vendredi 1 décembre 2017

La Bergeonnière à Saint-André-Goule-d’Oie

Le nom de la Bergeonnière a toujours été orthographié Brejonnière autrefois. Sa transformation en Bergeonnière est récente, vieille seulement d’un siècle et demi environ. L’histoire de ce village et tènement est des plus compliquée. D’abord il y avait au sortir du Moyen Âge deux petits fiefs indépendants à l’intérieur des limites du tènement, ce qui n’était pas fréquent dans la contrée. La connaissance de ses habitants n’est pas facile à cerner avec certitude, faute d’une documentation suffisante. Surtout, les redevances seigneuriales ont été partagées entre différents possesseurs, et presque chacune a une histoire propre. Mais entrons dans les détails.

Sa géographie


La Bergeonnière en 2017
Tel que nous le connaissons le tènement remonte au Moyen Âge, et se trouve coincé entre deux seigneuries : Linières et le Coudray. De peuplement probablement très ancien, le village de la Bergeonnière à Saint-André-Goule-d’Oie est né sur une pente au pied duquel coule un ruisseau, comme beaucoup d’habitats primitifs. Celui-ci rejoint Saint-Fulgent où il se jette dans le ruisseau du Vendrenneau. Il constituait la limite vers l’est, de ce qu’on appelait sous l’Ancien Régime le tènement de la Bergeonnière, finissant au « moulin aux draps » situé près de la Boutinière (1). Au nord il bordait le Vendrenneau, puis sa limite ouest le séparait du tènement voisin de la Bourolière, difficile à repérer de nos jours, car suivant des haies de champs dont les noms ont disparu. Au sud, le tènement était limité par le domaine de Linières, en même temps territoire de la paroisse de Chauché. Un chemin séparait ce domaine du terroir de la Bergeonnière, longeant sa longue muraille jusqu’au ruisseau descendant de son étang. Nous avons décrit cette dernière limite dans l’article publié sur ce site en janvier 2015 : Les fiefs de Saint-André-Goule-d’Oie et de la Pinetière en 1550 et 1540. Néanmoins, au-delà du ruisseau d’eau de la Fontaine de la Goudouinière venant de Linières, entre le Coudray et la Forêt, un espace de pré et de terre d’un peu plus d’un hectare, faisait partie du tènement de la Bergeonnière. Il apparaît que les limites de ce tènement se retrouvent assez bien dans celles de la section de la Brejonière no 3, faisant partie du secteur de la Boninière dans le cadastre napoléonien de 1838.

Les maisons du village bordent la route qui va de Saint-André à Chavagnes, et ses habitants avaient l’habitude des passages. Pendant la guerre de Vendée, cette position lui valut des malheurs avec les colonnes dites infernales. Nous avons raconté ce qui s’est passé dans la biographie d’un de ses habitants, dans un article publié sur ce site en avril 2011 : Pierre François Mandin, adjoint au maire de 1826 à 1830.

Dans le tènement de la Bergeonnière, subsista jusqu’à la Révolution, deux petits fiefs distincts : le fief Chevillon et le fief de Lhommage. De surfaces très faibles, les redevances seigneuriales qui y étaient perçues différaient de celles du tènement proprement dit de la Bergeonnière, d’où leur existence à part dans les aveux et déclarations roturières.

L’information la plus ancienne sur le fief Chevillon le fait tenir par le seigneur de la Mancellière du seigneur du Coin Foucaud, à foi et hommage, alors que le grand fief de la Bergeonnière était tenu par le seigneur du Coudray du seigneur du Coin Foucaud. Dès avant 1550 le fief Chevillon fut vendu à des teneurs de la Bergeonnière (2). Il contenait 25 boisselées de terre (3 ha) et 4 journaux de pré (2 ha), et se situait en limite des terres de la Bourolière et du ruisseau du Vendrenneau. Après cet achat, les nouveaux propriétaires relevèrent directement du Coin Foucaud.

Le fief de L’hommage n’était qu’un champ de 5 boisselées (environ 6 000 m2), situé près du village de la Bergeonnière, sans plus de précisions connues. Il était tenu du seigneur du Coin Foucaud à foi et hommage plain, à droit de rachat et à 5 sols de service par an payables à noël. Et en 1685, sa propriété était partagée entre deux personnes (3).


Espace près de la Jonchère d’autrefois
On relève au 17e siècle l’existence d’une jonchère le long du ruisseau descendant de l’étang du Pin, appelée la « Jonchère du Gui ». Le mot gui, désigne le gué permettant de traverser le ruisseau de la Fontaine de la Gandouinière, pour rejoindre le Coudray à la Bergeonnière. Espace où poussaient des joncs, la jonchère avait un usage de pâturage, occupant une surface de près de 6 boisselées environ. En 1627, un aveu précise que la jonchère touchait un pré ayant appartenu à Gelais Loriau, sans doute un des descendants de cette famille qui a donné son nom aux villages du Coudray Loriau et de la Forêt Loriau (4), ainsi que du fief de Lautruère Loriau près de la Brossière. Et « dans laquelle y avait anciennement un petit village et quelques teneurs », précise-t-on en 1753 (5). On ne sait pas quand ce petit village a disparu, mais en ce début du 21e siècle, des maisons sont revenues occuper cet espace accueillant près du ruisseau.

Un village d’artisans et de journaliers et une propriété foncière dispersée


En 1753 on comptait une quinzaine de propriétaires de bâtiments dans le village. Pour 11 d’entre eux on a pu faire le décompte de leurs bâtis : 15 maisons, 1 masureau, 1 four, 2 toits, et 2 granges (5). Deux maisons seulement comportent un étage, l’une ayant un « plancher » (grenier) et l’autre une pièce habitable au deuxième niveau. Certaines des maisons pouvaient comporter deux ou trois pièces accolées les unes aux autres au rez de chaussée. Ce qui étonne dans cette énumération est le faible nombre de bâtiments destinés à l’activité agricole (toits pour animaux et granges). En même temps plusieurs maisons avaient plus de 2 pièces, ce qui était rare. Peut-être que certaines étaient affectées à une activité artisanale. De plus, les 6 boisselées et 13 gaulées de jardin (7 500 m2) n’avaient pas une surface en rapport avec la population aussi nombreuse, au moins 100 personnes, qu’auraient pu le permettre la trentaine de pièces décomptées. Nous ne connaissons le métier que de peu des habitants, mais on a relevé en 1691 un sergetier (6). Il tissait une fine laine appelée la sargette. Bien sûr une autre explication possible à ce peu de bâtiments agricoles est l’importance des journaliers. Dans une déclaration de 1782, on en trouve effectivement beaucoup parmi les propriétaires, mais habitant en dehors du village. Seulement 2 propriétaires y habitent, d’ailleurs. On présume en conséquence que le village devait comprendre des artisans, et aussi des laboureurs à bras ou des laboureurs à bœufs qui se louaient à la tâche, la plupart n’étant pas propriétaires.

Autre caractéristique : l’absence de métairie au 18e siècle. Néanmoins un texte de 1618 fait allusion à la métairie de la Bergeonnière, sans que nous puissions connaitre son importance (7). Elle a été démembrée ensuite. La métairie du Coudray, y possédait un peu plus d’un hectare seulement de terre dans le tènement. En 1627, on indique de manière significative dans le tènement de la Bergeonnière, qu’il y a « un petit village et quelques teneurs : Antoine Brillouet, Jean Cougnon, François Aparilleau, Julien et François Brisseau et autres » (8).

En 1753, 70 % des 300 boisselées (36 hectares) du tènement sont possédées par 22 propriétaires différents. Le plus important, Jean Chacun, par l’héritage de sa femme Marianne Herbreteau, ne possède que 46 boisselées (5,6 ha). 15 d’entre eux possèdent moins de 8 boisselées (1 ha). Sur les 22 propriétaires connus, 5 ont acquis leurs biens, ou une partie, par arrentement, un autre en payant comptant l’achat de 8 parcelles de terres, ne totalisant qu’une surface totale de 14 boisselées. Les 16 autres propriétaires ont acquis leurs biens par héritage (5).

Les relations vassaliques et les redevances à payer par les propriétaires en 1753.


Le possesseur des redevances seigneuriales de la Bergeonnière les tenaient du seigneur du Coudray au Moyen Âge, jusqu’en 1550 environ, puis de son suzerain, la seigneurie de Languiller, quelques dizaines d’années après. Celle-ci les a vendus ensuite, et plus d’un siècle après elle les a repris à nouveau en partie. En marge d’un aveu de 1618, quelqu’un a ajouté cette information tout à fait essentielle : « est roturier par l’acquêt qu’en a fait le seigneur de Languiller » (7). Cela ne s’est pas fait sans complications et conflits. Pour tenter d’en clarifier la présentation, nous allons commencer par décrire la situation finale à la veille de la Révolution, pour voir ensuite comment on y est arrivé.

F. Herbo : Bord de rivière (coll. part.)
En 1753, la seigneurie de Languiller et ses fiefs annexes (dont le Coin Foucaud) était possédée par le seigneur de la Rabatelière (5). Il était le fils d’un riche négociant nantais qui avait acheté la seigneurie une trentaine d’années auparavant. Plus le temps a passé et moins les seigneuries constituaient un bon placement pour les finances de leurs propriétaires. L’historien Le Roy Ladurie a écrit : « les droits féodaux, pour de médiocres profits, présentent mille embarras et difficultés, tant au seigneur qu’au vassal » (9). Mais pour la position sociale de leur possesseur, on ne faisait pas mieux. Le fils ne faisait plus de commerce, il « vivait noblement » en supervisant la gestion de ses seigneuries, et en s’engageant dans l’armée « au service du roi ». C’est l’occasion de se rappeler que cette société française d’Ancien Régime n’entretenait pas des « valeurs » favorisant le commerce et l’industrie, soutenue par ailleurs dans ce sens par l’Eglise catholique.

Que payaient au seigneur de la Rabatelière les nombreux propriétaires de la Bergeonnière, se répartissant entre eux le montant des redevances collectives du tènement au prorata de leurs surfaces respectives ?
1° le cens d’un montant de 18 deniers payable à noël, soit un sol et demi. Aujourd’hui cela se monterait à un euro environ. C’était une valeur fixe, et entre sa valeur d’origine au Moyen Âge et celle de 1753, la dévaluation de la monnaie témoigne de toutes les catastrophes vécues par les habitants du royaume.
2° la rente de 1,5 boisseau de seigle (un peu plus de 20 kg), « rendable à votre château de Languiller au jour qu’assigne votre recette, et payable solidairement entre nous dits déclarants »
3° le droit de lods et ventes payable à chaque transfert de propriété par le nouveau propriétaire au seigneur suzerain, d’un montant d’1/6 de la valeur du bien en principe. Plus que les droits précédents, les lods et vente comportaient un enjeu financier significatif pour le suzerain.
4° la dîme des agneaux et cochons, qui était de 1/10 de la valeur des nouvelles bêtes nées et élevées dans l’année dans le village, alors qu’ailleurs à Saint-André on a constaté des prélèvements de 1/12. Elle représentait un montant faible, et elle portait aussi sur la laine
5° le droit de terrage était un prélèvement de 1/8 des récoltes de l’année, plus faible que partout ailleurs à Saint-André où c’était de 1/6. Cette redevance représentait près de 12 % des récoltes. Elle constituait une charge significative, s’appliquant aux plantes cultivées bien sûr, dont aussi à la Bergeonnière sur les « lenfaits » (lin). Dans d’autres villages, le lin pouvait être sujet à la dîme plutôt qu’au terrage.
Le suzerain de Languiller prélevait un quart seulement de ces deux dernières redevances seigneuriales qu’étaient la dîme et le terrage. Les autres quarts allaient pour chacun d’eux au prieur de Saint-André-Goule-d’Oie, à un chapelain d’une chapelle dite de Saint-Jacques, et enfin à un particulier, comme il est indiqué dans le texte de la déclaration (5).

La Roche de Chauché
S’ajoutaient à la Bergeonnière comme ailleurs d’autres redevances échappant en 1753 à la relation avec le seigneur suzerain du Coin Foucaud et de Languiller, féodales ou non :
1° une rente de 10 boisseaux de seigle quérable au 15 août, et due à la seigneurie de la Roche de Chauché, appartenant aussi au seigneur de la Rabatelière depuis le 17e siècle. Le mot « quérable » signifie que le transport était à la charge du créancier. « Rendable », le transport était à la charge du débiteur. Cette rente va donner lieu à un procès après la Révolution. Les propriétaires de la Bergeonnière la considéraient comme féodale et supprimée par la Révolution. La propriétaire du château de la Rabatelière la considérait comme foncière et roturière, donc non supprimée.
2° une rente d’1 boisseau de seigle, et 1 sol 6 deniers en argent à la seigneurie de Laudelière, alors propriété d’un Baudry d’Asson, demeurant au château de Beaumanoir à Dompierre-sur-Yon. Peut-être venait-elle de la famille de Goulaine (Vieillevigne), propriétaire de Linières au début du 17e siècle (10).
3° une rente de 4,5 boisseaux de seigle, quérable, à la cure des Essarts
4° une rente de 18 deniers à la baronnie des Essarts.
5° une rente de 24 carolus en argent (faisant 20 sols) et 24 boisseaux d’avoine, mesure de Montaigu, à la seigneurie de la Chardière en Chavagnes-en-Paillers. Le carollus était une ancienne monnaie frappée sous Charlemagne, n’étant plus utilisée depuis longtemps en Poitou. Mais dans la population le terme était utilisé comme monnaie de compte.
6° De plus, une partie des teneurs, on en compte 11 en 1753, déclaraient devoir une partie d’une rente de 48 boisseaux de seigle à la mesure de Montaigu le 15 août, et 5 livres en argent à noël, due à la chapelle des Aubiers. En réalité ces teneurs déduisaient ce qui avait été déjà payé à la seigneurie de la Chardière (voir le point 5 ci-dessus) des montants à payer. Ce sont certaines terres, les plus nombreuses, qui déterminaient les propriétaires redevables. On pense que la rente ne s’est pas appliquée à de nouvelles surfaces foncières gagnées sur des landes ou friches, et que le chapelain n’a pris aucune initiative sur ce point. On a repéré en effet qu’au milieu du 16e siècle les surfaces exploitées du tènement de la Bergeonnière se montaient à 200 boisselées, soit 100 de moins qu’au milieu du 18e siècle.

L’importance du terrage, prélevant environ 12 % des récoltes, est difficile à évaluer faute de connaitre au moins la surface des terres cultivées et les cultures pratiquées. Mais toutes les autres redevances que nous venons d’énumérer se montaient à un total proche de 80 livres par an, valeur de 1762, payées par une trentaine de propriétaires environ. La quote-part du plus petit d’entre eux n’était que de 1,7 % de ces 80 livres. C’était mon ancêtre, Mathurin François, qui déclarait au nom de ses enfants une parcelle de 40 gaulées (714 m2), venant de son épouse, Marie Chatry, originaire de la Bergeonnière et morte en 1747. Propriétaire de quelques hectares à la Boninière, exploités par son fils aîné, il était en 1753 métayer à la Boule (Rabatelière), et il devait 1 livre et 7 sols chaque année pour le tout petit champ de la Bergeonnière. Qui parmi les nombreux propriétaires ramassait les quotes-parts individuelles pour porter le tout au fermier de Languiller et aux six autres créanciers ? On ne le connait pas. Normalement c’était le plus important d’entre eux en surface. La tâche devait être ingrate, et c’était ainsi dans tous les villages, encrant dans la population l’idée notamment d’un statut de notabilité des plus importants propriétaires.

Ceux de la Bergeonnière se sont distingués au milieu du 18e siècle par les difficultés qu’ils mirent à faire écrire par un notaire leurs déclarations roturières au seigneur de Languiller, et les présenter ensuite à l’assise. Le procureur fiscal, Mathurin Thoumazeau, dû envoyer en 1752 un huissier au village pour donner « assignation à être et comparaître au mardi 27 du présent mois de juin, 9 heures du matin, en la salle basse du château de Languiller paroisse de Chauché ». L’huissier s’était présenté  « en parlant à Jacques Bertrand l’un des propriétaires dudit fief et tènement avec injonction requise de faire savoir à ses coseigneurs ou copropriétaires ». Au moins les désignait-on, vu d’aujourd’hui dans un sens différent, avec déférence de « seigneur », suivant l’expression juridique en vigueur pour désigner les propriétaires (11).

Le cas parait rare à Saint-André à cette époque, signe d’une réticence dont on ignore la cause dans le cas cité. Mais la lourdeur de "l’amassage" de ces rentes collectives pourrait à elle seule décourager bien du monde. On semble loin des révoltes paysannes sporadiques contre les droits seigneuriaux qu’on connut dans le même temps certaines régions de France. L’année d’après, le même Mathurin Thoumazeau, en tant que notaire de Saint-Fulgent cette fois-ci, rédigea la déclaration roturière des 22 propriétaires dans un texte unique. Il le fit avec une précision remarquable, car les redevances reconnues, les parcelles décrites, avec les provenances de propriétés, formaient un tout vraiment compliqué.

Et encore comprenait-elle, bien distingués, les deux petits fiefs de Chevillon et de Lhommage. Pour le champ de Lhomage les propriétaires payaient à Languiller chaque année 5 sols à noël. Pour le fief Chevillon ils payaient au même aussi à noël 2 sols et 3 deniers. Mais s’y ajoutait un droit de terrage au 1/6 des récoltes, payé moitié au chapelain de la chapelle Saint-Jacques, et moitié à un particulier.
Cette situation éparpillée des droits seigneuriaux de la Bergeonnière à la veille de la Révolution, est en rapport avec la désagrégation des petites seigneuries qui les possédaient à l’origine, tout au moins en partie. C’est ce qu’on va voir en remontant aussi loin qu’il est possible.

Le seigneur de la Bergeonnière en 1550 et les redevances perçues


Le Coudray vu du gué de la Bergeonnière
Le tènement de la Bergeonnière faisait partie de la mouvance de la petite seigneurie voisine du Coudray. Le seigneur du Coudray, Audayer au début du 16e siècle, devait avec sa foi et hommage au seigneur du Coin Foucaud, un service annuel de 10 sols à la Saint-Jean-Baptiste (2). La moitié du service était représentée par le tènement de la Bergeonnière, l’autre moitié par les tènements voisins du Coudray et de la Forêt.

Cette famille Audayer fut représentée à la sortie du Moyen Âge par Loys Audayer, et avant lui par son père François Audayer. Ce dernier était le fils de Pierre Audayer, seigneur de la Maison Neuve (Montournais) et de Léone Racaudet, fille de Pierre Racaudet, seigneur de la Cour Thiré et de la Barbotière à Saint-Martin-Lars. Celle-ci hérita de tous les biens de sa famille, dont le Coudray, légués à son seul fils ensuite. Elle est morte avant 1480 (12), et leur histoire mériterait un plus long développement. Après Audayer, le nouveau seigneur du Coudray fut Toussaint Menanteau, mais de quoi ce dernier était-il réellement seigneur, car beaucoup de redevances avaient été vendues ?

Probablement à la fin du Moyen Âge, les corvées de trois jours par an au maximum, au moment des fumailles (épandage du fumier), de cinq charrettes de six bœufs à la Bergeonnière, ont été supprimées et transformées en rente, comme dans tous les villages de Saint-André dépendant de la seigneurie du Coin Foucaud. Après cette incorporation, le cens et la rente féodale payées chaque année étaient en 1550 de 44 sols en argent, soit 2 livres et 4 sols, et de 48 ras (boisseaux) d’avoine et d’1 boisseau de seigle.

En 1550, la moitié par indivis des terrages et dîmes perçus à la Bergeonnière était due à Jehan de Plouer, écuyer, seigneur de Saint-Benoist (Sainte-Cécile), la Barette (Essarts) et autres lieux, lequel tenait ce droit de Loys Audayer, seigneur du Coudray (13). L’autre moitié des terrages et dîme était due au prieur de Saint-André. A cette date le terrage concédé à Jean de Plouer est estimé valoir par an 2 setiers de blé (32 boisseaux) et 11 trulleaux (boisseaux) d’avoine. Sa part dans la dîme est estimée valoir 12 deniers.

Puis on relève que le seigneur de la Chapelle Begouin tenait sous son hommage le seigneur de la Pitière (Chauché), lequel possédait une rente de 20 boisseaux de seigle sur une septrée de terre à la Chevaleraye et 4 boisselées à la Bergeonnière (14). Une autre petite exception donc à la Bergeonnière, dont on n’a plus de trace ensuite.

On voit là les redevances déclarées par le suzerain du Coin Foucaud (Languiller) dans un aveu de 1605, décrivant la situation de 1550. Malheureusement les archives du Coudray n’existent plus dans le chartrier de la Rabatelière, et on ne sait pas comment son droit de fief a disparu au profit de son suzerain du Coin Foucaud en cette fin du 16e siècle. Et ses droits seigneuriaux ont été par ailleurs vendus à diverses personnes. C’est ce que nous allons décrire pour chacun d’entre eux.

L’évolution du cens et de la rente féodale


A la fin du 16e siècle, le seigneur de la Chardière (Chavagnes-en-Paillers) avait acquis du suzerain de Languiller, le cens de 2 livres 4 sols et la rente de 48 ras d’avoine et d’un boisseau de seigle (7). La seigneurie de Languiller avait récupéré ces droits de son vassal du Coudray, d’une manière ou d’une autre, par retrait féodal probablement.

Félix Proust acheta vers 1627 une partie du cens et de la rente dus sur le tènement : 22 ras d’avoine et 18 sols 4 deniers. Le surplus appartenait au seigneur de la Chardière, pour faire un total de 48 ras d’avoine et 44 sols en argent. Proust possédait aussi la rente d’un boisseau de seigle, devenue 1,5 boisseau, et 9 deniers de cens et devoir appelé rivage, payable à noël. Le droit de rivage sera oublié ou incorporé par la suite, car on ne le retrouve plus dans les documents consultés. On sait qu’il correspondait au droit de couper les plantes qui poussaient sur le bord des rivières et des ruisseaux. Enfin il possédait les droits sur le fief Chevillon (4).

En 1664, les droits de Pierre Proust, probablement fils de Félix, avaient été acquis par Jean Martin, sieur de la Puygarnière, en indivision avec Antoine Moreau (15). Jean Martin les transmettra à son fils, Charles Antoine Martin sieur du Clouzy, qui en rendra une déclaration noble le 12 juillet 1685. Le même jour il fit sa foi et hommage à Languiller pour le champ de Lhommage (16).

Pierre Moreau sieur du Coudray, fils du fermier-régisseur de Linières, a acheté pour 200 livres le 1e septembre 1672 à Antoine Moreau, les droits seigneuriaux de ce dernier sur le tènement de la Bergeonnière, avec le quart de ceux du fief Chevillon. Il avait déjà acheté un premier quart du fief Chevillon en juillet 1670. Et il a payé les droits de rachats (ou frais de mutations) au fermier de la baronnie des Essarts, le sieur Penard, lésant le seigneur de Languiller de ses droits. Cela voudrait dire qu’il avait rendu un aveu aux Essarts, mais on n’a pas le texte de sa déclaration.

Languiller (Chauché)
Puis vint Philippe Chitton seigneur de Languiller à partir de 1674. Il n’accepta pas que les Martin et Moreau touchent les droits de lods et ventes, liés par définition au droit de fief lui-même. Ce tènement allait-il devenir un fief noble propre à asseoir le désir d’ascension sociale de Pierre Moreau, sieur du Coudray ? Les Moreau, qui avaient investi une partie des biens du Coudray, paraissaient entretenir l’ambition de devenir les nouveaux seigneurs des lieux, donc de la Bergeonnière en même temps. Le heurt avec le seigneur de Languiller était inévitable, quand on sait ce qui s’est passé ailleurs à Saint-André. Un procès devant le tribunal de Fontenay-le-Comte fut intenté par Philippe Chitton.

Entre les frères Moreau de la branche aînée existait apparemment une solidarité dans l’ambition de la famille. En effet, Jean Moreau, prieur de la Couture, donna mandat en 1679 à son frère Pierre de faire des poursuites en justice pour se voir reconnaître ses prérogatives seigneuriales. Dans le texte il se présente comme « seigneur du fief du Coudray Loriau en la paroisse de Saint André de Goulledoie » (17).

Philippe Chitton, obtint un jugement du tribunal de Fontenay-le-Comte du 30 décembre 1684 condamnant Pierre Moreau à faire ses déclarations, exhiber ses contrats d’acquisition et payer ses droits pour tous les domaines situés dans la seigneurie de Languiller, y compris la Bergeonnière et le fief Chevillon. Après la mort de Pierre Moreau le seigneur de Languiller attaqua sa veuve puis son fils, Claude Prosper Moreau, ce dernier le 4 mai 1693 (18).  

Ce dernier prétendait au droit de justice sur la Bergeonnière. Dans un mémoire au sénéchal de Fontenay, il revendiqua les attributs de la seigneurie sur la Bergeonnière à la place du seigneur de Languiller (19). Il s’agissait du droit de justice et le paiement des lods et ventes (en cas de vente ou succession) sur le tènement, qu’il désigne comme un fief, ce qui qualifie pour les puristes du langage une terre noble, ce qu’elle n’est pas on le sait. 

Dans notre article sur la Porcelière publié en juillet 2016 : Les droits seigneuriaux de la Porcelière à Saint-André-Goule-d’Oie, nous avons raconté comment Philippe Chitton fit céder le fils Moreau en lui signifiant le 14 janvier 1694 un retrait féodal. Ce retrait comprenait aussi les droits acquis récemment à la Bergeonnière, en même temps que ceux acquis à la Porcelière. C’est ainsi que le seigneur de Languiller acheta par vente forcée la part des droits seigneuriaux possédés par les Moreau à la Bergeonnière. Il devint aussi propriétaire de la part des Martin, mais on ne sait pas comment. Il conserva le cens, mais sa moitié de la rente de 48 boisseaux d’avoine fut transportée ensuite à la chapelle des Aubiers.

L’évolution du droit de terrage et de la dîme


Elle reprend en partie le récit de l’histoire du cens et de la rente féodale. A la fin du 16e siècle Jean de Plouer avait vendu sa moitié dans le droit de terrage et la dîme à Jacques Meance, vice sénéchal « de robe courte (toujours un noble) », de Fontenay et de Niort. Il avait acquis, avec son frère Claude à Chavagnes-en-Paillers, les métairies de "la Grande et Petite Hugetière", et c’est à Chavagnes qu’il fera construire un château à la Chardière. Il épousa Renée Royrand, fille du seigneur d’Essiré (Saint-Denis-la-Chevasse) (20). Il est mort avant le 5 juin 1589, date où sa veuve rendit son aveu au seigneur de Languiller pour la Bergeonnière, alors Jules de Belleville. 

La deuxième épouse de ce denier, Anne Goulard, pour des raisons que nous ignorons, avait fait une saisie des droits appartenant au seigneur de la Chardière. Et le 7 juin 1602, elle fit la main levée sur ces droits et accepta l’offre de foi et hommage de Renée Royrand, dame de la Chardière (21). Dans cet acte il n’est pas question de la seigneurie du Coudray, son suzerain du Coin Foucaud et de Languiller a bien pris sa place. 

Le 12 mai 1618, le seigneur de la Chardière, Jean Méance, âgé alors de 18 ans et petit-fils de Renée de Royrand, est représenté par Jean Thévenin, seigneur de la Rochequairie, pour rendre son aveu à Languiller concernant ses droits sur la Bergeonnière (7). Sa part dans le terrage et la dîme n’est plus que d’un quart, l’autre quart allant à un prieur de Sainte-Catherine, et la moitié allant toujours au prieur de Saint-André-Goule-d’Oie. Il possède aussi le terrage entier du fief Chevillon.

La Bergeonnière
Vers 1627, Felix Proust, demeurant au bourg de Saint-André, acquit une partie de la dîme et du terrage. Sa veuve, Perrine Pavageau, fit une déclaration noble pour la Bergeonnière à cause du fief du Coin Foucaud à Languiller le 21 juin 1627 (4). Elle prend le quart des droits de dîme et de terrage, le prieur de Saint-André ne prend plus qu’un quart. Il n’est plus question du prieur de Sainte-Catherine, et la moitié va « au seigneur de Villedor ». Ce dernier n’est pas désigné mais devait être à cette époque Isaac de Thorigné, seigneur du Bois Nerbert, à cause de sa femme, Sarah de La Muce, fille de Joseph de La Muce et de Françoise de Plouer (22). 

En 1651, c’est Robine Thounard, veuve de Pierre Proust qui fait sa déclaration à Languiller. Cette fois-ci la moitié de la dîme et du terrage que percevait le seigneur de la Muce a fait l’objet d’un don au chapelain de la chapelle de Saint-Jacques. L’autre moitié reste partagée entre la famille Proust et le prieur de Saint-André (23).

Comme pour le cens et la rente féodale, les droits de Pierre Proust, sans changement, ont été acquis en 1664,  par Jean Martin, sieur de la Puygarnière, en indivision avec Antoine Moreau, et il les transmettra à son fils, Charles Antoine Martin sieur du Clouzy. Et Pierre Moreau sieur du Coudray, a ensuite acheté en 1672 à Antoine Moreau, ses droits seigneuriaux sur le tènement de la Bergeonnière.
Puis le seigneur de Languiller récupéra vers 1700, les droits sur la Bergeonnière, comme nous l’avons vu ci-dessus, sauf bien sur ceux possédés par le prieur de Saint-André, le chapelain de Saint-Jacques et la famille Martin. Ces derniers la vendant ensuite à Louis Proust, sieur de la Barre (24). Il en fut de même pour le terrage du fief Chevillon.
  

Les droits du seigneur de la Chardière en 1782


Celui-ci conserva ainsi la moitié du cens, après avoir vendu sa part dans le terrage et la dîme. Et il lui restait aussi la moitié dans la rente de 48 ras d’avoine et 1 boisseau de seigle, après qu’il eut vendu l’autre moitié aux Proust. Jean Meance était mort le 2 novembre 1629 (vue 23 sur le registre de Chavagnes-en-Paillers), sans descendance. Avec lui s’éteignit le nom de cette famille en Bas-Poitou.

Jean Meance avait de son vivant emprunté une somme de 2000 livres à François de Suzannet écuyer seigneur de Ponthabert. Cette somme n’ayant pas été remboursée, François de Suzannet fit saisir la Chardière et la racheta (25). Il avait épousé Gabrielle Le Geay, fille d’André Le Geay, Grand Prévost du Poitou. Il fut le premier possesseur de la Chardière et certains de ses descendants y sont toujours présents (26). Mais le château a été reconstruit à neuf après sa destruction pendant la guerre de Vendée.

On trouve une déclaration roturière à la Chardière dans les archives du notaire de Saint-Fulgent en 1782. Cette année-là ce sont 21 teneurs qui se sont retrouvés chez le notaire Frappier, le 22 décembre. Leur reconnaissance ne porte que sur la rente de 24 boisseaux d’avoine et de 24 carollus (valant 20 sols ou 1 livre). Le texte est ainsi formulé : « qu’il est bien et légitimement due par chaque an sur le dit village et tènement de la Brejonnière à messire Pierre de Suzannet, … la rente noble de 24 boisseaux d’avoine mesure des Essarts à la Saint-Michel-Archange et 24 carollus aux fêtes de la nativité de Saint-Jean-Baptiste, à la Notre-Dame d’août et de Saint-Michel, suivant que les dits teneurs l’ont toujours exactement payée » (27).

Nouveau château de la Chardière (Chavagnes)
Le créancier était Pierre Alexandre Gabriel de Suzannet, chevalier seigneur de la Chardière. Il était alors capitaine des vaisseaux du roi, chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis. Absent lors de la signature, il était représenté par les notaires, rédacteurs de l’acte. Son père, Guy François de Suzannet, avait lui-même déclaré ce droit qu’il percevait, dans un aveu du 9 juin 1751, au seigneur suzerain du Coin, c'est-à-dire à monsieur de Montaudouin, aussi seigneur de la Rabatelière. Son fils, Pierre Constant Jean Baptiste de Suzannet, a combattu sous les ordres de Charette pendant la guerre de Vendée. Il prit ensuite le commandement des soulèvements royalistes en Vendée en 1799 et aux Cent-Jours, et il est mort au combat en 1815.

Nous reproduisons en annexe le nom des vingt-un teneurs de la Bergeonnière cités dans l’acte, avec les indications de leur profession et de leur domicile. Seulement deux d’entre eux signent l’acte avec les notaires : Jean Bordron et François Mandin.

Jean Bordron, maréchal serrurier dans le bourg, fut le premier maire de Saint-André en 1790 et l’oncle du futur maire à partir de 1800, Simon Pierre Herbreteau. Il était aussi fermier des métairies des Bouligneaux (Saint-Martin-des-Noyers) et du bourg de Saint-André (28). Ils sous-affermaient ensuite les exploitations.

Qualifié ici de journalier, François Mandin est le sacristain de Saint-André-Goule-d’Oie dont on reconnaît la signature. Il épousa Marie Roger.

L’évolution de la redevance des lods et ventes


Jules de Belleville, seigneur de Languiller, vendit le 26 février 1565 à Mathurin Pasquereau le droit de lods et vente sur le tènement de la Bergeonnière (19).

Vers 1627, Felix Proust s’en était porté acquéreur (4).

On a vu qu’après 1762 Pierre Moreau, ayant acheté des droits seigneuriaux avec Martin, paya des droits de rachats (ou frais de mutations) au fermier de la baronnie des Essarts, se comportant comme le seigneur de la Bergeonnière, comme si par cet acte le fief était devenu noble, payant le rachat. Mais Philippe Chitton, seigneur de Languiller, n’accepta pas que les Martin et Moreau touchent les droits de lods et ventes à sa place. On sait que Languiller racheta pour finir toutes leurs redevances.


Une vente d’1/6 de borderie en 1790


Dans l’étude Frappier de Saint-Fulgent on trouve aussi un acte de vente intéressant au tènement de la Bergeonnière en 1790 (29). Jean Chatry et sa femme Perrine Bordron, demeurant à la Courpière de Saint-Fulgent, ont vendu à François Cougnon (30), bordier à la Forêt Loriau de Saint-André, leur part dans l’héritage d’une borderie à la Bergeonnière, affermée verbalement à un nommé Guesdon. Cet héritage venait d’André Chatry son père, sans doute le mari de Marguerite Chatry citée en annexe, et de son oncle Pierre Chatry. La part vendue était d’un 1/6e de la borderie pour un montant de 400 livres, payé comptant. Il est difficile d’apprécier cette somme, car déjà à l’époque l’inflation commençait à faire des ravages dans l’économie du pays. On avait déjà remarqué le degré de parcellisation des terres, on voit comment dans cette vente par licitation.

L’acte notarié de vente indique en date du 17 août 1790, soit un an après l’abolition des droits féodaux, : « à la charge à lui [l’acquéreur] de payer et acquitter à l’avenir quitte du passé, la portion des cens, rentes, charges et devoirs seigneuriaux et féodaux, dus et accoutumés être payés sur et pour raison des dites portions de borderie ci-dessus vendues et d’en faire les reconnaissances de droit au seigneur des Bouchaux, duquel la dite borderie est roturièrement mouvante ». L’indication du seigneur des Bouchauds est erronée on le sait, la Bergeonnière relevait du Coin Foucaud, mais cela n’avait pas d’importance, les deux étant possédées alors par le seigneur de la Rabatelière. Quant au rappel des droits seigneuriaux, un an après la célèbre nuit du 4 août 1789 qui les supprima, la formule n’est pas incongrue ici. En réalité certains droits étaient supprimés et d’autres rachetables, mais selon des modalités qui tardaient à venir. Alors les notaires n’avaient pas encore changé le texte habituel, et les propriétaires continuèrent à payer les rentes féodales, jusqu’à la fin de l’année 1792 comprise. On a cessé de le faire à partir de 1793, le rachat des droits féodaux ayant été abandonnés en 1793.

La Bergeonnière

ANNEXE : les teneurs de la Bergeonnière mentionnés en 1782 :

-        François Cougnon bordier demeurant au village de la Bergeonnière,
-   Jean Moreau, maçon, au nom de Marie Chatry sa femme, demeurant au même lieu de la Bergeonnière,
-        Pierre Crepeau, journalier, demeurant à la Boninière,
-    Pierre Chaigneau, aussi journalier, tant pour lui que pour ses copartageants demeurant à la Boninière,
-        André Rochereau, bordier, demeurant à la Boninière,
-        Pierre Moreau, journalier, faisant tant pour lui que pour ses copartageants (Boninière),
-       Louis François, aussi bordier, faisant tant pour lui que pour ses frères et sœurs, demeurant au lieu de la Boninière,
-        Mathurin Loizeau, journalier, demeurant au village de la Maigrière,
-        Marguerite You veuve Pierre Girardin, mère et tutrice de ses enfants, demeurant au village de la Machicolière,
-        Jean Millasseau, journalier, demeurant à la Bourolière,
-        André Fonteneau, journalier, demeurant à la Bourolière,
-        Mathurin Faupier, journalier, demeurant à la Bourolière,
-        Jean Pinet, aussi journalier, demeurant à la Milonière,
-        René Loizeau, bordier, demeurant au Coudray Loriau,
-        Jean Robin, laboureur, au nom de Marguerite Chatry sa mère, demeurant au Coudray,
-        Jeanne Boudaud veuve Jacques Parpaillon, demeurant au Coudray,
-        François Mandin, journalier, avec ses copartageants demeurant au bourg de Saint-André,
-       Jean Bordron, maréchal, au nom de messire de Villars (31) propriétaire de la métairie de Saint-André, demeurant au bourg de ce lieu,
-        Louis Girardin, farinier, demeurant à la Dalle paroisse de Saint-Fulgent,
-        André Bertrand, domestique, demeurant à la Fesselière paroisse de Chauché,
-        Pierre Pavageau, laboureur, demeurant à la Nouette paroisse des Essarts.
A cette époque les bordiers étaient des agriculteurs propriétaires, les laboureurs étaient des agriculteurs, et les journaliers étaient des valets qui se louaient à la tâche.

(1) Déclarations roturières de Pierre Moreau vers 1675, Archives de Vendée, chartrier de Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29.
(2) aveu pour le Coin Foucaud et le Vignault du 2-7-1605, reprenant un texte d’aveu de 1550, par le seigneur de Languiller aux Essarts – deuxième copie, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/G 61.
(3) 150 J/G 114, aveu du 12-7-1685 de Charles Martin à Languiller pour le champ de Lhomage près de la Bergeonnière.
(4) 150 J/G 114, déclaration noble du 21-6-1627 de Perrine Pavageau à Languiller pour la Bergeonnière.
(5) 150 J/G 115, déclaration roturière du 31-8-1753 de 22 teneurs à Languiller pour leurs domaines à la Bergeonnière.
(6) 150 J/G 115, acquêt du 2-7-1691 de 7 gaulées de jardin à la Bergeonnière d’André Chatry à Clément Cougnon.
(7) 150 J/G 114, aveu du 12-5-1618 de Jean Thevenin à Languiller pour la Bergeonnière.
(8) 150 J/G 114, déclaration noble du 21-6-1627 de Perrine Pavageau à Languiller pour la Bergeonnière.
(9) Le Roy Ladurie Histoire de la France rurale Seuil, 1975, Tome 2, page 424.
(10) 150 J/E 28, complainte du 24-4-1754 du seigneur de la Rabatelière pour les scellés à Beaumanoir.
(11) 150 J/G 115, assignation à comparaitre aux assises de Languiller le 27 juin 1752 aux teneurs de la Bergeonnière.
(12) Quelques familles anciennes du Bas-Poitou, famille Audayer, Archives de Vendée, Guy de Raignac, : 8 J 5, 5e série terminé le 30-5-1986, page 1 et s.
(13) Aveu de Languiller et autres fiefs aux Essarts le 2 juillet 1605, Archives de Vendée, travaux de G. de Raignac : 8 J 101, page 4.
(14) 8 J 101, copie inachevée d’un aveu pour la Chapelle Beguoin entre 1680 et 1685, reproduisant un aveu rendu en 1580, page 71 et 72 ; et chartrier de la Rabatelière : 150 J/C 74, aveu du 29-5-1579 de la Chapelle Begouin, page 23.
(15) 150 J/G 114, déclaration noble du 30-6-1664 de Jean Martin à Languiller pour la Bergeonnière.
(16) 150 J/G 114, main levée du 20-1-1685 et foi et hommage de Charles Martin à Languiller pour le champ de Lhomage près de la Bergeonnière.
(17) 22 J 29, quittance de Jean Moreau au métayer du Coudray du 8-10-1679.
(18) 22 J 29, exploit d’huissier du 4 mai 1693 de Philipe Chitton contre Pierre Moreau.
(19) 22 J 29, mémoire de Claude Moreau contre Philippe Chitton du 4-5-1693 sur des fiefs de Saint-André.
(20) Quelques familles anciennes du Bas-Poitou depuis longtemps éteintes, 2e série, (famille Meance), Archives de Vendée, G. de Raignac : 8  J/36, page 24. 
(21) 150 J/G 114, main levée du 7-5-1602 par Anne Goulard pour la Bergeonnière.
(22) Quelques familles anciennes du Bas-Poitou depuis longtemps éteintes, 2e série (famille de La Muce), Archives de Vendée, G. de Raignac : 8  J/2, page 159 quarte.
(23) 150 J/G 114, déclaration noble du 10-7-1651 de Robine Thounard à Languiller pour la Bergeonnière.
(24) 150 J/G 115, déclaration roturière du 21-3-1702 de Marie Boudaud à la Bergeonnière.
(25) Quelques familles anciennes du Bas-Poitou depuis longtemps éteintes, 2e série, (famille Meance), Archives de Vendée, G. de Raignac : 8  J/36, page 28. 
(26) A C. Gourraud, Notes historiques sur Chavagnes, Archives de Vendée, société d’émulation de la Vendée (1876) : BIP PC 16/10, la Chardière : page 140 vue 52.
(27) Reconnaissance d’une rente au tènement de la Bergeonnière du 22-12-1782, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, étude Frappier (1782-1784) : 3 E 30/ 10.
(28) Ferme du 2-1-1778, de la métairie du bourg de St André par Bordron, Archives de la Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/123.  
(29) Frappier : 3 E 30/ 13, achat de 1/6 de borderie à la Bergeonnière le 17-8-1790 de F. Cougnon à Chatry.
(30) Les Cougnon étaient nombreux à cette époque à Saint-André et dans les environs, et nous ne situons pas celui-ci parmi les autres avec certitude.
(30) Louis Auguste Pascault de Villars de Pauléon, le deuxième mari de Marie Bénigne Chitton. La fille de celle-ci, Marie Geneviève, née d’un premier mariage avec Charles Seguin de Brilhac de Nouzières, vendra la métairie à Charles de Lespinay en 1791, ayant épousé Charles Antoine de La Laurancie. La métairie du bourg avait été achetée, on ne sait quand, au seigneur de la Boutarlière, qui la possédait depuis la fin du Moyen Âge. Ses bâtiments étaient situés dans le bourg de Saint-André à côté de l’église actuelle, donnant sur le chemin qui est devenu la rue de la Madone.

Emmanuel François, tous droits réservés
Décembre 2017

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mercredi 15 novembre 2017

Le village des Gâts à Saint-André-Goule-d’Oie

Le village des Gâts en 2017
Dans l’aveu de la seigneurie du Coin Foucaud aux Essarts, décrivant ses droits et possessions en 1550, le tènement des Gâts à Saint-André-Goule-d’Oie était limité par la métairie de Fondion, le ruisseau descendant de l’étang de Fondion, le tènement de la Brossière et les Landes Communes. Ces dernières désignaient un territoire situé à l’ouest du village des Gâts, entre le Pin et les Noues, et nous savons qu’il est devenu ensuite le tènement des Landes du Pin. Voir notre article sur le sujet publié sur ce site en  octobre 2016 : Les divers terroirs du Pin à Saint-André-Goule-d’Oie. Le texte de 1550 oublie de mentionner comme limitrophe le fief du prieuré, peut-être  confondu alors avec Fondion ou la Brossière.

On ne peut pas s’empêcher d’établir un lien entre le nom du village et le vieux mot français, « gast », rencontré si souvent dans les textes anciens, et désignant les terres en friches ou en jachère de longue durée. De manière plus précise, Amblard de Guerry indique l’origine germanique du mot gast, signifiant une terre qui a été cultivée et puis abandonnée (1). Le mot a servi aussi ailleurs à désigner des lieux-dits, comme les métairies des Gâts à la Merlatière, Dompierre-sur-Yon et à Saint-Martin-des-Noyers (2).

Les redevances au seigneur de la Boutarlière


Avant d’aborder les redevances perçues par le seigneur des Gâts, il faut indiquer que dans ce village aussi, d’anciens droits de la baronnie des Essarts avaient été concédés à la seigneurie de la Boutarlière. Ainsi en 1517, cette dernière prélevait-elle trois redevances particulières : le ratier, le métivage et l’hommage (3).

Le ratier était le nom donné dans la région au droit d’avenage, qui était une redevance en avoine due à cause des droits d’usage et pacage accordé aux habitants de la châtellenie (4). Il était partagé entre le seigneur de la Boutarlière et celui des Bouchauds, exprimé en nombre de boisseaux ou trulleaux d’avoine. Ceux-ci devaient être apportés chaque année en la cohue ( halle) des Essarts. Le ratier était prélevé sur 25 villages répartis entre Chauché (10 villages), Saint-André (6 villages), les Essarts (7 villages) et 2 inconnus, peut-être disparus depuis. Les teneurs des Gâts devaient 5 boisseaux de seigle.

Le métivage était un droit sur les moissons ou battage des blés (ce dernier mot désignait les céréales à l’époque dans la région) prélevé dans 68 villages de Saint-André, Chauché, Boulogne, les Essarts, au profit de René Droulin, seigneur de la Boutarlière au début du 16e siècle. Les quantités étaient faibles, aux Gâts : 1 boisseau.

Le droit d’hommage en argent était apporté en la cohue des Essarts à la fête de la nativité de Notre-Dame. Il était prélevé soit sur des personnes désignées, soit sur les teneurs de villages. Les prieurs de Saint-André, de Saint-Fulgent et de Fondion sont cités dans la liste des redevables. Dans l’aveu de 1517 on le compte 54 fois, dont 22 à Saint-André, et les autres à Chauché, et les Essarts. C’est de l’argent qui est prélevé, de la valeur habituelle d’un cens, ressemblant fort à une sorte d’impôt. En général on prélevait de 6 deniers à 18 sols. Aux Gâts le montant était de 12 sols.

René Droulin donnait 8 livres au baron des Essarts pour ces droits qu’il prélevait, et partageait pour le ratier à moitié avec le seigneur des Bouchauds. Ces droits ne sont plus cités dans les textes ensuite. Ils ont disparu apparemment, même dans l’aveu des Essarts à Thouars en 1639. Dans un gaulaiement de 1703 aux Gâts, où sont calculées les parts individuelles de toutes les redevances collectives dues par les propriétaires, on ne les retrouve pas non plus. En revanche, apparaissent 3 sols dus à la cour des Essarts, qui sont peut-être la nouvelle forme qu’ils ont pris. On pense que ces droits sont très anciens, créés par le baron des Essarts dans sa châtellenie, puis concédés par lui à une date non connue, peut-être au temps des Drouelin, seigneurs de Saint-Fulgent et de la Drollinière (devenue Linières), puis se retrouvant à la Boutarlière, ancien fief leur appartenant et détaché de la Drollinière en 1342 par Maurice Drouelin (5).

La Boutarlière
A ces redevances féodales, il faut ajouter des rentes perçues par le seigneur de Saint-Fulgent et de la Drolinière au Moyen Âge sur le tènement des Gâts. Le mercredi « avant la Madeleine de l’année 1342 », Maurice Drouelin, valet (écuyer), puisqu’il s’agit de lui, donna à Jean Drouelin, son frère puiné, pour sa part dans les successions paternelle et maternelle, 25 livres 9 sols de rente, à prendre sur divers villages, dont pour les Gâts, 10 setiers de seigle et 1 livre et 15 sols en argent (6). On sait que ce Jean Drouelin eut la seigneurie de la Boutarlière en partage, sous la garantie de la seigneurie de Linières. On ignore d’où étaient venues ces rentes aux Drouelin, et on ignore ce qu’elles dont devenues.

En 1342 le setier, comprenant 16 boisseaux, valait  7,5 deniers pour un boisseau de seigle. En 1571 on note dans la même documentation sur la Boutarlière (6) que 4 boisseaux de seigle valent 30 sols, soit 7 sols et demi pour un boisseau. Le prix a été multiplié par 12 dans cette période très troublée d’un peu plus de deux siècles. Et au début du 18e le boisseau de seigle valait en moyenne 20 sols (1 livre). Le prix n’a donc été multiplié à nouveau que de 2,66 dans la période suivante d’observation de 1,5 siècle. En 1790, le prix du boisseau de blé se montait à 2 livres 12 sols (7). Mais la période était marquée par la spéculation, le prix ayant doublé par rapport au mois d’août 1788, où il était d’1 livre 5 sols au marché de Poitiers (8).

Les aveux et déclarations des seigneurs à partir de 1550


En 1550 les teneurs des Gâts payaient directement au seigneur du Coin Foucaud leurs redevances féodales : le terrage, représentait le 1/6 des récoltes, en plus des rentes en argent (16 sols) et en nature (7 boisseaux de seigle et 8 ras d’avoine), « le tout de cens ou devoir noble », comme dit le texte d’un aveu du Coin (9). La rente en argent tenait compte de l’incorporation de la valeur des anciennes corvées féodales, qui avaient été supprimées. Au Moyen Âge elles étaient limitées au maximum par an à 3 jours de 5 charrettes, chacune de 6 bœufs, au village des Gâts. On a des valeurs d’incorporations de ces corvées aux Essarts, de 10 sols à 30 sols par an. Il est difficile d’apprécier ces valeurs, indiquées dans un aveu de 1598, mais sans indication de la date de leurs transformations en argent (10). Ces valeurs sont restées fixes et n’ont représenté ensuite que de très faibles montants, répartis entre tous les propriétaires du tènement.

Enfin le seigneur du Coin Foucaud percevait la dîme des agneaux, veaux, pourceaux, nés et élevés au village, et de laine des moutons. Elle était généralement fixée à 1/12 de la valeur des nouveaux animaux. Dès cette époque toutes ces redevances annuelles valaient bien peu, sauf le droit de terrage.
Comme il l’a fait partout ailleurs à Saint-André, le seigneur de Languiller, possesseur de la seigneurie du Coin Foucaud, a vendu ses redevances seigneuriales sur le tènement des Gâts dans la deuxième moitié du 16e siècle à un nommé Grassineau, bourgeois des Essarts. En 1606, c’est son gendre, René Merland, qui fit une déclaration noble à Languiller pour sa femme, Françoise Grassineau (11). L’encre du parchemin a bien pâli et empêche une lecture complète du texte. On apprend néanmoins qu’il tient ses droits en gariment perpétuel sous l’hommage que fait le seigneur de Languiller au baron des Essarts, à cause de sa seigneurie du Coin Foucaud. Ils consistent en un droit de terrage et en un cens. A cette occasion on découvre l’existence d’un moulin, dit « des Gaucher » ou des « Gâts », suivant les documents consultés. Les Gaucher étaient d’importants propriétaires de la Brossière.

La déclaration noble du 18 septembre 1617, faite par René Grassineau (alors sénéchal des Essarts), est encore moins lisible (12). On devine néanmoins que son contenu, reprenant vraisemblablement celui de 1606, est le même que la déclaration suivante de 1654, parfaitement lisible, elle (13). Dans cette dernière les redevances sont les suivantes :
-        le droit de terrage à la 1/6 partie des récoltes sur le tènement, rendable aux Essarts, où habitent les Merland et Grassineau.
-        8 ras d’avoine payable à la Saint-Michel-Archange
En plus, on trouve trois autres droits particuliers :
-        pour un moulin à vent « étant dans l’enclos dudit tènement des Gast appelé le moulin des Gaucher » est dû un droit d’1 chapon et 3 sols à noël de devoir noble féodal,
-        pour le droit de rivage (coupe des herbes poussant sur les bords des ruisseaux) : 3 sols payables à la fête de Notre-Dame de septembre,
-        20 sols en argent de rente noble et féodale rendable aux Essarts à noël, et prélevée sur les habitants du village.

Les Essarts (quartier Saint-Michel)
A ces redevances s’ajoutent le droit de fief, autrement dit les lods et vente à payer à chaque mutation de biens, et le droit de basse justice (ici appelée « voirie », ce qui est rare). Nous avons là une situation classique à Saint-André-Goule-d’Oie, avec des droits venant du fond des âges, aux montants symboliques à cette époque, sauf le terrage et les droits de mutations.

Le propriétaire de ces droits devait à la seigneurie du Coin Foucaud, en fait à son propriétaire le seigneur de Languiller, 1 sol de devoir annuel et le paiement du droit de rachat à chaque mutation de biens. Il est clairement présenté en 1654. Il s’agit de « René Merland, sieur du Coudray, fils ainé de feu maître Jacques Merland et Marie Cicoteau, vivants sieur et dame du Coudray, mes père et mère, tant pour moi que pour mes cohéritiers frères et sœurs ». Le Coudray est ici un lieu des Essarts situé au nord du bourg.

Jacques Merland, le père, « était notaire royal de la baronnie d’Avaud. Il épousa en premières noces, en 1612, Jacquette Suzeneau, fille de Jean Suzeneau, sieur du Fief Redoux, et de Catherine Le Duc. Elle est décédée sans enfants en 1614. Il épousa en secondes noces, en 1614, Marie Cicoteau, sans doute fille de Thomas Cicoteau, greffier de la baronnie des Essarts, et d’Anne Jacquelin ». En citant ici un extrait du site internet : famillesvendéennes.fr sur la famille Merland (branche de la Morinière), on peut tenter de le situer dans sa généalogie familiale. Dans la déclaration de 1654, René Merland est présenté comme le fils aîné de Jacques Merland et Marie Cicoteau, mais peut-être était-ce le second fils.

Comment René Merland est venu à la propriété de ces droits au village des Gâts ? Par la famille Grassineau visiblement, mais on ne sait pas comment. Il semble que le René Grassineau déclarant en 1617, possédait les droits à cause d’une cousine, croit-on deviner dans cette dernière déclaration. Et le René Merland de 1606, époux de Françoise Grassineau, n’a pas de lien connu avec celui de 1654. Avec un registre paroissial inexistant pour cette époque aux Essarts dans les archives disponibles, il ne nous est pas possible d’aller plus loin dans nos investigations.

Le René Merland de 1654 s’est-il marié ? On ne sait pas. Et pourtant on aimerait bien faire le lien entre lui et la déclarante suivante pour les droits des Gâts en 1686 : Elizabeth Babin. Celle-ci était l’épouse de Louis Cicoteau, sieur de la Touche, et fit sa déclaration comme mère et tutrice de ses enfants et de son premier mari Louis Cicoteau en 1686 (14). A présent elle était remariée avec François Le Bœuf, écuyer seigneur de Saint-Martin, et demeurait aux EssartsElle était la fille de Pierre Babin, avocat en parlement et échevin de la ville de Fontenay, sieur de l’Aglier (ou Ardilliers) et d’Ardennes, et demeurant à Fontenay-le-Comte. Sa mère s’appelait Elizabeth Brunet. Les Babin s’étaient fait un nom dans les métiers du droit, notamment à la Rochelle (15).

C’était le cas aussi de Louis Cicoteau, mari de Claude Elizabeth Babin, dont un frère, Thomas Cicoteau, sieur de la Martinière et de la Thomazière, était lieutenant général civil (magistrat) en l’élection de Mauléon (16). Il représentera sa belle-mère, Michelle Grassineau, la mère de Louis Cicoteau, au mariage de ce dernier avec Elizabeth Babin le 22 avril 1659 (15). Louis Cicoteau était le fils puîné de Jean Baptiste Cicoteau, qui fut procureur fiscal de la baronnie des Essarts, et de sa seconde femme, Michelle Grassineau. Jean Baptiste Cicoteau avait été fermier de la baronnie des Essarts de 1642 à 1650, comme un de ses ancêtres, Benoit Cicoteau, receveur et fermier de la baronnie et aussi marchand dans les années 1560/1570 (17). Louis le fut lui-même à compter du 17 mai 1678 dans un bail de 6 ans, moyennant le prix de 9 000 livres par an (18). Il est mort avant la fin du bail. Louis Cicoteau et Elizabeth Babin eurent quatre enfants, dont l’ainé s’appelait Louis aussi comme son père, et fit une brillante carrière de magistrat à Fontenay, puis à la Chambre des Comptes de Nantes.

Ces liens familiaux entre les Cicoteau et les Grassineaux ne sont pas la preuve d’un héritage entre René Merland déclarant en 1654 et la veuve de Louis Cicoteau déclarante en 1686, mais nous n’en savons pas plus. Sa déclaration noble est en tout point semblable à celle de René Merland.

La déclaration suivante en 1701, reprenant le texte habituel, comporte une précision nouvelle : le moulin des Gâts est en ruine (19). Ici il est désigné le moulin des Landes, et on y accédait par un chemin venant des villages du Clouin et du Pin. Il n’est pas à confondre avec le moulin de Belair ou de Dria, bâti dans le tènement voisin des Landes du Pin. En 1703 le moulin des Gâts est possédé par les sœurs Gaucher, Perrine et Françoise, mariées respectivement à André Tetaud et Jean Metereau. Il est bâti sur une parcelle de 2,5 boisselée et 10 gaulées, qui est franche de terrage. Les propriétaires ne paient plus qu’un cens d’un chapon pour la tourelle et masure du moulin.

Château de Linières dessiné vers 1880 
par R. de Gouttepagnon
La déclaration de 1701 nous permet aussi de préciser que le possesseur des droits seigneuriaux est désormais le seigneur de Linières. Fils de Louis Cicoteau (mort vers 1680) et d’Elizabeth Babin (remariée à François Le Bœuf, seigneur de Saint-Martin), Louis Cicoteau (1663-1743) s’est marié avec Renée Massoteau, puis s’est remarié avec Marie Anne de Tinguy. Il eut neuf enfants entre 1695 et 1713, tous nés à Fontenay-le Comte, où il demeura longtemps. Il fut reçu conseiller en la sénéchaussée de Fontenay en 1690, comme son père, son grand-père maternel, Paul Babin, ayant été avocat et échevin de la ville. Louis Cicoteau acheta ses lettres de noblesse qu’il reçut au mois de juin 1701, moyennant le paiement de 6 000 livres. Il avait acheté Linières vers 1701, et en 1731 il acheta aussi la seigneurie de la Touche-Mouchaude (Roche-sur-Sèvre) pour 24 000 livres. Il possédait aussi les terres de La Touche aux Essarts par héritage, d’Ardenne et du Gros-Nohier (près de Fontenay). En 1708 il devint juge au siège royal de Fontenay. En 1716 il acheta l’office de conseiller auditeur à la Chambre des Comptes de Bretagne, aidé par ses relations familiales (les Pichard et Rochard), moyennant le prix de 33 000 livres. Il le résigna (revendit) en 1737 au profit de Jacques Jannet. On lui connait des adresses temporaires à Nantes où il résidait pour son semestre (session) dit de septembre, et il mourut à Fontenay (20).  

La récente ascension sociale du fils du bourgeois des Essarts devait faire « jaser » dans la région, comme en témoigne une anecdote qui met en scène le curé de Chavagnes-en-Paillers, Maurice Léo, dans les années 1720. C’était un original comme le montre l’anecdote suivante racontée en 1876 par l’historien C. Gourraud, notaire dans la localité (voir sa biographie dans le dictionnaire des Vendéens sur le site internet des Archives de la Vendée). Celui-ci écrit : « un dimanche il dit en son sermon : 
- Des personnes disent qu’il y a des sorciers, d’autres le nient, eh bien moi je vous dis qu’il y en a, et si je voulais je pourrais vous en nommer ; mais je ne le veux pas pour aujourd’hui : ce sera pour dimanche. 
On conçoit combien cette annonce fit rendre de monde à la grand’messe. Voyant la foule qui remplissait l’église, le curé commença par dire qu’il se doutait bien de la cause de ce concours extraordinaire, et pour tenir sa promesse, il allait nommer trois sorciers, savoir : Champea, Cicotea et Bodrea (Jacques Merland, sieur de Champeaux, propriétaire de la Guichardière ; Cicoteau, propriétaire du château de Linières près du bourg de Saint-André-Goule-d’Oie, et Badereau, propriétaire du château de la Lande en Saint-Hilaire-de-Loulay). Les noms en « ea » se prononçaient jadis en « eau », et le curé Leo prêchait en patois, comme faisaient la plupart de ses confrères :
- Pourquoi sont-ils sorciers ? Ajouta-t-il. C’est, qu’il n’y a pas longtemps, ils étaient comme plusieurs d’entre vous, en de modestes positions de fortune, et qu’ayant eu le talent de s’enrichir, ils sont aujourd’hui devenus de gros messieurs. Eh bien ! Faites comme eux, et vous aussi vous serez sorciers ! » (21).

On est là dans la pratique du sermon par l’émotion, promut au Moyen Âge par l’Eglise, et pouvant prendre bien des voies possibles, pourvu qu’elles restent dans les canons de la morale. On pourrait y voir ici une manipulation douteuse, mais ce serait risquer l’anachronisme, qui projette dans le passé notre sensibilité d’aujourd’hui. Il nous faudrait pénétrer dans la mentalité locale de l’époque pour bien saisir la portée de l’anecdote. Ce Maurice Léo était originaire d’Irlande, l’évêché de Luçon manquant alors de vocations sur place.

Dans un aveu de la baronnie des Essarts au duché de Thouars en 1718, Louis Cicoteau est toujours cité comme écuyer, sieur de la Touche, et tenant d’elle « son hôtel et maison noble de la Linière et fief dudit lieu, jadis appelé Drollinière » (22). Parmi ses neuf enfants, on relève Louis Venant (1697-1729), qui fut seigneur de Linières et pour lequel il acheta l’office d’auditeur à la Chambre des comptes de Bretagne en 1724. Mort prématurément en 1729, ce dernier laissa une fille avec son épouse Marie Agnès Badereau, Félicité Louise Cicoteau. Un autre fils de Louis Cicoteau, Pierre Thomas Cicoteau (1713-1735), fut seigneur d’Ardennes (Charzais). Son père lui acheta aussi un office d’auditeur de la Chambre des Comptes de Bretagne en 1733, mais lui aussi mourut jeune, le 30 novembre 1735 (20).

Deux déclarations roturières en 1779


Le 12 janvier 1779 on a 25 propriétaires qui firent une déclaration roturière au seigneur de Linières (23). Ce dernier s’appelle alors Alexis Samuel de Lespinay, chevalier, seigneur baron de Puybelliard, Chantonnay et Sigournais, seigneur du Pally, Linières et autres lieux. Il s’était marié en 1750 à Saint-André-Goule-d’Oie avec Louise Cicoteau, la petite-fille de Louis Cicoteau cité plus haut. Cette dernière mourut à Chantonnay en 1763, âgée de 37 ans. Son mari reçu la déclaration au nom et comme administrateur de ses enfants et de la « dame Louise Félicité Cicoteau, dame seigneur de Linière ».

Les Gâts
On est frappé d’abord par la dispersion de la propriété sur le tènement des Gâts. Les deux plus grosses borderies appartenant aux mêmes propriétaires ne totalisent que 54 boisselées pour René Loizeau du Coudray (Saint-André), et 100 boisselées pour Jean et François Fluzeau de la Brossière. Et 2 propriétaires seulement habitent dans le village, 13 habitent aux villages proches de la Brossière (Saint-André) et la Guierche (Vendennes). Les dix autres sont dispersés aux environs à Vendrennes (deux), Saint-André (cinq), Sainte-Florence (un), Chauché (un), et même les Herbiers (un). Ceci fait un village sous la coupe de ses plus riches voisins. On y trouve 8 maisons et 2 masuraux, mais sans la certitude d’être exhaustif dans ce type de document.

Cette déclaration, rédigée par des notaires des baronnies de Puybelliard, Chantonnay et Sigournais, a été présentée à l’assise (tribunal) de la seigneurie de Linières le 12 mars 1779. On n’a pas son compte-rendu, mais on devine qu’au moins trois autres propriétaires absents ont dû subir une injonction de régulariser leur situation. En effet, un notaire de Saint-Fulgent a rédigé le 15 avril 1779 une déclaration roturière faite ensemble par trois autres petits propriétaires des Gâts au seigneur de Linières (24).

Ce dernier notaire reprend le même contenu de déclaration que celui écrit par ses collègues. Les trois déclarants indiquent : « tenons et avouons tenir roturièrement de vous mondit seigneur, à cause de votre seigneurie de Linières au village et tènement des Gâts en ladite paroisse de Saint-André, les domaines qui suivent ». Nous avons vu que les droits du seigneur de Linières lui étaient personnels et n’étaient pas attachés à sa seigneurie de Linières. Mais le notaire a repris une formulation habituelle, juste néanmoins dans beaucoup d’autres cas.

François Robin est propriétaire d’un champ de 1,5 boisselée, qui est « sujet à la sixième partie des fruits y croissant pour droit de terrage, rendable à votre seigneurie de Linière, et en outre à la contribution solidaire de 8 boisseaux seigle, 8 boisseaux avoine à la mi-août et à 1 livre 3 sols en argent au même terme ». On le voit, ces redevances ont un peu changé depuis 1703, mais restent modestes, sauf le terrage, d’autant qu’elles sont dues par l’ensemble des propriétaires.

Ensuite André Grolleau tient à titre d’acquisition de René Gouin « une pièce de terre contenant 2 boisselées ou environ, sujette comme dessus, le contrat d’acquêt de laquelle dite pièce du Grand Pâtis, je vous exhibe mondit seigneur, et offre vous payer les lods et ventes qui vous sont dus ». Il s’agissait d’un droit de mutation à payer au seigneur par le nouveau propriétaire. Louis XIV y ajouta un impôt d’Etat de 1 % de la valeur des biens (le centième denier). Dans le cas d’un achat, le contrat d’acquisition devait être communiqué au seigneur. C’est ce qu’on appelait son « exhibition ». On soupçonne ici qu’elle n’avait pas été faite auparavant, ainsi que le paiement des lods et vente, d’où l’offre de le faire lors de la déclaration, à laquelle il n’avait pas pu échapper. Son achat remontait au 17 mai 1772 (25). Enfin François Chateigner tient un champ de 5 boisselées, appartenant à sa femme, « sujet ladite pièce de terre au même droit de terrage, rente et cens que dessus ». Et il précise comme cela était obligatoire l’origine de propriété : sa femme était héritière de Marguerite Menanteau sa mère.

Les Gâts
Les déclarants reconnaissent au seigneur de Linières la retenue féodale sur le village et tènement des Gâts. C’était le droit de prendre la place de l’acquéreur dans une vente de biens immeubles sur le tènement, à condition de rembourser ce dernier de tous ses frais d’acquisition. La règle, très ancienne, avait pour but d’éviter la dispersion des fiefs. Il en était de même pour les biens de famille : un autre membre de la famille d’un vendeur pouvait prendre la place d’un acquéreur qui y était étranger. La Révolution émancipa le droit de propriété de ce type de contraintes.

La déclaration indique les autres redevances collectives dues sur le village et tènement des Gâts :
-        au seigneur de la Roche de Chauché, à présent à Jean et François Fluzeau de la Brossière, la rente seconde de 8 boisseaux seigle mesure des Essarts,
-        au seigneur de Landelière 1 boisseau seigle, 5 raz d’avoine et 6 sols en argent. Il s’agissait d’un Baudry d’Asson, appartenant à une ancienne famille originaire de Grezée (Essarts), et demeurant alors au château de Beaumanoir (Dompierre-sur-Yon). On le rencontre de la même manière dans plusieurs autres tènements de Saint-André-Goule-d’Oie, héritier peut-être de redevances provenant d’Elie de Goulaine, seigneur de Linières, dont une descendante s’allia avec les Baudry d’Asson, seigneurs de Landelière.
-        au seigneur des Essarts 3 sols,
-        et au sieur Maupin, au lieu du sieur Allaire de Lespinais, 7 boisseaux seigle, le tout de rente seconde foncière au terme de mi-août, requérable sur le village. C’est-à-dire que le transport chez le créancier était à sa charge.

On y apprend que le créancier est François Maupain, huissier royal demeurant au bourg des Essarts, au nom de ses enfants mineurs et de sa défunte épouse, Rose Allaire. Celle-ci étant l’héritière de Pierre Allaire de Langevinière, à qui la rente avait été reconnue par les teneurs par acte du 11 juin 1695. De plus, le présidial de Poitiers avait décidé de sa légitimité dans une sentence rendue par défaut contre André Chaigneau et François Fluzeau le 17 décembre 1708. Dans une autre reconnaissance du même notaire du 12 décembre 1789, on lit qu’un autre membre de la famille Allaire, Esprit Augustin Allaire, sieur de la Brunelière, est qualifié de bourgeois demeurant en la maison de Lespinais aux Essarts (26). Rappelons qu’avant 1437 le fief de la Barette était nommé Lespinais, possédé depuis 1783 par Charles Simon Guyet, maître de postes de Saint-Fulgent. En 1789 il faut vraisemblablement continuer à établir un lien entre les deux noms de la Barette et de Lespinais aux Essarts. Précisons qu’il existait aussi à Sainte Cécile un fief appelé Lespinaie, mouvant de la baronnie des Essarts (27). Enfin ces deux lieux-dits n’ont pas de lien avec le patronyme d’Alexis Samuel de Lespinay.

Nous avons trouvé une autre reconnaissance du 10 décembre 1789 au sieur Maupain, faite solidairement par les teneurs du village et tènement des Gâts, d’une rente foncière, annuelle et perpétuelle de 7 boisseaux de seigle, mesure des Essarts, requérable sur le village, à chaque terme de Notre-Dame en août (28). Elle cite le nom de 26 propriétaires, représentant une grande partie d’entre eux. On y reconnait des propriétaires demeurant à la Brossière proche. Ils sont qualifiés souvent de bordiers, (c’est-à-dire de petits propriétaires) parfois de laboureurs, et 7 d’entre eux sont marchands, sacristain, journalier, farinier ou tanneur.

La rente de la Roche de Chauché


La Roche de Chauché
Le dépouillement des archives de la Rabatelière nous informe aussi de l’existence de la rente seconde, foncière, annuelle et requérable, due par les teneurs des Gâts à la seigneurie de la Roche de Chauché, de 8 boisseaux de seigle, à la mesure des Essarts, ce qui faisait un boisseau pesant 15,4 kg.
Le sénéchal des assises de la Rabatelière, Jean Bousseau, avait prononcé un jugement de défaut à cause de leur absence, contre Jean Robin, Jacques Chedanneau et Gaucher, propriétaires dans le tènement des Gâts, le 7 juin 1632. A l’assise suivante du 19 août 1632, il enregistra la déclaration de Jean Robin « tant pour lui que pour les autres teneurs » de la rente de 8 boisseaux (29).

La Roche de Chauché, appartenant alors au seigneur de la Rabatelière, prélevait sur plusieurs villages de Chauché et Saint-André-Goule-d’Oie, des rentes en nature d’un montant variable. Nous l’avons vu au Coudray, à la Bergeonnière, à la Javelière, à la Brossière, à la Boutinière, à la Chevaleraye et à la Boninière. C’était une rente qui avait été créée sur une rente préexistante (elle était seconde), garantie sur un bien foncier comme un tènement (de nature noble ou non) et quérable.

Son origine nous est inconnue, et après la Révolution elle donnera lieu à des procès avec la châtelaine de la Rabatelière. Celle-ci voulait continuer de la prélever et les propriétaires de la Bergeonnière et du Coudray la considéraient comme faisant partie des droits féodaux supprimés par la Révolution. Au Coudray ils abandonnèrent la partie, et à la Bergeonnière ils perdirent leur procès en cours d’appel. Il est intéressant de noter qu’au Gâts, la rente avait été acquise avant la Révolution par une famille prospère de la Brossière, les Fluzeau. Nous aimerions connaitre si elle aussi donné lieu à des difficultés après la Révolution.

La propriété foncière au 18e siècle


Les déclarations de 1779 nous font voir la dispersion de la propriété entre de nombreux propriétaires. Cela ne nous dit pas comment les parcelles de propriétés pouvaient être réunies dans les unités d’exploitations agricoles, borderies et métairies. Mais dans les archives notariales, les ventes et fermes des exploitations nous permettent de les repérer. Nous en avons trouvé une dans un bail de 1777 (30).

Il s’agit d’une petite borderie, louée pour 9 ans à un prix annuel de 42 livres. Pour ce prix, on estime une surface autour de 3 hectares seulement. Et encore, celle-ci comprend les terres affermées par le bailleur à Jean Soulard, par ferme verbale au prix annuel de 13 livres. Le bailleur est André Bordron, laboureur demeurant au bourg de Saint-André. Le preneur est Gabriel Coffineau, bordier demeurant aux Gâts. Il remplace Jean Pain, fermier sortant. Nous avons aussi repéré une autre borderie aux Gâts d’une superficie de 69 boisselées (8,28 ha), relevant de Linières pour 58 boisselées et de Languiller pour 11 boisselées (31). Ces dernières étant situées dans un tènement voisin, probablement le Pin.

Près du village des Gâts
Pour mieux connaitre la répartition de la propriété foncière aux Gâts, nous disposons heureusement dans le dossier rassemblé par l’abbé Boisson, et conservé aux Archives départementales de la Vendée, d’un « calcul, jet et supputations des dites rentes et devoirs » dus par les teneurs des Gâts, fait le 3 novembre 1703 par un notaire de la Grève (32). Le mot « jet », synonyme de calcul, dérive de la pratique ancienne en comptabilité de calculer avec des jetons (33). Et enfin, on va connaitre tous les propriétaires. Le tènement occupait alors une surface de 395 boisselées (48 hectares) répartis ainsi : 89 % en terres cultivables, 7,5 % en prairies naturelles, 3 % en jardins et vergers, et 0,5 % en surfaces de bâtiments du village.

Ces 0,5 % faisait 3 550 m2, avec de petits jardins attenants parfois, et les voies d’accès, ce qui est peu, alors que les autres jardins occupaient 14 164 m2. Mais pour ces derniers les surfaces sont confondues avec celles des vergers (vergers et jardins paraissent comme des synonymes dans leur usage par les notaires de l’époque). Sur les 3 550 m2 de bâtiments, la plupart sont petits : 9 maisons d’une ou deux pièces, 7 masureaux et petites maisons d’une pièce, 3 appentis, 2 granges et 1 toit à animaux. Il existait une fontaine commune dans le village, pour y puiser l’eau potable. On note aussi une maison en masure, c’est-à-dire en ruine. Nous sommes en 1703 dans une mauvaise période d’appauvrissement général à cause d’un pic de froid rigoureux du climat de l’époque, celui-ci appelé par les historiens « Petit Âge Glaciaire ».

Cette petite surface des bâtiments révèle le peu de place accordé à l’élevage des animaux. D’ailleurs l’ensemble du tènement ne possède que 3,6 hectares de prairies naturelles, alors que n’existaient pas les prairies artificielles et qu’on ne cultivait que très peu de plantes fourragères.

La répartition des 395 boisselées (48 hectares) révèlent une atomisation de la propriété au fil des héritages. La plus grosse exploitation est une borderie, appartenant au sieur du Coudray (Saint-André), ne faisant que 95 boisselées (11,5 ha). A l’opposé on a 100 boisselées (12,2 ha) partagées entre 28 propriétaires, soit une moyenne de 5,6 boisselées (6 800 m2) chacun. Entre cet unique propriétaire de 95 boisselées et ces 28 propriétaires de 100 boisselées, on à 6 propriétaires possédant environ 8 boisselées chacun (totalisant 6 ha, soit 13 % de la surface totale), et 9 propriétaires possédant de 8 à 25 boisselées (1 à 3 ha), totalisant 152 boisselées (18,2 ha, soit 38 % de la surface totale).

Les 95 boisselées de la borderie du sieur du Coudray se partageaient entre 5 parcelles de pré totalisant 7,5 boisselées, et 18 parcelles de terre totalisant 84,7 boisselées, le reste étant en jardin, verger et bâtiments. Elle est à l’image du tènement : peu d’élevage et parcellisation importante des surfaces. En 1762, on y a inventorié 18 brebis plus 2 chèvres et un daim (nom vulgaire du bouc ou du chevreau). Il y avait 3 vaches avec 3 veaux et « torres » (jeunes vaches qui n’ont pas encore porté), et seulement 2 bœufs. Sauf le menu bétail, il s’agissait d’élever des animaux pour le trait, c’est-à-dire destiné aux cultures, avec deux sous-produits indispensables dans une économie de subsistance : le lait pour se nourrir, et le fumier pour le jardin. L’ensemble de ces animaux étaient évalués pour 180 livres (34).

Cette borderie s’est constituée par achats successifs de la famille Moreau. On a d’abord deux achats aux Gâts de François Moreau, non datés et non précisés, remontant aux années 1620 (35). Il recommence en 1630 un autre petit achat pour 22 livres (page 136). Ses fils, Jacques et René Moreau, achètent ensemble ensuite en 1629 « certains domaines étant au village des Gâts pour la somme de 74 livres » (page 118). Ils continueront encore : le 21 janvier 1631 pour tous les droits d’Antoine Bregnault et autres au village des Gâts moyennant la somme de 6 livres (page 121), le 6 mai 1632 pour plusieurs parcelles au village des Gâts d’Arnaudeau et Trotin (notaires à Saint-Fulgent), moyennant la somme de 230 livres (page 133), le 29 avril 1634 pour certains domaines étant au village des Gâts de Vincent Bouffard et autres moyennant la somme de 30 livres (page 118), le 19 juin 1635 pour certaines terres au village des Gâts de Mathurin Fouchard moyennant la somme de 10 livres (page 119). Nous assistons là à une opération typique d’amassage de terres de riches propriétaires auprès de petits tenanciers le plus souvent, pour constituer au final une exploitation agricole, grosse borderie ou métairie. Celle-ci va faire l’objet d’un premier échange avec un Royrand. Puis Jean Royrand, sieur du Coudray et de Belair (Chauché,) et son gendre René Forestier sieur des Coutaux, la vendirent en 1662 par arrentement à Pierre Moreau, prieur de Saint-André. L’acquéreur payait une rente foncière annuelle et perpétuelle de 50 livres, rachetable à sa volonté moyennant le versement de 1100 livres (page 71). La borderie passa ensuite dans l’héritage de Marie Moreau, petit nièce du prieur, mariée à Artus Corbier. Elle fera partie de l’achat par René Loizeau en 1767 des biens de l’ancien fief du Coudray à Charlotte du Puyrousset.  

Les créanciers des rentes et autres redevances seigneuriales, dans le gaulaiement de 1703, étaient au nombre de cinq, totalisant un prélèvement annuel de 24 boisseaux de seigle, 13 boisseaux d’avoine et 32 sols en argent. Le total représente une valeur en argent d’environ 62 livres. La borderie du sieur du Coudray en supportait le quart, à la charge du fermier. Le reste devait être réparti entre les 43 autres propriétaires. Pour cela on avait déjà fait réaliser un bornage des parcelles en 1646 par Jean Ledoux, notaire au bourg de la Grève (siège d’une baronnie à Saint-Martin-des-Noyers), car la répartition se faisait au prorata de toutes les natures de surfaces possédées. Mais en 1703, les nombreux changements intervenus depuis 1646 parmi les propriétaires, avaient rendu nécessaire de recommencer les calculs de répartition individuelle des redevances. On demanda au fils du notaire, notaire lui-même, maître Pierre Ledoux, de les réaliser. Ce n’était pas obligatoire de passer par un notaire pour ces calculs, mais c’était fréquent semble-t-il.

Pour voir ce que cela donne, prenons l’exemple de Louise Papin possédant 5 boisselées et 45 gaulées, soit à peu près la moyenne de la surface possédée par les 28 plus petits propriétaires. Les calculs opérés par Pierre Ledoux donnent pour elle une charge de 2 mesures ¾ en seigle, 1,5 mesure en avoine, et 6 deniers en argent. Rappelons que la mesure représentait la huitième partie d’un boisseau. Ainsi, converti en nos unités de mesure modernes, elle devait : 5,3 kg de seigle, 2,5 kg d’avoine et environ quelques centimes ou dizaines de centimes d’euro.

Tableau de L. Engelen
Pour évaluer en argent les céréales, l’exercice est difficile à cause de la sensibilité des prix sur un marché alors inexistant. En période de disette, la demande était toujours la même, et les prix montaient à cause de la rareté de l’offre. Faute de commerce entre les régions françaises (transports insuffisants), le marché n’existait que très peu, et les prix n’avaient aucun rôle d’ajustement entre l’offre et la demande. Leurs montées ne constituaient qu’une catastrophe de plus en cas de disette. Si on prend une moyenne de prix représentative à cette époque de 1 livre le boisseau de seigle, Louise Papin avait une charge annuelle d’à peine 9 sols, soit une demi-livre environ hors spéculation des prix. C’était à peu près le prix payé au curé pour faire dire une messe (10 sols au curé de Chauché), aussi le salaire d’environ une journée de travail d’un ouvrier. C’est très peu, mais dans les années de disette, quand on ne mangeait pas à sa faim, et qu’il fallait quémander pour conserver des grains à semer pour les récoltes de l’année à venir, il n’y avait pas de petites sommes. 

On entrevoit la pauvreté de certains habitants avec le cas de René Gouin, sabotier, qui habitait au village des Gâst avec sa femme Renée Crespeau. C’est lui qui avait vendu en mai 1772 à André Grolleau, meunier demeurant au Coudray, 3 boisselées de terre, moyennant le prix de 48 livres (25). Le 25 octobre suivant il louait à Marie Chatry, veuve Cougnon demeurant à la Vrignonnière (Essarts), deux vaches. Celles-ci, l’une âgée de 4 ans et l’autre de 5 ans, avaient été estimées ensemble 107 livres. Le preneur partageait les revenus (naissance des veaux, lait) à moitié avec le bailleur (36). Et le 21 août 1773, René Gouin dû vendre aux Fluzeau de la Brossière, la moitié d’une vigne (1 boisselée et 15 gaulées) et 2 planches de jardin, pour 63 livres, dont il ne reçut que 5 livres 19 sols et 1 denier. Le solde ayant servi à rembourser aux acheteurs des arrérages d’une rente qu’il leur devait (37).


(1) A. de Guerry, Chavagnes communauté vendéenne, Privat, 1988, page 316.
(2) Partage en date du 12-10-1532 de la Jarrie, Raslière et Merlatière, page 8 et 10, Archives nationales, chartrier de Thouars : 1 AP/1182.
(3) Copie de l’aveu du 26-1-1517 de la Boutarlière aux Essarts, Archives de la Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/G 39.
(4) A. Bitton, Naissance des fiefs, juridictions Bas-Poitevines et liste des droits de fief en Poitou 1889, page 109 et s. vue 70, Archive de Vendée, Annuaire de la Société d’Emulation de la Vendée.
(5) Positions contradictoires sur la dépendance de Saint-André-Goule-d’Oie à Linières et factum de M. du Plessis Clain contre M. de La Brandasnière dans un mémoire de 1646, Archives de la Vendée, chartrier de la Rabatelière 150 J/C 17.
(6) Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 29-2, la Boutarlière.
(7) notaire de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/13, ferme du 25-4-1790 de la métairie de la Bordinière, borderie de Maurepas et 23 rentes, de Montaudouin aux Remaud.
(8) Jacques Peret, Histoire de la Révolution Française en Poitou-Charente 1789-1799, Projets Editions, Poitiers, 1988, page 13.
(9) 150 J/G 61, aveu du Coin Foucaud et du Vignault du 2-7-1605 par le seigneur de Languiller aux Essarts, recopiant un aveu de 1550.
(10) Aveu du 30-9-1598 du seigneur des Roullins à Thouars, à cause de sa femme G. Jupille, Archives nationales, chartrier de Thouars : 1 AP/1136, page 3, 5 et 6.
(11) 150 J/G 65, déclaration noble du 8-6-1606 de René Merland à Languiller pour droit de terrage et autres aux Gâts.
(12) 150 J/G 65, déclaration noble du 18-9-1617 de René Grassineau à Languiller pour divers droits seigneuriaux aux Gâts.
(13) 150 J/G 65, déclaration noble du 4-3-1654 de René Merland à Languiller pour divers droits seigneuriaux aux Gâts.
(14) 150 J/G 65, déclaration noble du 20-3-1686 d’Elizabeth Babin à Languiller pour divers droits seigneuriaux aux Gâst.
(15) Mariage de Louis Cicoteau avec Claude Babin du 22-4-1659, Archives de Vendée, notaires de Fontenay-le-Comte, étude Paul Train : 3 E/36 D, vues 178 à 185 sur le fichier numérisé.
(16) N. Gabillaud, Notes sur les Cicoteau, Mémoires  de la Société historique et scientifique des Deux-Sèvres, 1911 (A7) page 83.
(17) Quittance du 30-6-1571 de 2 sous-rachats dus par les Essarts à Thouars, Archives nationales, chartrier de Thouars : 1 AP/1135.
(18) Archives de Vendée, archives des baronnies des Essarts et de Rié - fonds conservé à Turin (Archivio di Stato di Torino) : 1 Num 231/28 et 1 Num 231/41, accessible par internet sur le site des Archives départementales de la Vendée. 
(19) 150 J/G 65, déclaration noble du 4-2-1701 de Louis Cicoteau à Languiller pour divers droits seigneuriaux aux Gâst.
(20) Guillaume Porchet, Les Poitevins à la Chambre des Comptes de Bretagne, 2007, mémoire d’Histoire de master 1, Université de Nantes, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, UFR Histoire et Sociologie. 
(21) C. Gourraud, Notes historiques sur Chavagnes en Paillers (1876), page 61 (vue 54), Archives de la Vendée, annuaire de la société d’émulation de la Vendée.
(22) Aveu des Essarts du 1-3-1718, page 14, Archives nationales, chartrier de Thouars : 1 AP/1135.
(23) Déclaration roturière du 12 janvier 1779 de 25 teneurs du village et tènement des Gâts à Linières, Archives du diocèse de Luçon, Saint-André-Goule-d’Oie sous l’Ancien régime : AAP.
(24) Déclaration roturière du 15-4-1779 de trois teneurs des Gâts à Linières, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Bellet 3 E 30/126.
(25) Vente du 17-5-1772 de domaines par René Gouin à André Grolleau, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/121.
(26) Reconnaissance du 12-12-1789 d’une rente due à Esprit Augustin Allaire par les teneurs de la Rabretière (Essarts), Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Chateigner 3 E 30/125.
(27) Aveu des Essarts du 1-3-1718, page 6, Archives nationales, chartrier de Thouars : 1 AP/1135.
(28) reconnaissance du 10-12-1789 d’une rente de 7 boisseaux seigle due à Maupain par les teneurs des Gâts, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Chateigner 3 E 30/125.
(29) 150 J/E 1, assises de la Rabatelière et autres fiefs de 1619 et 1632, assises du 19-8-1632.
(30) Ferme du 18-5-1777 d’une borderie aux Gâts d’André Bordron à Gabriel Coffineau, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Bellet 3 E 30/126.
(31) Patrick Molé, François Cougnon un capitaine de paroisse dans la guerre de Vendée, 1990, mémoire de maitrise d’Histoire, Paris Sorbonne IV, Archives du diocèse de Luçon, bibliothèque.
(32) Nouveau calcul fait le 3-11-1703, de la répartition des devoirs dus par les teneurs des Gâts, Archives de la Vendée, don de l’abbé Boisson : 84 J 5.
(33) G. Zeller, Les Institutions de la France au 16e siècle, PUF, 1948, page 381.
(34) Inventaire après-décès de Louis Corbier de Beauvais du 8 au 13 février 1762, Archives de Vendée, notaire de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/3.
(35) Inventaire après-décès en 1666 du mobilier, vaisselle, linge et papiers de Pierre Moreau, Archives de Vendée, chartrier de Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29, page 151, et suivantes indiquées dans le corps du texte.
(36) Bail à cheptel de fer du 25-10-1772 par Marie Chatry à René Gouin, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/121.
(37) Vente du 21-8-1773 de domaines par René Gouin à Jean et François Fluzeau, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/121.

Emmanuel François, tous droits réservés
Novembre 2017, complété en octobre 2018

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