demandèrent 8 000 hommes à l’été 52 (6). En 51 une multitude d’ennemis s’étaient rassemblés dans le pays des Pictons. La cité de Duriatos (Lémonum), fidèle aux Romains, s’était divisée, une partie importante ayant fait défection. Les Romains vinrent y rétablir l’ordre. Appelée Lémonum par les Romains, la capitale des Pictons a pris ensuite un nouveau nom emprunté à celui du peuple. Poitiers, comme beaucoup d’autres villes de Gaule (7). On sait par ailleurs que les monnaies des Pictons attestent et illustrent le rite des têtes coupées sur l’ennemi et ramenées pour orner la maison du vainqueur. Enfin les gaulois avaient leurs propres unités de mesures qui ont été transposées en mesures romaines avec la colonisation de Rome (8).

Nous disposons d’une carte de J. M. Guerineau sur « La Vendée de l’époque gallo-romaine à l’époque féodale » (9). Saint-André-Goule-d’Oie y apparaît comme possédant un camp gaulois, comme les Essarts, Saint-Fulgent et Chauché. D’une vraie valeur pédagogique, cette carte ne prouve rien sur l’existence des camps gaulois cités, nous semble-t-il. En revanche il semble bien qu’ait existé un camp romain avéré au lieu-dit le Chatellier entre les Essarts et Sainte-Florence (10). Mais à Saint-André, il n’existe aucune trace probante à notre connaissance.

Chez les voisins, l’histoire a laissé plus de traces. Ainsi à Saint-Fulgent on a découvert des pièces de monnaie romaine du 3e siècle après J. C. et l’activité d’un potier dans le bourg au 4e ou 5e siècle (11). À Chavagnes on a trouvé des traces d’une villa gallo-romaine au Cormier, et une probable implantation wisigothe (12).

Au début du Moyen Âge


L’évangélisation de la contrée remonte aux années 600 après J. C. Elle s’est déroulée à partir des deux couvents (hommes et femmes), installés à Saint-Georges-de-Montaigu vers 580 par Saint Martin de Vertou (527-601). A cette époque la ville s’appelait Durinum, ayant déjà perdu de sa prospérité d’antan. L’église érigée par les moines fut dédiée à Saint-Georges et les couvents étaient une extension du monastère de Vertou que Saint Martin (de Vertou) y avait créé vers 575, en y instaurant la règle monastique de Saint Benoit.

Les moines de Durinum évangélisèrent le pays alentour et un historien cite les Herbiers, Mouchamps, Vendrennes, les Essarts, Rocheservière (13). Saint-Fulgent faisait aussi partie de cette région évangélisée et son prieuré dépendait de l’abbaye de Vertou. Que l’évangélisation des peuplements de ce qui deviendra Saint-André-Goule-d’Oie ait commencé au tournant des 6e et 7e siècles est donc très probable. Comment évangéliser Saint-Fulgent et les Essarts en évitant le territoire de la future paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie, situé entre les deux ?

Les premières églises ou chapelles ont été bâties en bois, à cette époque. Parfois elles l’ont été chez le seigneur du lieu, où les habitants avaient l’habitude de venir pratiquer leurs anciens cultes païens. A la place ils sont venus pratiquer le nouveau culte catholique. La notion de paroisse n’existait pas encore. 

D’autre fois c’étaient des moines qui bâtissaient leur église-prieuré sur des terres données par un seigneur, et accueillaient les habitants des alentours. À l’origine, les prieurés étaient de simples fermes, appelées granges, dépendantes des abbayes. L’abbé envoyait un certain nombre de religieux dans une ferme pour la faire valoir. Les religieux n’en avaient que l’administration et rendaient compte à l’abbé tous les ans. Ils ne formaient pas une communauté distincte et séparée de celle de l’abbaye et l’abbé pouvait les rappeler dans le cloitre quand il le jugeait à propos. Les prieurés furent érigés ensuite en paroisse. L’abbaye y plaçait alors au moins un simple prêtre. Quand il y en avait plusieurs, l’un d’eux, l’écolâtre, pouvait enseigner aux enfants « les lettres divines et humaines. »

Dès les débuts de l’évangélisation, on fixa les circonscriptions ecclésiastiques de l’évêché de Poitiers, érigé au 4e siècle, et s’étendant alors sur la contrée. L’évêque était à l’origine secondé dans son territoire par des chorévèques. C’étaient des évêques attachés à un « pays » (pagus ou vicus), avec la fonction d'aider les évêques des cités épiscopales dans l'administration des groupes de population vivant à la campagne. À la fin du 8e siècle on supprima les chorévèques, tout en reprenant les mêmes circonscriptions. Ils laissaient en souffrance des services qui furent attribués à des archidiacres, archiprêtres et doyens. Les différences entre ces trois catégories, de nature semble-t-il surtout honorifique, sont difficiles à établir pour une époque aussi lointaine et ont pu varier suivant les évêchés. N’y attachons pas d’importance.

Ainsi est né le doyenné de Paillers (transféré à Montaigu ensuite), qui doit son nom à une petite ville réduite à l’état de village et enclavée depuis dans la commune de Beaurepaire (14). Il a donné son nom à Bazoges-en-Paillers et Chavagnes-en-Paillers. Le mot « paillers », d’origine gauloise, signifie cachette (dans les bois). Paillers a été le lieu de résidence du doyen de la contrée. Une partie de la contrée faisait partie du doyenné de Paillers, alors qu’une autre partie appartenait à l’archiprêtré de Pareds.

Ruine de l’ancienne église de Pareds
L’archiprêtré de Pareds mérite une explication elle aussi, donnée par l’abbé Aillery dans son pouillé de l’évêché de Luçon en 1860. Sur les bords de l’Arcançon, ruisseau qui traverse la plaine du Bas-Poitou, avait été édifiée au haut Moyen-Âge l’antique bourgade de Pareds.  Cette localité, devenue depuis un simple village de la Jaudonnière, a continué à imposer son nom à beaucoup de lieux aux alentours (ex. : Mouilleron, Bazoges, etc.). Son archiprêtré comportait beaucoup de paroisses de l’est vendéen (notamment Pouzauges, les Herbiers, Chantonnay), et aussi Vendrennes, Sainte-Cécile et Sainte-Florence-de-l’Oie.

Après les débuts de l’évangélisation dans la période mérovingienne, abordons l’époque suivante. Au temps de Charlemagne on n’a pas d’écrits pour la contrée. Ceux-ci commencent avec ses successeurs pour évoquer la mise en place progressive du système féodal. Néanmoins l’historien Amblard de Guerry a relevé dans l’ensemble des habitats anciens de la Brossière, le nom de la Guierche, caractéristique, qui correspondrait à un point de défense de l’époque carolingienne, et probablement signifiant une origine militaire. Et autour de la Guierche et sur la même rive du Vendrenneau (à Vendrennes), on trouve des toponymes germaniques comme Guisambourg et Andebourg, désignant plus tard un champ et un tènement (15).

La petite région autour de Saint-Fulgent et des Essarts faisait partie du pays d’Herbauges, comprenant un vaste espace allant de la rivière Vendée à la Loire, qui resta sous administrée. La documentation ne semble citer qu’un seul viguier dans sa cité au départ de l’institution, chargé de la justice. Puis dans les textes apparait un autre viguier à Chantonnay (16). La cité du pays d’Herbauges a disparu, sans même qu’on puisse la situer avec exactitude de nos jours.

Au commencement des seigneuries


C’est que la priorité a longtemps été de survivre en pays d’Herbauges, à cause des invasions des voisins (bretons et angevins) et des razzias des normands. Durunum, Nantes, Luçon, etc. furent dévastées. Les limites du Poitou reculèrent jusqu’au Lay et la région tomba dès la fin du 10e siècle entre les mains du duc de Bretagne, puis du comte d’Anjou, revenant plus tard au Poitou. Cette situation troublée explique la création des nombreux fiefs à ligence de Chavagnes, en défense des ennemis. Montaigu resta une marche en revenant ensuite dans le Poitou. L’investigation des seigneuries installées à Chauché reste à faire, mais il parait assez probable que leur nombre n’aurait rien à envier à celui de Chavagnes. Une partie se trouvaient dans la sphère d’influence de Montaigu et l’autre des Essarts.

Sur la naissance de la féodalité dans la contrée, nous manquons d’informations. On sait que les châteaux construits pour se protéger, se multiplièrent au 11e siècle en Bas-Poitou. Autour d’eux s’organisa des châtellenies. C’est en 1099 qu’on commence à voir le baron des Essarts dans des documents, et près de deux siècles après le seigneur de Saint-Fulgent. Mais la réalité avait précédé les mentions écrites conservées. À partir du 10e siècle les détenteurs de l’autorité politique dans les provinces se sont affranchis de l’autorité royale. La justice, les impôts et la guerre sont devenus affaires privées. Les institutions carolingiennes, et l’anarchie qui succéda à Charlemagne, donnèrent naissance à la féodalité et à la noblesse. Elles éloignèrent aussi l’Eglise de ses dogmes, mettant le clergé à la solde des laïcs. Il faut rappeler aussi que l’évangélisation des campagnes fut œuvre difficile en raison d’un enracinement profond des croyances anciennes. Parfois les évangélisateurs durent s’adapter en donnant à celles-ci une coloration chrétienne. Des seigneurs construisirent des églises, nommèrent des curés et des évêques, et créèrent ce qu’on appelle, un peu rapidement, des paroisses, qui rapportaient de l’argent. Les nouveaux ordres monastiques et les réformes du pape Grégoire VII (1073-1085) enrayèrent le processus et réformèrent l’Eglise.  

Grégroire VII
Le Pape avait menacé d'excommunication les seigneurs qui s'accrochaient, sans titre religieux, aux revenus des églises. Vers 980 on accorda des privilèges d'impôts aux paroisses des marches Poitou-Bretagne, ce qui veut dire que des paroisses existaient déjà dans la contrée (17). La paroisse de la Chapelle de Chauché fait peut-être partie de ce mouvement de création de paroisses remontant au premier temps de l’évangélisation de la région. L’église de Benaston à Chavagnes remonte aussi à cette époque. Encore faut-il employer le mot de paroisse avec prudence, ayant un sens moins précis dans l’organisation de l’Eglise comme il est devenu depuis.

Qu’en était-il de l’organisation seigneuriale dans la contrée de Saint-André-Goule-d’Oie ? Le baron des Essarts avait reçu du vicomte de Thouars des territoires touchant à ceux des seigneurs de Tiffauges et de Montaigu. Ce dernier avait Chavagnes et les deux, chacun une partie de Saint-Fulgent. Montaigu avait une influence sur une partie de Saint-André comme en témoigne un aveu en 1343 de Jean de Thouars à Montaigu à raison de sa ligence à L’Herbergement-Entier (au sud-ouest de Montaigu). Il y déclare tenir des droits dans la moitié du fief de Saint-André (bourg), l’autre moitié appartenant au seigneur de la Drollinière (devenue Linières). Il déclare aussi un fief de la Sextenbreische, situé aussi à Saint-André, tenu par Aimery Loriau à foi et hommage (18). Les noms transcrits ne permettent pas une localisation facile, sauf pour un fief de vigne dans le fief du bourg. Deux autres sont probablement le tènement de la Roche Herpière (près de la Javelière) et celui de la Machicolière. Comme Puytesson, la Jarrie, la Roche de Chauché, la Vergne Ortie, Aimery Loriau devait à Montaigu un devoir de garde, qui ne peut s’expliquer que par une sorte de dépendance lâche (19). 

Cette situation seigneuriale qu’on peut décrire en 1343 remonte certainement à plus loin dans le temps mais sans qu’on puisse l’évoquer faute de documents. On a seulement l’existence vers 1200 du fief du Coudray, appelé Coudray Loriau, du nom de cette famille qu’on a vu plus haut tenir le fief de la Sextenbreische. À cette date une Jehanne Guignière est dite dame du Coudray (20). D’autres fiefs remontent probablement à cette époque lointaine du Moyen Âge : le Coin et les Bouchauds. Cette dernière seigneurie, avec son château aux Essarts avaient concédé plusieurs fiefs et tènements situés à Saint-André.  

Le Coin aujourd’hui
Ces seigneuries avaient une vocation militaire, on le sait, dans ce Bas-Poitou impliqué à l’époque dans les conflits entre les rois Capétiens et les Plantagenets d’Angleterre (1159 à 1259) au temps de Richard Cœur de Lion et de Jean sans Terre. Les seigneurs du Coin, des Bouchauds, leurs propres vassaux du Coudray et de la Mancellière, leurs voisins de Chauché : Languiller, la Chapelle, Linières, etc. devaient combattre aux côtés du baron des Essarts, assurer des gardes au château, dans sa maison à ligence (casernement de l’époque) située dans un espace dans lequel fut creusé plus tard un étang près de l’ancien château féodal.

Le seigneur de Saint-Fulgent est moins connu. Il relevait de Montaigu pour une partie de la paroisse de Saint-Fulgent (dont les seigneuries des Roussières, des Valinières et de la Thibaudière), mais pour sa prison dans une tour située dans l’enclôture de son château, il rendait hommage à Tiffauges (avec la seigneurie du Puy-Greffier dans sa mouvance et le reste de la paroisse de Saint-Fulgent). Le plus ancien connu de ses seigneurs est Aimery Droulin ou Droslin, qui serait né vers 1240. Cette famille fut à l’origine d’un fief sur une concession du baron des Essarts, au lieu-dit actuel de Linières (Chauché). Il lui donna son nom : la Droullinière (transformée en Linières au 17e siècle). À cause de son nom, on pense que la Droullinière, avec déjà sa muraille d’enceinte probablement (notée dans un texte du 17e siècle), est une création de cette période florissante des 12e et 13e siècles, où beaucoup d’anciens ou nouveaux lieux habités prirent des noms que nous connaissons encore : Boutinière, Porcelière, Baritaudière, etc. souvent à partir du nom d’un fondateur. La Droullinière apparait comme participant du même mouvement. 

Ses seigneurs œuvrèrent au défrichement de leur domaine, où on a trouvé plus tard des métairies importantes totalisant 300 hectares cultivés en 1830 : Vrignais, Mauvelonnière, Guérinière, plus le fief de la Boutarlière. Les 90 hectares rattachés directement à Linières furent divisés d’abord en 1880 pour créer la métairie d’une Linières plus éloignée du nouveau château, puis vers 1900, pour créer celle de la Louisière. Le village de Villeneuve s’ajoute à cet ensemble relevant des Essarts, mais le seigneur de Linières en fit un tènement concédé à des roturiers. En 1342 c’est Maurice Droulin, né vers 1310 et mort avant 1378, qui est « seigneur de Saint-Fulgent, Droullinière et la Boutarlière ».

La maison forte de Linières, alias la Droullinière, relevait toujours au sortir du Moyen Âge du seigneur baron des Essarts, à cause de sa châtellenie des Essarts, à foi et hommage plain et à rachat, « et à une maille d’or », suivant l’aveu du baron des Essarts à Thouars en 1597 (20). En 1658, un aveu du même précise que la maille d’or est estimée à 24 sols tournois. Cette maille d’or, monnaie disparue ensuite, a continué d’être citée dans les fois et hommages de Linières au fil des siècles. La féodalité qui a survécut jusqu’à la Révolution, on le voit, n’est pas exactement la même que celle qui est née à l’époque carolingienne et qui s’est épanouie dans la chevalerie des 12e et 13e siècles. 

Naissance de la paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie

Gauthier de Bruges

C’est précisément dans la période de ces deux derniers siècles qu’est née la paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie. Le document le plus ancien où le nom de la paroisse est mentionné, date de 1306. Il s’agit du « Grand Gauthier » (21), recueil réalisé avant cette date, puisque son auteur, Gauthier de Bruges, évêque de Poitiers, mourut cette même année. C’était un pieux et savant religieux de l’ordre des Frères Mineurs, nommé évêque en 1271, qui mérita par ses vertus le titre de Bienheureux.

Le nom de la paroisse est indiqué sur le document en latin : De Gula Anceris (De Goule d’Oie). De même y est mentionné le choix du prieur-curé par l’abbaye de Nieul-sur-l’Autise, et l’existence de la chapelle de Fondion, dédiée à Saint Laurent et desservie par le prieur de Goule d’Oie. L’abbaye de Nieul-sur-l’Autise ayant été fondée en 1068, on situe donc la création de la paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie au 12e siècle ou au 13e siècle. Deux siècles pour y localiser une date, nous manquons de précision !

Le nom de Goule d’Oie est une traduction en latin de ce que le copiste entendait en patois. Il est d’origine gauloise vraisemblablement. Pour une fois les lieux ont gardé leur nom d’origine, alors qu’à Saint-Fulgent, par exemple, il s’est fait évincer par un nouveau nom en l’honneur de saint Fulgent.

Les seigneurs des fiefs situés dans la nouvelle paroisse avaient accaparé les dimes ecclésiastiques. Sur les menus animaux ils en partagèrent un petit nombre soit avec le prieur de la paroisse, soit avec l’ordre des templiers à Mauléon et à Launay (Sainte-Cécile). Sur les grosses dimes on observe qu’une partie du territoire fut restitué à l’Eglise pour l’y percevoir. L’autre partie était accensé à droit de terrage au 1/6 des récoltes et les seigneurs le partagèrent à moitié avec le prieur de la paroisse. Autrement dit la réforme grégorienne dans son aspect fiscal fut appliquée à moitié. Voir sur ce sujet l’article publié sur ce site en juillet 2019 : Du prieuré cure au presbytère à Saint-André-Goule-d’Oie (1306-1988).

Peu de temps après sa naissance la paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie connut des désastres. La peste, d’origine asiatique, est revenue en force pendant l’hiver 1347/1348 en Provence puis dans tout le royaume, et décima villes et campagnes. Elle s’installa en Europe, se déployant en grandes vagues pendant un siècle (22). En outre, le climat avait changé depuis le début des années 1300, marqué par des hivers plus froids, ce qu’on a appelé le Petit Âge Glaciaire, avec des épisodes de printemps-été pluvieux. Le gel et la pluie ont détruit des récoltes et engendré des famines, parfois mortelles comme en 1315, et toujours propices aux maladies. On n’a pas de description de ces phénomènes pour le Poitou, où la culture de l’avoine et du sarrazin, plus résistants au froid humide, a dû favoriser une adaptation. Mais pas plus qu’ailleurs les troupeaux, de moutons notamment, ont difficilement résisté aux rigueurs climatiques du temps. Les années 1340 virent le retour du couple maudit du gel et des pluies (23). Alors en 1348, le mauvais climat a-t-il favorisé l’avancée de la peste noire ? Il parait délicat de démêler ces causes entre elles, mais, associées, on est sûr de leur effet multiplicateur. Enfin les campagnes militaires procédèrent par vagues comme la peste, touchant inégalement des provinces. La guerre de Cent ans avait commencé en 1337, accompagnée autour du château des Essarts de la guerre pour la succession au duché de Bretagne. Les bandes armées pillaient partout sur leurs passages, quels que soient leurs commanditaires. Leurs dégâts aggravèrent les désastres pandémiques et climatiques, des familles disparaissant et des tenures tombant en déshérence. La famine touchait les pauvres, mais la guerre et la peste a frappé toutes les strates de la population. Au total tout le royaume fut touché, perdant le tiers de sa population environ en moyenne. La situation se prolongeant, on verra à Saint-André-Goule-d’Oie des villages disparaitre.  

L’installation d’un nouvel ordre féodal au 14e siècle.


Dans ce contexte des débuts de la guerre de Cent ans et des désastres du milieu du 14e siècle ont s’opérer des changements dans les seigneuries à Saint-André. La mouvance de Montaigu va reculer jusqu’à Chavagnes, laissant la place à celle des Essarts. Le roi de France avait confisqué en 1343 la baronnie de Montaigu pour cause de félonie de son possesseur, Olivier IV de Clisson, l’année même où il reçut l’aveu mentionné ci-dessus pour le bourg de Saint-André. Il rendit les biens confisqués en 1362 au fils, Olivier V de Clisson. C’est donc probablement autour de 1350 que le roi céda au baron des Essarts la mouvance de Montaigu sur la moitié du bourg de Saint-André, dont celui-ci, en récompensa le seigneur du Coin, Jean Allaire. Savary III de Vivonne (ca1300-1367), le baron des Essarts d’alors, fut qualifié par le roi en 1360 « d’aimé et féal », à cause de son dévouement à la cause française. Et le bourg de Saint-André n’est pas le seul fief concerné par cette poussée de la mouvance suzeraine des Essarts vers le nord, on observe la même chose à Chauché. 

Qu’après cette expansion des domaines du Coin vers 1350, on trouve en 1372 leur possession dans les mains de la famille de Sainte-Flaive, seigneurs de Languiller, et en 1405 le château du Coin en ruine, les malheurs de l’époque que nous avons brièvement décrits fournissent maintes circonstances pour ne pas s’en étonner. Quand en 1360 le Poitou fut annexé à la couronne d’Angleterre au traité de Brétigny, la paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie est devenue anglaise, tandis que la châtellenie de Montaigu, et le prieuré de Chavagnes-en-Paillers qui en dépendait, restèrent français (24). Le château du Coin est devenu pour quelques années un poste frontière entre les mains des Anglais, situation peu enviable pour la sécurité des habitants aux alentours on s’en doute. Située dans la mouvance de la châtellenie des Essarts, la seigneurie du Coin Foucaud a dû suivre le sort de son suzerain, pour un temps soumis au roi d’Angleterre officiellement. En réalité il resta politiquement fidèle au roi de France.

Une maison noble située près de la Machicolière est mentionnée pour la première fois dans la première moitié du 15e siècle, alors mouvante elle-aussi du Coin. Elle disparaitra ensuite, et son domaine foncier sera arrenté aux habitants de la Machicolière (25). Et dans le même contexte de dévastations des patrimoines il faut ranger la ferme perpétuelle du tènement de la Milonnière faite en 1372 à deux particuliers par Jean de Sainte-Flaive, le nouveau possesseur du Coin (26). Et à cette occasion il institue comme redevance une grosse rente fixe de 54 boisseaux de seigle prélevée sur les récoltes du tènement, au lieu de l’habituel droit de terrage au 1/6 des récoltes. Et cette pratique se rencontre dans d’autres tènements de la paroisse, réduisant la part des territoires soumis au droit de terrage à la moitié d’entre eux. Il y a dans ces initiatives une adaptation du mode de concession des terres par les seigneurs aux nouvelles données économiques nées des désastres de tous ordres.

Une autre conséquence transforma le régime féodal du bourg appelé le fief de Saint-André-Goule-d’Oie. Vers 1405 le Coin est suzerain de la totalité du fief, tenu par lui des Essarts, et le seigneur de la Drollinière est pour ce fief son vassal aussi pour la totalité du fief. Il devait au seigneur de Languiller, à cause de la seigneurie du Coin, la foi et hommage plain, abonné à quarante sols par an, à un droit de rachat « quand le cas y advient par mutation d’hommes » (27) à un cheval de service. 

Etang de Linières
Sur ce fief les Droulin avaient aménagé un étang dans une période inconnue, se trouvant moitié sur les terres de Linières et moitié sur celles tenues du Coin, puisqu’en amont et en aval le ruisseau alimentant l’étang faisait limite entre les deux terres. Il ne s’agissait pas à l’époque d’en faire un lieu d’agrément, mais un centre d’élevage de poissons d’eau douce. En plus, ils construisirent un moulin à eau, puis sur le coteau en direction de l’est un moulin à vent. Autour du moulin à vent il y eu quelques maisons, aires, cours et voies d’accès. Le nom du champ où le moulin à vent a été construit s’appelait encore, il y a quelques dizaines d’années, le champ du moulin. À quand remontent ces créations de l’étang et des moulins ? Au plus tard au début du 14e siècle probablement.
Les seigneurs de Linières avaient leurs armes inscrites dans le chœur de l’église. Nous en déduisons qu’ils aidèrent peut-être à la création de l’église et du presbytère, au milieu du bourg, ou à son entretien, puisqu’ils y avaient une position éminente, même si nous la cernons mal. Le mot bourg, d’origine germanique, eut plusieurs sens à cette époque. Dans la France de l’Ouest le mot désignait alors des villages neufs (28).

Goule d’Oie a été cité dans la liste de ces bourgs francs (29). En remplacement des rentes perçues en 1343 par Jean de Thouars sur la moitié du bourg, le seigneur de la Drollinière a instauré ensuite un cens d’une poule et cent-un sols, ce dernier versé par portions à différents termes, payé par tous les habitants chaque année, et deux droits particuliers : un droit de « maussage » à la Pentecôte, calculé sur chaque cochon élevé par les habitants, se montant à une maille ou un demi denier par bête. Plus un droit de « panage » d’un denier, aussi sur chaque cochon, à la Saint Michel Archange (30). Par ce régime favorable le seigneur de la Drollinière a voulu, dans cette 2e moitié du 15e siècle, attirer de nouveaux habitants des voisinages dans le fief. On ne trouve en effet ni terrage, ni dîmes dans le fief et l’essentiel des terres et prés constituait une métairie concédée avec le fief à un roturier.

Le montant du cens, à la fois en argent et en nature, est conforme aux pratiques dans les tènements des environs. Et il est faible. Ainsi en 1370, on s’offrait environ 61 kilos de beurre pour 101 sols, ceux-ci étant répartis sur tous les habitants du bourg. Au rendement de l’époque, cette quantité de beurre devait correspondre à environ 5 mois de traite d’une vache laitière. Une paire de souliers valait 3 sols (31). Ensuite l’inflation vint diminuer le pouvoir d’achat de cette modeste somme, dont le montant n’a pas bougé dans les siècles à venir, aboutissant rapidement à une valeur symbolique.

L’espace foncier concédé comprenait des bois qui ont disparu depuis. Ce qui explique la place des cochons dans le régime des redevances. Les glands constituaient à l’automne leur nourriture indispensable et le droit de panage était celui de faire paître les porcs en forêt. La viande de l’animal pouvait se conserver dans le sel. L’animal donnait lieu au commerce aussi, puisque les redevances versées au seigneur l’étaient en numéraire. 
  

Les limites de la paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie


Cloître de l'abbaye de Nieul-sur-l'Autise
D’abord on observe une concurrence probable entre les deux abbayes qui s’implantèrent dans la région aux 12e et 13e siècles. Celle de Luçon était déjà implantée aux Essarts et elle fonda des prieurés dans le bourg de Chauché et à Chavagnes. Ces deux paroisses existaient déjà en 1288 (21). Saint-Fulgent dépendait de Saint-Jouin-de-Marnes. Cette très ancienne abbaye fondée près de Thouars avait reçu les moines de Vertou, fondateurs du prieuré de Saint-Fulgent, ce qui explique cette dépendance lointaine. Nous avons vu que l’abbaye de Nieul-sur-l’Autise était implantée à l’est de Goule d’Oie (Vendrennes, Sainte-Florence), et que c’est elle qui vint s’y installer. Cela donna aussi un rattachement à des circonscriptions ecclésiastiques différentes. Saint-André-Goule-d’Oie fut rattachée à l’archiprêtré de Pareds alors que les paroisses de Chauché et Chavagnes le furent au doyenné de Paillers. Y eu-t-il concurrence entre les abbayes dans la région ? Aucun document n’en fait état, mais la question vaut d’être posée. Et cette concurrence a pu avoir des effets sur la délimitation de la nouvelle paroisse de Goule d’Oie.

On remarque qu’en trois endroits les limites de la paroisse scindèrent un même ensemble d’habitats préexistants. D’abord la Brossière se vit couper en deux par les ruisseaux de Fondion et du Vendrenneau : d’un côté Saint-André, de l’autre Vendrennes. Ensuite la Boninière fut aussi coupée en deux par le même ruisseau du Vendrenneau, la rive nord donnée à Saint-Fulgent et la rive sud donnée à Saint-André. Enfin à la Gandouinière la paroisse de la Chapelle de Chauché garda la Haute Gandouinière, et on mit la Basse Gandouinière sur Saint-André. Entre les deux encore un ruisseau marqua la limite entre les deux paroisses : le ruisseau de la Fontaine de la Haute Gandouinière. Ce sont deux autres ruisseaux, la Petite Maine et le ruisseau de l’étang de Languiller, qui servirent à mettre les terres situées au nord sur Saint-André (de la Racinauzière à la Bordinière), et au sud sur la Chapelle de Chauché (de la Guichardière à la Martinière). Quand on créa la paroisse de la Rabatelière dans la première moitié du 17e siècle, on y fit passer des terroirs de Saint-André : la Bordinière, le Puy Sallé et la nouvelle métairie de la Maisonneuve créée en 1499. 

La Chapelle de Chauché
Une autre observation s’impose concernant la Chapelle de Chauché. Les paroisses du bourg de Chauché et de Chavagnes ont été créées dans la même période des 12e et 13e siècles que celle de Saint-André-Goule-d’Oie. Alors que les paroisses des Essarts et de Saint-Fulgent existaient déjà. De même, la nouvelle paroisse Saint Christophe de Chauché a pris la place de la paroisse de la Chapelle de Chauché. Et on sait que celle-ci en est devenue une annexe, gardant au fil des siècles un statut très particulier que nous avons raconté dans un article publié sur ce site en décembre 2011 : Retour sur la paroisse de la Chapelle de Chauché. Dans les actes officiels des notaires celle-ci fut citée longtemps, et sa chapelle a bénéficié de la gestion d’une fabrique jusqu’à la veille de la Révolution. Visiblement sa suppression officielle pour l’Eglise s’est accompagnée de garanties données au seigneur de la Chapelle et aux habitants concernés. De là à penser que la conservation des domaines de Linières et de la Boutarlière sur son territoire a fait partie de ces garanties, ce serait logique.

C’est ainsi qu’il faut expliquer très probablement que les terres de Linières, de la Louisière actuelle, de la Mauvelonnière, continuèrent, jusqu’au ruisseau de la Haute Gandouinière, de toucher le bourg de Saint-André-Goule-d’Oie. Il en serait de même pour l’actuel hameau du Doué anciennement fief de la Pinetière (du domaine de Linières aussi), si on n’avait pas rectifié la limite de la commune de Saint-André en 1980. 

La Révolution en créant les communes en 1790, a laissé aux nouveaux départements le soin de fixer leurs frontières. Dans la région de Saint-André, on a repris les limites anciennes des paroisses pour les donner aux communes. Ainsi depuis 8 siècles certains des habitants de Saint-André et de Chauché, vivent-ils dans des territoires, dont la vie religieuse et sociale ne correspond pas à ceux auxquels leurs demeures ont été administrativement rattachées.

La remarque a-t-elle encore un sens en ce début du 21e siècle, où les notions de distances ne sont plus les mêmes ? En tout cas l’évêque de Luçon a régularisé la situation au bout de huit siècles en modifiant les contours géographiques des paroisses de Chavagnes, Chauché et Saint-André-Goule-d’Oie, pour mieux les faire coller à la réalité. Ainsi les villages excentrés au nord-ouest de la commune de Saint-André Goule d’Oie furent rattachés à la paroisse de Chavagnes-en-Paillers par ordonnance du 29 juillet 1957, « pour régulariser une situation de fait » dit le texte : la Racinauzière, le Coin, la Mancellière, le Peux et la Roche Mauvin (22). De même les villages de Chauché touchant Saint-André furent rattachés à la paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie par ordonnance du 2 février 1957 : Charillère, Boutarlière, Gandouinière, Julière (ou Saint-Jean), Sainte-Anne, Guérinière, Guerinet, Mauvelonnière, Louisière, Lignière, Villeneuve, et Bois du Vrignais (32).


(1) Bertrand Poissonnier, La Vendée Préhistorique, Geste Editions, 1997.
(2) Archives de la Vendée, Léon Brochet, annuaire de la société d’émulation de la Vendée, Les voies romaines en Bas-Poitou, 1907, page 103, vue 57.
(3) De La Fontenelle de Vaudoré, Recherches sur les peuples qui habitaient le nord de l’ancien Poitou dans la revue de la société des Antiquaires de l’Ouest, 1835 T1, page 75 à 111.
(4) Jules César, Guerre des Gaules, traduit par L.A. Constans, Gallimard, 1981, L. III, chap. 10, page 132.
(5) Ibidem : L. VII, chap. 4, page 256.
(6) Ibidem : L. VII, chap. 75 page 312.
(7) Ibidem : L. VIII, chap. 26, page 345 et 454.
(8) Ibidem : notes page 38 et no 149 page 404.
(9) Archives de la Vendée : 7 Fi 529.
(10) Archives de la Vendée, mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest, Fradet Poitiers, 1884 (série 2, tome 7), page 499.
(11) Maurice Maupiller, Saint-Fulgent sur la route royale, Herault-Editions, 1989, page 21.
(12) A. de Guerry, Chavagnes communauté vendéenne, Privat, 1988, page 27.
(13) Abbé Auber, St Martin de Vertou, Société des Antiquaires de l’Ouest (1868), page 48 et s.
(14) Archives de la Vendée, J. Lagniau, annuaire de la société d’émulation de la Vendée, Notes sur l'histoire de Paillers, 1938, page 27, vue 15.
(15) Note d'Amblard de Guerry pour une présentation générale sur Saint-André-Goule-d'Oie, Archives d'Amblard de Guerry : S-A. 
(16) L. Brochet, Le canton de Chantonnay à travers l’Histoire, réédition fac-similé Le livre d’histoire-Lorisse (2007), page 2.
(17) Note de D. Guilloteau à l’auteur du 12-10-2011;
(1) Aveu en 1343 de Jean de Thouars à Montaigu (roi de France) pour des domaines à Saint-André no 389, Archives d'Amblard de Guerry : classeur d'aveux copiés aux Archives Nationales. .
(19) Idem (15). 
(20) Note no 5 sur la Coudray à Saint-André-Goule-d’Oie, Archives d’Amblard de Guerry : S-A 2.
(21) Eugène Aillery, Pouillé de l’évêché de Luçon (1860) page 86
(books.google.com/books/.../Pouillé_de_l_évêché_de_Luçon.)
(22) Hugues Neveux, Déclin et reprise fluctuation biséculaire 1350-1560, Histoire de la France rurale tome II, Seuil, 1975, page 42.
(23) E. Le Roy Ladurie, Histoire humaine et comparée du climat, Fayard, 2004, tome I, page 31 et s.
(24) Amblard de Guerry, Chavagnes communauté vendéenne Privat (1988), page 71.
(25) La Dibondelière à Saint-André-Goule-d'Oie aux 15e et 16e siècles, Archives d’Amblard de Guerry : S-A 4
(26) Note no 39 sur le Coin à Saint-André-Goule-d’Oie, Archives d’Amblard de Guerry : S-A 1.
(27) Notes no 5 et 17 sur le fief de SaintAndré à Saint-André-Goule-d’Oie, Archives d’Amblard de Guerry : S-A 3.
(28) Collectif dirigé par Georges Duby, Histoire de la France rurale, Seuil, 1975, tome 1, page 435.
(29) Louis Brochet, la Vendée à travers les âges (1902) : histoiredevendee.com
(30) Idem (27).
(31) Archives de la Vendée, annuaire de la société d’émulation de la Vendée, 1867, page 230, vue 116 [Chercher dans bibliothèque numérisée, périodiques, revues scientifiques].
(32) Ordonnance de l’évêque du 2-2-1959 transférant des villages de Chauché à Saint-André, ibidem : carton 38.


Emmanuel François, tous droits réservés
Février 2012,complété en juin 2020

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