jeudi 1 octobre 2015

La Chevaleraye et la Javelière


de la Boutinière à la Chevaleraye
Pour aller à la Chevaleraye, venant de Saint-Fulgent, on emprunte la route à gauche immédiatement après le Pont-Boutin. Toutes les maisons donnant sur cette route sont neuves. Du style le plus économe à celui plus recherché, leur architecture reste simple. Une richesse se laisse voir avec les pelouses, les haies, les fleurs et les arbres, impeccablement entretenues, celle du travail bien fait. Bientôt on tourne à gauche, et les maisons du village de la Chevaleraye apparaissent toutes proches. On remarque des bâtiments anciens à coté de maisons neuves. Il en est de même à peine un kilomètre plus à l’est au village de la Javelière. Peuvent-ils témoigner encore des temps anciens ?

On en doute, mais pour la bonne cause. Il n’y avait pas de manoir ni de moulin à eau, et les chaumières d’antan avaient vocation à laisser la place aux maisons neuves ou d’être entièrement rénovées. Mais une fois au bout du village de la Chevaleraye, les prés dévalent une pente raide vers le ruisseau tout proche, et de vieux arbres ombrageux se relaient ici entre eux depuis un temps immémorial. La nature y forme un cadre préservé, intime, où l’on entend le plus souvent, dans un petit murmure, l’écoulement de l’eau sur les pierres du ruisseau, et le bruissement du vent dans les feuilles des arbres. Réservé aux habitants proches, il garde intact leurs souvenirs.

Quelques propriétaires de la Chevaleraye


Le tènement de la Chevaleraye, dépendant de la seigneurie du Coin Foucaud, était confronté aux terres des tènements de la Boutinière et de la Javelière, par le ruisseau du Vendrenneau et le chemin de Saint-Fulgent à Sainte-Florence.

En 1618, on a découvert les mêmes propriétaires qu’à la Boutinière, dans une liste probablement incomplète. Mais quelques dizaines d’années plus tard, on trouve Pierre Moreau sieur du Coudray, qui y avait acheté en indivision avec les Cougnon la moitié des terres des Rabereul, formant une borderie. Avec une autre borderie à la Ridolière, les deux étaient estimées à 1 473 livres en 1726 (1). Les Rabereul étaient une famille des Essarts, comme on voit dans une déclaration roturière en 1666 à la Barette (Essarts), des terres à la Rabretière appartenant à « maître François Rabereul sieur de la Chevaleraye » (2).

Vers 1715, on voit Jean Trastour, sieur du Chêsne et apothicaire aux Essarts, faire « quelques acquisitions » à la Chevaleraye (3). Il était marié avec Gabrielle Merland, elle aussi des Essarts (4). Son petit-fils, Jean Charles Trastour, deviendra procureur syndic du district de Montaigu en 1795 (Voir le Dictionnaire des Vendéens sur le site internet des Archives départementales). Et en 1773, c’était Modeste Coutant, demeurant au bourg des Essarts, qui était propriétaire d’une borderie à la Chevaleraye. Elle était l’héritière de Marie Trastour, fille de Jean Trastour ci-dessus, qui avait épousé Louis Coutant, sieur de la Gemonière, et demeurant au Bois Goyer à Vendrennes (5). Un Trastour avait été fermier de la seigneurie de la Barette en 1667 (6).

Moulin à foulon
Le seigneur du Coudray, Toussaint Menanteau, y possédait en 1606 un « petit masureau ou foulon et autre maison appelée la Chautoir » (7). Les moulins à foulon se sont répandus en France à partir du 13e siècle, permettant le travail des étoffes à l’aide de la force motrice des moulins, grâce à l’invention de l’arbre à cames. Il s’agissait de dégraisser, d’assouplir et de resserrer les tissus avec la frappe automatique de maillets. Ils étaient pour cela déposés dans une auge circulaire, mêlés à de la terre spéciale, de l’argile à foulon, et autres ingrédients comme du saindoux ou de l’urine. Cette mécanisation par les moulins avait remplacé le foulage avec les pieds par les « foulonniers », qui durait des heures (8).

Il parait étonnant que dans sa déclaration de 1606, Toussaint Menanteau ne déclare pas un moulin à eau, mais une simple maison où on y pratiquait le travail de foulon sans indication de la technique utilisée. Le progrès mécanique du Moyen Âge avait-il pénétré jusqu’à la Chevaleraye à cette date ?

Toussaint Menanteau possédait aussi une « petite pièce de terre ainsi qu’elle est enclose de haie et fossé contenant 8 boisselées ». Pour ces trois biens il devait au seigneur du Coin Foucaud un cens d’un chapon, chaque année à la fête de Saint-Jean-Baptiste.

La métairie de la Chevaleraye et Jean Abraham de Tinguy


Nous avons plus d’informations sur la métairie de la Chevaleraye. Elle était déjà constituée depuis au moins le 14e siècle, quand nous avons repéré en 1701 son propriétaire, Jean Corbière sieur de la Coussay, demeurant à Beaurepaire. Il possédait aussi la métairie de la Boutinière, et nous avons raconté l’histoire de ses propriétaires, qui ont été les mêmes, dans notre article du mois précédent sur la Boutinière.

La métairie de la Chevaleraye devait contenir 17,5 hectares en 1796. Elle faisait 24 hectares au moment de l’établissement du cadastre napoléonien en 1838. Quelques uns de ses champs se trouvaient sur les tènements voisins de la Boutinière, des Suries et des Bruères. Comme à la Boutinière, subsistaient à côté d’elles les nombreuses pièces de terres et prés constituant des petites borderies.

Le plus ancien propriétaire de cette métairie que nous connaissons est Philippe Paineau, sieur de la Garnerie. Il la céda dans un échange de biens au début du 17e siècle à un nommé Thireau et Ardouine Gilbert sa femme. Et ceux-ci la vendirent le 22 janvier 1624 à Jacob Arnaudeau, bourgeois demeurant au bourg de Saint-Fulgent, pour 2 800 livres. Le métayer s’appelait alors Antoine Cougnon (9). Sur cette famille Arnaudeau de Saint-Fulgent, voir l’article publié sur ce site le mois dernier : La Boutinière à Saint-André-Goule-d’Oie. Le fils de Pierre et de Marguerite Arnaudeau, Jean Corbière, sieur de la Coussay hérita de la métairie. Il est mort et a été inhumé à Beaurepaire le 23-7-1705 à l’âge de 45 ans (vue 48), emporté par la maladie.

La métairie de la Chevaleraye fut acquise ensuite par Abraham Tinguy de la Sauvagère avec celle de la Boutinière le 24 mai 1747 pour 4950 livres ensemble (voir l’article sur la Boutinière). Il l’afferma à Jean Boisselier et François Drapeau de la Roche Mauvin le 27 mai 1759 (10).  En 1771 la métairie était affermée à prix d’argent pour 240 livres par an rendables à terme annuel échu, pour 5 ans (11). Le bailleur demeurait alors au Coudray.

Le dernier propriétaire de la métairie de la Chevaleraye avant la Révolution s’appelait Jean Abraham de Tinguy, et nous nous attarderons sur lui, car il est venu y habiter vers 1751, déclarant un autre domicile à Saint-Fulgent (de 1748 à 1750, puis de 1757 à 1761), puis au Coudray ensuite (1766-1771 de manière avérée). C’est pourquoi on explique le décès au Coudray d’une parente de sa femme, Anne Florence Bruneau le 20 janvier 1771 à l’âge de 70 ans (vue 12 sur le registre de Saint-André). Il s’est ensuite retiré au moins vers 1778 à la Giroulière (Rabatelière), d’où sa femme était originaire.

la Chevaleraye
Appartenant à la noblesse, on chercherait néanmoins en vain les traces d’un manoir dans le village de la Chevaleraye, tout simplement parce qu’il n’a vraisemblablement pas existé. Peut-être sa maison ressemblait-elle à celle de la Roussière de Saint-Fulgent, où logeaient les Royrand, eux aussi de famille noble. Pompeusement appelée logis, celle-ci était une maison en murs de pierres grises apparentes et toit de tuiles, sur deux niveaux : quelques pièces en enfilade au rez-de-chaussée et des greniers à l’étage. Leur standing et leur taille différenciaient ces logis des maisons plus petites, en toit parfois recouvert de végétal séché, des autres habitants du village. Mais, vu d’aujourd’hui, on a pitié de toutes ces habitations, logis des nobles compris.

Des anciens dans les années 1970 se souvenaient de vieux bâtiments dans le village appelés « logis », et aujourd’hui disparus. Il y avait une plaque de cheminée marquée d’une fleur de lys, ce qui aurait signifié la marque des Tinguy. Leurs armes portaient bien en effet « d'azur à quatre fleurs de lys posées deux et deux » (12).

Jean Abraham de Tinguy fonda la branche de la Giroulière de la famille Tinguy, alors que son frère, Charles Auguste, est l’auteur de la branche des Tinguy du Pouët. Celui-ci s’installa à la Clavelière de Saint-Fulgent aussi au 18e siècle. Parmi les descendants de cette dernière, on trouve le maire de Saint-André en 1830, alors que son père et son frère furent aussi maires à Saint-Fulgent. Ces deux branches étaient issues de la même branche de Vanzay de la famille Tinguy.

Jean Abraham de Tinguy, seigneur de la Sauvagère (Saint-Laurent-de-la Salle), épousa à Chauché le 18 janvier 1746 (vue 6 sur le registre paroissial accessible sur le site internet des Archives de la Vendée) Perrine Bruneau, dame de la Giroulière. Leur premier enfant, Charles Henri, naquit le 13 janvier 1747 au château de Boisreau (Chauché), chez la sœur de Jean Abraham, Louise Henriette de Tinguy. Celle-ci était mariée avec Joseph de Villequoys, seigneur de Rambervilliers. L’enfant mourut à l’âge de 9 ans à la Chevaleraye. Son frère René Abraham, né à Saint-Fulgent en 1748, ne survécut qu’une année. D’autres enfants naquirent à la Chevaleraye et à Saint-Fulgent. Voir les concernant l’article publié sur ce site en août 2018 : La famille de Tinguy à Saint-André-Goule-d’Oie.

       Avec un autre propriétaire du tènement de la Chevaleraye, Abraham de Tinguy fit une reconnaissance de rente au chapitre de Luçon, chez le notaire de Saint-Fulgent le 24 juin 1773 (13). La rente foncière annuelle et perpétuelle était de 12 boisseaux de seigle (environ 2 quintaux), « mesure réduite des Essarts ». Elle était due « à cause de leur prieuré de Chavagnes les Montaigu » (Chavagnes-en-Paillers). En remontant dans le temps on peut comprendre cette précision. Cette rente a été donnée probablement au Moyen âge peut-être par le seigneur du Coin Foucaud, dont relevait la terre de la Chevaleraye, aux moines de l’abbaye de Luçon, qui desservaient le prieuré de Chavagnes, comme ceux aussi de Chauché et des Essarts (14). L’abbaye devint évêché en 1317, et le chapitre de la cathédrale de Luçon fut créé par sécularisation de ses moines, devenant chanoines, en 1469. Ensuite les prieurés comme celui de Chavagnes, avec les biens qu’ils possédaient, furent donnés comme prébendes aux chanoines de Luçon. Un chanoine était le curé primitif du prieuré-cure de Chavagnes, et le curé de Chavagnes sur place était son vicaire perpétuel. La rente sur la Chevaleraye faisait donc partie des biens immenses possédés alors par le chapitre de Luçon.

Concile de Trente réunit dans l’église 
Santa Maria Maggiore
À cette occasion il faut rappeler que l’Eglise préférait les dons sous forme de rente perpétuelle, plutôt que les pensions. Celles-ci l’auraient rendue trop dépendante du bon vouloir des donateurs. C’est donc la rente qui a été choisie au Moyen Âge pour financer, sous le nom de « bénéfices ecclésiastiques », la majorité des fonctions ecclésiastiques, tant séculières que régulières. Le concile de Trente avait rappelé la consigne : « Il n’est pas bien séant que ceux qui sont admis au service de Dieu soient, à la honte de leur profession, obligés à la mendicité ou contraints de gagner leur vie par un emploi sordide ».

Jean Abraham de Tinguy mourut à la Giroulière, âgé de 75 ans, le 18 mars 1784, et fut inhumé le lendemain dans le cimetière de la Rabatelière en présence de messieurs de Royrand et de Vaugiraud (vue 23).

On se souvient qu’après son décès, sa veuve, Perrine Bruneau, vendit les deux métairies de la Boutinière et de la Chevaleraye à Agnan Fortin en 1789. Pour cela, c’est sa fille Henriette qui la représenta pour signer l’acte de vente à Saint-Fulgent chez le notaire. Perrine Bruneau habitait toujours à la Giroulière quand elle avait vendu auparavant, en 1784 au même Fortin, deux boisselées de terre à la Boutinière (15). Elle est décédée dans le bourg de Chavagnes en 1792, où elle était venue habiter à partir de 1786.

Agnan Fortin eut des démêlés avec les autorités républicaines à cause de l’émigration de son fils aîné dans le camp royaliste. On évalua ses possessions pour faire un partage entre les siennes et celles revenant à son fils et qui étaient confisquées. C’est ainsi que la métairie de la Chevaleraye est évaluée vers 1796 d’une surface totale de 144 boisselées (17,5 hectares). Ses trois pièces de vigne totalisent 18 boisselées, les cinq prés 12,25 boisselées et les 12 champs de terre labourable 112 boisselées. On a un revenu annuel bien faible de 158,5 Francs (valeur 1791). Certes, les bâtiments n’ont pas de valeur, car totalement brûlés pendant la guerre de Vendée (maison, toit, grange et galerie). Les jardins contenant 1,5 boisselée font un revenu de 6 francs de revenu annuel, et chaque boisselée de pré est évaluée 3 francs, mais la boisselée de vigne, et terre labourable est évaluée 1 franc, sauf la boisselée de « terre mauvaise » à 10 sols (16). On a tiré les valeurs vers le bas, semble-t-il, et peut-être a-t-on oublié quelques champs, cela s’est vu ailleurs. 

Confisquée à cause de l’émigration de son fils aîné et toujours sous séquestre au début de l’année 1797, Agnan Fortin afferma la métairie de la Chevaleraye à l’administration municipale du canton de Saint-Fulgent, le 12 germinal an V (1-4-1797), et la sous afferma le 16 août 1797 à Jean Soulard, pour 320 F par an (17). Il en recouvra la propriété dans les mois qui suivirent.


Deux héros de la Guerre de Vendée nés à la Chevaleraye


La Chevaleraye connut deux héros de la Guerre de Vendée : François et René Girard, dont les parents sont originaires. On sait que la commune de Saint-André-Goule-d’Oie perdit environ 300 de ses habitants dans les batailles et les opérations d’extermination. On n’a pu repérer qu’une cinquantaine de morts, à cause de la disparition des états-civils. Évoquer les Girard est donc au moins une façon de ne pas oublier toutes ces victimes inconnues.

Leurs parents, Nicolas Girard et Marie Boisselier, se sont mariés à Saint-André le 25 novembre 1760 (vue 25). Ils ont habité à la Chevaleraye de 1760 à 1774, où sont nés six de leurs enfants. En 1776 ils déménagèrent à la Boutinière, où naquirent leurs trois derniers enfants, et où mourut le père Nicolas Girard, le 26 février 1793. Ce dernier avait loué en communauté avec son beau-frère, Jean Boisselier, la métairie de la Boutinière appartenant à Abraham de Tinguy.

René Girard est né à la Chevaleraye et il est mort à l’âge de 30 ans, à la bataille de Savenay le 23 décembre 1793, comme son compatriote du village de la Forêt, Pierre François Cougnon.

Son jeune frère François Girard est né à la Boutinière le 16 octobre 1776. Dans un livre du comte de Chabot publié en 1892, on peut lire le passage suivant le concernant (18) :

  Pierre-Narcisse Guerin :
Henri de la Rochejaquelein (1816)
musée de l'Histoire de France
« Il n’avait que 17 ans, quand lui aussi passa la Loire. Après le désastre du Mans, la Rochejaquelein lui confia une lettre pour Charette. Quinze jeunes gens de ses amis partirent avec lui ; arrivés sur les bords de la Loire, après avoir couru mille dangers, ils furent assez heureux pour rencontrer un jeune batelier qui consentit à les passer sur la rive gauche. Après une marche de vingt-quatre heures, ils arrivèrent à Tiffauges : ils tombent sur un poste républicain, le mettent en fuite et s’emparent de leur pain de munition, fort à propos du reste, n’ayant pas mangé depuis deux jours. De là ils passent par la Brallière (Boulogne) où ils rencontrent MM. de Montsorbier qui les accueillent avec empressement et les font reposer avant d’aller les conduire au camp de Belleville où se trouvait Charette. Pendant ce périlleux trajet, Girard avait reçu cinq blessures, deux coups de baïonnette : un à la main droite, et l’autre au ventre,  et trois coups de sabre à la tête et aux deux bras. »

On sait que François Girard avait reçu la mission d’aller porter une lettre à Charette, où La Rochejaquelein lui demandait de venir secourir les Vendéens dans la Virée de Galerne. Elle arriva trop tard.

François Girard s’est marié à Saint-Fulgent le 9 février 1808 (vue 210) avec Françoise Boudeau. Le 31 janvier 1831, il se remariera à Saint-André avec Marie Anne Malidin. Il est alors noté comme cultivateur à la Boutinière, mais on sait qu’il participa aux guerres de Napoléon, étant notamment en Russie lors de la retraite de la Bérézina. Il avait 22 ans quand fut instaurée par la loi Jourdan de 1798 la conscription militaire obligatoire pour tous les jeunes Français de 20 à 25 ans. On n’a pas son livret militaire, mais c’est à cause d’elle sans doute que François Girard fut enrôlé dans l’armée. À cet égard il faut remarquer que lors des premières levées de conscrits par Napoléon, le département de la Vendée se montra plus patriote que la moyenne. On n’y compte qu’un seul déserteur en 1805, pour une moyenne d’environ 22 % pour toute la France (19). Pourtant beaucoup d’historiens continuent d’affirmer que la Vendée ne réintégra le giron national qu’avec la première guerre mondiale. Cette erreur semble puiser sa source dans le préjugé qui assimile le sentiment national d’appartenance au seul camp né de la Révolution française. Sa naissance s’enracine dans l’idée de nation symbolisée par la première victoire républicaine de Valmy contre les puissances coalisées. Les constructions idéologiques sur la guerre de Vendée brouillent une juste vision de la réalité, en oubliant que le patriotisme révolutionnaire ne constitue pas la totalité du patriotisme français, comme s’il était nécessaire de penser le sentiment patriotique pour l’éprouver (20). François Girard est venu habiter au Clouin, village où il finit sa longue vie en tant que journalier, puisqu’il y est décédé en 1860 (vue 67). Dans ses récits il vouait un culte à ses deux héros : Charette et Napoléon. Un enfant du village a écrit l’avoir entendu raconter son histoire. Il s’agit de l’abbé Charpentier, né en 1847, qui rapporte ses souvenirs dans un article de la Revue du Bas-Poitou en 1905, intitulé : « Un ancien de la grande guerre, le père Girard ». Le texte est accessible par internet sur le site des Archives de Vendée (21), et nous recommandons sa lecture pour mieux connaître ce « grand vieillard d’esprit simple et de foi robuste, dont la masure en ruines livrait passage à tous les vents ». Voir aussi notre article évoquant l’abbé Charpentier publié en septembre 2018 : Le Clouin à Saint-André-Goule-d’Oie.

Les redevances seigneuriales à la Chevaleraye


Revenons aux propriétaires sur le tènement de la Chevaleraye. Ils devaient au seigneur de Saint-Fulgent une rente annuelle fixe de 40 boisseaux de seigle (6,8 quintaux) et 4 ras d’avoine (70 kg) à la mesure des Essarts (22). On observe là encore que le mot « ras » utilisé en 1618 était devenus « boisseau » en 1779, pour désigner la même mesure de l’avoine (23). Il est à remarquer l’absence de droit de terrage, fait inhabituel à Saint-André-Goule-d’Oie, où ce droit pesait significativement (1/6 des récoltes). Mais la rente en céréales est importante, ceci expliquant cela. Le droit de terrage avait l’avantage d’être proportionnel aux récoltes, donc moins pénalisant dans les mauvaises années.

Nous aurons l’occasion de raconter prochainement l’histoire de ces droits seigneuriaux qui opposa pendant deux siècles les seigneurs de Saint-Fulgent et de Languiller. Dans leur querelle, les droits sur la Boutinière, la Chevaleraye et la Javelière furent compris ensemble. Cette particularité remonte à l’arrentement du tènement tel qu’il est indiqué dans un aveu du seigneur de Languiller, Jean de Sainte-Flaive, daté  dans la première moitié du 15e siècle. C’était alors principalement une métairie et quelques champs sont apparus en plus à des dates inconnues, arrentée à ferme perpétuelle à 2 septiers mines de seigle et 2 boisseaux d’avoine, qui sont devenus 40 boisseaux seigle et 4 boisseaux d’avoine. À cette époque le tènement comprenait 8 boisselées de jardin, 8 journaux de prés et 3,5 septerées de terres labourables et coteaux ou pentes. Ces surfaces représentaient environ 12 hectares, et des défrichements ultérieurs ont augmenté ces chiffres, les premiers connus. L’arrentement sans droit de terrage remonte au 14e siècle, et notre hypothèse est que le tènement était déjà en partie défriché, avec peut-être un terrage sur une partie des terres, remplacé par une rente uniforme sur l’ensemble (24). Nous aurons l’occasion de raconter prochainement l’histoire de ces droits seigneuriaux qui opposa pendant deux siècles les seigneurs de Saint-Fulgent et de Languiller. Dans leur querelle, les droits sur la Boutinière, la Chevaleraye et la Javelière furent compris ensemble.

La Chevaleraye, vers la rivière
Était due aussi dans un aveu de 1711 sur le village de la Chevaleraye la dîme de laine, agneaux, gorons (cochons) à la commanderie de Launay (25). Situé à Sainte-Cécile, ce prieuré dépendait de l’ordre de Malte, et semble avoir possédé au haut Moyen Âge de nombreux domaines dans la région. Il est à l’origine notamment de la création de la seigneurie de la Rabatelière. Dans un aveu du Coin décrivant la situation en 1550, la dîme portait sur « les bêtes porcines, bélines, veaux, naissant, croissant et régissant au village de la Chevaleraye, dont le croisé ou commandeur de Launay y prend la moitié » (26). On constate donc que Launay prenait la totalité de la dîme après 1550. 
Existaient aussi en 1711 d’autres rentes particulières dues sur le village, parfois des dons ou redevances à l’Eglise (27) :

au prieur-curé des Essarts : 6 boisseaux de seigle
au prieur de "Saint-André-de-Gouledois" : 1 boisseau de seigle pour droit de boisselage. On ignore l’origine du droit de boisselage (28). Sa pratique partielle à Saint-André venait remplacer ou compléter la grosse dîme ecclésiastique sur les céréales.
aux héritiers de feu monsieur du Plessis Gazeaux : 6 boisseaux de seigle. Les Gazeaux de la Brandasnière, branche du Plessis, était une des trois branches nées à la fin du 16e siècle à côté des Gazeau de la Boutarlière et des Gazeaux de Ligneron (Saint-Fulgent).
  au château des Essarts : 3 boisseaux de seigle.
S’ajoutait une rente de 6 boisseaux de seigle due à la seigneurie de la Roche de Chauché, possédée au 17e siècle par la Rabatelière (29).

En 1579, le seigneur de la Pitière (Chauché) prélevait une rente de 20 boisseaux de seigle sur une surface déclarée d’une septréee terre dans le tènement de la Chevaleraye et de 4 boisselées sur le tènement de la Bergeonnière (30). Cette rente avait probablement disparu en 1711, transformée peut-être en certaines redevances citées ci-dessus.

Toutes ces rentes étaient bien sûr à la mesure des Essarts.

Dans cette énumération, n’apparaît pas le droit de « métivage », prélevé au Moyen Âge, à l’occasion du battage des céréales, par la seigneurie de la Boutarlière. Il était d’un boisseau par an, payé par chaque tènement de la Boutinière, la Chevaleraye et la Roche Herpière près la Javelière (31). Ou alors a-t-il survécu dans la rente évoquée ci-dessus de 6 boisseaux de seigle aux héritiers Gazeaux.

Nous n’avons en réalité qu’une vue parcellaire des redevances imposées sur les terres de la Chevaleraye dans les deux siècles précédant la Révolution française. Elles faisaient l’objet de transactions qu’il n’est pas toujours facile de suivre. En témoigne la reconnaissance d’une rente faite en 1807 par Jean Joseph Fortin, le propriétaire de la métairie des lieux demeurant à Paris. Sa part était alors de 5 boisseaux de seigle, qu’il devait au créancier de la rente, Pierre René Thibault de La Pinière, demeurant à Nantes. Le texte ne nous dit pas le total de la rente due par tous les propriétaires (32). Dans le partage de la succession de leur père cette rente avait été oubliée, diminuant bien sûr la valeur du bien.

Les droits seigneuriaux de la Chevaleraye ont été étroitement associés à ceux du tènement voisin de la Javelière. Nous poursuivons notre récit en évoquant maintenant ce dernier.

Les propriétaires et redevances seigneuriales à la Javelière


la Javelière
Le tènement de la Javelière, dépendant de la seigneurie du Coin Foucaud, était bordé lui aussi par le ruisseau du Vendrenneau et le chemin de Saint-Fulgent à Sainte-Florence, par les terres de la Chevaleraye et le chemin de Saint-Fulgent à la Brossière. La surface de ses jardins était importante : environ 8 000 m2.  

Le seigneur de la Boutarlière y prélevait en 1517 un droit appelé « hommage », rendable en la « cohue » (halle) des Essarts, et partagé à moitié avec le seigneur des Bouchauds (33). À la Javelière il était de 6 deniers, et à la Roche près la Javelière de 4 sols. À la Boutinière il était de 4 sols. On ne retrouve pas ce droit dans les déclarations roturières des 17e et 18e siècles dans les tènements concernés.

Les Assises de Languiller poursuivent en 1541 6 teneurs pour non déclaration des bians (corvées) de 4 bœufs et une charrette dus au seigneur de Languiller chaque quinzaine (34). Le texte est elliptique et peut-être s’agissait-il de la corvée transformée en redevance. En 1550 la corvée est supprimée.

Le seigneur de la Guiffardière prélevait en 1606 sur tous les teneurs de la Javelière une rente de 2 boisseaux de seigle à chaque fête de Notre-Dame en août, ou Assomption de la mi-août (35). Là aussi on ne la retrouve pas dans les déclarations roturières ensuite, mais elle n’a pas disparue pour autant très probablement. Son origine nous est inconnue, mais elle est révélatrice de la dispersion des droits seigneuriaux prélevés à Saint-André-Goule-d’Oie au fil du temps.  

En 1618 les propriétaires étaient : Michel et Jean Fluzeau, André Thomelet, François Bertrand, Jean Cougnon, Pierre Meterau, Jean Asseneau, Nicolas Cougnon, Jeanne Guinard veuve d’Antoine Cougnon, Mathurin Menetau, André Paquereau, Jean Gauchier, Denis Pidoux, Martin Colin, Jean Parpaillon, Étienne Metaireau, Louis Allain, Pierre Rousseau, Jean Guesdon, Jean Aparilleau et Denis Revelleau.

Ils devaient au seigneur de Saint-Fulgent une rente de 48 boisseaux de seigle à la mesure des Essarts, rendables au château de Saint-Fulgent à la fête de notre dame en août (assomption), plus une dîme de 2 agneaux à la Saint-Jean-Baptiste et un cens de 7 sols 6 deniers à noël. Eux aussi, comme à la Chevaleraye, ne devaient pas de droit de terrage. La situation avait récemment évolué si on compare l’aveu de 1618 ci-dessus à un autre de 1605 décrivant la situation en 1550 (36). Le village de la Javelière, avec celui contigu de la Roche Herpière, avait été tenu de Jean Allaire, seigneur du Coin au début du 14e siècle, avant l'acquisition de la seigneurie par la famille de Sainte-Flaive, seigneurs de Languiller. Les deux villages avaient été arrentés depuis Jean Allaire (à une date non repérée) par ferme perpétuelle. En 1550 les teneurs devaient à Languiller 48 boisseaux de seigle et une dîme appréciée à 2 agneaux. Ils payaient en plus par rapport à la situation de 1618, 2 toisons, 32 ras d’avoine et 20 sols en argent au lieu de 7 sols 6 deniers.

En 1671, les propriétaires sont Thérèse Coulon épouse d’Antoine Soulard, Catherine Gauthier épouse de Joachim Chenet, Jacqueline Renelleau veuve de Pierre Crespeau, André Cougnon métayer à la Requière de Saint-Fulgent, André Bouin du Coudray, Jacques Cougnon de la Chevaleraye, Nicolas Cougnon de la Javelière, Jean Thomellet de la Javelière avec son beau-frère André Roger. Et la liste se poursuit par 6 autres propriétaires exerçant le métier de marchands. Le mot est vague, pouvant aller du marchand-laboureur (marchands de bestiaux) au marchand de mercerie, et ils habitent les villages voisins de la Brossière et de la Guierche, situés le long du Grand chemin de Montaigu à Chantonnay. Étaient-ils des héritiers sur les terres de la Javelière ou des investisseurs ? On ne sait pas. Ce sont Bastien Robin et Denis Migné (en indivision), François Metereau et Mathurin Rousseau, Nicolas Carré, Valérien Robin et Mathurin Robin, ces derniers habitaient la Girarderie de Vendrennes. Valérien Robin était aussi propriétaire aux Suries en 1685 et alors maître tanneur.

En 1770 on dénombre 28 propriétaires. Visiblement cette augmentation résulte de la division des héritages. Cette année-là, ils font ensemble une déclaration chez le notaire de Saint-Fulgent de reconnaissance d’une rente annuelle foncière et perpétuelle de deux sols et deux « gélines » (poules), due au curé de Saint-Fulgent à la Toussaint (37). Pour se partager à 28 personnes cette charge aussi modeste en nature, chacun payait sa part en argent, et le tout était porté au curé, même si la redevance restait libellée en nature.

la Javelière
Cette redevance avait été créée par une transaction du « pénultième février » 1399 entre le seigneur de la Valinière (Saint-Fulgent) et le nommé « Begaud curé pour lors dudit St Fulgent, tant pour lui que pour ses successeurs curés dudit Saint-Fulgent ». Le seigneur du lieu céda sa rente sur la Javelière au curé de sa paroisse. Le notaire de 1770 précise que la transaction a été écrite « en une grande feuille de parchemin à nous représentée par ledit sieur Gilbert et à l’instant remise, icelle signée Deny ». Le dictionnaire de Vendéens (voir sur le site internet des Archives de la Vendée) présente Jacques Gilbert (1709-1773) comme vicaire à Saint-Fulgent en novembre 1733, puis curé le 16 mars 1739, y décédant le 6 septembre 1773.

La pénultième était l’avant-dernier jour du mois, soit dans notre cas le 27 février 1399 dans le calendrier Julien alors en vigueur. Cette année-là n’était pas bissextile. Cette date correspond au 7 mars 1399 dans notre calendrier grégorien en vigueur en France depuis décembre 1582, mais qui ne s’applique pas rétroactivement.

Devenue bien ecclésiastique par un don, la rente avait acquis un caractère inaliénable. Le curé Gilbert se devait de ne pas la laisser s’éteindre encore près de 4 siècles après sa création, malgré son modeste montant.

En 1776, 23 teneurs de la Javelière reconnaissent devoir la rente noble, foncière, annuelle et perpétuelle de 16 boisseaux d’avoine, mesure des Essarts, à chaque Notre-Dame en août et 6 chapons à la Toussaint, le tout rendable à la Valinière (38). On ne connaît pas la nature de la rente due à cette seigneurie voisine située à Saint-Fulgent, possédée alors par Louis Gabriel Le Magnan, chevalier seigneur de l’Ecorce et de la maison noble de la Valinière, comme héritier de Louis Le Maignan, lui-même fils et héritier de Louis Le Maignan sieur du Marchais.

En 1766, les teneurs, au nombre de 22, avaient aussi fait acte de reconnaissance d’une autre rente à Catherine Tricouère, veuve de Louis Guyet aubergiste dans le bourg de Saint-Fulgent. Elle était de 6 boisseaux 2/3 de seigle, mesure réduite des Essarts, comme ayant été acquise en 1749 par Louis Guyet de Gabriel Bruneau Thieriot, sieur de Lornaire et procureur du roi de la maréchaussée au département de Montaigu qui l’avait eu par succession de ses père et mère. Cette reconnaissance avait été refusée par le fils Charles Guyet au motif qu’elle était présentée quérable, alors que ce dernier la prétendait rendable. Dans leur motif les teneurs de la Javelière s’étaient référés à l’usage et précisèrent que « le tènement est assez chargé déjà, n’en voulant pas augmenter la charge » (39). À cette date de 1776 on peut lire dans l’acte de reconnaissance que le tènement occupait, avec la Roche Herpière, la surface totale de 235 boisselées 57 gaulées (29,5 ha). 
   

Un bien national oublié à la Javelière


Ce même curé Gilbert a donné des biens qu’il possédait à la Javelière au profit « du couvent de Saint-Fulgent provenant de la ci-devant communauté des filles du dit Fulgent ». L’information puisée dans le procès-verbal du 7 germinal an 7 (27 mars 1799) « de consistance et d’estimation du domaine national » et ainsi présentée, nous paraît imprécise et ambiguë (40). On sait qu’en 1771 Mme de Chevigné fit une fondation pour créer une école des filles à Saint-Fulgent. L’acte portait que « la maîtresse régente choisira une fille pour l’aider à secourir les pauvres et les malades de la paroisse, et l’entretien des autels de l’église » (41). Comme « l’école de la propagation » de Montaigu, peut-être que cette communauté provenait de l’Union Chrétienne, dont les sœurs se consacraient à des activités de soins dans les hôpitaux et d’instruction dans les écoles (42).

L’auteur du procès-verbal l’expert s'appelait Gabriel Pierre Boisson demeurant à Mouchamps. Il était assisté du « commissaire du directoire exécutif près l’administration municipale du canton de Saint-Fulgent » (chef de la municipalité cantonale à cette époque, et déléguant un simple agent à la tête des communes du canton), le très anticlérical Benjamin Martineau. En mars 1799, celui-ci habitait Linières (voir notre article publié sur ce site en avril 2011 : Étienne Benjamin Martineau).

La date de cette estimation intrigue. Cela faisait neuf ans qu’elle aurait dû être faite selon la loi, avec la valeur en cours de l’année 1790. Il est difficile de soupçonner la municipalité de Saint-Fulgent de négligence, quand on se souvient de son zèle révolutionnaire, en particulier de celui de Martineau. Et les bourgeois républicains avaient été suffisamment frustrés par le seigneur local, qui avait raflé l’essentiel des ventes de biens nationaux dans la commune. Mais peut-être une première estimation avait-elle été faite, perdue ensuite à cause des combats à Saint-Fulgent  ?

Source : Archives départementales de la Vendée
Le procès-verbal énumère et confronte une grange et une parcelle de jardin de 15 m2 dans ce village. S’y ajoutent sur le tènement de la Javelière, 5 pièces de terres totalisant environ 7 000 m2. Et sur la commune de Saint-Fulgent à proximité de la Javelière, il y a 3 pièces de terre totalisant 2 732 m2. Les revenus évalués pour l’ensemble sont de 18,25 Francs, ce qui représente un capital théorique de 20 fois cette somme, soit 365 Frs à la valeur de 1790. Il nous parait difficile d’évaluer en 1799 un bien à sa valeur de 1790, quand on sait l’énormité de l’inflation pendant ce laps de temps (plusieurs milliers de %), mais c’était la règle alors. Plus que l’estimation, c’est la consistance qui avait de l’importance dans ce procès-verbal, à l’égard du futur acquéreur.

Dans les confrontations des parcelles de 1799 on relève un détail intéressant : l’existence de la « Grande Route de Nantes à la Rochelle ». C’est une nouveauté. En 1771 nous avions noté l’existence du « Grand chemin » de Montaigu à Chantonnay. On sait que le chemin a été tracé et construit sous Louis XV, appelé la « Grande Route » ensuite, et que celle-ci fut empierrée à nouveau à Saint-Fulgent sous Napoléon Ier.   

La mise aux enchères qui a suivi ce procès-verbal a été infructueuse, alors même que ces petites surfaces pouvaient intéresser quelques propriétaires des environs, rescapés, avec leur fortune au moins en partie, de la guerre de Vendée. Le sieur Chabrol, receveur de l’Enregistrement et des domaines de l’État au bureau de Montaigu en était responsable. Il afferma ces biens à un nommé Pineau Lamotte de Montaigu.

En 1808 il fit apposer des affiches, renouvelées plusieurs fois de quinzaine en quinzaine dans les communes de l’arrondissement de Montaigu, pour informer de la mise aux enchères du renouvellement du bail à ferme de ces biens situés à la Javelière et à la Courpière. Le sous-préfet de Montaigu présida à la mise aux enchères de l’adjudication du bail le 9 mai 1808, des biens « provenant le tout de la communauté des propagandes de Saint-Fulgent ». Cette dénomination familière désignait la congrégation de l’Union Chrétienne qui avait été réunie par Saint Vincent de Paul avec la congrégation de la Propagation de la Foi. Ses membres continuaient d’être désignées familièrement « dames propagandes ». C’est François Augustin Brochard, menuisier à Saint-Fulgent, qui remporta l’adjudication définitive, moyennant la somme de trente-cinq francs, pour un bail de 5 ans (43). La même année, 1808 un décret impérial affecta les biens à l’entretien d’un hôpital à Saint-Fulgent (44).  

Le gaulaiement de la Javelière en 1834


Dans les minutes notariales on repère l’existence de borderies constituées de nombreuses parcelles, mais pas de métairie. Ainsi en 1774, à l’occasion d’un acte d’arrentement, on constate que les frères Bertrand, demeurant à la Javelière, possèdent une borderie évaluée à 720 £, correspondant à une surface d’environ 7 ou 8 ha à cette époque (45). Dans une vente en 1781 du 1/5 de la valeur d’une borderie, on voit que l’acquéreur, possédant déjà le reste, est propriétaire d’une borderie valant environ 360 £, soit une surface de l’ordre de la moitié de la précédente (46).

 Un gaulaiement effectué le 12 mars 1834 sur le tènement de la Javelière, montre encore l’importante parcellisation du foncier dans le village (47). Le mot sent bien son air d’Ancien Régime, pour désigner à la fois l’arpentement et le bornage des surfaces foncières, et le calcul de la répartition des redevances dues sur le tènement par chaque propriétaire, au prorata des surfaces possédées. Le mot est dérivé de la gaulée qui était l’unité de mesure employée dans l’arpentement, sachant qu’il fallait à Saint-André 80 gaulées pour faire une boisselée.

Pour établir ce gaulaiement, on fit appel à François Cougnon (1792-1858), fils de l’ancien capitaine de paroisse, prénommé François lui aussi, exerçant le métier d’expert. Il avait été nommé maire de Saint-André-Goule-d’Oie de 1826 à 1829. Les surfaces ont été indiquées par les propriétaires, reprises et validées dans le document, lequel donne pour chacun sa part contributive dans la rente de 7 boisseaux de seigle, à la mesure des Essarts, due sur le tènement.

Non féodale, elle n’avait pas été supprimée par la Révolution. Elle était due à raison de 2 boisseaux pour M. de Sérigné et 5 boisseaux pour Jean Guyet de Sainte-Cécile. Pour ce qu’on sait sur les rentes déclarées avant la Révolution, la rente à M. de Sérigné pourrait être celle due autrefois à la seigneurie de la Guiffardière, d’un même montant. Ce n’est pas la rente de 4 boisseaux de seigle due à la Roche de Chauché avant la Révolution.  En revanche la rente à M. Guyet n’était pas connue. Jean Guyet de l’Aublonnière, mort en 1828, était l’ancien régisseur de Linières. En 1834 c’est son fils, Jean Baptiste Guyet, qui devait toucher la rente, ou sa mère, Rose Roger, une mère célibataire née à la Maigrière (Saint-André).

Ils sont 33 propriétaires en 1834, au lieu de 28 en 1770, pour posséder 28,8 hectares dans le terroir de la Javelière, dont 4585 m2 de jardin, au lieu de 8000 m2 au début du 17e siècle. Les prés totalisent près de 4 hectares, surface importante près du ruisseau du Vendrenneau, propice à l’élevage.

Rose Brillouet, veuve Bordron, de la Javelière, possède 3,7 ha, et François Fluzeau, de la Brossière, possède 3,5 ha. Indiquons au passage que Rose Trotin a reçu une pension après 1815, à cause de la mort de son mari pendant la guerre de Vendée. Ce sont les plus importants propriétaires. En plus d’eux, on a 6 propriétaires possédant plus d’un hectare. Les 25 autres possèdent des surfaces inférieures à 1 hectare. Tous ces propriétaires habitent à la Javelière (huit), Guierche (six), Brossière (six), et Pont-Girouard (deux). Les autres habitent dans les villages un petit peu plus éloignés de Saint-André, Saint-Fulgent et Vendrennes.

La Roche Herpière


Pont-Girouard
Au début du 14e siècle, Jean Cosseau tenait du seigneur de Languiller à cause de la seigneurie du Coin, à foi et hommage plain et à rachat à 2 sols de service à la Notre-Dame de septembre, le village de la Roche avec ses dépendances de maisons, ruages, vergers. Les dépendances du village contenaient 4 septrées de terre tant gaignables (labourables) que non gaignables et 1 journal à 1 homme de pré. Jean Cosseau était l’héritier d’André de la Roche, alias Herpière, dont la famille avait donné son nom à ce petit fief (48). Les redevances féodales étaient alors estimées valoir 3 mines de seigle (24 boisseaux). En 1550 le village n’existait plus et le fief avait été réuni au tènement voisin de la Javelière, devenant ne terre roturière. L’évolution de la Roche Herpière est la conséquence des calamités guerrières, climatiques et sanitaires qui ont fait disparaître la petite noblesse de la contrée à la fin du Moyen ÂgeSa redevance féodale fixée à 8 boisseaux de seigle, a été ajoutée aux 48 boisseaux dus sur le tènement de la Javelière (49). De plus ses propriétaires devaient à la Roche de Chauché une rente foncière de 4 boisseaux de seigle (50). 

Après la Révolution ses propriétaires devaient toujours trois rentes en seigle, non féodales, donc non supprimées, à trois particuliers : 4 boisseaux à M. de Serigné, 1,66 boisseau à Jean Guyet de l’Aublonnière, et 4 boisseaux à Mme Beauvoir. Ils étaient nombreux possédant des petites parcelles, soit 24 personnes, habitant souvent la Javelière et la Brossière ou la Guierche. Pour établir un gaulaiement, ils firent appel en 1834 eux aussi à François Cougnon (51).  

Les surfaces des parcelles ont été indiquées par les propriétaires. François Cougnon les a validées d’abord, puis il a « supputé » comme on disait alors, que la boisselée était chargée de 1,5 mesure, c’est-à-dire 1,5/8 partie d’un boisseau de seigle à la mesure des Essarts, soit 2,9 kg de seigle. On remarquera au passage que malgré les lois révolutionnaires instaurant le système métrique et les unités modernes de mesure, celles-ci n’étaient pas entrées dans les mœurs. Il faudra attendre un décret du 4 juillet 1837 pour rendre obligatoire définitivement  ces nouvelles unités de mesure.

Le plus gros propriétaire y possédait 7 boisselées et 53 gaulées (9 317 m2), et le plus petit y possédait 18 gaulées (274 m2). 7 d’entre eux avaient moins une boisselée, 8 avaient entre 1 et 3 boisselées, et 6 plus de 5 boisselées. On n’y trouvait pas de jardin, et seulement 2 boisselées de pré. Ces propriétaires habitaient au Pont-Girouard (deux), à la Javelière (six), à la Courpière (Saint-Fulgent) (un) et surtout à la Brossière et à la Guierche (sieze).

Le tènement des Bruères


Le village des Bruères est mentionné dans les confrontations du premier aveu connu du Coin vers 1405. Les assises de Languiller poursuivent en 1545 Jacques Boisseau de la Ridolière, teneur dans le tènement des Bruères, pour payer 1 chapon de cens annuel, avec les arrérages de 18 années échus à noël, et une rente seigneuriale de 16 ras d’avoine (52). Les valeurs sont dus pour tous les teneurs, même si la poursuite ne concerne que l’un d’entre eux. En 1550 les Bruères n’étaient plus qu’un tènement consistant en masurits, c’est-à-dire des maisons en ruines, situés entre les villages de la Ridolière, la Chevaleraye et la Javelière, joignant les tènements de la Machicolière et Ridolière, le chemin de Sainte-Florence à Saint-Fulgent et le tènement des Surries (53). Si le nom de ce lieu n’avait pas disparu, il aurait été modernisé probablement en « Bruyères », mot révélateur de l’abondance de cette plante dans les nombreuses landes de la paroisse au Moyen Âge. Comme à la Roche Herpière, la disparition de l’habitat est la conséquence des calamités guerrières, climatiques et sanitaires qui ont sévi à partir du milieu du 14e siècle pendant un siècle.

Les teneurs  devaient toujours 16 ras d’avoine en 1606, devenus 16 boisseaux d’avoine en 1685, autre preuve que les mots ras et boisseaux ont été souvent synonymes en ce siècle à Saint-André. L’avoine était rendable au logis de Languiller à la fête de Saint-Michel (54). Nous n’avons trouvé qu’un seul propriétaire en 1685 faisant une déclaration roturière. Il s’agit de Marie Brisseau, épouse de Nicolas Mandin, laboureur demeurant au bourg de Saint-André. Elle était en indivision avec son beau-frère François Bordron, pour à peine un hectare (55).

Aux assises de Languiller en 1701, c’est probablement le fils de Nicolas Mandin, Jacques, qui vient présenter sa déclaration roturière pour ce qu’il possède aux Bruères. Deux autres teneurs comme lui feront leurs déclarations, René Chacun et André Bouffard (56).



(1) Archives de Vendée, chartrier de Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29, sentence d’ordre du 9-9-1727 des syndics des créanciers de Moreau et Menard.
(2) Déclaration roturière du 3-2-1666 de la chapellennie de la Rabretière à la Barette, Archives de la Vendée, transcriptions par G. de Raignac des archives de la Barette : 8 J 87-2, page 49.
(3) Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/G 40, Languiller Boutinière Chevaleraye Javelière procès sur la mouvance, avertissement du 27-2-1736 de la baronne des Essarts dans le procès entre les seigneurs de Saint-Fulgent et de Languiller.
(4) Déclaration du 27-7-1717 de Jean Trastour aux assises des Essarts, Archives de la Vendée, transcriptions par Guy de Raignac des archives de la Barette : 8 J 87-2, page 108.
(5) Affaire de retrait féodal du 15-6-1744, Archives de la Vendée, transcriptions par Guy de Raignac des archives de la Barette : 8 J 87-1, page 53.
(6) Partage de biens entre les Verdon du 8-5-1624, Archives de la Vendée, transcriptions par Guy de Raignac des archives de la Barette : 8 J 87-2, page 108.
(7) 150 J/G 58, déclaration roturière du 7-6-1606 de Toussaint Menanteau à Languiller pour la Chevaleraye à cause du Coin Foucaud.
(8) J. P. Leguay, L’eau dans la ville au Moyen Âge, Presses Universit. de Rennes, 2002, p. 355 et s.
(9) Archives historiques du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 19, famille Arnaudeau.
(10) Note no 12 sur la Chevaleraye à Saint-André-Goule-d’Oie, Amblard de Guerry : S-A 1
(11) Ferme du 26-8-1771 de la métairie de la Chevaleraye, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/120. 
(12) Archives historiques du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 76-1, lieux-dits de Saint-André-Goule-d’Oie.
(13) Archives de Vendée, notaire de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/ 7, reconnaissance d’une rente foncière sur la Chevaleraye du 24-6-1773 par A. de Tinguy et M. Coutand.
(14) A. de Guerry, Chavagnes communauté vendéenne, Privat (1988), page 49.
(15) Archives de Vendée, notaire de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/10, acte de vente du 18-6-1784 de 2 boisselées de terre de P. Bruneau à A. Fortin.
(16) Notes de Paul Boisson aux Archives de Loire-Atlantique, succession des émigrés à partager : Q 690, dossier Fortin, an II-an VII, 23 pièces no 11 à 33, Arch. hist. dioc. Luçon, fonds Boisson, 7 Z 10 IV.
(18) Comte de Chabot, « Paysans vendéens : biographies, silhouettes et faits d'armes », Abbeville Paillart, 1892 dans Archives de Vendée, bibliothèque numérisée, sélection thématique, historiographie de la bibliothèque du vicomte de Chabot, biographies : BR 118, vue 12.
(19) A. Billaud, La Petite Église dans la Vendée et les Deux-Sèvres (1800-1830), NEL, 1961, page 266.
(20) Au début de ses Mémoires de guerre le général de Gaulle décrit son sentiment patriotique : « Toute ma vie je me suis fait une certaine idée de la France. Le sentiment me l’inspire aussi bien que la raison … ». C’est une description toute personnelle qu’il fait dans un long paragraphe. Son chauffeur n’en aurait pas écrit une ligne, mais n’en aurait pas moins ressenti un sentiment aussi fort.
(21) Archives de Vendée, bibliothèque numérisée, périodiques d’informations générales, revues scientifiques, Revue du Bas-Poitou 1905-4, page 408 (vue 41).
ge de la succession des enfants Fortin avec la République subrogée dans les droits du fils aîné émigré.
(22) 150 J/G 40, donation de 1560 de J. de Belleville et aveu de Saint-Fulgent en 1618 à Languiller pour les biens donnés.
(23) Partage du 18-10-1779 de la succession de René de Montaudouin seigneur de la Rabatelière, page 31, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/C 68.
(24) Notes no 1 et 6 sur la Chevaleraye à Saint-André-Goule-d’Oie, Amblard de Guerry, : S-A 1.
(25) 150 J/G 58, Languiller Boutinière Chevaleraye Javelière déclarations roturières, déclaration roturière du 2-9-1711 de Marguerite Rousseau, veuve Corbière pour la métairie de la Chevaleraye.
(26) Idem (24).
(27) Idem (25).
(28) Marcel Faucheux, Un ancien droit ecclésiastique perçu en Bas-Poitou : le boisselage, Potier, 1953, page 171 et s.
(29) 150 J/E 1, assises de la Rabatelière et autres fiefs du 19-8-1632.
(30) 150 J/C 74, Chapelle Begouin, aveu du 29-5-1579 de la Chapelle Begouin.
(31) 150 J/G 39, copie de l’aveu du 26-1-1517 du seigneur de la Boutarlière.
(32) Reconnaissance de rente du 13-11-1807 sur la métairie de la Chevaleraye, Archives de Vendée, notaires de Chavagnes-en-Paillers, Bouron : 3 E 31/23.
(33) Idem (31).
(35) 150 J/A 12-3, aveu du 12-8-1606 d’Hélie de Saint-Hilaire à Languiller pour la Guiffardière et 11 lieux différents à Saint-André-Goule-d’Oie.
(36) Notes no 3 et 39 sur le Coin à Saint-André-Goule-d’Oie, Archives d’Amblard de Guerry : S-A 1. 
(37) Archives de la Vendée, notaires de Sain- Fulgent, Frappier : 3 E 30/5, reconnaissance de rente sur la Javelière du 27-9-1770.
(38) Reconnaissance du 9-6-1776 de la rente de 16 boisseaux avoine à la Javelière, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/121.
(39) Reconnaissance du 16-1-1766 de la rente de 6 bx seigle à la Javelière à Guyet, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/119. 
(40) Archives de la Vendée, estimation de biens nationaux : 1 Q 218, estimation des biens du couvent de Saint-Fulgent à la Javelière du 7 germinal an 7.
(41) Archives Historiques de Saintonge et d’Aunis, 1896, tome 25, p.130, citées par famillesvendennes.fr : de Chevigné (Branche de Preigné et la Grassière).
(42) Propagation (école de la) à Montaigu dans le Dictionnaire toponymique, en ligne sur le site internet des Archives départementales de la Vendée.
(43) Archives de Vendée, Baux des biens nationaux 1 Q 760 : ferme de la Javelière du 9-5-1808.
(44) Abbé Aillery, Chroniques paroissiales, Saint-Fulgent, Tome 1, 1892, pages 264 et 265.
(45) Achat du 21-12-1774 d’une portion de borderie à la Javelière de Mathurin Bertrand à Marie Bertrand, notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/7.
(46) vente du 24-9-1781 par retrait légal d’un 1/5 de borderie à la Javelière, de Brillouet à Seiller l’aîné, notaires de Saint-Fulgent, Bellet 3 E 30/127.
(47) Archives de la Vendée, don de l’abbé Boisson : 84 J 16, gaulaiement du 12-3-1834 de la Javelière.
(48)  Note no 6 sur la Roche Herpière à Saint-André-Goule-d'Oie, Archives d'Amblard de Guerry :S-A 3.
(49) 150 J/G 58, déclaration roturière du 14-5-1619 de 21 teneurs à la Javelière et Roche Herpière à Languiller à cause du Coin Foucaud.
(50) Idem (29)
(51) Archives de la Vendée, don de l’abbé Boisson : 84 J 15, gaulaiement du 3-3-1834 du tènement de la Roche Herpière.
(53) Notes no 1 et 2 sur les Bruères à Saint-André-Goule-d’Oie, Archives d’Amblard de Guerry : S-A 1. 
(54) 150 J/G 58, déclaration roturière du 13-11-1617 de 7 teneurs à Languiller pour la Boutinière, Chevaleraye, Suries et Bruères, à cause des Bouchauds et du Coin Foucaud.
(55) 150 J/G 58, déclaration roturière du 5-9-1685 de Nicolas Mandin à Languiller à cause du Coin Foucaud pour les Bruères.


Emmanuel François, tous droits réservés
Octobre 2015, complété en mars 2024

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