samedi 3 avril 2010

Précisions sur les premiers seigneurs de Linières, les Drouelin

Le recoupement des diverses sources, ainsi que leur augmentation, nous permet de revenir sur les premiers seigneurs connus de Linières, anciennement Drolinière. Nous reprenons ici notre article d’avril 2010. Ces premiers seigneurs s’appelaient Drouelin, aussi écrit Droslin, Droulin, Droelin. On sait que l’orthographe s’est fixée bien après la période du Moyen âge dans les écrits de nos ancêtres.

Les membres de cette famille, on le sait, ont été seigneurs de Saint-Fulgent, Linières et la Boutarlière, ces deux derniers fiefs situés à Chauché. On se rappelle aussi que les Drouelin donnèrent leur nom au fief de la Drolinière, nom qui fut simplifié dans les années 1630 en Linière, par le propriétaire d’alors, un nommé Legras qui usurpait le titre de baron (Voir notre article de juin 2011 : Le faux baron de Linières).

Le document le plus ancien connu de la famille Drouelin concerne Marie Drouelin. Il nous apprend que celle-ci fit don en 1238 à l’abbaye de Fontenay-le-Comte d’une rente de trois sous tournois sur la maison de Raoul de Gamaches à Lusignan. Il s’agit probablement de Raoul II de Lusignan, appartenant à une importante famille alliée au roi d’Angleterre, le comté d’Eu leur venant de Guillaume le conquérant (de Normandie), et aussi au roi de France par leur alliance avec les Capet de la branche dite de « Dreux ».

Aimery Drouelin est le premier seigneur connu de Saint-Fulgent. Il était seigneur de la Galotière et de la Barotière. La Gatolière ou Gatelière à Saint-Fulgent porte encore les traces d’une maison de maître sur un espace un peu surélevé. Ce fut peut être vers 1280 le logis d’Aimeri Droulin ou Drolin, seigneur de Saint-Fulgent (1).

Abbaye de la Grainetière
« De Monseigneur Aymeri Drolin, chevalier, 5 sols de rente ». C’est ce qu’on relève dans une reconnaissance des droits acquis de l’abbaye de la Grainetière (Ardelay) en mars 1291par Renaud Barbou, bailli de Touraine, comme redevance due par le seigneur de Saint-Fulgent (2). Les textes où on lit qu’il serait décédé en 1282 paraissent en contradiction avec l’extrait que nous venons de lire. Mais peut-être y eu-t-il au moins deux Aimery Drouelin. On sait peu de choses sur lui, sinon qu’il serait né vers 1240, qu’il épousa une dame Agathe et qu’il eut au moins un fils appelé Maurice Drouelin.

L’abbaye de la Grainetière a été créée vers 1130 par l’abbaye de Fontdouce (commune de Saint-Bris-des-Bois en Charente-Maritime) avec l’appui du seigneur local, Gilbert de la Chaize, qui aurait offert pour sa construction un emplacement dans la forêt de Vendrennes.

Aimery Drouelin, seigneur de Saint-Fulgent, fit un don à la Grainetière en 1293 de deux setiers de seigle sur la Gastolière (3). Les archives de l’abbaye de la Grainetière font état d’un autre don  le 4 février 1294. 

Cette famille de seigneurs de Saint-Fulgent a fondé la Drolinière de Chauché, ainsi que la Boutarlière, mais aussi vraisemblablement la Drolinière de Chavagnes-en-Paillers. Celle-ci relevait de la Guichardière (4). 

Philippe VI
Après Aimery Drouelin, vint Maurice né vers 1270. En 1282 il est seigneur de la Drolinière (5). Après le dimanche oculi de l’année 1343 (3e dimanche de carême), il énumère ce qu’il tient du roi sous hommage lige en la seigneurie de Montaigu. Nous ne savons pas pour quels fiefs cet hommage était rendu. Il a sous sa protection son frère premier puîné qui tient la Veyralie. Il énumère aussi ses hommes de plein service : Pierre Chevallereau de la Tacrère, Jean des Nouhes, Nicolas Chevalier, Pierre Barreteau, Jehan Amoure, Jean Paupin (6). En cette année 1343, le seigneur de Montaigu, ayant trahi le roi de France Philippe VI, fut décapité et ses biens confisqués. C’est ce qui explique cet hommage au roi de France, avant que Montaigu entre momentanément dans le domaine du roi d’Angleterre, nous sommes en pleine guerre de Cent ans. La baronnie de Montaigu sera rendue au fils du supplicié, rallié au roi de France, après sa libération des Anglais grâce à Du Guesclin. 

Maurice Drouelin eut plusieurs enfants, mais nous ne connaissons que son successeur le plus vraisemblable pour avoir été seigneur de Saint-Fulgent et de la Drolinière de Chauché, qui s’appelait aussi Maurice, né vers 1310 et décédé avant mai 1378 (6).

Le seigneur de la Drolinière partagea l’héritage en 1342, et la Boutarlière revint à un frère cadet, Jean (7).  Le tènement voisin de la Gandouinière, situé au sud de la Boutarlière, fit partie de sa mouvance, alors que celui situé au nord, la Charillière, fit partie de la mouvance de la Drollinière jusqu’à la Révolution (8). A partir de ce partage la Boutarlière releva de Linière sous l’hommage que cette dernière en faisait au baron des Essarts. Linière relevait directement de la baronnie des Essarts.


Les seigneurs de la Boutarlière, cousins de ceux de la Drolinière, leurs voisins, vont ainsi continuer à porter le nom des Drouelin avec Jean, seigneur du lieu en 1391 et valet. Un valet était à l'origine un serviteur d’armes au service d’un guerrier, assimilable à un écuyer. Cette année-là il concéda à plusieurs particuliers diverses pièces de terres. C’est un autre Jean Drouelin, probablement fils du premier, qui rendit en 1458 un aveu à Jean Moreau, habitant du Bourg-sous-la-Roche et seigneur de la Gernigaudière aux Brouzils (9).

En 1488 Jean Drouelin reçu un aveu de Bertrand de Saint-Hilaire, seigneur du Retail, pour les Drillères de Boulogne à cause de la Boutarlière. En 1518, c’est Gilles de Saint-Hilaire qui rend l’aveu à René Drouelin, seigneur de la Boutarlière. Il s’agit probablement d’un fils ou d’un frère de Jean Drouelin. René Drouelin, écuyer, épousa Jeanne Fouqueraud (10).

Le fils de Jean Drouelin, Maurice, eut une fille Catherine née vers 1460, qui se maria vers 1490 avec Guyon Bonnevin, lui apportant la Boutarlière en dot. Et Louise Bonnevin, sa fille née vers 1490, se maria en 1519 avec Antoine Gazeau, né vers 1495. C’est celui-ci qui reçut l’aveu de Jacques de Saint-Hilaire en 1531 (11).

Le deuxième Maurice Drouelin seigneur de la Drolinière et de Saint-Fulgent eut au moins deux filles Marie et Jeanne.

Marie se maria en 1350 avec Guillaume Baritaud, seigneur de la Baritaudière (Chantonnay) et de Thénies (Saint-Germain-de-Princay). Elle lui apporta la Drolinière en dot,

Jeanne, née vers 1340 se maria en 1365 avec Jean Cathus, lui apportant la seigneurie de Saint-Fulgent en dot. Celui-ci était fils de Jean Cathus seigneur du Bois (près de Beauvoir-sur-mer), né vers 1310. Ils eurent au moins une fille, Catherine, née vers 1370, dame de Saint-Fulgent et aussi de la Jarrie et de la Merlatière. Sa petite-fille épousa, François de Bessay, descendant par son père de Louis VI le Gros (5).

Un quartier du vieux Poitiers
Jeanne Drouelin et son mari Jean Cathus furent condamnés aux Grandes Assises de Poitiers, tenues du 1e mars au 31 mai 1378, par Miles 1e de Thouars (1327-1378) à lui rendre foi et hommage ainsi que les autres devoirs dus au seigneurs de Tiffauges par Maurice Drouelin, chevalier,  seigneur de Saint-Fulgent, père de la dite Jeanne (12). La seigneurie de Tiffauges, alors suzeraine de la seigneurie de Saint-Fulgent, appartenait à la vicomté de Thouars dès le XIe siècle (13).

En 1365 Guillaume Baritaud de la Baritaudière, à cause de sa femme Marie Drouelin, et Jean Cathus son beau-frère, à cause de sa femme Jeanne, traitent avec la Grainetière à propos d’une rente d’un septier de seigle qui était due aux moines en vertu d’un don du seigneur de Saint-Fulgent (6).

Catherine Cathus, dame de Saint-Fulgent et fille de Jeanne Drouelin et de Jean Cathus, épousa en 1380 Sylvestre de Rezay, seigneur de la Merlatière, la Jarrie (Saligny) et la Raslière (Merlatière). Cette dernière maison posséda longtemps la seigneurie de Saint-Fulgent. Et en 1598, dans un aveu à Thouars, elle cite dans sa mouvance deux bois ayant autrefois appartenu aux Drouelin, et qui sont indivis avec le seigneur de la Drollinière. Le premier est « une pièce de bois taillis garnis d’arbriers de gros bois et de futaie appelée les Vrignais, contenant 50 arpents de bois ou environ, tenant d’une part au bois de la Boutarlière, aux landes communes, d’autre aux terres du village de Villeneuve ».

Le deuxième est « une autre pièce de bois taillis garnis d’arbriers de gros bois de futaie appelé le Bois Thibaud, contenant 6 arpents de bois ou environ » (14). En 1779, l’indivision féodale a cessé au Bois Thibaud, comme en témoigne une déclaration roturière du 15 avril de cette année-là de 9 teneurs faite au seigneur de Linières uniquement (15). Dans ce texte on lit que ce bois touchait le chemin qui conduisait de la Morelière à Languiller, à celui qui conduisait du Landreau aux Essarts. L’espace avait pour voisins un bois dit de la Rabatelière, les tènements du Landreau et de la Porcelière, et le fief de Linières. Il nous semble que les éoliennes qui sont apparues récemment, occupent au moins en partie cet espace oublié de la mémoire des hommes. En 1765, une partie de l’espace est en landes et bruyères. C’était le cas lors de la vente le 27 octobre 1765 d’une pièce de terre en landes et bruyères située aux landes du Bois Thibaud (Chauché), contenant 4 boisselées. La boisselée de landes est vendue 3 livres, soit 4 à 5 fois moins que le prix d’une boisselée de terre labourable. Et l’acte met à la charge de l’acquéreur l’obligation « d’en faire les certes et obéissances au seigneur de Linières dont elle est roturièrement relevante et mouvante » (16).

En 1293, les textes évoquent aussi un Guillaume Drouelin, témoin à la Grainetière des dons d’Aimery Drouelin. Un autre Guillaume Drouelin, seigneur du Bois-Porchet (probablement à Beaurepaire), fit le 13 février 1374 un traité avec l’abbaye de la Grainetière relativement à une rente léguée à cette abbaye par feu Jean Drouelin son frère, pour y être inhumé. Ces deux seigneurs moururent sans postérité et leur nièce hérita de tous leurs biens (6). Nous ne connaissons pas le lien entre ces deux personnes et les autres membres de la famille Drouelin, seigneurs de la Drolinière, Saint-Fulgent et de la Boutarlière.

Cette histoire des Drouelin n’est pas facile à raconter. Les papiers de la famille ont disparu. Heureusement il y avait les moines de l’époque qui savaient lire et écrire, qui tenaient leurs comptes, et dont les archives ont été conservées. C’est le cas à l’abbaye de la Grainetière. Les nobles des environs les pourvoyaient de dons, souvent sous forme de rentes, et c’est comme cela que nous découvrons l’existence la plus ancienne des Drouelin, de manière bien parcellaire.

Mais leur implantation possède une portée intéressante. Que la même famille des seigneurs de Saint-Fulgent, se trouvant dans la mouvance du baron de Tiffauges et du seigneur de Montaigu, ait fondé un petit fief à la Drolinière, sur les terres du baron des Essarts, est un signe de bon voisinage apparemment. D’autant que ses membres viendront à la Boutarlière, toujours sur les terres des Essarts. Nous sommes probablement alors aux 12e et 13e siècles pour faire ce constat, époque également de la création des paroisses de Saint-André-Goule-d’Oie, Chavagnes-en-Paillers et Chauché. Saint-Fulgent et les Essarts existaient déjà, ainsi que la Chapelle de Chauché probablement. Ce fut une époque de prospérité et de paix relative, au sortir de la période précédente qui connut dans la région les invasions barbares et les luttes entre le comte du Poitou et le duc de Bretagne, auxquels s’est ajouté le comte d’Anjou.

Ces luttes ont dû contribuer à forger le paysage politique de la région, faisant de celle-ci un pays de frontière et d’affrontements probables. La féodalité locale parait s’être organisée dans cette confrontation. On trouve au nord les barons de Tiffauges et de Montaigu. En effet, la seigneurie de Saint-Fulgent, avec son château et sa prison, dépendait du baron de Tiffauges, et dans sa mouvance on trouve les fiefs du Puy-Greffier, de la Clavelière, de Rollin, et de nombreux domaines roturiers (la plus grande partie du bourg, des métairies, les moulins à vent de la Haute Clavelière et à eau de la Pesotière, plus tard la tuilerie de Boizard, etc.). Et le seigneur de Saint-Fulgent rendait un aveu à Montaigu pour le fief de la Thibaudière et ses dépendances, dont une petite partie du bourg (17). Et il y avait d’autres fiefs dont nous ne connaissons pas le lien féodal : la Valinière, la Roussière.

A Chavagnes il y avait une bonne douzaine de petits fiefs à ligence au service du baron de Montaigu, comme une ligne avancée de défense contre les envahisseurs du sud. Et au sud, le baron des Essarts disposait de nombreux vassaux sur le territoire de la paroisse des Essarts, mais aussi sur celui qui deviendra les paroisses de Chauché et de Saint-André-Goule-d’Oie. C’était le cas du seigneur de Languiller à Chauché, qui était suzerain de la Chapelle. Aussi du seigneur du Coin, qui était suzerain du seigneur du Coudray et du fief de Saint-André (le bourg), concédé à Linières. Pour simplifier, on pourrait dire que le ruisseau du Vendrenneau marquait la limite entre la sphère d’influence des Essarts au sud et celles de Tiffauges et de Montaigu au nord. D’ailleurs la paroisse de Saint-André a été soumise à la haute justice seigneuriale de la châtellenie des Essarts pendant tout l’Ancien Régime. Nous avons repéré une exception remontant au Moyen Âge, mais qu’on situe dans l’épaisseur du trait, si l’on peut dire. Le seigneur de la Valinière, de Saint-Fulgent, possédait des droits sur des parcelles du tènement de la Javelière, de Saint-André-Goule-d’Oie. Il en a cédé au moins une partie « au sieur Begaud, curé pour lors dudit Saint-Fulgent » en 1399 (18).

Dans ce constat, qui mériterait d’être approfondi bien sûr, l’implantation des Drouelin au Moyen Âge, à la fois dans les deux zones d’influence féodale, apparaît comme un apaisement, signe probable d’un dépassement d’affrontements anciens. Et si l’on devait écrire la préhistoire du canton de St Fulgent, n’est-ce pas ainsi qu’elle pourrait commencer ?


(1) Maurice Maupilier, Des étoiles au lion d’or, Saint-Fulgent sur la route royale, Herault Editions (198), p. 57.
(2) Archives de Vendée, Abel Cougnaud, UER Histoire Poitiers mémoire de maîtrise juin (197) : BIB MEM 219, p. 75.
(3) Revue du Bas-Poitou, L. Chappot de la Chanonie, Une poignée de documents sur l’abbaye de la Grainetière (1890-A3), page 272.
(4) Annuaire de la Société d’Emulation de la Vendée, Charles Gourraud, Histoire des villages de Chavagnes-en-Paillers (1876), page 169.
(5) www.Loipri.over-blog.com
(6) Maurice Maupilier, Des étoiles au lion d’or, Saint-Fulgent sur la route royale, Herault Editions (1989), p. 71.
(7) Archives de la Vendée, chartrier de la Rabatelière 150 J/C 17, mémoire en 1646 sur les conflits entre Linières et la Boutarlière.
(8) Partage du 22-10-1774 de 7,5 boisselées à la Gandouinière, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/121.
(9) Archives de Vendée, G. de Raignac,  cartulaire de la Jaunaie, 8 J 100, page 60.
(10) Archives de Vendée, G. de Raignac, archives de Fonteclose, 8 J 109, vue 49.
(11) Archives de Vendée, G. de Raignac, archives de Fonteclose, fief du Boisreau, page 198.
(12) Cartulaire de Pouzauges, no 7, 7 bis, 12, et 13.
(13) Mémoire de la Société des antiquaires de l’Ouest année, Marcel Garaud, Les châtelains de Poitou et l’avènement du régime féodal aux XIe et XIIe siècles, (1964) tome VIII.
(14) Aveu du 1-6-1598 de la Jarrie, Raslière et Merlatière, Archives nationales, chartrier de Thouars : 1 AP/1181, page 73.
(15) Notaires de Saint-Fulgent, Bellet : 3 E 30/126, déclaration roturière du 15-4-1779 de 9 teneurs du Bois Thibaud à Linières.
(16) Notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/118, vente du 27-10-1765 d’un champ de landes au Bois Thibaud.
(17) aveu du 23-6-1774 de Saint-Fulgent (Agnan Fortin) à la vicomté de Tiffauges (A. L. Jousseaume de la Bretesche), transcrit par Paul Boisson, Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 13. 
(18) Notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/5, reconnaissance de rente à la Javelière du 27-9-1770.

Emmanuel François, tous droits réservés
Avril 2010, complété en février 2018 

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