dimanche 24 avril 2011

Etienne Benjamin Martineau


Beau-frère du futur châtelain de Linières à partir de 1800, Joseph Guyet, nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer Benjamin Martineau, notamment grâce aux informations puisées dans le livre de M. Maupilier : « Des étoiles au Lion d’Or, Saint-Fulgent sur la route royale », Herault Editions (1989). Depuis nous avons trouvé de nouvelles précisions sur cet habitant bien particulier de Linières la dernière année du XVIIIe siècle. En particulier, l’accès internet aux successions dans les archives de Vendée, constitue un atout précieux. Nous reprenons son histoire pour la rectifier et la compléter.

Installation à Saint-Fulgent en 1790-1791


Benjamin Martineau fut reçu médecin à Montpellier le 2 juillet 1787 (1). Il s’établi à Saint-Fulgent et s’enthousiasma très tôt pour l’œuvre de la Révolution. Beaucoup d’historiens de la guerre de Vendée racontent qu’en 1791, il interpella dans l’église de manière vexatoire le curé de Saint-Fulgent pour qu’il prête serment à la constitution civile du clergé. Les travaux de l’abbé Boisson font justice de l’affirmation (Voir notre article publié en octobre 2016 : Le refus de prestation de serment du clergé de Saint-Fulgent en 1791).

Né à La Chapelle-Thémer le 16 juin 1765. Son père s’appelait Jean Baptiste Alexandre Martineau, né à Longèves vers 1734, et était fermier. Il avait épousé à Chassenon le 3 juin 1761, sa cousine germaine, Rose Thérèse Martineau. Ils eurent huit enfants. Il est intéressant de s’attarder sur cette fratrie (2). 
  • Le plus connu de ses frères est Ambroise Jean Baptiste Martineau (1762-1846), ardent républicain, qui fut élu administrateur du département de la Vendée et député suppléant à la Convention. Il a été l’un des hommes de confiance, sévissant à Fontenay, des plus enragés parmi les envoyés de la Convention en Vendée (Hentz, Francastel) (3). Il avait épousé Marguerite Sabouraud. 
  • On a aussi écrit qu’un autre de ses frères aurait été sauvagement massacré par les insurgés lors de la déroute de Pont-Charrault le 19 mars 1793 (4). Serait-ce Philippe Constant Martineau dont on ne connaît pas les dates de naissance et de décès ? (5). 
  • Venant Joseph Grégoire Martineau était officier d’état-major de l’armée d’Italie lorsqu’il fut tué à la bataille du Pont d’Arcole le 11-11-1796 (6); 
  • Rose Louise Martineau qui épousa Joseph Merland, sieur du Chastegnier. 
  • Agathe Jeanne Françoise Martineau qui épousa Guillaume Chevallereau, demeurant à Saint-Hermine. 
  • Thérèse Honorée Martineau qui épousa le 12 novembre 1794 Pierre Ageron, négociant à Fontenay et qui s’établira aux Herbiers, en devenant le maire de 1807 à 1814. Son père avait été fermier général de la Grainetière. Il acheta le Landreau et a été considéré comme « un des grands profiteurs de la Révolution. », achetant de nombreux biens nationaux (7). 
  • Rose, présente au contrat de mariage de son frère Etienne à Saint-Fulgent le 16-5-1791 (8).

Horace Vernet : Bataille du Pont d’Arcole

Franc maçon, Etienne Benjamin Martineau était membre de la Loge des Cœurs Réunis à Fontenay-le-Comte (9). 

Il a épousé à Saint-Fulgent le 17 mai 1791, Catherine Marie Sophie Guyet, fille aînée de Simon Charles Guyet et de Catherine Cousin, et sœur ainée du futur châtelain de Linières, Joseph. Le contrat prévoit la communauté de biens des futurs époux suivant le régime de la coutume du Poitou. La nouvelle législation sur le mariage sera décidée par l’Assemblée législative en 1792. Du côté du marié sa mère le dote d’une somme d’argent de 2 000 livres et d’une pension annuelle et perpétuelle de 1 000 livres, franche et exempte de tous droits et impôts « créés et à créer ». Le notaire est sage d’avoir fait cette dernière précision, car on était en plein bouleversement en ce domaine. Les parents de la mariée apportent une somme d’argent de 6 000 livres et une rente annuelle de 1500 F, sujette à impôt. Toutes ces sommes sont des avances d’héritage, suivant l’usage fréquent. Sont témoins au contrat, et le signent, près d’une quarantaine de membres des deux familles : père et mères, frères et sœurs, beaux-frères et belles-sœurs, oncles et tantes, et même cousins.

C’est le cas par exemple de Jean Claude Pillenière, notaire, et de sa femme Marie Modeste Chauveau, alliés maternels du côté des Guyet. J. C. Pillenière rédigera quatre ans plus tard l’acte de notoriété de décès du père de la mariée à Luçon (8). Marie Modeste Chauveau était la fille de Guy Jean François Chauveau, directeur de la poste aux lettres de Luçon, et frère de Philippe Chauveau maire de Luçon à la date du mariage de sa fille en 1780.

Les débuts de son engagement politique en 1792-1793


Benjamin Martineau est commandant de la garde nationale de la commune de Saint-Fulgent en janvier 1792 (10). Il fit aussi partie des électeurs du canton de Saint-Fulgent pour les élections départementales en septembre 1792. L’arrêté du directoire de la Vendée du 5 février 1793 le nomma commissaire pour le canton de Saint-Fulgent en vue d’y organiser la garde nationale. Il dirigeait la petite troupe qui est venu dans les premiers jours de la guerre de Vendée dans le bourg de Saint-André pour arrêter Jean Aimé de Vaugiraud. Voir notre article publié sur ce site en avril 2012 : M. de Vaugiraud à Saint-André-Goule-d’Oie.

Plaque commémorative de la bataille de Gravereau
Il dû s’enfuir avec son beau-père, Simon Charles Guyet, le 14 mars 1793, accompagnant vers Fontenay-le-Comte, la troupe en déroute des gardes nationaux commandée par Rouillé. A-t-il été témoin dans l’auberge du Chapeau Rouge à Saint-Vincent-Sterlanges, du massacre de son beau-père le 14 mars par les insurgés du canton de Saint-Fulgent ? A-t-il pu l’assister avant de mourir le lendemain ?

Il faut dire qu’il était haï dans les environs. En témoigne un couplet de « la chanson de Marcé », du nom du général qui fut battu le 19 mars 1793 à la bataille de la Guérinière (aussi appelée bataille du Pont de Gravereau) et qui égayait les paysans, sur l’air de la chanson de Malborough. Le refrain était le suivant :

Marcé s’en va-t-en guerre
Mironton, mironton, mirontaine
Marcé s’en va-t-en guerre
En guerre à Saint-Fulgent

Faisant allusion à la fuite des bleus, un des couplets concerne Martineau avec la prononciation du patois local (11) :

Martineau sans tchulotte
Les presse vivement
Préparez au pus vite
Cercueil et monument !

Ses deux premiers enfants sont nés à Saint-Fulgent.
-        Benjamin Charles, né le 14 février 1792, qui sera juge de paix à Palluau.
-        Louis Marie Amboise dont le baptême est inscrit sur le registre clandestin de Saint-Fulgent le 4 août 1793 (12).

Tableau représentant 
la déportation des prêtres par bateau
A cette date, le père était réfugié du côté de Fontenay-le-Comte et sa femme, restée à Saint-Fulgent, prit les initiatives nécessaires pour faire baptiser son bébé. La mort guettait les nouveau-nés à l’époque, et laisser non baptisé le sien a paru impensable à Mme Martineau. Que faire ? Le curé assermenté de Saint-Fulgent, Baudry, était prisonnier des Vendéens, le curé insermenté avait été déporté en Espagne par les révolutionnaires. Restait le vicaire, insermenté lui aussi, qui se cachait aux alentours en compagnie du curé de Saint-André. 

Alors on fit comme tout le monde, on le contacta, et il baptisa l’enfant. Le parrain, Louis Chateigner, noté comme notaire royal par le vicaire, était aussi maire de la commune cette année-là, favorable aux insurgés (13). La loi du 6 octobre 1791 avait pourtant transformé les « notaires royaux » en « notaires publics ». Il a signé sur le registre clandestin du prêtre réfractaire, qui ignorait les nouvelles lois ! Le refus de laisser l’enfant sans baptême valait donc bien cet accommodement à la lutte contre les prêtres réfractaires. A moins que la politique, avec les simplifications qui la font vivre, ne réussisse pas toujours à bien rendre compte des complexités de l’âme humaine ! La châtelaine de Linières, ex-vicomtesse de Lespinay, échappée par miracle des noyades du sinistre Carrier à Nantes, était bien tombée amoureuse du républicain Joseph Guyet …Alors, comme les irrésistibles effets de l’amour, l’impérieuse nécessité des baptêmes transcendait-elle aussi les luttes politiques ?

Un engagement dans la guerre civile 1793-1796


Fuyant Saint-Fulgent, on pense qu’il s’est dirigé à Fontenay, où se trouvait son frère, administrateur du département. Etienne Benjamin Martineau y a fait partie du comité de sûreté générale où, en août 1793, les autorités départementales avaient placé des élus du 2e rang dont il faisait partie. Ce comité était au courant des dossiers de police, faisait rechercher les suspects importants, pouvait procéder aux interrogations et déférer à la cour militaire, antichambre de la mort.

Sur ce point on ne peut pas répéter qu’il interrogea des prisonniers originaires de Saint-Fulgent, faute de preuve. Certains historiens ont pu le confondre dans ce rôle avec son frère, qui signe ses interrogatoires de personnes de Saint-Fulgent de son titre « d’administrateur et commissaire du département de la Vendée ». De plus, il fait précéder, dans sa signature, son patronyme de la lettre « a » et de l’abrégé « Jbte », ce qui veut bien dire Ambroise Jean Baptiste (14). Néanmoins on trouve trace de l’activité d’interrogateur de prisonniers d’Etienne Benjamin Martineau aussi à Fontenay. Ce fut le cas notamment pour le notaire Charles René Marot, originaire de Bazoges-en-Paillers, qui fut condamné à mort et exécuté (1).

Il faut aussi évoquer « l’affaire des Charmilles ». C’était le nom d’une allée qui bordait « le Verger de la Menaudière » appartenant à Simon Charles Guyet, beau-père de Martineau, vers l’ouest de sa maison qui était située au milieu du bourg. Longtemps après la fin de la guerre de Vendée, on portait témoignage des tortures d’insurgés vendéens qui s’y déroulèrent avant leur mise à mort. Les cris s’entendaient à travers le bourg (15). Contrairement à ce qui a pu être dit, le propriétaire des lieux n’y fut pour rien, ayant été lui-même massacré au début de la guerre. Mais son gendre ? On pense qu’il revint à Saint-Fulgent après la pacification de Hoche et qu’il n’y fut probablement pas impliqué. On soupçonne en revanche la troupe stationnée à Saint-Fulgent. Mais que cette propriété ait servi à cela est difficilement contestable. C’est d’ailleurs dans cette maison de son beau-père qu’il logeait probablement, quand il venait de Luçon à Saint-Fulgent après 1796. Et cette affaire des Charmilles a dû compter beaucoup pour la postérité. 

Poiré-sur-Vie
Benjamin Martineau semble s’être illustré en janvier 1794 au Poiré-sur-Vie, en tuant le curé de Sainte-Cécile, Jean Dolbecq, dans un engagement contre une troupe de combattants vendéens commandée par le général Joly. C’est ce qu’affirme le général républicain Bard, dans une lettre datée de Chantonnay le 11 janvier 1794, et adressée à la société populaire de Fontenay-le-Comte. Il y écrit : « Je ne dois pas vous laisser ignorer que le brave Martineau, le jeune médecin, a porté le premier coup au fameux curé de Sainte-Cécile, dans l’affaire qui a eu lieu au Poiré. » (16). Dans ses mémoire, l’abbé Remaud, le secrétaire de Charette et ancien vicaire de Chavagnes, confirme l’évènement, mais sans citer celui qu’il appelle « l’assassin » et en donnant une date décalée d’un an (17). Le Dictionnaire des Vendéens sur le site des Archives de Vendée indique les deux témoignages.

Martineau fut l’un des premiers signataires de la dénonciation véhémente de la société populaire de Luçon contre le général Huché, « homme atroce », le 30 mars 1794 (1). On trouve aisément sur internet les faits et gestes de ce général alcoolique, chargé par Turreau d’une des colonnes infernales à Luçon et ailleurs. À la section luçonnaise de la société populaire, émanation du club parisien des Jacobins, on trouve aussi le notaire Jean Claude Pillernière dans un état dressé le 21 brumaire an III (11-11-1794) après l’affaire Huché (18). Il avait été témoin au mariage de Benjamin Martineau et rédigera l’acte de notoriété du décès de Simon Charles Guyet l’année d’après.

Benjamin Martineau a dû  trouver refuge dans cette période à Champagné-les-Marais, au moins de temps en temps, où le curé constitutionnel de Saint-Fulgent, retiré alors à Ancenis, lui écrit le 21-6-1794 : « on parle beaucoup ici d’un pardon par les représentants aux brigands qui mettent bas les armes, que 600 habitants des marais ont joui tout nouvellement de cette faveur. Je ne crois point à cette amnistie. »

Plus tard Benjamin Martineau dû habiter Luçon, où naquit son troisième enfant, Rose Adélaïde Félicité, le 13 novembre 1797. Elle fut baptisée en 1808 à Saint-Fulgent sous condition, car elle avait été ondoyée à la naissance, mais « ayant lieu de douter de sa validité ». Le même jour, et pour la même raison, on baptisa aussi ses autres sœurs, Elise Agathe Emilie et Adèle Félicité. Décidément le baptême était pris très au sérieux dans cette famille (19). Rose Adélaïde épousa à Saint-Fulgent le 17 octobre 1825, Joseph Alexandre Gourraud (Proustière de Chavagnes-en-Paillers), juge de paix et conseiller général. A Luçon Martineau y exerça la médecine. C’est ce qu’il déclare au moment de l’inscription du décès de son beau-père au bureau de l’Enregistrement de Montaigu, le 21 messidor an V (9-7-1797).

Commissaire du directoire cantonal de Saint-Fulgent 1798-1799


Mais il devait se rendre régulièrement à Saint-Fulgent, car il fut élu président de l’administration municipale du canton de Saint-Fulgent en 1797 probablement, Louis Merlet étant nommé commissaire de son directoire exécutif.

Puis il remplaça ce dernier en avril 1798. Il l’avait dénoncé auprès des autorités départementales comme « coquin », servant ses intérêts au détriment de ceux de la République. Cette fonction de commissaire du canton nous vaut une correspondance administrative de Martineau dont nous avons donné un aperçu dans l’article publié sur ce site en juillet 2010 : Les agents communaux Fluzeau (1796-1797) et Bordron (1797-1799).

Il s’installa à Linières à une date que nous ne connaissons pas, au cours de l’année 1798, chez son beau-frère, Joseph Guyet, dit « le parisien ». Celui-ci partageait son temps dès la fin de 1796 entre Paris, où vivait sa maitresse, la dame de Linières, et la Vendée, où il fallait s’occuper du domaine de Linières.

Le 4 octobre il se fait une entorse qui l’immobilise plusieurs semaines. Il la signale au commissaire exécutif de Fontenay dans une lettre du 14 vendémiaire an 7 : « un accident qui m’est arrivé hier me met hors d’état d’assister de quelque temps aux séances de l’administration. Une entorse très douloureuse ne me permettra de quelques décades de sortir de ma chambre. La privation de ma liberté a plus de prise sur l’âme que la douleur elle-même. »

Dans son courrier administratif, Etienne Benjamin Martineau a la plume facile. Il est imprégné des influences de son temps : grandiloquence et sensibilité à la mode de Rousseau.  « Sentir » est un de ses mots préférés, et c’est ce qu’il appelle sa conscience. Il règle sur elle ses attitudes, prétend-t-il. On aimerait connaitre son rapport aux philosophies à la mode de son temps. En tout cas son adhésion au projet politique issu des Etats-Généraux fut enthousiaste. Il a l’accusation facile contre ses collaborateurs, le juge de paix Gérard et le marchand Merlet. Il ne parait pas s’imposer au lecteur de son courrier par son énergie, mais à cause de l’antagonisme entre eux, on hésite à suivre Gérard qui l’accuse de lâcheté. De même qu’on hésite à répéter qu’il bégayait, comme l’écrit l’historien Felix Deniau, qui montre par ailleurs une facilité à reprendre les rumeurs courant sur son compte à Saint-Fulgent des dizaines d’années après sa mort (1). Mais il nous faut bien remarquer un certain manque de courage quand il se plaint auprès de l’administration départementale, en février 1799, que l’agent de Saint-André laissait l’église paroissiale ouverte aux paroissiens pour y faire des prières en l’absence du curé. Il habitait Linières alors, c’est-à-dire à un km de là. Que n’a-t-il convoqué lui-même les gendarmes pour faire cesser cette pratique illégale ? Il faut dire que les paroissiens l’avaient déjà mis en fuite en mars 1793, quand il était venu arrêter Jean de Vaugiraud avec des gendarmes dans le bourg.

Parmi ce courrier, un fait mérite d’être relaté. Le 22 mars 1799, devait avoir lieu l’assemblée primaire du canton. Elle avait lieu en mars de chaque année, et devait désigner notamment le président de l’administration cantonale et le juge de paix (celui-ci sous réserve de l’accord de l’administration). Le commissaire, disposant de la réalité du pouvoir, véritable « sentinelle du gouvernement » (formule employée par L. Merlet), était, rappelons-le, nommé par l’administration départementale. C’est lui, Martineau, qui la présidait pour la convoquer. Ensuite l’assemblée votante devait désigner le président et les membres du bureau de vote.

Ce fut un pugilat, digne des coups de force et des manœuvres qui se déroulaient dans les chambres à Paris. D’un côté une majorité de 58 % des 78 électeurs présents (pour tout le canton) s’opposaient fermement à Martineau. De l’autre un petit groupe de 33 électeurs le soutenaient. Qui composaient les deux groupes ? On n’a que la version de Martineau, et selon lui, ses adversaires, qu’il ne nomme pas, sont manipulés par trois à quatre meneurs du camp royaliste. Lui-même et son camp représentent « les patriotes les plus purs et les plus sincères ». On devine que la réalité a été un peu plus compliquée. Il accuse ses adversaires d’avoir, la veille du jour prévu pour l’assemblée votante, fomenté des cabales, manœuvré, même désigné les personnes à élire. La campagne électorale ne serait-elle autorisée que pour un seul camp ?

Le matin même, l’assemblée votante était toujours divisée. Elle réussit à composer son bureau de vote. Les premiers électeurs furent désignés : Joseph Guyet, l’amant de Mme de Lespinay vivant à Linières, dit « le parisien », Merlet, Rechin, Jean Cailleteau. Mais cela s’arrêta sans que le procès-verbal soit précis sur les circonstances. On se disputa. En début d’après-midi, le camp Martineau mis à exécution une scission de l’assemblée, prétextant que les participants étaient manipulés et n’étaient pas tous libres de leurs votes. Ces scissionnaires se réfugièrent dans une autre salle pour passer au vote en toute indépendance. C’est ce qui fut réalisé non sans difficultés. La majorité suivit la minorité dans son déplacement, bâtons en mains pour quelques-uns, empêchant la tenue de la réunion. Une diversion dans le jardin pour faire fuir les perturbateurs fut un échec, sous les « propos tumultueux et menaçants » des opposants. Finalement l’agent de Saint-Fulgent requis le commandant de la force armée en poste, pour protéger l’assemblée des 33 scissionnaires. Les membres de l’administration cantonale furent élus : Bossard (Chauché), Bordron fils (Saint-André), Denechaud (Bazoges) et Martineau. Le nouveau président de l’administration du canton fut Bossard de Chauché (20).

Et puis, sans donner de justification, il annonce à l’administration départementale 13 juin 1799 son départ pour habiter Luçon (21). Il demande qu’on le remplace au 1e messidor prochain (19 juin). La raison n’est pas dite, est-ce un problème de santé ? Est-ce lié à l’accouchement de sa femme, qui avait mis au monde une fille, Elise Agathe Martineau, à Linières le 8 janvier 1799, et qui tomba enceinte peu après (22) ? Peut-être ne se sentait-il pas en sécurité dans le canton de Saint-Fulgent. L’actualité fut remplie dans cette dernière année du Directoire, d’accrochages et d’attaques opérés par des partisans royalistes et par de vrais bandits, sans que les rapports des autorités nous aident à les distinguer. D’ailleurs en septembre 1799 une bande de partisans vint à Linières y piller le logis de Martineau, heureusement absent. Ils venaient d’agresser deux républicains de Chauché : Bossard, agent de la commune, et Bossu, ex assesseur du juge de paix. Dans la traque qui s’en suivit on eut à déplorer un mort dans chaque camp (23). Peut-être aussi connut-il le découragement, comme d’autres à cette époque dans l’Ouest de la France (24).

Sur l’acte de mariage de son quatrième enfant, on note que ce dernier est né à Linières, Agathe Elise Emilie, le 8 janvier 1799 ; elle épousa le 14 octobre 1833 à Saint-Fulgent, Narcisse Hyacinthe Legras de Grandcourt.

Reconversion sous Napoléon


Puis Napoléon s’empara du pouvoir et imposa à tous la paix civile. Beaucoup des combattants des deux camps, qui luttaient depuis dix ans, ne demandaient qu’à vivre en paix. Benjamin Martineau revint à nouveau s’installer à Saint-Fulgent, il était alors membre du conseil général.

Préfet J. F. Merlet
Dans une enquête demandée par le ministre de l’intérieur en 1801, concernant des citoyens vendéens, exerçant des fonctions publiques et anciens révolutionnaires, le préfet de Vendée, Merlet, indique à son sujet : « Martineau, médecin, membre du conseil général. Pendant la Révolution, et surtout pendant la guerre de Vendée, il s’est signalé par une extrême exagération. On lui reproche beaucoup d’actes répréhensibles. Il a acquis une grande fortune qui ne lui a pas coûté cher. » (25).

Son dernier enfant naquit à Saint-Fulgent, Adèle Félicitée, le 7 janvier 1802 ; veuve, celle-ci épousa à Saint-Fulgent le 9 février 1835, Olivier Gabriel Désiré Legras de Grandcourt.

Mais il ne resta pas longtemps Saint-Fulgent. Il alla exercer la médecine aux Herbiers, au moins depuis 1803, année où il y apparaît domicilié au bourg dans un acte notarié. Il y acquit en septembre 1803 une vigne et une ouche, ayant vendu sa maison de Luçon le 30 mai 1802 (26).

En 1798 il avait acquis à Saint-Vincent-Sterlanges une maison, ayant appartenu aux Chabot, puis il l’a revendue quatre mois plus tard (27).

La même année il acheta avec un nommé Beaulieu les Grandes Valinières et Petites Valinières (Saint-Fulgent), ayant appartenues à Le Maignan de l’Ecorce, pour un montant de 110 000 F (28). A cet égard, l’abbé Félix Deniau s’est laissé emporter par la réputation de Martineau, décriée chez les « blancs », à propos de cette acquisition, écrivant faussement en 1878 dans son livre d’Histoire de la Vendée : « Saint-Fulgent (Vendée), Mandin avait été nommé expert-juré pour la vendition des biens des émigrés. Pour une bouteille de vin, il ne portait dans ses estimations que la moitié des terres d’une métairie et la faisait acheter pour rien à qui il voulait. Ainsi la ferme de Petite-Boucherie, de 75 hectares, fut vendue 600 écus, les Deux-Valinières qui valent aujourd’hui 6,000 francs de ferme, furent achetées 600 francs par M... » (29). Charité ou prudence, il ne donne que la première lettre du nom de l’acquéreur. Il semble qu’il ait recopié un texte d’Alexis des Nouhes, maire de Saint-Fulgent (30). Mais le fait est révélateur : soixante ans après sa mort, les nouvelles générations de ses ennemis gardaient en mémoire sa mauvaise réputation.

Néanmoins le prix de 110 000 F est bien faible comparé à celui payé pour la seule métairie de la Roche Mauvin à la même époque (150 000 F), ou à celui de la métairie du Coin (132 100 F avec des bâtiments incendiés). Au minimum, la valeur des deux Valinières divise par deux le prix payé ailleurs, ce qui valide l’appréciation du préfet sur ce point, et même si certains témoignages ont exagéré.

Nous avons aussi une ferme de la métairie du Coin à Mouchamps qu’il fit en faveur de Pierre Pinau et consorts le 19 brumaire an 11 (31).

En mai et juin 1800, il acheta à ses deux propriétaires, par deux actes séparés, les deux moulins à eau et à vent dits Vendrenneau, à Vendrennes, moyennant la somme de 1200 F. Et dans l’acte du 6 juin il les afferme aux deux vendeurs dans un bail de 3 ans, moyennant un prix annuel de 250 F. en argent (32).  

Toujours passionné de politique, il fit allégeance au nouveau pouvoir de Napoléon et il fut nommé maire de la commune des Herbiers du 15 avril 1804 à décembre 1807. Il fut alors remplacé par son beau-frère Pierre Ageron. Mais le 2 juillet 1808 il prêta serment comme juge de paix aux Herbiers.
Aux Cent-jours de retour de Napoléon, il fut élu le 12 mai 1815 par l’arrondissement de la Roche-sur-Yon représentant à la chambre (33). On sait que le nouveau retour de Louis XVIII après la seconde abdication de Napoléon rendit cette élection inutile.

Etienne Benjamin Martineau est décédé à Saint-Fulgent le 8 novembre 1828.


Sa mémoire nous pose question. On l’a vu moqué dans « la chanson de Marcé » au début de la révolte des insurgés en mars 1793. On l’a vu ensuite chargé d’accusations non fondées dans les décennies qui ont suivi la fin de la guerre de Vendée. Pourquoi tant de haine ? Son beau-père Charles Guyet a été massacré dans une escarmouche à laquelle il avait participé, ou bien il a été assassiné pour avoir été reconnu, bourgeois républicain qu’il était. Cette haine des républicains n’a pas été une conséquence de la guerre, même s'il faut l'y agréger bien sûr, mais surtout elle se classe parmi les causes apparemment. N’est-ce pas l’enseignement principal qui se dégage de l’histoire personnelle d’Etienne Benjamin Martineau ?  


(1) Archives diocésaine de l’évêché de  Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 20, famille Martineau. 
(2) Archives départementales de la Vendée, Généalogie J. Maillaud.
(3) Annuaire de la SEV, Les Bleus de Vendée, article J. Artarit, (2010), page 235.
(4) Annuaire de la SEV, Les Bleus de Vendée, article J. Artarit, (2010), page 278.
(5) famillesvendeennes.fr : Martineau, branche de Longèves.
(6) Archives de Vendée, registre des déclarations de mutation, bureau Montaigu (10 germinal an 5).
(7) Jean Lagniau, Le Landreau en les Herbiers, (1971). 
(8) Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, étude Frappier 3E30/13, contrat de mariage Etienne Martineau et Catherine Guyet du 16-5-1791.
(9) Jean Artarit, Fontenay-le-Comte sous la Révolution, CVRH, 2014.  
(10) Archives de la Vendée, registre paroissial du Poiré-sur-Vie, signature de l’acte de baptême du 1-1-1792, vue 30.
(11) Billaud et d’Herbauges, La guerre au bocage vendéen, (1992), page 106.
(12) Archives départementales de la Vendée, état-civil Saint-Fulgent : registre clandestin vue 10/78.
(13) Extrait d’une liste des insurgés vendéens dressée par Goupilleau de Montaigu dans la collection Dugast-Matifeux volume 1, liasse 31, conservée à la médiathèque de Nantes et copiée par l’abbé Boisson dans le fonds 7 Z 99, aux Archives du diocèse de Luçon.
(14) Interrogatoire le 12 frimaire an 2 de Zacharie Allier, serrurier de la commune de Saint-Fulgent dans la collection Dugast-Matifeux volume 67 conservé à la médiathèque de Nantes et copié par l’abbé Boisson dans le fonds 7 Z 99, aux Archives du diocèse de Luçon.
(15) Maurice Maupilier, Des Etoiles au Lion d’Or, Saint-Fulgent sur la route royale, Herault Editions, 1989, page 147.
(16) L. Brochet, Le canton de Chantonnay à travers l’histoire, Le livre d’histoire (fac-similé 2007), page 38.
(17) E. Bourloton, Le clergé de la Vendée pendant la Révolution, Revue du Bas-Poitou (1902-4), page 348, vue 17.
(18) R. Williaume, Luçon dans la guerre de Vendée, éditions du CVRH, 2009, page 401.
(19) Archives diocésaine de l’évêché de  Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 20, famille Martineau, baptême de Rose Adélaïde Félicité Martineau le 6-9-1808.
(20) Archives historiques du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 12-III, procès-verbal du 22 ventôse an 7 de Martineau et lettre du même à Cayaud du 4 et 13 germinal an 7.
(21) Archives historiques du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 12-III, lettre de Martineau à Cayaud du 25 prairial an 7.
(22) Archives de Vendée, état-civil de Saint-Fulgent, mariage Elise Martineau et Narcisse Legras de Grandcourt du 14-10-1833 (vue 240/335 du registre numérisé). Et Etat-civil de Chauché an 7, vue 9.
(23) Archives historiques du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 12-IV, compte-rendu du 3 vendémiaire an 8 de Gérard sur les attaques de partisans à Chauché le 30 fructidor an 7.
(24) J. C. Martin, La Vendée et la Révolution, Perrin, 2007, page 187.
(25) T. Heckmann, « Napoléon et la paix », Editions d’Orbestier (2004), page 85.
(26) Archives de Vendée, notaires des Herbiers, J. M. Graffard (fils) : 3E 020, vente de leur maison de Luçon par B. Martineau, le 10 prairial an 10, vue 254/304.
(27) Archives de Vendée, notaire de Sainte-Cécile, minutes isolées Joseph David, vente de Pierre Brossard à Louis Motais 15 fructidor an 6 (vue 45).
(28) Archives de Vendée, vente de biens nationaux : 1 Q 267 no 1414, vente des Grandes Valinières et Petites Valinières achetées par Beaulieu et Martineau (Etienne) le 9 messidor an 6.
(29) Archives de Vendée, bibliothèque numérisée Aubret et les héritiers des Vendéens : 4 Num 280/27, Félix Deniau, « Histoire de la Vendée », tome premier, page 45 (vue 45).
(30) Archives de Vendée, bibliothèque numérisée comte de Chabot, biographies : BR 117, vue 10.
(31) Archives de Vendée, notaire des Herbiers, Allard 3E 019, ferme de Martineau à Pierre Pineau le 19 brumaire an 11 (10-11-1802) vue 47/492.
(32) Archives de Vendée, notaires de Chavagnes, Bouron : 3 E 31/18, achat du 6-6-1800 de la moitié
des 2 moulins de Vendrenneau par Martineau, et ferme des moulins.
(33) R. Robinet et Le Chaplin, Dictionnaire de la Révolution et de l’Empire.

Emmanuel François, tous droits réservés

24 avril 2011, complété en août 2017


samedi 2 avril 2011

Achille DIEN, peintre de Linières

Avec tous les artistes et les peintres qui ont fréquenté Linières entre 1875 et 1885, c'est-à-dire au temps d’Amaury-Duval, on est un peu surpris de l’absence de tableaux représentant les lieux. On sait qu’Amaury-Duval lui-même était un portraitiste avant-tout et on ne connaît de lui qu’un seul dessin de paysage (d’Italie)

Internet vient enfin de nous permettre de découvrir trois tableaux, œuvres de Louis Felix Achille Dien :
- « Un coin de parc à Linières » (figurant au Catalogue illustré du salon, 4e année, en 1882)
- « Dans le parc de Linières » (figurant au Catalogue illustré du salon, 3e année, en 1881 sous le no 859)
- « La pièce d’eau du château de Linières » (figurant au Catalogue des ouvrages de peinture et de sculptures exposés au Palais des Champs-Elysées le 2 Mai 1881 sous le no 739). Il semble que l’œuvre avait aussi un autre titre : Hallali de chevreuil dans le parc de Linières.

Le catalogue illustré du salon a été édité par la librairie d’art L. Baschet, 125 Boulevard de St Germain à Paris.

Ces informations figurent dans le Dictionnaire général des artistes de l'École française depuis l'origine des arts du dessin jusqu'à nos jours : architectes, peintres, sculpteurs, graveurs et lithographes, ouvrage commencé par Émile Bellier de La Chavignerie , continué par Louis Auvray,... - T2 et suppl. (1885).

La Source de ces informations est la librairie du musée J. Paul Getty, (Los Angeles), accessible par Google.

Musée Paul Getty (Los Angeles)
Que notre information provienne de Los Angeles ou de France n’a pas d’importance sur le point de savoir où sont ces tableaux. Car pour l’instant nous ne le savons pas encore. Internet reste la voie la plus facile pour trouver une réponse à cette question. Les propriétaires de ces tableaux, qui habitent quelque part dans le monde, peuvent vouloir se renseigner sur la pièce d’eau et le parc de Linières, certes moins connus que ceux du château de Versailles. Le présent site leur réservera un accueil empressé et leur ouvrira de larges horizons à Chauché et Saint-André-Goule-d’Oie en Vendée, pour situer l'histoire des lieux.

De plus, les recherches internet, si elles sont infructueuses, ne le sont par définition que provisoirement. Chaque jour voit augmenter la richesse de la documentation accessible. Tel qui ne sait pas où sont ces tableaux un jour, le découvrira demain.

Mais au fait pourquoi Achille Dien à Linières ?

C’était un ami d’Amaury-Duval, propriétaire du nouveau château de Linières (Chauché, Vendée), depuis la mort de son petit-neveu, Marcel de Brayer qui venait de le construire. Le peintre Amaury-Duval avait entrepris la décoration intérieure à la demande de son petit-neveu. Plusieurs peintres l’aidèrent dans cette tâche :
- Mottez, son ami rencontré dans l’atelier d’Ingres.
- Victor Cesson, son élève et ami personnel de Marcel de Brayer.
- Eugène Froment, son élève qui sera son exécuteur testamentaire
- Anatole Jal, fils d’Augustin Jal, amis de toujours d’Amaury-Duval et de sa famille.

Achille Dien a fait partie des nombreux invités d’Amaury-Duval à Linières pour des séjours de loisirs. Ces invités étaient des membres de sa famille et des amis. Par ailleurs ils avaient presque tous un nom dans le monde des arts à Paris. On a parlé ensuite de la brillante société parisienne venue se promener au bord de l’étang. L’amitié et l’affection seules les avaient désignés.

Achille Dien était le fils, né en 1827, de Felix-Antoine Dien, graveur, et de Victoire-Pauline Piat. Il fut d’abord un musicien réputé et sa spécialité musicale fut la musique de chambre. Beethoven et Henri Reber (ce dernier, ami intime des Guyet-Desfontaines et d’Amaury-Duval) ont été ses compositeurs de prédilection. Ses premières mentions dans La Revue et Gazette musicale (8 et 15 mars 1857) le louent pour ce choix, et il propageait encore l’œuvre de Reber en 1884. C’est Dien qui prononça le discours pour l’inauguration du monument funéraire de son idole, Henri Reber, en 1883. Lors d’une de ses soirées de musique de chambre, qui « peuvent être rangées parmi les meilleures en ce genre » (La France musicale, 28 mars 1869), sa femme l’accompagne, sans doute au piano, et il était assez bon musicien pour jouer régulièrement avec Saint-Saëns et Batta (ces derniers, habitués du salon de Mme Guyet-Desfontaines).

Gouttepagnon : château de Linières (dessin)
Dans la Revue musicale, (1861/03), on peut lire cet extrait le concernant : « M. Achille Dien, un violoniste de talent, un musicien solide ; il a donné une belle soirée où il a conduit l’exécution de plusieurs morceaux de musique instrumentale avec intelligence et beaucoup de sentiment…. La transcription la plus ancienne de Saint-Saëns, la « Fantaisie sur des motifs d’Oberon de Carl Maria Von Weber », vit le jour en 1850, alors qu’il n’avait que quinze ans. Officiellement, cette page est le fruit d’un travail d’écriture réalisé conjointement avec son ami, le violoniste Achille Dien. Si ces deux jeunes musiciens étaient déjà des virtuoses de leurs instruments respectifs, il semblerait bien que le jeune pianiste ait défié les ressources du violoniste. Certes, le style de maturité de Saint-Saëns n’y est pas encore perceptible, pour autant son enthousiasme pour l’œuvre de Weber transparaît clairement, tout comme son humour au second degré qui joue non seulement avec la partition mais se joue aussi de celle-ci.

Le premier concerto de Saint-Saëns fut le Concerto pour violon No 2 en ut majeur op. 58 ; il rencontra moins de succès et ne fut publié qu’en 1879. Il fut dédié au peintre et musicien Achille Dien, qui le joua lors d’une soirée donnée par Saint-Saëns le 9-4-1860 à la Salle Erard. »

Dien est représenté en joueur de violon 
dans cette fresque au château de Linières, 
œuvre de V. Mottez : La danse bretonne

En 1894 Dien donne encore des concerts et enseigne le violon.

Dien était à la fois violoniste et peintre. Après 20 ans de vie musicale, il exposa pour la première fois en 1869 et continua régulièrement à envoyer au salon des paysages, souvent au fusain, jusqu’en 1882.

La musique le fit rencontrer H. Reber et l’amena vers Amaury-Duval. Il était déjà lancé dans la peinture quand il vint à Linières et peignit les trois tableaux indiqués ci-dessus.

Dien se livrait aussi à des travaux théoriques et travaillait à l’amélioration de la colophane. C’est une substance issue des résines de pins, qui est frottée sur les crins de l'archet pour lui conférer l'aspérité dont il a besoin pour frotter les cordes du violon.

Son ami H. Reber, membre de l’académie, a rapporté à l’Académie des Sciences le 29 avril 1878, deux mémoires de M. Achille Dien, lesquels concernent : 1° les notes défectueuses des instruments à archet, 2° la résonance de la 2e mineure dans les cordes graves du piano.

Emmanuel François, tous droits réservés
Avril 2011

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Pierre François Mandin, adjoint au maire de 1826 à 1830


Pierre François Mandin remplace François Fluzeau, comme adjoint du maire de Saint-André-Goule-d’Oie, à une date que nous ne connaissons pas. Ce dernier est mort en 1824. Mandin apparaît dans cette fonction dans des registres conservés aux Archives à partir du 1e janvier 1826, le maire étant alors François Cougnon. Il restera adjoint du maire suivant nommé dans les deniers temps de la Restauration monarchique : Léon de Tinguy. Mandin démissionnera, comme le maire, en 1830 pour protester contre l’arrivée du nouveau roi citoyen, Louis Philippe, après que la Révolution de juillet 1830 eut détrôné Charles X.

Encore moins que le maire, nous n’avons rien trouvé concernant son activité municipale. Dans les archives de la paroisse on relève qu’il fut membre du conseil de la fabrique de Saint-André dès 1805. Il signera un procès-verbal de la fabrique le 10 avril 1836 comme président, trois ans avant son décès. Mais sa vie de combattant vendéen a laissé plus de traces et mérite d’être racontée.

François (le prénom Pierre est parfois oublié) Mandin, a été capitaine dans l’armée vendéenne, ce qui pour un paysan le fait sortir du lot. Dans le contrôle nominatif des anciens officiers, sous-officiers et soldats vendéens blessés, qui sont proposés pour recevoir les secours accordés par l’ordonnance royale du 3 décembre 1823, on relève le capitaine Mandin Pierre François, né le 25 février 1769. Il y est dit qu’il « a fait les premières campagnes. »

Dans un autre document on note que Mandin Pierre François, « capitaine, distingué, a commandé des volontaires en corps d’élite. » En 1828, un nouveau contrôle nominatif le dit toujours capitaine, avec la notation : « A passé la Loire. Mérite. » Il est le 3e capitaine connu de Saint-André dans les armées vendéennes, après François Cougnon du Coudray et François Fluzeau de la Brossière. Nous avons publié leur biographie sur ce site.

Les recherches de l’historien Alain Gérard sur la guerre de Vendée montrent les manipulations et mensonges véhiculés parfois avec de faux documents. Ainsi en est-il de la déclaration, il est vrai particulièrement « trop belle pour être vraie », de Westermann, triomphant après le massacre de Savenay. Nous ne pouvons plus la reprendre sans tenir compte des travaux d’A. Gérard. Il en est de même avec les méticuleuses vérifications d’A. de Guerry à propos de la participation des frères Royrand aux combats de la guerre de Vendée. C’est pourquoi nous reprenons cet article pour le rectifier sur ces deux points.

Sa famille


Pierre François Mandin est né le 25 février 1769 à Saint-André-Goule-d’Oie et est décédé le 21 janvier 1839 dans la même commune. Il était fils de François Mandin (1745-1829) et de Marie Roger (1745-1809), demeurant au bourg de Saint-André.

Son père était sacristain de la paroisse et sa présence est fréquente sur les registres clandestins (1793-1794) du prieur Allain, alors que ce dernier était obligé de se cacher à Chavagnes-en-Paillers, au village de la Maigrière ou dans la forêt de Gralas. Il enterrait les morts et devait sans doute suppléer à l’absence du prêtre dans ces circonstances pour conduire quelques prières. Le grand-père, Jean Mandin (1711-1756) et l’arrière-grand-père, François Mandin (1681-1756), étaient aussi sacristains. Le père de ce dernier l’était aussi, ainsi que nous avons pu le relever sur le registre paroissial de Saint-André en 1670 (voir page 79 de mon livre). Et l’avant-dernier de ses fils, Jean Mandin, le sera aussi. Cette fonction de sacristain constituait un emploi partagé avec celui de cultivateur, longtemps resté dans la même famille.
Pierre François Mandin était l’aîné d’une famille de 8 enfants dont 6 survivants.

Pierre François Mandin dans les premiers combats des gens de Saint-André-Goule-d’Oie


Il a fait partie des jeunes gens de Saint-André-Goule-d’Oie qui se sont engagés sous les ordres de Charles de Royrand (1726-1793), demeurant alors à la Burnière de Chavagnes-en-Paillers.

Le « bounhomme Rouérand », comme l’appelaient les paysans, était un ancien officier du régiment de mousquetaires de Navarre, puis d’Armagnac. Il avait été blessé à la bataille de Raucoux (1746) et avait été distingué par le titre de chevalier de Saint Louis. Il fut proclamé à Saint-Fulgent par les paysans des environs comme leur général. Il remporta la première bataille rangée des révoltés vendéens contre des troupes de ligne le 19 mars 1793. En septembre 1793, son territoire du centre de la Vendée étant tenu par les bleus, il se joignit à l’armée des Mauges et participa ensuite, par discipline militaire et malgré ses convictions, à la Virée de Galerne, où il y mourut. Un autre frère Royrand, Charles Augustin, fut fusillé à Vannes en 1795 après le désastre de Quiberon, trois jours après son neveu, Charles César.

François Mandin se retrouva aussi en compagnie d’un autre « gouledoisien », officier membre de l’état-major du général de Royrand, propriétaire au bourg de Saint-André-Goule-d’Oie, Jean Aimé Jacques de Vaugiraud. Celui-ci était né à Mortagne le 4 janvier 1753 et avait été officier de marine, comme le vice-amiral Pierre René Marie de Vaugiraud (1741-1819), son cousin. Son père était Jean Gabriel de Vaugiraud, chevalier seigneur du Coudray en 1753, et sa mère Marie Jacquette Boutiller.

Maurice Maupilier, dans son livre sur l’Histoire de Saint-Fulgent, raconte que vers la fin de 1792 les rapports de police signalent dans la région de Montaigu la présence d’Aimé de Vaugiraud qui se cache dans ses terres (il était noble). Cité à comparaître devant le directoire du département de la Vendée, il ne se présente pas. Le 2 mars 1793 le directoire se plaint que le district de Montaigu ne fait rien pour le chercher. Ambroise Martineau, membre du directoire du département, charge alors son frère Benjamin, membre de la municipalité de Saint-Fulgent, en vertu de ses fonctions, de « requérir la force publique » pour exécuter l’arrêté d’arrestation de Vaugiraud. La brigade de Saint-Fulgent n’a pas pu intervenir : la maison de Vaugiraud à Saint-André était gardée par un rassemblement de paysans que Benjamin Martineau qualifie, pour se justifier, de « formidable ».

Les administrateurs nomment alors Rouillé pour rechercher Vaugiraud. Il réquisitionne des citoyens de Fontenay membres de la garde nationale. Les « soixante hommes furent enveloppés en un clin d’œil » (Mercier du Rocher) à Saint-Fulgent par des paysans. Il n’y eu pas de bataille mais une fuite de Rouillé et de ses hommes, suivis par Benjamin Martineau et son beau-père Simon Charles Guyet, pour se protéger des insurgés.

Vaugiraud assista le général de Royrand au moment de sa mort le 5 décembre 1793, près de Baugé, après qu’il eut été blessé à la bataille de Granville. Il réussit à repasser la Loire et continuera d’habiter le bourg de Saint-André (il est parrain en 1806 et témoin d’un mariage en 1808).

Comme Aimé de Vaugiraud, et avec d’autres hommes de Saint-André, François Mandin participa à la Virée de Galerne. Citons aussi François Girard (natif de la Chevaleraye) qui fut chargé au Mans par le généralissime de La Rochejaquelein, de retourner en Vendée porter une lettre à Charette lui demandant des secours. Il réussit à rejoindre ce dernier, mais trop tard pour empêcher le désastre de la Virée de Galerne.

Cependant, tous les jeunes de la paroisse ne passèrent pas la Loire. Ainsi le capitaine de paroisse, François Cougnon, fit le choix avec d’autres, de rester pour se battre dans l’armée de Charette et celle du Centre reconstituée par Sapinaud de la Rairie.

Dans la Virée de Galerne


Jules Girardet : La défaite de Cholet
L’expression signifie que les combattants et les fuyards, femmes et enfants (on sait que la vicomtesse de Linière en faisait partie), ont traversé la Loire à Saint-Florent-le-Vieil (Maine-et-Loire) pour se diriger en direction du Nord. Le vent de galerne désignait le vent du nord. Cette traversée a été comme une fuite éperdue, après une défaite militaire, pour rejoindre un hypothétique débarquement d’alliés sur la côte normande. Elle a concerné 35 000 hommes combattants, traînant avec eux 15 000 femmes, vieillards et enfants.

Commencés spontanément en divers lieux en mars 1793, les premiers combats vendéens furent victorieux jusqu’à la défaite devant Nantes en juin 1793. Après la défaite devant Cholet en octobre 1793, les combattants des armées d’Anjou et du Poitou (sauf Charette qui était resté dans sa contrée de l’ouest de la Vendée), suivis de celles et ceux qui fuient les incendies et les massacres, ne savent pas où aller. Deux chefs suggèrent alors de rejoindre le Maine où des partisans devraient venir les renforcer. Du 18 octobre au 23 décembre, une longue colonne de Vendéens alla jusqu’à Granville où elle échoua à prendre la garnison. Sans l’aide promise inconsidérément, elle reflua ensuite chez elle dans un cortège de misères, se fit massacrer devant le Mans (où la vicomtesse de Linière a été sauvée par un jeune chef : Forestier) et courut éperdue vers la Loire. Des 50 000 Vendéens qui ont traversé le fleuve deux mois plus tôt il ne reste plus que 15 000 survivants. Devant Ancenis ils échouent à passer la Loire, bien gardée par les républicains.

L’historien E. Gabory indique que « la faim, la dysenterie en tuèrent plus que le fer ; rien ne les fit trembler. Ils battirent Kléber, Marceau, Westermann en dix rencontres : ils s’emparèrent d’une dizaine de villes. Sans vivres, sans vêtements, ils parcoururent 170 lieues de chemin en moins de deux mois. Ils traînaient avec eux des femmes, des enfants, des vieillards, des malades- tout un peuple -et leurs difficultés étaient surhumaines. Nulle défaite ne fut plus glorieuse. »

Le massacre de Savenay


Bloqués devant Ancenis, alors ils fuient vers Savenay en passant par Nort et Blain pour rejoindre la Bretagne, où peut-être ils pourront trouver refuge. Ils ne sont plus que 7 000, dont 5 000 en état de se battre. Ils se retrouvent le 22 décembre à Savenay. Au sud, la Loire immense et infranchissable, à l’est l’ennemi qu’ils fuient, au nord des marécages vers la Vilaine, à l’ouest les immenses marécages de la Grande Brière. Vers 13 h les soldats du général républicain Westermann arrivent aux avant-postes vendéens qui ont résolu de vendre chèrement leur vie. A la nuit tombée les républicains cessent le combat malgré leur supériorité en nombre, mais craignant leurs adversaires dans les combats nocturnes.

Le 23 décembre au matin Westermann se frotte les mains, les bleus sont maintenant à quatre contre un. Les Vendéens attaquent les premiers, prennent deux pièces de canon. Pliant sous le nombre, ils sont refoulés dans Savenay, où le combat continue au corps à corps, furieux. Peu d’entre eux peuvent s’échapper, environ 2 000 Vendéens y réussiront. Les autres sont voués au massacre. La chasse à l’homme durera huit jours. Pour l’abréger, on promet la vie sauve à ceux qui se rendront : 1 200 fugitifs s’y laissent prendre : ils sont fusillés au bourg de Savenay.

François Mandin présent a réussi à s’échapper du massacre de Savenay. Son évasion de cet enfer a été racontée dans un livre publié à Abbeville en 1894 : « Paysans et ouvriers – Héros et martyrs », par C. Paillart, Imprimeur-Editeur. Voici l’extrait intitulé « Les deux Mandins » :

« Nés à Saint-Fulgent, au village de la Chaunière (1), les deux cousins ne se ressemblent guère. L’aîné fit toute la grande guerre et passa la Loire : il se conduisit en vrai Vendéen pendant cette lamentable campagne d’outre Loire et parvint à échapper au désastre de Savenay. Monté avec un autre Vendéen dans une moitié de barrique, il se laissa aller au cours de l’eau et parvint à aborder sur la rive gauche de la Loire, cette nuit-là, la lune brillait de tout son éclat, les fugitifs furent aperçus pendant leur périlleuse navigation par les chaloupes armées qui défendaient les rives du fleuve. Malgré les balles qui sifflaient à leurs oreilles, les hardis navigateurs firent une heureuse traversée, et après avoir couru maints dangers parvinrent à rejoindre St Fulgent. »

Sa femme dans les épreuves de la guerre


A son retour François Mandin épousa le 11 janvier 1798 (ou 21 nivôse an VI - vue 16 à Saint-André) la veuve de son ancien camarade de combat, François Cougnon, un cousin des frères Cougnon, les intrépides capitaines de paroisse de Saint-André-Goule-d’OieIl était mort à la bataille de Savenay. Leurs arrière-grands-parents étaient communs.

Au sujet des morts à la bataille de Savenay, il faut rappeler qu’un certain nombre de prisonniers furent emmenés à Nantes et fusillés dans les fameuses carrières de Gigant. En souvenir des fusillés à Gigant, eux et les autres, une rue de Nantes, située à l’emplacement de ces tragiques carrières, porte le nom de « rue des martyrs ». Elle est située entre la rue du colonel Desgrées du Lou et la rue Bouchaud. Et une stèle, conservée près du trottoir d’un immeuble moderne au no 7 de la rue des martyrs, existe toujours. Une croix en fer y est incrustée, et deux inscriptions y sont gravées : « 1793-1794 » et « passants priez pour eux ». Un petit espace devant la stèle n’a pas été pavée pour y lasser pousser des fleurs (2).

La veuve de François Cougnon s’appelait Jeanne Guilmineau. Le contrat de mariage fut passé devant le notaire des Essarts, Vincent Frappier, le 9 frimaire an VI, soit le 29 novembre 1797 (3). Suivant l’usage, tous les proches parents, oncles, frères et sœurs, cousins, sont présents des deux côtés et cités dans le contrat de mariage. Celui-ci a pour objet de faire entrer le nouvel époux dans la communauté existante entre la mariée et son jeune fils âgé de six ans, né de son premier mariage. La part du marié, égale à chacune des deux existantes de la mère et du fils, est évaluée à trois cent francs, que devront verser ses parents.

La Bergeonnière
Il éleva aussi l’orphelin survivant, Pierre François (4). Le couple vécut au village de la Bergeonnière et eut ensuite quatre enfants : Pierre né le 15.09.1799, Jeanne Françoise née le 17.12.1802 et décédée le 25.10.1803, Jeanne née le 25.09.1804 et décédée le 22-10-1805, Geneviève Jeanne née le 08.05.1808.

Son épouse, Jeanne Guilmineau, après avoir perdu son premier mari, vit elle-même la mort de près. L’Abbé Charpentier, dans son ouvrage (1906) : « Saint-André-Goule-d’Oie - Chez nous en 1793 », rapporte l’anecdote suivante, parlant de la femme Mandin : « Un jour, sur le seuil de la maison de Mandin, des cavaliers bleus qui passaient, obligèrent sa femme, Jeanne Guillemineau, à se mettre à genoux. Ils voulaient la fusiller. Le premier lui tire un coup de pistolet : le pistolet rate. Le second l’ajuste : le pistolet rate encore. Un troisième lui met son arme sur le front : le pistolet rate toujours… » La scène s’est déroulée au village de la Bergeonnière. Elle a été rapportée par la petite-fille de Jeanne Guilmineau, Véronique Gilbert (habitant la Rabatelière) à l’auteur, quelques dizaines d’années après les évènements, et écrite par lui. On ne peut donc pas garantir l’authenticité des détails. Mais il n’y a aucune raison de mettre en doute l’exactitude du fait lui-même.

Dans les « Chroniques paroissiales » des abbés Aillery et Pontdevie (1891), les auteurs racontent un autre épisode de la guerre de Vendée concernant ce Mandin qui avait « échappé au désastre de Savenay et passé la Loire sous le feu des chaloupes canonnières ». Voici en résumé ce qu’ils écrivent.

Illustration de la revue 
du Souvenir Vendéen
La maison de ce Mandin, ou plutôt de sa future femme Jeanne Guilmineau, a été épargnée lors du passage d’une colonne infernale au mois de mars 1794 à la Bergeonnière. L’histoire de ce « miracle » commence au soir de la bataille de Chauché du 2 février précédent, gagnée par les Vendéens sous les ordres du général Charette, contre trois colonnes infernales, l’une venant de St Fulgent, l’autre des Essarts et la troisième venant de St Denis la Chevasse. Les combats ont été meurtriers et Charette a accepté de donner l’ordre de tuer les prisonniers, sur l’insistance de ses soldats. L’exaspération avait monté parmi eux avec les tueries des colonnes infernales. L’heure était désormais dans le camp vendéen à la vengeance. Au soir de la bataille, un capitaine des « bleus » s’égare dans les champs en voulant se cacher des poursuites des cavaliers vendéens. Il arrive au village de la Bergeonnière et frappe à une porte pour demander l’hospitalité. C’est la maison où loge Pierre François Mandin, revenu lui aussi de la bataille de Chauché. Il accepte de lui donner à manger et de le loger pour la nuit. Le lendemain matin, il le conduira vers Saint-Fulgent. Sur ce dernier détail le narrateur a sans doute simplifié après coup, car Mandin n’a habité chez sa femme normalement qu’à partir de 1798.

Deux mois plus tard, la colonne infernale du général Grignon (ou de Dutruy, les deux semblent avoir sévi à Saint-André-Goule-d’Oie) remonte de Chantonnay vers Montaigu. A partir de l’Oie, les destructions sur le côté gauche de la Grande Route sont confiées au capitaine sauvé par Pierre Mandin. La troupe arrive ainsi au village de la Bergeonnière et son capitaine reconnaît tout de suite la maison hospitalière où il fut hébergé au soir de la bataille de Chauché. Il place une sentinelle devant pour la protéger. Toutes les maisons du village furent incendiées sauf celle de Jeanne Guilmineau.

Jeanne Guilmineau est décédée à la Bergeonière le 28 octobre 1828, à l’âge de 60 ans. Elle avait fait son testament le 9 septembre 1726 devant Guesdon, notaire à Saint-Fulgent (5). Elle habitait alors au Coudray, étant déjà malade, probablement dans la maison des parents de son deuxième mari. Elle lègue tous ses biens à son mari. Le même jour, son mari a dicté son testament au même notaire (5). Comme elle, il laisse tous ses biens au conjoint survivant.

On relève la déclaration de succession de Jeanne Guilmineau dans les registres de l’Enregistrement au bureau de Montaigu à la date du 10 avril 1829 (6).

Devenu veuf, Pierre François Mandin s’est remarié le 10 février 1835 à Saint-André (vue 55) avec Marguerite Grolleau. Il avait alors 66 ans, quatre ans avant sa mort en 1839. L’aîné de ses enfants, Pierre, est témoin du mariage sur le registre. La nouvelle épouse a 52 ans alors ; elle est veuve elle aussi, de André Lumineau. Elle est la fille de Jacques Grolleau et de Jeanne Pouzet. Jacques Grolleau était meunier à la Boutinière et cette famille a été profondément éprouvée, elle aussi, par les massacres des bleus (vue 137 en 1827 sur le décès de sa mère Jeanne Pouzet).

(1) : Il y avait aussi un François Mandin à Saint-Fulgent, qui n’a rien à voir avec celui de Saint-André, ce qui a entraîné l’erreur ci-dessus sur la bonne personne.
(2) Pageot Auguste, Nos rues nantaises, Nantes 1952, cité par l’abbé Boisson, Archives historiques du diocèse de Luçon : 7 Z 113, iconographie et notes biographiques de Vendéens.
(3) Archives de Vendée, notaires des Essarts, étude (A) Vincent Frappier (1782-an VII), Contrat de mariage de François Mandin et Jeanne Guilmineau du 9 frimaire an VI vues 143 et 144 sur le site internet des Archives.
(4) Le petit fils de François Cougnon fit ériger en 1886 un calvaire en mémoire de son aïeul mort à Savenay le 21 décembre 1793. L’édifice, situé sur la route de Chauché au carrefour de la Porcelière, a été restauré par l’association Le chant de la Pierre en 2008.
(5) Archives de Vendée, notaires de St Fulgent, étude Guesdon : 3 E 30/21, testament de Jeanne Guilmineau du 9-9-1826 et testament de Pierre François Mandin du 9-9-1826.
(6) Archives de Vendée, déclaration de succession au bureau de Montaigu le 10 avril 1829 vue 32.

 Emmanuel FRANCOIS, tous droits réservés
Avril 2011, complété en mars 2017

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