jeudi 2 février 2012

L'origine de Saint-André-Goule-d’Oie

A l’origine probable de Saint-André-Goule-d’Oie on trouve le seigneur de St Fulgent et de Linières. C’est ce que nous apprend un document non daté, mais qu’on peut situer vers 1646, émanant d’un conseiller du seigneur de Languiller, alors Maximilien Eschallard, et adressé à l’intendant de sa mère Marie Hurault. A cette époque celle-ci vivait à la Boulaie (Treize-Vents), et c’est elle qui s’occupait des affaires de Linières. Or le seigneur de Linières avait sollicité l’aide de son suzerain de Languiller, dans un conflit qui l’opposait au seigneur de la Boutarlière au sujet du fief de Saint-André-Goule-d’Oie. Fouillant dans les archives de Languiller de l’époque, l’auteur du mémoire nous explique comment est né ce fief. Les informations qu’il nous donne complètent notre article publié sur ce site en février 2012, et élimine des hypothèses formulées alors sur l’origine de Saint-André-Goule-d’Oie. C’est pourquoi, nous en reprenons l’écriture, remplaçant le texte déjà publié.

Avant de faire le récit de cette origine aux 12e et 13e siècles, il est intéressant d’en situer le contexte politique et religieux, et même de se rappeler le peu que nous savons sur les périodes antérieures.

De la préhistoire à l’Antiquité


A commencer par la préhistoire. Sa dernière période, le néolithique, est tardive en Poitou, datée par les spécialistes de – 5000 à – 2500 avant J. C. (1), alors que l’histoire des hommes des vallées de la Mésopotamie ou du Nil commence vers – 4000 avec leurs premiers écrits. « A Saint-André-Goule-d’Oie une hache d’apparat en jadéite fut découverte en 1940 dans le champ du Vignault, près du village du Peux. Cette hache exceptionnelle mesure 20 x 7 x 3 cm. L’origine probable de cet objet se situe dans les Alpes, ce qui peut donner une idée de l’extrême valeur que devaient revêtir ces prestigieuses haches parvenues jusque dans l’ouest de la France. Quatre haches polies ramassées au Pin sont conservées au musée Dobrée à Nantes ». Voilà ce que nous rapporte B. Poissonnier l’auteur du livre mentionné.   

Ces habitats dispersés et près d’un ruisseau se trouvaient à portée des terrains de chasse sur les plateaux de landes ou dans les forêts, celles du Coudray, de l’Herbergement, de la Vrignaie, touchant la grande forêt des Essarts. Le nom de cette dernière localité indique son origine, son espace a été gagné sur la foret par essartage (défrichement).

Voir romaine
A Saint-André l’Histoire commence avec les romains, plus exactement avec les voies romaines.  On sait à quel point elles ont favorisé le peuplement de certains lieux situés sur leur passage. La voie Nantes/Saintes par Montaigu, Saint-Georges-de-Montaigu, avait, à partir de Chavagnes-en-Paillers, deux parcours différents. L’un passait par Saint-Fulgent à la Chaunière, puis par la Boutinière (Saint-André-Goule-d’Oie), située sur la crête d’une colline, et continuait vers les Quatre-Chemins par la Brossière. On peut émettre l’hypothèse que les deux villages de la Brossière et de la Boutinière ont été habités depuis très longtemps sur ce tracé, même si nous ne possédons aucun document pour le prouver. L’autre parcours passait à Benaston, le haut bourg de la Rabatelière, la Chapelle de Chauché, Languiller, et près du bourg des Essarts (2). Entre ces deux tracés on a une partie de la paroisse de St Fulgent au nord et une partie de celle de Chauché au sud et Saint-André-Goule-d’Oie au milieu. La Rabatelière est une création récente en 1640 sur une partie des territoires de Chauché, de Chavagnes et un peu de Saint-André-Goule-d’Oie. Sur ce futur espace de la paroisse de Saint-André, il existait des lieux d’activité agricole comme on en a trouvé à Chauché, Chavagnes, Saint-Fulgent et les Essarts. On y a défriché au premier millénaire de notre ère, mais il est difficile d’être plus précis.

L’historien A. de La Fontenelle de Vaudoré a écrit il y près d’un siècle et demi que la contrée (dont le village de Paillers, sur le territoire actuel de Beaurepaire) était occupé par le peuple des Anagnutes (3). Ces peuples ont été désignés du nom plus général de Pictons, ayant donné leur nom au Poitou. Les historiens romains ont donné le nom générique de gaulois à tous ces peuples de l’ancienne Gaule, dont nous ne connaissons que très peu de choses à vrai dire.
 Nous disposons d’une carte de J. M. Guerineau sur « La Vendée de l’époque gallo-romaine à l’époque féodale » (4). Saint-André-Goule-d’Oie y apparaît comme possédant un camp gaulois, comme les Essarts, Saint-Fulgent et Chauché. D’une vraie valeur pédagogique, cette carte ne prouve rien sur l’existence des camps gaulois cités, nous semble-t-il. En revanche il semble bien qu’ait existé un camp romain avéré au lieu-dit le Chatellier entre les Essarts et Sainte-Florence (5). Mais à Saint-André, il n’existe aucune trace probante à notre connaissance.

Chez les voisins, l’histoire a laissé plus de traces. Ainsi à Saint-Fulgent on a découvert des pièces de monnaie romaine du 3e siècle après J. C. et l’activité d’un potier dans le bourg au 4e ou 5e siècle (6). A Chavagnes on a trouvé des traces d’une villa gallo-romaine au Cormier, et une probable implantation wisigothe (7).

Au début du Moyen Âge


L’évangélisation de la contrée remonte aux années 600 après J. C. Elle s’est déroulée à partir des deux couvents (hommes et femmes), installés à Saint-George-de-Montaigu vers 580 par Saint Martin de Vertou (527-601). A cette époque la ville s’appelait Durinum, ayant déjà perdu de sa prospérité d’antan. L’église érigée par les moines fut dédiée à Saint-Georges et les couvents étaient une extension du monastère de Vertou que Saint Martin (de Vertou) y avait créé vers 575, en y instaurant la règle monastique de Saint Benoit.

Les moines de Durinum évangélisèrent le pays alentour et un historien cite les Herbiers, Mouchamps, Vendrennes, les Essarts, Rocheservière (8). Saint-Fulgent faisait aussi partie de cette région évangélisée et son prieuré dépendait de l’abbaye de Vertou. Que l’évangélisation des peuplements de ce qui deviendra Saint-André-Goule-d’Oie ait commencé au tournant des 6e et 7e siècles est donc très probable. Comment évangéliser Saint-Fulgent et les Essarts en évitant Saint-André-Goule-d’Oie, situé entre les deux ?
 
Les premières églises ou chapelles ont été bâties en bois, à cette époque. Parfois elles l’ont été chez le seigneur du lieu, où les habitants avaient l’habitude de venir pratiquer leurs anciens cultes païens. A la place ils sont venus pratiquer le nouveau culte catholique. La notion de paroisse n’existait pas encore.

D’autres fois c’étaient des moines qui bâtissaient leur église-prieuré sur des terres données par un seigneur, et accueillaient les habitants des alentours. A l’origine, les prieurés étaient de simples fermes, appelées granges, dépendantes des abbayes. L’abbé envoyait un certain nombre de religieux dans une ferme pour la faire valoir. Les religieux n’en avaient que l’administration et rendaient compte à l’abbé tous les ans. Ils ne formaient pas une communauté distincte et séparée de celle de l’abbaye et l’abbé pouvait les rappeler dans le cloitre quand il le jugeait à propos. Les prieurés furent érigés ensuite en paroisse. L’abbaye y plaçait alors au moins un simple prêtre. Quand il y en avait plusieurs, l’un d’eux, l’écolâtre, pouvait enseigner aux enfants « les lettres divines et humaines. »

Dès les débuts de l’évangélisation, on fixa les circonscriptions ecclésiastiques de l’évêché de Poitiers, érigé au 4e siècle, et s’étendant alors sur la contrée. L’évêque était à l’origine secondé dans son territoire par des chorévèques. C’étaient des évêques attachés à un « pays » (pagus ou vicus), avec la fonction d'aider les évêques des cités épiscopales dans l'administration des groupes de population vivant à la campagne. A la fin du 8e siècle on supprima les chorévèques, tout en reprenant les mêmes circonscriptions. Ils laissaient en souffrance des services qui furent attribués à des archidiacres, archiprêtres et doyens. Les différences entre ces trois catégories, de nature semble-t-il surtout honorifique, sont difficiles à établir pour une époque aussi lointaine et ont pu varier suivant les évêchés. N’y attachons pas d’importance.

Ainsi est né le doyenné de Paillers (transféré à Montaigu ensuite), qui doit son nom à une petite ville réduite à l’état de village et enclavée depuis dans la commune de Beaurepaire (9). Il a donné son nom à Bazoges-en-Paillers et Chavagnes-en-Paillers. Le mot « paillers », d’origine gauloise, signifie cachette (dans les bois). Paillers a été le lieu de résidence du doyen de la contrée. Une partie de la contrée faisait partie du doyenné de Paillers, alors qu’une autre partie appartenait à l’archiprêtré de Pareds.

Ruine de l’ancienne église de Pareds
L’archiprêtré de Pareds mérite une explication elle aussi, donnée par l’abbé Aillery dans son pouillé de l’évêché de Luçon en 1860. Sur les bords de l’Arcançon, ruisseau qui traverse la plaine du Bas-Poitou, avait été édifiée au haut Moyen-Âge l’antique bourgade de Pareds.  Cette localité, devenue depuis un simple village de la Jaudonnière, a continué à imposer son nom à beaucoup de lieux aux alentours (ex. : Mouilleron, Bazoges, etc.). Son archiprêtré comportait beaucoup de paroisses de l’est vendéen (notamment Pouzauges, les Herbiers, Chantonnay), et aussi Vendrennes, Sainte-Cécile et Sainte-Florence-de-l’Oie.

Après les débuts de l’évangélisation dans la période mérovingienne, abordons l’époque suivante. Au temps de Charlemagne on n’a pas d’écrits pour la contrée. Ceux-ci commencent avec ses successeurs pour évoquer la mise en place progressive du système féodal.

La petite région autour de Saint-Fulgent et des Essarts faisait partie du pays d’Herbauges, comprenant un vaste espace allant de la rivière Vendée à la Loire, qui resta sous administrée. La documentation ne semble citer qu'un seul viguier dans sa cité au départ de l’institution, chargé de la justice. Puis dans les textes apparaît un autre viguier à Chantonnay (10). La cité du pays d’Herbauges a disparu, sans même qu’on puisse la situer avec exactitude de nos jours.

Au commencement des seigneuries


C’est que la priorité a longtemps été de survivre en pays d’Herbauges, à cause des invasions des voisins (bretons et angevins) et des razzias des normands. Durunum, Nantes, Luçon, etc. furent dévastées. Les limites du Poitou reculèrent jusqu’au Lay et la région tomba dès la fin du 10e siècle entre les mains du duc de Bretagne, puis du comte d’Anjou, revenant plus tard au Poitou. Cette situation troublée explique la création des nombreux fiefs à ligence de Chavagnes, en défense des ennemis. Montaigu resta une marche en revenant ensuite dans le Poitou. L’investigation des seigneuries installées à Chauché reste à faire, mais il parait assez probable que leur nombre n’aurait rien à envier à celui de Chavagnes, sauf qu’elles se trouvaient dans la sphère d’influence des Essarts.

Sur la naissance de la féodalité dans la contrée, nous manquons d’informations. On sait que les châteaux construits pour se protéger, se multiplièrent au 11e siècle en Bas-Poitou. Autour d’eux s’organisa des châtellenies. C’est en 1099 qu’on commence à voir le baron des Essarts dans des documents, et près de deux siècles après le seigneur de Saint-Fulgent. Mais la réalité avait précédé les mentions écrites conservées. A partir du 10e siècle les détenteurs de l’autorité politique dans les provinces se sont affranchis de l’autorité royale. La justice, les impôts et la guerre sont devenus affaires privées. Les institutions carolingiennes, et l’anarchie qui succéda à Charlemagne, donnèrent naissance à la féodalité et à la noblesse. Elles éloignèrent aussi l’Eglise de ses dogmes, mettant le clergé à la solde des laïcs. Il faut rappeler aussi que l’évangélisation des campagnes fut œuvre difficile en raison d’un enracinement profond des croyances anciennes. Parfois les évangélisateurs durent s’adapter en donnant à celles-ci une coloration chrétienne. Des seigneurs construisirent des églises, nommèrent des curés et des évêques, et créèrent ce qu’on appelle, un peu rapidement, des paroisses qui rapportaient de l’argent. Les nouveaux ordres monastiques et les réformes du pape Grégoire VII (1073-1085) enrayèrent le processus et réformèrent l’Eglise. 

Grégroire VII
Le Pape avait menacé d'excommunication les seigneurs qui s'accrochaient, sans titre religieux, aux revenus des églises. Vers 980 on accorda des privilèges d'impôts aux paroisses des marches Poitou-Bretagne, ce qui veut dire que des paroisses existaient déjà dans la contrée (11). La paroisse de la Chapelle de Chauché fait peut-être partie de ce mouvement de création de paroisses remontant au premier temps de l’évangélisation de la région. L’église de Benaston à Chavagnes remonte aussi à cette époque. Encore faut-il employer le mot de paroisse avec prudence, ayant un sens moins précis dans l’organisation de l’Eglise comme il est devenu depuis. 

Qu’en était-il de l’organisation seigneuriale dans la contrée de Saint-André-Goule-d’Oie ? Le baron des Essarts avait reçu du vicomte de Thouars des territoires touchant à ceux des seigneurs de Tiffauges et de Montaigu. Ce dernier avait Chavagnes et les deux chacun une partie de Saint-Fulgent. Celui des Essarts avait Goule d’Oie et Chauché. Sur Goule d’Oie, la plus grande partie du territoire de la future paroisse avait été concédée par le baron des Essarts au seigneur du Coin Foucaud (devenu le Coin à Saint-André), une moindre partie l’avait été au seigneur des Bouchauds (logis aux Essarts). Enfin, le secteur du Clouin avait été concédé au seigneur du Potay. La Bourolière était un fief du seigneur de la Barette (Essarts). Du moins c’est ce qui apparait dans les textes les plus anciens consultés. Ce n’est pas forcément la situation d’origine. En tout cas c’était celle en vigueur autour du 13e siècle probablement, telle que la documentation du 17e siècle nous la suggère.

Le Coin aujourd’hui
Ces seigneuries avaient une vocation militaire, on le sait, dans ce Bas-Poitou impliqué à l’époque dans les conflits entre les rois Capétiens et les Plantagenets d’Angleterre, au temps de Richard Cœur de Lion et de Jean sans Terre. Les seigneurs du Coin, des Bouchauds, de Potay, leurs propres vassaux du Coudray et de la Mancellière, leurs voisins de Chauché : Languiller, la Chapelle, Linières, etc. devaient combattre aux côtés du baron des Essarts, assurer des gardes au château, dans sa maison à ligence (casernement de l’époque) située dans un espace dans lequel fut creusé plus tard un étang près de l’ancien château féodal.

Le seigneur de Saint-Fulgent est moins connu. Il relevait de Montaigu pour une partie de la paroisse de Saint-Fulgent (dont les seigneuries des Roussières, des Valinières et de la Thibaudière), mais pour sa prison dans une tour située dans l’enclôture de son château, il rendait hommage à Tiffauges (avec la seigneurie du Puy-Greffier dans sa mouvance et le reste de la paroisse de Saint-Fulgent). Le plus ancien connu de ses seigneurs est Aimery Droulin ou Droslin, qui serait né vers 1240. Cette famille fut à l’origine d’un fief sur une concession du baron des Essarts, au lieu-dit actuel de Linières (Chauché). Il lui donna son nom : la Droullinière (transformée en Linières au 17e siècle). A cause de son nom, on pense que la Droullinière, avec déjà sa muraille d’enceinte probablement (notée dans un texte du 17e siècle) est une création de cette période florissante des 12e et 13e siècles, où beaucoup d’anciens ou nouveaux lieux habités prirent des noms que nous connaissons encore : Boutinière, Porcelière, Baritaudière, etc. souvent à partir du nom d’un fondateur. La Droullinière apparaît comme participant du même mouvement.

Ses seigneurs œuvrèrent au défrichement de leur domaine, où on a trouvé plus tard des métairies importantes totalisant 300 hectares cultivés en 1830 : Vrignais, Mauvelonnière, Guérinière, plus le fief de la Boutarlière. Les 90 hectares rattachés directement à Linières furent divisés d’abord en 1880 pour créer la métairie d’une Linières plus éloignée du nouveau château, puis vers 1900, pour créer celle de la Louisière. Le village de Villeneuve s’ajoute à cet ensemble relevant des Essarts, mais le seigneur de Linières en fit un tènement concédé à des roturiers. En 1342 c’est Maurice Droulin, né vers 1310 et mort avant 1378, qui est « seigneur de Saint-Fulgent, Droullinière et la Boutarlière ».

La maison forte de Linières, alias la Droullinière, relevait toujours au sortir du Moyen Âge du seigneur baron des Essarts, à cause de sa châtellenie des Essarts, à foi et hommage lige et à devoir de rachat, « et à une maille d’or appréciée  à vingt sols » (12). Cette maille d’or, monnaie disparue ensuite, a continué d’être citée dans les fois et hommages de Linières au fil des siècles. On précisait aussi au 17e siècle que l’hommage lige, en principe comprenant un devoir personnel d’assistance au suzerain, était désormais « sans ligence, garde ni estage ». L’estage était un service de garde dans un des châteaux du seigneur (13). La féodalité qui a survécut jusqu’à la Révolution, on le voit, n’est pas exactement la même que celle qui est née à l’époque carolingienne et qui s’est épanouie dans la chevalerie des 12e et 13e siècles.

Naissance de la paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie

Gauthier de Bruges

C’est précisément dans la période de ces deux derniers siècles qu’est née la paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie. Le document le plus ancien où le nom de la paroisse est mentionné, date de 1306. Il s’agit du « Grand Gauthier » (14), recueil réalisé avant cette date, puisque son auteur, Gauthier de Bruges, évêque de Poitiers, mourut cette même année. C’était un pieux et savant religieux de l’ordre des Frères Mineurs, nommé évêque en 1271, qui mérita par ses vertus le titre de Bienheureux.

Le nom de la paroisse est indiqué sur ce document en latin : De Gula Anceris (De Goule d’Oie). De même y est mentionné le choix du prieur-curé par l’abbaye de Nieul sur l’Autise, et l’existence de la chapelle de Fondion, dédiée à saint Laurent et desservie par le prieur de Goule d’Oie. L’abbaye de Nieul-sur-l’Autise ayant été fondée en 1068, on situe donc la création de la paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie au 12e siècle ou au 13e siècle. Deux siècles pour y localiser une date, nous manquons de précision !

Les moines envoyés par l’abbé de Nieul-sur-l’Autise pour fonder un prieuré à Goule d’Oie, ont rencontré un accueil favorable de la part du seigneur de Linière, à voir ce qui s’est passé ensuite. Du moins on le suppose.

En effet, le logis et les terres de la Droullinère étaient situés sur l’ancienne paroisse de la Chapelle de Chauché. En direction de l’est, ses jardins descendaient vers une rivière qui faisait limite avec les terres de l’important seigneur du Coin, situées de l’autre côté. Le seigneur de la Droullinière était entreprenant et il obtint la concession d’un espace foncier, de trente à quarante hectares environ comme souvent, qu’on appelait Goule d’Oie. Cette nouvelle concession de fief était entourée de terres relevant toutes du seigneur du Coin : fief du Coudray concédé à un seigneur, tènements de la Dibaudelière, Machicolière, Ridolière et de la Milonnière concédés à des roturiers. Pour ce fief de Goule d’Oie, le seigneur de Linières devait au Coin la foi et hommage plain, abonné à quarante sols par an, à un droit de rachat « quand le cas y advient par mutation d’hommes » (12) à un cheval de service. Quand la seigneurie du Coin disparu au plus tard au 15e siècle, son fief et ses droits appartinrent à la seigneurie de Languiller (Chauché). C’est à celle-ci que Linières rendit sa foi et hommage ensuite jusqu’à la Révolution pour ses possessions dans le fief appelé ensuite de Saint-André-Goule-d’Oie.

Etang de Linières
Sur ce fief les Droulin  aménagèrent un étang, se trouvant moitié sur les terres de Linières et moitié sur celles tenues du Coin, puisqu’en amont et en aval le ruisseau alimentant l’étang faisait limite entre les deux terres. Il ne s’agissait pas à l’époque d’en faire un lieu d’agrément, mais un centre d’élevage de poissons d’eau douce. En plus, ils construisirent un moulin à eau, puis sur le coteau en direction de l’est un moulin à vent. Autour du moulin à vent il y eu quelques maisons, aires, cours et voies d’accès. Le nom du champ où le moulin à vent a été construit s’appelait encore, il y a quelques dizaines d’années, le champ du moulin. A quand remontent ces créations de l’étang et des moulins ? Au plus tard au début du 14e siècle probablement, puisqu’après, la Drollinière et le château de Saint-Fulgent ne furent que des possessions éloignées des demeures de leurs propriétaires. Et peut-être ces créations remontent à la même période que la création du bourg et de la paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie : 12 ou 13e siècle, comme nous l’avons vu plus haut.

 Les seigneurs de Linières avaient leurs armes inscrites dans le chœur de l’église. Nous en déduisons qu’ils aidèrent à la création de l’église et du presbytère, au milieu du bourg dans cette même période.  En tout cas ils y avaient une position éminente, même si nous la cernons mal.

Le mot bourg, d’origine germanique, eut plusieurs sens à cette époque. Dans la France de l’Ouest le mot désignait alors des villages neufs (15). Et Goule d’Oie a été cité dans la liste de ces bourgs francs (16). Le nom de Goule d’Oie est une traduction en latin de ce que le copiste entendait en patois. Il est d’origine gauloise vraisemblablement. La seule réponse sérieusement possible à sa signification, est que nous n’en savons rien. En tout cas il est antérieur à la paroisse, à l’église construite sur les lieux et à saint André. Pour une fois les lieux ont gardé leur nom d’origine, alors qu’à Saint-Fulgent, par exemple, il s’est fait évincer par un nouveau nom en l’honneur de saint Fulgent.

Le régime de faveur accordé au bourg de Saint-André


En créant des bourgs, il s’agissait pour les seigneurs d’attirer les habitants des voisinages en vue de défricher des terres et de les garder, par un régime d’imposition favorable. Or ce fut bien le cas dans ce qui deviendra le fief de Saint-André-Goule-d’Oie, pour désigner le bourg de la nouvelle paroisse. Le mot fief s’attachait à une terre noble, à l’origine concédée à des nobles, par différence avec le tènement, terre roturière ou censive, à l’origine concédée à des roturiers, en principe.

Par exception à l'habitude, le fief de Saint-André fut concédé à un roturier par le seigneur de Linières, en recevant de lui la foi et hommage. Les redevances qu’il percevait étaient un cens d’une poule et 101 sols, ce dernier versé par portions à différents termes, payé par tous les habitants chaque année, et plus deux droits particuliers. Un droit de « maussage » à la Pentecôte, calculé sur chaque cochon élevé par les habitants, se montant à une maille ou un demi denier par bête. Plus un droit de « panage » d’un denier, aussi sur chaque cochon, à la Saint Michel Archange (12).

Le montant du cens, à la fois en argent et en nature, est conforme aux pratiques dans les tènements des environs. Et il est faible. Ainsi en 1370, on s’offrait environ 61 kilos de beurre pour 101 sols, ceux-ci étant répartis sur tous les habitants du bourg. Au rendement de l’époque, cette quantité de beurre devait correspondre à environ 5 mois de traite d’une vache laitière. Une paire de souliers valait 3 sols (17). Ensuite l’inflation vint diminuer le pouvoir d’achat de cette modeste somme, dont le montant n’a pas bougé dans les siècles à venir, aboutissant rapidement à une valeur symbolique.

L’espace foncier concédé comprenait des bois qui ont disparu depuis. Ce qui explique la place des cochons dans le régime des redevances. Les glands constituaient à l’automne leur nourriture indispensable et le droit de panage était celui de faire paître les porcs en forêt. La viande de l’animal pouvait se conserver dans le sel. L’animal donnait lieu au commerce aussi, puisque les redevances versées au seigneur l’étaient en numéraire.  

En revanche on ne rencontre pas le droit de terrage dans le fief, consistant à prélever le 1/6 des récoltes généralement dans la contrée, ou plus rarement une rente fixe en céréales d’un montant à peu près équivalent. Le prélèvement se faisait sur les gerbes après celui de la dime ecclésiastique. Sa valeur suivait le cours des céréales, et son quantum n’avait rien de symbolique dans la contrée, à la différence d’autres provinces du royaume.

La Boutarlière
Or le fief de Saint-André-Goule-d’Oie comprenait des terres labourables. On a la présence attestée d’une métairie au 16e siècle, achetée par le seigneur de la Boutarlière, en même temps que le fief lui-même aux héritiers des premiers possesseurs roturiers. Ceux-ci ont mis des terres en valeurs, constituant la première métairie probablement, en tout cas ses premiers éléments constitutifs. Or l’exonération du droit de terrage sur ces terres, constitue un véritable avantage, rare répétons-le dans la région. De plus, s’ajoutait souvent dans les tènements voisins une dîme sur les veaux, cochons, brebis et la laine (au 1/12e). Et on n’en trouve pas dans le bourg. Et c’est la possession et l’usage du droit de labour sans prélèvement seigneurial qui constitue le véritable avantage des tenanciers agriculteurs du bourg.   

En 1788, le possesseur du fief de Saint-André, en même temps seigneur de la Boutarlière, vendit 12 pieds carré d’une planche de jardin dans le bourg à André Bordron. L’acte notarié précise que l’acheteur devra au possesseur du fief « un denier de cens et devoir noble et féodal payable par chacun an à la fête de noël » (18). La situation était toujours la même : un cens très faible et pas de terrage sur le jardin.

En revanche, les moulins de Linières relevaient du droit de banalité du seigneur. Nous n’avons pas de documentation les concernant, mais leurs constructions a nécessité entregent et capacités financières, à cette époque pionnière pour les instruments hydrauliques. Les moulins à eau se sont répandus vers le 12e siècle et les moulins à vent, un peu plus tard, ramenés des croisades. Le seigneur de Linières a dû utiliser son pouvoir de police, appelé droit de banalité, pour faire de ses moulins un monopole de production de farine pour les habitants du fief du bourg et ses métairies proches. D’ailleurs ces moulins, comme la moitié d’étang situé sur le fief de Saint-André n’ont pas été concédés. Le seigneur de Linière les a gardé en sa possession et en rendait aveu à Languiller lui-même.

La notion de bourg franc pouvait revêtir un autre aspect important, concernant le statut de ses habitants. Comme toujours en Poitou, le droit de fief emportait le droit au minimum de basse justice, et le seigneur de Linières avait le droit de basse justice sur les terres du bourg (19).  Tel qu’il est défini dans la coutume du Poitou, à partir du 16e siècle, cela lui donnait des droits en matière foncière principalement. Mais en remontant au 12e ou 13e siècle, au moment le plus ancien envisageable en l’état de notre documentation, de la création du bourg et du fief de Saint-André-Goule-d’Oie, le seigneur de Linières a peut-être affranchi des hommes de condition serve. Il faudrait lire la charte de fondation du bourg pour cela, mais il n’est pas certain qu’elle ait existé.

Philippe Le Bel
Rappelons en simplifiant que les serfs du Moyen Âge n’étaient pas des esclaves comme au temps des Romains, ils possédaient la personnalité civile (ils pouvaient se marier légalement, acquérir, hériter, agir en justice et se livrer au commerce), mais ils restaient attachés servilement à un maître avec de nombreuses charges. Or, à partir du 13e siècle, les nobles, ayant besoin d’argent, ont racheté des droits anciens détenus sur leurs serfs, de certaines corvées par exemple. Et puis il y avait les obligations d’ordre militaire comme le guet ou la garde, qui pouvaient frapper les tenanciers libres, rachetées elles aussi. Les paysans, qui avaient la possibilité de cultiver un lopin de terre pour eux et de faire travailler leurs enfants, purent acquérir ainsi une amélioration de leur statut en plus des affranchissements. On sait que le roi Philippe le Bel (1268-1314), ayant besoin d’argent, chargea trois banquiers florentins d’organiser des affranchissements en série dans son domaine. Ces affranchissements individuels allèrent de concert avec les chartes de franchise, accordées aussi moyennant finances, à des communautés de villes et de villages.

Or les conditions économiques des serfs s’étaient notablement améliorées pour favoriser ce mouvement. Il faut rappeler à cet égard que l'Antiquité avaient institué le système de la rotation biennale des terres labourables : un champ semé en céréales était laissé en jachère l'année suivante, il était labouré, mais non semé, et servait de pâturage. A  partir du 11e siècle environ, la rotation devint triennale, hors jachère longue dans la contrée : le champ était cultivé en céréales la première année, puis en légumes ou céréales de printemps la deuxième année, avant d'être laissé en jachère la troisième année. La production augmenta et le paysan pu vendre ses excédents et améliorer sa condition. Cette question de la productivité agricole et des techniques utilisées, est essentielle pour comprendre les évolutions du Moyen Âge, mais nous manquons là aussi d’informations concernant la contrée du bocage vendéen qui nous occupe. Notamment, les règles d’assolements ne paraissent pas y avoir libéré beaucoup de terres. 

C’est ainsi que naquirent des bourgs ruraux, adjacents à des églises ou formés dans des cimetières, vers 1100. Le cimetière, au sens du Moyen Âge, comme l’église, était un lieu d’asile à une époque où sévissaient les guerres privées (20). Les cimetières comprenaient des maisons et leurs tènements (terres labourables, vignes, prés, etc.).

On doit la création du bourg de Goule d’Oie au seigneur de Linières. On a vu que sa contribution à la création de la paroisse du même nom, placée plus tard sous le patronage de Saint-André, est réelle, mais sans savoir à quel point ni comment. L’auteur qui nous révèle l’information en 1646, nous indique que le logis de Linière était distant d’un coup de mousquet de l’église paroissiale. Cette distance étant toujours la même, nous savons qu’à vol d’oiseau cela fait 800 mètres environ. Il semble exagérer, mais ne chipotons pas, il a raison sur le fond, l’église d’André Goule d’Oie était son église, qui devait devenir celle de sa paroisse. Or ce ne fut pas le cas, le domaine de Linière resta situé sur le territoire de la paroisse de la Chapelle de Chauché, comme la Boutarlière d’ailleurs. L’église paroissiale y était située 6 fois plus loin. Ce fut certainement contre son gré. Que s’est-il donc passé ?

Les limites de la paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie


Cloître de l'abbaye de Nieul-sur-l'Autise
D’abord on observe une concurrence probable entre les deux abbayes qui s’implantèrent dans la région aux 12e et 13e siècles. Celle de Luçon était déjà implantée aux Essarts et elle fonda des prieurés dans le bourg de Chauché et à Chavagnes. Ces deux paroisses existaient déjà en 1288 (21)Saint-Fulgent dépendait de Saint-Jouin-de-Marnes. Cette très ancienne abbaye fondée près de Thouars avait reçu les moines de Vertou, fondateurs du prieuré de Saint-Fulgent, ce qui explique cette dépendance lointaine. Nous avons vu que l’abbaye de Nieul-sur-l’Autise était implantée à l’est de Goule d’Oie (Vendrennes, ainte-Florence), et que c’est elle qui vint s’y installer. Cela donna aussi un rattachement à des circonscriptions ecclésiastiques différentes. Saint-André-Goule-d’Oie fut rattachée à l’archiprêtré de Pareds alors que les paroisses de Chauché et Chavagnes le furent au doyenné de Paillers. Y eu-t-il concurrence entre les abbayes dans la région ? Aucun document n’en fait état, mais la question vaut d’être posée. Et cette concurrence a pu avoir des effets sur la délimitation de la nouvelle paroisse de Goule d’Oie.


La Chapelle de Chauché
Une autre observation s’impose concernant la Chapelle de Chauché. Les paroisses du bourg de Chauché et de Chavagnes ont été créées dans la même période des 12e et 13e siècles que celle de Saint-André-Goule-d’Oie. Alors que les paroisses des Essarts et de Saint-Fulgent existaient déjà. De même, la nouvelle paroisse saint Christophe de Chauché a pris la place de la paroisse de la Chapelle de Chauché. Et on sait que celle-ci en est devenue une annexe, gardant au fil des siècles un statut très particulier que nous avons raconté dans un article publié sur ce site en décembre 2011 : Retour sur la paroisse de la Chapelle de Chauché. Dans les actes officiels des notaires celle-ci fut citée longtemps, et sa chapelle a bénéficié de la gestion d’une fabrique jusqu’à la veille de la Révolution. Visiblement sa suppression officielle pour l’Eglise s’est accompagnée de garanties données au seigneur de la Chapelle et aux habitants concernés. De là à penser que la conservation des domaines de Linières et de la Boutarlière sur son territoire a fait partie de ces garanties, ce serait logique.

C’est ainsi qu’il faut expliquer très probablement que les terres de Linières, de la Louisière actuelle, de la Mauvelonnière, continuèrent, jusqu’au ruisseau de la Haute Gandouinière, de toucher le bourg de Saint-André-Goule-d’Oie. Il en serait de même pour l’actuel hameau du Doué anciennement fief de la Pinetière (du domaine de Linières aussi), si on n’avait pas rectifié la limite de la commune de Saint-André en 1980.

La Révolution en créant les communes en 1790, a laissé aux nouveaux départements le soin de fixer leurs frontières. Dans la région de Saint-André, on a repris les limites anciennes des paroisses pour les donner aux communes. Ainsi depuis 8 siècles certains des habitants de Saint-André et de Chauché, vivent-ils dans des territoires, dont la vie religieuse et sociale ne correspond pas à ceux auxquels leurs demeures ont été administrativement rattachées.

La remarque a-t-elle encore un sens en ce début du 21e siècle, où les notions de distances ne sont plus les mêmes ?

(1) Bertrand Poissonnier, La Vendée Préhistorique, Geste Editions, 1997.
(2) Archives de la Vendée, Léon Brochet, annuaire de la société d’émulation de la Vendée, Les voies romaines en Bas-Poitou, 1907, page 103, vue 57.
(3) De La Fontenelle de Vaudoré, Recherches sur les peuples qui habitaient le nord de l’ancien Poitou dans la revue de la société des Antiquaires de l’Ouest, 1835 T1, page 75 à 111. 
(4) Archives de la Vendée : 7 Fi 529.
(5) Archives de la Vendée, mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest, Fradet Poitiers, 1884 (série 2, tome 7), page 499.
(6) Maurice Maupiller, Saint-Fulgent sur la route royale, Herault-Editions, 1989, page 21.
(7) A. de Guerry, Chavagnes communauté vendéenne, Privat, 1988, page 27.
(8) Abbé Auber, St Martin de Vertou, Société des Antiquaires de l’Ouest (1868), page 48 et s.
(9) Archives de la Vendée, J. Lagniau, annuaire de la société d’émulation de la Vendée, Notes sur l'histoire de Paillers, 1938, page 27, vue 15.
(10) L. Brochet, Le canton de Chantonnay à travers l’Histoire, réédition fac-similé Le livre d’histoire-Lorisse (2007), page 2.
(11) Note de D. Guilloteau à l’auteur du 12-10-2011.
(12) Archives de la Vendée, chartrier de la Rabatelière 150 J/C 17, mémoire en 1646 sur les conflits entre Linières et la Boutarlière.
(13) F. L. Ganshof, Qu’est-ce-que la féodalité, Texto Tallandier, 5e édition, 1982, page 151.
(14) Eugène Aillery, Pouillé de l’évêché de Luçon (1860) page 86
(books.google.com/books/.../Pouillé_de_l_évêché_de_Luçon.)
(15) Collectif dirigé par Georges Duby, Histoire de la France rurale, Seuil, 1975, tome 1, page 435.
(16) Louis Brochet, la Vendée à travers les âges (1902) : histoiredevendee.com
(17) Archives de la Vendée, annuaire de la société d’émulation de la Vendée, 1867, page 230, vue 116 [Chercher dans bibliothèque numérisée, périodiques, revues scientifiques].
(18) Archives de la Vendée, notaire de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/12, vente du 7-6-1788 d’un canton de jardin dans le bourg de Saint-André de Bouteiller à Bordron.
(19) Archives de la Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/G 61, aveu du Coin Foucaud et du Vignault du 2-7-1605 par Languiller aux Essarts – deuxième copie.
(20) M. Garaud, Les châtelains de Poitou et l’avènement du régime féodal, Mémoire de la Société des Antiquaires de l’Ouest (1864) page 244.
(21) Beauchet-Filleau, Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou, 2e édition, T 2, p. 46, testament en 1288 de Pierre Bruneau de la Rabatelière, où il fit des legs à l’église de Chauché, sa paroisse, et à celle de Chavagnes dont il était seigneur.

Emmanuel François, tous droits réservés
Février 2012, repris en janvier 2016, complété en février 2017

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8 commentaires:

  1. denis guilloteau8 novembre 2012 à 11:33

    Bonjour,
    ayant mené des recherches sur d'autres horizons, j'ai été frappé de rencontrer des noms de lieux très proches de "l'oie", en particulier à l'île de Ré , le village de l'Oie (aujourd'hui Loix), la fosse de l'Oie, etc... Ces lieux sont à quelques KM au sud ( mais dans l'axe) de l'estuaire actuel du LAY. Or il est très difficile d'imaginer le dessin ancien du littoral, ce que l'on sait c'est qu'il existe une grande faille qui qui va de Saint Philbert de Grand lieu à Chantonnay, que d'importants mouvements géologiques sont intervenus depuis la conquête romaine attestés par la disparition de Déas ( lac de Grand lieu) et le retrait brusque de la mer depuis Niort au moins. Il ne peut être exclus que le LAY se jetait dans le passé dans cette fosse de l'Oie (au large de l'île).
    1- Je pense donc qu'il ne faut pas écarter l'idée que "L'oie" et "Lay" puissent avoir la même origine, le pays de l'Oie serait le pays du Lay, c'est vrai géographiquement puisqu'il y a une ligne de changement de pente ( sauf cependant pour Saint André qui est dans le bassin de la Sèvre Nantaise)
    2- Les propriétés étant délimitées par les cours d'eau, Goellus aurait été propriétaire du pays du Lay (correspondant à Pareds) ( attesté par le titre sur ST Germain le princay)
    3- il aurait possédé également le Vendrenneau, -contigu au bassin versant du Lay et à sa propriété du Bois-Goyer- ( et qui naît en fait au village du Coin, et peut expliquer que du fait de sa position ce dernier soit transformé en place importante),
    4- Ceci expliquerait à la fois le rattachement de Saint André et de Vendrennes ( qui ne sont pas dans le bassin du Lay) à Pareds, la forme particulière du territoire de saint André avec sa Pointe qui suit en fait la "vallée" du Vendrenneau, le nom de Saint André, donné par l'érection de son église " église ST André appartenant à GOELLUS DU LAY ou de L'OIE

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  2. ...On a enfin un troisième élément puisque le ruisseau de la Rabatelière (appelé aujourd'hui ruisseau de la Parnière) s'appelle en fait la Dive. Or partout en Poitou, cette appellation désigne une frontière. Il y a un choix à faire sur le délimité de la frontière, soit la rivière elle même soit les lignes de crête des bassins versants. La Frontière qui nous concerne part au moins de la Roussellerie (de Chauché- près de la Brossette) sinon de la Boulogne, rejoint l'actuel pont de la Salette, puis le Coin puis la Brossière. Quoiqu'il en soit, cela signifie que St André est délimité au nord et à l'est par la frontière entre ces deux pays que St Fulgent ( et Chavagnes) relevaient du pays de Tiffauges et St André d'Herbauges.
    On ne peut s'empêcher par ailleurs de faire un parallèle entre la position du bourg de St Denis et celle de celui de St André par rapport à la commune de Chauché. Or on sait qu'il existait une enclave dans ces deux communes dont il est permis de penser qu'elle portait sur des lieux de rapport ou zones sensibles ( zones de passages, carrefour d' itinéraires importants..). La réciproque était peut-être vraie et le fief de Goule d'oie bénéficiait peut-être d'une extraterritorialité qui expliquerait son rattachement à un seigneur du pays de Tiffauges et l'érection d'une Eglise. En poursuivant le raisonnement, on voit que la Brossière est le point commun aux deux itinéraires nord-sud (ancien et nouveau). L'érection d'une église à St Fulgent (en pays de Tiffauges) devient alors un enjeu (que la chapelle Fondion soit ou pas à la Brossière d'ailleurs ).
    D Guilloteau

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  3. Bonjour,
    J'ai toujours autant de plaisir à vous lire et imagine la somme de travail que cela doit représenter. Dans bien des domaines, pour les temps les plus reculés, nous en sommes restés aux travaux des historiens locaux du XIX ème avec souvent leur connotation religieuse ou mystique, liée à la nature des matériaux consultés. Le travail sur les titres permet un autre regard.
    Je poursuis personnellement mon idée sur la prévalence des axes (rivières et chemins puis voies) sur toutes autres considérations sur les regroupements de population. L'implantation des églises sur les axes aurait alors précédé l'implantation des prieurés qui sont créés bien plus tard. Les premières églises sont l'oeuvre de St Jouin de Marnes (abbaye ancienne), les prieurés d'abbayes plus récentes, je pense qu'effectivement, il y a bien concurrence ( le cas de Benaston et Chavagnes est intéressant car jusqu'à la fin du XIXème, on voit la commune de Chavagnes s'opposer à relier Benaston et St Fulgent, via la Rabatelière). Le rattachement des prieurés est inévitablement lié au suzerain ou grand seigneur de l'époque. Benaston, La Chapelle et Fondion (que je situerais à la Brossière) sont, si cette hypothèse est bonne, aussi situées sur un même axe qui va de la Brossière vers la Brossette voir la Chevasse où ils croisent d'autres axes nord sud le plus souvent important. Cet axe passe à l'église de St André. On en devine encore facilement les chemins sur les cartes.
    Je m'intéresse aussi aux frontières d'Herbauges. Il y a eu, de mon point de vue, deux pays d'Herbauges . Avant 850 (ou 830 car pour certains, ce serait Lambert, comte de Nantes qui le premier aurait partagé le pays) un grand pays qui devait recouvrir tout l'ouest du Poitou correspondant aux Mauges actuelles , à la Vendée et au sud Loire puis, à partir de 850, le partage par Erispoé , comte de Bretagne, de cette zone en trois pays, Mauges , Tiffauges et Herbauges . A cette date le pays de Retz et de Clisson sont de fait rattachés au comté Nantais. Herbauges a alors pour limite Sud, le Lay. Il est rapporté dans un article sur les baronnies du Nord ouest du Poitou ( Société émulation de la vendée 1904-1905 page 109 que Benjamin Fillon définit la frontière d'Herbauges comme suit: "...a l'est par le LAY jusqu'à la jonction des 2 branches de cette rivière, près de Vauzon(Ingrandes), par le Petit-Lay, le ruissseau de l'Herbergement, de l'Oie, le Vendrenneau, la Petite Maine, la Maine et la Sèvre Nantaise jusqu'à sa jonction avec la Loire". Par ailleurs R Merlet, dans son ouvrage sur la Chronique de Nantes précise que le fait que Begon , duc d'Aquitaine ait été tué sur le Blaison et enterré à St Georges de Montaigu ( appartenant au pays de Tiffauges), prouve que le Blaison était la frontière entre Herbauges et Tiffauges.

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  4. J’apprécie votre approche par la géographie, et je réagis à votre message.
    Le problème avec la chapelle de Fondion est la date de sa création. Elle apparaît au plus tôt dans le pouillé de Gauthier de Bruges, en même temps que le prieuré de Goule d’Oie, c’est-à-dire au 13e siècle. On manque d’éléments pour affirmer une antériorité à cette époque, même si on est tenté de le faire.
    Elle est située proche de la Brossière, où se trouvaient beaucoup de petits fiefs, non seulement sur le territoire de St André, mais aussi sur celui de St Fulgent, autour de la Simonière proche. Cette abondance de petites concessions fait penser à un constat identique au Plessis-le-Tiers, dont je n’ai pas l’explication. Une chose est sure, c’était un lieu de passage.
    Fondion avait l’avantage d’être à l’écart, et proche d’une forêt où se réfugier. Cela me fait penser à une femme de la Brossière pendant la guerre de Vendée, qui est allé accoucher aux Gast, village proche et à l’écart du passage des troupes républicaines.
    Si je comprends bien, St André, entre la Petite Maine et le Vendrenneau, était en pays d’Herbauges, alors que St Fulgent était en pays de Tiffauges. Cela « collerait » avec l’établissement de la féodalité dans la contrée ensuite. Le baron des Essarts arrêtant son influence au Vendrenneau, au-delà duquel commençait celle de Tiffauges, avec le seigneur de St Fulgent pour vassal sur les lieux. Sans monopole, puisque Montaigu avait son influence sur une petite partie de St Fulgent (Thibaudière) et Chavagnes.
    Je ne saisis pas bien votre parallèle entre St Denis et St André. Et je ne connais pas « l’enclave dans ces deux communes ». Je suis intrigué par l’extraterritorialité dont vous faites état pour Goule d’Oie. Pouvez-vous en dire plus ?
    Aussi loin qu’on peut remonter dans le temps, le fief de Goule d’Oie était une concession du Coin Foucaud à la Drollinière. Certes le seigneur de celle-ci était un Drouelin au 13e siècle, aussi seigneur de St Fulgent, puis fondant ou possédant la Boutarlière. Mais, au-delà des hommes, cela ne me parait pas faire du fief de Goule d’Oie une terre de Tiffauges, mais plutôt de celle des Essarts.

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    1. denis Guilloteau14 mai 2017 à 15:10

      bonjour, je viens seulement de prendre connaissance de votre réponse. Pour tout vous dire, je suis "à la recherche" du domaine ? ( sans doute avant la féodalité) du Rabateau, qui avait un manoir à la Rabatelière. A l'est , j'ai un indice avec la rivière Rabasteau (qui pourrait être la frontière sud du pays d'Herbauges et de Tiffauges décrite par B Fillon). Je suis bien obligé de constater une forte ressemblance dans la position des Eglises de ST Denis, Boulogne, St André voire St Fulgent par rapport à la paroisse de Chauché (originellement limitée à l'est par la Boulogne et peut-être à l'est par le Vendrenneau?).Dans toutes les hypothèses sur l'origine de Chevasse, il y a Chevesse (champ enclavé). Il existait par ailleurs un fief de l'enclave de la Chevasse et dans le traité de louis XI pour l'achat de la baronnie de Montaigu (1473) il est question des enclaves de St Denis et St Fulgent. L'enclave a un régime particulier qui répartit l'autorité et les revenus entre les seigneurs (qu'on pourrait assimiler à l'extraterritorialité). La création de ST Denis paraît liée à un déplacement d'axe un peu comme St Fulgent. A noter aussi qu'on a près de la Chevasse la Bégaudière, que j'avais trouvée comme paroisse relevant des Essarts (à moins qu'il s'agisse de la Chapelle de Chauché ?).
      Je me tiens assez éloigné de ces questions actuellement, j'espère avoir répondu à vos attentes; Pour St Denis voir le site de Montaigu Vendée : St Sulpice le Verdon et St Denis l'ouvrage ou la note de Gourraud sur Chavagnes pour le traité de 1473 qui visait à faire de Chavagnes une nouvelle baronnie.

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  5. Je vous remercie pour vos éclaircissements sur cette notion d’enclave. Cela ouvre des perspectives intéressantes, comme vous le faites, sur l’origine de St André. Il nous faudrait pouvoir aller des hypothèses de recherche à des sources documentées, mêmes fragiles. Mais l’époque du Moyen Âge en est tellement pauvre pour notre région !
    Quant au domaine des Rabasteau que vous étudiez, vous savez peut-être que l’abbé Boisson a laissé des notes intéressantes sur ses recherches concernant les deux bourgs de la Rabatelière (dossier 7 Z 57-2 aux Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson). Elles ont été une découverte pour moi et je les ai transcrites. A votre disposition si vous ne les avez pas encore.

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    1. denis Guilloteau16 juin 2017 à 17:53

      Bonsoir,
      je suis actuellement en région parisienne et rentre lundi en Vendée. Je suis évidemment preneur de vos notes mais j'ai bien l'intention de me déplacer à Luçon un jour. L'abbé Boisson et sa mère étaient en fait mes voisins (40m) et enfant j'allais très souvent chez la "mère Boisson". Je savais qu'il avait fait des recherches sur la Rabatelière et je me demande bien si ce n'est pas cela qui m'a donné le goût de poursuivre. A mon retour au pays, j'ai demandé à son neveu qui vit toujours ici ce qu'étaient devenues ses notes. Ils m'ont expliqué qu'à son décès, l'épiscopat avaient "exigé" la cession de ses travaux. Mais comme je ne suis pas historien, j'ai pris pour parti d'apprendre d'abord la grande histoire avant de m'intéresser à la petite,. et jusqu'à présent je n'ai fait aucune recherche en bibliothèque sur ce sujet. je trouve d'ailleurs extraordinaire la richesse des sources "internet". Puis mes activités horticoles et vinicoles m'occupent beaucoup.
      Sur la Rabatelière, j'ai retrouvé trois pièces de terres et un chemin qui portent toujours le nom "Rabateau", Rabatia en langage local. J'ai été étonné que personne n'avait fait le lien. Mais j'ai acquis plus ou moins la certitude que la présence d'un Rabateau ici est beaucoup plus ancienne. Je me suis intéressé au patronyme et à la toponymie dans le grand ouest. J'en ai conclu que les premiers Rabateau connus étaient auprès des seigneurs d'Anjou. Il existe par ailleurs au moins une bonne dizaine de "Rabatelière" (ou approchée) en France + au Canada. j'ai essayé de rattacher chacune à un Rabasteau ou à un Bruneau de la Rabatelière. J'ai observé que les Rabasteau ( en dehors de la Rabatelière et de celle de St Colomban (LA) pour laquelle je n'ai pas assez d'éléments) sont installés juste au sud du Lay ( sérigné, Loge Fougereuse..)et dans le Loudunais. Or les pays de Mervent et de Loudun ont été créé la même année, 976 et pour Mervent suite à l'invasion de notre pays par les Bretons juqu'au Lay. J'émets donc l"hypothèse" que Rabateau était présent à la Rabatelière, dans la région des Essarts depuis le Lay jusqu'au parc Soubise (rivière Rabasteau) avant 976 et que la famille a été repoussée au delà du Lay.
      Je me suis posé la question aussi de savoir pourquoi avoir installé ici un manoir- Rabatèle, femme de Rabateau- (plus qu'un château de défense, il a existé un château gaillard dans l'actuel Bourg en direction de la chapelle). En redessinant les frontières (Tiffauges et Herbauges) et en observant les axes, j'ai je pense trouvé l'explication du "Perthuis" Benaston et émis encore l'Hypothèse que passait ici depuis la nuit des temps, la route du sel ( la benaste est une mesure de sel). Benaston était reliée à Herbadilla, Portus Secor (Pornic), le sel des marais de Beauvoir, de Guérande par la loire (cf le transport des reliques de st Philibert). Perthuis, parce que, partant d'Herbauges, c'était bien un "passage" court et étroit en pays de Tiffauges qui débouchait sur la Dive ( lieu dit Pont romain) en direction de la Chapelle. Ce lieu était donc (comme Benaston) un poste de douane très rémunérateur.
      Pour relier nos deux affaires, il est possible que notre Goellus soit un descendant d'un lieutenant d'Alain Barbetorte (venant du Goëllo) et qu'en s'appropriant les terres, ( la règle était une part pour Alain, une part pour ses lieutenants, une part pour l'église) , Goellus ait hérité d'une partie du domaine Rabateau et du même coup l'ait rattaché à Pareds.

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  6. Je ne peux que vous encourager à consulter les travaux de l’abbé Boisson, ami de l’archiviste du diocèse, l’abbé Delhommeau, d’après ce que j’ai compris. Ce dernier connaissait bien ses travaux et a voulu les sauver d’une perte ou dispersion en les mettant à l’abri dans des archives officielles. Sauf que ces nombreux documents n’étaient pas classés, et que c’est l’abbé Delhommeau qui s’est attelé à le faire. D’où le choix des Archives du diocèse. Cela peut frustrer la famille, mais pour les chercheurs c’est une bénédiction ou une chance. On aimerait que les archives de Gouraud à Chavagnes ou d’Alexis des Nouhes à St Fulgent aient connues le même sort.
    Avec internet ce dernier eut fait un malheur. Moyennant quoi il a besogné avec passion, à la recherche des faits, des documents originaux et des preuves. Il me parait s’être attardé plus sur la Rabatelière que les communes environnantes, car il en était originaire. Et lui aussi a du enquêter sur les territoires voisins pour mieux découvrir sa paroisse d’origine.
    Je garde précieusement les faits que vous avez trouvés et les explications que vous avancez pour les relier entre eux.

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