Beau-frère du futur châtelain de Linières à partir de 1800, Joseph Guyet, et occupant des lieux à cette époque, nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer Benjamin Martineau, notamment grâce aux informations puisées dans le livre de M. Maupilier : Des étoiles au Lion d’Or, St Fulgent sur la route royale, Herault Editions (1989). Depuis avril dernier nous avons trouvé de nouvelles précisions sur cet habitant bien particulier de Linières la dernière année du XVIIIe siècle. En particulier, l’accès internet aux successions dans les archives de Vendée, constitue un atout précieux. Nous reprenons son histoire pour la rectifier et la compléter.
Benjamin Martineau s’était établi médecin à St Fulgent et s’enthousiasma très tôt pour l’œuvre de la Révolution. On l’a vu en 1791 interpeller de manière vexatoire le curé de St Fulgent pour qu’il prête serment à la Constitution civile du clergé. On l’a vu dénoncer le curé Allain de St André et le vicaire Brillaud de St Fulgent, dont le serment de « haine à la royauté » en 1797 lui paraissait manquer de sincérité. On l’a vu se faire élire maire de St Fulgent en 1799, avec le secours de la troupe contre la majorité des électeurs. Bref, un extrémiste. On sait aussi qu’il s’est enfui avec son beau-père, Simon Charles Guyet le 14 mars 1793, accompagnant vers Fontenay le Comte, la troupe en déroute des gardes nationaux commandée par Rouillé. A-t-il été témoin dans l’auberge du Chapeau Rouge à St Vincent Sterlanges, du massacre de son beau-père le 14 mars par les insurgés du canton de St Fulgent ? A-t-il pu l’assister avant de mourir le lendemain ?
Né à La Chapelle-Thémer le 16 juin 1765, son père s’appelait Jean Baptiste Alexandre Martineau, né à Longèves vers 1734 ; ce dernier épousa à Chassenon le 3 juin 1761, sa cousine germaine, Rose Thérèse Martineau. Ils eurent 6 enfants. Il est intéressant de s’attarder sur cette fratrie. (1)
- Le plus connu de ses frères est Ambroise Jean Baptiste Martineau (1762-1846), ardent républicain, qui fut élu administrateur du département de la Vendée et député suppléant à la Convention. Il a été l’un des hommes de confiance, sévissant à Fontenay, des plus enragés parmi les envoyés de la Convention en Vendée (Hentz, Francastel). (2) Il avait épousé Marguerite Sabouraud.
- On a aussi écrit qu’un autre de ses frères aurait été sauvagement massacré par les insurgés lors de la déroute de Pont-Charrault le 19 mars 1793. (3) Serait-ce Philippe Constant Martineau dont on ne connaît pas les dates de naissance et de décès ? (4)
- Venant Joseph Martineau était officier d’état-major de l’armée d’Italie lorsqu’il fut tué à la bataille du Pont d’Arcole le 11-11-1796. (5)
- Rose Louise Martineau qui épousa Joseph Merland, sieur du Chastegnier.
- Agathe Martineau qui épousa Guillaume Chevallereau, demeurant à St Hermine.
- Honorée Martineau qui épousa le 12-11-1794 Pierre Ageron, négociant à Fontenay et qui s’établira aux Herbiers, en devenant le maire de 1807 à 1814. Son père avait été fermier général de la Grainetière. Il acheta le Landreau et a été considéré comme « un des grands profiteurs de la Révolution. » (6)
Etienne Benjamin Martineau s’est établi médecin à St Fulgent. Il y a épousé le 17 mai 1791, Catherine Marie Sophie Guyet, fille aînée de Simon Charles Guyet et de Catherine Cousin, et sœur ainée du futur châtelain de Linières, Joseph.
Il fut élu à la municipalité de St Fulgent dès 1790 et ensuite il fit partie des électeurs du canton pour les élections départementales en septembre 1792. L’arrêté du directoire de la Vendée du 5-2-1793 le nomma commissaire pour le canton de St Fulgent en vue d’y organiser la garde nationale. Mais il a dû fuir St Fulgent en mars 1793.
Il faut dire qu’il était haï dans les environs. En témoigne un couplet de « la chanson de Marcé », du nom du général qui fut battu le 19-3-1793 à la bataille de la Guérinière (aussi appelée bataille du Pont de Gravereau) et qui égayait les paysans, sur l’air de la chanson de Malborough. Le refrain était le suivant :
Marcé s’en va-t-en guerre
Mironton, mironton, mirontaine
Marcé s’en va-t-en guerre
En guerre à St Fulgent
Faisant allusion à la fuite des bleus, un des couplets concerne Martineau avec la prononciation du patois local (7) :
Martineau sans tchulotte
Les presse vivement
Préparez au pus vite
Cercueil et monument !
Ses deux premiers enfants sont nés à St Fulgent.
- Benjamin Charles, né le 14 février 1792, qui sera juge de paix à Palluau.
- Louis Marie Amboise dont le baptême est inscrit sur le registre clandestin de St Fulgent le 4 août 1793. (8)
A cette date, le père était réfugié du côté de Fontenay le Comte et sa femme, restée à St Fulgent, prit les initiatives nécessaires pour faire baptiser son bébé. La mort guettait les nouveau-nés à l’époque, et laisser non baptisé le sien a paru impensable à Mme Martineau. Que faire ? Le curé assermenté de St Fulgent, Baudry, était prisonnier des Vendéens, le curé insermenté avait été déporté en Espagne par les révolutionnaires. Restait le vicaire, insermenté lui aussi, qui se cachait aux alentours en compagnie du curé de St André. Alors on fit comme tout le monde, on le contacta, et il baptisa l’enfant. Le parrain, Louis Chateigner, noté comme notaire royal par le vicaire, était aussi maire de la commune cette année-là. La loi du 6-10-1791 avait pourtant transformé les « notaires royaux » en « notaires publics ». Il a signé sur le registre clandestin du prêtre réfractaire, qui ignorait les nouvelles lois ! Le refus de laisser l’enfant sans baptême valait donc bien cet accommodement à la lutte contre les prêtres réfractaires. A moins que la politique, avec les simplifications qui la font vivre, ne réussissent pas toujours à bien rendre compte des complexités de l’âme humaine ! La châtelaine de Linières, ex-vicomtesse de Lespinay, échappée par miracle des noyades du sinistre Carrier à Nantes, était bien tombée amoureuse du républicain Joseph Guyet …Alors, comme les irrésistibles effets de l’amour, l’impérieuse nécessité des baptêmes transcendait-elle aussi les luttes politiques ?
Benjamin Martineau dénoncera pourtant ce vicaire en 1797, comme nous l’avons rappelé plus haut.
Fuyant St Fulgent, on pense qu’il s’est dirigé à Fontenay, où se trouvait son frère, administrateur du département. Etienne Benjamin Martineau a fait partie à Fontenay du comité de sûreté générale où, en août 1793, les autorités départementales avaient placé des élus du 2e rang dont il faisait partie. Ce comité était au courant des dossiers de police, faisait rechercher les suspects importants, pouvait procéder aux interrogations et déférer à la cour militaire, antichambre de la mort.
Il semble que son deuxième refuge ait été Champagné les Marais, où le curé constitutionnel de St Fulgent, retiré alors à Ancenis, lui écrit le 21-6-1794 : « on parle beaucoup ici d’un pardon par les représentants aux brigands qui mettent bas les armes, que 600 habitants des marais ont joui tout nouvellement de cette faveur. Je ne crois point à cette amnistie. »
Plus tard Benjamin Martineau s’installa à Luçon pour y exercer la médecine. C’est ce qu’il déclare au moment de l’inscription du décès de son beau-père au bureau de l’Enregistrement de Montaigu, le 21 messidor an V (9-7-1797). Son troisième enfant nait à Luçon :
- Rose Adélaïde Félicité, née le 13 novembre 1797 ; elle épousa à St-Fulgent le 17 octobre 1825, Joseph Alexandre Gourraud (Proustière de Chavagnes en Paillers), juge de paix et conseiller général.
Puis c’est le retour à St Fulgent, ou plutôt à Linières. Le propriétaire était encore Mme de Lespinay, vivant, sans être mariée, avec Joseph Guyet, habitant tous les deux à Paris. Peut-être avait-on besoin de quelqu’un sur place, après l’incendie du château et de quelques métairies. Peut-être aussi que les haines ne s’étaient pas éteintes dans le bourg de St Fulgent. D’autant que même chez les révolutionnaires de la commune régnait la division.
On se souvient qu’aux élections de mars 1799 à St Fulgent il y avait 78 votants (en 1798 : 90 votants), dont 33 partisans de Martineau et 45 contre. On se battit. Martineau fit appel à la troupe et ses partisans l’élisent seuls sous la protection des soldats.
Sur l’acte de mariage de son quatrième enfant, on note que ce dernier est né à Linières :
- Agathe Elise Emilie, née le 8 janvier 1799 ; elle épousa le 14 octobre 1833 à St Fulgent, Narcisse Hyacinthe Legras de Grandcourt.
Puis Napoléon s’empara du pouvoir et imposa à tous la paix civile. Beaucoup des combattants des deux camps, qui luttaient depuis dix ans, ne demandaient qu’à vive en paix. Benjamin Martineau revint s’installer à St Fulgent où naquit son dernier enfant :
- Adèle Félicitée, née le 7 janvier 1802 ; veuve, elle épousa à St Fulgent le 9 février 1835, Olivier Gabriel Désiré Legras de Grandcourt.
Mais il ne resta pas longtemps à St Fulgent. Il alla exercer la médecine aux Herbiers, au moins depuis 1803, année où il y apparaît domicilié au bourg dans un acte notarié. Toujours passionné de politique il fut nommé maire de la commune du 15-4-1804 à décembre 1807. Il fut alors remplacé par son beau-frère Pierre Ageron. Mais le 2-7-1808 il prêta serment comme juge de paix aux Herbiers.
Aux Cent-jours de retour de Napoléon, il fut élu le 12-5-1815 par l’arrondissement de la Roche sur Yon représentant à la chambre. (9) On sait que le nouveau retour de Louis XVIII après la seconde abdication de Napoléon rendit cette élection inutile.
Il a fait deux acquisitions connues de métairies aux Herbiers et à Mouchamps.
Etienne Benjamin Martineau est décédé à St-Fulgent le 8 novembre 1828.
(1) Archives départementales de la Vendée, Généalogie J. Maillaud
(2) Annuaire de la SEV, Les Bleus de Vendée, article J. Artarit, (2010), page 235
(3) Annuaire de la SEV, Les Bleus de Vendée, article J. Artarit, (2010), page 278
(4) famillesvendeennes.fr : Martineau, branche de Longèves
(5) Archives de Vendée, Registre des déclarations de mutation, bureau de Montaigu (10 germinal an 5)
(6) Jean Lagniau, Le Landreau en les Herbiers, (1971) – Auteur bien connu à St André Goule d’Oie
(7) Billaud et d’Herbauges, La guerre au bocage vendéen, (1992), page 106
(8) Archives départementales de la Vendée, état-civil St Fulgent : registre clandestin (vue10/78)
(9) R. Robinet et Le Chaplin, Dictionnaire de la Révolution et de l’Empire
Emmanuel François
24 avril 2011, rectifié en janvier 2012
Assemblée des AFN
Il y a 2 jours

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