dimanche 1 avril 2018

La Jaumarière à Saint-André-Goule-d’Oie

Jaumarière : entrée du village
Sur le très ancien chemin transformé en route vers 1870, qui conduit du bourg de Saint-André-Goule-d’Oie à Chavagnes-en-Paillers, deux kilomètres à peine après le village de la Boninière, on longe à droite le village de la Jaumarière. A l’entrée sur la gauche, le calvaire est une croix en imitation tronc d’arbre dans un espace bien entretenu. Son esthétique est représentative d’une époque assez récente. De plus les rénovations et constructions modernes des maisons proches leur donnent un aspect extérieur de fraicheur et de gaieté. Néanmoins le blanc des murs étonne dans un pays exposé aux nuages de l’océan. Et puis les vieilles pierres ont disparu, emportant leurs secrets dans un oubli définitif.

Il y a quelques dizaines d’années, les chercheurs Amblard de Guerry et l’abbé Paul Boisson se sont demandés, au vu de quelques pans de vieux murs, s’il n’y avait pas eu à la Jaumarière un logis qui aurait appartenu aux de Vaugiraud. Leurs investigations ne leur ont pas permis de répondre de manière probante. Les de Vaugiraud ont été seigneurs de la Jaumarière et le dernier d’entre deux, Pierre Eusèbe de Vaugiraud, a vendu sa borderie de la Jaumarière en 1775, en même temps que sa métairie de la Maigrière, à Pierre Fonteneau de la Roche au Roi à Saint-Fulgent (1). La propriété des de Vaugiraud dans ce village n’est donc pas contestable. Certes, ils rendaient hommage pour la Jaumarière, celle-ci désignée de fief noble, mais cela n’entraine pas nécessairement l’existence d’un logis sur place. D’autant qu’on n’a pas trouvé un seul de Vaugiraud y habitant. Voir à cet égard l’article publié sur ce site en  août 2014 : La famille de Vaugiraud à Saint-André-Goule-d’OieTout au plus il devait y avoir la maison et autres bâtiments d’un fermier. Il ne reste plus de nos jours la moindre trace d’un logis de maitre, qui aurait été situé au bord de la route, à droite en allant vers Chavagnes, précisément la dernière maison sur ce côté. Au moment des observations de l’abbé Boisson, la maison située ainsi, datant de 1906, appartenait à Gérard Chacun (2). La consultation du cadastre napoléonien de 1838 ne mentionne que des maisons, masureaux et bâtiments agricoles dans le village. Bref, on manque d’éléments pour évoquer l’existence d’un ancien logis de maitre à la Jaumarière.

Le village et tènement de la Jaumarière relevait du seigneur du Coin Foucaud, dont le château s’élevait un kilomètre plus loin vers « Chavagnes les Montaigu », comme on disait alors. En 1550, son possesseur, le seigneur de Languiller (Chauché), déclare à son suzerain des Essarts que le tènement de la Jaumarière occupe 10 boisselées en jardin, 10 journaux de pré et dix septrées (correspondant à 160 boisselées) en terres labourables et landes exploitées (3). La surface de terres labourables augmentera ensuite par extension sur les nombreuses landes communes voisines. Il en restait encore quelques-unes en 1838, totalisant 1,7 hectare, dont 14 ares de landes propriétés de la commune de Saint-André.

Les redevances seigneuriales en 1550


Dans l’aveu de Languiller et Coin Foucaud en 1550, les anciennes corvées féodales avaient été incorporées à la Jaumarière dans la valeur du cens.  Celui-ci se montait ensuite à 7 livres, 15 sols et 11 deniers. Les rentes féodales étaient de 12 boisseaux de seigle et 20 ras d’avoine chaque année.

Jaumarière
De plus, le seigneur de la Boutarlière prélevait chaque année en 1517 sur les teneurs de la Jaumarière, un droit de métivage, se montant à 2 boisseaux. Le droit, dit « hommage », qui lui était dû en plus à la fête de la nativité de Notre-Dame, se montait à 3 sols. Ce dernier droit se partageait par moitié entre la seigneurie des Bouchauds et celle de la Boutarlière. Il en était de même pour le droit « d’avenage » appelé « ratier », rendu le jour de Saint-Michel-Archange en la « cohue » (halle) de la « ville des Essarts », que payaient les teneurs de la Jaumarière, et qui était de 5 trulleaux (probablement équivalant au boisseau) (4). L’avenage était une redevance en avoine due à cause des droits d’usage et pacage accordé aux habitants de la châtellenie des Essarts.

Le 7 décembre 1554 Jules de Belleville, seigneur de Languiller, a cédé à Jean de Ligny, seigneur du Boireau (Chauché), ses droits seigneuriaux sur la Jaumarière, moyennant une rente annuelle de 30 livres payée par l’acquéreur à noël. Puis il annula cette vente en exerçant son droit de retrait féodal (5). Et il céda ensuite à Jean de Ligny sept pièces de terre situées près de la Brosse Veilleteau, de la Begouinière et du Plessis Allaire (Essarts).

Les Masson des Essarts, nouveaux seigneurs de la Jaumarière


Puis Jules de Belleville revendit ses droits seigneuriaux sur la Jaumarière à Louis Masson, sénéchal (juge seigneurial) des Essarts, comme il le fit de ses droits sur le Pin et la Baritaudière au même Masson. Dès lors, ces trois tènements eurent les mêmes seigneurs pendant quelques dizaines d’années. Le fils, Sébastien Masson, sieur des Fouzillières (Grand Village aux Essarts) et Jaumarière, est qualifié dans plusieurs actes d’écuyer. Lui aussi fut sénéchal des Essarts.

L’abbé Boisson a pu relever dans les années 1960/1970 dans le registre d’insinuation de Languiller, alors accessible, une série de 16 petits achats de domaines à la Jaumarière, faits par Sébastien Masson auprès de 17 propriétaires entre le 4 mai 1595 et le 24 janvier 1597 (6). Certains vendeurs étaient en indivision, et André Apparilleau, l’un d’entre eux, a fait quatre ventes différentes, toujours pour de petites parcelles de terres et de prés. Au total, trois fois la vente a concerné des maisons et deux fois des rentes, le reste, des terres et des prés. On voit là une opération révélatrice d’un appauvrissement des habitants de la Jaumarière, obligés de vendre, parfois au compte-goutte, leurs petites tenures. En face le nouveau seigneur des lieux, un bourgeois des Essarts, amasse des terres. On ignore les circonstances et la manière, mais le fait parait clair, et le lien avec le climat est probable. En effet, la mauvaise récolte de l’année 1596, faisant suite à celles des années antérieures, à cause de fortes pluies au printemps et en été, engendra la famine, laquelle provoqua des épidémies. C’est ce qui explique le pic de mortalité observé à Paris en 1597, qui a probablement existé aussi dans la région (7).

Anonyme : Henri II de Bourbon
En 1622 Sébastien Masson rend un aveu pour la Jaumarière, où il déclare 3 boisselées occupées par les bâtiments, cours et chemins d’accès dans le village, et 12 « boisselées à semer lin » pour les différents jardins (8). Peut-être celles-ci correspondent-elles au 10 boisselées exprimées en terres labourable de jardin, dans l’aveu précédent en 1550. Nous aurions ainsi une indication précieuse sur la correspondance entre les deux mesures, mais on hésite à cause des dates trop éloignées entre les deux textes, surtout à une époque de défrichement. Les prés et terres labourables se montent en 1622 à 287 boisselées, mais il manque l’indication de la surface de 7 champs sur les 34 déclarés et confrontés. L’extension des terres cultivées, en prenant sur les friches, a été importante, rappelant ce qu’on a constaté sur les Landes du Pin et ailleurs à la même période dans la paroisse.

Sébastien Masson rend son aveu à Marie Hurault, dame de Languiller et veuve de Philippe Eschallard, celui-ci ayant été « conseiller du roi en ses conseils d’Etat ». Lui-même se présente alors comme demeurant aux Essarts, et « sieur des Fouzillères et de la Jaumarière, et conseiller ordinaire de monseigneur le prince de Condé, premier prince du sang, et prince pair de France ». Les Fouzillères étaient l’ancien nom du Grand Village des Essarts. Le prince de Condé, dont il s’agit ici,  était Henri II de Bourbon (1588-1646), cousin d’Henri IV et père de Louis II dit le Grand Condé. Jusqu’à la naissance de Louis XIII en 1601, il fut l’héritier du trône. Pendant la régence il jalousa le favori Concini, et pour parer à ses attaques, la reine appela Richelieu. Il rentrera dans le rang avec Louis XIII. Les archives du château de Chantilly (des Condé), pourraient peut-être nous donner des informations sur Sébastien Masson. A moins que son emploi de conseiller soit à ranger dans la catégorie des nombreux emplois fictifs vendus autrefois par le roi et les princes.

Celui-ci tient la Jaumarière « à cause de votre seigneurie du Coin Foucaud noblement en gariment perpétuel sous l’hommage que vous avez accoutumé faire de ladite seigneurie du Coin Foucaud à madame la baronne des Essarts » et à 5 sols de service dus sur le village et tènement de la Jaumarière à noël. L’aveu comprend aussi le fief des Segoninières, situé à proximité du village de la Jaumarière et enclos dans son tènement, sans habitat. Il était mouvant de la seigneurie des Bouchauds, et ses droits (cens et terrages) avaient été vendus à Louis Masson par Jules de Belleville, droit de fief et rachat compris. Désormais il faisait partie des appartenances de la Jaumarière. Au total il comptait 48 boisselées en 8 champs.

L’ensemble des teneurs devaient à Sébastien Masson les faibles rentes féodales en seigle et avoine indiquées plus haut en 1550. Mais s’y ajoutaient en réalité une vigne à droit de complant, et le droit de terrage au 1/6 des récoltes des « blés, lins, rèbes, pois, mil, que autres fruits et légumes ». L’énumération est rare et donc intéressante. Ce terrage est rendable « en sa maison des Essarts ou ailleurs aussi loin où bon lui semblera ». Et le rendant indique que ces droits « lui peuvent bien valoir par chacun an 5 setiers de tous blés à la mesure des dits Essarts ou environ, compris en icelui le terrage qu’il prend en lin, navets, rèbes, pois, fèves et mil ». Rappelons que 5 setiers faisait 80 boisseaux de seigle, soit 17,6 décalitres ou 12,3 quintaux. S’agissant du 1/6 de toutes les récoltes exprimées en valeur de quintaux de seigle, on poursuit le calcul pour obtenir une récolte équivalente de 74 quintaux. C’est bien peu au regard des surfaces cultivées, même avec un faible rendement et l’importante déperdition des surfaces emblavées entrainée par la pratique des jachères. Y-a-t-il sous-évaluation ? La question se pose, car il s’agissait d’une évaluation servant de référence à la valeur du droit de rachat en cas de mutation. La période a aussi connu des dérèglements climatiques, et ceux-ci expliquent peut-être cette sous-évaluation vue d’aujourd’hui.

La Jaumarière : en direction de Chavagnes
Quant au cens en argent de 7 livres 15 sols et 11 deniers, il constitue le total de 6 versements différents à 6 dates différentes au cours de l’année, dont un droit de rivage valant un quart de 3 sols ! On espère qu’au-delà des règles d’origine, on savait regrouper ces 6 montants pour les verser en une seule fois. Et puis, comme les choses étaient très compliquée avec ces droits seigneuriaux, Sébastien Masson indique que « les teneurs du pâtis de l’Homeau payent par chacun an et terme de mi-août 6 deniers de cens » (8). C’était un champ particulier.

Enfin, il rappelle qu’il a droit de juridiction basse sur les teneurs de la Jaumarière, étant leur vrai seigneur, alors que l’hommage au suzerain des Essarts reste fait par le seigneur du Coin Foucaud, qui est comme un seigneur en titre, mais dépourvu de toutes prérogatives à la Jaumarière. De même Masson perçoit à son profit les lods et vente à chaque mutation de bien immeuble dans le tènement. On sait que des situations comparables ont  donné lieu, ailleurs à Saint-André-Goule-d’Oie, à des conflits, ne serait-ce qu’au Pin quand Philippe Chitton devint seigneur de Languiller à partir de 1674. C’est qu’habituellement le droit de justice était lié au droit de fief, et d’ailleurs Sébastien Masson présentait la Jaumarière comme un fief noble et un tènement, tenu noblement, pour lequel il rendait aveu. Il y a là ambiguïté sur la nature de la terre, noble ou roturière, puisque les deux mots sont employés en même temps. Les Segoninières y sont toujours associées, qualifiées de fief et de tènement aussi. La liste des pièces de terre dans l’aveu de 1622 montre une quantité de tenures excluant l’existence d’une réserve seigneuriale directe, conservée en mode d’exploitation de métairie.  Il est certain qu’à la fin du 17e siècle le seigneur de Languiller aurait contesté la qualification de terre noble s’il l’avait pu. Et ce n’est pas la position de Pierre de Vaugiraud, le possesseur des redevances d’alors, qui l’aurait intimidé. Leur acte d’acquisition nous manque dans les archives. Mais on peut supposer que sa rédaction ne donnait pas de prise à la contestation de la nature de terre noble du « fief et tènement de la Jaumarière ». D’autant que l’acquéreur, Louis Masson, était sénéchal des Essarts, certes un bourgeois, mais dans une position de force aux Essarts, lors des absences de la baronne. Et le vendeur, Jules de Belleville, était un guerrier noble engagé dans les rangs protestant, souvent absent. On se demande, puisqu’on ne peut faire que cela, si le notaire rédacteur de l’acte de vente n’a pas été mieux relu par l’acquéreur que par le vendeur, celui-ci intéressé avant tout par le montant du prix et son paiement comptant.

Et que ce serait-il passé sans la pugnacité de Philippe Chitton, seigneur de Languiller à la fin du 17e siècle, pour faire reconnaitre son droit de fief sur les fiefs et tènements à Saint-André-Goule-d’Oie ? Pour les propriétaires, leur obligations de lods et vente seraient allées au possesseur habituel du droit de cens plutôt qu’à Languiller. Les nombreux possesseurs nobles des redevances auraient ajouté une terre noble de meilleur rapport en plus à leur patrimoine. Et les possesseurs bourgeois de ces terres nobles auraient eux aussi touché les lods et vente, et surtout exercé leur droit de retrait féodal lors des ventes, avec gourmandise afin d’augmenter leur patrimoine. Ils auraient aussi râlé contre le droit de franc-fief, impôt dû sur les terres nobles possédées par les roturiers. Il n’existe pas d’impôt juste pour tous, mais en matière d’injustice on atteignait là un degré élevé.

Et on trouve aussi à la Jaumarière, comme au Coudray, la Bergeonnière et autres villages, une rente due à la Rabatelière au 18e siècle. Elle est faible : 2 boisseaux de seigle, et son origine n’est pas précisée (9). En 1782, la rente était affermée à Pierre Bossard, comme fermier de nombreuses rentes appartenant au châtelain de la Rabatelière, avec la métairie de la Borelière et la borderie de Maurepas, les deux à Chauché (10).

Les de Vaugiraud, deviennent seigneurs de la Jaumarière


Le 8 février 1625, chez le notaire des Essarts nommé Jean Chanteau, Sébastien Masson, le seigneur de la Jaumarière, appose sa signature au contrat de mariage de sa fille Renée avec Pierre de Vaugiraud, seigneur de Logerie à Bazogres-en-Paillers (11). A partir du mariage de Renée Masson, fille de Sébastien Masson et de Françoise Marois, la terre noble de la Jaumarière restera dans la famille de Vaugiraud jusqu’à la Révolution. D’autant que le prieur de Saint-André, Pierre Moreau, a acheté des terres à Louis Loizeau le 5 février 1650 pour la somme de 370 livres. (12). Il acquit aussi par arrentement d’autres terres à la Jaumarière à Jean Constant, écuyer sieur de la Martinière, dont l’épouse, Elizabeth Masson, avait eu sa part d’héritage aussi dans ce tènement à côté de sa sœur, Renée Masson mariée à Pierre de Vaugiraud. Il apparait que cette obligation passa ensuite dans la succession de Jacques Moreau (13), à Renée nièce du prieur, mariée à René de Vaugiraud (fils de Pierre), seigneur de Logerie. En 1662, c’est le prieur qui paya pour le compte de ce dernier les sous-rachats concernant la Jaumarière à Pierre Le Geay, seigneur de la Getière et de Languiller (14).

Le 7 août 1692, Pierre de Vaugiraud, petit-fils du précédent, renouvèle la ferme des biens possédés par la famille à Saint-André-Goule-d’Oie (11). Ceux-ci s’étaient agrandis de la dot de sa mère, née Renée Moreau, fille d’un riche bourgeois du Coudray (Saint-André). Le bail comprenait au total les métairies de la Maigrière, la Jaumarière et la Porcelière, que le preneur au bail sous-louait ensuite à des métayers. S’y ajoutaient les rentes dues sur les villages et tènement de la Jaumarière, Boninière, Gobeteries (nom de lieu disparu) et Morelière, avec tous les droits de terrage, cens, charges, devoirs, dîmes, autres, dues au seigneur de Vaugiraud. Suivant une pratique fréquente chez les nobles, ceux-ci affermaient ainsi leurs domaines et droits seigneuriaux à des bourgeois, à qui ils fournissaient les titres, notamment les papiers censaires où ils étaient répertoriés.

La Jaumarière
Les propriétés des Vaugiraud à Saint-André-Goule-d’Oie ont fait l’objet de mutations dans la famille au fil du temps. La Jaumarière, considérée comme bien noble, a appartenu à l’ainé au départ, et les autres biens ont d’abord fait partie du patrimoine de Maris Desnos, épouse de Pierre de Vaugiraud, puis ils ont été attribués en indivision entre ses enfants : madame la Cantinière, monsieur le chevalier et mademoiselle de Logerie devenue ensuite madame de Vanzais. On a mis fin à cette indivision plus tard et c’est Jean Gabriel de Vaugiraud qui hérita de la métairie de la Jaumarière. Après son décès en 1765, assassiné par un mari jaloux à Mortagne, sa femme viendra habiter le bourg des Essarts, terre des ancêtres Masson (15). Ce sera aussi le domicile de Pierre Eusèbe de Vaugiraud, son fils aîné, qui hérita de la métairie de la Jaumarière. Il possédait aussi le droit de terrage sur les tènements voisins de la Boninière, des Morlière, et Bouchardière, et était seigneur de la Jaumarière comme son père (16). Son jeune frère, Jean Aimé de Vaugiraud, hérita d’une borderie à la Jaumarière, qu’on retrouve dans sa déclaration de succession au bureau de Montaigu à la date du 3 décembre 1814 (vue 106 sur le site internet des Archives de la Vendée). Malgré son engagement bien connu des autorités dans la guerre de Vendée, on ne confisqua pas les biens d’Aimé de Vaugiraud. Il faut se rappeler, pour comprendre cette anomalie, que les combats de la guerre de Vendée durent fortement perturber le fonctionnement de l’administration. Pour plus de détails sur l’histoire de Jean Aimé de Vaugiraud, voir l’article qui lui est consacré sur ce site, publié en avril 2012 : M. de Vaugiraud à Saint-André-Goule-d’Oie. Sa biographie se trouve aussi dans le dictionnaire des Vendéens sur le site internet des Archives départementales de la Vendée.

La métairie de la Jaumarière


Nous connaissons aussi les revenus de ces divers biens à deux dates : 1732 et 1742. Nos informations les plus complètes concernent la métairie de la Jaumarière, avec d’abord un inventaire et une estimation des bestiaux vers 1743 (17), que nous rapportons en respectant le vocabulaire employé par l’expert désigné à cet effet. Il y avait deux bœufs estimés ensemble 160 livres, deux taureaux de deux ans estimés ensemble 50 livres, une torre (jeune vache qui n’a point encore porté) estimée 20 livres, quatre vaches estimées ensemble 108 livres, trois bodets (veau mâle) estimés ensemble 45 livres et vingt-deux brebis estimées ensemble 38 livres 10 sols. Le total s’élève à 421 livres et 10 sols, partagé dans ce cas à moitié entre le métayer et le propriétaire. Nous avons là néanmoins une petite métairie, plutôt une borderie avec deux bœufs, à côté de celle de la Grandinière à la Boissière, du même propriétaire, qui avait douze bœufs. L’inventaire confirme l’orientation de l’agriculture de la région vers les cultures, plutôt que vers l’élevage à cette époque. En effet ce bétail, sauf les brebis, est d’abord à usage de trait des charrues et des charrettes, et en complément seulement à destination de l’élevage pour les boucheries.

La Jaumarière
La métairie de la Jaumarière rapportait cent quarante livres de revenus annuels, montant stable sur dix ans. Cette valeur correspond à une surface d’environ 15 hectares probablement. Les borderies de la Porcelière et de la Maigrière rapportaient respectivement cinquante-deux livres et quatre-vingt livres en 1732, et cinquante livres et quatre-vingt-cinq livres en 1743.

Les teneurs de la Jaumarière et de la Boninière devaient deux rentes féodales. La première de 33 boisseaux de seigle à la mesure réduite des Essarts, estimés 33 livres de revenu annuel en 1732 et 27 livres 10 sols en 1743. La deuxième de 151,5 boisseaux d’avoine à la même mesure, estimée de revenu annuel de 75 livres 10 sols en 1732. En 1743, à 8 sols le boisseau, le revenu annuel est ramené à 60 livres.

Le droit de terrage sur les terres labourables de la Jaumarière et de la Boninière au 1/6 des récoltes, est estimé d’une valeur de 80 livres sur toute la période.
Enfin la dîme des agneaux, gorons [cochons] et autres objets cités par les aveux, est estimée de revenu annuel de 10 livres, et le cens de 14 livres (18).
Avec ces valeurs on constate en 1742 que les redevances ont bien augmenté depuis 1622, mais elles comprenaient la Boninière en plus. 

A côté de cette métairie, il y avait des borderies dans le tènement, moins bien documentées. Un nommé Jacques Chaigneau avait créé au début du 18e siècle, au profit du sieur Corbier de Beauvais demeurant au Coudray, sur une borderie lui appartenant, une rente d’un montant de 6 livres et 2 chapons par an. En 1773 ses descendants en ont fourni une reconnaissance au nouveau propriétaire du Coudray, René Loizeau (19).

Enfin on trouve une rente foncière annuelle et perpétuelle de 12 livres 10 sols par an sur des domaines situés au tènement de la Jaumarière possédée par Louis Prosper Proust de la Barre (procureur fiscal de Saint-Fulgent). Ses héritiers l’ont vendue en 1748 à François Fluzeau (1696-1756), marchand à la Brossière. Le 30 septembre 1779, les héritiers de Chaigneau reconnaissent devoir cette rente à Jean Fluzeau (1732-1802) et François Fluzeau (1750-1820) aïeul et père de François Fluzeau ci-dessus (20).

L’héritage d’une jeune fille disparue


Modigliani : La jeune fille au béret
Un habitant de la Jaumarière, Jean Micheneau, bordier faisant pour Jeanne Sionneau sa belle-mère, fut présent chez le notaire de Saint-Fulgent en 1772 pour conclure une bien triste affaire. Une fille Sionneau avait disparu depuis plus de 20 ans, sans donner jamais plus signe de vie, fugue, enlèvement, etc. on ne sait pas. Son père, Jacques Sionneau avait donné avant de mourir une somme de 150 livres à René Besson, à charge pour lui de la remettre au curé de Saint-Fulgent, Jacques Gilbert, « pour la faire passer à ladite Sionneau sa fille, si elle était vivante et venait à découvrir sa demeure … Depuis le décès dudit Sionneau il n’a pas été au pouvoir de reconnaissance et audit sieur Gilbert de savoir de ses nouvelles, ni si elle était vivante ou morte », écrit le notaire, qui poursuit : « morte au monde par son absence hors du royaume et sans qu’on ait su de ses nouvelles depuis plus de 20 ans ». En conséquence le curé Gilbert est présent chez le notaire Thoumazeau pour remettre aux héritiers de Jacques Sionneau et de sa fille, cette somme de 150 livres. Ils sont 8 personnes présentes ou représentées, dont Jean Micheneau habitant de la Jaumarière, demeurant pour la plupart à Saint-Fulgent. Bien sûr le notaire précise que « dans le cas où ladite Sionneau se trouverait vivante et reviendrait au pays, ils s’obligent solidairement de lui remettre la somme de 150 livre sans intérêt » (21). Comme quoi certains drames ont existé depuis bien longtemps.

La guerre de Vendée à la Jaumarière


La documentation ancienne sur la Jaumarière comprend aussi sur un tout autre sujet, l’indication d’un massacre à Saint-André-Goule-d’Oie pendant la guerre de Vendée. Nous reproduisons l’extrait du registre clandestin des baptêmes, mariages et sépultures du curé de Saint-André, Allain, qui se cachait dans les environs, notamment à la Maigrière, la Mancellière, Gralas et Chavagnes-en-Paillers. Il est intéressant de lire les mots qu’il a employés, à une date inconnue : « L’an 1793 et le 8 décembre, ont été tués au village de la Jaumarière de cette paroisse, René Bigot, fils de Jacques Bigot et de Renée Chaigneau âgé de 13 ans, Jean Gourraud âgé de 36 ans, veuf de Jeanne Piveteau, Pierre Gourraud âgé de 23 ans, fils de Pierre Gourraud et de Charlotte Piveteau, Pierre Rondeau âgé de 72 ans, veuf de Jeanne [blanc], ont été témoins de leurs morts et de leurs sépultures, Jacques Bigot, François Bitaud et Jean Soulard du même village … » (22).   

Un peu plus loin dans le registre, rédigé dans la clandestinité et après les évènements relatés, on lit une autre sépulture pour le même jour au même village : « L’an 1793 et le 8 du mois de décembre, a été tué par les républicains lors de la guerre civile, Jean Gourraud laboureur demeurant à la Jaumarière, à l’âge d’environ 40 ans, ont été témoins de sa mort Jean Jacques Soulard bordier, René Rochereau laboureur, Jeanne Rondeau et Marie Chaigneau, les tous de cette paroisse … ». L’acte suivant enregistre la mort de Jeanne Piveteau du village de la Jaumarière, épouse de Jean Gourraud, le 2 décembre précédent, et inhumé « par François Mandin le sacristain lors de la guerre civile » (23).

Barrie Walker : Terre brulée
Le 8 décembre 1793 fut une journée funeste aussi pour d’autres villages des environs, la Boninière (un mort connu), le Plessis-le-Tiers où l’on incendia probablement des maisons, puis avec certitude on suit les incendiaires à la trace ce jour-là à la Rabatelière. Ils mirent le feu à la Maison Neuve, à la Guichardière, à la Benatonnière, dans les bourgs de la Rabatelière, à la borderie et au moulin du château, à la Bordinière. Dans ses notes l’abbé Boisson se pose des questions. « Peut-être venaient-ils du camp retranché des Quatre-Chemins de l’Oie ? Peut-être escomptaient-ils, un dimanche, tomber sur quelques attroupements de culte, arrêter le curé réfractaire qui se cachait sur place ? Sont-ils venus exprès ? Est-ce une mesure de représailles dans une région tombée sous la coupe de Charette ? Toujours est-il que ces hommes trainaient avec eux des matières combustibles et s’étaient rendus experts dans l’art sauvage de mettre le feu. Leurs consignes étaient de brûler les maisons, les granges avec leurs récoltes, casser et bruler les moulins, bruler les repaires des prêtres insermentés, bruler les églises, tout cela ils le firent avec méthode à la Rabatelière. Guidés par des hommes du pays, contraints ou volontaires, ils visitèrent la moitié de la paroisse, allumèrent de tous côtés leurs brulots, démolirent et brulèrent notamment les moulins du château, de la Guichardière, incendièrent le presbytère… » (24).

Rappelons qu’entre le recensement de 1791 et celui de 1800, le nombre d’habitants de la commune de Saint-André-Goule-d’Oie est passé de 1300 à 1032 (25), et ceci après une vingtaine d’années de progression constante du nombre d’habitants. La guerre de Vendée explique presque toute cette diminution. On n’a pu repérer que 54 morts avérés sur ce total à cause de la guerre. L’insuffisance des archives explique ce chiffre, due aux destructions et incendies perpétrés dans les deux camps. Et dans cette guerre, on ne saura pas à Saint-André comme ailleurs la part de mortalité due aux combats et celle due aux opérations d’extermination.


(1) Acquêt des métairies de la Maigrière et de la Baritaudière de Fonteneau à de Vaugiraud le 16-9-1775, Archives de Vendée, études notariales de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/9.
(2) Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé boisson : 7 Z 75, Saint-André-Goule-d’Oie, famille de Vaugiraud.
(3) Aveu du Coin Foucaud et du Vignault du 2-7-1605 par le seigneur de Languiller aux Essarts – deuxième copie, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/G 61.
(4) 150 J/G 39, copie de l’aveu du 26-1-1517 du seigneur de la Boutarlière aux Essarts.
(5) 150 J/G 113, retrait des droits seigneuriaux du 2-10-1565 sur la Jaumarière et Baritaudière par Jules de Belleville.
(6) Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé boisson : 7 Z 76-1, Saint-André-Goule-d’Oie, lieux-dits et autres.
(7) E. Le Roy Ladurie, Histoire humaine et comparée du climat, Fayard, 2004, page 265.
(8) 150 J/G 113 : aveu du 9-9-1622 de Sébastien Masson à Languiller pour la Jaumarière et les Ségoninières.
(9) 150 J/A 13-2, mémoire sur les droits de quelques tènements de la Rabatelière de 1741 à 1743, page 4.
(10) Ferme du 10-7-1782, de la Borelière, Maurepas et rentes, Archives de la Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/124.
(11) Ferme des biens des de Vaugiraud à Saint-André à Benoist le 7-8-1692, Archives de Vendée, chartrier de Roche-Guillaume, famille de Vaugiraud : 22 J 31.
(12) Inventaire après-décès en 1666 du mobilier, vaisselle, linge et papiers de Pierre Moreau, Archives de Vendée, chartrier de Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29 page 34.
(13) Ibid. page 36
(14) Ibid. page 63
(15) Dépôt du 3-3-1786 d’un billet consenti par Mme de Vaugiraud, par le sieur Camus au profit duquel il est consenti, Archives de Vendée, notaires des Herbiers, étude (C), Graffard fils : 3 E 020 accessible par internet vue 57/293.
(16) Vente du 17-12-1776 d’un pré à la Boninière par de Vaugiraud, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/121.
(17) 22 J 31, inventaire des bestiaux du seigneur de Logerie vers 1743.
(18) 22 J 31, comptes des métairies du seigneur de Logerie vers 1742.
(19) Reconnaissance du 21-1-1773 d’une rente sur une borderie de la Jaumarière, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/121.
 (20) Reconnaissance du 30-9-1779, d’une rente à la Jaumarière à Fluzeau, Archives de la Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/123.
(21) Succession du 26-12-1772 d’une fille disparue à Saint-Fulgent, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/121.
(22) Archives de Vendée, archives numérisée, état civil Saint-André-Goule-d’Oie, 2e registre clandestin AC 196, vue 6.
(23) Ibid. vue 16.
(24) Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 46-2, les débuts de l’insurrection, et à la Rabatelière en décembre 1793.
(25) Jacques Hussenet, « Détruisez la Vendée », Edition du CVRH, 2077, page 605.
                               
Emmanuel François, tous droits réservés

Avril 2018

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