jeudi 3 juin 2010

Le premier maire de Saint-André-Goule-d’Oie, Jean Bordron (1790)


Le premier maire de la commune de Saint-André-Goule-d’Oie est Jean Bordron.


Création de la commune de Saint-André-Goule-d’Oie


C’est la loi du 14 décembre 1789 qui a créé la commune en France. Cette nouvelle entité remplace la paroisse de l’ancien régime, dont le rôle n’était pas que religieux. Elle servait aussi de circonscription fiscale pour répartir certains impôts, et son curé remplissait un rôle administratif dont le plus connu est le registre paroissial, qui ne s’appelait pas encore l’Etat-civil. C’était aussi une entité politique comme en témoigne les assemblés d’habitants.

Nous avons publié deux articles en janvier et septembre 2013 qui montrent la réalité de la vie collective des habitants de Saint-André-Goule-d’Oie, avec ses représentants, le syndic pour les affaires civiles et le fabriqueur pour les affaires religieuses. Dans les grandes villes comme Luçon, les Sables, Fontenay, cette vie collective était prise en compte par les corps municipaux avec des maires et des échevins.

Une réforme de 1787 avait prévu de nouvelles assemblées élues pour les paroisses. Dans le projet initial, ces assemblées étaient composées de représentants des propriétaires. On faisait disparaître la notion d’ordre. Puis dans le projet définitif, les ordres réapparurent mais l’on avait prévu que les représentants du tiers-état seraient doublés, ce qui en faisait, au niveau des voix, l’égal du clergé et de la noblesse. Cette réforme commença à entrer en vigueur mais les soubresauts qui précédèrent la Révolution ont eu pour effet de suspendre son application jusqu’à fin 1788. L’assemblée constituante reprit la réforme.

Avec la nouvelle loi, « Les corps municipaux auront deux espèces de fonctions à remplir ; les unes propres au pouvoir municipal ; les autres propres à l’administration générale de l’État et déléguées par elles aux municipalités ». Dans ce dernier registre, il faut ranger la tenue de l’état-civil.

Les membres du conseil général (on ne dit pas municipal à cette époque) de la commune et le maire sont élus pour 2 ans. A partir du 01/02/1790, chaque commune de France doit organiser les premières élections de la Révolution. La mise en place de ces nouvelles structures fut parfois longue et difficile.
 
Seuls, les citoyens actifs de chaque commune participaient aux élections dans des assemblées. Cette notion désigne les hommes qui, âgés de plus de 25 ans et n’étant pas en situation de banqueroute, ont le droit de voter au suffrage censitaire. Pour être électeur, il faut payer un cens ou impôt direct au moins égal à trois journées de travail (soit environ 3 livres). Pour être candidat, il faut payer un impôt au moins équivalent à dix journées de travail. (Une statistique nationale publiée le 27 mai 1791 évalue le nombre de citoyens actifs à 4 298 360. Soit 61 % de la population mâle âgée de plus de 25 ans.)

Les membres du conseil étaient divisés en deux échelons : les notables, dont le nombre variait de 6 à 42 suivant la population de la commune, et les officiers (ou conseillers) municipaux, au nombre de 3 à 21. Ces officiers composaient le corps municipal, élément actif et permanent du conseil général de la commune. L’agent municipal (ou maire) était, en principe, élu pour deux ans et il ne pouvait être réélu qu’après une attente de deux ans. Il existait aussi un procureur de la commune, élu dans les mêmes conditions que le maire, chargé de requérir l’exécution des lois. Le corps municipal pouvait siéger en tribunal de simple police : dans ce cas, le procureur syndic remplissait les fonctions d’accusateur public. Il avait, par ailleurs, voix consultative dans toutes les affaires.

On doute qu’une telle organisation ait pu se mettre en place facilement dans toutes les petites communes rurales.

Les recherches historiques ont montré qu’il était illusoire de parler, dans la pratique, de suffrage universel masculin ; les pratiques électorales font plus penser à un « suffrage élargi » qu’à un « suffrage universel ». On sait ainsi que la Convention a été élue par moins de 800 000 citoyens et que le suffrage à deux degrés, maintenu pendant toute la période révolutionnaire, a favorisé la représentation des notables et a permis d’amortir, sur le plan législatif, les aléas de l’expression populaire. Les modalités d’élections étaient variables. Elles allaient du vote recueilli oralement en assemblée, par assis-debout ou par acclamation, au vote par écrit, sur bulletin, qui n’a constitué, pendant la décennie révolutionnaire, qu’une méthode parmi d’autres.


Les premiers élus


Goupilleau de Montaigu, député 
Dans la recherche de documents sur l’élection de Jean Bordron, on n’a rien trouvé. Mais on sait qu’il a dû être élu dans  l’année 1790, année où a été installée la première municipalité à Saint-André-Goule-d’Oie. Dugast-Matifeux, dans sa documentation sur l’Origine et débuts de l'insurrection vendéenne,  nomme le maire Jean Bordron à la date du 30 mai 1790 (1).

On le sait aussi par deux lettres de Goupilleau, procureur-syndic du district de Montaigu. Dans la première, datée du 3 novembre 1790, il fait rapport à ses collègues du district en réponse à une lettre du 3 septembre précédent de la municipalité de Saint-André qui « a demandé que les biens dépendants de la cure ne soient pas vendus » (2). Nous ne connaissons pas la deuxième, adressée au prieur de Saint-André, mais nous avons la réponse de ce dernier daté du 24 décembre 1790 (3).  

On sait qu’à Saint-Fulgent Claude Joseph Frappier a été maire en 1790-1791 et qu’il a été remplacé par Louis Chateigner (notaire), lequel était maire depuis novembre 1792.

On trouve 4 autres personnes membres de la première municipalité  de Saint-André-Goule-d’Oie en 1790 (4) :
-       Le procureur est Jacques Guesdon, propriétaire, très probablement celui qui sera le maire en 1793, et qui habitait au Plessis le Tiers.

-      Jean Fluzeau (1732-1802), marchand à la Brossière. Il avait été élu syndic de la paroisse en 1784. Il était un cousin de François Fluzeau (1750-1820), habitant lui aussi à la Brossière, qu’on trouve ci-après comme électeur du canton de Saint-Fulgent et capitaine dans la garde nationale.

-        Jean Rochereau (1747-1805), marié à Marie Loizeau, propriétaire au Coudray. Louis Loizeau, le frère de Marie, avait été fabriqueur de la paroisse à la suite du père de Jean Bordron. Son fils Pierre devint maire de Saint-André en 1834.

-   Louis Charpentier (1761-1815), propriétaire au Clouin. Il resta un homme considéré, les propriétaires des Landes du Pin firent appel à lui pour réaliser entre eux à l’amiable en 1808 un gaulaiement (calcul de répartition d’une rente due collectivement). Un de ses fils, Augustin, devint maire de Saint-André en 1848.

La commune de Saint-André-Goule-d’Oie eut sa garde nationale, et elle est citée au rassemblement de la fédération des gardes nationales rassemblant 18 communes à l’Oie (Fougeré) le 30 mai 1790. Cette présence mériterait une vérification, si c’est possible. Son commandant était Jean Aimé de Vaugiraud, l’ancien officier de marine venu habiter le bourg de Saint-André. Un nommé Bordron était major et François Fluzeau (cousin de Jean) avait le grade de capitaine (4). Le colonel était M. de Lespinay de Beaumont, de Chantonnay. Les rassemblements avaient pour but de manifester l’attachement à la patrie. Ils devaient aboutir à la fête de la Fédération du 14 juillet 1790, à l’origine de notre fête nationale comme chacun sait.

Les deux tableaux trouvés des électeurs de la Vendée en 1790 et 1792 pour le canton de Saint-Fulgent se situent à un autre niveau. Les assemblées primaires des citoyens actifs des cantons ont désigné leurs électeurs, neuf pour le canton de Saint-Fulgent. Ceux-ci se sont réunit ensuite au chef-lieu du département à Fontenay-le-Comte pour élire les députés, les juges, l’évêque et les membres de l’administration départementale. Dommage aussi de ne pas pouvoir disposer des procès-verbaux des réunions des assemblées primaires cantonales. Nous avons relevé les noms des neuf électeurs du canton de Saint-Fulgent :

Année 1790 :
Charles de Lespinay, capitaine de cavalerie, Linières
Pierre Charles Marie Gourraud, avocat, Chavagnes
Lazare Rechin, chirurgien, Chavagnes
Louis Chateigner, notaire royal, St Fulgent
Pierre Augustin Garnaud, huissier, St Fulgent
François Fluzeau, marchand, la Brossière
Charles Marot, notaire à Bazoges
Alexis Fumolleau, fermier
Mathurin Forestier

Année 1792 :
Louis Merlet, marchand St Fulgent
Benjamin Martineau, médecin, St Fulgent
Mathurin Chauvet, tailleur de pierres, Bazoges
Pierre Garnaud, huissier à St Fulgent
Simon Guyet, maître de poste, St Fulgent
Jean Baptiste Baudry, curé assermenté de St Fulgent
Augustin Querqui, propriétaire à Chauché
Jean Boisson bordier (a) au Cormier de Chavagnes
François Girault, maire de Bazoges

(a) Les bordiers d’avant la Révolution étaient des propriétaires. On les désigne progressivement de propriétaires ensuite, et grâce aux progrès techniques, ils n’ont plus besoin de compléments de ressources par un métier artisanal (Amblard de Guerry).

Le renouvellement des élus a été important en 1792 :
   -  un seul des élus de la paroisse de Saint-Fulgent est renouvelé : Garnaud de la Boutarlière.
   - quatre républicains engagés de Saint-Fulgent apparaissent déjà en 1792 : Martineau, qui logera à la fin de la décennie à Linières et son beau-père Simon Guyet, le père du châtelain de Linières qui épousera Mme de Lespinay. Merlet, a été élu capitaine chez les gardes nationales et sera fait prisonnier par les Vendéens, en même temps que le curé « intrus », J. B. Baudry. Chauvet de Bazoges, comme son frère François de la Ménardière de Chavagnes, était républicain.
   - Querqui et Boisson sont du coté royaliste. L’opinion de Garnaud nous est inconnue. A cause de son rôle lors de la prestation du curé de Saint-Fulgent en février 1791, on le soupçonne de pencher du côté républicain à l’époque. Girard est républicain.

A noter que pour l’année 1790 il y a 478 électeurs pour tout le département de la Vendée et 435 en 1792. En 1792, ils ont élu Joseph Fayau de Rocheservière et Philippe Goupillon de Montaigu, deux républicains extrémistes qui voteront pour les mesures répressives en Vendée.

La loi du 20 septembre 1792 (an I de la République), ôte aux curés le soin de tenir les registres et crée notre état-civil moderne en le confiant aux officiers d'Etat-civil à compter du 1e janvier 1793. Or, avant cette date, on trouve la signature du maire de Saint-André-Goule-d’Oie, pour la première fois en juillet 1792, dans le registre paroissial du prieur Allain, reprenant les mêmes formules de rédaction que le curé. Il signe : « Bordron, maire de Saint-André ». Il ne baptise pas bien sûr, ni ne préside aux enterrements. Il ne fait que signer des actes rédigés par une plume inconnue, qui n’est pas celle du prieur apparemment. Bref, il rend service au prêtre réfractaire et aussi à sa communauté. De même, à la fin de l’année 1792, le prieur ajoute sur le registre des actes réalisés en son absence, par le curé de la Rabatelière. Visiblement, on s’entend entre le maire et le curé pour se faire passer le registre. A cette époque, ayant refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé, le prieur Allain était recherché et aurait dû, comme plus d’une centaine d’autres prêtres vendéens, être déporté en octobre 1792.

En cette fin d’année 1792 prend fin le mandat de maire de Jean Bordron. Il n’est pas renouvelable selon la Loi.

Les premières délibérations de la commune de Saint-André-Goule-d’Oie, auxquelles nous avons accès, ne commencent qu’en mai 1867. Quant au registre des arrêtés du maire de la commune, il est ouvert en 1838 mais le premier arrêté date de novembre 1873. Nous ne pouvons connaitre les initiatives de Jean Bordron en conséquence que par incidence, comme sur le problème religieux ainsi que nous l’avons vu.

On découvre aussi dans une lettre du régisseur du château de la Rabatelière le 21 février 1791, qu’en ce début d’année un nouvel impôt occupait les maires de la contrée. Il s’agissait de la contribution foncière, créée par la loi du 23 novembre 1790. Elle pesait sur les revenus des propriétés foncières. En Vendée il n’y avait pas de cadastre à l’époque, et les initiatives parisiennes pour sa création mirent beaucoup de temps pour arriver jusqu’à Saint-André-Goule-d’Oie. En attendant il fallait quand même établir des matrices d’impôts fixant les valeurs des propriétés.

Le régisseur écrit au propriétaire à Nantes : « J’allai samedi à la Rabatelière où le maire de Chauché vint me trouver, ainsi que ceux de Saint-André-Goule-d’Oie et de Chavagnes, pour me demander l’état des domaines que vous possédez dans leurs paroisses. » (5). On en était au début de l’établissement des matrices, demandé aux maires, faute d’une administration fiscale.

Chaque propriétaire était tenu de faire une déclaration au secrétariat des municipalités, mais plus de la moitié d’entre eux ne sachant ni lire ni écrire à Saint-André, on imagine le travail du maire !

Par ailleurs, l’impôt foncier devait remplacer les redevances seigneuriales, sauf que celles-ci ont été payées encore jusqu’en décembre 1792. On devine que le sujet ne dû pas être très populaire, mais nous ne disposons pas de documentation sur ce point malheureusement.

Jean Bordron, l’homme privé et sa famille


Jean Bordron est facile à repérer, car il a signé des actes dans le registre paroissial en tant que maire, et sa signature se retrouve aussi dans des actes concernant sa vie privée. Nous pouvons donc le situer dans son propre état-civil et dans sa propre famille.

Currier et Ives : maréchal-ferrant
Jean Bordron est né au bourg de Saont-André le 23 juin 1748, où il est l’avant-dernier d’une famille de huit enfants. Il est devenu serrurier comme son père et son grand-père. Le curé le désigne parfois dans le registre paroissial comme maréchal ou serrurier, ou maréchal-taillandier, pour d’autres membres de la famille. Le métier de maréchal, indiqué par le curé, est toujours sous-entendu ferrant (les chevaux). Il « embattait » (encerclait) les roues des charrettes, ferrait les chevaux et pratiquait la « bouterie » (art vétérinaire, donnant des médicaments aux chevaux et au bétail, leur pratiquant aussi la saignée). Le métier de maréchal-taillandier consiste à fabriquer des outils à tailler, à couper (haches, bêches, faux, faucilles, serpettes). Le métier de maréchal-serrurier consiste à fabriquer des crochets, fermetures, support de gonds, anneaux etc. Plus généralement ces métiers travaillent le métal dans une forge, suivant plusieurs spécialités. Les produits qui en sortent sont diversifiés pour répondre aux besoins locaux. Faute d’industrie, ces instruments de travail sont alors des produits de l’artisanat. Et l’importance de l’artisanat de l’époque (bourolier, sabotier, tonnelier, cordonnier, chaisier, maçon, etc.) assure des débouchés importants pour le forgeron entreprenant.

Son père, qui s’appelait Jean François (1716-1790) et qui était aussi maréchal, avait été fabriqueur de la paroisse de 1764 à 1784. Il est peu connu des minutes des notaires de Saint-Fulgent. On le voit seulement autoriseren, tant que tuteur de ses neveux, un renouvellement de ferme le 3 juillet 1764 d’une métairie à Villeneuve (Chauché), à prix d’argent pour 140 livres (6). En 1766 il  transforme en prêt la somme de 103 livres 4 sols que lui doivent Mathurin Counil journalier et Mathurine Soulard sa femme, demeurant au bourg de Sainte-Florence (7). Si ce n’était sa signature, on aurait du mal à le distinguer de son fils, les notaires les appelant tous deux Jean Bordron.

En 1773 Jean François Bordron et son fils Jean Bordron vivent et travaillent en communauté dans leur forge du bourg de Saint-André. C’est ce qu’on voit lors d’un achat par arrentement le 28 juillet 1773 d’une borderie à la Pertellière (Essarts), à Jacques Seguin maréchal taillandier et Anne Orré son épouse, demeurant à la Morinière (Chavagnes). Jean Bordron fils est qualifié de maréchal taillandier et il s’engage à payer une rente foncière, annuelle et perpétuelle est de 40 livres, nette de 20e, 10e et sol pour livre (impôts royaux). Il a aussi payé en plus un pot de vin de 300 livres. Son père Jean François Bordron a déclaré pour lui et sa femme Renée Auvinet ne rien prétendre au domaine arrenté par son fils, et que le pot de vin payé l’a été des deniers de son fils et de Marie Pouzet son épouse, et non de ceux de la communauté d’entre lui, son fils et leurs épouses (8). La valeur de la borderie achetée est de 1180 livres.

Le fils Jean Bordron, qui deviendra maire, est mieux connu des notaires de Saint-Fulgent. Il est actif pour acheter des biens fonciers. Il achète le 2 mai 1773 un peu de terre et jardin à Sainte-Florence-de-l’Herbergement-Ydreau (0,9 ha) pour le prix de 129 livres, à Louis Chaillou, journalier demeurant au village de la Vrignais de Sainte-Florence. Le vendeur en garde néanmoins l’usufruit jusqu’à son décès. Le prix moyen est de 17,7 £/boisselée (9).

Jean Bordron s’était marié en 1770 avec Marie Pouzet (1746-1806), fille de Jean Pouzet et Françoise Regrenil, propriétaires à Sainte-Florence. Ils auront au moins quatre enfants. Trois ans après son mariage avec Marie Pouzet, Jean Bordron fils loue en 1773 avec les autres héritiers frères et sœurs de sa femme, une borderie au Purzeau (Essarts) pour 100 livres (10). La même Marie Pouzet hérite lors d’un partage en 1777, de son grand-père maternel Mathurin Regrenil. Son lot, en indivision avec ses frères et sœurs, est la moitié de la borderie de l’Hopitaud, et de deux morceaux de vigne. Les deux frères, Jean et Louis Pouzet sont maréchaux, demeurant au Bois Bernier à Sainte-Florence (11).

Jean Bordron fils a aussi acheté le 31 décembre 1777 le quart dans une petite maison dans le bourg de Saint-André à Pierre Huvelin, bordier demeurant dans ce bourg. Le prix modeste est de 30 livres et les certes et obéissances sont dues au seigneur de la Boutarlière (12). En homme d’affaires, il sous-afferme le 2 janvier 1778 la métairie du bourg de Saint-André à moitié fruits et à droit de colonage partiaire, pour 5 ans (1775-1780), à Pierre Guesdon et ceux de sa communauté. La métairie appartenait à Marie-Bénigne Chiton, représentée par son deuxième mari, Louis Auguste Pascault de Villars de Pauléon (13). A ce dernier il affermait aussi la métairie des Boulligneaux à Saint-Martin-des-Noyers.

Enfin il achète le 6 novembre 1783 le champ du Fief du Moulin (1 boisselée 58 gaulées) près des moulins à vent de la Bourolière, plus le champ des Echardettes (2 boisselées) au tènement de la Boninière, pour le prix de 320 livres payé comptant. Le vendeur est André Millasseau, bordier demeurant à la Bourolière. Sur le champ des Echardettes, le propriétaire doit payer la dîme au prieur de Saint-André, et faire les certes et obéissances au seigneur de la Jaumarière (Eusèbe de Vaugiraud). A noter le prix anormalement élevé qu’on ne s’explique pas (14).

Linières (conciergerie)
Il est intéressant de situer Jean Bordron fils dans ses relations familiales. Sa sœur, Marie Bordron (1744-1808), s’est mariée en 1761 avec Jean Herbreteau (né en 1745), et elle viendra habiter avec lui à Linières où il était métayer avec son frère Mathurin. A l’époque, le lieu désigne uniquement le logis et ses dépendances attenantes pour le fermier et les domestiques. Les bâtiments de la ferme, située à quelques centaines de mètres plus à l’ouest du château, n’existe pas encore. Ils ont été créés avec la construction du dernier château en 1870, pour éloigner les installations agricoles. Jean Herbreteau est le fils de Jean (1708-1772) et de Marie Rondeau (1724-1752), habitant Linières.

Jean Bordron a un autre frère, Pierre Bordron (né en 1745), de trois ans plus âgé que lui, qui s’est marié en 1769 avec Marie Madeleine Fluzeau (1747-1803). Celle-ci est la fille de François Fluzeau (1696-1756), demeurant à la Brossière, et de Jeanne Micheneau (1714-1771). Un petit-cousin de François Fluzeau, qu’on appelait communément aussi François Fluzeau (1763-1824), lui succédera dans les années 1797 dans le rôle « d’agent communal » de Saint-André. Dans le tableau plus haut des électeurs cantonaux en 1790, ce dernier est indiqué comme marchand demeurant à la Brossière. Nous trouvons ce François Fluzeau comme témoin au mariage de sa cousine avec Pierre Bordron le 23 mars 1769, aux côtés des châtelains de Linières. Il sera capitaine dans les armées vendéennes.

Jean Bordron père, qui a été tuteur des enfants de son frère, Jacques mort prématurément, à marié sa nièce Marie Bordron le 2 juin 1767 à Saint-André (vue 250), avec Jacques Cailleteau, fils et frère des fermiers de Languiller. Un des neveux de Marie Bordron, Jean Marie Cailleteau, deviendra maire de Chauché de tendance républicaine. Une de ses nièces, Marie Adélaïde Cailleteau, épousera un officier de Charette, Pierre Rezeau (nommé chef de la division de Montaigu fin 1793). Et un des beaux-frères de sa nièce, François Bossard, sera élu avec l’appui des Bordron de Saint-André (fils et petit-fils), président de la municipalité cantonale de Saint-Fulgent en 1799, nécessairement dans le camp républicain.

Jean Bordron, premier maire de la commune, en participant à cette élection de mars 1799, se rangeant de plus dans le camp minoritaire de Benjamin Martineau, qui sorti victorieux de l’élection en organisant un coup de force à l’aide des gendarmes, signe clairement un engagement politique républicain. Or il est toujours en vie au sortir de la guerre de Vendée, ce qui est le signe d’une conduite pondérée de sa part. Et son fils, comme agent communal, donna lui aussi des signes de comportement respectueux des convictions de ses concitoyens. Il refusa d’abattre des croix et laissa se dérouler les prières dominicales dans l’église paroissiale. Malgré le peu de faits à notre disposition, on peut quand même observer que Jean Bordron joua le jeu de la Révolution de 1789, non sans discussion, et lui resta apparemment fidèle malgré tous les excès qui suivirent. Ce profil politique parait rare pour l’époque, mais n’est pas impossible pour un homme soustrait aux actions de la commune de Paris et aux foyers de propagande en province. 

La famille Bordron était considérée dans le bourg de Saint-André. En 1666 déjà, y vivait un François Borderon, serrurier, très probablement faisant partie de la même généalogie (15). Son père, Jean François Bordron (1716-1790) s’est marié en 1740 avec Renée Auvinet. Son grand-père, François Bordron (1682-1739), s’est marié avec Marie Daniet. Et si son père avait été fabriqueur de la paroisse, lui-même en était le syndic en 1787, fonction transformée en celle de maire par la nouvelle législation des communes. D’une certaine manière, Jean Bordron s’est succédé à lui-même (16).

Son fils, Jean Bordron, deviendra agent communal d’André Goule d’Oie (nom révolutionnaire) en 1798, à l’âge de 26 ans, en remplacement de son cousin éloigné, François Fluzeau. Cette année-là il n’avait pas été possible d’organiser des élections, et c’est le chef de la municipalité du canton, Louis Merlet, qui le nommera à cette fonction. Il parait faire partie du petit clan des révolutionnaires de Saint-Fulgent, et acheta la métairie du Coin et la borderie du Peux, confisquées comme bien national au général vendéen Royrand de l’armée du Centre.

Le premier maire Jean Bordron est mort le 22 mai 1813.


(1) Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 109-4, premières municipalités.
(2) Archives de Vendée, Fichier historique du diocèse de Luçon, Saint-André-Goule-d’Oie : 1 Num 47/404.
(3) Médiathèque de la ville de Nantes, Fonds Dugast-Matifeux : I, volume 25, no 1, lettre du prieur Allain de St André Goule d’Oie à Goupilleau du 24 décembre 1790.
(4) Archives du diocèse de Luçon, bibliothèque, P. Molé, François Cougnon un capitaine de paroisse dans la guerre de Vendée (mémoire de maîtrise, Paris IV Sorbonne), 1990, page 66 et s.
(5) Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé boisson : 7 Z 64, les Montaudouin, lettre de Frappier à René Thomas Montaudouin du 21-2-1791.
(6) Ferme du 3-7-1764 d’une métairie à Villeneuve par Bordron, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/118.
(7) Arrentement du 19-11-1766 de 103 £ appartenant à Bordron, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/119.
(8) Arrentement du 28-7-1773 d’une borderie à la Pertellière par Bordron, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/121.
(9) Achat du 2-5-1773 de 7,3 boisselées à St Florence par Jean Bordron, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/121.
(10) Ferme du 23-1-1773 d’une borderie au Purzeau par Bordron et consorts, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/121.
(11) Partage de succession du 28-12-1777 entre les Regrenil, Bordron et Pouzet, tous héritiers de Mathurin Regrenil, Archives de la Vendée, notaires de Saint-Fulgent,  Bellet : 3 E 30/126.
(12) Vente du 31-12-1777 d’1/4 de maison dans le bourg de St André par Bordron, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/121.
(13) Ferme du 2-1-1778, de la métairie du bourg de St André par Bordron, Archives de la Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/123.
(14) Achat du 6-11-1783, de 4 bo à la Bourolière par Bordron, Archives de la Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/124.
(15) Inventaire après-décès en 1666 du mobilier, vaisselle, linge et papiers de Pierre Moreau, Archives de Vendée, chartrier de Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29, page 115.
(16) Archives de Vendée, commune de Saint-André-Goule-d’Oie : 139 G 3 et 4, inventaire du 30-10-1787 des titres et papiers du prieuré et de la fabrique de Saint-André-Goule-d’Oie, page 6.

Emmanuel François, tous droits réservés
juin 2010, modifié en mars 2018

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