mercredi 1 juin 2016

La Roche Mauvin à Saint-André-Goule-d’Oie sous l’Ancien régime

L’histoire de la Roche Mauvin à St André Goule d’Oie commence par des recherches sur la famille d’Aubigné, qui en était propriétaire dans les années 1500. Au début du 16e siècle en effet, Hervé d’Aubigné possède ce fief, et aussi celui de la Parnière (Brouzils). Il appartient à une famille dont les branches sont nombreuses. Il épousa en 1509 Catherine de Sainte-Flaive, fille du seigneur de Languiller, Sigournais, Puy-Belliard et Chantonnay, et déjà veuve de Louis de Villeneuve en Anjou. 

Son beau-père, Guy de Sainte-Flaive, était lieutenant du seigneur Jean II de Brosse, comte de Penthièvre et baron des Essarts, pour conduire les nobles du pays de Poitou à l’armée du roi en 1471. En 1481 une fille de Guy de Sainte-Flaive, Françoise de Sainte-Flaive, épousa René de la Trémoille, seigneur de l’Herbergement-Ydreau (l'Oie). Vers 1503 une autre fille, Jacquette de Sainte-Flaive, épousa Jean IV Harpedanne-Belleville. Vers 1480, son fils, Jacob de Sainte-Flaive, épousa Marguerite du Fou.

Devenue veuve, celle-ci reçut au titre de la seigneurie du Coin Foucaud des aveux pour les Giroisières (faisant partie de la Brossière) en 1500, et pour la Boninière en 1519. Puis, lors du partage de la succession de Guy de Sainte-Flaive, le Coin Foucaud et les Bouchauds passèrent dans l’héritage de sa fille Jacquette et à la suite aux seigneurs de Belleville.

Le grand-père paternel d’Hervé d’Aubigné était Thibaut d’Aubigné né en 1402, qui avait épousé en premières noces en 1443 Jeanne de la Parnière (Brouzils). Sa famille avait plusieurs possessions à Chauché notamment, probablement aussi la Roche Mauvin. Entre 1550 et 1570, le seigneur de la Parnière vendit son fief de la Barotière (Chauché) à René Begaud, seigneur de la Chapelle Begouin.

Une fille d’Hervé d’Aubigné et de Catherine de Sainte-Flaive, Catherine (ou Antoinette), dame de la Touche, épousa en 1535 Jean III de Rortais, seigneur de la Durbelière (Deux-Sèvres), lui apportant la Parnière et la Roche Mauvin en dot. On verra en effet en 1598, une foi et hommage de la Parnière à la Chapelle Begouin, pour la moitié du fief de la Limouzinière de Chauché (1). Elle a été faite par Urbain de Rorthais à René Begaud, au nom de sa nièce, Renée de Rorthais. Il était abbé de Beaulieu, aumônier de Catherine de Médicis, et choisit en 1592 par Henri IV pour l’évêché de Tours.

le poète Agrippa d’Aubigné
On ne sait pas établir de rapport entre cette famille d’Aubigné de la région de St André Goule d’Oie, et le célèbre écrivain Agrippa d’Aubigné (1552-1630), par ailleurs grand-père de la célèbre Mme de Maintenon, maitresse de Louis XIV. Pour cette dernière, malgré les preuves de noblesse fabriquées complaisamment par les fonctionnaires de l’époque, les généalogistes ne semblent pas capables de remonter avec certitude aux ancêtres de l’écrivain avec des preuves irréfutables. Mais l’histoire de la Roche Mauvin mérite de s’y arrêter, même sans ces célébrités.

D’abord on a rencontré un Aubin d’Aubigné vendant en 1436 la seigneurie des Bouchauds (Essarts), suzeraine de la Roche Mauvin. On ne sait pas faire de lien, pourtant probable, entre lui et Thibaut d’Aubigné, seigneur de la Parnière. L’année d’après, la seigneurie des Bouchauds, à nouveau en vente, était acquise par le seigneur de Languiller, Jean de Sainte-Flaive, grand-oncle ou grand-père de Guy de Sainte-Flaive évoqué plus haut (2).

Le fils d’Hervé d’Aubigné, René d’Aubigné, était écuyer seigneur de la Jousselinière, de la Roche Baraton, de la Peronnière et des Nouhes. Il devait la foi et hommage plein, baiser et serment de fidélité, droit de rachat à un cheval de service pour le fief de la Roche Mauvin à la seigneurie des Bouchauds. Il en fit l’offre de foi et hommage le 22 juillet 1546 (3) en donnant procuration au fermier des lieux, Guillaume Moreau. Celui-ci a été reçu par le sénéchal de Languiller et des Bouchauds, établi aux Essarts.

Dans un aveu du seigneur de Languiller de 1550, la seigneurie des Bouchauds, qui dépendaient de la baronnie des Essarts, n’est pas citée, non plus que le fief de la Roche Mauvin qui était dans sa mouvance. Le baron des Essarts en avait gardé la moitié des droits et sa relation avec Languiller à propos des Bouchauds était compliquée. Mais le seigneur René d’Aubigné y est plusieurs fois cité à d’autres titres dans l’aveu de Languiller (4). Il y était indiqué étant en indivision avec Jarnigault, écuyer seigneur de la Benoistière. Ailleurs dans l’aveu, René d’Aubigné tient avec Jean de Ligny (seigneur du Boisreau à Chauché), « des choses » au village de la Chataigneraie (Essarts) sous l’hommage du Coin Foucaud, appartenant à Languiller.

Bordé par le ruisseau du Vendrenneau, dont un méandre fait une avancée dans les terres de Chavagnes en Paillers, le fief noble de la Roche Mauvin faisait face au village du Rochais de l’autre côté du ruisseau. Au nord et à l’ouest il était limité par le champ du Vignaud faisant partie de la seigneurie de la Mancellière, et le chemin qui va de Chavagnes à St André. Au sud, il touchait au village de la Borelière, alors déjà disparu. L’aveu de Languiller en 1550 (4) mentionne la moitié des terrages et dîmes du village de la Borelière prélevés par Nicolas du Plessis avec les héritiers de feu Pierre Amauvin. Avec ce dernier on a la confirmation que le nom du village a été donné par un nommé Mauvin, appelé « Roche Amauvin » d’abord, puis Roche Mauvin définitivement.

Roche Mauvin
Le fief de la Roche Mauvin comprenait au 16e siècle une partie des landes communes avec les tènements de la Porcelière, du Charprais (proche de la Bordinière et du Plessis le Tiers) et du Coin. Dans un aveu de 1607, le village occupe une surface de 7 000 m2 et le terroir comprend 5 ha de prairies le long du ruisseau et 44 ha de terres labourables, landes et pâtis (5). Ce qui est particulier ici, c’est que la plus grande partie du fief, peut-être la totalité à cette date, est occupée par une importante métairie. Les archives n’ont pas conservé de déclarations roturières de petits teneurs pour la Roche Mauvin, probablement parce qu’il n’y en eu pas. Le fief et la métairie ne firent qu’un dès l’origine de sa constitution. Dit autrement, la réserve seigneuriale directe des terres fut assez rapidement affermée à un métayer. Et ce n’est pas les anciens droits prélevés par la Boutarlière au Moyen Âge qui changent le constat. On constate leur disparition ici à l’époque moderne, comme ailleurs à St André Goule d’Oie.

La Roche Mauvin devait en effet à la Boutarlière 4 boisseaux pour droit de « métivage » (moisson) du seigle et de l’avoine, et 7 sols pour droit « d’hommage », sorte de cens rendable à la « cohue » (halle) des Essarts au jour de la fête de la nativité de Notre Dame. Ce dernier droit était partagé par moitié avec le seigneur des Bouchauds (6). Le mot « hommage » fait penser à l’ancien hommage de corps dû autrefois par les serfs. Mais ceux-ci avaient disparu depuis longtemps dans le Poitou, et le droit était de nature collective sur les teneurs du fief.

Le fief-métairie de la Roche Mauvin a été acheté par le seigneur de la Rabatelière dans la deuxième moitié du 16e siècle. Pour cela, Charles Bruneau, Ie du nom, fit un échange avec Tortaud, écuyer sieur de la Durbelière (7), avant 1591 (8).

On a trouvé aussi qu’un nommé Joseph Bereau a vendu vers 1610 à Renée de la Motte, veuve du seigneur de la Rabatelière, une rente foncière annuelle et censive, de 6 boisseaux de seigle, perçue sur la Roche Mauvin et le tènement du Coin Foucaud. Joseph Bereau, sieur de Grand-Maison, est indiqué comme habitant alors le bourg de St André Goule d’Oie. Il a reçu 35 écus, revenant à 115 livres (9).

En 1651, le terrier de la Rabatelière nous apprend que les métayers de la Roche Mauvin cette année-là, s’appellent Nicolas et Jean Moreau. La métairie a un bon rapport pour le propriétaire : 192 boisseaux de seigle et 64 boisseaux d’avoine, plus 20 livres pour le croît du bétail. Le tout est estimé à 232 livres. Et les menus suffrages aussi sont importants : 1 chevreau, 3 moutons non tondus, 8 poulets, 4 oisons, 20 livres de beurre, 4 chapons et un millier de fagots. Les fermiers doivent aussi façonner une portion de vigne située au château de la Rabatelière (10). Tous ces revenus tirés de la métairie laissent à penser que leur montant tient compte de l’absence de droits seigneuriaux sur les métayers, même si le texte ne l’indique pas. En revanche, dans un bail de 1771, les menus suffrages dus par le métayer ne sont plus que de 26 livres de beurre et 6 poulets (11).

En 1659, les héritiers de Charles II Bruneau, seigneur de la Rabatelière, demandèrent une estimation des biens de sa succession (voir l’article publié sur ce site en juin 2015 : La saisie féodale de la Mancellière à Saint-André-Goule d’Oie. Cela nous vaut de bien connaitre la métairie de la Roche Mauvin à cette date, décrivant les surfaces et valeurs de la vingtaine des parcelles foncières la composant. On arrive à un total de 38 hectares, le même qu’en 1838, au moment de l’établissement du premier cadastre. Entre temps, nous avons sa description en 1798 pour sa vente comme bien national, totalisant 32 hectares. Mais cette dernière n’est peut-être pas à prendre au pied de la lettre, compte tenu des circonstances. D’autant que son estimation par experts en janvier 1797 indique une surface de 296 boisselées environ (36 ha) (12).

L’arpentement et estimation de 1659 donne les surfaces précises de chaque parcelle (13). Les plus importantes d’entre elles ont une surface qui sort de l’ordinaire pour St André Goule d’Oie. Le « Champ des Métairies » contenant près de 5 ha, le « Champ de l’Aire » contenant 5,4 ha, et le « Champ du Moulin » contenant 4,6 hectares. Chaque champ est évalué séparément, et on trouve des prix variant de 9,8 livres à 14 livres pour une boisselée. Les bâtiments et jardins sont estimés 850 livres, uniquement comme bien noble. La métairie était dite « noble », mais ici les arpenteurs n’ont pas tranché la nature de chaque parcelle foncière, indiquant pour chacune d’elle sa valeur comme bien noble et comme bien roturier. Dans le premier cas, l’ensemble des terres et prés, hors bâtiments, est évalué à 3 557 livres, et dans le deuxième cas à 3 427 livres.

Il existait une vigne qui ne parait pas dans l’inventaire du bien national en 1798 (2 200 m2), et les bâtiments, aires et jardins avaient une surface de 3 300 m2. Les prairies naturelles occupaient une surface de 4,5 hectares.

En 1698, la ferme de la métairie est toujours de 232 livres (14). Ce n’est pas la plus importante des nombreuses métairies appartenant à la Rabatelière. La plus petite à l’époque est celle de la Mancellière affermée à 150 livres par an, et la plus grosse est celle de la Maison Neuve affermée à 460 livres. Ces montants apparaissent dans une liste qui n’est peut-être pas exhaustive. Et ils doivent être pris avec prudence, car ils ne tiennent pas seulement compte de la surface des métairies, mais aussi de la valeur des terres et des rentes qui pèsent sur elles. Le château lui-même de la Rabatelière est affermé pour 1 200 livres. Mais derrière le prix qui ne bouge guère dans le temps, on trouve une situation dégradée. Bien des domaines n’ont pas été entretenus depuis longtemps. La longue querelle entre les héritiers de Charles II Bruneau et leurs créanciers en est la cause.

En 1700, nous apprenons qu’il y a toujours un adjudicataire judiciaire ayant pris en ferme l’ensemble des domaines de la Rabatelière, Laurent Trotin. Pour engager des réparations, il a obtenu du parlement de Paris le droit de faire faire des visites des biens pour constater leur nécessité et les évaluer. Le sénéchal de Fontenay le Comte a nommé en juillet 1700 un charpentier et un maçon de Chavagnes, assistés d’un notaire demeurant à Chauché pour rédiger le procès-verbal, Christophe Basty. Ces trois personnes, en présence de Me Ceaux, procureur de l’adjudicataire, viennent à la Roche Mauvin le 16 aout 1700, pour leurs constatations (15).

Ils sont accueillis par Jean You, le métayer, et commencent par regarder la maison d’habitation : sa couverture en tuiles est « ruinée » et elle n’a pas de doublage. Les murs d’un appentis appuyé à l’un de ses murs sont tombés en grande partie. Un mur de la grange est à reconstruire, ainsi que toute sa charpente et ses lattes. Il en est de même pour le « toit aux bœufs ». Et il faut faire 10 portes en tout, soit qu’il n’y en a point, soit que « la plupart où il y en a, elles ne peuvent plus servir, comme aussi avons remarqué qu’il y faut 3 milliers de tuiles, 4 milliers de clous, un tonneau de chaux, pour le tout faire faire du moins 320 livres ». On relève que la toiture de la maison d’habitation est recouverte de tuiles, alors que nombre d’autres le seront de chaume ou autre végétal séché jusqu’à la fin du 19e siècle dans la région.

Sanction de cet abandon, et probablement aussi des conséquences des calamités climatiques de l’époque (Petit Âge Glaciaire), le fermage a été ramené à 220 livres vers 1720 (16).

Le 29 mars 1705, le procureur de la baronne des Essarts, Marie Jeanne Baptiste duchesse de Savoie, dite mademoiselle de Nemours, signe un mémoire adressé à la chambre des requêtes du parlement de Paris. Il y réclame le paiement de droits seigneuriaux par imputation sur la saisie de la Rabatelière, Jarrie et Jaunière, dont la Roche Mauvin. Et encore, compte tenu d’une situation apparemment peu brillante, il prévoit le paiement des arrérages dus par échelonnement jusqu’en 1711 (17).

Champ à la Roche Mauvin et les arbres 
plantés au bord du Vendrenneau
On imagine qu’après l’achat des domaines par Montaudouin en 1725, la situation s’améliora, bénéficiant en même temps de la prospérité générale au cours du 18e siècle. En 1734, elle est affermée à Jean Drapeau pour 255 livres (10). Vers 1755 le montant est de 260 livres (18). En 1759 les archives nous offrent à lire une ferme dont le prix est de 290 livres par an (19).

Jean Drapeau et sa femme Marie Champaigne sont reconduits dans un nouveau bail pour 9 ans (1760-1769). Son beau-frère, Louis Boisson et sa sœur Marie Drapeau, se joignent à eux en communauté (20). Ceux-ci possédaient quelques terres à la Brossière, probablement insuffisantes pour en vivre (21).

Le mari Louis Boisson était mort en 1765, laissant Marie Drapeau continuer la ferme avec un frère de son mari, aussi prénommé Louis (22). En 1765 ces derniers afferment, avec un autre frère Charles Boisson, une borderie à la Cornuère, Rochais et Bretaudière (Chavagnes), à prix d’argent pour 45 livres par an. C’était plus intéressant pour ces bordiers de venir travailler sur une grande métairie.

La fille de Jean Drapeau et Marie Champaigne, Jeanne Drapeau, s’était mariée à la Rabatelière le 18 février 1751 (vue 88), avec Jean Maindron, originaire de Saint-Fulgent, fils de Pierre Maindron et Perrine Barbot. Jean Maindron et Jeanne Drapeau prirent à ferme à la Saint-Georges 1760 la métairie de la Bleure, appelée Blure Brillouet, encore située à Chauché à cette date (23). Le fils du couple, Pierre Maindron, naitra à la Bleure et sera baptisé à Chauché le 24 septembre 1766 (vue 49). Il deviendra capitaine du général Charette, homme de confiance de la châtelaine de la Rabatelière, maire de Chauché, et terminera ses jours à Linières.

Le bailleur en 1759 est le nouveau propriétaire de la seigneurie de la Rabatelière, Thomas Montaudouin, qui avait succédé à son frère Nicolas Montaudouin, mort quelques mois auparavant. Ce dernier avait succédé à René Montaudouin, son frère et fils ainé de l’acheteur de la Rabatelière.

Le texte du bail est conforme à ce qu’on trouve habituellement à cette époque dans les baux. Les menus suffrages ont été réduits par rapport à un siècle auparavant : 20 livres de beurre et 6 poulets. On continue toujours de demander au métayer de la Roche Mauvin, d’aller entretenir un quartier de la vigne du château de la Rabatelière.

Le 4 avril 1771, Louis Boisson et sa femme Marie Drapeau signent un renouvellement de bail pour 5 ans (1770-1775), au même prix de 290 livres par an et avec les mêmes menus suffrages (11).

Pour effectuer un partage entre héritiers chez les Montaudouin en 1779, on fit évaluer les revenus des propriétés. Cette année-là, ceux de la Roche Mauvin se montaient à 364 livres et 15 sols (24). On est sûr que la seule ferme s’élevait à 290 livres jusqu’en 1775, ensuite on entre dans une relative incertitude. Mais cela ne nous empêche pas de rapprocher les deux chiffres et de constater que les menus suffrages (de valeur faible), et surtout les redevances seigneuriales, et peut-être d’autres, se montaient à environ 74 livres, soit 20 % du total. 

La métairie en 1788


Pour terminer l’exploitation des modestes archives de la Roche Mauvin, deux documents nous apportent des informations intéressantes, concernant les métayers et l’exploitation agricole. Il s’agit d’un procès-verbal d’une visite des lieux en 1788. A l’occasion du changement de métayers, on faisait un état des lieux, objet de deux pièces d’archives, entre le propriétaire, le sortant, ici Charles Boisson, et l’entrant, Jean Allain. Chacun des métayers désignait son expert, qui procédait en commun avec son collègue aux constats et évaluait d’éventuels dégâts. Il y eut deux visites, la première le 28 avril 1788 pour les bâtiments, et la deuxième le 10 mai suivant pour les prés et les terres (25).

La maison comprenait deux pièces au rez de chaussée, et à l’étage deux greniers. Voilà pour loger un couple, avec ses enfants, ses vieillards et ses domestiques. Malheureusement, le mobilier, appartenant au métayer, ne fait pas partie de l’état des lieux, ainsi que l’éclairage et les moyens de chauffage. On s’intéresse surtout à l’état des portes, avec son mode de fixation et de fermeture, et les sanitaires n’y existaient pas.

La pièce principale comprenait deux portes, l’une sur le devant et l’autre sur le jardin, et une fenêtre sur le devant, donnant sur la rue. A remarquer ici que la serrure de la porte d’entrée ne tient  plus, mais il y a un verrou. La fenêtre est une planche de vergne (aulne), protégée par « trois grillons de fer » (barres), mais comportant « une petite ouverture au milieu avec son volet et targette ». Il n’est donc pas noté de verre. Les murs étaient enduits à la chaux.

La deuxième pièce du rez de chaussée comprend une porte donnant sur la rue, avec un verrou. Mais son accès par la pièce principale se fait par une « porte à bordonneau » ou bordeneau et sans serrure, c'est-à-dire coulissante. Les autres portes à genevelle tournaient sur des gonds. On n’indique rien sur l’état de l’enduit de ses murs, sans doute parce qu’il n’y en a pas. De même, pas de remarque sur l’état des sols. On sait qu’ils étaient en terre battue, mais encore vérifiait-on normalement qu’il soit entretenu et plat.

Van-Gogh : Chaumes de Cordeville 
(musée d’Orsay)
Pour monter à l’étage on empruntait un escalier en bois le long d’un mur, protégé par « une petite séparation faite avec des lattes ». On entrait dans un grenier, communément appelé « le plancher », par une porte munie d’un verrou. De là on passait dans un autre grenier par une porte à bordonneau, comprenant trois petites ouvertures, avec leur fermetures à bordonneau.

Rappelons que les greniers constituaient l’espace réservé dans les métairies au stockage des céréales pour être nettoyées l’hiver des mauvaises graines, ainsi qu’aux fruits des vergers. 

De manière étonnante le procès-verbal de visite conservé ne fait état que de la grange parmi les bâtiments d’exploitation. On relève « la place toute mal plange et pour l’aplanir il faut la somme de … ». Le mot « plange », venant du fonds des âges, faisait partie du patois local et veut dire plat.

La métairie comprend deux espaces réservés au jardin. Il était interdit d’en enlever la terre, alors que des métayers peu rigoureux s’en servaient en guise d’engrais. C’est ce qui s’est passé dans notre cas, où il est indiqué qu’il faudra trente charretées pour la remplacer, coûtant 36 livres. De plus un quart de la première parcelle est en friche, qu’il faut labourer pour la remettre en état. La deuxième parcelle est entièrement en friche et sans barrière d’accès. Et de plus, un prunier a été coupé, ce qui vaut une indemnisation de 5 livres au propriétaire. En effet, les arbres ne pouvaient pas être coupés sans la permission du bailleur dans les baux des métairies. Les arbres de haute futaie (bois de charpente) ne pouvaient être ébranchés non plus sans cette permission.

En visitant les prés et les champs ensuite, les experts inspectent les haies et les barrières systématiquement. Celles-ci doivent être « en état de servir », c’est à dire de fermer. Pas de trous dans les haies non plus, qu’il faut enfermer s’il en existe. Et on relève l’âge des « gits » (jeunes pousses ou rejetons) de leurs arbres et arbustes. Normalement ils doivent avoir au moins cinq ans, avant d’en couper un cinquième par an. Certes, la réalité n’est pas toujours celle-ci, mais à condition de ne pas trop s’en éloigner. Et les arbres têtards, émondés selon cette règle, ne doivent pas être abattus. Ce sont des chênes qu’on trouve ainsi à la Roche Mauvin dans les haies, tandis que des frênes poussent le long du Vendrenneau en 1788.

La visite de chaque pièce de terre nous apporte des précisions intéressantes à relever pour approcher l’agriculture de l’époque en ce mois de mai, malgré l’absence d’indication des surfaces. Mais nous les connaissons dans l’estimation de 1798 comme bien national, rapportées ici entre parenthèses. Le champ du « Verger du Bargerit » (1 boisselée) est semé de lin au deux tiers et le reste en « étouble » (chaume), ce qui veut dire en jachère ou repos à cette saison. Il est situé près du toit à brebis, d’où coule une « rouere » (rigole) qui le traverse, creusée et comportant des buses d’écoulement.
A côté, « l’Ouche du Quaireux » (3 boisselées) est en friche, ce qui dénote un état assez critique de la métairie au départ de l’ancien métayer. Nous le remarquerons régulièrement dans l’état des haies et des barrières. Ceci pourrait ne pas mettre en cause son professionnalisme, car il a pu manquer de bras suite à des décès par exemple. Quoiqu’ici plusieurs indices trahissent un comportement manquant de motivations. Au final, les réparations demandées au métayer sortant s’élèvent à une somme importante de 212 livres, dont 45 livres pour le propriétaire et 167 livres pour la métairie et le métayer entrant.
Dans le pré « de la Fontaine » (24 boisselées) près du Vendrenneau, une rouere est en mauvaise état. Le long de la rivière il n’y a point de haie, mais une rangée d’arbres, et trois frênes et deux aulnes ont été coupés.
Le « Grand Pré » (10 boisselées) a été pacagé jusqu’au 5 avril, est-il noté. C’est que suivant les usages, souvent repris dans les baux, une partie des prés ne devait pas être pacagée (broutée par les bêtes) dès le début du printemps pour la laisser au bétail du métayer entrant. D’ailleurs on a noté dans le précédent pré, dit de la Fontaine, qu’il n’a pas été pacagé.
Et il en a été de même dans le « Pré Long » (4 boisselées), où les experts ont relevé sur un côté « comme un petit champ emblavé (ensemencé) en seigle »
Dans le « Pré Barreau » (3 boisselées), une rouere a besoin de réparation et il y a des pieds de chênes âgés de quatre ans dans un petit espace, ce qui dénote un manque d’entretiens de ce pré. Les baux précisaient d’ailleurs que les prés seront tenus par les métayers « bien épinés et étaupinés afin qu’ils soient fauchables de haies en haies ».
Dans le « Grand champ de Coudrette » (10 boisselées) se trouve un petit espace, où pousse du genêt, qui est en « agast » (friche) est-il dit. Les « gast » étaient une terre anciennement cultivée puis abandonnée (lexique d’Amblard de Guerry). C’est que le repos en jachère consistait à laisser pousser, voire semer des genêts et autres plantes poussant dans les landes, et de les enlever au bout d’une dizaine d’années. Mais cela se faisait selon des règles d’assolement des sols, non respectées ici selon les experts.

Assolement en vigueur au 18e siècle à St André Goule d’Oie
En général une métairie comprenait une petite part en pairies naturelles, ouches, jardins et vergers, et le reste en trois parties, la première ensemencée en grains et cultivée de fourrages, la deuxième en jachère annuelle et la dernière en jachère permanente, qu’on appelait pâtis, landes ou gast.
Les terres étaient emblavées (ensemencées) deux années (la première en froment ou seigle, la deuxième en d’autres espèces de céréales ou plantes fourragères), puis laissées en guéret (terre labourée non ensemencée), c'est-à-dire en jachère (repos) la troisième année, le tout pendant un cycle de six à huit ans. Après quoi le champ était abandonné à lui-même pour devenir un pâtis, servant au pâturage, qu’on appelait aussi une lande. Il entrait en jachère permanente, quoique ce dernier mot ne soit pas à prendre au pied de la lettre. Mais si cette terre ne produisait pas d’elle-même des genêts par exemple, on en plantait avec les dernières semailles qui précédaient l’abandon en jachère permanente. Puis on cultivait ces landes en laissant une largeur suffisante entre les sillons, où poussaient genêts, ajoncs, bruyères, fougères, suivant la nature du sol. On laissait les plantes croître pendant trois ou quatre années, avant de faire pacager le champ. On a vu que les genêts servaient à fabriquer les bourrées (engrais de plantes pourries), mais on pouvait aussi les vendre, ainsi que les ajoncs, pour alimenter les fours à chaux et à tuile de la région. Ainsi les jachères permanentes subsistaient de six à dix ans et ensuite on les défrichait pour les convertir en terres labourables, mettant fin à un cycle complet d’assolement de la terre.
Cet assolement s’explique par une fertilité insuffisante des terres acides du bocage, l’absence d’engrais actifs et des labours trop peu profonds.

 
Aulnes
Ce « Grand champ de Coudrette » comportait un bout de haie le long de la rivière dans laquelle il y avait un échalier. C’était une sorte d’échelle rustique permettant aux gens de passer les haies, mais qui ne permettaient pas aux animaux en pacage d’en faire autant. On les renforçait parfois d’épine noire pour mieux décourager les bestiaux en veine de divagation, et les passants n’y risquaient guère que de légères égratignures (26).

Dans le « champ du Novellié » (27 boisselées), on lit : « nous avons remarqué de la buaille ou chaume qui a formé un agast », et « une partie resté d’étouble (chaume) en genêt naissant ». Autrement dit le champ est à l’abandon depuis au moins la moisson du mois d’août de l’année précédente, et probablement depuis plus longtemps.

Il en est de même dans le « champ du Petit Pâtis » (7 boisselées) « en agast naissant ».

Alors que dans le champ de « l’Ouche des Trois Cormiers » (8 boisselées) « nous avons remarqué qu’il faut labourer ce qui doit être labouré ».

En revanche dans la vigne à complant tout parait normal.

Dans le « Petit Champ de Coudrette » (6 boisselées) « nous avons trouvé emblavé en seigle ».

Et dans le champ appelé le « Coudras, nous avons remarqué qu’il est en genêt bon ». Tout dépend de la période de cycle labour/landes provisoires/pâtis ou agast, où se trouve chaque pièce de terre, suivant les règles d’assolement. Aussi on relève que le « champ de Vainerit » (13 boisselées) est en genêt de 2 et 3 ans.

Dans le « champ du Chêne Rond » (16 boisselées) « nous avons remarqué un bout de haie en agast ». Les haies devaient être entretenues régulièrement.

Dans les autres champs inspectés nous n’avons pas relevé de remarques différentes que celles déjà notées : « le champ des Landes aux Ouelles, le champ du Vieux Moulin, le Chaume Blanc, le champ de l’Aire et le pré de Coudrette ».

La vente comme bien national en 1798


Le propriétaire en 1788 est René Thomas de Montaudouin, qui émigra pendant la Révolution. En conséquence, ses biens furent confisqués. Puis un partage de ses biens entre sa sœur, Thérèse de Martel, et la République, fut définitivement arrêté le 22 janvier 1797. La métairie de la Roche Mauvin fit partie des biens échus aux autorités. Le 26 février 1798, il fut procédé à sa description et son estimation par un notaire des Herbiers, Me Marcereau, en présence du chef de la municipalité du canton de St Fulgent, Merlet (27).  Elle aussi fut brûlée pendant la guerre de Vendée, comme ses voisines du Coin, du Peux et de la Mancellière. Voici ce qui est écrit sur le procès-verbal :
« La maison est en partie brûlée. Il ne reste qu’une chambre de 18 sur 22 pieds (32,5 cm pour un pied) avec un plancher au-dessus. Le surplus de ladite maison consiste en 2 chambres dont les murs sont en le cas de supporter une charpente. Une boulangerie avec le four de 28 sur 15 pieds. A côté sont 2 petits toits, plus une grange de 36 sur 40 pieds. Les toits à bestiaux sont de 66 pieds de long sur 17 de large. » Dans l’estimation du 10 janvier 1797, préalable au partage entre la République et Thérèse de Martel, il est indiqué que les « bâtiments en partie en passable état et partie incendiés ». A cette date, le fermier s’appelle Pierre Maindron, et la ferme est estimée à 420 F (12).

La métairie de la Roche Mauvin fut adjugée à un nommé Bouhier le 2 prairial en 6 (21-5-1798) pour 150 000 F (28). La même année, le même Merlet qui avait fait la visite d’estimation, acheta la métairie de la Mancellière pour 50 000 F.

Dans le cadastre napoléonien de 1838, la Roche Mauvin appartient à Joseph Bordron, mais certaines parcelles sont attribuées à Louis Bordron des Essarts.


(1) Archives de la Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/C 21, aveu du 29 octobre 1598 de la Parnière à la Chapelle Begouin pour la moitié de la Limouzinière en Chauché.
(2) 150 J/A 12-5, mémoire vers 1680 disant que Languiller est chemier des Bouchauds
(3) 150 J/G 35, réception d’hommage de la Roche Amauvin du 22-7-1546.
(4) Archives de Vendée, Travaux de G. de Raignac : 8 J 10, aveu de Languiller et autres fiefs aux Essarts le 2 juillet 1605, reprenant un aveu de 1550.
(5) 150 J/G 35, aveu du 4-5-1607 de la Roche Mauvin.
(6) 150 J/G 39, copie de l’aveu du 26-1-1517 du seigneur de la Boutarlière aux Essarts.
(7) 150 J/G 35, ferme du 24-11-1591 de droits de rachat à la Roche Mauvin.
(8) 150 J/G 35, échange de terrains du 17-2-1591 au Rochais.
(9) 150 J/A 12-9, achat vers 1610 d’une rente de 6 boisseaux de seigle sur la Roche Mauvin et le Coin Foucaud par Renée de la Motte. A noter que ce rapport a varié dans le temps : à la fin du 18e siècle on avait 6 livres pour 1 écu.
(10) 150 J/A 12-10, terrier de 1651 de la Rabatelière.
(11) Archives de la Vendée, notaires de St Fulgent, Frappier : 3 E 30/6, ferme de la Roche Mauvin du 4-4-1771.
(12) Archives de la Vendée, domaines nationaux : 1 Q 342, no 117, partage Montaudouin et République du 3 pluviôse an 5 (22-1-1797).
(13) 150 J/A 13-4, arpentements et estimations en octobre 1659 du château de la Rabatelière et autres terres jointes.
(14) 150 J/A 13-3, état des biens et revenus en 1698 dépendants de la Rabatelière.
(15) 150 J/A 12-10, visites en 08 et 09-1700, et estimations des réparations à faire dans les domaines de la Rabatelière.
(16) 150 J/A 13-2, inventaire vers 1720 des revenus de divers domaines de la Mancellière.
(17) 150 J/G 35, requête du 29-3-1705 de la baronne des Essarts sur les droits seigneuriaux contre la Rabatelière.
(18) 150 J/A 13-5, Rabatelière, droits de rachats dus en 1755.
(19) 150 J/E 30, ferme du 9-1-1759 de la Roche Mauvin à Drapeau et Boisson.
(20) Archives historiques du diocèse de Luçon, Saint-André-Goule-d’Oie sous l’Ancien régime : AAP, donation du 6-4-1771 de Jean Drapeau à son gendre Louis Boisson (Roche Mauvin).
(21) Archives de la Vendée, don de l’abbé Boisson : 84 J 7, gaulaiement du 18-8-1761 du tènement de la Bequetière, et 84 J 10, gaulaiement du 5-9-1761 du fief du prieuré de St André.
(22) Ferme du 14-4-1765 d’une borderie à Chavagne par Boisson, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/118.
(23) 150 J/E 36, ferme du 9-1-1759 de la métairie de la Bleure à Jean Maindron et sa femme Jeanne Drapeau.
(24) Archives historiques du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé boisson : 7 Z 58-12, Rabatelière, partage Montaudouin en 1779.
(25) 150 J/G 35, visites du 28-4-1788 et 10-5-1788 de la métairie de la Roche Mauvin.
(26) La Revue du Bas Poitou, Edmond Babin, Au fil du Lay (janv. fév. 1966).
(27) Archives de Vendée, estimation des biens nationaux : 1 Q 218 no 181, métairie de la Roche Mauvin et borderie de la Mancellière à St André Goule d’Oie - Procès-verbal de consistance et d’estimation du 26-2-1798.
(28) Archives de Vendée, vente des biens nationaux : 1 Q 264 no 1194, métairie de la Roche Mauvin à St André Goule d’Oie.

Emmanuel François
Juin 2016, complété en mars 2018