vendredi 15 janvier 2010

Un précieux patrimoine, le vin de Chauché

A la page 56 de mon livre, je relate la vente d’un vin de Chauché en date 6 août 1622 dans une auberge de Fontenay-le-Comte, « La Galère ».
Surpris par cette révélation, mettant apparemment la réputation de ce vin à un niveau supérieur à celui de mes souvenirs, je n’ai pas hésité, cependant, à l’honorer comme se doit de le faire tout bon citoyen attaché à la commune de Chauché.
Depuis, la fréquentation de deux blogueurs (http://chauche-nouvelles.allmyblog.com et http://georgespierre.unblog.fr), m’a ouvert un autre horizon. Chauché est le nom d’un cépage de vigne. Le dictionnaire Littré lui même l’affirme :
Chauché, nm (chô-ché), 1-Chauché gris, nom, en Bourgogne, du pineau blanc.
2-Nom d'un cépage de l'Aunis. Il y a le chauché noir et le chauché gris. Le vin d'Aunis, célèbre au moyen âge, se faisait avec le chauché. [Gloss. aunisien, p. 86]
Il semble bien que le cépage de Chauché était cultivé aux environs de La Rochelle au moins jusqu’à la Révolution, selon l’internaute yvonnet jeannine.
Et puis le Conservatoire du vignoble charentais - 16370 Cherves-Richemont, (http://www.labivin.net/article-nouvelles-decouvertes-sur-les-cepages--37818249.html), s’attache à découvrir les anciens cépages cultivés en Charente autrefois. La plus belle découverte reste le « trousseau gris » ou chauché ; il aurait été le cépage blanc le plus cultivé en Charente entre le 13e et le 18e siècle. Six types de chauché ont été identifiés, l’un d’entre eux a été testé avec de bons résultats, dignes d’un bon vin de pays.
« georgespierre.unblog.fr » nous rappelle la forte tradition de culture de la vigne dans la commune de Chauché, ainsi que son évolution. Il rapporte un détail important. L'abbé Paul Charrier, curé de cette paroisse, disait dans les années 1950 que l'origine du nom «Chauché» pouvait venir d'un cépage de vigne.
L’association du chant de la Pierre s’est activée pour retrouver le cépage de chauché, qui pousse encore à l’île de Ré. Il en va de la sauvegarde du patrimoine, au moins. Des plantations ont été faites à Chauché et on attend la première récolte avec intérêt.

Emmanuel FRANCOIS, tous droits réservés
Janvier 2010

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Les frères Cougnon de Saint-André-Goule-d'Oie


Il me paraît nécessaire de compléter et rectifier les brèves informations que j’ai données dans mon livre au sujet des frères Cougnon, capitaines de paroisse de Saint-André-Goule-d'Oie  au moment des guerres de Vendée. En effet, un article de la Revue du Souvenir Vendéen No 239 de juin 2007, apporte des précisions dont je n’ai pas eu connaissance à cette même époque où je commençais mes recherches sur Linières. Son auteur est Jérôme Biteau, et voici les précisions apportées dans son article : « Deux capitaines de paroisse : les frères Cougnon de Saint-André-Goule-d'Oie »
D’abord il ne faut pas confondre les deux frères : Christophe et François.

Christophe Cougnon 


Il est né aux Essarts le 13 août 1761 (vue 21). Il est le fils de Jacques Cougnon (1733-1807) et de Marie Chacun, ces derniers étant natifs de Saint-André. Au jour du rachat de Linières par Mme de Lespinay en août 1796, Jacques Cougnon est noté dans l’acte comme fermier de la Guérinière.

Le grand-père de Christophe Cougnon s’appelait aussi Christophe, marié à Marie Chaillou en 1730. Il était né en 1706 dans une ferme de la Ridolière où son propre père, Jean Cougnon (1696-1727) était alors fermier et marié en 1695 avec Marie Bricou. Jean Cougnon était le fils de Pierre Cougnon et de Marie Pain.


Puis Jacques Cougnon avait quitté  la Ridolière avec son père pour prendre une métairie au village de la Grange aux Essarts, appartenant à Louis Gabriel de Lespinay, seigneur de Beaumont. Il y résidait en 1776 (1). Ensuite il vint s’installer à la Guérinière, qui dépendait du domaine de Linières, appartenant à Charles Augustin de Lespinay, neveu du précédent.

Christophe et François Cougnon eurent trois frères et trois sœurs. Le contrat de mariage de l’un d’eux, Jean, avec une cousine au 5e degré, Marie Cougnon, en 1778 est accessible par internet sur le site de la Vendée (2).

Au moment de la Révolution, Christophe, habitant la Guérinière, occupait les fonctions de régisseur à l’amenage (ensemble agricole dépendant d’un propriétaire unique) du château de Linières, selon Jérôme Biteau. Cette information n’est pas forcément en contradiction avec celle que je relate dans mon livre (page 107) avec l’enterrement du régisseur de Linières, Jacques Mandin. Ce dernier évènement date de février 1794 et on peut penser qu’il a succédé dans cet emploi à Christophe Cougnon, qui a été grièvement blessé en août 1793 et qui avait sans doute dû délaisser sa fonction à Linières. De toute façon, le domaine de Linières était sous séquestre depuis juin 1792, à cause de l’émigration de son propriétaire à la fin de l’année précédente (3). Il y avait eu nomination d’un gardien sur place et les fermages étaient aussi sous séquestre. Nous n’en savons pas plus, mais il est probable que les hommes de confiance du vicomte de Lespinay sur place, dont Christophe Cougnon, devaient ronger leur frein face à cette situation.

Celui-ci avait épousé le 25 janvier 1785, à Saint-André, Marie Madeleine You, dont il eut 6 enfants. Il avait un surnom : Tophliet, diminutif de Christophe dans le patois local..

La loi de réquisition du 24 février 1793 concernait les hommes célibataires ou veufs sans enfants de 18 à 40 ans. A cet égard, les deux frères Cougnon ne tombent pas sous le coup de la loi, étant tous deux mariés, contrairement à ce qui a été écrit. Chaque département devait répartir son contingent entre les districts, et ces derniers devaient en faire autant entre les communes. La ponction était lourde, concernant en moyenne 20 % des inscrits sur les listes. Normalement on commençait par ouvrir un cahier où pouvaient s’inscrire les volontaires. On pouvait aussi organiser une souscription à leur profit, et à celui des désignés si les premiers étaient en nombre insuffisant. Dans les villes ces souscriptions ont été parfois utiles, la misère épaulant le patriotisme pour susciter des volontaires ou adoucir le sort des désignés. Faute d’assez de volontaires on procédait au tirage au sort (comme jadis la milice) ou à un scrutin (4). Ces détails n’apparaissent pas souvent dans les livres d’histoire sur la Vendée, comme si le tirage au sort avait été la règle unique et obligatoire. Mais on comprend que le refus massif de se rendre à la convocation rend ces précisions superflues.

Le Coudray
Dans la nuit du 9 au 10 mars 1793, au moulin Briand, dit Dria (aujourd’hui totalement disparu, entre le bourg de Saint-André et le village de la Brossière), Christophe prononce un discours aux conscrits de la paroisse, réunis pour décider que personne n’irait au biet (tirer au biet, au billet, c’est à dire au sort). Celui-ci devait avoir lieu le lendemain dimanche 10 mars, qui marque en maints endroits de la région le début de l’insurrection vendéenne (5).

Les exemptions d’inscriptions sur la liste des inscrits au tirage au sort, au profit des membres des administrations des municipalités et districts, ainsi que des gardes nationaux sur place (perçus comme des ennemis par les paysans) furent très mal comprises. On a dit que le tirage au sort utilisé au temps de l’Ancien Régime, faisaient partie des pratiques rejetées, ce qu’on n’a pas pu vérifier dans les cahiers de doléances. Défendre une république haïe était impossible pour les jeunes de Saint-André. 

Le 11 mars, date très probable, une partie des conscrits assomment mortellement le maire de Saint-André, Guesdon, parce qu’il a donné la liste des jeunes gens à tirer au sort aux autorités. Le même jour, l’adjoint Marchand (au Plessis-le-Tiers) est également assommé.

La mardi 12 mars se produisit l’épisode appelé « complot » à la foire de l’Oie. On ne sait pas si des hommes de Saint-André y participaient, mais contrairement à ce qui a parfois été écrit, on est sûr de la date de l’évènement (5). On fit prisonnier quelques gendarmes.

Dans la nuit du 11 au 12 mars une seconde réunion des conscrits a lieu dans le pré de Rapine près du Coudray. Il porte ce nom dans le cadastre de 1838 (parcelle no 1 de la section E 2 de la Boninière, en nature de pré, située peu avant que le ruisseau venant du Coudray, qu’il longe, ne se jette dans le ruisseau du Vendrenneau). Tophliet, grimpé sur un chêne élagué, qu’on montrait encore dans les années 1950, fait un discours mobilisateur pour attaquer les bleus à Saint-Fulgent le lendemain. Il est acclamé comme chef. On devait prévoir que l’assassinat du maire et de son adjoint allait attirer l’arrivée des bleus.

Le 13 mars, au petit matin, les hommes de Tophliet attaquent à l’entrée du bourg de Saint-Fulgent, une troupe de 200 hommes (version de l’abbé Charpentier, ou une centaine dans la version de l’abbé Deniau), et la mettent en déroute, à l’issue d’un stratagème astucieux imaginé par le nouveau capitaine de paroisse. Pour Saint-Fulgent et Saint-André cette journée est souvent retenue pour dater le début de l’insurrection, ce qui peut se discuter. D’autres récits retiennent le chiffre de 3 000 républicains mis en déroute à Saint-Fulgent (5). On hésite à valider ce chiffre.

Dès le lendemain 14 mars les volontaires de toutes les paroisses voisines se rassemblent à Saint-Fulgent sous les ordres du vieux chevalier de Royrand, (c’est le début officiel de l’armée du centre).

Le 19 mars suivant les troupes de ce dernier, comprenant les combattants de Saint-André-Goule-d’Oie regroupés autour de Christophe Cougnon, remportaient la première grande bataille, dite du Pont-Gravereau ou de la Guérinière (Saint-Vincent-Sterlanges), contre l’armée régulière du général Marcé. Sans même connaitre cet évènement, la Convention, le même jour, décréta la peine de mort dans les 24 heures pour tous ceux qui prendraient part aux révoltes ou en arboreraient les insignes, désignant l’ennemi d’un mot : "la Vendée" (6).

Au mois d’août 1793, Christophe reçoit une balle au cours d’un incident dans la cour du château de Saint-Fulgent, où il passe pour mort. Mais il n’en est pas mort immédiatement comme cela a longtemps été raconté par plusieurs historiens. Et j’ai repris cette version dans mon livre sur Linières. Sa mort est attestée, portant la date du 17-4-1797, sur le registre d’état-civil de Saint-André-Goule-d’Oie au jour du mariage de son fils, Jean, en 1813 (7).

François Cougnon 


Il est né aux Essarts le 25 mars 1766. Il épousa Jeanne Loiseau, de quinze ans son aînée le 23 novembre 1790 à Saint-André. Il s’installa alors chez elle au Coudray.

Celle-ci était la fille de René Loiseau, marchand, qui avait acheté le logis du Coudray en 1767 de Charlotte de Puyrousset, veuve de Louis Corbier. Il rejoignit la communauté de biens formés entre sa femme et son frère Louis Loizeau, ce dernier marié en 1758 avec Marie Anne Godard (8). Louis Loizeau avait été élu fabriqueur de la paroisse de Saint-André-Goule-d'Oie en 1784 (9).

Sa femme avait une sœur, Marie, qui s’est mariée avec Jean Rochereau (1747-1805), dont le fils, Pierre, deviendra maire de Saint-André-Goule-d'Oie en 1835.

Charles Sapinaud de la Rairie
François a succédé à son frère comme capitaine de paroisse, après l’accident de ce dernier dans la cour du château de Saint-Fulgent en août 1793. Il avait participé depuis le début à tous les coups montés par son frère. Il avait la réputation d’un esprit moins vif que celui-ci, et avec moins de gouaille. Il n’est pas parti dans la Virée de Galerne. En 1794 il rejoignit Sapinaud de la Rairie, qui regroupait des insurgés de l’ancienne armée du Centre, ayant Jean Aimé de Vaugiraud à ses côtés, un ancien officier de marine habitant le bourg de Saint-André-Goule-d'Oie. Le général de Royrand était mort en décembre 1793 dans la virée de galerne. Sapinaud de la Rairie organisa la résistance contre les colonnes infernales, souvent en liaison avec Charette.

Au sujet de François Cougnon, on raconte une anecdote où est évoqué aussi le rôle exécrable de Benjamin Martineau, le futur habitant de Linières en 1799, beau-frère de Joseph Guyet :

Dans la Revue du Souvenir Vendéen, est relaté l’épisode du « guet-apens de Saint-Fulgent » qui se serait déroulé le 25 janvier 1794. On peut lire : « Tous les royalistes de la contrée avaient été invités dans la maison du citoyen Martineau, maire de Saint-Fulgent, à assister à la plantation d’un arbre de la Liberté moyennant sauf-conduit et amnistie complète. Ce fut un piège : les portes du Grand-logis furent fermées et les royalistes présents interrogés. Sur les quarante enfermés dans la cour, quatre seulement réussirent à tromper la vigilance de leur geôlier, dont François Cougnon. Les autres furent enfermés à Chantonnay. Quelques-uns encore purent s’enfuir par une étroite fenêtre. Les derniers périrent à Fontenay au mois de février 1794. » A Legé, le général Turreau avait lui aussi utilisé le même procédé infâme, pour tuer quatre-vingt-dix hommes des paroisses de Falleron et Froide-Fond. Maurice Maupilier, historien de Saint-Fulgent, ne relate pas l’événement, affirmant que B. Martineau avait quitté Saint-Fulgent dès mars 1793 pour se réfugier à Fontenay et y revenir bien plus tard.

Cette histoire, probablement vraie, impute à Martineau une responsabilité qui ne lui est pas due. Il n’était pas maire à cette date, et habitait Luçon. Et on sait que ce n’est pas la seule « accusation » de la postérité à son encontre. Voir sa biographie publiée sur ce site en avril 2011 : Etienne Benjamin Martineau.

A la Restauration, François Cougnon reçut des mains du Préfet un fusil d’honneur au titre de capitaine au 2e corps d’armée de l’Ouest. Le capitaine de paroisse était le chef des insurgés de sa paroisse pendant la guerre de Vendée. Les officiers comme Charette ont ensuite organisé leurs armées en attribuant des grades plus conformes aux traditions militaires. La Révolution française avait en effet aboli toutes les décorations de l’Ancien Régime, mais sous la Convention, les généraux avaient pris pour habitude d’attribuer des armes d’honneur (fusil d’honneur, sabre d’honneur, ou encore tambour d’honneur) pour récompenser les actes de bravoure. C’était un usage aussi dans les armées du roi. Napoléon continua l’institution.

Il reçut aussi des mains du comte de Suzannet, qui avait commandé le soulèvement vendéen de 1815, la décoration du lys « en témoignage de son amour et de sa fidélité envers la personne sacrée du roi ». Son compatriote de la Brossière, François Fluzeau, la reçu aussi le 1e janvier 1815.

On connaît une part de la vie privée de François Cougnon avec les testaments, de lui et de sa femme en 1801 chez un notaire de Sainte-Cécile, puis en 1813 chez un autre notaire de Montaigu. Il en est de même avec les déclarations de succession de sa femme, lui et son fils. Ces informations intéressent plus sa famille que le grand public, et nous ne les reprendrons pas.
Stèle de François Cougnon

François Cougnon est mort à l’âge de 82 ans à St André le 15 décembre 1848 (vue 372), laissant un fils unique, également prénommé François, qui lui survécut 10 ans. Sa femme, Jeanne Loizeau était décédée à Saint-André le 4 décembre 1830 (vue 253).

Sa stèle funéraire est toujours visible au cimetière de Saint-André et une rue à l’entrée du bourg porte son nom.











(1) Archives historiques du diocèse de Vendée, bibliothèque, Patrick Molé, François Cougnon un capitaine de paroisse dans la guerre de Vendée, 1990, mémoire de maîtrise d’Histoire, Paris Sorbonne IV.
(2) Archives de  Vendée, notaires des Essarts, étude de (C) A. H. Verdon (1778), contrat de mariage de Jean Cougnon avec Marie Cougnon du 16-6-1778 (vues 69 à 71).
(3) Archives de Vendée, notaire Allard des Herbiers : 3 E 019, acte de notoriété du 12 germinal an 11 demandé par B. Martineau, (vue 202/492).
(4) Jacques Peret, Histoire de la Révolution Française en Poitou-Charente 1789-1799, Projets Editions, Poitiers, 1988, page 165.
(5) Archives historiques du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 46-2, les débuts de l’insurrection et l’année 1793.
(6) Alain Gérard, « Par principe d’humanité … » La Terreur en Vendée, Fayard, 1999, p. 56.
(7) Archives de Vendée, état civil de Saint-André-Goule-d’Oie, mariage du 5-7-1813 de Jean Cougnon avec Aimée Mandin (vue 97).
(8) Archives de Vendée, notaire de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/12, acte de communauté des Loizeau du Coudrais du 23-11-1788.
(9) Voir l’article la fabrique de St André Goule d’Oie au 18e siècle publié en janvier 2013 sur ce site, page 2.

Emmanuel FRANCOIS, tous droits réservés
Janvier 2010, complété en juillet 2017

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Le divorce de Lespinay/du Vigier en 1800



Notre premier article sur ce site en janvier 2010, se rapportait au divorce en 1800 de la châtelaine de Linières et du vicomte Charles de Lespinay, revenu d’émigration après la Révolution. Il était basé sur la publication du réquisitoire du procureur général à la cour de cassation, Philippe-Antoine Merlin, concernant ce divorce en 1804. Puis les travaux de l’universitaire Véronique Noël-Bouton-Rollet sur Amaury-Duval, avaient permis d’éclairer le mystère de la naissance de Guyet-Desfontaines, fils de cette même châtelaine de Linières et de Joseph Guyet. Enfin, la découverte d’un acte de notoriété de 1803 dans l’étude notariale Allard des Herbiers, portant sur le séquestre de Linières en 1792, informait sur le contexte dramatique de ce divorce. Nous en avons fait état dans notre article d’octobre 2012 sur La rente foncière du tènement de Villeneuve à Chauché. Et voici que la numérisation du Journal des Débats, accessible sur le site Gallica, nous donne accès aux articles consacrés par ce journal à ce divorce, nous apportant des précisions complémentaires. C’est donc le moment de reprendre notre article pour l’actualiser, plus de quatre ans après sa première publication.

Les révélations du Journal des Débats


Ingres : portrait de Bertin
Le Journal des Débats était un quotidien, possédé en 1800 par les frères Bertin, qui furent des amis très proches des Guyet-Desfontaines et d’Amaury-Duval à partir des années 1830. Ce dernier dessina un portrait de Madame Edouard Bertin. Une fille d’Armand, Mme Léon Say, dont le mari fut ministre des finances, fut invitée à Linières au temps d’Amaury-Duval.

La rubrique des faits divers du journal s’est intéressée à ce divorce, à cause de la rudesse, de la diversité et de la complexité des passions qui s’y affrontaient : honneur, fidélité, amour, argent, politique, guerre civile. Et pourtant ce journal était quasi officiel, sérieux, un peu comme la réputation du Monde de nos jours, très loin du fonds de commerce habituel des journaux à scandales. C’est dire si la vie privée des châtelains de Linières a intéressé à l’époque. Dommage pour eux, que les habitants de Saint-André-Goule-d’Oie n’étaient certainement pas nombreux à s’être abonnés à ce journal à l’époque.

Dans son numéro du 15 janvier 1804, le Journal des Débats et lois du pouvoir législatif et des actes du gouvernement (titre complet à cette date), fait brièvement état de l’arrêt de la cour d’appel de la Seine, rendu deux jours plus tôt : « Le tribunal d'appel a confirmé le jugement de première instance dans la cause de Lépinay, il a décidé que M. Lépinay, émigré de son aveu inscrit sur la liste des émigrés du département de la Vendée, ne se trouvant ni rayé, ni éliminé ni amnistié à l'époque du divorce, était soumis à toute la rigueur des lois sur l'émigration, qu'en conséquence la dame Duvigier a pu provoquer la dissolution de son mariage sans recourir à l'intervention judiciaire. ».

Le journal avait publié deux articles dans les jours précédents, donnant des détails sur l’affaire. D’abord dans son numéro du 26 décembre le journaliste avait rendu compte de l’audience de la veille au tribunal, consacrée à la plaidoirie du demandeur en annulation du divorce, le vicomte de Lespinay, obtenu par son ex-femme, née du Vigier. Le nom de celle-ci avait été transformé par la Révolution en Duvigier. Puis dans son numéro du 1e janvier 1804, le même journal rendit compte de la thèse de la défense, Mme Duvigier.

Avant d’entrer dans les détails, nous commençons par une information importante. Elle concerne la naissance du fils de Mme Duvigier en 1797, Benjamin Guyet-Desfontaines. La lecture du jugement d’adoption en 1824 de ce fils par Mme Duvigier et son deuxième mari, Joseph Guyet, fait largement soupçonner que les parents adoptifs (habitant à la même adresse) sont aussi les parents biologiques de l’enfant, et que l’acte de naissance de ce dernier est un faux concernant le nom des parents qui y sont déclarés (Duverger et Desfontaines). Dans le Journal des Débats du 26 décembre 1803, le journaliste écrit à sa manière en page 2 et 3 ce qu’il entendu de l’avocat de M. de Lespinay sur le début des amours de Mme Duvigier, au moment où elle rachète Linières en 1796 : « Cependant elle permet l'entrée de sa maison à un jeune homme du même département, nommé Guyet, qui lui fait des offres de prêt, lui rend des soins, exprime bientôt une grande passion qui est partagée et porte madame de Lespinay à l'entier oubli de ses devoirs. Elle devient mère. » Quel aveu ! N’ayant pas eu d’autre enfant après Benjamin Guyet-Desfontaines, il s’agit bien de ce dernier. La falsification de l’acte de naissance n’avait pas trompé l’ex-mari. Notre soupçon sur la filiation biologique de Guyet-Desfontaines fait place désormais à une quasi preuve.


Un « scandale » mal connu



Palais de justice au Châtelet en 1800
C’est donc la procédure judiciaire tendant à annuler le divorce qui, par ses actes publics, nous informe de la vie privée des châtelains de Linières pendant la Révolution. On aurait préféré les archives familiales, si elles existent. Cette procédure a commencé par la signification du divorce à l’ex-mari le 19 février 1802. Celui-ci assigna Mme Duvigier devant le Tribunal de 1ere Instance de la Seine le 22 mars 1802. Le 2 avril 1803, Benjamin Martineau, marié à une sœur de Joseph Guyet et ancien révolutionnaire extrémiste de Saint-Fulgent, obtenait de maître Allard, notaire aux Herbiers, un acte de notoriété concernant le sort du château de Linières, séquestré en 1792, puis pillé en 1794 et déménagé en 1796. Le 8 juillet 1803, le tribunal de 1e instance de la Seine déboutait M. de Lespinay, validant le divorce. Le 14 novembre 1803, celui-ci était enfin rayé de la liste des émigrés, mais perdait son procès en appel le 13 janvier 1804. Enfin, le 24 juillet 1804, la cour de Cassation confirmait la décision de la cour d’appel.

Les actes de la procédure civile ont le mérite de tendre à la crédibilité, à cause des preuves dont ils ont besoin et de leur production contradictoire. Mais ils ont le défaut de trop maitriser les états d’âme et de se priver d’éléments de psychologie. Néanmoins ils nous permettent de raconter une histoire vraie, quoiqu’incomplète, loin de celle répété par les anciens autrefois à Saint-André-Goule-d’Oie.

Cette histoire des anciens est intéressante à rappeler. Pour faire simple, la châtelaine de Linières, son mari étant parti à la guerre, s’est vu confisquer son domaine de Linières par les républicains. Elle a été obligée de le racheter. Mais ce faisant elle a été trompée par son régisseur, Joseph Guyet, à qui elle avait demandé d’aller à Fontenay pour y faire cet achat. Il a payé avec l’argent de Mme de Lespinay, mais il a fait mettre l’acte à son nom. Au retour, il a indiqué à l’ancienne propriétaire spoliée qu’elle n’avait qu’une solution pour rester châtelaine : l’épouser ! Ce qu’elle fit.

Faut-il dire que pour nos anciens, tout était logique dans cette histoire ? D’abord M. de Lespinay était parti à la guerre, ce qui est normal pour un capitaine. Il était, avec sa jeune femme, une victime des bleus, bien entendu. Et le fourbe, le voleur, était dans le camp des bleus. Quoi d’étonnant ? On n’était pas sûr que l’histoire soit juste, mais c’était celle racontée par la génération d’avant, choquante, mais plausible. Après tout, son authenticité vaut bien celle de l’histoire du jeune Barra racontée par des professeurs d’université (1).
L’histoire vraie, la voici approchée de près.

Naissance de deux filles et tourmente révolutionnaire de 1788 à 1794


Officier de cavalerie
Le vicomte Charles Auguste de Lespinay avait épousé à Poitiers par contrat du 20 mai 1788, Marguerite Félicité du Vigier de Mirabal, orpheline de ses deux parents à l’âge d’un an (2). A cette date, le marié avait 35 ans et était capitaine depuis neuf années au régiment de Berry-cavalerie. Sortant du pensionnat Sainte-Croix de Poitiers, la mariée était âgée de 16 ans.
Sa mère, fille d’un capitaine d’infanterie, Henri Maurice Charprenet, était morte à l’âge de 18 ans, 7 jours après avoir mis au monde sa fille. Le destin de celle-ci fut bien différent, à commencer par ses maternités. Elle eut deux filles avec son premier mari, nées à Linières : Henriette baptisée le 7 janvier 1790 et Pauline le 3 octobre 1791.

En mai, juin et  juillet 1791, le vicomte de Lespinay était à Linières. Il acheta dans cette période les métairies des Bouligneaux et du bourg de Saint-André. Le 20 mai de cette année-là il signa une procuration chez le notaire de Saint-Fulgent, nommant un représentant, dont le nom était laissé en blanc, ayant tout pouvoir pour accomplir les démarches nécessaires au rachat de sa charge de capitaine de cavalerie (3). On sait que la vénalité des emplois avait été supprimée dans les emplois publics par l’Assemblée Nationale et que des textes prévoyaient les modalités de remboursement des charges et offices militaires. Déjà le régiment auquel appartenait Charles de Lespinay avait été baptisé depuis le 1e janvier 1791, le 18e régiment de cavalerie, perdant sa référence au nom du duc de Berry. Pourquoi cette procuration ? Pour pallier aux contraintes de la vie de garnison, ou en vue d’un départ à l’étranger ?

Dans les semaines suivant la naissance de sa deuxième fille, M. de Lespinay rejoignit l’émigration, comme beaucoup de nobles en activité habitant la Vendée. Il laissait à son épouse une réserve de 100 000 F et des revenus annuels de 18 à 20 000 F. Cela devait suffire, pensa-t-il, pour faire face aux conséquences matérielles de son absence. On sait qu’il servit à l’armée des princes, comme chef de section à la 2e compagnie à cheval des gentilshommes du Poitou. Il fut inscrit au chef-lieu du département, alors Fontenay-le-Comte, deux ans plus tard sur la liste des émigrés, le 4 octobre 1793. Le désordre administratif explique ce retard dans la confection de cette liste. L’administration départementale demanda aux municipalités de donner la liste des émigrés vers la fin de 1792. Ce n’était pas fini en mars 1793 quand la guerre de Vendée entra dans sa phase armée (4).

Mais entre-temps son domaine de Linières avait été mis sous séquestre à cause de cette émigration, en juin 1792, avec nomination d’un gardien sur place, inventaire fait par les commissaires du district de Montaigu, et confiscation du fermage des quatorze métairies du domaine (5). Son épouse ne pouvait plus compter sur les fermages, non plus bientôt sur ceux de ses métairies qu’elles possédaient dans la Vienne.

Voulant mettre ses biens propres à l’abri et n’être pas impliquée dans le séquestre des biens de son mari, Mme de Lespinay fit acte de renonciation à la communauté de biens avec son mari, née de leur contrat de mariage, dans les derniers mois de 1792 devant l’administration du district de Montaigu, et devant le directoire du département de la Vendée en juin 1795. Voici en quels termes elle réitère en 1801 sa renonciation à la communauté de biens entre elle et son premier mari : « Marie Louise Marguerite Félicité Duvigier, demeurant ordinairement à Paris, rue Saint-Honoré no 41, de présent à Linières commune de Chauché, réitère en tant que besoin les renonciations par elle faite dans les derniers mois de 1792 devant l’administration du district de Montaigu et l’autre devant le directoire du département de la Vendée (22 prairial an 3 ou 10-6-1795), déclare renoncer à sa communauté avec Charles Augustin de Lespinay son mari, résultant de leur contrat de mariage. A Linières 5 pluviôse 9 (25-1-1801). Signé : Félicité Duvigier » (6).

Joseph Aubert : noyades de Carrier à Nantes
En 1793, fuyant les persécutions, Mme de Lespinay se réfugia comme beaucoup d’autres habitants de la région auprès des armées vendéennes avec peut-être sa première petite fille, la deuxième étant en nourrice à Bazoges-en-Paillers. Elle fit partie de la cohorte des civils composant la Virée de Galerne d’octobre à décembre 1793. Elle échappa à la mort une première fois lors des massacres de la ville du Mans en décembre 1793 et une deuxième fois lors des noyades dans la Loire du représentant de la Convention en mission à Nantes, Carrier, au début de 1794 (7). Voir notre article publié sur ce site : Mme de Lespinay échappe à la mort par deux fois (1793-1794)

Mme de Lespinay se réfugia on ne sait où. On perd sa trace après qu’elle soit sortie des geôles de Carrier à Nantes, à partir du mois de mars 1794. Elle réside à Blois le 25 pluviôse an 3 (13-2-1795), c’est à dire loin des combats de la Vendée. On ne sait pas ce qu’elle y fait et depuis combien de temps elle y réside. Sur l’indication de son passeport délivré aussi à Blois le 13 ventôse an 3 (3 mars 1795), il est précisé que celui-ci comporte des visas, c’est à dire qu’elle a voyagé. Malheureusement le passeport ne figure pas au dossier. Le 4 mai 1795 elle est Saint-André-Goule d’Oie, « suivant un certificat des membres du comité de la commune de Goule d’Oie du 15 floréal an 3 ». Et le lendemain 5 mai elle est à Nantes, où elle y réside encore en juillet 1795 (8). On a d’elle aussi des réclamations faites le 8 aout 1795 au district de Châtellerault et le 23 novembre 1795 au département de la Vienne contre la vente de ses biens propres, confisqués comme bien nationaux. Elle dû, en exécution des lois, changer son patronyme et elle prit son nom de jeune fille, accolant la particule : Duvigier.

Le rachat de Linières en 1796


Le 1e août 1796 elle racheta elle-même, et à son nom, le domaine de Linières pour un montant de 185 560 F (9). Neuf mois après, le 26 avril 1797, naissait son fils, Benjamin Desfontaines selon l’état-civil.  Elle avait donc déjà rencontré Joseph Guyet, le père. Mais elle était toujours mariée à Charles de Lespinay, ce qui explique qu’on ait voulu cacher cette naissance illégitime à l’état-civil. Au moment de la naissance elle habitait à Paris, rue du Four-Saint-Honoré. Où avait-elle trouvé l’argent du rachat de Linières ? Comment avait-elle connue Joseph Guyet ? Jusqu’ici ces deux questions restaient sans réponse.

M. de Lespinay, du moins son avocat, prétend que Mme Duvigier, « toujours unie de cœur, d'esprit et de volonté avec son mari, répara les pertes causées à leur fortune par la Révolution ; elle soumissionna le principal domaine de son mari absent ». Après quoi il lui reproche en 1803 d’avoir emprunté de l’argent pour racheter Linières, alors que les rentes dont elle disposait se montaient à 18/20 000 F. par an, auxquelles s’ajoutaient des économies de 100 000 F. qu’il lui avait laissées en partant.

L’acte de notoriété du notaire des Herbiers sert de base pour réfuter les dires de M. de Lespinay. Un ancien officier de santé et six habitants des environs du bourg de Saint-Fulgent, situé à deux kilomètres de Linières, attestent du séquestre du domaine, des destructions et pillage subit par le château : « Dans le mois de juin 1792 le séquestre a été établi sur tous les biens meubles et immeubles appartenant à Charles Augustin de Lespinay officier de cavalerie émigré demeurant à Linière commune de Chauché, qu’il fut même fait un inventaire par les commissaires du district de Montaigu, qu’il fut nommé un gardien qui resta jusqu’à l’époque de la guerre de Vendée. »
« Alors toute administration ayant disparu, la maison et les dépendances de Linière et tous les objets mobiliers qui les garnissaient devinrent la proie des armées des deux partis et notamment dans les premiers mois de 1796 par le général Watrin, alors à St Fulgent commandant de cantonnement, fit enlever par beaucoup de charrettes tous les objets restant du mobilier qui avait échappé à la dévastation et à l’incendie du château. Le convoi fut expédié à Fontenay. En foi de quoi nous avons signé le présent.
A St Fulgent le 9 germinal an onze de la République française une et indivisible, je certifie le fait sincère et véritable.
Aubin officier de santé en chef de la colonne du général Watrin
Menard, François Brochard, Jean Libaud, Lamy, Louis Tricoire, Louis Michaud » (5).

Ces dernières personnes se déclarent : « anciens officiers municipaux et habitants du canton de St Fulgent certifions qu’il est de notoriété publique et à notre parfaite connaissance … ». Aubin avait été le premier président élu de la municipalité cantonale de Saint-Fulgent à l’été 1796, habitant Bazoges-en-Paillers. Il avait soigné la 2e fille de M. et Mme de Lespinais, avant qu'elle ne décède en février 1794 (10).

On ne s’étonnera pas du parti pris de Martineau, mettant sur le même pied les deux armées combattantes pour piller indistinctement les châteaux comme celui de Linières. La propagande, avec sa part de mauvaise foi, est consubstantielle au déclenchement et au déroulement des opérations de maintien de l’ordre et d’exterminations en Vendée.

Les archives du district ayant disparu, nous savons que les faits relatés ont pu exister, et nous pensons qu’ils ont existé. Peut-être pas dans tous ses détails. De leur propre aveu les témoins n’étaient pas présents à l’inventaire, et pourtant celui-ci a concerné « les biens meubles et immeubles ». Belle précision dont l’utilité était recherchée. Où étaient passés les papiers de famille, les bijoux, l’argent liquide, les titres de rente foncière à Linières ? On devine les accusations et ressentiments portés par cet acte de notoriété.

Port de Nantes en 1838
La situation financière de Mme Duvigier était moins assurée que ne le prétend en effet son ex-mari. Elle devait payer son achat de Linières, moitié comptant et moitié dans les trois mois à suivre, en utilisant les mandats territoriaux. Ceux-ci avaient remplacé les assignats depuis le mois de mars 1796, mais avait déjà perdu 80 % de leurs valeurs nominales un mois plus tard. Encore fallait-il en avoir ! Elle s’associa alors à M. Dubois-Violette qui lui fournit le papier monnaie, moyennant une association à 50/50 dans le rachat. Il appartenait à une famille de gros commerçants nantais. Mais ce dernier voulu se retirer de l’affaire quand, peu de temps après l’achat du 1e août, une nouvelle loi exigeait que le quart de l’achat soit payé en numéraire métallique, pièces ou lingots. Sa valeur ne connaissait pas la dégringolade du papier monnaie et il se faisait très rare. Ses possesseurs le cachaient ou ne s’en servaient qu’à bon escient. C’est alors qu’entre en scène Joseph Guyet.

Selon le mari, ce jeune homme de Saint-Fulgent « fait des offres de prêt » à Mme Duvigier, « lui rend des soins, exprime bientôt une grande passion qui est partagée et porte madame de Lespinay à l'entier oubli de ses devoirs. » Mme Duvigier ne dément pas le service rendu en effet. Joseph Guyet a désintéressé M. Dubois-Violette et payé le quart en numéraire exigé par la nouvelle loi. Son avocat admet : « Que ce service ait été suggéré par l'amour, il n'en a pas moins été rendu ». Sauf qu’au simple regard de certaines dates, il semble que le service a été rendu après que « l’amour ait été consommé », comme on dit dans les romans de bonne tenue. Il y eu l’amour d’abord et l’argent après semble-t-il, ce qui est important à souligner, quand on mélange morale, argent et sentiment. Et on connait la suite, cet amour entre la jeune femme abandonnée de 23 ans et son jeune amant de 21 ans a duré jusqu’aux termes de leurs vies.

Le retour du mari trompé


Coup d’état d’Augereau 
(gravure à la B. N. F. )
Il semble qu’en 1797, au moment peut-être de la naissance de l’enfant illégitime, M. de Lespinay soit revenu à Linières, mais qu’il a dû s’enfuir à cause du coup d’Etat des Jacobins exécuté par le général Augereau en septembre 1797. Les royalistes gagnaient les élections partielles, menaçant les révolutionnaires au pouvoir. Le coup de force permit l’annulation de la plupart des dernières élections. L’avocat de M. de Lespinay est explicite : « M. de Lespinay, profitant des premières lois favorables aux émigrés, revient dans son domaine de Linières près de sa femme, qui le reçoit avec tous les témoignages de la tendresse conjugale. Le 18 fructidor arrache M. de Lespinay des bras de son épouse, et cette journée, funeste à tant de familles, est un jour d'allégresse pour Guyet, dont les projets de séduction ne rencontrent plus d'obstacles ». On doute fort de la présence de sa femme à Linières au moment de son accouchement à Paris, ainsi que de sa tendresse conjugale. Mais peut-être le journaliste n’a pas compris chaque épisode d’une vie compliquée, ne retenant que la ligne générale de défense de l’ex-mari, victime d’un amant fourbe, des jacobins, et se voilant la face sur les sentiments de sa femme. Ce retour éphémère du mari a peut-être eu lieu, mais pas de cette manière.

En revanche, le retour définitif de M. de Lespinay a bien eu lieu au début de l’année 1800, après l’amnistie de Bonaparte aux « rebelles de l’Ouest » le 28 décembre 1799. Il est avéré officiellement dans l’acte « de soumission aux lois de la République » du 22 mai 1800 que fit Charles de Lespinay entre les mains de l’adjudant-général Champeaux. Il déclare sa résidence à Paris à cette occasion (11).
On sait que Mme Duvigier ne divorça que dans les derniers jours de cette année 1800. Pourquoi avoir attendu ?

Divorce et revente de Linières


Du côté de M. de Lespinay son avocat indique que le couple séparé vivait à nouveau ensemble, depuis neuf mois au moment du divorce. Résumé par le journaliste cela donne : « M. de Lespinay accourt dans le sein de sa patrie, rejoint sa femme et sa fille ; il oublie auprès d'elles les peines de l'absence. Mais sa femme instruite à feindre par son séducteur, cachait des liaisons criminelles sous le voile d'une affection mensongère. » Dans l’autre camp on « nie que M. de Lespinay ait été accueilli, en l'an 8 avec transport, on le reçut avec bonté, on lui donna un logement séparé de celui de Guyet à Linière ; on lui composa une domesticité de trois personnes, et il se contenta de cet arrangement. A Paris, il demeurait en hôtel garni rue de Tournon, tandis que sa femme demeurait rue Saint-Honoré ; donc il n'y a pas eu de cohabitation, comme on l'a prétendu ». Le discours de l’avocat de M. de Lespinay nous parait trouble sur la suite. Il présente le voyage de M. et Mme de Lespinay de novembre 1800 à Linières de la manière suivante : « cette dame vivant depuis neuf mois à Paris près de son mari, déclare brusquement qu'une affaire pressante l'oblige à faire un voyage, part avec précipitation, rejoint Guyet ». Or son mari l’accompagnait. En effet, le 19 brumaire an 9 (10-11-1800), « le sieur Delespinay obtient du ministre de la police un passeport pour se rendre à Linières ; son épouse l'y accompagne. » (11)  

Cette présence à Linières eut au moins deux objets : revente du domaine et divorce. Nous pensons qu’ils sont liés.

Le 6 frimaire an 9 (27-11-1800), Mme Duvigier revend Linières à Joseph Guyet, par acte passé devant Jalabert, notaire à Paris (12). Le Journal des Débats nous donne deux versions de ce fait. M. de Lespinay d’abord dénonce le procédé en parlant de l’agissement de sa femme : « Le 29 brumaire an 9 (20-11-1800, mais peut-être le journaliste a mal entendu), elle passe clandestinement a Guyet un contrat de vente de la terre de Linière produisant douze mille livres de rente pour le prix de trente mille francs ; le 27 frimaire suivant (18-12-1800), une contre-lettre de cet acte de vente la remet en possession du même domaine, et elle s'applaudit de la ruse qui dépouille le mari pour enrichir l'amant. »

Hambourg en 1800
Dans le camp d’en face on rétorque que la manœuvre aurait été appréciée par la famille « et par l'époux lui-même qui écrivit de Hambourg à Guyet, pour lui témoigner sa reconnaissance relativement à la contrelettre qui rendait à la dame de Lespinay la propriété du château de Linière, qu'elle avait vendu à Guyet. » Au moment de la contre-lettre, M. de Lespinay n’était plus à Hambourg. Qui dit vrai ?

La revente à Guyet pour 30 000 F est bien faible, mais son prêt de 1796 à Mme Duvigier avait-il été remboursé ? Et les sentiments unissant ces deux personnes, ne pouvaient-ils pas gouverner le prix des choses entre eux à leur manière ?

En tout cas, cette contre-lettre resta lettre morte, car dans les papiers des notaires pour établir les baux des fermiers, le propriétaire était « Mme Duvigier, femme Lespinay », en juillet 1800. A partir de juin 1802 c’était Joseph Guyet.

Le divorce a été prononcé par le maire de Chauché le 18 décembre 1800 (13), et sa validité confirmée en 1804 par la cour de cassation (11).

Dans le Journal des débats du 1e janvier 1804, l’avocat de Mme Duvigier indique que « M. de Lespinay a consenti à ce divorce proposé par d'habiles jurisconsultes comme le seul moyen de sauver, pour sa fille, une partie des débris de sa fortune. » A partir de là on comprend mieux l’existence de la contre-lettre, rendant la propriété à Mme de Lespinay, dans des conditions qu’il est difficile d’apprécier, faute de disposer des pièces originales. Le coup parait tordu néanmoins, nécessitant probablement « d’habiles jurisconsultes ».

Il se trouve que cette approbation du divorce est également reprise par le très sérieux historien G. de Raignac dans sa présentation du château de Linières (14). Voici ce qu’il écrit : « Au retour d’émigration, Joseph Guyet convainc M. de Lespinay que la vente n’est pas régulière et qu’il doit divorcer fictivement pour rentrer en possession de ses biens. La première partie du programme est exécutée. » Ensuite il indique comment la propriété est restée chez les Guyet. On ne comprend pas tout faute d’informations suffisantes, mais il semble bien qu’il y ait eu négociation de la part des jeunes amants pour arracher une acceptation du divorce au vieux mari. Mais cela n’a pas marché, et M. de Lespinay s’est engagé ensuite dans un procès où il a tout perdu.

Dans ce procès il n’est nullement fait allusion au mariage civil de Mme Duvigier avec Joseph Guyet. C’est qu’il n’eut pas lieu tout de suite, sinon le fait n’aurait pas été passé sous silence. Une première source nous l’indiquait en aout 1802. Une deuxième source donnait la date du mois de septembre 1804 (15). Cette dernière nous parait plus vraisemblable désormais. Et le mariage religieux eut lieu bien plus tard, le 31 août 1812 (16).

Une législation d’exception sur le divorce anti-émigré


Sans faire une analyse exhaustive de l’arrêt de la cour de cassation, il est intéressant d’évoquer certains des moyens ou arguments invoqués.

Daumier : avocat
Il y a d’abord les motifs qui relèvent de la cause perdue, mais que certains avocats n’hésitent pas à invoquer pour faire plaisir à leurs clients. Ainsi, Charles de Lespinay prétend qu’il n’a pas été inscrit sous son vrai nom sur la liste des émigrés, puisque on avait écrit : « Delespinay » au lieu de « de Lespinay », et qu’une trentaine de personnes portaient ce nom en Vendée.

Aussi, le visa du 23 mai 1800 enregistrant sa soumission aux lois de la République avait pour conséquence de le faire considérer comme rayé de la liste des émigrés, prétend-t-il contre toute vraisemblance au plan légal.

Plus intéressants sont d’autres motifs avancés :
      Charles de Lespinay prétend que sa femme est revenue avec lui (notamment lors du fameux voyage de Paris à Linières en novembre 1800) et qu’au terme de la loi du 16 avril 1803 cela veut dire qu’il y a eu réconciliation, rendant le divorce impossible. Ce à quoi les juges ressortent un autre article du code civil (art. 295) qui porte que les époux divorcés ne peuvent plus se réunir.

      La loi du 20 septembre 1792 sur le divorce obligeait à se soumettre au jugement d’un tribunal de famille. Or une loi du 14 mars 1795 déclare abrogée cette disposition, dans le cas du divorce pour motif d’émigration, et la citation de Charles de Lespinay à l’acte de divorce n’était pas obligatoire. C’est un point surtout qui a été mis en exergue par le journaliste du Journal des Débats. L’air du temps était à la critique des facilités du droit révolutionnaire créant le divorce. La simple inscription comme immigré entrainait la confiscation des biens, la condamnation à mort, et autorisait le conjoint à obtenir le divorce. M. de Lespinay a récusé la compétence du maire de Chauché pour prononcer le divorce, la procédure observée, et les témoins à l’acte, « tous frères ou beaux-frères de Guyet, les complaisants ou les complices de ses débauches ». Il faut dire que présent à Linières il n’a pas été convoqué à la mairie de Chauché où le divorce fut prononcé !

      La cour de cassation a répondu point par point pour valider le divorce en s’appuyant sur la législation révolutionnaire en vigueur. On sait que la législation napoléonienne opéra un important retour en arrière sur cette législation jugée trop libérale. L’article a-t-il été l’occasion d’une démonstration  à l’aide du cas plaidé ? Ne voyait-on pas dans ce dernier la facilité avec laquelle une épouse laissée à elle-même pouvait disposer des biens de famille à sa guise, c'est-à-dire à la légère ? Autant que la solidité des liens conjugaux exigée par la morale dominante de l'époque, des historiens ont expliqué que le revirement de la législation sur le divorce, opéré par Bonaparte, trouve son fondement dans la volonté de protéger les propriétés familiales.  

      Le visa du 23 mai 1800 enregistrant sa soumission aux lois de la République avait pour conséquence de faire considérer M. de Lespinay comme rayé de la liste des émigrés, avance le demandeur. Les juges répondent qu’un arrêté du gouvernement du 13 août 1800 apporte plusieurs indications. La première, que le visa de l’acte de soumission ne vaut pas passeport. La deuxième, que l’amnistie ne pouvait pas couvrir le crime d’émigration. La troisième, qu’il aurait dû sortir du territoire malgré l’acte de soumission du 22 mai 1800, n’ayant pas été rayé définitivement de la liste des émigrés. Quoiqu’absous du « délit de chouannerie » au jour du divorce, Charles de Lespinay était toujours réputé émigré à cette date. Moyennant quoi il n’existait pas civilement aux yeux de la loi révolutionnaire et ne pouvait être cité à la prononciation de son divorce en mairie de Chauché.

Un mari abandonné


Cet arrêt de la cour de cassation et le divorce prononcé par le maire de Chauché n’abordaient pas un point pourtant important : la garde des enfants. En 1804, la fille ainée, Henriette de Lespinay, avait 10 ans, et sa petite sœur était décédée. A nouveau les parents s’opposèrent sur ce point, à commencer par les convocations du conseil de famille, pour lesquelles on alla jusqu’en cour d’appel sur un point de procédure (17). Finalement l’enfant resta chez sa mère.

Haras de Saint-Lô
Charles de Lespinay quitta Paris et se fit engagé dans la Manche à Saint-Lô, pour y diriger une remonte de chevaux de l’armée (18). C’est là qu’il y est décédé le 23 février 1807, à l’âge de 54 ans. Et c’est Joseph Guyet, mandaté par son épouse, en tant que curatrice de sa fille Henriette de Lespinay, alors âgée de 17 ans et héritière de son père, qui déclara la succession au bureau de Montaigu le 7 août 1807 (18). Celle-ci se résumait semble-t-il, dans le bocage, en la moitié de la métairie de la Petite Atrie située sur la commune des Brouzils. Charles de Lespinay en avait hérité en 1805 d’une parente, lors d’un partage organisé par son frère ainé Alexis, chef de famille, avec son frère Armand et sa sœur Henriette (19).

Sa fille Henriette de Lespinay mourut à l’âge de 21 ans le 16 février 1811.

Quand le gouvernement de la restauration monarchique vota sa loi du 27 avril 1825 pour indemniser les émigrés spoliés pendant la Révolution, elle était l’héritière posthume de son père, Charles de Lespinay, qui avait droit à cette indemnisation. Sa mère réclama « l'indemnité comme héritière de la demoiselle de Lespinay, sa fille, qui était aux droits et obligations de son père. » Elle toucha une somme, se rendant pour cela chez le frère aîné de son ex-mari au Pally (Chantonnay) en 1829. Mais là encore on fit un procès, à l’administration cette fois, et le Conseil d’Etat du prendre une décision en 1835 sur le montant dû (20).

Marie Marguerite du Vigier, veuve Guyet, avant vicomtesse de Lespinay, était décédée à Paris le 10 avril 1833, trois ans après Joseph Guyet.


(1) Alain Gérard, Vendée les archives de l’extermination, édition du CVRH (2013), page 294.
(2) Son père est mort en 1773 [Ferme du 12-12-1781 de la métairie de la Clielle, Archives de la Vienne, dossier de Mme Duvigier : 1 Q 228 no 234]. Sa mère est morte le 16 juin 1772 à l’âge de 18 ans (vue 42 du registre numérisé), et inhumée dans l’église paroissiale Saint-Paul de Poitiers.
(3) Archives de Vendée, notaire de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/13, procuration de Charles Augustin de Lespinay du 20-5-1791 pour racheter la finance de sa compagnie.
(4) Marcel Faucheux, L’émigration vendéenne de 1792 à l’an XI, Archives de la Vendée : BIB 6136, page 13.
(5) Archives de Vendée, étude (A) notaire Allard des Herbiers : 3 E 019, acte de notoriété du 12 germinal an 11 demandé par B. Martineau, (vue 202/492).
(6) Archives historiques du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 20, famille Guyet, réitération  du 5 pluviôse 9 de la renonciation à la communauté des biens par Félicité Duvigier, signée à Linières. 
(7) Mémoires de la marquise de la Rochejaquelein, Mercure de France (1984), page 413 et J. Crétineau-Joly, Histoire de la Vendée militaire (1840), tome 1, pages 458 et 527.
(8) Inventaire des certificats de résidence de Mme Duvigier entre décembre 1792 et juillet 1795 Archives de la Vienne, dossier de Mme Duvigier : 1 Q 174 no 149. 
(9) Archives de Vendée, vente des biens nationaux, dossier de l’achat de Linières : 1 Q 240 no 317.
(10) Acte de notoriété du 12-3-1802 de la mort de Pauline de Lespinay, Archives de la Vendée, justice de paix de St Fulgent : 4 U 25/31.
(11) Philippe-Antoine Merlin, Recueil alphabétique des questions de droit qui se présentent le plus fréquemment dans les tribunaux », 3e édition (1820) tome 5, page 247 et s.
(12) Anne Huitzing, Modes de faire-valoir et changement social à Saint-André-Goule-d'Oie de 1840 à 1976, Annuaire de la Société d’Emulation de la Vendée (1980). Aussi copie de l’acte de vente des Grandes Roussières et de la Fontaine le 19-4-1894 dans le fonds Boisson des Archives historiques du diocèse de Luçon : 7 Z 32-1. Et notes sur Linières : 7 Z 32-3.
(13) Archives de Vendée, registre d’état-civil de Chauché, an IX, divorce Lepinay/Duvigier du 27 frimaire an 9, vue 17/042.
(14) G. de Raignac, De châteaux en logis, itinéraire des familles de Vendée, Bonnefonds (1997), tome 8, page 169.
(15) Archives de Vendée, Papiers de famille du général baron de Lespinay (1789-1920), familles alliées, succession de Guyet-Desfontaines : 44 J 16, acte d’adoption du 13-7-1824 de Guyet-Desfontaines.
(16) Fiche Coutot : mariage de Joseph Guyet et de Marguerite Duvigier à l’église Saint-Etienne-du-Mont de Paris le 31 août 1812.
(17) J. B. Sirey, Recueil général des lois et des arrêts Tome 5 (an XII), page 604 et s : arrêt de la cour d’appel du 7 floréal an 13 (27-4-1805) Duvigier/Delespinay.
(18) Archives de Vendée, déclaration de succession au bureau de Montaigu le 7-8-1807 de la succession de Charles Augustin de Lespinay (vue 95/198).
(19) Archives de Vendée, étude de notaire de Saint-Fulgent, Frappier Rigournière : 3 E 30/138, partage d’héritage de la Barilière et de l’Atrie le 11-6-1805 (de Lespinay).
(20) Recueil des arrêts du Conseil d'État, Delhomme (Paris) 1835/0, série 2, tome 5, arrêt du conseil d’Etat du 12 juin 1835, Ministre des finances /veuve Guyet. (Gallica : vue 434/818).

Emmanuel François, tous droits réservés
Janvier 2010, complété en octobre 2018

POUR REVENIR AU SOMMAIRE


Pierre Maindron, un combattant vendéen honoré


A la page 158 de mon livre, je cite le nom des premiers fermiers et domestiques habitant Linières. C’était en 1846, date du premier recensement nominatif par villages à Chauché. C’est ainsi que nous rencontrons la famille Maindron, avec l’aïeul, Pierre, âgé de 80 ans. Il mourra à Linières quatre ans plus tard.

Il est indispensable de revenir sur cet homme à nouveau. De nouvelles informations ont été découvertes à son sujet, depuis la deuxième version de mon article en juin 2010. D’abord le livre de René Valette : « Une poignée de héros » (1902), disponible aux Archives de Vendée dans le fonds du comte de Chabot. De même, les publications de la Société d’Emulation de la Vendée, disponible aux Archives de Vendée, donnent des comptes rendus intéressants sur les comices agricoles de cette époque. Enfin, l’étude des lettres à ses électeurs de Guyet-Desfontaines (Bibliothèque Nationale) nous a permis de mieux comprendre ses opinions politiques. C’est pourquoi nous reprenons notre article dans une dernière version, plus complète, remplaçant la précédente  de janvier 2011.

Pierre Maindron fut capitaine dans l’armée de Charette et c’est à ce titre que la postérité a gardé son souvenir. De plus, ayant été un habitant de Linière, l’histoire du domaine ne pouvait que s’intéresser au personnage.

Capitaine dans l’armée de Charette






                                           La Bleure                                              Plaque sur la maison

Il était né à la Bleure de Chauché à l’époque, le 24 septembre 1766 (vue 49). Ce village a été rattaché à la Rabatelière dans les années 1970 (1), et il y a une plaque sur la maison de sa naissance.

Ses parents, Jean Maindron et Jeanne Drapeau, étaient devenus métayers à la Bleure le 23 avril 1760, venant de la Roche Mauvin (2). Ils s’étaient mariés en 1751. Jean Maindron arrentera quelques petits biens situés à Doullay (Saint-Fulgent), lui venant de son père Pierre Maindron, en 1774, moyennant une rente foncière annuelle et perpétuelle de 12 livres, à laquelle s’est ajoutée la somme de 48 livres qu’il a reçue comptant (3).

Remarqué, dit-on, pour son intelligence, Pierre Maindron était cocher au château quand la guerre de 1793 se déclencha. L’historien Valette est peutêtre trop précis sur ce point, car dans les livres de comptes du château de la Rabatelière, ce détail n’est pas confirmé (4). La réalité doit être un peu différente. Au début de la guerre on lui aurait demandé d’aller cacher ses chevaux dans les marais de Machecoul, demeure de René Thomas Montaudouin, pour les soustraire aux réquisitions.

Thérèse Montaudouin, cohéritière de la Rabatelière par son père, avait épousé en 1780 dans l'église de Sainte-Croix de Nantes, René de Martel, baron de Rié. Ce dernier décéda en 1785 à l’âge de 32 ans, laissant une fille unique, qui mourut peu de temps après lui. La jeune veuve ne se remaria pas et resta à Nantes, le temps de la Révolution, dans son hôtel particulier de la place de la Liberté (actuellement place Foch).

Pierre Maindron fit partie des jeunes du canton de Saint-Fulgent qui désignèrent M. de Royrand comme leur chef et qui le suivirent dans le premier combat du centre de la Vendée à la Guérinière en mars 1793. C’est alors qu’il alla récupérer l’un des chevaux de Mme de Martel à Machecoul, Robine, c’était son nom. Il semble que ce soit Baulmer probablement, le régisseur des Montaudouin pour leurs propriétés du marais, qui lui fournit la jument « Robine », selon l’abbé Boisson (5).

Il fit alors partie de la cavalerie vendéenne.

Alfred de Chasteigner :
Charette
Il ne voulut pas traverser la Loire en octobre 1793 pour suivre l’armée vendéenne et il alla rejoindre Charette qui en fit un de ses capitaines et un de ses aides de camp. « Toutes les missions qui demandaient intelligence, audace et célérité, Maindron en était chargé par Charette. S’agissait-il de rappeler sous les drapeaux six ou sept paroisses pour un cas pressant, pendant une seule nuit, Maindron à cheval parcourait le pays, assignait les rendez-vous, et aux premières lueurs de l’aurore il était de retour au quartier général. » (6)


Le 13 octobre 1794 il fait partie de la division royale de Montaigu, commandée par Pierre Dejean, ainsi que le montre sa signature dans un acte de baptême à la Copechagnière (vue 2 du registre clandestin numérisé), avec d’autres officiers et soldats.

Un de ses faits d’armes mémorable s’est déroulé au logis de la Boutarlière à Chauché. Mais il est utile d’abord d’en décrire le contexte en reprenant les explications de l’historien G. Lenotre (7).

L’affaire de la Boutarlière en février 1796


Depuis le traité de la Jaunaye, conclu entre les républicains et Charette le 17 février 1795, une paix relative régnait en Vendée, rompue ensuite de part et d’autre pour promesses non tenues. Le général républicain Hoche veut capturer Charette en ce début d’année 1796 et y parviendra le 23 mars 1796 dans les bois de la Chabotterie. Mais entre-temps des contacts existaient entre les ennemis pour tenter l’arrêt des combats.

C’est ainsi que Hoche a fait parvenir un ultimatum pour la reddition de Charette à son subordonné, le général Gratien, le 12 février 1796. Ce dernier envoie alors un message au curé de la Rabatelière, qui servait d’intermédiaire, pour faire parvenir ce message à Charette. C’est un paysan que le curé envoie contacter Charette personnellement. Mais le général républicain Travot, au courant de rien, apprend le 15 février au matin que Charette a couché à la Boutarlière. En y arrivant, ses soldats aperçoivent le paysan messager, le tuent et découvrent sur le cadavre le message du général Gratien. Embarrassé, Travot encercle la Boutarlière et voit Charette en sortir avec sa troupe d’une centaine de cavaliers et cinquante fantassins ; il les laisse passer sans attaquer, renvoie à Gratien la lettre qu’il vient de découvrir et s’installe dans la ferme de la Boutarlière évacuée par les soldats vendéens. C’est donc ce matin du 15 février que se place l’action de Pierre Maindron, telle qu’elle est racontée dans un article de la revue du Souvenir Vendéen (8).

« Charette avait dû s’enfuir précipitamment du logis dans la nuit du 14 au 15 février 1796, pour échapper à une patrouille républicaine de Travot. Y ayant oublié son portefeuille sur la cheminée, contenant des papiers importants, Pierre Maindron réussit à le récupérer en fonçant, sabre au clair, contre un groupe de soldats voulant l’empêcher de sortir du logis

Dans la revue de l’association du Souvenir Vendéen, François Chatry retrace la journée de l’association du dimanche 10 septembre 2000 dans la région, consacrée à honorer la mémoire de Pierre Maindron (1766-1850)
  • Inauguration de la plaque fixée sur le mur de clôture à l’entrée du château de la Rabatelière, en l’honneur de Pierre Maindron.  On y notait la présence de Gabriel Maindron, un de ses descendants, qui a montré le sabre de son aïeul, un cadeau de Charette,
  • Visite de la Boutarlière où Pierre Maindron a réalisé son glorieux fait d’armes,
  • Visite de Linière où il est mort, après un arrêt dans l’église de Saint-André pour voir la Croix de Charette. Enfin, repas chez Debien.
Revenons au récit de René Valette : « Maindron avait dans sa monture un précieux auxiliaire. C’était une bête de taille, possédant beaucoup de sang et sautant avec aisance les plus hauts obstacles. Dans un combat, Maindron aidé de Robine était capable des plus incroyables prodiges. On le voyait partout à la fois, le sabre en l’air, frappant d’estoc et de taille, et toujours insaisissable pour ses ennemis.  Cerné, un jour, par des hussards, il va être très certainement massacré. Il n’en est rien. Poussant Robine à toute vitesse, il se fait jour à travers les rangs ennemis, et une fois encore échappe au danger.
Robine fit toute la grande guerre sous le capitaine Maindron. Et ni l’un ni l’autre ne reçurent la moindre blessure. La vaillante bête mourut, longtemps après la guerre, à la ferme de la Fesselière, dépendant également de la belle terre de la Rabatelière. Elle était âgée de 30 ans. Sa noble maitresse avait voulu lui accorder tous les privilèges des Invalides. » 


Au service de la châtelaine de la Rabatelière et du roi, maire de Chauché (1796-1830)


Pierre Maindron se maria en 1798 avec Jeanne Cauneau. Leur union fut bénie dans une grange du village de la Maigrière, de Saint-André-Goule-d’Oie, au pied d’un autel improvisé, par l’abbé Brillaud, vicaire de Saint-Fulgent, qui se cachait toujours dans les environs avec le curé Allain de Saint-André.

Il vécut à la Chapelle de Chauché dans la propriété de sa femme après la guerre. Dans le même temps il continuait à s’occuper des affaires de Mme de Martel, René Thomas Montaudouin étant mort en octobre 1802. Celui-ci avait été radié de la liste des émigrés le 22 novembre 1801. Ses deux enfants survivants sont morts, l’un le 25 février 1802 (Françoise, 2 ans), l’autre le 10 mars suivant (Thomas, 6 ans). Et sa femme mourra le 10 mai suivant (9). Ainsi voit-on Pierre Maindron représenter la seule châtelaine de la Rabatelière désormais dans un acte de transaction devant le notaire de Sainte-Cécile pour l’extinction d’une rente le 19 décembre 1805 (10). Il fait de même dans un acte d’échange devant le notaire de Chavagnes de lots fonciers à la Benetière le 24 décembre 1812 (11). En 1806 Sorin, le fondé de pouvoir de la châtelaine écrit à cette dernière : « Il faudra que Maindron aille chez le juge de paix des Essarts et lui remettra les projets de citations ci-joint, et le priera de s’y conformer. Il s’assurera du jour où il faudra comparaitre, afin qu’il s’y trouve. Il emportera avec lui les procurations » (12).

Dès 1802 il déclare occuper le poste de régisseur au château de la Rabatelière dans la déclaration à l’état-civil de la naissance de son fils, Thomas René Marie, à la date du 25 floréal an 10 en mairie de Chauché (vue 20). Il déclare sa demeure à la Chapelle de Chauché. Le plus intéressant est de consulter le registre paroissial clandestin de Chauché pour le baptême du même fils, à la date du 1e mai 1802 (vue 18). Le parrain est « « messire René Thomas de Montaudouin, et la marraine est Thérèse de Martel », frère et sœur. Ils sont absents à la cérémonie et représentés par un oncle et une tante du bébé. De retour d’émigration et ruiné, la femme de René Thomas de Montaudouin venait de mourir le 20 floréal précédent. Lui-même mourra à Nantes cinq mois après (9).  

Pierre Maindron et Jeanne Cauneau eurent 10 enfants, dont 4 morts très jeunes et un mort à l’âge de 16 ans. On voit Pierre Maindron faire un prêt à un de ses neveux demeurant à la Bichonnière (Chauché), Pierre Cauneau (1783-1830), meunier. Ce dernier avait été tiré au sort pour servir dans l’armée active, c’est-à-dire à cette époque devenir soldat de Napoléon. Comme cela était alors possible, il se fit remplacer par un conscrit moyennant finance. Il versa 700 francs au conscrit à Fontenay, après que l'incorporation de ce dernier fut acceptée, en mars 1804. Pierre Maindron accompagnait son neveu à Fontenay, et c’est lui qui avança l’argent.  L’oncle et le neveu convinrent ensuite devant le notaire de Chavagnes d’un prêt sur 4 ans avec 7 % d’intérêts (13). Pierre Cauneau se maria deux mois plus tard avec Jeanne Perrine Cailleteau, le 21 mai 1804 à Chauché (vue 50 sur le registre numérisé d'état-civil aux archives de la Vendée). Il était le fils de Louis Cauneau (1759-1801), frère de Jeanne (1775-1849), l’épouse de Pierre Maindron (14).

Pierre Maindron continua plus tard cette fonction de régisseur au château de la Rabatelière. En 1820 il habitait toujours la Chapelle, étant devenu maire de Chauché (15). Le 4 vendémiaire an 14 (26-9-1805) il renouvela le bail d’une métairie lui appartenant (ou venant de sa femme) à la Chapelle. Les métayers sortants étaient les Charrieaux, et les entrants étaient la communauté de la veuve Piveteau, son gendre Louis Begaud et un autre jeune parent, Pierre Piveteau, tous venus de la Télachère (Chavagnes). Le bail était à partage des fruits à moitié entre le bailleur et les preneurs, évalué pour les droits d’enregistrement à 450 F de revenus annuels. A cette date il est difficile de déduire la surface du bien loué de ce montant. En principe on était sur une petite métairie, mais était-elle en cours de réhabilitation après les ruines de la Guerre de Vendée ? Auquel cas le prix en tenait compte comme on en a des exemples à cette époque (16). Ce bail signifie-t-il que ses fonctions auprès de la châtelaine de la Rabatelière l’occupaient à plein temps, préférant louer sa métairie ? On ne sait pas répondre. Ce bail, prévu pour durer 7 années de 1806 à 1813, s’interrompit par accord amiable au bout de 3 ans (17).

Le 16 juin 1807 Pierre Maindron achète pour 1 200 F 4 petites pièces de terre et un toit à bestiaux à la Bichonnière, plus au Bouchollet (les deux à Chauché), une petite maison, un toit à bestiaux et deux planches de jardin. Aux mêmes vendeurs, les héritiers Piveteau,  il achète une rente de 15 F par an moyennant 200 F (18). On n’a pas là de fortes valeurs, mais un fait significatif d’un homme qui amasse des biens. Et 1810 il achète la moitié d’une borderie pour 600 F payés comptant à la Bichonnière de Chauché à René Caillé et Jeanne Mesnard sa femme (19). Autre fait significatif, il est propriétaire en 1808 des bestiaux peuplant une borderie à la Chapelle occupée par sa mère (Jeanne Drapeau), son frère (François Maindron époux de Jeanne Aulneau) et sa sœur (Jacquette Maindron). Pour fixer les droits d’enregistrement ils ont été estimés à 790 F (20).

Après la Révolution, Mme de Martel racheta l'église, la cure, et ce qui leur appartenait avant la guerre, et elle fonda une école de filles avec une rente pour l'entretien des religieuses institutrices. Après sa mort en 1827, la terre de la Rabatelière fut acquise l'année d'après des héritiers de Mme de Martel par le comte Charles-Henri-Marie de la Poeze, d'une famille originaire de l'Anjou, et alors établie en Touraine, mais qui, au XVIIIe siècle, fut représentée en Bas-Poitou par divers de ses membres. C’est alors que Pierre Maindron aurait quitté le château de la Rabatelière pour prendre la ferme du château de Linière.

En 1815 il s’enrôla sous les ordres de M. de Puitesson, établit à Chauché, pour combattre le retour de Napoléon de l’île d’Elbe qui avait chassé le roi Louis XVIII. Il s’y distingua dans son titre de capitaine de cavalerie. On  sait que de Puitesson, faisant partie de l’armée du comte de Suzannet, participa, notamment, au combat contre la troupe du général Travot le 18 mai 1815, près de l’Aiguillon. Il y eut des batailles rangées contre une armée napoléonienne commandée par le général Lamarque. Une de ses divisions était commandée par le général Brayer, le grand-père du futur propriétaire de Linière de 1868 à 1875.

Après le second retour du roi au pouvoir, Pierre Maindron fut récompensé pour son passé de combattant. En 1823, il reçut une modeste pension viagère de 100 F. sur la cassette du roi, et un sabre d’honneur, « seule preuve qui reste à ses enfants des glorieux services de leur père. Ils conservent aussi précieusement le vieux sabre qui tant de fois s’est rougi du sang républicain.» 


Chauché
Pierre Maindron, ainsi qu’en témoigne cet engagement militaire, était un fervent soutien des Bourbons. Sous la Restauration monarchique, il accepta les fonctions d’adjoint et de maire de Chauché. En effet, sur le registre d’Etat-civil de Chauché, on relève qu’il a occupé le poste d’adjoint au maire à partir de 1813 jusqu’en 1830, avec une interruption de mai 1818 à novembre 1823, où il occupa lui-même le poste de maire. Dans l’état de nomination au 1-1-1826 en tant qu’adjoint au maire de Chauché, Auguste Querqui de la Pouzaire à cette époque, il est indiqué qu’il est né le 24 septembre 1766 et qu’il est « ancien officier de l’armée royale vendéenne » (21). L’adjoint et le maire, dans les petites communes, étaient nommés par le préfet et leur rôle consistait nettement à relayer la politique de l’exécutif, y compris dans ses aspects partisans. D’ailleurs, après la Révolution de juillet 1830 qui chassa Charles X de son trône et installa le roi-citoyen, Louis Philippe d’Orléans, Pierre Maindron et Auguste Querqui de la Pouzaire démissionnèrent en guise de protestation contre la prise de pouvoir des libéraux orléanistes dont faisait partie Guyet-Desfontaines, le propriétaire de Linières. C’est à ce moment-là aussi que le nouveau pouvoir, ennemi des Bourbons, lui supprima sa pension d’ancien combattant vendéen.

C’est pour avoir signé « un libelle dirigé contre l’administration supérieure de ce Département et ayant pour titre : Réponse à la proclamation du préfet par intérim du département de la Vendée, en date du 21 novembre 1815 » que le maire de Chauché, Charles Désiré Durcot de Puitesson, fut suspendu de ses fonctions le 31 décembre 1816. Pierre Maindron va officier ainsi ensuite sur le registre d’état-civil de la commune de 1817 à mai 1818 en tant qu’adjoint, puis de mai 1818 à novembre 1823 en tant que maire. Ensuite, M. Puitesson redeviendra maire à nouveau jusqu’en 1825.


La fin de sa vie à Linières de 1830 à 1850



Ingres : dessin de Guyet-Desfontaines
(musée Bonnat de Bayonne)
Adjoint aussi longtemps à la mairie de Chauché et maire légitimiste de la commune pendant cinq ans et demi, cela n’a pas empêché Pierre Maindron de travailler pour le député orléaniste Guyet-Desfontaines. Propriétaire de Linières, ce dernier était connu pour son engagement politique au centre gauche, favorable à la nouvelle monarchie de Juillet, « usurpatrice » pour les légitimistes. Il défendait les acquis de la Révolution et ne portait pas dans son cœur les rois Louis XVIII et Charles X, qu’il accusait, entre autre, de manquer de patriotisme. On l’a entendu répondre à la chambre des députés au ministre Guizot, rappelant qu’il était allé trouver Louis XVIII en 1814 à Gand, pendant les Cent Jours, pour lui recommander une politique de la Charte qui soit "constitutionnelle" et non "réactionnaire", à la différence de la première restauration : « Et pendant ce temps-là, la France courait aux combats » (22).

Pierre Maindron fut remplacé au château de la Rabatelière par les nouveaux propriétaires, de la Poeze, laissant la place vers 1832 à un jeune homme de 24 ans, Jean Renou (5). C’est alors que Guyet-Desfontaines le récupéra.

Cet engagement à Linières, entre deux hommes appartenant à des camps politiques opposés, est moins étonnant qu’il n’y parait au premier abord. En premier lieu, nous savons que les deux hommes en présence, le propriétaire et le fermier, sont intelligents.

En deuxième lieu, il n’était pas facile de trouver sur place un fermier républicain, espèce plus rare dans le bocage que les propriétaires républicains.

Et puis en troisième lieu, il y a les compétences du fermier. L’époque était au progrès dans l’agriculture (engrais, machines, plantes fourragères) et à son encouragement, notamment par les concours des comices agricoles, créés à cet effet. Or les Maindron de Linières se distingueront. Les fils de Pierre Maindron obtiendront des prix au comice agricole de Montaigu-Saint-Fulgent :
-        En 1857 le 2e prix pour la catégorie taureaux reproducteurs 1 à 2 ans (récompense de 45 F.) et le 1e prix (24 F.) pour la catégorie génisses (est indiqué : Maindron aîné Linières) et le 3e prix (20 F.) pour la catégorie génisses (est indiqué : Maindron jeune)
-        en 1859 le 1e prix pour la catégorie taureaux (récompense de 50 F.) et le 3e prix dans la catégorie brebis (récompense de 15 F.)

En quatrième lieu, il ne faut pas oublier que les orléanistes comme Guyet-Desfontaines adoptaient une position de juste milieu en politique. Elle prédisposait ainsi le député à une ouverture d’esprit naturelle à l’égard de l’ancien combattant Pierre Maindron. Le député voyait ce dernier plutôt comme une victime des excès de la Révolution. Tous deux étaient monarchistes, mais se séparaient sur la branche à servir, légitimiste ou orléaniste. Ils n’avaient pas le même regard sur la guerre de Vendée, le légitimiste rejetait tout de la Révolution et l’orléaniste n’en rejetait qu’une partie.

Que Pierre Maindron ait conquis l’estime du châtelain de Linières et suscité du regret à sa mort, se comprend assez bien, malgré les divergences d’opinions politiques.


Ses liens familiaux avec la famille des meuniers, nommés aussi Maindron, sont confirmés par sa présence à Saint-André comme témoin d’un mariage le 2 juillet 1832, alors qu’il habitait à Linières (vue 340). La mariée s’appelait Thérèse Maindron, fille de François Maindron, farinier demeurant à la Gandouinière. Elle épousait Jean Richard de la Bourolière, fils d’une famille très éprouvée pendant la Guerre de Vendée.

C’est à Linières qu’il s’est éteint le 14 août 1850 (vue 11 sur le registre de Chauché), âgé de 84 ans. Son épouse y était morte l’année d’avant le 18 juin 1849 (vue 40). Et le 25 juin 1849 (vue 41) naissait aussi à Linières un petit-fils, Jean Marie, fils de Marie Augustin Maindron, 46 ans, et de Jeanne Richard, 35 ans.


(1) Archives de Vendée, délimitation de la commune de Chauché en 1937 : 1 M 290.
(2) Archives de la Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/E 36, ferme du 9 janvier 1759 de la métairie de la Bleure.
(3) Archives de Vendée, notaire de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/7, vente du 6-5-1774 d’héritages à Doullay de Jean Maindron laboureur (Bleure) à Jean Maindron journalier (Doullay).
(4) Archives historiques du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 30, notes sur Pierre Maindron.
(5) 7 Z 46-3, notes sur Pierre Maindron, combattant vendéen.
(6) Archives de Vendée, fonds du comte de Chabot, René Valette, Une poignée de héros » (1902). Le chroniqueur est militant de la cause royaliste.
(7) G. Lenotre, Monsieur de Charette  Hachette (1924), page 270.
(8) Souvenir Vendéen No 213 (décembre 2000).
(9) 7 Z 64, les Montaudouin, arbre généalogique de Thomas René Montaudouin.
(10) Archives de la Vendée, don Boisson : 84 J 29. Voir aussi le répertoire du notaire Gabriel Benesteau de Sainte-Cécile, étude A, à la date du 28 frimaire an 14, vue 5.
(11) 150 J/F 32, échange du 24-12-1812, de deux petits lots fonciers au village de la Benetière (Chauché) entre Thérèse Montaudouin et Louis Piveteau.
(12) 150 J/A 11, 2 projets d’actes du juge de paix des Essarts pour la Brosse Veilleteau et la Veronnière.
(13) Archives de Vendée, notaires de Chavagnes, Bouron : 3 E 31/21, aide de Pierre Maindron à Pierre Cauneau pour payer un conscrit (30-3-1804).
(14) Merci à Pierre Cauneau, descendant de leur frère Jacques Jude Cauneau. Le 31-8-2017.
(15) Archives de Vendée, recensement de Chauché en 1820, vue 13. Merci à Joseph Gris ne m’avoir donné la précision de la résidence à la Chapelle.
(16) Ferme du 26-9-1805 de la métairie de la Chapelle de Pierre Maindron, Archives de Vendée, notaires de Chavagnes-en-Paillers, Bouron : 3 E 31/22.
(17) Bouron : 3 E 31/23, Résiliation du 30-3-1808 du bail de la métairie de la Chapelle de P. Maindron.
(18) Bouron : 3 E 31/23, Achat du 16-6-1807 de divers biens par Pierre Maindron.
(19) Bouron : 3 E 31/24, Achat du 20-9-1810 d’une moitié de borderie par Pierre Maindron.

(20) Bouron : 3 E 31/23, Acte du 16-12-1808 de propriété d’un cheptel par Pierre Maindron. 
(21) Archives de Vendée, nomination des maires par le préfet, dossier 2 M 90.
(22) François Guizot, Histoire parlementaire de la France, discours de Guizot, Levy frères (1863) T3.

Emmanuel François, tous droits réservés
janvier 2010, et complété en octobre 2018

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