lundi 5 mars 2018

La Bourolière à Saint-André-Goule-d’Oie

Longeant au nord le ruisseau du Vendrenneau, le fief de la Bourolière était entouré par les tènements de la Boninière, la Morelière, la Bergeonnière, et le fief de Linières. On a pu remonter son histoire au début du 15e siècle, à la fin de la guerre de Cent Ans. Elle commence dans les combats d’une guerre entre seigneurs bretons sévissant au château des Essarts.

Le seigneur de la Bourolière pris dans la guerre civile des Bretons


En 1437, la Bourolière relevait du seigneur de la Barette (Essarts), Regnault de Plouer, qui rendait aveu, pour la Barette elle-même, au baron des Essarts. Et Regnault de Plouer avait concédé le fief de la Bourolière situé sur la paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie, à foi et hommage simple et à droit de rachat, à Marie de Saint Mauran. Celle-ci possédait le droit de terrage au 1/6 des récoltes, une rente de 2 setiers de seigle et 2 autres de froment, à la mesure des Essarts, et un cens de 6 deniers, le tout imposé sur les teneurs ou propriétaires des domaines fonciers dans le fief. Elle avait aussi droit de basse juridiction et de tenir assise suivant la coutume du pays (1).

Pays de Penthièvre (Côtes d’Armor)
En 1437, le seigneur de la baronnie des Essarts qui a reçu l’aveu de la Barette, alias Lespinay, était désigné comme « comte de Bridiers, de Boussac et des Essarts ». Il s’agit très vraisemblablement de Jean II de Brosse, aussi comte de Penthièvre (devenu Lamballe dans les Côtes d’Armor), qui avait épousé en cette même année 1437 Nicole de Blois-Châtillon, dame de Thors et des Essarts, vicomtesse de Limoges et baronne de Palluau. Fille de Charles de Blois, elle était la nièce de Jean, Guillaume et Olivier de Châtillon, dont elle hérita.

Charles de Blois avait épousé Isabeau de Vivonne, dame des Essarts, et c’est à partir de ce mariage que la baronnie passa des Vivonne, qui la possédaient depuis les années 1300, aux Blois-Châtillon pour une génération, puis aux de Brosse ensuite. Isabeau de Vivonne avait obtenu le château des Essarts vers 1412. Mais la mère de son époux, Marguerite de Clisson Penthièvre (1372-1441), va le lui confisquer. Et c’est cette belle-mère qui emprisonna aux Essarts Jean V, duc de Bretagne, après l’avoir fait capturer en 1420 à Champtoceaux.

Marguerite de Clisson avait épousé la cause des Penthièvre, la famille de son mari (Jean Ie de Chatillon), qui disputait la possession du duché de Bretagne à la famille des Montfort depuis un siècle environ. Ce fut une guerre de succession où chacun chercha des alliés, soit du côté du roi d’Angleterre, soit du côté du roi de France, et ceci en pleine guerre de Cent Ans entre l’Angleterre et la France. Le roi de France envoya des troupes aux Essarts libérer le duc de Bretagne. Après sa libération, celui-ci se vengea en confisquant à Marguerite de Clisson Penthièvre et toutes ses terres. Le château des Essarts fut cédé en conséquence à Richard d’Estampes (1395-1438) son oncle. Et sur ordre du roi, Marguerite connu la prison et l’exil (2). Sa vie est comme un roman plein de passions et de fureurs.

Le 10 août 1440, le même seigneur de la Barette, Regnault de Plouer, fit un nouvel aveu à  « madame la comtesse d’Etampes dame de Clisson, des Essarts, comme ayant la garde et administration et gouvernement de monseigneur d’Etampes son fils » (3). Il s’agissait de Marguerite d’Orléans, épouse de Richard d’Etampes. Ce fils sera duc de Bretagne sous le nom de François II, et la fille de ce dernier, la duchesse Anne, épousa successivement les rois Charles VIII et Louis XII, contribuant ainsi de manière décisive à l’incorporation de la Bretagne dans le royaume de France.   

On sait que la terre des Essarts avec toutes ses dépendances, dont la Barette et l’arrière-fief de la Bourolière, fut restituée à Isabeau de Vivonne. Certains historiens situent cette restitution vers 1448, après la réconciliation officielle des Penthièvre et des Montfort. On en déduit que le premier aveu en 1437 de Regnault de Plouer, le suzerain de la Bourolière, à un Penthièvre, dut être renouvelé trois ans plus tard en 1440, à un Montfort. On n’est pas sûr des raisons précises et des circonstances particulières de ces deux aveux successifs à deux ennemis irréductibles, mais il parait certain qu’ils eurent cette guerre civile bretonne comme toile de fond. Des troupes bretonnes ont occupé le château des Essarts, dérangeant certainement la quiétude des vassaux poitevins de la contrée à cette époque. On espère que la soldatesque des seigneurs en guerres n’a pas fait de ravages dans les environs des Essarts, notamment chez les habitants de la Bourolière, mais on n’en est pas sûr.

La Bourolière change de suzerain au 15e siècle


Les deux aveux de 1437 et 1440 paraissent sans ambiguïté sur la relation féodale de la Bourolière. Le fief est tenu par Marie de Saint Mouran « à foi et hommage plain et rachat quand le cas advient »,  « sous mon dit hommage » (celui de la Barette aux Essarts), écrivent les notaires de la Roche-sur-Yon. 

Languiller à Chauché
Cette relation a changé en 1550. C’est le seigneur de Languiller qui rend alors son aveu au même baron des Essarts pour la Bourolière. Il possède alors plusieurs seigneuries annexes dont le Coin Foucaud (ancien nom du Coin à Saint-André-Goule-d’Oie). Il fait alors écrire : « sous mon dit hommage dudit lieu du Coin Foucaud est mon homme de foi par hommage plain et à rachat selon la coutume du pays Jean de Ployer, écuyer, seigneur de la Barette, fils et héritier principal de défunt Mery de Ployer ….tient de lui à foi et hommage plain et à rachat selon la coutume du pays, René Bertrand, écuyer, seigneur de la Vrignonnière (Essarts), tant pour lui que pour ses parsonniers (cohéritiers), le village et tènement de la Bourolière et ses appartenances assis en la paroisse de Saint-André-de-Gouledois, lequel tènement peut valoir an par autre cinq septiers de blés ou environ » (4). A voir le reste du texte, d’autres fiefs dépendant de la seigneurie de la Barette ont changé de suzerain direct. Ils sont mouvants du Coin Foucaud désormais et non plus des Essarts. Quant au propriétaire des redevances féodales, Marie de Saint Mouran a été remplacée par René Bertrand, et d’autres comme nous le verrons plus loin.

La qualité insuffisante des documents archivés nous prive de leur transcription, et ne permet pas de comprendre toute l’histoire de la seigneurie de la Barette et de celle du Coin Foucaud à cette époque. Or le château du Coin Foucaud est en ruines en 1550, et ses droits féodaux sont devenus la propriété de la seigneurie de Languiller. Ces droits ont gardé, bien sûr, la relation vassalique avec leur suzerain des Essarts. Mais la seigneurie de la Barette, toujours vassale des Essarts, lui avait cédé un certain nombre de ses propres fiefs, comme la Bourolière. Comment et dans quelles circonstances ? Le sujet reste à explorer.

Cela signifie probablement que la seigneurie du Coin Foucaud, pour récupérer ces fiefs, n’était pas encore devenue une annexe de Languiller, sinon c’est cette dernière qui aurait logiquement dû recevoir cette récupération avec l’accord, sinon l’initiative du baron des Essarts. Le texte le plus ancien trouvé où le Coin Foucaud apparait comme une annexe de Languiller est de 1503. C’est donc vers le milieu ou la deuxième partie du 15e siècle que cette annexion du Coin Foucaud par Languiller dû avoir lieu. Les conflits de la guerre de Cent Ans, terminée officiellement en 1453, et les guerres privées autour du château des Essarts, expliquent peut-être la ruine de la seigneurie du Coin Foucaud. A l’époque où la mortalité infantile était forte pour tout le monde, et où les seigneurs étaient des guerriers, la disparition de familles nobles n’étonne pas.

De son côté la seigneurie de la Barette a changé de mains au fil du temps. En 1607, c’est Paul Robert (5), qui avait épousé Elizabeth de Plouer vers 1580, qui en était seigneur. En 1784, Charles Simon Guyet, père du futur châtelain de Linières en 1800, l’achètera au seigneur Joubert du Landreau (6).

Les possesseurs de redevances féodales au 17e siècle


En 1550 le seigneur de la Vrignonnière ne possédait pas toutes les redevances féodales à la Bourolière. Une partie du droit de terrage était prélevé alors au profit de René d’Aubigné, écuyer seigneur de la Parnière (Brouzils), et de l’héritier de Pierre Amauvin, probablement des cohéritiers. Le terrage était estimé valoir l’équivalent de 20 setiers de blés (4). L’autre partie du terrage allait au seigneur des Essarts comme on le constate dans un acte de 1711 (7). Dans ce dernier, on lit que les domaines de la Bourolière « sont sujets à cens, rentes et devoirs seigneuriaux à plusieurs seigneurs ». Ainsi cette dispersion des droits seigneuriaux de la Bourolière parait avoir accompagné le changement de suzerain.

La Bourolière
Il faut aussi indiquer que, comme dans d’autres villages dans l’étendue de la baronnie des Essarts, René Drouelin, seigneur de la Boutarlière, prélevait des redevances à la Bourolière en 1517 : 1 boisseau pour le métivage et 4 sols pour le droit d’hommage (8). Ces redevances ont disparu au 17e siècle, probablement au profit d’un autre seigneur. Celui-ci a été le seigneur de Languiller au village du Clouin.

En 1716, c’est un bourgeois des Essarts, Joseph Venant Jeulin, qui fait l’hommage de la Bourolière à l’assise (tribunal seigneurial) des Essarts (9). Il était avocat au parlement de Paris, et fils ainé et héritier de Jean Jeulin, lui aussi avocat au parlement et sénéchal des Essarts. Il venait d’épouser cette année-là Marie Anne Merland (10), qui lui avait, semble-t-il, apporté la Bourolière en dot. Nous ne connaissons pas l’étendue des possessions de redevances de ce nommé Jeulin dans le tènement de la Bourolière. Toujours est-il qu’il ne possédait pas les droits sur les moulins comme nous le verrons plus loin.

Les teneurs de la Bourolière devaient aussi une rente de 2 boisseaux à la Rabatelière, dont nous ne connaissons pas l’origine (11). En 1790, elle est perçue par le fermier de la Bordinière (Rabatelière) et de Maurepas Chauché), les frères Remaud, remplaçant Bossard, pour le compte de sa propriétaire, Elizabeth Montaudouin, tante du seigneur de la Rabatelière Thomas René Montaudouin. A cette date le prix du boisseau de seigle à la mesure des Essarts est valorisé 2 livres et 12 sols dans le bail des rentes (12).

Agriculture, communautés familiales et niveau de vie à la Bourolière au 18e siècle


Les liens féodaux de la Bourolière situent les documents les concernant dans les archives de la seigneurie de la Barette pour la fin du Moyen Âge, conservées désormais aux Archives départementales de la Vendée, et accessibles sous forme de microfilm. Après le Moyen Âge, les documents conservés sont dans les archives du Coin Foucaud, faisant partie du chartrier de la Rabatelière, lui aussi conservé aux Archives départementales de la Vendée. Malheureusement dans ce dernier, certains documents ont subi l’outrage du temps, et on n’y trouve presque rien sur la Bourolière.

Grâce aux actes des notaires de Saint-Fulgent (conservées aussi aux Archives de la Vendée) nous savons qu’une famille Fonteneau fut très présente dans le village de la Bourolière au 18 siècle. Au 17e siècle, des Fonteneau étaient métayers d’une borderie louée à Louis Moreau, bourgeois du bourg de Saint-André (13). D’autres Fonteneau ont été aussi métayers à la Morelière (Chauché) et à la Gagnollière (Essarts), deux métairies du domaine de Linières (14).

La Bourolière
On repère aussi le mariage de deux habitants de la Bourolière en 1750 : Françoise Fonteneau et Jacques Richard (15). Leur contrat de mariage prévoit que les futurs époux seront en communauté de tous biens, meubles et effets mobiliers pour moitié entre eux, et non pour leurs biens immeubles. Surtout, et c’est là la principale raison d’être du contrat, la future épouse intégrera la communauté de vie et de biens existant entre son mari, les parents de ce dernier  et sa sœur. Chacun aura 1/5e des biens meubles de la communauté. Les futurs époux, comme les autres associés, y apporteront tous leurs gains et revenus, même ceux de leurs immeubles, pour y vivre sous le même toit sans distinction « au même pain et pot », aux dépens de laquelle ils seront entretenus, habillés sans préférence, y compris les enfants du futur mariage. Ils ne contracteront pas de dettes les uns sans l'accord des autres au-dessus de la somme de 5 livres, sous peine d’en assumer seul la charge. Pour payer sa part de 1/5 des biens, la future épouse s’oblige à apporter la somme de 70 livres en argent, et « un coffre fermant à clef à tenir environ 12 boisseaux de blé (272 litres) ». Elle a par devers elle 30 livres qu’elle portera avec le coffre la semaine suivant le mariage. Les 40 livres restant seront payées par Jean Fonteneau son frère entre les mains du futur beau-père, dont 20 livres au jour du mariage et 20 livres à la Saint-Georges prochaine, et donneront lieu à quittance. Le coffre et les 40 livres correspondent aux droits mobiliers de la future dans la succession mobilière de son père décédé. Et son frère a besoin d’une quittance, car l’exécution du contrat de mariage vaut ici partage de succession. Pourtant les sommes en jeux sont vraiment petites. Et on n’évoquera pas ici le sort des récoltes dans les champs de la communauté, dirigée par le frère au moment du partage et du départ de sa sœur. Ce n’était pas simple. La jeune mariée a quitté la communauté de sa famille pour entrer dans celle de son beau-père, emmenant son petit héritage avec elle. A cette date celui-ci équivalait à la valeur d’une vache à veaux plus une autre vache plus jeune, aussi proche du salaire annuel d’un ouvrier agricole. Cela n’exclut pas les sentiments, même si leur place ne parait pas prépondérante, quoique la proximité de voisinage soit propice aux surprises.

On relève aussi la vente en 1780 à la Bourolière, par Louis Fonteneau, d’une maison comprenant une pièce au rez-de-chaussée et une autre à l’étage, avec ses ruages (abords) et un jardin de 2 gaulées (30 m2). L’acquéreur est Jacques Richard, bordier demeurant à la Bourolière. Le prix payé comptant est de 186 livres (16). Les vendeurs habitaient aussi à la Bourolière : Louis Fonteneau, bordier, et sa femme Anne Jousseaume. A cette occasion on remarquera le faible prix relatif de cette petite maison, comparé à celui des bestiaux. Ainsi à cette date on achetait 4 vaches en pleine maturité pour ce prix. C’est que la construction des maisons, très rustiques, ne mobilisait pas un capital important, tant en coût de main d’œuvre qu’en valeur des matériaux.

La Bourolière
L’année d’avant en 1779, Louis Fonteneau et Anne Jousseaume ont fait un acte de reconnaissance chez le notaire de Saint-Fulgent, révélateur des mœurs de leur époque (17). Ils logeaient chez eux leur fils et leur bru, cette dernière nommée Jeanne Ardouin. Mais il était entendu entre eux que le couple des enfants ne formait pas une communauté de biens et revenus avec les parents, comme c’était le cas le plus fréquent alors, et le plus souvent tacitement. Pour être sûr que cela ne posera pas de problème à l’avenir, les parents reconnaissent devant notaires que leur bru est domestique chez eux, et que ses meubles font bien partie de ses biens propres, qu’elle « pourra les enlever à sa volonté, sans payer de dédommagements pour leur garde, ni exiger rémunération de jouissance ». Pour le paiement du droit de contrôle des actes notariés, leur valeur est fixée à 80 livres. Ils se composent « d’un lit avec son châlit et sa paillasse, 2 couettes de coutil (toile), 2 traversins de coutil, le tout « ensouillé de plumes », et de 2 bernes de grosse toile (couverture épaisse), plus un coffre à contenir environ 10 boisseaux de blé fermant à clef avec une serrure ». Il faut penser là encore au futur partage d’héritage, même si la somme en jeu est modeste, pour comprendre cet acte notarié.

Un autre Fonteneau, demeurant avec sa femme à la Bourolière, fit appel à un voisin pour lui louer du bétail : 4 jeunes vaches estimées par eux à l’amiable 120 livres. Pour exploiter quelques terres, Jean Fonteneau, qui n’était pas assez riche pour les acheter, les loua à Mathurin Herbreteau, métayer à Linières. C’est ce qu’on appelait un bail à cheptel de fer. Pour prix de la location, Fonteneau partageait à moitié avec Herbreteau le profit tiré de l’élevage. Mais s’il y avait perte, les parties se la partageaient aussi à moitié, à condition qu’elle survienne par mort naturelle ou accident imprévu, et non de la faute du preneur. En 1782 ce dernier devait à son bailleur une somme de 160 livres provenant d’une perte sur le bétail et d’un prêt d’argent non remboursé. Ils conviennent alors de confirmer le bail à cheptel en cours pour les 4 vaches, et de faire un nouveau prêt de 274 livres. En conséquence Mathurin Herbreteau leur consent ce prêt sous forme d’une rente annuelle et constituée d’une valeur en capital de 434 livres (18). A l’époque les particuliers remplissaient le rôle des banques, inexistantes dans les campagnes. Chaque année à la Saint-Georges, Jean Fonteneau et sa femme verseront à Herbreteau une somme de 21 livres et 14 sols. La rente pourra être amortie (c’est-à-dire rachetée) « moyennant le paiement de 434 livres de sort principal à la volonté des acquéreurs ». Comme on le sait, le montant de 21 livres 14 sols représentait 1/20 du montant emprunté, soit un intérêt de 5%. Et le remboursement du capital, quelle que soit sa date choisie par les emprunteurs, se montait à sa valeur totale. A une époque de stabilité des prix, Mathurin Herbreteau faisait une bonne affaire. Sauf qu’on était à la veille de la Révolution, et que cette valeur fondit comme neige au soleil. Il faut aussi rappeler que ces calculs résultaient d’une ordonnance royale et que les parties ne pouvaient que l’appliquer, sauf les pots de vin, qui échappaient déjà souvent aux actes écrits sur la table du clerc de notaire. Trois mois après cet acte d’arrentement, André Fonteneau, fils de Jean, acheta à Mathurin Herbreteau les 4 vaches, estimées ensemble à un prix peut-être faible de 120 livres, mettant ainsi fin au bail (19).

La Bourolière en arrière-plan
Un autre aspect du faible niveau de vie rencontré à la Bourolière au 18e siècle se trouve dans les rentes annuelles et perpétuelles, dont certains habitants étaient débiteurs. Les créanciers étaient des riches familles d’agriculteurs de la paroisse qui pratiquaient aussi ou exclusivement le commerce des bestiaux, comme Mathurin Herbreteau. C’est ainsi que François Fluzeau de la Brossière avait acheté en 1726 une rente de 7 boisseaux de seigle par an toujours due en 1754 par Millasseau, Richard et Caillé sur leurs domaines de la Bourolière et de la Boninière voisine. Ces derniers devaient en 1748, 10 années d’impayés de la rente. Leur mésentente avec les Fluzeau se régla à leur tort par le sénéchal (juge) de la baronnie des Essarts et par le présidial de Poitiers en appel. Ils furent condamnés à verser ces 10 années d’arrérages augmentées des intérêts : 274 livres, plus frais de justice : 444 livres. Le boisseau avait été valorisé à 2 livres, ce qui parait en 1754 une valeur haute. Personne ne pouvait payer, et le curé de Saint-André s’entremit pour trouver un compromis sur l’application de la décision du tribunal de Poitiers. Les héritiers Fluzeau firent cadeau des intérêts et d’une partie des frais de justice : 121 livres. Millasseau qui devait 320 livres après ce geste, donna deux rentes qui lui étaient dues, au total de 16 livres par an. Les Caillé et Blandin ont cédé aux Fluzeau 2 vaches âgées de 4 ans et une petite torre, le tout pour 60 livres. De plus ils ont hypothéqué leurs biens meubles et immeubles pour créer une rente générale, constituée, hypothécaire, annuelle et amortissable de 10 livres 17 sols 9 deniers (20).

Autre cas : René Loizeau (du Coudray) avait acheté par arrentement le 29 décembre 1767 de Me Henri Billaud sieur de Gallerand ses domaines et rentes qu’il avait dans la paroisse de Saint-André : maison noble et métairie du Coudray, borderies au Pin, aux Gâts et à Villeneuve, et diverses terres et rentes à la Maigrière et la Bourolière. Le 15 novembre 1778, les propriétaires des terres concernés sur la Bourolière et autres tènements adjacents, ont reconnu devoir à René Loizeau, son nouveau propriétaire, la rente foncière annuelle et perpétuelle de 13 livres 10 sols et 3 livres de beurre par an à l’Assomption de Notre-Dame (21).

Dans un acte de 1711 on note qu’il existait au moins 6 jardins dans le village de la Bourolière : jardin du Champ, jardin de la Vigne, jardin de Haut, jardin Neuf, jardin du Noyer, jardin de la Porte (7). Un particulier y possédait des « planches » (morceaux) dans chacun d’eux totalisant 11 planches et 40 gaulées (608 m). On ne connait pas la surface totale des jardins du village, mais avec ce nombre de pièces on peut la croire importante et révélatrice d’une population nombreuse.

Le Grand Moulin


Moulin de la Bourolière en 2017
On trouve aussi un Fonteneau à l’origine d’un moulin à la Bourolière. Mais avant de l’évoquer indiquons d’abord qu’il existait deux moulins à vent : le Grand Moulin et le Petit Moulin. En se reportant au cadastre napoléonien de 1838 de Saint-André-Goule-d’Oie (vue 172 du tableau indicatif aux Archives de la Vendée), toutes les parcelles concernant les deux moulins à vent appartiennent à Jacques Groleau. Le premier moulin en arrivant par le chemin venant de la route de Saint-André à Chavagnes a maintenant disparu (parcelle 614). Derrière lui se trouvait le deuxième moulin à vent (parcelle 616), toujours debout de nos jours, mais en ruine (22). Lequel était le Grand Moulin et lequel le Petit Moulin ? On observera que le Grand Moulin n’est pas construit sur un cerne pour ce que l’on peut voir aujourd’hui, alors que le Petit Moulin l’était suivant un acte de vente en 1782, où il est appelé « le petit moulin de Grellet de la Bourolière » (23). Le Grand Moulin avait aussi son cerne en 1782 quand il a été arrenté par les de Tinguy à Jean Badreau. On appelait cerne dans les dictionnaires, la butte de terre ou de rocher et son entourage autour du moulin, étant en surélévation pour pouvoir manœuvrer les ailes. Mais pour les notaires de Saint-Fulgent il semble que chaque moulin avait son cerne, désignant ainsi simplement l’endroit de la construction. Le bâtiment actuel en forme de tour qu’on appelait « tonnelle » autrefois, n’est peut-être pas d’origine, et son cerne de jadis a pu disparaitre. A voir l’emplacement des moulins du cadastre de 1838, le moulin actuel est le plus éloigné du chemin d’accès vers le nord-ouest et parait être le Grand Moulin. Il aurait, lui ou son prédécesseur, 4,4 siècles d’existence.

Nous connaissons le nom de son constructeur d’origine, Mathieu Fonteneau, par un acte d’amortissement du droit de rachat (taxe sur les mutations de biens) sur le moulin et une pièce de terre, effectué par le seigneur de Languiller en 1579 (24). Jules de Belleville a donc vendu son droit de rachat, comme il l’a fait de beaucoup d’autres redevances seigneuriales, pour se procurer de l’argent frais. Il a seulement conservé le lien féodal de principe, moyennant le versement d’un cens d’un chapon et d’une geline (poule) par an. Le notaire de la Merlatière précise dans l’acte que c’est Mathieu Fonteneau qui a payé l’amortissement du rachat et que c’est lui qui avait nouvellement édifié le moulin à vent. Celui-ci a donc été construit dans les années 1570.

Cet acte de 1579 renforce le constat fait précédemment : le suzerain de Languiller à traité directement avec le propriétaire du moulin, ignorant les autres possesseurs des droits seigneuriaux mentionnés ci-dessus en 1550. La dispersion des droits féodaux du fief de la Bourolière à cette époque nous est à nouveau montrée.

Jacques Moreau, demeurant dans le bourg de Saint-André et mort en 1644, possédait un « gros moulin à vent qui est au tènement de la Boninière exploité par Jacques Bertrand (25). Il s’agit en réalité d’un moulin de la Bourolière, car situé à la limite des deux tènements de la Boninière et de la Bourolière. Cette position nous est précisée lors de l’achat du champ appelé « le Fief du Moulin » sur le tènement de la Boninière en 1783 par Jean Bordron, maréchal demeurant au bourg de Saint-André. Ce champ était limité des trois côtés dans le tènement de la Boninière et d’un côté par les moulins à vent de la Bourolière (26).  

C. Milcendeau : La mère Pageot 
dans sa cuisine
(tableau coll. part.)
Dans un bail de 1692 concernant les biens du seigneur de Logerie à Bazoges-en-Paillers, de Vaugiraud, ceux-ci comprennent une rente de 10 livres due « sur les deux moulins de la Bourolière, le petit moulin et le moulin à vent » (27). Avec le mariage de Renée Moreau et de Renée de Vaugiraud, les droits sur l’un des moulins avaient changé de famille. La rente correspondait à la vente d’une partie de la propriété des moulins.

En 1732, les droits sur les deux moulins de la Bourolière, étaient affermés par de Vaugiraud moyennant soixante livres par an, ramenées à cinquante en 1740, avec une rente diminuant son revenu cette année-là à trente-sept livres (28). La nature de ces droits n’est pas précisée, même si on sait qu’une partie est faite de rentes foncières créées par d’un bail à rente avec transport de propriété au débiteur de la rente.

En 1740, l’un d’entre eux, le « Grand Moulin », était possédé par André Fonteneau, farinier, demeurant dans une maison attenante, pour une moitié. L’autre moitié du moulin appartenait à Jean Robin, laboureur, et à sa femme Renée Brillouet, demeurants à la Bergeonnière. Ce sont eux qui devaient payer la rente à de Vaugiraud. Mais cette indivision posait problème. André Fonteneau avait fait des réparations dans le moulin, sans l’accord de ses co-indivisaires. Ceux-ci jugèrent que ces réparations n’étaient pas nécessaires et ne voulurent pas en tenir compte, ayant, de plus, été faites sans leur accord. Ils réclamaient un loyer à Fonteneau pour leur portion, sans tenir compte du coût des travaux. Devant le refus de ce dernier, ils lui intentèrent un procès au tribunal seigneurial des Essarts, et le gagnèrent. Puis Fonteneau fit appel. Pour arrêter le procès, les deux copropriétaires se mirent d’accord dans une transaction signée chez le notaire de Saint-Fulgent le 19 décembre 1740 (29).

Pour le passé les parties conviennent que les réparations faites par Fonteneau équivalent le loyer dû à Robin. De plus Fonteneau paiera les frais de justice et dépens évalués par la cour des Essarts à 8 livres 8 sols. Et pour l’avenir, le même Fonteneau achète la moitié indivise de Robin au moyen d’une rente payée par lui, annuelle foncière et perpétuelle, de 4 livres, à commencer le 1e janvier 1742 (à terme échu). Compte tenu des règles légales de l’époque fixant le calcul des rentes, celle-ci valorise la valeur du moulin en son entier à 160 livres. La somme parait faible, et il est possible qu’elle tienne compte dans son montant des réparations antérieures faites par l’acquéreur.

Moulin de la Bourolière en 2017
En 1765 Marie Louise Girard, veuve de Jacques Boutiller, au nom et comme aïeule maternelle des enfants mineurs de feu Jean Gabriel de Vaugiraud, vivant seigneur de la Jaumarière et de Marie Jacquette Boutiller son épouse, arrenta à titre de rente foncière à Charles Auguste de Tinguy, seigneur de Vanzais demeurant à la Basse Clavelière (Saint-Fulgent), « le moulin à vent de la Bourolière appelé le gros moulin avec son cerne et terres en dépendant ». La présence d’un cerne contredit ce que nous voyons aujourd’hui, mais des travaux ont pu en changer l’aspect. D’ailleurs au moment de cet arrentement le texte indique que « le moulin est en ruine, et il lui faut chapeau, verge, arbre et amoulange (pièces en bois) à neuf, étant totalement en dommage dans le surplus des charpentes et même dans sa tonnelle ». De plus le mot cerne n’a peut-être pas toujours en son usage le sens précis de surélévation donné dans les dictionnaires. La rente est petite (4 livres par an), représentant un bien de peu de valeur, et il est prévu que l’acquéreur fera faire les réparations nécessaires. Elles ont pu lui coûter près de 200 à 300 livres si on se réfère au devis de réparation des deux moulins à eau de la Pesotière (Saint-Fulgent) en 1754 (30). Par cet acte on comprend que le moulin supporte une nouvelle rente pour financer sa réparation, mais au prix de l’arrivée d’un nouveau propriétaire, créancier d’une rente. 

En 1782 les enfants de Charles Auguste Tinguy arrentèrent à nouveau le moulin « composé de son cerne, tonnelle, chapeau, verge, arbre, rouet, fuseau, meule et son lit avec leurs ferrures ordinaires ». L’acte ne porte aucune réserve, ce qui veut dire que le moulin a été réparé. Le preneur de la rente est leur voisin de la Clavelière, meunier de profession, Jean Badreau, époux de Marie Cougnon. Ce dernier s’engage pour deux rentes : une ancienne de 20 livres due au chevalier de Vaugiraud, et une nouvelle de 18 livres rendable chez les de Tinguy à la Clavelière (31). Il n’est propriétaire que des rentes, et il reste encore une part (inconnue) de propriété du moulin à André Fonteneau. Au baptême du fils de ce dernier à Saint-André, le 5 avril 1793, dans l’église paroissiale, Jean Baptiste Fonteneau, le parrain est Jean Badreau (vue 5 dans le 1e registre clandestin). Au passage on note qu’après la victoire des Vendéens à la Guérinière de Saint-Vincent-Sterlanges (ou du Pont Charrault), lors de leur première bataille rangée contre les bleus le 19 mars 1793, l’église de Saint-André, où eut lieu le baptême,  était sous la protection des troupes vendéennes de l’armée du Centre. 

Ce Jean Badreau de la Clavelière appartient à une famille de meuniers qu’on voit posséder des moulins ou portions de moulin à Lérandière et la Menardière de Saint-Fulgent au 18e siècle.

Le Petit Moulin


Clavelière (Saint-Fulgent)
Le Petit Moulin à vent apparait dans la documentation trouvée lors de son achat, le 25 novembre 1721, par Jacques Maindron à André Auneau, moyennant la poursuite du paiement d’une rente foncière aux de Vaugiraud (32). Jacques Maindron était déjà meunier à la Clavelière. Et il y a probablement un rapprochement à faire avec le nommé Maindron qui possédait à la fin du 17e siècle le moulin à eau, installé sur la rivière du Vendrenneau, à la croisée du chemin conduisant directement du Coin à la Burnière. Ce moulin figure sur la carte Cassini et a longtemps été appelé le « moulin à Maindron » ou « du Peux » (22).

Une fille de Jacques Maindron, Jeanne, épousa à Saint-Fulgent le 25 janvier 1741 (vue 36) Jean Badreau du village de la Fructière (Saint-Fulgent), fils de Jacques et frère d'Antoine et de François Badreau. Le « Petit Moulin » passa à leur fils Jean Badreau, qui épousa Marie Cougnon à Saint-Fulgent le 15 juillet 1767 (vue 130), celui qui arrenta le « Grand Moulin » (voir ci-dessus).

Ce Jean Badreau était en 1777 en indivision à moitié avec des héritiers de René Maindron, probablement un frère de Jacques ci-dessus, marié à Anne Métaireau (33), pour le paiement de la rente due pour le « Petit Moulin » aux de Vaugiraud. Cette année-là Pierre Eusèbe de Vaugiraud, seigneur de la Jaumarière, et frère ainé de Jean Aimé de Vaugiraud qui viendra s’installer dans le bourg de Saint-André-Goule-d’Oie, vendit cette rente foncière annuelle et perpétuelle de 10 livres et 6 deniers (32). Le vendeur demeurait alors dans le bourg des Essarts. Le prix de vente fut fixé à 200 livres, à la charge par l’acquéreur de payer le droit de cens du moulin au seigneur de la Jaumarière, en même temps le vendeur. On notera le prix peu élevé du moulin à cette date. Jean Badreau a acheté la rente dans sa totalité, c’est-à-dire qu’il l’a éteinte pour lui-même pour la moitié de sa valeur. Par contre les héritiers Maindron continueront de la lui payer pour l’autre moitié. 

Les héritiers Maindron étaient : Pélagie, François et Jacques. En mai 1782, Jacques Maindron vendit par forme de licitation entre copartageants, la 1/6 partie de ce moulin à vent avec son cerne, appelé dans l’acte « le petit moulin de Grellet de la Bourolière » (33). Jacques Maindron était tuilier à Boizard (Saint-Fulgent). Cette part lui était venue de son père René Maindron, par ailleurs parent de Pierre Maindron, métayer de la Bleure à cette date, dont le fils deviendra un capitaine dans l’armée de Charette, maire de Chauché et métayer à Linières. L’acquéreur est le même Jean Badreau que ci-dessus, qui avait aussi acheté la part de Pélagie Maindron. De ce fait il se trouvait posséder désormais 5/6 du moulin. Jean Badreau acheta la part de Jacques Maindron 72 livres, ce qui valorise la totalité du moulin à 432 livres, soit bien plus du double qu’en 1777. Il faut voir là sans doute le résultat d’une négociation particulière, plus qu’une indication d’ordre économique sur le prix des moulins ou l’inflation des prix.

Moulin de la Bourolière
Si Jean Badreau possédait désormais la rente des de Vaugiraud sur le moulin, Jacques Maindron, son beau-père, disposait de sa propriété, certes grevée de cette rente. Ce dernier afferma en 1784 « le moulin à vent tournant et vivant avec son cerne et dépendance appelé le Grand moulin de la Bourolière ». On sait maintenant que l’épithète « Grand » a été donnée pour les deux moulins dans une certaine confusion apparemment chez les notaires de Saint-Fulgent. Le preneur fut son frère, Pierre Maindron, aussi farinier ayant habité à la Bergeonnière et à la Bourolière, et époux d’Anne Ardouin. Le prix de ferme n’est que de 69 livres par an, sur lequel est imputée en diminution une autre rente que celle due à Badreau, de 45 livres payée par le preneur. Un pot de vin de 120 livres a été versé au bailleur, qui s’engage par ailleurs à prendre à sa charge les frais d’entretien du moulin. La propriété de ce moulin est on le voit lourdement grevée de rentes (34). Ceci n’explique pas la faiblesse du prix de ferme, et le montant du pot de vin intrigue, comme aussi la prise en charge de l’entretien par le bailleur. Mais on est entre frères, et peut-être aussi la santé du bailleur pourrait expliquer ces arrangements. Jacques Maindron, meunier demeurant à la Clavelière, était « en âge avancé et hors d’état de travailler par ses infirmités notoires » (35).

Sans s’étendre sur la riche généalogie des Maindron, il est intéressant de noter que l’ancien capitaine de Charette, Pierre Maindron, venu habiter avec ses enfants la métairie de Linières vers 1832, fut témoins lors d’un mariage à Saint-André le 2 juillet de année-là (vue 340). La mariée s’appelait Thérèse Maindron, fille de François Maindron, farinier demeurant à la Gandouinière. Elle épousait Jean Richard de la Bourolière, fils d’une famille très éprouvée pendant la Guerre de Vendée. Cette demeure à la Gandouinière s’explique par l’existence des deux moulins à vent de la Boutarlière voisine.

La fin des deux moulins à vent


Jean Badreau et Marie Cougnon eurent une fille, Jeanne, née vers 1768 à la Clavelière, qui épousa Clément Grolleau en 1785 à Saint-Fulgent (vue 33). C’était un des fils du meunier de la Boutinière, André Grolleau, meunier lui-même, évidemment. Voir sur ce site l’article publié en septembre 2015 : La Boutinière à Saint-André-Goule-d’Oie. Et Clément Grolleau, le gendre de Jean Badreau était propriétaire des deux moulins à vent de la Bourolière au sortir de la Révolution. Avec les rentes déjà possédées par son beau-père, il n’eut sans doute pas à faire beaucoup d’efforts financiers pour cela. On ne saura probablement jamais comment il procéda, puisque c’était l’époque de la Guerre de Vendée, aussi destructrice pour les archives.

Un Jean Badreau fut arrêté par les autorités républicaines de Saint-Fulgent à la fin février 1799, étant alors meunier à la Ménardière. Il passait pour un « détestable sujet », selon le mot du commissaire cantonal Benjamin Martineau, car le juge de paix Gérard l’accusait d’héberger des conscrits déserteurs (36). Ce Jean Badreau n’est pas le beau-père de Clément Grolleau, mais un cousin de sa femme (37). A l’époque on trouvait des meuniers nommés Badreau à la Bergeonnière, Basse Clavelière, Lairandière et Ménardière.

Moulin de la Bourolière
En 1809 les droits de Jean Badreau sur le Grand Moulin se trouvaient donc aux mains de Clément Grolleau, son gendre. Or cette année-là, Jean Aimé de Vaugiraud, propriétaire et fils de Marie Boutiller, demeurant dans le bourg de Saint-André, réclame à Clément Grolleau le paiement de 15 années d’arrérages d’une rente foncière annuelle de 20 F, qui lui serait due sur ce moulin. Et il le fait assigner par exploit d’huissier du 29 août 1809. Grolleau transmet l’assignation à son voisin Benjamin de Tinguy du Pouët, propriétaire demeurant à la Clavelière, qui déclare à son tour, le lendemain 30 août, que Me Jean Charles Trastour « occupera pour lui sur l’assignation », et qu’il n’entend aucunement approuver l’action de M. de Vaugiraud. En conséquence, Clément Grolleau est assigné « à comparaître après huitaine franche par devant le tribunal de 1e instance séant à Montaigu … pour prendre le fait et cause du requérant (Benjamin de Tinguy), de manière à faire cesser l’action dudit sieur de Vaugiraud » (38). On ne sait pas comment l’affaire s’est terminée.

Le 14 fructidor an 13 (1-9-1805) Clément Grolleau avait acheté une pièce de terre autour d’un des moulins à vent, avec une petite maison et un jardin y joignant, plus deux petits prés et quelques planches de jardin situés près le village de la Bourolière (38).

C’est le fils de Clément Groleau et de Jeanne Badreau, Jacques Antoine Polycarpe Groleau, qui est appelé Jacques Groleau dans le cadastre napoléonien de 1838. Il fit prospérer les moulins de la Haute Clavelière et de la Bourolière. Il resta proche de l’autre branche de la famille Groleau des meuniers de la Boutinière, qui habitaient au Coudray. Lui-même épousa Marie Rochereau, la fille d’un propriétaire du Coudray, dont le frère, Pierre Rochereau, fut maire de Saint-André de 1835 à 1848. Elle était aussi la cousine de François Cougnon (fils), maire de Saint-André de 1826 à 1829. Jacques Grolleau mourut en 1870 à l’âge de 81 ans.

Il avait eu un fils, Jean Baptiste Grolleau, qui avait pris la suite. Ce dernier se maria trois fois, sans descendance de ses deux premiers mariages. Sa dernière épouse mit au monde un enfant mort-né en 1871, puis une fille, Elise Thaïse Marie, née le 24 août 1872 à Saint-Fulgent (vue 113). Elise Groleau, demeurant à la Basse Clavelière, épousa à Saint-Fulgent le 10 juin 1895 (vue 133) Alexis Rochelet, meunier originaire de Chavagnes-en-Paillers.

On n’a pas d’indications sur l’arrêt des moulins de la Bourolière, sauf sur un point particulier. Poussée probablement par les difficultés du moment, la fille ainée d’Alexis Rochelet et d’Elise Groleau, Noémie Rochelet, a remis en fonctionnement le Grand Moulin actuellement en ruine de la Bourolière pendant la guerre de 1914-1918, avec un commis. Ce dernier était probablement le nommé Georges Mandin, qui l’a occupé un temps après son arrêt définitif.

La fille de Noémie Rochelet, Madeleine Soulard, s’est mariée avec Charles Audureau, marchand de grains. Il demeurait à la sortie du bourg de Saint-André-Goule-d’Oie sur la route de Chavagnes. Elle était propriétaire du Grand Moulin en ruine.


(1) aveu en 1437 de la Barette (Regnault de Plouer) aux Essarts (Jean de Brosse), Archives de la Vendée, archives de la Barette : 2 MI 36/3.
(2) archives de la Vendée, bibliothèque numérisée, annuaire de la Société d'émulation de la Vendée 1857-A 4, page 256, vue 130 accessible par internet.
(3) archives de la Barette : 2 MI 36/3, aveu du 10-8-1440 de la Barette (Regnault de Plouer) aux Essarts (comtesse d’Etampes).
(4) aveu du Coin Foucaud et du Vignault du 2-7-1605 par le seigneur de Languiller aux Essarts – deuxième copie reprenant un aveu de 1550, dans Archives de la Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/G 61.
(5) ibid. archives de la Barette : 2 MI 36/3, début de l’hommage du 2-2-1607 de la Barette (Robert) aux Essarts.
(6) achat du 30-10-1784 du fief de la Barette de C. Guyet à Jousbert du Landreau, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/10.
(7) legs en 1711 au prieuré d’une rente de 6 £ à la Bourolière, Archives de la paroisse de Saint-Jean-les-Paillers, relais de Saint-André-Goule-d’Oie : carton no 29, chemise VI.
(8) ibid. chartrier de la Rabatelière : 150 J/C 95, copie de l’aveu de la Boutarlière aux Essarts du 26-1-1517.
(9) ibid. archives de la Barette : 2 MI 36/3, hommage du 25-7-1716 de la Bourolière (Joseph Jeulin) à l’assise des Essarts.
(10) famillesdevendee.fr, famille Merland, branche de la Gorinière.
(11) ibid. chartrier de la Rabatelière : 150 J/A 13-2, mémoire sur les droits de quelques tènements de la Rabatelière de 1741 à 1743.
(12) ferme du 25-4-1790 de la métairie de la Bordinière, borderie de Maurepas et 23 rentes, de Montaudouin aux Remaud, notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/13. Et ferme du 10-7-1782, de la Borelière, Maurepas et rentes, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/124.
(13) copie du testament du 7 mai 1676 de Louis Moreau, sieur de Villeneuve, Archives de Vendée, chartrier de Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29.
(14) ibid.  notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/10, année 1782.
(15) ibid.  notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/113, contrat de mariage du 10-1-1750 de Jacques Richard et Françoise Fonteneau.
(16) ibid.  notaires de Saint-Fulgent, Bellet 3 E 30/127, vente du 28-10-1780 d’une maison à la Bourolière de Louis Fonteneau à Jacques Richard.
(17) ibid. notaires de Saint-Fulgent, Bellet 3 E 30/126, reconnaissance du 6-5-1779 de propriété du mobilier de Marie Ardouin, en garde chez Louis Fonteneau, son beau-père, à la Bourolière.
(18) ibid. notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/10, arrentement du 16-4-1782 de 434 livres par Jean Fonteneau à Mathurin Herbreteau,
(19) ibid. notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/10, vente du 17-7-1782 de 4 vaches de Herbreteau à Fonteneau,
(20) ibid. notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/114, transaction du 15-5-1754 pour des rentes à la Bourolière.
(21) ibid. notaires de Saint-Fulgent, Bellet : 3 E 30/123, reconnaissance du 15-11-1778 d’une rente sur la Bourolière à Loizeau.
(22) logis et moulins de Saint-André-Goule-d’Oie, Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 73-9.
(23) ibid. notaires de Saint-Fulgent, Bellet 3 E 30/127, vente du 19-5-1782 de 1/6 du moulin à vent à la Bourolière de Jacques Maindron à Jean Badreau.
(24) ibid. chartrier de la Rabatelière : 150 J/G 18, amortissement du 10-2-1579 de Jules de Belleville à Mathurin Fonteneau du droit de rachat sur un moulin à vent à la Bourolière.
(25) ibid. chartrier de Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29, partage  de la succession de Jacques Moreau entre ses enfants le 1-10-1667.
(26) ibid. notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/124, achat du 6-11-1783, de 4 boisselées à la Bourolière par Bordron.
(27) chartrier de Roche-Guillaume, famille de Vaugiraud : 22 J 31, ferme du 7-8-1692 à Benoist des biens de Vaugiraud sis à Saint-André.
(28) ibid. chartrier de Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29, calculs sur le partage de la succession en 1745 de Pierre de Vaugiraud.
(29) ibid. notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/2, arrentement du 19-12-1740 de la ½ du Grand Moulin de la Bourolière,
(30) ibid. notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/114, estimation du 17-6-1754 des travaux sur les moulins de la Pezetière à Saint-Fulgent.
(31) ibid. notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/124, arrentement du 10-3-1782 du gros moulin à vent de la Bourolière.
(32) ibid. notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/8, vente du 7-10-1777 d’une rente sur le Petit Moulin de la Bourolière de Pierre Eusèbe de Vaugiraud à Jean Badreau.
(33) Saint-André-Goule-d’Oie, lieux-dits et autres, Archives du diocèse de Leçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 76-1.
(34) ibid. notaires de Saint-Fulgent, Bellet : 3 E 30/128, ferme du 9-12-1784, du Grand moulin de la Bourolière.
(35) fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 20.
(36) lettre du 17 ventôse an 7 (7-3-1799) de Martineau au commissaire du département, Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 12-3.
(37) ibid. notaires de Saint-Fulgent, Bellet : 3 E 30/131, arrentement du 6-5-1790, du moulin de la Menardière par les Badreau.
(38) fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 73-9 

Emmanuel François, tous droits réservés
Mars 2018, complété en septembre 2018