mercredi 2 avril 2014

La seigneurie des Bouchauds aux Essarts

Aux Essarts la rue des Bouchauds est située 
dans le lieu de l’ancien logis


A cinq cent mètres au nord du château des Essarts, se trouvait une petite seigneurie appelée les Bouchauds. On ne connaît pas l’étendue de ses terres, mais on a repéré qu’elle possédait des droits féodaux sur certaines terres situées sur la paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie, notamment aux villages de la Bergeonnière, la Maigrière, la Mancellière et la Boutinière.

Dans un aveu de 1550, l’hôtel des Bouchauds est décrit en ruine depuis longtemps et transformé en jardin. Il avait appartenu, « jadis », est-il écrit, à « Jehan des Bouschaux, lors seigneur de la Gaiginière ». Cette maison était située de l’autre côté d’un chemin la séparant de la maison noble de la Ramé, appartenant au même seigneur que celui qui possédait l’emplacement de l’hôtel des Bouchauds, à cette date le seigneur de Languiller (Chauché) (1). Ces deux lieux nous confirment qu’un certain nombre de vassaux du baron des Essarts habitaient à proximité du château.

Languiller achète la moitié des Bouchauds en 1437


L’hôtel des Bouchauds, avait été acheté par Jean de Sainte-Flaive en 1437 à Bertrand de Plouer. Il avait racheté la seigneurie de Languiller peu de temps auparavant, en 1414 (2), qu’avait possédé autrefois son arrière-grand-mère, Denise Guichart. Bertrand de Plouer avait acquis les Bouchauds le 19 juin précédent de Catherine Chevallier, veuve de Pierre Garnier, ce dernier ayant acheté cette terre le 9 juillet 1436 d’Aubin d’Aubigné (3).

On ne sait pas depuis quand Aubin d’Aubigné possédait les Bouchauds. Mais vers 1418 Jean des Roullins signe les comptes de cette seigneurie qui appartenait alors au comte de Penthièvre (4), le mari d’Isabeau de Vivonne. Apparemment celui-ci la possédait entièrement, et il en aurait vendu la moitié un peu plus tard. Mais on n’en est pas absolument certain, et peut-être était-elle déjà partagée à cette date. En tout cas elle l’était au moment de son acquisition par Languiller suivant un mémoire daté de 1680.

Ce partage, par moitié chacun des Bouchauds, porta sur les redevances seigneuriales, abonnées et casuelles, entre les Essarts et Languiller. La situation ne manquait pas d’ambiguïté, car pour sa moitié des droits, Languiller en rendait hommage aux Essarts. Et le baron des Essarts en rendait hommage à Thouars.

A la fin du 17e siècle, le seigneur de Languiller, Philippe Chitton, fit querelle aux Essarts pour revendiquer le statut de seigneur chemier des Bouchauds, que prétendait aussi les Essarts (3). Le chemier représentait et garantissait les autres possesseurs de fiefs dans la mouvance des Bouchauds, dont le seigneur des Essarts, dans l’hommage à rendre au suzerain des Essarts. On appréciera le mode de pensée du droit féodal ! L’enjeu de cette querelle était que le chemier seul avait le droit de faire une retenue féodale en cas de vente dans la seigneurie des Bouchauds.

Après 1437, chaque fois que la seigneurie de Languiller a été vendue, en 1604, en 1650, en 1671, en 1745, la seigneurie des Bouchauds a été vendue en même temps, comme faisant partie de ses « fiefs annexes », suivant l’expression reprise par des générations de notaires. La situation dura ainsi jusqu’à la Révolution, concernant aussi d’autres fiefs, dont le Coin Foucaud. 

Au milieu du 16e siècle, et peut-être avant, il apparaît donc que la seigneurie des Bouchauds n’a plus de maisons ou logis habitables près du château des Essarts. Son propriétaire a acensé le terrain où se trouvaient les bâtiments (3). Mais il reste une borderie et les droits féodaux, inaliénables, portés par les terres concédées autrefois à des tenanciers devenus propriétaires. Ils suffisent à faire vivre, à eux seuls, dans les papiers des notaires, la seigneurie des Bouchauds, encore pendant plus de deux siècles jusqu’à la Révolution française. C’est ainsi que dans l’acte de vente de Perrine Bruneau à Agnan Fortin du 11 novembre 1789, de la métairie de la Boutinière de Saint-André-Goule-d’Oie, il est précisé qu’elle relève roturièrement du fief des Bouchauds (5).) Et dans toutes les déclarations et aveux qu’on rencontre sur la seigneurie des Bouchauds, les redevances perçues sont partagées par moitié entre la seigneurie de Languiller et la baronnie des Essarts.

La seigneurie des Bouchauds réduite à ses redevances


Ces droits féodaux avaient pour fondement légal le droit de propriété. Ils ont été supprimés sans indemnisation lors de la Révolution française, après des hésitations. Au lieu de cette spoliation, on aurait pu les racheter suivant diverses modalités. Mais c’eût été emprunter la voie de la réforme, peu conforme, il est vrai, aux traits dominants des traditions françaises française. Semblant préférer la passion des idées au respect des hommes, celles-ci se laissent plus naturellement tenter par la logique révolutionnaire. Et puis il y eut des révoltes paysannes, basées notamment sur une incompréhension des mesures prises en août 1789, et en partie responsables de la voie choisie de non indemnisation.

rue de la Ramée aux Essarts,
près de la rue des Bouchauds
Ce qui est intéressant de noter ici, c’est que la situation à la fin du 18e siècle existait déjà de manière caricaturale dès le 16e siècle pour la seigneurie des Bouchauds. Ces droits n’avaient aucune contrepartie en matière de justice, de défense ou autre, la famille du seigneur fondateur ayant elle-même disparue ! Ils se sont transmis ensuite comme on achète la clientèle captive d’un fonds de commerce. Ils ont connu ainsi la longue vie des droits acquis dans la France de l’Ancien Régime. 

Vente et retrait féodal du baron des Essarts


Le 30 août 1551, ce fief va être vendu par le baron des Essarts (6) à un seigneur angevin, Léonard Bourgeois, écuyer demeurant à Fontaine-Guerin (7) en Anjou. Du moins la partie des émoluments (revenus) du fief appartenant à la baronnie des Essarts.

La description du fief dans l’acte de vente est la suivante : « terrages de blé (8), cens, rentes, tant en blé que poulailles étant des appartenances des dits Bouchauds ». Mais la vente ne comprend pas la maison en ruines, le jardin et les droits de rachats, de patronage et de fermage, non plus que la borderie. Pour ce qui reste du peu de propriété directe, les domaines seront gérés par les fermiers de la baronnie des Essarts. Un bail de 1721 indique « la maison, jardin et pré des Bouchaud et ses appartenances » (9). Dans la saisie de la baronnie des Essarts en 1757, on indique « la borderie appelée des Bouchauds située en la paroisse des Essarts, bâtiments, cour, jardin, terres et pâtis en dépendant ».

Jean IV de Brosse
Le vendeur était alors Jean IV de Brosse. Il avait été fait duc d’Etampes par François Ie, en récompense d’avoir épousé la maitresse du roi, Anne Pisseleu. Le roi attribua ensuite le duché d’Etampes, à la mort de Jean de Brosse, à une autre de ses maitresses : Diane de Poitiers. L’héritier de Jean IV de Brosse, Bastien de Luxembourg-Martigues, recueillit les terres de Penthièvre et des Essarts notamment, de son oncle, mais pas du duché d’Etampes.

La vente des Bouchauds se fit pour un montant de neuf cent deux livres quatorze sols tournois, payé comptant.

L’acte rappelle bien sûr que le fief est tenu de la baronnie des Essarts à foi et hommage, avec « douze deniers de devoir annuel à être payé à chacun an et chacune fête de noël, et à rachat quand le cas il adviendra ».

Déjà avant 1551, le duc d’Etampes avait vendu certains domaines dépendant du fief des Bouchauds. Il avait aussi vendu d’autres domaines dépendant des Essarts. 

Une vingtaine d’années après, Marie de Beaucaire (1535-1613), veuve de Sébastien de Luxembourg (1530-1569), successeur du duc d'Etampes, rachète le fief des Bouchauds. A noter que c’est Sébastien de Luxembourg qui devint duc de Penthièvre en septembre 1569.

Lamballe, capitale du duché de Penthièvre
S’agissant d’une transaction entre le suzerain et le vassal, on peut se demander s’il ne s’agit pas de l’exercice du retrait féodal. A moins que Léonard Bourgeois, envisageant de revendre son acquisition, ait anticipé le droit qu’avait son suzerain d’exercer un acte de retrait féodal. Celui-ci consistait à faire annuler la vente d’un bien de son vassal et de le reprendre au prix convenu avec l’acheteur. Dans un bail à ferme de la même année, il est indiqué que ce rachat des Bouchauds a bien été fait par retrait féodal.

Le contrat de rachat est daté du 1e juin 1572 (10), et signé par Guillaume de Bruc, secrétaire de Marie de Beaucaire, pour l’acheteur. La transaction s’effectue pour le même montant que vingt ans plus tôt : neuf cent deux livres quatorze sols tournois.

La métairie des Bouchauds


Il existait une métairie des Bouchauds déjà avant 1437 quand Languiller acheta la moitié de la seigneurie. Elle comptait près d’une vingtaine d’hectares en prés et terres labourables, en seulement une douzaine de champs et prés. On est probablement ainsi dans une structure foncière proche de la création de la métairie, peut-être constituée de l’essentiel du domaine direct de la seigneurie à son origine. Avec sa garenne et ses landes, elle occupait une surface plus importante, mais on n’avait pas l’habitude de compter dans les surfaces déclarées par les notaires dans leurs actes, ce qui étaient en friche permanente.

Ses 12 champs et prés touchaient aux terres du Chaillou, le Plessis-Duranceau, la Coussaie. Leurs confrontations citent aussi les chemin des Essarts aux Herbiers (ou Saint-André-Goule-d’Oie), le chemin des Essarts à Chavagnes-Montaigu, la rivière de la Petite Maine, le chemin de Sainte-Florence au Plessis-Duranceau, le chemin de la Piltière à la Coussaie.

Jules de Belleville, seigneur de Languiller, a vendu le 20 février 1554 à Antoine et Pierre Durand, la moitié par indivis de la métairie des Bouchauds en la qualité de « chemier seigneur du fief des Bouchauds » (11). Cette précision inhabituelle dans les actes de  vente marque bien la situation particulière des deux possesseurs des Bouchauds en indivision, que nous connaissons.

Les acquéreurs, habitant le Plessis-Duranceau voisin,  devront rendre hommage à Languiller de leur bien acquis, avec le devoir de 8 boisseaux de seigle et 2 chapons. Ils avaient payé comptant le prix de la vente fixé à 230 livres.


(1) Archives de Vendée, Travaux de G. de Raignac : 8 J 101, aveu de Languiller et autres fiefs aux Essarts le 2 juillet 1605.
(2) Guy de Raignac, De château en logis itinéraires des familles de Vendée, Editions Bonnefonds (1990), Tome 2, page 110.
(3) Archives de la Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/A 12-5, mémoire vers 1680 disant que Languiller est seigneur chemier des Bouchauds.
(4) Archives de Vendée, G. de Raignac, Quelques familles anciennes du Bas-Poitou depuis longtemps éteintes, 2e série, (famille Masseau) : 8  J 41-2, page 149.
(5) Archives de Vendée, notaire de Saint-Fulgent, Frappier, 3E 30/12, vente de la Boutinière et la Chevaleraye le 11-11-1789 par Perrine Bruneau à A. Fortin.
(6) Archives de Vendée, baronnie des Essarts-Brosse et Luxembourg (1435-1642), 19 J 1, vente de la seigneurie des Bouchauds par le baron des Essarts à Bourgeois le 30-8-1551.
(7) Sieur du Moulin Lavau, il habitait au lieu de la Pelouse, paroisse de Fontaine-Guerin, dans le Maine-et-Loire, près de Beaufort-en-Vallée et de Baugé, à 15 kms à l’est d’Angers.
(8) Le mot signifie alors céréales, le blé au sens d’aujourd’hui s’appelait le blé froment.
(9) bail du 10-10-1721 de la baronnie des Essarts à Merland, page 2, Archives nationales, chartrier de Thouars : 1 AP/1135. 
(10) 19 J 1, rachat de la seigneurie des Bouchauds du 1-6-1572.
(11) 150 J/A 12-7, vente du 20-2-1554 de la moitié de la métairie des Bouchauds par Jules de Belleville.

Emmanuel François, tous droits réservés
Avril 2014, complété en août 2017

POUR REVENIR AU SOMMAIRE