À la fin du Moyen Âge pourtant, les terrains non concédés
par le seigneur ont occupé une surface importante dans les tènements de
Saint-André. On le sait en additionnant les surfaces des parcelles concédées et possédées par les teneurs dans les déclarations roturières
dès le XVIᵉ siècle. Ce total se trouve inférieur à la surface totale estimée dans les
limites du tènement lui-même, et la différence mesure les terrains non concédés
et non possédés par des particuliers, appelés généralement landes communes ou
terrains vagues. Et souvent on vérifie que les surfaces possédées augmentent
dans un même tènement au fil des 17e et 18 siècles, au détriment des
surfaces non possédées, non concédées et non mises en valeur. On comprend que
l’augmentation des surfaces possédées est liée au recul des landes communes
dans un même tènement ou entre plusieurs tènements voisins et à leur
défrichement, comme on en a rencontré le cas à la Maigrière, au Pin et au Coin. Encore faut-il
distinguer les landes en jachère longue, mais limitée à une dizaine d’années,
découlant des règles d’assolement, et les jachères permanentes. Ce sont ces
dernières qui ont pu se trouver sans propriétaires particuliers après la
suppression du régime féodal. La propriété, comme la nature ayant horreur du
vide, la commune de Saint-André devint propriétaire des terrains vagues non reconnus comme appartenant à des particuliers nommément désignés, les seigneurs ayant disparu.
On a repéré une contestation en 1838 par le juge de paix du canton de Saint-Fulgent, en tant que fondé de pouvoir de Marcellin Guyet-Desfontaines, propriétaire de Linières, sur un terrain de la métairie de la Morelière, classé terrain communal dans le projet de cadastre. Apparemment on transigea et la parcelle resta comprise dans la métairie. Mais sur d’autres terrains un conflit surgit sur leur usage entre des propriétaires du bourg et ceux des villages voisins de la Machicolière, Ridolière, Milonnière et du Coudray. Les premiers revendiquaient l’usage exclusif de 5 biens communaux, et les seconds affirmaient y avoir des droits partagés. Ces 5 biens étaient la Noue du Filleteau dans le bourg (1 boisselée 38 gaulées), la Croix du Pin dans le bourg (13 boisselées), les Bergaudières dans les Landes du Pin au bord du chemin de Sainte-Florence et des terres du Pin (30 boisselées), à côté la pièce des Bergaudières en la versaine sur l’étang (18 boisselées) joignant d’un bout le même chemin, et la Petite Landette (6 boisselées) au bord du chemin du bourg vers la Brossière, avant le virage vers les Noues. Vers la fin de février 1836, les habitants du bourg voulurent couper les bois et arbustes ayant atteint l’âge requis dans ces terrains, lesquels étaient à usage de pacage des animaux et de litière (engrais naturels par pourrissement de végétaux). Ils firent des lots pour se partager la litière de manière égale entre eux. Mais en avril 1836 les habitants des villages voisins vinrent couper et enlever une grande partie de la litière dans la parcelle de la Croix du Pin, en privant les habitants du bourg (1). On remarque qu’en cette année 1836, les nouvelles unités de mesure du système métrique, créées en 1795 par la Révolution, abandonnées par Napoléon en 1812, continuaient d’être ignorées. C’est en 1837 qu’elles redevinrent obligatoires à effet au 1er janvier 1840.
Préfet à la manœuvre
Le préfet, Jacques-Christian Paulze
d’Ivoy, commença par consulter le procureur du roi de la Roche-sur-Yon. Ce
dernier répondit en regrettant que le maire n’ait pris aucune mesure pour
empêcher les désordres signalés dans la plainte. Il aurait dû au moins dresser
procès-verbal des voies de fait d’avril 1836. Il conclut son analyse en
constatant l’absence de faits suffisants pour enclencher une action judiciaire
d’ordre pénal. Les plaignants peuvent toujours saisir un tribunal civil pour
réclamer réparation des dommages subis (2).
Le préfet demanda le 16 janvier 1837 au maire de convoquer
le conseil municipal pour que ce dernier prenne position dans l’affaire. La délibération du 29 janvier du conseil prit parti pour
les habitants des villages voisins. François Cougnon fils en fait partie, et à
l’unanimité on décide qu’il « n’y a pas lieu d’accorder aux pétitionnaires
du bourg l’autorisation de désigner des syndics pour représenter leurs
intérêts. Le procès qui pourrait s’ensuivre, loin de leur être
satisfaisant dans ses résultats, ne pourrait avoir pour eux qu’une termination (sic) onéreuse avec rejet de leur pétition ». Ils affirment que depuis un temps
immémorial avant la Révolution, les habitants des villages voisins,
propriétaires dans le fief du bourg de Saint-André, payaient au seigneur de ce
dernier les redevances accoutumées, car ils avaient eux aussi le droit de
pacager et de couper dans les parcelles foncières en question. Apprenant
l’espèce de partage illégal exclusif proposé par les seuls habitants du bourg,
ils coupèrent et enlevèrent la litière en avril 1836 par continuation de leur
usage et d’après leur droit (3).
À la suite de quoi, et constatant les intérêts opposés, le
préfet demanda au conseil municipal d’organiser la proposition de nomination
des syndics par les habitants du bourg. Le juge de paix du canton de Saint-Fulgent,
d’abord nommé, se désista en août 1837. Le même mois, Pierre Bordron des Essarts
fit de même. Pour les remplacer, le préfet nomma, après nouvelle désignation par
la section du bourg de la commune, André Bordron de Mouchamps et René Micheleau
de Saint-André. Le camp adverse obtint aussi la
désignation de 3 syndics pour défendre ses intérêts dans le commun des
Bégaudières. Ce furent François Fluzeau, adjoint au maire, propriétaire à la
Brossière, François Cougnon fils, conseiller municipal, propriétaire au Coudray, et Mathurin
Loizeau, conseiller municipal, propriétaire à la Ridolière (4). À noter que le
maire lui-même possédait des parcelles dans le bourg. Mais il ne prit parti
qu’en accord avec le conseil municipal.
En 1838, les syndics du bourg temporisèrent à cause du
« cadastrement de la commune et l’attribution de propriété qui en sera la
suite ». Le premier cadastre de la commune, dit napoléonien, sera effectivement publié cette année-là, et on voit qu’il fut l’occasion de mettre
de l’ordre entre les propriétaires dans les limites de certaines parcelles
foncières. C’est une loi de 1807 qui l’avait institué, demandant un lourd
travail qui prit des années comme on le voit, commencé dans les années 1830 à
Saint-André-Goule-d’Oie. Le clan Bordron eut « l’espoir d’obtenir une
transaction à l’amiable ». Pour la faciliter, ses membres demandent au
préfet de « commettre quelqu’un, soit un membre du conseil de préfecture,
soit tout autre qui vienne sur les lieux recevoir les dires des parties et voir
les pièces, voulant éviter les longueurs et coûts d’un procès ». Ils se
disent prêts « à accepter la décision de cet arbitre ou du préfet rendue en
conseil de préfecture ou autrement » (5). Demander
l’intervention du préfet pour remplacer un tribunal qui coûte trop cher, paraît
osé avec le recul d’aujourd’hui. Mais Bordron se savait du même bord politique que le
pouvoir en place et peut-être que cette perspective lui a donné des illusions. Dans
une lettre du 9 mars 1839, le préfet répondit à Bordron que « cette
affaire ne peut pas se traiter par voie d’arbitrage judiciaire. Les personnes
doivent chercher à s’entendre entre elles et proposer une transaction, ou
porter leurs prétentions devant les tribunaux ».
Projet de vente des biens par la commune
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L. Daudeteau : Place Napoléon à La Roche-sur-Yon (coll. part.) |
En 1841, les positions des deux camps
n’ont pas bougé, mais la commune tente de changer la donne et décide de vendre
les communaux. Peut-être que la querelle avait plus d’importance que l’objet
même de la querelle. Le maire Pierre Rochereau en informe le préfet par lettre
du 23 mai 1841 (6). Les conseillers veulent utiliser le produit des ventes pour
bâtir une maison d’école, tout en évitant pour cela une imposition
extraordinaire. Le maire demande l’autorisation de le faire, comme il en
était obligé, et demande en même temps au préfet de lui indiquer la marche à
suivre. « Ce faisant vous obligerez tous les propriétaires. Vous arrêterez
un grand procès qui est sur le point de s’élever ». Cette dernière phrase
est une allusion à la querelle toujours en cours sur l’usage de certains biens
communaux. Voilà comment les propriétaires des villages voisins en butte avec
les habitants du bourg comptaient se sortir de cette dispute. Le 27 mai, le
préfet répondit que pour aliéner des terrains, la commune devait d’abord faire
dresser par un expert leur état descriptif et estimatif, puis officialiser sa
décision d’aliéner en conseil municipal, et lui envoyer le dossier. Ensuite il
ferait procéder à une enquête de commodo et incommodo. « S’il n’y a pas
d’opposition, je vous autoriserai à vendre au nom de la commune. » Néanmoins
la volonté de construire une école des garçons était bien réelle, tout autant
que de vouloir échapper à la création des centimes additionnels extraordinaires
(aux 4 impôts directs des collectivités territoriales). On finit d’ailleurs par
aménager une salle enclavée à usage de classe dans les bâtiments du vieux
presbytère, qui fut bénite par l’évêque de Luçon le 10 septembre 1852 (7).
Le maire demanda à François Cougnon du Coudray, par ailleurs
conseiller municipal, de procéder à l’arpentage et l'estimation des terrains
communaux de la commune. C’est qu’il exerçait à l’occasion les fonctions
d’« expert », comme on le voit dans la confection du gaulaiement en
1834 du tènement de la Javelière (8). C’est à lui que s’adressa vers 1830 Marie
de Vaugiraud des Sables-d’Olonne relativement aux parcelles foncières qu’elle possédait
encore après la vente en 1822 du logis du bourg dont elle avait hérité. Dans
ses lettres, elle évoque la cabale des Guyet, propriétaires de Linières (9). François Cougnon rendit son
procès-verbal le 9 juin 1841 (10). Il a relevé 10 terrains communaux désignés
comme appartenant à la commune, totalisant 8 ha 43 ares 40 centiares et estimés
au total 5 490 F. Selon nous, il y manque un terrain en pâture dans le
bourg (Quaireux de Chaintre) et la mare du Vivier (Machicolière) désignés ainsi
dans le cadastre de 1838. Il y ajoute les autres biens communaux désignés au
nom des habitants dans certains villages concernés, totalisant 7 ha 86 ares, 70
centiares, et estimés valoir 3 170 F. Dans sa liste, on repère mal les
biens objets du contentieux entre les habitants du bourg et ceux des villages
voisins et le préfet n’aura de cesse de demander des éclaircissements sur cette
liste. Dans une lettre du 1er juillet 1841 au préfet, le maire Pierre
Rochereau précise : « nous avons deux espèces de communs, les uns
sont portés au nom de la commune, et les
autres au nom de certains villages. Aucun titre ne peut être produit de cette
propriété, par conséquent tous ces terrains sans distinction paraissent très
bien appartenir à la commune ». Et il ajoute une justification
supplémentaire à la vente : faire agrandir l’église car elle est beaucoup
trop petite pour la population qui s’accroît de jour en jour (11). C’était
vrai, et il faudra attendre encore une trentaine d’années pour en construire
une autre. Pierre Rochereau insiste : « C’est là le désir des trois
quarts au moins des propriétaires de la commune ». On voit là encore que la légitimité des décisions politiques
repose sur les propriétaires et non sur les habitants dans l’esprit du maire. Il
était peut-être orléaniste, mais pas républicain. Le suffrage universel des
hommes sera instauré 7 ans plus tard.
Pour procéder à l’enquête de commodo
et incommodo à faire sur le projet de vente, après l’enquête sur les terrains,
le préfet s’adressa au juge de paix du canton de Saint-Fulgent. Ce dernier, Joseph-Alexandre Gourraud (1791-1853) avait épousé à Saint-Fulgent le 17 octobre 1825, Rose-Adélaïde-Félicité
Martineau, fille du médecin Étienne-Benjamin Martineau et de Catherine-Marie-Sophie Guyet. Cette dernière était la sœur aînée de Joseph Guyet, le père du
propriétaire de Linières en 1841, Marcellin Guyet-Desfontaines. Le juge
Gourraud habitait Chavagnes-en-Paillers où il avait constitué avec son frère
Constant Gourraud, notaire et maire de la commune, un parti libéral en 1830 (12).
Chargé des intérêts de son cousin, qui possédait la métairie du bourg de
Saint-André, il informa le préfet qu’il s’opposerait à la vente des terrains du
bourg en litige, en attendant la position du propriétaire de Linières sur le
sujet. Il ne pouvait en
conséquence pas réaliser l’enquête avec la neutralité nécessaire. Le juge de paix avait dû voter pour son cousin Guyet-Desfontaines,
devenu en 1834 député de la circonscription des Herbiers, un royaliste
orléaniste lui aussi comme Jean Bordron, qui se revendiquait de
« l’opinion libérale et modérée » de la Vendée (13). Sur l’échiquier
politique d'aujourd'hui, l’étiquette de ce parti le situait au centre gauche, quoiqu’aux
Herbiers le candidat ajoutait l’épithète de modéré pour s’adapter au contexte
local. Le parti bonapartiste aurait été aussi au centre gauche et les royalistes légitimistes
à droite, tandis que le petit parti des républicains aurait été situé à gauche. Ce positionnement des partis politiques puisait sa source dans les divisions
nées de la Révolution française. Il serait exagéré d’imputer à la politique la
définition des deux camps qui s’opposaient dans l’affaire de l’usage, puis de
la vente des biens communaux de Saint-André-Goule-d’Oie. Le droit de propriété,
érigé en droit de l’homme en 1789, était sacré pour tout le monde et méritait
bien de ne pas transiger sur son principe. Simplement, les divisions politiques
n’ont pas dû arranger les choses.

Le nouveau préfet de
la Vendée depuis le 1er août 1841 s’appelait Jean-Raymond-Prosper Gauja. Après le désistement du juge de paix, il s’adressa en août
1841 à Victor Pertuzé, notaire et maire de Saint-Fulgent, pour le charger de
l’enquête de commodo et incommodo. Celui-ci lui remit son procès-verbal
d’enquête le 20 septembre suivant. L’enquête consistait à recevoir les
réclamations des habitants de Saint-André sur le projet formé par le conseil
municipal dans sa délibération du 27 juin dernier, d’aliéner plusieurs terrains
communaux. La première réclamation fut celle de Joseph Gourraud, agissant pour
Guyet-Desfontaines, propriétaire demeurant à Paris, lequel a déclaré quant aux
communaux désignés au procès-verbal d’expertise de Cougnon sous les nos 1, 2,
3, 4, 5 et 6, qu’il ne peut être procédé à leur vente par voie administrative
avant que l’instance judiciaire par devant le tribunal de La Roche-sur-Yon
n’ait été vidée. Si la commune les vendait, alors que les parcelles ne relèveraient
pas de sa propriété dans le jugement à venir, elle s’exposerait à des
poursuites coûteuses en frais de garantie pour éviction illégale de propriété.
La seule chose que la commune pouvait faire, c’était d’intervenir à l’audience
et de faire valoir ses droits à cette propriété. Suivent ensuite 8 autres
réclamations par différents propriétaires portant sur la propriété revendiquée
d’autres parcelles dont la vente est projetée (14).
Par délibération du 1er novembre suivant, le
conseil municipal prétendit que les oppositions mises à la vente de terrains
étaient sans aucun fondement, et demanda au préfet l’autorisation de
poursuivre les opposants. Pour cela il fallait une demande officielle du
conseil, où les membres du conseil intéressés à la jouissance des droits
revendiqués ne devraient pas participer aux délibérations relatives au litige,
suivant la loi municipale du 18 juillet 1837. Ils devraient être remplacés sous
le contrôle de la préfecture par des électeurs non concernés (15). Cela nous
vaut de connaître les 12 membres du conseil municipal : André Robin,
François Chaigneau, Joseph Auneau, Auguste Charpentier, Jean Fonteneau, Pierre
Guiberteau et Henri Jousseaume, non intéressés à
la jouissance ou propriété des biens communs. S’ajoutent Alexis Herbreteau,
Mathurin Loizeau, François Cougnon, François Fluzeau, adjoint, Pierre Rochereau, maire : tous les cinq intéressés à la jouissance ou propriété des biens en
litige mais d’accord pour leur aliénation. Dans la
séance du conseil municipal de Saint-André du 15 janvier 1842, tous les
présents, unanimes, sont d’avis de faire vendre les 10 parcelles de la 1ere
série du procès-verbal d’expertise de François Cougnon, au profit de la
commune. Les membres du conseil intéressés aux biens en litige ont été
remplacés dans ce vote par Joseph Boisson, Jacques Grolleau, Marie Alain, Louis
Charpentier et Jean Robin, choisis parmi les électeurs les plus imposés. De
plus étaient présents Charles Chatry, Jacques Seiller et François Seiller,
électeurs municipaux les plus imposés, convoqués au nombre de 12 pour égaler en
nombre les membres du conseil municipal, les 9 autres plus imposés étant absents (16). Le préfet répond à cette délibération : « Il
convient alors d’attendre pour donner suite à la proposition d’aliénation, que
la contestation pendante au tribunal de Bourbon-Vendée ait été décidée »
(17).
En l’absence d’archives de la commune, on constate que celles
de la préfecture sont pauvres sur le procès au tribunal civil de La
Roche-sur-Yon. On ne sait pas comment il s’est terminé. En 1844, la procédure
durait encore. En témoignent deux mémoires d’avoués (un pour chacune des deux parties), que l'on peut lire dans leur intégralité. La section du bourg, demandeur au
procès, était représentée par Jean Bordron, propriétaire demeurant au chef-lieu
de Saint-André, François Chapeleau, propriétaire et maçon, demeurant au même
lieu, et André Bordron, propriétaire demeurant au chef-lieu de Mouchamps. Les
sections du Coudray, Ridolière, Milonnière et Machicolière, défendeurs au
procès, étaient représentées par François Cougnon fils, propriétaire demeurant
au Coudray, François Fluzeau, propriétaire demeurant à la Brossière et Mathurin
Loizeau, propriétaire demeurant à la Ridolière.
La propriété : du droit féodal au code civil
Pour la section du bourg, les communs en question faisaient
partie avant la Révolution du fief du bourg de Saint-André. Ils ne pouvaient être destinés qu’à l’usage de ses habitants et non pas aux habitants des
tènements étrangers. Une déclaration roturière du 18 octobre 1774 de Jean
Bordron, serrurier au bourg de Saint-André, au seigneur de la Boutarlière,
suzerain du fief du bourg, et une autre déclaration analogue du 12 octobre 1774
de Jean Charpentier, bordier au bourg de Saint-André, montrent d’une manière
formelle, non seulement que les habitants du bourg jouissaient et avaient
l’usage des communs en litige, mais encore et d’une manière précise que ces
communs dépendaient du fief du bourg. Les demandeurs à l’instance affirment
dans la foulée que ces communs étaient destinés à leur usage exclusif, que la
conséquence forcée à en tirer, c’est qu’ils en sont encore propriétaires.
D’autant que tous les villages contestants ont sur leurs tènements respectifs
des communs plus ou moins importants dont ils ont joui et disposé d’une
manière toute privative et à l’exclusion des
habitants du bourg. Ils ajoutent que pendant « les guerres de la Vendée de
1793 », il a pu y avoir, à la faveur du désordre, des usurpations commises
à leur préjudice, mais que ces usurpations, si elles se sont renouvelées
depuis, ne l’ont jamais été que clandestinement (18).
Pour les sections des villages voisins, défendeurs, leur
avoué affirme comme une évidence que puisque leurs habitants ont la possession
des communs en litige, celle-ci est signe de la propriété. Cette possession est
avérée depuis le « temps de la guerre civile de l’année 1793 ». Le
conseil municipal fut consulté et repoussa les prétentions des demandeurs par
une délibération du mois de janvier 1836. De plus il existe de semblables
déclarations à celles citées par les demandeurs en octobre 1774, rendues par
les habitants des villages, ce qui prouve qu’avant l’abolition de la féodalité
ils étaient dans la même position quant au pacage exercé dans ces terrains en
litige, ce qui du reste est étranger à la contestation actuelle, où il s’agit
de la propriété de ces mêmes terrains. Avant l’abolition de la féodalité, les
habitants des villages payaient, comme ceux du bourg, les rentes et devoirs
pesant sur ces biens, ce qui prouve encore l’antiquité de leurs droits sur ces
terrains (19).

Voilà pour l’essentiel des motifs invoqués par les deux
parties. Si on se réfère au droit acquis par la coutume en tant qu’usage de
temps immémorial, les habitants des villages devaient continuer à jouir des
communaux de la commune. Mais la notion de propriété a connu un changement fixé
dans le nouveau code civil de 1804 : « la propriété est le droit de jouir et disposer des choses de la manière
la plus absolue, pourvu qu’on n’en fasse pas un usage prohibé par les lois ou
par les règlements ».
Elle est toujours la même, plus de deux siècles après, et portant toujours le
même numéro 544. En son article 17, on lit dans la Déclaration des droits de l’homme :
« La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut
en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée,
l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité. » Finie la distinction entre la
propriété éminente du seigneur et la propriété utile du possédant. Elle n’a
plus d’équivalent en droit moderne. Alors Jean Bordron, féru de Révolution, et
ses adversaires attentifs à leurs droits, ont bien compris que la jouissance
d’un bien est liée à la propriété exclusive, sous réserve d’exceptions comme
l’usufruit. Mais Jean Bordron va un peu plus loin, en affirmant que les communs
deviennent d’usage exclusif pour les habitants du bourg, c’est-à-dire de
l’ancien fief qui est devenu une notion obsolète. Curieux argument pour un ami
de la Révolution. On ne connaît pas la décision des juges. Et on observe que
les démarches sérieuses pour construire une nouvelle église plus grande datent
de 1873, année où fut aussi entreprise la construction d’une maison d’école des
garçons.
Il
reste à faire une recherche dans le cadastre sur le sort réservé par la commune
à ses terrains communaux. À titre d’exemple, on relève qu’en 1928 le conseil
municipal de Saint-André demanda au préfet de la Vendée l’autorisation de
vendre de gré à gré le quaireux de la Gandouinière aux habitants du
village (20). On a aussi le cas de la Maigrière. Ses habitants partageaient des landes communes avec ceux des
tènements voisins, encore en 1751. C’est probablement un reste de ces landes
qui était devenu la propriété de la commune de Saint-André, telle qu’elle
apparaît dans le cadastre de 1838 (section F 6, parcelle no 92) sous le nom de
Coteau Bouquet, d’une surface de 6 ares 80 centiares, situé le long du ruisseau
du Vendrenneau. En 1929, le conseil municipal décida de vendre par adjudication
les arbres situés sur le terrain de la Maigrière touchant le village de la
Chaunière. Il avait été question d’abord de vendre le terrain, mais les
conseillers, en bons propriétaires, décidèrent plutôt de le garder et de vendre
les arbres (21). En 1932, la mairie de Saint-André vendit
deux chemins inutiles pour la commune situés à la Morelière à la veuve Onillon.
Ils totalisaient 4 ares 58 centiares et furent estimés 274,80 F (22).
(1) Pétition et syndics pour les communaux du 20-12-1836, Édifices et services publics, mairie de Saint-André-Goule-d’Oie, Archives de Vendée : 1 Ǿ 633.
(2) Ibidem : lettre du 9-1-1837 du préfet de la Vendée au procureur du roi à Bourbon-Vendée, et la réponse de ce dernier du 14-1-1837.
(3) Ibidem : délibération du conseil municipal de Saint-André-Goule-d’Oie du 29-1-1837.
(4) Ibidem : lettres de nomination des syndics du bourg en août, septembre et novembre 1837.
(5) Ibidem : pétition au préfet en 1837.
(6) Ibidem : lettre du 23-5-1841 du maire au préfet, et réponse du préfet du 27-5-1841.
(7) Procès-verbal de la bénédiction de l’école des garçons le 9-10-1852, Archives de la paroisse de Saint-Jean-les-Paillers, relais de Saint-André-Goule-d’Oie, carton no 29, chemise VIII.
(8) Gaulaiement du 12-3-1834 de la Javelière, Archives de Vendée, don de l’abbé Boisson : 84 J 16.
(9) Archives de Mme Potier vues en 1974, Archives historiques du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 76-1.
(10) Arpentage et estimation du 9-6-1841 par F. Cougnon des communs de Saint-André, édifices et services publics, mairie de Saint-André-Goule-d’Oie, Archives de Vendée : 1 Ǿ 633.
(11) Ibidem : lettre du 1er juillet 1841 du maire Pierre Rochereau au préfet de la Vendée.
(12) Amblard de Guerry, Chavagnes, communauté vendéenne, Privat, 1988, page 230.
(13) À MM. Les électeurs de l’arrondissement des Herbiers (Vendée) en mai 1849, par Marcellin Guyet-Desfontaines. Bibliothèque Nationale de France : volumes élections.
(14) Procès-verbal de Pertuzé du 20-9-1841 des réclamations sur le projet de vente des communaux à Saint-André, Édifices et services publics, mairie de Saint-André-Goule-d’Oie, Archives de Vendée : 1 Ǿ 633.
(15) Ibidem : lettre du 16 novembre 1841 du préfet au maire.
(16) Ibidem : séance du conseil municipal de Saint-André du 15 janvier 1842.
(17) Ibidem : lettre du 1er février 1842 du préfet au maire
(18) Ibidem : conclusions motivées vers 1844 pour le tribunal par la section du bourg.
(19) Ibidem : conclusions motivées du 4 août 1844 pour les habitants des villages voisins du bourg.
(20) Dépenses et recettes particulières (1909-1940), mairie de Saint-André-Goule-d’Oie, Archives de Vendée : 1 Ǿ 1032.
(21) Ibidem. Et délibérations du conseil municipal de Saint-André sur le site des Archives de Vendée à la date de novembre 1929 : vue 44.
(22) Idem (20).
Emmanuel François, tous droits réservés
Février 2021