mardi 1 mai 2018

La Boninière à Saint-André-Goule-d’Oie

Dans le village de la Boninière
La Boninière tient probablement son nom d’un nommé Bonin. On en a l’affirmation en 1598 pour un autre tènement aussi appelé Boninière situé dans le fief du Bois Saint-Martin à Saint-Martin-des-Noyers (1). Le tènement de la Boninière à Saint-André-Goule-d’Oie touchait la rivière du Vendrenneau et les tènements de la Bourolière, la Jaumarière et la Bouchardière. Juste de l’autre côté du Vendrenneau, qui fait limite avec la paroisse de Saint-Fulgent, il y avait un tènement aussi appelé Boninière, touchant celui de la Clavelière. C’est ce qu’on apprend dans un aveu du seigneur de Saint-Fulgent à Tiffauges en 1774 (2), mais cette réalité remonte probablement les siècles. A cette date ce tènement occupait une surface de 4 septrées de terre et 10 journaux de pré (au total environ 12 hectares), dont le chapelain de Lerandière prélevait un terrage à la 1/24e partie des récoltes.

La chapelle de Lérandière, aussi désignée Tineière, possédait une métairie de dimension modeste (terre à deux bœufs), dans le village du même nom à Saint-Fulgent, devant très probablement être desservie dans l’église paroissiale du bourg, ou dans une chapelle à Puygreffier.

Ce qui est intéressant dans cette Boninière de Saint-Fulgent, c’est de constater que le même nom pourrait désigner un même territoire, traversé par le Vendrenneau, et qui aurait été divisé aux 12/13e siècles quand on fixa les limites entre les paroisses de Saint-Andé-Goule-d’Oie et de Saint-Fulgent. Il aurait pu être divisé aussi entre le seigneur du Coin Foucaud, sur la rive sud du Vendrenneau, et celui de Saint-Fulgent sur sa rive nord. Or il est peu fréquent qu’un tènement soit divisé  et partagé entre deux mouvances aussi éloignées que l’étaient Tiffauges pour le côté nord, et les Essarts pour le côté sud. Sauf à considérer que l’habitat primitif de la Boninière et ses terres aux alentours préexistaient à sa mainmise des seigneurs locaux, qui se le seraient partagés. Faute de document, notre réflexion nous conduit dans l’histoire-fiction. Et la Boninière de Saint-Fulgent n’a peut-être fait que prendre le nom du village d’à côté sans qu’il faille pour autant faire un lien avec la mise en place du système féodal dans la contrée. Par comparaison, la situation de la Brossière de Saint-André est claire : le Vendrenneau traverse le tènement de la Brossière, et a été choisi pour faire la limite entre les paroisses de Saint-André-Goule-d’Oie et de Vendrennes. Mais tout le tènement relevait roturièrement de la mouvance du même seigneur du Coin Foucaud, et parait ainsi préexistant à la fixation des limites entre les paroisses.

Les tènements disparus de la Bouchardière et des Sigournières


Le voisinage de la Boninière interroge aussi un lointain passé dans la paroisse même de Saint-André-Goule-d’Oie. Il y a d’abord ce tènement de la Bouchardière, situé au sud. Son nom a disparu, y compris dans le cadastre napoléonien de 1838. En 1519 il comprenait un village, lui aussi disparu, dont les propriétaires payaient les mêmes droits qu’à la Boninière.

Et puis il y avait « près le tènement de la Boninière » des pièces de terre appelées la Courois, les Cloistre Boudaud, les Sigournières, tenues du fief des Bouchauds, dépendant de Languiller, dans un aveu du 15 mars 1618 (3). Ces pièces formaient un fief tenu à foi et hommage plain et à rachat. Un aveu du 9 septembre 1662 du seigneur de la Jaumarière nous en dit plus. Celui-ci tient la Jaumarière « à cause de votre seigneurie du Coin Foucaud noblement en gariment perpétuel sous l’hommage que vous avez accoutumé faire de ladite seigneurie du Coin Foucaud à madame la baronne des Essarts » et à 5 sols de service dus sur le village et tènement de la Jaumarière à noël. L’aveu comprend aussi le fief des Segoninières (c’est seulement l’orthographe qui est différente), situé à proximité du village de la Jaumarière et enclos dans son tènement, sans habitat. Il faisait partie de la seigneurie des Bouchauds, et ses droits (cens et terrages) avaient été vendus à Louis Masson par Jules de Belleville, droit de fief et rachat compris. Désormais il faisait partie des appartenances de la Jaumarière. Au total il comptait 48 boisselées en 8 champs (4).

Un inconnu omniprésent : le seigneur du Coin


Les archives se rapportant à la Boninière ont subi des dégâts et il nous reste peu de documents. Pourtant cela avait bien commencé, avec un vieux parchemin à l’écriture tout à fait lisible en vieux français, du 12 avril 1519 (5). Il s’agit d’une offre de foi et hommage d’André Landais, un bourgeois que nous ne connaissons pas. Il devait un hommage plain (simple) avec droit de rachat « quand le cas y advient par muances d’homme selon la coutume du pays ». Cette muance concernait les changements de personnes chez le vassal. Cette offre était faite à la seigneurie du Coin (situé à 2 kms plus loin vers Chavagnes), s’appelant alors le Coin Foucaud.

Entrée du village du Coin
Cette seigneurie n’avait plus d’existence propre, et ses droits étaient possédés en 1519 par Jacquette de Sainte-Flaive, fille de Jacob de Sainte-Flaive. C’est à la veuve de ce dernier, qu’André Landais rend sa foi et hommage à cause du Coin Foucaud : Marguerite du Fou, dame de Sainte-Flaive, Sigournais et de Languiller. Les archives du Coin Foucaud n’existant probablement plus en dehors de Languiller, il est important d’observer au plus loin possible, comment cette seigneurie est devenue un fief annexe de Languiller, le restant ensuite jusqu’à la Révolution. 

Jean de Sainte-Flaive, époux de Jeanne de Brillouet, a racheté Languiller en 1414, selon G. de Raignac. Il n’en connait pas le vendeur, notant une possession au 13e siècle de Geoffroy de Volvire et Thibaut de Sainte-Flaive. Or c’est une période particulièrement troublée. A la suite de Jean de Sainte-Flaive, Languiller connut un autre seigneur nommé aussi Jean de Sainte-Flaive, puis son successeur fut Philibert de Sainte-Flaive (probablement un neveu), seigneur de Languiller, Sainte-Flaive et fief Goyau (Mouchamps). Il épousa en février 1432 Françoise de Beaumont,  fille de Guy de Beaumont seigneur de Bressuire, qui lui apporta en dot la seigneurie de Sigournais. Guy de Beaumont-Bressuire avait hérité de sa mère, Louise de Thouars, la seigneurie de Sigournais en 1386.

Le fils de Philibert de Sainte-Flaive, Guy de Sainte-Flaive, chevalier, seigneur de Languiller de Sigournais et fief Goyau, épousa Jehanne Boutier, veuve de Jean de Villandreau et dame de Beaulieu (Mouilleron-le-Captif), qui décéda en 1476 (6). Il épousa en secondes noces Robinette de Coningham, veuve de N. de Puygiraud. Il fut lieutenant de Jean II de Brossse, comte de Penthièvre et baron des Essarts, pour conduire les nobles du pays de Poitou à l’armée du roi en 1471.

Son fils, Jacob de Sainte-Flaive, seigneur de Beaulieu, Sainte-Flaive, Bois-Boucher, fief Goyau, Languiller, épousa, vers 1480, Marguerite du Fou. Il mourut avant 1498. Il en eut :
  1. -     Françoise de Sainte-Flaive qui épousa, par contrat du 3 janvier 1481, René de la Trémoille, seigneur de l’Herbergement (l'Oie), qui était le fils de Jacques, bâtard de George de la Trémoille, et de Thomines Joussaume. Ce dernier était le descendant d’un des 11 enfants du roi saint Louis.
  2. -     Catherine de Sainte-Flaive. Veuve de Louis de Villeneuve en Anjou, elle épousa en 1509 Hervé d’Aubigné, seigneur de la Roche Mauvin (Saint-André).
  3. -   .Jacquette de Sainte-Flaive, qui épousa vers 1503 Jean IV Harpedanne-Belleville. Celui-ci mourut en 1547. Jacquette fit aveu en 1527 pour Cosnac, Belleville, Montaigu, Beaulieu et Languiller en Chauché. Elle était dame du fief Goyau en 1549. Elle vivait encore en 1551.

Marguerite du Fou reçu un aveu du propriétaire des Giroisières (à la Brossière de Saint-André) le 9 mai 1500, à cause du Coin Foucaud, appartenant donc déjà à cette date à Languiller. Ensuite Languiller et le Coin Foucaud passèrent aux Belleville par l’héritage de Jacquette de Sainte-Flaive. Dans cette succession de Jean de Sainte-Flaive à Jacob de Sainte-Flaive ou à sa veuve Marguerite du Fou, du début du 15e siècle au début du 16e siècle, il n’est pas question du Coin Foucaud dans la documentation consultée, mais seulement de Languiller, son propriétaire avéré par un aveu à partir de 1500, et confirmé ici par notre parchemin daté de 1519.

Bataille de Crecy
(Bibliothèque nationale de France)
Il reste donc à savoir quand le Coin Foucaud est entré dans le patrimoine de Languiller. Il semble que ce soit au cours de cette période que nous venons d’évoquer, c’est-à-dire à partir de Philibert de Sainte-Flaive. L’historien C. Gourraud indique en effet qu’au début du 15e siècle, le Coin Foucaud était possédé par son suzerain, le seigneur des Essarts, aussi seigneur de Palluau, celui-ci recevant les aveux d’un de ses vassaux, celui de la Bultière de Chavagnes (7). Et nous savons qu’à l’origine, le Coin Foucaud a été une concession des Essarts, suivant les recherches de Proust, sénéchal de Saint-Fulgent en 1729 (8). Au cours de ce 15e siècle probablement, qui vit la fin de la guerre de Cent Ans, et les combats du baron des Essarts, aussi comte de Penthièvre, pour la possession du duché de Bretagne, le Coin Foucaud est devenu la propriété de son suzerain des Essarts, puis du seigneur de Languiller. De cette seigneurie importante par ses possessions à Saint-André, on ne connait pas son seigneur et ses officiers, qui habitaient dans le château fort du Coin, déjà en ruines en 1550 comme cela est indiqué dans un aveu à cette date. Une histoire certainement mouvementée, mais inconnue.

Le tènement de la Boninière et son régime féodal


Les jardins du village de la Boninière en 1519 occupaient une surface de terre de 3 boisselées, c’est-à-dire un peu moins de 4 000 m2. C’est peu, ce qui suppose un nombre d’habitants peu élevé. Peut-être que le renouveau démographique qui a suivi la fin de la guerre de Cent Ans, c’est-à-dire quelques dizaines d’années plus tôt, et l’espacement d’épidémies moins meurtrières qu’avant, ait tardé ici à y faire sentir ses effets. Le tènement comportait 7 journaux de prairies naturelles, permettant pourtant un élevage d’importance significative. Le parchemin d’où sont tirées ces informations n’est qu’une offre de foi et hommage et non pas un aveu. Il ne s’étend donc pas sur la description des lieux et des redevances. 

Pour en savoir davantage nous disposons d’un aveu du suzerain, la seigneurie du Coin Foucaud, en 1605, reproduisant un texte de 1550 (9). On y apprend qu’en terres labourables et landes le tènement occupait 16 septrées (256 boisselées) et « 7 hommes de prés ou environ ». Si les choses n’ont pas changé entre 1519 et 1550, ce qu’on peut supposer facilement s’agissant de prairies naturelles, cela voudrait dire que les 7 journaux de prés en 1519 font les 7 hommes de pré de 1550. Les jardins font toujours 3 boisselées, mais on les appelle en 1550 des « courtils ». Ils sont « près et derrière les maisons dudit village ». En 1519 ils étaient « assis et situés au droit des dites maisons ».

Dans le village de la Boninière
En 1550 le vassal pour la Boninière est un prêtre nommé Bellet, qui a pris la suite de Landais et encore avant de Jean Poussard. Son état de prêtre ne l’empêchait pas d’être propriétaire, c’était même souvent le cas car il fallait faire des études, ce qui supposait des parents aisés. André Bellet tient la Boninière à foi et hommage « tant pour lui que pour ses parsonniers qui tiennent de lui sous lui ». Le mot « parsonniers » avait deux sens différents en pratique. Le premier désignait les membres d’une communauté, indivise, comme c’était souvent le cas des biens d’héritage avant de procéder au partage de la succession, ou bien suivant le règlement de la succession. On a désigné un répondant, le chemier, qui faisait l'hommage et la déclaration au nom de tous les participants, les autres tenant leur part du chemier, en parage, suivant les anciens mots du droit féodal. Nous pensons qu’ici c’est ce premier sens qui est utilisé par les notaires de la région.

Mais le mot avait un deuxième sens, synonyme de frareche, qui désignait des groupements de familles ayant une propriété indivise. Leurs membres, soumis à des règles communes, étaient très solidaires entre eux. Les serfs ne pouvaient hériter ni disposer de leur avoir par testament. Il leur restait une manière d'échapper à celle loi, c'était de se constituer du consentement du maître, en communauté de feu et de lieu, de pain et de sel : les parsonniers ou communistes. Ce dernier mot a connu ensuite une grande fortune politique au 20e siècle.

En 1579, la Boninière était tenue par maitre Roye, procureur de Puybelliard, lequel avait succédé dans cette possession à un nommé Aparilleau (10). On constate ici l’instabilité dans la possession des droits seigneuriaux de la Boninière.

Le cens en argent prélevé n’était que de 107 sols et 10 deniers, à la fois pour la Boninière, la Bouchardière et la Morelière. Ce dernier était un autre tènement situé plus au sud de la Boninière. Le cens comprenait l’arrentement des anciennes corvées féodales. En nature, le sur-cens était de 34 ras d’avoine et de 6 boisseaux de seigle. Le terrage se montait au 1/6 des récoltes. La Bouchardière devait un cens particulier de 4 poules.

Comme dans certains autres tènements de Saint-André-Goule-d’Oie, les teneurs de la Boninière payaient en 1517 des redevances particulières au seigneur de la Boutarlière, René Drouelin. L’avenage ou ratier s’y montait à 5 trulleaux d’avoine. Le métivage était de 4 boisseaux, et l’hommage de 10 sols par an. L’avenage et l’hommage étaient partagés par moitié entre la seigneurie des Bouchauds et celle de la Boutarlière (11). L’avenage était une redevance en avoine due à cause des droits d’usage et pacage accordés aux habitants de la châtellenie des Essarts, dont faisait partie le territoire de Saint-André-Goule-d’Oie. Elle était portée en la « cohue » (halle) des Essarts. Le métivage était le droit de battage des blés. L’hommage était un cens particulier dont on ignore l’origine, porté lui aussi en la « cohue » des Essarts.

Dans le village de la Boninière
On a relevé que la famille Audouard, appartenant à la noblesse et originaire de la région niortaise, possédait une maison à la Boninière de Saint-André-Goule-d’Oie. Jacques Audouard le jeune y habita en 1680. En 1684, c’est son frère René Audouard qui y habita, venant de Niort. La maison n’est pas qualifiée de logis, même si elle devait être plus importante que celle des laboureurs habitant dans le village. Ils ont été seigneur du Pin, et la famille possédait aussi des droits à la Baritaudière proche, achetés par le bisaïeul Louis Masson, comme il avait fait pour le Pin et la Jaumarière. Voir notre article publié sur ce site en novembre 2016 : Du rififi chez les seigneurs du Pin. Mais ils ne paraissent pas avoir été seigneurs de la Boninière.

Au 17e siècle Louis Moreau, sieur de Villeneuve demeurant au Coudray, possédait une borderie à la Boninière. Son héritier, Louis Corbier sieur de Beauvais, fit une déclaration roturière le 16 décembre 1727 pour ses biens détenus à la Boninière (12). Il l’a fit au seigneur de Vaugiraud.

Or ce dernier était un descendant de Jean Moreau, cousin du précédent, qui hérita de son père des trois septième parties des droits de fiefs, rentes et autres au tènement de la Boninière (13). Bachelier en théologie, il avait été nommé curé de la Couture, près de Mareuil, en juin 1663. Il fut inhumé dans son église paroissiale le 22 novembre 1685 (vue 24).

Ses droits durent passer dans l’héritage des de Vaugiraud à cause de sa sœur mariée à René de Vaugiraud. Et un descendant de cette famille se présentait un siècle après comme « seigneur de la terragerie, village et tènement de la Boninière, des Morlière, et Bouchardière, à 6 deniers de cens par an » (14). On relève cette phrase dans un acte de vente daté du 17 décembre 1776, d’un pré à la Boninière par Pierre Eusèbe de Vaugiraud, écuyer seigneur de la Jaumarière, à Charles Auguste Tinguy, chevalier seigneur de Vanzais demeurant à la Basse Clavelière. Le pré de 4 boisselées, situé au bout de la cour du village de la Boninière, relevait roturièrement de Pierre Eusèbe de Vaugiraud.

Autres redevances du tènement


On a l’habitude de noter l’existence de certaines rentes collectives dues par les détenteurs de biens immeubles ou propriétaires dans un tènement, en dehors même des cens, rentes et autres devoirs seigneuriaux contenus dans les déclarations et aveux au suzerain. Ces rentes, toutes foncières, annuelles et perpétuelles, sont parfois des redevances d’origine seigneuriales et féodales, vendues au détail et détachées du droit de fief. D’autres fois ce sont des dons faits à des institutions religieuses (prieurés, cures, etc.), qu’elle qu’en soit l’origine. Ou d’autres fois ce sont de simples redevances de baux fonciers perpétuel, dont l’origine est connue ou non. La justification de ces derniers réside en droit dans l’acte de constitution, mais souvent ce dernier est oublié ou perdu. Il est remplacé alors par la coutume et surtout par les titres de reconnaissance ou « titre nouvel » de droits. Ce petit rappel nous permet de situer les diverses rentes payées au fil des siècles à la Boninière.

Seigneur de la Guiffardière en 1606
Entrée de la Guiffardière aux Essarts
On a de manière inexpliquée une déclaration du seigneur de la Guiffardière (située aux Essarts près du Clouin) en 1606, Hélie de Saint-Hilaire, à Languiller, concernant les héritiers de Jean Rochereau et d’Aregnon et leurs parsonniers pour leurs biens à la Boninière. Ces derniers doivent une mine de seigle (8 boisseaux) et 5 sols de rente (15).

Particulier en 1732
Un titre nouveau de reconnaissance de rente a été rédigé par les notaires de Saint-Fulgent le 30 septembre 1761, pour 23 propriétaires à la Boninière, dont 13 y demeuraient et les autres demeuraient aux alentours. La rente reconnue était annuelle, requérable, foncière et perpétuelle de 9 boisseaux un tiers de seigle, mesure des Essarts, à la Notre-Dame en août. Elle était due à Catherine Cadou. Celle-ci était veuve en 1e noces de François Musset, sieur de Bretonnière, notaire à Montaigu, et en 2e noces de Pierre Millet, conseiller du roi en l’élection de Chatillon. La rente avait été acquise par Musset à Jacques Simon et Marie Anne Benoist sa femme le 22 juillet 1718, et reconnue par les teneurs le 12 août 1732 (16). Le montant de cette rente est presque le même que la rente précédente due en 1606 au seigneur de la Guiffardière, et on peut se demander si ce n’est pas la même, ayant ainsi été acquise par des bourgeois. Mais notre interrogation reste sans réponse.

La Roche de Chauché
Les teneurs de la Boninière devaient eux aussi une rente à la Roche de Chauché : 14 boisseaux de seigle à la mesure des Essarts. C’est ce que nous apprend le registre de tenues d’assises de la Rabatelière à la date du 19 août 1632 (17). Cette dernière seigneurie possédait en effet une partie des droits de la Roche de Chauché. Ce jour-là trois teneurs ou propriétaires du village se sont présentés au tribunal de la seigneurie de la Rabatelière, qui se tenait dans une salle basse du château. Ils s’appelaient André Chaigneau, Baptiste Rochereau et Louis Bouffard, déclarant cette rente pour eux et les autres teneurs. Dans le terrier de la Rabatelière on voit que la rente a été payée en 1650, 1651 et 1652, et certainement encore après, à moins de défaut de vigilance du créancier. Ensuite, nous ne disposons pas de déclarations faites par les propriétaires ou son seigneur, concernant directement la Boninière.  

En revanche on la retrouve comme bien roturier revenant à la République, dans le partage avec sa sœur, réalisé en date du 2 pluviôse an 5 (21 janvier 1797) des biens confisqués à René Thomas Montaudouin, ancien seigneur de la Rabatelière qui avait émigré. Ce partage opéra un classement entre les biens revenant à la République et ceux revenant à sa sœur, suivant les lois successorales de l’époque (18). Elle est alors de 18 boisseaux, probablement par incorporation d’une autre rente valant 4 boisseaux, et est estimée valoir 45 F. Cette attribution a dû donner lieu ensuite à une vente aux enchères dont nous ignorons l’adjudicataire. Puis elle a dû s’éteindre par le rachat des propriétaires concernés, qui était de droit.

Prieuré de Saint-André-Goule-d’Oie
Bourg de Saint-André en 1900
Les teneurs (propriétaires) du village et tènement de la Boninière, devaient au prieur-curé de leur paroisse, une rente seconde foncière annuelle et perpétuelle de 7 boisseaux de seigle et 1 boisseau de froment à la mesure des Essarts (19). Une rente seconde était créée après une première rente sur les mêmes biens. On la voit reconnue chez le notaire de Saint-Fulgent en 1787, résultant probablement d’une donation, dont nous ne connaissons pas l’origine.

De plus le prieur recevait une dîme sur le champ des Echardettes, contenant 2 boisselées. Situé dans le même tènement de la Boninière, le champ du Fief du Moulin, contenant 1 boisselée et 58 gaulées avec ses haies, ne donnait pas lieu au paiement de la dîme. C’est ce qu’on relève à l’occasion de la vente de ces deux champs en 1783 (20). Cela confirme l’existence d’un prélèvement de grosse dîme sur les récoltes des champs au profit du prieur de Saint-André-Goule-d’Oie. Mais on ne la rencontre que très rarement dans la documentation consultée, et on sait qu’elle était complétée par un autre prélèvement au profit de la cure : le droit de boisselage. On en conclut que la grosse dîme n’était prélevée que sur une partie du territoire de la paroisse.

Rente à la Chapelle de Chauché
Enfin, il faut rappeler ici la rente de 6 boisseaux de seigle due par les teneurs de la Boninière à la paroisse de la Chapelle de Chauché. Ils avaient cessé de la payer en 1738 et le fermier de Languiller, par ailleurs se disant fabriqueur (gestionnaire) de la paroisse, la leur réclamait 28 ans après, alors que les rentes à l’Eglise étaient imprescriptibles. Néanmoins les arrérages des revenus des biens imprescriptibles étaient, eux, prescrits par 30 ans. Voir notre article publié sur ce site en décembre 2011 : Retour sur la paroisse de la Chapelle de Chauché. Ils firent une déclaration devant notaires le 26 décembre 1768. Voici le nom des 25 propriétaires sur le tènement dans le texte de la déclaration (21) :

« Par devant nous, notaires royaux de la sénéchaussée de Poitiers soussignés, ont comparu en leurs personnes, établis en droit et dument soumis :
  • -        maître Mathurin Roy, demeurant à la Loge, paroisse de Mesnard ci-devant Barotière,
  • -        Jean Chaigneau, bordier demeurant à la Boninière,
  • -       André Millasseau aussi bordier, Jacques ou Jean Richard, Pierre Charrier, journalier, Mathurin   Faupier, André Fonteneau, journaliers demeurant à la Bourolière,
  • -         André Fonteneau demeurant à la Morelière,
  • -         Etienne Blandin, bordier demeurant à la Porcelière,
  • -         François Mandin demeurant à la Forêt,
  • -        Pierre Rondeau aussi journalier demeurant à la Jaumarière, Jean Michaud, bordier demeurant     au même lieu,
  • -         Nicolas You demeurant à la Gandouinière,
  • -      Jean Chaigneau, François Moreau, Louis Rochereau aussi bordier, Jean Rochereau laboureur,   Pierre Chaigneau aussi bordier, Louis Micheleau tailleur d’habits, André Boudaud bordier,   Pierre Marchand, journalier, Jeanne Robin veuve Jean ou Jacques Braud, demeurant les       derniers au village de la Boninière,
  • -       Pierre Piveteau demeurant à Villeneuve,
  • -     André Chatry demeurant à la Guérinière, les deux derniers de la paroisse de Chauché et les autres du bourg et paroisse de Saint-André-Gouldois,
  • -      François Crépeau, marchand demeurant à la Haute Clavelière, [] Piveteau laboureur, Jacques   Cougnon bordier, Jean Badreau, meunier demeurant à la Basse Clavelière,
  • -         Augustin Martin, bordier demeurant à la Chaunière, paroisse de Saint-Fulgent,
  • -         Marie Millasseau demeurant au bourg de Saint-Fulgent,
  •      Jean Charpentier, Jacques Chastry, journalier, Marguerite Chastry veuve André Robin demeurant à la Bergeonière,

Les tous teneurs, exploiteurs et détenteurs du village et tènement de la Boninière, susdite paroisse de Saint-André de Gouldois, faisant et contractant tant pour eux que pour les autres teneurs dudit village et tènement,
Lesquels en cette qualité ont reconnu et confessé, reconnaissent et confessent de bonne foi qu’il est bien et légitimement dû sur et à cause dudit lieu, village et tènement de la Boninière, à la fabrique de la Chapelle Begouin de Chauché, par chacun an et en chacun terme, jour et fête de Notre-Dame en août, la rente foncière, annuelle et perpétuelle de six boisseaux de blé seigle, mesure réduite des Essarts, requérable sur ledit lieu de la Boninière … »

La propriété foncière à la Boninière


Boninière
Il ne semble pas qu’ait prospéré dans ce tènement une grande métairie, mais notre documentation reste insuffisante pour en être certain. Et pourtant c’était un fief qui, comme la Roche Mauvin proche, aurait pu devenir une grande métairie. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé, du moins on le constate à la fin du 18e siècle, pour la Morelière, tènement toujours associé à la Boninière dans les rares textes connus. Nous avons noté à la Boninière une borderie affermée en 1790 par André Boudaud, demeurant dans le village, à son voisin Pierre Rousseau, à droit de colonage à moitié fruits. L’exploitation comprenait un logement, toit, grange, rues, ruages, verger, prés, terres labourables et non labourables d’une surface de quelques hectares. Il est précisé dans le bail que, comme le preneur jouira de la borderie avec d’autres domaines lui appartenant ou affermés verbalement, et qu’il n’est pas possible de distinguer les blés provenant de ces domaines, il a été convenu que Boudaud aura la moitié de tous les fruits, après prélèvements des rentes et semences, et il paiera 50 livres par an au preneur en rétribution. Il lui promet aussi de lui fournir une charrette avec ses fers, roues et ruelles. Le revenu annuel de la ferme est estimé à 80 livres par an seulement (22).

En 1750 on voit aussi André Boudaud, probablement le père du précédent, marchand de bestiaux de profession, rétrocéder à son voisin dans le même village de la Boninière, une borderie pour le prix de 754 livres 10 sols (23). Son voisin s’appelait René Chaigneau et était bordier. Il avait obtenu de la cour seigneuriale des Essarts, qui jugeait en première instance, une sentence contre Boudaud, déclarant l’offre d’achat de la borderie par Chaigneau valable, et condamnant Boudaud à lui en faire rétrocession. Boudaud devait respecter une règle de droit civil existant avant la Révolution : le retrait lignager. Cela consistait à donner le droit, dans certaines conditions, à un parent d’un vendeur de biens, de faire rétrocéder à son profit le bien vendu. En l’occurrence André Boudaud avait acquis cette borderie à la Boninière le 31 août 1749 de plusieurs personnes en indivision, pour le prix de 585 livres. Ceux-ci étaient « parents lignagers » du 3e, ou 4e et 5e degré de René Chaigneau. Cela donnait le droit à ce dernier de venir au retrait lignager de la borderie, en faisant une offre à Boudaud, l’indemnisant complètement de son achat. Et c’est ce qu’il fit le 27 août 1750, soit moins d’un an après la vente (délai de validité du droit), par assignation d’huissier. Le 4 septembre suivant, la cour des Essarts, validait l’offre de Chaigneau. Celui-ci, déçu de voir son achat résilié, avait dû refuser la démarche de son voisin dans un premier temps, puis fut obligé de s’y résoudre. Il reçut le prix de son acquisition, 585 livres, augmenté de la redevance seigneuriale des lods et ventes se montant à 169 £ 10 s, qu’il avait déjà payée, et plus « la façon, contrôle et déboursé dudit contrat », autrement dit les frais de notaires et de procédures. Les lods et ventes était une taxe due en cas de mutation des biens, par les nouveaux propriétaires au seigneur de la terre. Le retrait lignager répondait sous l’Ancien Régime au désir de laisser les biens dans les familles. Il s’opposait à la conception exclusive du droit de propriété voulu par les révolutionnaires, qui le supprimèrent.

Le 20 janvier 1799, les frères Jean et André Rochereau habitants à la Boninière, achetèrent la moitié d’une borderie dont les terres s’étendaient sur la Boninière et la Bourolière, moyennant la somme de 300 francs payée comptant. Les vendeurs sont Jean Crepeau, maçon à Nantes et Marie Crépeau demeurant au bourg Herbiers, qui en avaient hérité de leurs parents il y avait près de 20 ans (24).

La guerre de Vendée à la Boninière


On connait par les recherches de l’abbé Boisson, le parcours d’une troupe d’incendiaires républicains jusqu’à la Rabatelière le 8 décembre 1793 (25). Avant d’y arriver, ils tuèrent un enfant, deux jeunes gens et un vieillard à la Jaumarière ce jour-là, et le même jour « a été tué par les bleus au village de la Boninière », Pierre Moreau, âgé de 30 ans, époux de Marie Rochereau (2e registre clandestin de l’état-civil de Saint-André, vue 6).

Deux mois après, le 2 février 1794, dans la période des colonnes infernales, Marie Piveteau, âgée de 43 ans, veuve de Pierre Rousseau, du village de la Boninière, « a été tuée par les ennemis de la religion » (vue 8 du même 2e registre clandestin). Il est probable que ce Pierre Rousseau soit le même que celui, ci-dessus, qui avait loué en 1790 une borderie à André Boudaud, mais il est difficile de le vérifier.

Ayant perdu la guerre, les Vendéens continuèrent ensuite à être persécutés dans leur croyance religieuse à nouveau à partir de septembre 1797. Louis Merlet, commissaire exécutif auprès de la municipalité communale du canton de Saint-Fulgent, envoya les gendarmes abattre des croix sur la commune de Saint-André, dont une à la Boninière. Dans une lettre du 21 janvier 1798 aux autorités départementales, il est obligé d’avouer que les agents des communes (maires) n’ont rien fait pour faire disparaitre les croix encore debout dans la campagne, ils sont pour la plupart les seuls patriotes de leur commune, dit-il ! Ils craignent les réactions populaires dirigées par les meneurs contrerévolutionnaires (26).

Croix de la Boninière en 2017
Ces persécutions religieuses ont laissé des traces profondes. Un détail le souligne à propos des croix abattues par les gendarmes de Saint-Fulgent en 1798 à Saint-André-Goule-d’Oie. Faisant le compte rendu de la bénédiction en 1860 de la croix de la Boninière, toujours bien entretenue de nos jours, un auteur non repéré a écrit comment les paroissiens s’y sont rendus en procession à l’issue des vêpres du dimanche 10 juin de cette année-là : « Arrivés à la Boninière, les assistants se rangèrent autour de la croix de pierre, monument de la piété et de la générosité de tous les fidèles du village, élevé à la place d’une croix ancienne renversée par l’impiété révolutionnaire, bénédiction de la croix par le curé de Saint-André, Prosper Guibert, chanoine honoraire » (27).


(1) Aveu du 30-9-1598 du seigneur des Roullins à Thouars, à cause de sa femme G. Jupille, page 14, Archives nationales, chartrier de Thouars : 1 AP/1136.
(2) Aveu du 23-6-1774 de Saint-Fulgent (Agnan Fortin) à la vicomté de Tiffauges (A. L. Jousseaume de la Bretesche), page 25, transcrit par Paul Boisson, Archives historiques du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 13.
(3) Fonds de l’abbé boisson : 7 Z 76-1, Saint-André-Goule-d’Oie, lieux-dits et autres, le fief et tènement des Petites Sigournières.
(4) Aveu du 9-9-1622 de Sébastien Masson à Languiller pour la Jaumarière et les Ségoninières, Archives de la Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/G 113.
(5) 150 J/G 18, foi et hommage du 12-4-1519 d’André Landois au Coin Foucaud pour la Boninière.
(6) Guy de Raignac, De châteaux en logis, itinéraires des familles de la Vendée, E. Bonnefonds (1990) T2 page 110 : Languiller.
(7) Archives de Vendée, C. Gourraud, annuaire de la société d’émulation de la Vendée, 1876, vue 93/113.
(8) 150 J/G 40, lettre de Proust du 8-2-1729 à M. Volluette avocat parisien de M. Descazaux.
(9) 150 J/G 61, aveu du Coin Foucaud et du Vignault du 2-7-1605 par le sgr de Languiller aux Essarts – deuxième copie.
(10) 150 J/G 18, vente du 10-2-1579 de Jules de Belleville à Mathurin Fonteneau du droit de rachat sur un moulin à vent à la Bourolière.
(11) 150 J/C 95, copie de l’aveu de la Boutarlière aux Essarts du 26-1-1517.
(12) Inventaire après-décès du 13-2-1762 de Louis Corbier de Beauvais, Archives de la Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/3.
(13) Partage  de la succession de Jacques Moreau entre ses enfants le 1-10-1667, Archives de Vendée, chartrier de la Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29.
(14) Vente du 17-12-1776 d’un pré à la Boninière par de Vaugiraud, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/121.
(15) 150 J/A 12-3, aveu du 12-8-1606 d’Hélie de Saint-Hilaire à Languiller pour la Guiffardière et 11 lieux à St André.
(16) Titre nouveau de rente du 30-9-1761 de 9 boisseaux un tiers de seigle par les teneurs de la Boninière, notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/3.
(17) 150 J/E 1, assises du 19-8-1632 de la Rabatelière et autres fiefs.
(18) Fonds de l’abbé boisson : 7 Z 64, les Montaudouin, partage du 22 décembre 1796 entre Thérèse Montaudouin et la République. Et Archives départementales de la Vendée : 1 Q 342, no 117, estimation du 3 pluviôse an 5 de la Rabatelière.
(19) Inventaire du 30-10-1787 des titres et papiers du prieuré et de la fabrique de Saint-André-Goule-d’Oie, page 3, Archives de Vendée, commune de Saint-André-Goule-d’Oie : 139 G 3 et 4,
(20) Achat du 6-11-1783, de 4 boisselées à la Bourolière par Bordron, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/124.
(21) Reconnaissance d’une rente foncière perpétuelle due solidairement à la fabrique de la Chapelle Bégouin de Chauché, par toutes les personnes exploitant une terre au village et tènement de la Boninière, le 26 décembre 1768, notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/5.
(22) Ferme du 29-6-1790, d’une borderie à la Boninière, notaires de Saint-Fulgent, Bellet : 3 E 30/131.
(23) Retrait lignager du 7-9-1750 d’une borderie à la Boninière, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/113.
(24) Acquisition d’une demi borderie à la Boninière par les frères Rochereau le 1e pluviôse an VII, Archive de la Vendée, notaires des Herbiers, J. M. Graffard (fils) : 3E 020, vue 334/478 (sur le registre numérisé accessible par internet).
(25) Fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 46-2, les débuts de l’insurrection, et à la Rabatelière en décembre 1793.
(26) Fonds de l’abbé boisson : 7 Z 12-II, lettre du 2  pluviôse an 6 de Merlet au commissaire du département.
(27) Fonds de l’abbé boisson : 7 Z 73-4, notes sur la bénédiction des croix de Saint-André-Goule-d’Oie en 1860.

Emmanuel François, tous droits réservés
Mai 2018

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