août 01, 2014

La famille de Vaugiraud à Saint-André-Goule-d’Oie

Notre article sur Jean Aimé Jacques de Vaugiraud (1753-1814) à Saint-André-Goule-d’Oie, republié en juillet 2014 avec des compléments, mérite un développement supplémentaire sur sa famille. Les Archives de Vendée offrent pour cela des dossiers intéressants provenant du chartrier de la Roche-Guillaume (commune de Landevieille). Sans prétendre à une présentation complète de cette famille, nous souhaitons développer ce qu’elle nous a appris de l’histoire de St André Goule d’Oie, en complément de l’histoire personnelle de l’un de ses membres, Jean Aimé Jacques de Vaugiraud.

Les premiers de Vaugiraud de Logerie à Bazoges en Paillers


Les de Vaugiraud étaient une famille originaire d’Anjou portant le nom du fief de Vaugirault située en la paroisse du Mesnil-en-Vallée près de Saint-Florent-le-Vieil, en pays d'Anjou (maintenant Maine-et-Loire). Les titres conservés remontent à 1427, date du mariage de Michel de Vaugiraud, frère puîné de noble homme Jean de Vaugiraud, avec Simone Jobretteau, et la filiation est suivie depuis Jean de Vaugiraud, seigneur dudit lieu, marié avant 1373 (1). Le fils de Michel acquit la seigneurie de la Grange (Saint-Christophe-du-Bois, Maine-et-Loire), qui devint depuis le nouveau berceau de la famille dans les marches de l’Anjou, près de Mortagne-sur-Sèvre. Elle acquit ensuite Villeneuve (Boissière-de-Montaigu) et Chantemerle. Elle portaient d’azur à l’aigle éployé d’argent. 

René d'Anjou et sa femme Jeanne
Triptyque de Nicolas Froment en 1475

(cathédrale d'Aix)
Les de Vaugiraud ont participé aux bans des nobles du Poitou pour le service du roi au 15e siècle, ou bien ils en ont été dispensés à cause de leur affectation à la garde du château de Mortagne. Certains ont été au service de Jeanne, reine de Sicile en titre, duchesse d’Anjou et comtesse de Provence (1433-1498), mariée avec René 1er d’Anjou. 

En 1555 on rencontre dans les titres de la famille un François de Vaugiraud prieur de Saint-André. Dans le journal de son neveu Julien il est indiqué comme messier, titre particulier donné semble-t-il alors au receveur de redevances, notamment dans certaines abbayes. Il eut une fille bâtarde. À la fin du 15e siècle, les de Vaugiraud deviennent seigneur de la Grandinière (Boissière-de-Montaigu), relevant alors de la baronnie de Montaigu. Les de Vaugiraud ont aussi possédé le fief de la Basse Gaultrie (les Herbiers) pendant un siècle, jusque vers 1650, relevant de la seigneurie du Landreau (les Herbiers) (2), et bien d’autres possessions dans la région de Mortagne et de BazogesAu début du 16e siècle, la seigneurie de Logerie (Bazoges-en-Paillers) entre dans la famille. Elle relevaient du fief proche de Boulerot à la Boissière-de-Montaigu, « à foi et hommage plein et à droit de rachat abonné à dix-huit livres par muance d’hommes [changement de propriétaire] ». Dans un aveu de 1722, on relève l’indication d’un droit de pont-levis dans la description des éléments la composant. Telle qu’elle était confrontée par les métairies et villages qui l’entouraient, le lieu correspond à celui de l’Orgerie maintenant dans la commune de Bazoges-en-Paillers (3). Un donjon dominait le bourg de Bazoges au Moyen Âge, ayant appartenu au Luneau, puis vers 1370 aux Girard jusqu’au milieu du 16e siècle. Ils étaient seigneurs de la paroisse.

C’est Julien de Vaugiraud qui vint s’installer à Logerie dans la 2e partie du 16e siècle avec sa femme, Jeanne Rondeau. Ils eurent 17 enfants, dont 6 mineurs vivaient encore au décès de leur père en 1611. L’aîné survivant, Charles, fut tué à la guerre en 1622, âgé de 28 ans. Pierre resta le seul garçon pour recueillir la part noble de la succession de son père. C’est lui qui vint se marier à Saint-André-Goule-d’Oie. Son père est l’auteur d’un live de raison (1584-1597) conservé aux Archives de Vendée (4). Nous l’avons présenté dans un article publié sur ce site en décembre 2020 : Le livre de raison de Julien de Vaugiraud (1584/1597)Outre des informations sur sa famille, l’auteur nous montre comment il vivait avec les siens à Bazoges-en-Paillers : habillements, activités, logis, alimentation, santé, messagerie. On a aussi un aperçu de leurs domaines, des artisans et des domestiques à leur service, et de l’environnement économique à leur époque et dans leur contrée. Un frère de Julien, Charles de Vaugiraud marié à Jeanne Meriault, sieur de Villeneuve, est l’auteur d’une autre tige de la famille. Son fils, Jean de Vaugiraud, est l’auteur lui aussi d’un journal (1611-1623) conservé aux Archives de Vendée (5).


Les mariages à Saint-André-Goule-d’Oie en 1625 et 1650


Le 8 février 1625, chez le notaire des Essarts nommé Jean Chanteau, Sébastien Masson, le seigneur de la Jaumarière en la paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie, appose sa signature au contrat de mariage de sa fille Renée avec Pierre de Vaugiraud (6). Sébastien Masson était fils de Louis Masson, licencié ès lois, châtelain des Essarts vers 1560, qualifié d’écuyer dans plusieurs actes, sénéchal des Essarts, et de Marie Mosnier (7). Sébastien Masson avait épousé Françoise Marois. À partir du mariage de Renée Masson, fille de Sébastien Masson et de Françoise Marois, la terre noble de la Jaumarière restera dans la famille de Vaugiraud jusqu’à la Révolution. Pour la signature de ce contrat, la mère du marié avait donné procuration à l’un de ses neveux, Jean de Vaugiraud, seigneur de la Grange.

Ce cousin raconte dans son journal que le 8 février 1625 il partit avec le marié aux Essarts où « nous passâmes son contrat de mariage avec la fille de monsieur de la Jaumarière. » Il explique que le sénéchal de Tiffauges, monsieur du Retail, avait été le « truchement et instigateur » du mariage, étant parent des Masson et ami de Pierre de Vaugiraud. Le curé des Essarts célébra le mariage en son église le lendemain. Et le 10 février « nous partîmes dudit lieu des Essarts avec toute la compagnie, tant d'un côté que d'autre et menâmes la mariée en son ménage à Logerie ». Le lendemain était mardi-gras et toute la compagnie séjourna avec les jeunes mariés ; elle commença à se disperser le lendemain (8).

Renée Masson mourut jeune, à peine trois ans après son mariage et fut enterrée à Bazoges-en-Paillers le trente novembre 1627 (vue 2/31 du registre paroissial numérisé, et accessible sur le site internet des Archives de Vendée), ayant mis au monde un fils appelé René. Devenu veuf, Pierre de Vaugiraud se remariera avec Marie Saudelet, fille de Thomas Saudelet, sieur du Retail et sénéchal de la baronnie de Tiffauges. Ensemble ils eurent au moins huit enfants nés à Bazoges entre 1636 et 1647. Renée Saudelet est morte avant 1650, année où son frère Charles, au nom et comme tuteur de ses neveux, renonce à la succession de Pierre de Vaugiraud en faveur de René de Vaugiraud, leur frère aîné, moyennant arrangements.

Celui-ci fera comme son père pour se marier, retournant sur les terres de Saint-André-Goule-d’Oie . Le 28 avril 1650 il signa son contrat de mariage avec Renée Moreau, rédigé par Jeulin, notaire aux Essarts, au domicile de cette dernière dans le bourg de Saint-André (9). Elle était le dernier enfant de Jacques Moreau, sénéchal de Saint-Fulgent et sieur du Coudray, et de Suzanne Cherruy. Nous avons raconté l’histoire de cette famille Moreau de Saint-André en juin 2014, Les Moreau de St André Goule d'Oie aux 17e et 18e siècles. La bénédiction nuptiale eut lieu le 29 mai suivant en l’église de Saint-André (vue 6).

Par sentence du 24 septembre 1667, René de Vaugiraud fut maintenu noble (10). Il portait d'argent frelté d'azur.

Crypte de l'ancienne église des Essarts
Le 29 novembre 1656, il versa sa part de rente annuelle due au chapelain de la chapelle du château des Essarts et échue à la Saint-Michel (11). C’était une obligation qu’avait contractée son grand-père maternel, Sébastien Masson, sieur de la Jaumarière. D’ailleurs la rente totale était de six-vingt-une livres comme il est écrit dans la quittance du chapelain [soit 6 x 20 + 1], et René de Vaugiraud en versa la moitié, sachant que l’autre moitié devait être donnée par Élisabeth Masson, épouse de Jean Coutand, écuyer sieur de la Martinière, sa cousine et cohéritière (12). Celle-ci avait une sœur, Catherine, qui était dame de la Baritaudière (Saint-André-Goule-d’Oie). Le chapelain a rappelé que la rente était indivisible, mais voulu bien consentir à ces paiements séparés, accordant un délai jusqu’à noël pour le règlement d’Élisabeth Masson. Dans ses chroniques paroissiales, l’abbé Aillery fait mention aux Essarts de la chapelle du château. Il écrit page 180 : « Une chapelle dédiée à Notre Dame existait au château : elle était à la nomination du seigneur et d’un revenu de 120 livres. Le titulaire était obligé à la résidence et devait deux messes par semaine. » Le chapelain de 1656 s’appelait René Legard et on connaît maintenant l’origine des cent vingt livres qui lui revenaient. C’était une somme conséquente, quand on la rapproche du montant de cent quarante livres auquel était affermée la métairie de la Jaumarière en 1740.

On ne saurait passer sous silence l’aide apportée à la famille de Vaugiraud par Pierre Moreau, prieur-curé de Saint-André-Goule-d'Oie. Certes il dota sa nièce Renée Moreau lors de son mariage en 1650 avec René de Vaugiraud de 2000 livres, comme il l’avait fait pour son autre nièce, Marie Moreau mariée à Claude Guignardeau, seigneur de Vanne (à Sainte-Florence). Au passage on note que ces deux filles de bourgeois épousèrent deux nobles de petite fortune. Mais René de Vaugiraud et sa femme reçurent en plus une promesse de versement de 5000 livres, dont il ne reste plus à devoir que 1602 £ 9 sols en principal, et 1300 £ d’intérêts au jour du décès du prieur en 1665 (13). Et puis il y eut les dettes des de Vaugiraud, « épongées » par le prieur. Le frère aîné de Pierre de Vaugiraud (l’époux de Renée Masson), Charles de Vaugiraud (mort au combat sans descendance), avait dû emprunter une somme de 160 livres moyennant le versement d’une rente annuelle de 14 boisseaux de seigle sur la métairie de la Grandinière. Cet emprunt était pour rembourser une dette contractée en 1620. Au final le prieur racheta cette rente en 1650, devenue à la charge de son neveu par alliance (13). Pierre de Vaugiraud lui-même s’était fait condamner en 1646 par la cour présidiale de Poitiers au paiement d’une somme d’argent de 635 livres. Sa belle-sœur, Élisabeth Masson femme de Jean Coutand, s’était portée caution, mais ne pouvait pas honorer son obligation. Et en 1650 le prieur rendit service à tout le monde en payant la dette (14). De même il racheta une autre rente sur la métairie de la Grandinière. Elle avait été créée par Pierre de Vaugiraud pour rembourser une dette déjà, d’un montant élevé de 172 £ 10 sols, pour un capital emprunté de 2600 livres. Cela faisait un intérêt élevé et rare à l’époque de 6,66 %, au lieu de l’habituel 5 %, significatif de la faiblesse de l’emprunteur. Mais il eut des difficultés pour l’honorer, et en final le prieur la racheta pour 3 111 £, arrérages compris (15).

La chapelle de Logerie


Le 17e siècle fut une époque de renouveau du catholicisme dans la région, un siècle après le concile de Trente. Certaines familles riches, dont beaucoup avaient versé dans le protestantisme, créaient des chapelles liées à des fondations. La famille Moreau le fit à St André Goule d’Oie (Voir notre article publié en mai 2014), les de Vaugiraud aussi. L’initiative était venue de Jeanne de Vaugiraud, une sœur de René seigneur de Logerie, la Grandinière, Jaumarière et autres lieux. En 1667 il s’était obligé devant notaires lors d’une transaction « de faire dire trois messes par semaine à l’intention et pour le repos de l’âme de demoiselle Jeanne de Vaugiraud, sœur dudit seigneur de Logerie, et pour le repos des âmes des siens prédécesseurs et successeurs de ladite demoiselle de Vaugiraud, et de faire faire quatre grands services par an en l’église dudit Bazoges … à jamais et à perpétuité … et à cette fin de faire un fonds bon et valable ». Devant deux notaires de Luçon, le 20 novembre 1669, il constitue ce fonds, faisant écrire ceci : « appréhendant que ses successeurs ne s’acquittassent dignement desdites charges, nous a déclaré avoir fait construire une chapelle audit lieu de Logerie, qu’il prétend ériger sous le titre et nom de la sainte Vierge, pour la dot de laquelle il a … cédé la somme de soixante livres tournois ». Ces soixante livres seront prélevés sur la maison de Logerie et ses dépendances. Il est prévu dans l’acte notarié que « la collation appartiendra à monseigneur l’évêque de Luçon ou à messieurs ses grands vicaires … » (16).

Les enfants de Renée Moreau


Renée Moreau va donner cinq enfants au seigneur de Vaugiraud. On relève leurs baptêmes à Bazoges-en-Paillers :
  • René le 12-11-1652 (vue 1) qui mourut jeune, mais vivait encore en 1665 (17). 
  • Jean le 17-7-1654 (vue 6) qui fut vicaire de la Couture (près de Mareuil) de 1680 à 1684, et enterré à Bazoges le 24-6-1687 (vue 10/13),
  • Charlotte le 5-1-1656 (vue 10) qui fut enterrée le 13-2-1663 à Bazoges, (vue 8/31),
  • Jean François le 26-5-1660 (vue 17),
  • Pierre le 26-6-1661 (vue 19).
Renée Moreau, dame de Logerie, mourra jeune et sera enterrée à Bazoges dans l’église en mai 1663 (vue 8/31). Son mari est mort avant 1683.

Jean François de Vaugiraud, seigneur de Rosnais (1660-1692)


Leur fils, Jean François de Vaugiraud, s’est marié le 22 février 1689 dans l’église de Corbaon (vue 33/36), paroisse voisine de celle de Rosnais (près de Mareuil), où il signe le même jour dans la maison noble du Plessis Haute Rive, son contrat de mariage avec la dame du lieu (18). De ce jour, la famille de Vaugiraud ajoutera cette implantation dans la plaine et le marais poitevin à celle qu’elle avait déjà dans le bocage. La dame de Rosnay s’appelait Gabrielle de Villeneuve, fille de Gilbert de Villeneuve (1629-1674) et de Philippe Charbonneau, née le 10 mai 1652 à Rosnay.


La famille Villeneuve qui a donné les seigneurs du Plessis à Rosnais a ses archives au chartrier de Roche-Guillaume, où l’on trouve aussi des papiers concernant les de Vaugiraud, Desnos, de Sallo et Vergier (Archives de Vendée : 22 J 1-191). Le fief du Plessis Haute-Rive sur la paroisse de Rosnais, était vassal de Brandois (Dictionnaire toponymique de la Vendée). Au registre paroissial de la Couture, paroisse voisine, on note l’inhumation dans l’église de cette paroisse du grand-père de Gilbert de Villeneuve, Alexandre de Villeneuve, seigneur du Plessis, de la Grenouillère et de la Vergne, le 28 mars 1622 (vue 9/25).

Épouse de Gilbert de Villeneuve, Philippe Charbonneau appartenait à une ancienne famille noble du Bas-Poitou, un de ses ancêtres, Renaud Charbonneau, ayant participé à la croisade en 1162. Elle était la fille de Louis Charbonneau, qui avait épousé en 1598 Catherine du Plouër. Elle avait d’autres frères et sœurs : Gabriel, Louis (mort à la Chaize-le-Vicomte contre les huguenots), Charles, Anne, Marguerite et Gabrielle (mariée à Gabriel de Baudry d’Asson). Sa famille possédait notamment les seigneuries de l’Echasserie et de Fort-Ecuyère.

Gabrielle de Villeneuve avait une sœur, Marie, née en 1655 (19). Elle était veuve depuis 1679, de Philippe Desnos, et avait deux filles. La première était Gabrielle Madeleine et la deuxième Marie Renée, née au Tablier le 9 décembre 1678 (20), un an avant le décès de son père.

Philippe Desnos, né en 1632, frère cadet de Gilles II Desnos, l’aîné, était le fils de Gilbert Desnos, seigneur de la Gerbaudière en la paroisse du Tablier, et de Françoise Couturier (mariés en 1627). La maison Desnos est originaire de Bretagne. Son grand-père, Gilles Desnos, avait épousé en 1597 Charlotte de Buor, héritière de la Gerbaudière et dame du Tablier. La seigneurie de la Gerbaudière resta dans la lignée du frère aîné de Philippe Desnos, devenant possession ensuite du seigneur de Beaumarchais, qui récupéra ses archives. Philippe Desnos s’était marié à Rosnay avec Gabrielle de Villeneuve le 24-3-1676 (vue 17/116).  Il est mort à Rosnay le 29-11-1679, âgé de 47 ans (21).

Le contrat de mariage de Jean François de Vaugiraud et de Gabrielle de Villeneuve prévoyait « qu’il n’y aura entre les sieur et dame proparlés [sus nommés ou futurs époux] aucune communauté de biens tacite ni expresse … ». Pour les enfants du premier mariage de Gabrielle de Villeneuve, il est « convenu qu’elles seront nourries et entretenues selon leur qualité dans la maison des sieur et dame proparlés avec leurs femmes de chambre, chevaux et laquais, sans qu’elles payent aucune pension tant pour le passé que pour l’avenir ». Le contrat prévoyait aussi le douaire, qui se définissait comme la portion de biens que le mai réserve à son épouse et dont elle jouit pour son entretien personnel après la mort de son mari. Le douaire de l’épouse se constituait du mobilier de sa chambre, « ses bagues, joyaux et son équipage tel que sa qualité appartient ou la somme de quatre mille livres ». 

Le 14 janvier 1692, Jean François de Vaugiraud et son frère Pierre firent entre eux le partage de la succession de leurs parents (22). Au mois d’août suivant, on constate que l’aîné est décédé, et sans postérité.

Pierre de Vaugiraud (1661-1731), un marin propriétaire foncier


En effet, le 7 août 1692, Pierre de Vaugiraud renouvelle la ferme des biens possédés par la famille à Saint-André-Goule-d’Oie, et s’entend avec le fermier pour tenir compte d’un acompte reçu par « feu M. de Logerie » pour l’année en cours (23). Le bail comprenait au total les métairies de la Maigrière, la Jaumarière et la Porcelière, que le preneur au bail sous-louait ensuite à des métayers. S’y ajoutaient les rentes dues sur les villages et tènement de la Jaumarière, Boninière, Gobeteries (nom de lieu disparu) et Morelière, avec tous les droits de terrage, cens, charges, devoirs, dîmes, autres, dues au seigneur de Vaugiraud. Suivant une pratique fréquente chez les nobles, ceux-ci affermaient ainsi leurs droits seigneuriaux à des bourgeois, à qui ils fournissaient les titres, notamment les papiers censaires où ils étaient répertoriés. Enfin le bail comprenait la rente de dix livres due au seigneur de Vaugiraud sur les deux moulins de la Bourolière, le petit moulin et l'autre moulin à vent.

Le bail du 7 août 1692 est signé par Pierre de Vaugiraud avec Jacques Benoist, sieur de la Caillaudière et Marguerite Merland son épouse, demeurant à la Valinière (Saint-Fulgent). C’est un bail prévu pour quatre ans, à la suite du précédent, d’avril 1693 à avril 1697, pour un montant de 300 livres par an, payées à chaque noël, net de toutes charges féodales dues aux seigneurs suzerains et payées par le fermier. 

Gabrielle de Villeneuve à nouveau veuve, restera sur la terre de Logerie jusqu’à sa mort à Bazoges, à l’âge de 64 ans, le 12 septembre 1716 (vue 186). Elle maria sa fille Madeleine Desnos à Bazoges le 17 août 1701 (vue 59) avec Charles de la Guerinière, seigneur de Boisniard, habitant Saint-Hilaire-de-Riez. Ce dernier était le fils de Charles de la Guerinière, seigneur de Beauchêne. À son mariage étaient présents ses cousins : Esprit Baudry, seigneur d’Asson et Claude Baudry, seigneur de la Tisonnière et Guy Louis Baudry seigneur de la Rondardière.

Elle avait déjà marié à Bazoges sa deuxième fille, Marie Renée Desnos, avec son jeune beau-frère, Pierre de Vaugiraud, le 21 janvier 1697 (vue 19). Elle avait alors 45 ans, sa fille 19 ans et son gendre 36 ans.

Pierre de Vaugiraud était un militaire, ayant alors déjà seize années au service du roi. Il avait commencé au bataillon de Champagne pendant trois ans, puis s’était engagé dans la marine en 1683 à Rochefort dans une compagnie de garde de la marine. C’était un corps crée en 1670 par Colbert, puis renouvelé en 1682. Il recueillait des gentilshommes âgés au moins de 16 ans, pour servir à former de futurs officiers de marine. À 28 ans il devint sous-brigadier des gardes de la marine de Rochefort, et fut promu au premier grade des officiers de marine l’année d’après en 1690 : enseigne de vaisseau. Deux ans après, en 1692, il fut promu lieutenant dans la compagnie du seigneur de Beroute.

Bataille de la Hougue (tableau de 1693)
Cette année-là il faillit laisser la vie à la bataille de la Hougue, en pleine guerre de la ligue d’Augsbourg (1688-1697). Louis XIV, voulant aider le roi catholique Jacques II à remonter sur le trône d’Angleterre, chargea le vice-amiral de Tourville d’un débarquement en Angleterre, mais la flotte de ce dernier perdit la bataille de la Hougue en mai/juin 1692. Dans cette bataille, le vaisseau l’« Admirable », bloqué dans le port de Cherbourg avec deux autres vaisseaux, fut attaqué par les anglais le 1e juin. Plusieurs assauts furent soutenus avec courage par son commandant, le seigneur Beroute, mais les Anglais réussirent à le brûler. Dans un mémoire des services armés de Pierre de Vaugiraud en 1696, on note qu’à cette bataille celui-ci « a perdu toutes ses hardes et qu’il s’est sauvé à la nage » (24).

L’année d’après, Pierre de Vaugiraud, étant en service commandé à Port Louis (en aval de Lorient, nommé ainsi en l’honneur de Louis XIII, appelé Port Blavet avant 1618), obtint un brevet du roi lui attribuant une immunité judiciaire pour une période de six mois, car ne pouvant pas pendant ce temps « vaquer à ses affaires particulières ». Louis XIV tenait ainsi à protéger ses officiers des tracas judiciaires éventuels dans leurs affaires personnelles, et signa son brevet à l’intention de « notre cher bien aimé le seigneur de Vaugiraud » le 29 novembre 1693 (25).  

Contrairement au Malouin Dugay-Trouin, corsaire pour le compte de Louis XIV à la même époque, Pierre de Vaugiraud abandonna la marine. Sa vocation dans la marine de guerre se réincarna chez deux de ses petits-fils : l’habitant de Saint-André-Goule-d’Oie et celui des Sables-d’Olonne, devenant, ce dernier, vice-amiral.

Marie Desnos possédait, semble-t-il dès son mariage, les métairies de la Grenouillère (Rosnay) et de la Tabarière (la Couture), des maisons et pièces de terres et de marais à Angles. Elle partagea avec sa sœur Madeleine l’héritage de sa mère en 1717 (26). Dans son lot, on trouve la maison noble du Plessis de Rosnay, les métairies du Coteau Gourdon (Péault) et de la Cornetière (Angles), et la moitié des droits de fiefs de la Grange Cornet (Mareuil).

En 1725, elle hérita de sa sœur, décédée veuve au mois de septembre 1723. D’abord, provenant des biens de leur mère, elle eut les terres du Plessis de Rosnay, la métairie de la Jaborière (la Couture), et l’autre moitié des droits de fiefs de la Grange Cornet, « qui est en tout de la quantité de soixante et quatre boisseaux de seigle, vingt boisseaux d’avoine, mesure de Mareuil », et une pipe de vin. De plus, elle récupéra la totalité des biens de leur père, Philippe Desnos, c'est-à-dire les deux métairies de la Ribaudière et de la Morandière (Tablier).

Le 23 mars 1722 Pierre de Vaugiraud a offert à son seigneur suzerain de Boulerot de faire « sa foi et hommage plein et à rachat abonné à dix-huit livres tournois par muance hommes … pour sa maison et appartenances de Logerie, situées en ladite paroisse de Bazoges, et de rendre son aveu dans le temps de la coutume ». En réalité il s’est agi d’un acte notarié passé devant maître Charles Musset, procureur fiscal des fiefs de Raslière, Boulerot, le Chêne Maltonière, fief des Trois seigneurs et les Corlandières, et Louis Prosper Proust, avocat en parlement, ayant avec eux maître François Thoumazeau, « notre greffier ordinaire ». Le seigneur de Vaugiraud s’était lui-même fait représenter par « noble homme Daniel Baraillaud, sieur du Planty ». Les officiers de la seigneurie ont donné acte de cette offre, et à l’intention du vassal, ont « ordonné qu’il en rendra son aveu dans le temps de la coutume … » (27).

À la suite de quoi, le 6 juillet 1722, chez le notaire Musset de Montaigu, Pierre de Vaugiraud rendit son aveu et dénombrement au marquis Louis de Marconnay, seigneur de Boulerot. Celui-ci était le fils aîné de Louis de Marconnay et de Marie Élisabeth Gourjault, qui s’étaient réfugiés en Prusse pour échapper aux persécutions contre les protestants, après la révocation de l’édit de Nantes. Laissant leurs quatre enfants nés en France, ils y ont refait définitivement leur vie, passant au service de l’électeur de Brandebourg. Leur jeune fils Louis, le futur seigneur de Boulerot, avait été placé dans un collège d’Angers sur ordre du roi, tandis que trois de ses sœurs étaient enfermées « aux Nouvelles Catholiques de Loudun ».

Dans cet aveu on apprend que le seigneur de Logerie avait « droit de juridiction basse telle qu’elle peut m’appartenir suivant la coutume de ce pays ». La formule employée dit bien les restrictions de ce premier niveau de justice seigneuriale à cette époque, non seulement par la coutume du Poitou, mais aussi par l’organisation judiciaire mise en place par la royauté au fil des siècles.

On apprend aussi que le seigneur de Logerie devait un boisseau de blé seigle, à la mesure de Montaigu, à la cure de Bazoges, et un autre boisseau, même mesure, à la fabrique de la paroisse de Bazoges. De plus, il devait une rente au prieur de L’Oiselière.

Marcel Fleury : Cloître de l’abbaye 
fortifiée de la Grainetière
(Musée municipal de la Roche-sur-Yon)
Le prieuré de l’Oiselière (Saint-Fulgent) se composait d’une métairie et d’une chapelle en mauvais état, relevant du seigneur de l’Herbergement-Ydreau (l’Oie) pour la foi-hommage et le cens. En 1787 on entama la procédure pour la démolition de la chapelle. Le prieuré avait été fondé par l’abbaye de la Grainetière (Ardelay), dont il dépendait toujours en 1722. En 1708, son prieur s’appelait Chautard et c’est lui qui fit quittance de ses paiements à Pierre de Vaugiraud, au lieu de la Grainetière (28). En 1736, l’abbaye fut reprise par l’évêché de Luçon au profit du séminaire. La rente annuelle due par le seigneur de Logerie était payable à la mi-août, rendable au lieu de Bazoges, et se montait à huit boisseaux de blé seigle, mesure de Montaigu, à deux chapons et six sols et huit deniers payables à noël.

En 1712 Pierre de Vaugiraud reçu en donation la métairie du Pinier (Vendrennes) de Claude Moreau, le fils de son cousin Pierre Moreau, sieur du Coudray, « en reconnaissance des soins et bienveillances qu’a toujours eu pour ladite demoiselle Moreau messire Pierre de Vaugiraud chevalier seigneur de Logerie demeurant en la maison noble de la Grandinière en la paroisse de Boissière ». Cette donation est actée dans l’acte de partage des biens de leurs parents fait par Claude Moreau et sa sœur. Cette dernière avait été prise en charge par son cousin de Vaugiraud après le décès de son père et de sa mère.

Il se trouve que la métairie, appartenant auparavant à Claude Moreau, était grevée de dettes et qu’un marchand de Poitiers, nommé Laurence, poursuivi Pierre de Vaugiraud pour se faire rembourser. Il fit saisir la métairie, pour y nommer un fermier judiciaire, mais Pierre de Vaugiraud obtint la main levée de cette saisie après une procédure entamée en 1727. Le conflit dura jusqu’en 1754, gagné par M. de Vaugiraud.

Pierre de Vaugiraud eut sa part dans l’héritage de sa cousine Mathurine Moreau, décédée en 1720. Elle était la fille de Louis Moreau, sieur de la Maigrière, et frère de Renée Moreau. Dans sa déclaration pour le centième denier, l’héritier a fait l’inventaire de ses nouveaux biens (29). En décembre 1703 un édit signé à Versailles avait mis en place l'insinuation laïque, appelée aussi fiscale, car assortie de la taxe au centième denier (1% de la valeur en principe). L’insinuation avait pour but d’assurer la publication des actes concernant la disposition et la transmission des biens et des droits, pour favoriser la protection des droits des tiers. L’inventaire fut adressé à Charles Cardier, régisseur général des fermes unies de France. C’était la réunion des fermiers généraux, à qui le roi sous-traitait par bail la collecte de nombreux impôts. En cas de non-paiement dans les délais impartis ou fausse déclaration, le montant de la sanction financière, appelé triple droit, était alors le triple du montant initial dû. En même temps, les biens déclarés devaient être évalués par le déclarant. C’est dire que celui-ci avait intérêt à minorer les valeurs indiquées, mais sans abuser. Pierre de Vaugiraud s’employa à cette minoration, nous semble-t-il. 

Joseph Libaudière : Paysage
Il estima son héritage à douze cents livres de revenus annuels, ce qui donnait cette année-là une taxe d’un montant de quatorze livres huit sols. Il était composé de la borderie de la Maigrière (Saint-André-Goule-d’Oie) « surchargée de rentes, et devoirs qui excèdent la valeur de son prix », selon lui. Voilà une propriété qui perdrait de l’argent ? Il y a aussi à la Chaize-le-Vicomte la « borderie du Curain en un très mauvais endroit, ingrate à la culture y ayant plus de vingt ans qu’elle n’a été emblavée, n’étant que landes et bruyères ». Dans le bourg de la même paroisse, il hérite d’un moulin à eau « étant en ruine, et quand bien même il serait tournant, il ne pourrait être occupé deux mois de l’année, n’y ayant qu’un petit mauvais étang pour le faire tourner ». Seul un bordage, appelé le Vieux Détroit en la paroisse de Saint-Martin-des-Noyers, est susceptible de fournir des revenus normaux aux dires du déclarant.

Dans des calculs réalisés en 1744 sur le partage de la succession de Pierre de Vaugiraud, on constate que la métairie du Curain a été estimée à cent livres de revenus annuels et la métairie de la Maigrière avait un revenu annuel de 80 livres. Sans doute le résultat d’une meilleure mise en valeur de ces biens…. Quant au moulin de la Chaize il a été vendu pour un montant de sept cent livres.

Dans les papiers personnels de la famille, on voit que la Maigrière est une métairie, alors que dans le courrier avec les administrations fiscales, c’est une borderie, et ce n’est pas le seul exemple de cette souplesse dans l’utilisation du vocabulaire. Certains historiens ont proposé un seuil de quinze hectares au-delà duquel on parlait de métairie, et en deçà duquel on parlait de borderie. Dans la pratique, les deux mots avaient bien une signification sur l’importance de la surface de l’exploitation, mais leur emploi dépendait aussi de la subjectivité de son auteur. 

Pierre de Vaugiraud hérita de son oncle Jean Moreau, prieur-curé de la Couture, de rentes dues sur des marais à la Couture et de la métairie des Coutauds (Angles).

À une date inconnue, Pierre de Vaugiraud acheta une borderie au Coudray (Saint-André-Goule-d’Oie) à Jean Royrand écuyer, sieur de la Noue. Ce dernier était le fils aîné de Jonas, et s’était marié à Marie de La Personne à Saint-Fulgent. Avec cette vente la famille Royrand a continué de se déposséder de ses biens au village du Coudray (30). D’ailleurs on retrouvera dans la succession de Jean de Vaugiraud en 1814 une métairie de 19 hectares au Coudray et une maison à étages avec son jardin.


La Boissière-de-Montaigu en 1900
Sans prétendre à l’exhaustivité, ajoutons que Pierre de Vaugiraud possédait aussi à la Boissière-de-Montaigu la métairie de la Grandinière, celle de la Petite Villeneuve et la moitié de celle de la Grande Villeneuve. Aux Landes-Génusson, il possédait la métairie de la Fontaine. À Bazoges il avait une borderie à Belon. Aux Essarts il possédait une métairie au Grand Village et une autre à Fouzillière (nom disparu), provenant de l’héritage de sa grand-mère Renée Masson.

Avec sa jeune épouse, Marie Desnos, il habita d’abord à la Grandinière de la Boissière-de-Montaigu, puis à la Logerie de Bazoges-en-Paillers, probablement après la mort en 1716 de sa belle-mère, Gabrielle de Villeneuve. Ils eurent dix enfants :
  • Alexis né à Bazoges le 16-3-1698 (vue 29) et décédé à Bazoges le 23 novembre 1727 (vue 262). On l’appelait dans la famille « le défunt chevalier ». Il est mort sans postérité, mais il semble qu’il se soit marié et que sa veuve se fit religieuse. Il laissa des dettes dont ses parents n’étaient pas au courant. Le créancier leur écrivit de Tiffauges le 29 janvier 1728 pour en faire état. Il s’appelait Esprit Joussaume, marquis de la Bretesche et vicomte de Tiffauges. Il était alors capitaine de dragons au régiment d’Epinay. Une transaction intervint entre lui et Pierre de Vaugiraud le 8 mars 1730.
  • Marie Madeleine Thérèse, née à Bazoges le 19-3-1700 (vue 47), a longtemps été appelée « mademoiselle de Logerie ». Elle s’est mariée à l’âge de 44 ans avec Charles Auguste de Tinguy de Vauzais, déjà veuf, et auteur de la branche des Tinguy du Pouët. Le mariage eut lieu aux Landes-Génusson le 30 août 1744 (vue 86/376), et le nouveau couple vint s’installer à la Clavelière de Saint-Fulgent.
  • Pierre René Gabriel de Vaugiraud, né vers 1702. Appelé « monsieur de Logerie », nous l’évoquerons ci-après.
  • Aimée, née le 26-05-1709 (vue 135) à Bazoges. Elle fut mariée avec Gabriel Jacques de la Cantinière, veuf de Marianne Gaborin, le 13-2-1741, en la paroisse de Péault (30). On l’appelait « madame de la Cantinière ».
  • Céleste née à la Boissière le 27-8-1710 (vue 128), entrera au couvent et sera appelée « madame la religieuse ».
  • François René Joseph né le 10-9-1712 (31). Appelé « monsieur de Rosnay », nous l’évoquerons ci-après.
  • Jean Gabriel né à Bazoges le 13-8-1720 (vue 218). Il était « monsieur le chevalier » dans la famille. Nous avons évoqué sa vie et celle de ses enfants, particulièrement parmi eux celle de Jean Aimé de Vaugiraud, qui vint s’installer à Saint-André-Goule-d’Oie et participa à la guerre de Vendée. (Voir l’article publié sur ce site en avril 2012 : M. de Vaugiraud à Saint-André-Goule-d’Oie).  
Deux sœurs, Catherine et Marie Anne, et un frère, Charles, moururent jeunes et n’apparaissent pas dans les documents de succession de la famille.

Pierre de Vaugiraud est mort en 1731 (32) et Marie Desnos est morte vers 1742 (33).

Pierre René Gabriel de Vaugiraud (1702-1743), un malheureux contribuable


Leur fils aîné Alexis étant mort en 1727, Pierre René Gabriel de Vaugiraud devint naturellement le chef de famille à la mort de son père. Il avait fait des études au séminaire de Luçon. C’est ce que nous apprend sa collation à la chapelle des Moreau de Saint-André-Goule-d’Oie le 2 décembre 1719, par « monsieur l’abbé de Rastignac, l’un des grands vicaires généraux de monseigneur illustrissime et révérendissime évêque de Luçon » (35). Il avait été présenté par Claude Moreau, son cousin au 5e degré, pour remplacer Pierre Lemaçon, prieur-curé de St André, qui venait de mourir au mois d’octobre précédent. À cette date il était « clerc tonsuré du diocèse de Luçon, étudiant au séminaire de cette ville et y demeurant ». La tonsure, donnée par l’évêque, était une entrée dans les ordres ecclésiastiques, sans les engagements du sacerdoce, notamment le célibat. Elle suffisait pour être pourvu de ce bénéfice. Le lendemain de sa nomination il a désigné devant notaire comme son représentant dans ce bénéfice le curé de Saint-Fulgent, messire Jacques Benoist de la Caillaudière. Celui-ci, né le 28 février 1684 à Saint-Fulgent et décédé 29 août 1730 aussi à Saint-Fulgent, a été nommé curé de la paroisse en 1713 (Voir le dictionnaire des Vendéens). Il était le fils des fermiers de Pierre de Vaugiraud pour ses domaines de Saint-André (Voir plus haut), Jacques Benoist et Marguerite Merland.

Logis de Languiller
Pierre René Gabriel de Vaugiraud quitta le séminaire à une date inconnue et se maria l’année suivant la mort de son père. Suivant la pratique habituelle, il y eut d’abord le contrat de mariage, véritable arrangement sur la composition des patrimoines du futur couple, résultat d’une sérieuse négociation. Il fut signé le 20 janvier 1732, et la bénédiction nuptiale eut lieu à Chauché le 18 février 1732 (vue 12), dans la chapelle Begouin.

La future épouse était Madeleine Françoise Chitton, dame de Languiller (Chauché), fille de Charles Auguste Chitton, chevalier seigneur de Languiller, et de défunte dame Françoise Isabelle de Châteauneuf. Née le 3 juillet 1710 à Chauché (vue 116), elle avait une sœur, Madeleine Bénigne, qui se maria avec Charles Brilhac de Nouzière à Chauché en 1728. Elle avait eu aussi deux autres sœurs, mortes à la naissance en 1711, et un frère, Charles, qui mourut à l’âge de 30 ans le 5 mai 1746. C’est lui qui vendit la seigneurie de Languiller en 1745 à René de Montaudouin, déjà seigneur dans la région de la Rabatelière et de la Chapelle Begouin. Le père de la mariée, Charles Auguste Chitton, mourut l’année d’après le mariage, le 25 mars 1733, et fut inhumé dans « le cœur de l’église de la Chapelle de cette paroisse [de Chauché] du côté de l’épître près de la muraille », suivant ce qu’on peut lire sur le registre paroissial de Chauché (vue 25). On sait que ce droit d’enterrement était récent pour la famille, et fut obtenu à l’issue d’un conflit avec le seigneur de la Chapelle (Voir notre article publié en janvier 2014). Il explique aussi les précisions du curé sur l’emplacement de la sépulture.

Dans le contrat de mariage il est prévu que les futurs époux « ne contracteront aucune communauté de biens entre eux … sans que le bien de l’un puisse souffrir ni reprendre pour les dettes de l’autre … et pour la dite non communauté, inventaire sera fait des meubles des proparlés [sus nommés] avant leur mariage ». Après quoi le contrat définit les apports faits aux jeunes mariés par leurs parents (36).

William Hogarth: Le contrat de mariage
Pour le futur marié, sa mère Marie Desnos fait écrire par le notaire : « et dans cette considération ladite dame Desnos a promis de marier ledit sieur proparlé en qualité de son fils aîné, principal héritier noble avec tous les préciputs, droits d’aînesse, autres privilèges accordés aux nobles suivant la coutume de cette province ». Le préciput est un avantage accordé à un héritier. Sous l’Ancien Régime, il conférait un avantage à l’aîné lors des successions, de droit dans les familles nobles. Celui-ci était constitué du préciput proprement dit, c'est-à-dire le château ou hôtel principal noble et les bâtiments alentours (limités à une surface de trois septrées dans la coutume du Poitou), et de « la part avantageuse ». Celle-ci correspondait, en faisant simple, aux deux tiers de la valeur des autres biens de l’héritage partagés par les autres héritiers (articles 289 et 290 de la coutume du Poitou). Cette coutume publiée en 1514, avait mis fin au régime compliqué du viatge et retour en vigueur pour régler les successions chez les nobles, notamment dans la vicomté de Thouars (37). De plus, Marie Desnos renonce au droit de douaire qui lui est acquis par le décès de son mari pour la portion pour laquelle en est tenu son fils aîné. Et elle abandonne à celui-ci la jouissance de la terre de la Tabarière (la Couture) jusqu’à son décès. Néanmoins elle se réserve une valeur de biens de douze mille livres pour en disposer selon son bon vouloir, y compris dans son testament.

Du côté de la future mariée, le seigneur de Languiller lui constitua une dot, à valoir sur les héritages à venir de ses parents, suivant l’usage. Elle était constituée de la jouissance de la maison noble et métairie de la Donier (Aizenay) avec les bestiaux qui étaient de la valeur de deux cent cinquante livres, de la métairie des Bouligneaux (Saint-Martin-des-Noyers) avec le droit de terrage qui en dépendait, de la métairie du Guereaux, située au Moret (Saint-Jean-de-Monts). À noter que la métairie des Bouligneaux sera vendue en 1791 par la nièce de Madeleine Chitton au seigneur de Linières (Chauché), Charles Auguste de Lespinay.

Au cas où le seigneur de Logerie décède le premier, il est prévu que sa veuve, suivant l’usage, gardera « les bagues, bijoux, équipages, habits, linges et autres qui se trouveront à sa personne … et chambre garnie et douaire coutumier s’il en est dû ». Le contrat ajoute qu’elle disposera d’une somme de quatre mille livres pour son deuil.

Pierre René Gabriel de Vaugiraud se plaignit plusieurs fois de ses impositions au dixième, écrivant des requêtes en modération des taxes à l’intendant du Poitou en 1735, 1736 et 1641. Le dixième était un impôt exceptionnel et universel établi pour faire face aux dépenses de la guerre de succession d'Espagne. Il prélevait le 10ème des revenus de toute propriété. Créé en 1710 par Louis XIV, supprimé en 1717, il fut à nouveau levé à l’occasion de différents conflits, puis remplacé par le vingtième en 1749. Les paiements se faisaient chaque trimestre à la recette des tailles de Mauléon (Châtillon-sur-Sèvre), pour les paroisses du bocage où le seigneur de Logerie possédait des propriétés. Les possesseurs de domaines faisaient leur déclaration des revenus, et pour les intérêts, la déclaration et le paiement étaient faits par les débiteurs. Pierre de Vaugiraud avait payé le premier dixième du 1-10-1710 au 31-12-1717, et ensuite le cinquantième du 1-8-1725 au 31-12-1727. Pierre René Gabriel de Vaugiraud paya le deuxième dixième du 1-1-1734 au 31-12-1736, et le troisième dixième du 1-10-1741 au 31-12-1749. L’imposition était établie chaque année dans chaque élection (circonscription fiscale) sur les rôles de chaque paroisse par corps social et par article. Le seigneur de Vaugiraud étant imposé au titre « des privilégiés et nobles de la paroisse de … », suivant l’expression de l’époque, considérée alors comme flatteuse. Le mot désignait les libertés collectives et les distinctions propres à un ordre, une ville, un corps de métier, une institution quelconque, etc. constituant une protection contre l’arbitraire du prince. Il n’était pas compris à cette époque comme un avantage injustifié.


Source : archives de la Vendée
Dans ses requêtes à M. Le Nain, l’intendant de Poitiers, M. de Vaugiraud se plaint qu’on ne tienne pas compte des partages de biens lors des successions et d’être imposé à la place d’un autre membre de sa famille. Surtout il se plaint aussi des surévaluations des revenus de ses biens fonciers. Dans les métairies affermées à partage de fruits entre le bailleur et le preneur, l’argent circulait peu, et il n’était question que de paiements en nature. Or dès le commencement des impôts, la détermination des revenus de l’activité agricole a constitué un casse-tête pour les fonctionnaires chargés de les calculer. Mais des conflits existaient aussi pour les métairies affermées à prix d’argent. Par exemple, M. de Vaugiraud était taxé de neuf livres neuf sols pour sa borderie du Coudray « au rôle simple de ladite paroisse de Saint-André Degouldois ladite année 1734, art. 4 ». Dans sa requête en modération de 1735, il explique qu’il l’a affermée au nommé François Gaspard et sa femme pour la somme annuelle de soixante-quinze livres en argent, quinze livres de beurre et quinze poules. Le bail a été passé devant notaires le 4 septembre 1734. Il indique que le beurre vaut cinq sols la livre, et même somme pour une paire de poulets. Moyennant quoi il arrondi (à la baisse) la somme du revenu annuel de sa borderie à quatre-vingt livres, « et par conséquent je ne devrais être taxé pour cet objet qu’à huit livres au plus », ajoute-t-il (38). S’agissant de ses impôts dont il s’occupait lui-même, il ne jouait pas au grand seigneur apparemment.

Les propriétés de Pierre René Gabriel de Vaugiraud à Saint-André-Goule-d’Oie


Les autres propriétés des Vaugiraud à Saint-André-Goule-d’Oie ont fait l’objet de mutations dans la famille au fil du temps. La Jaumarière a appartenu à l’aîné au départ, et les autres biens ont d’abord fait partie du patrimoine de Maris Desnos, puis ils ont été attribués en indivision entre madame la Cantinière, monsieur le chevalier et mademoiselle de Logerie devenue ensuite madame de Vanzais. On a mis fin à cette indivision plus tard et c’est Pierre Eusèbe de Vaugiraud, fils de Jean Gabriel, le dernier enfant de Pierre de Vaugiraud, qui hérita de la Jaumarière.

La Jaumarière
Nous connaissons aussi les revenus de ces divers biens à deux dates : 1732 et 1742. Nos informations les plus complètes concernent la métairie de la Jaumarière, avec d’abord un inventaire des bestiaux vers 1743 (39), que nous rapportons en respectant le vocabulaire employé par l’expert désigné à cet effet. Il y avait deux bœufs estimés ensemble 160 livres, deux taureaux de deux ans estimés ensemble 50 livres, une torre (jeune vache qui n’a point encore porté) estimée 20 livres, quatre vaches estimées ensemble 108 livres, trois bodets (veau mâle) estimés ensemble 45 livres et vingt-deux brebis estimées ensemble 38 livres 10 sols. Le total s’élève à 421 livres et 10 sols, partagé dans ce cas à moitié entre le métayer et le propriétaire. Nous avons là néanmoins une petite métairie, à côté de celle de la Grandinière à la Boissière, du même propriétaire, qui avait douze bœufs. L’inventaire confirme l’orientation de l’agriculture de la région vers les cultures, plutôt que vers l’élevage à cette époque. En effet ce bétail, sauf les brebis, est d’abord à usage de trait des charrues, et en complément seulement à destination de l’élevage pour les boucheries.

La métairie de la Jaumarière rapportait cent quarante livres de revenus annuels, montant stable sur dix ans. Les borderies de la Porcelière et de la Maigrière rapportaient respectivement cinquante-deux livres et quatre-vingt livres en 1732, et cinquante livres et quatre-vingt-cinq livres en 1743.

Les deux moulins de la Bourolière étaient affermés soixante livres par an en 1732, ramenées à cinquante en 1743, avec une rente diminuant son revenu cette-là à trente-sept livres. Les de Vaugiraud rendaient aveu pour ces moulins depuis au moins 1619, probablement à la seigneurie du Coin, propriété de Languiller.

Moulin de la Bourolière
Les teneurs de la Jaumarière et de la Boninière devaient deux rentes féodales. La première de trente-trois boisseaux de seigle à la mesure réduite des Essarts, estimés trente-trois livres de revenu annuel en 1732 et vingt-sept livres dix sols en 1743. La deuxième de cent cinquante et un boisseaux et demi d’avoine à la même mesure, estimée de revenu annuel de soixante-quinze livres dix sols en 1732. En 1743, à huit sols le boisseau, le revenu annuel est ramené à soixante livres.

Le droit de terrage sur les terres labourables de la Jaumarière et de la Boninière au 1/6 des récoltes, est estimé d’une valeur de quatre-vingt livres sur toute la période. Enfin la dîme des agneaux, gorons [cochons] et autres objets cités par les aveux, est estimée de revenu annuel de dix livres, et le cens de quatorze livres (40).  

Pierre René Gabriel de Vaugiraud vendit en 1741 à Jacques Merland, sieur de Champeau, les fiefs de la Fouzillière, Crespin et Bois-Pineau au Grand Village des Essarts (41).


Pierre René Gabriel de Vaugiraud et Madeleine Chitton vécurent à la Logerie de Bazoges et n’eurent pas d’enfants. Le seigneur de Logerie fit son testament le 15 janvier 1743, à l’âge de 41 ans environ, « étant au lit malade » et sentant probablement sa fin arriver, car il mourut le 17 août 1743. Parmi ses dispositions on relève que dans son testament il « donne à mon frère le chevalier [Jean Gabriel] tous mes habits et linge et épée d’argent. Je le tiens et fait entièrement quitte, et ma sœur de Logerie [Madeleine Thérèse], de toutes les sommes qu’ils peuvent me devoir ainsi que ma sœur de la Cantinière, chacun à quelque titre que ce soit. Item j’ordonne que sur ce que me doit mon frère de Rosnais [François René Joseph] il en soit pris la somme de six cent livres pour être distribuée, savoir trois cent livres aux pauvres les plus nécessiteux de la paroisse de Rosnais, et les autres trois cent livres aux pauvres aussi les plus nécessiteux de ma paroisse de Bazoges, et cela le plus tôt que faire se pourra tout au moins dans l’année de mon décès, moyennant quoi je charge tous mes frères et sœurs de donner ensemble la somme de deux cent livres pour faire dire des messes pour le repos de mon âme et cela dans l’année de mon décès pourquoi je les tiens tous quitte du surplus ». Il indique aussi que ses meubles doivent être laissés à son épouse qui les a payés, et ses dettes contractées auprès d’elles doivent lui être remboursées (42).

Devenue veuve le 17 août 1743, et sans descendance, Madeleine Chitton ne s’est pas remariée. Elle fit un accord le 30 septembre 1743 avec les héritiers de son mari pour le partage de la succession, en exécution du testament du défunt. Elle fit sa demeure dans la paroisse Saint-Pierre des Herbiers (43). Sa sœur hérita de ses biens (44), après son décès survenu le 4 mai 1747 (45).


François René Joseph de Vaugiraud (1712-1790) et ses enfants


Le nouveau chef de famille fut naturellement monsieur de Rosnay, c'est-à-dire François René Joseph de Vaugiraud, un destin que n’avait pas envisagé son père. Dans les actes de la justice de Mareuil il est désigné avec son simple prénom de Joseph.

Dans un mémoire sur la succession Prosper Moreau rédigé pour le compte de M. de Vaugiraud de Rosnais après 1745, on lit le passage suivant : « le dit Claude Prosper Moreau du Coudrais est mort en 1729, après ladite Moreau sa sœur, morte sans enfant. Ledit feu seigneur Pierre de Vaugiraud seigneur de Logerie, était habilité à lui succéder, mais ne voulant point se porter son héritier, il mit hors de sa puissance paternelle messire François René Joseph de Vaugiraud, chevalier seigneur de Rosnais, son second fils puîné … et lui fit donner pour son curateur aux causes le sieur de la Barre, procureur sénéchal de Saint-Fulgent, dont le dit feu seigneur de Vaugiraud suivait les conseils ». Moyennant quoi, le jeune seigneur de Rosnais, alors âgé de dix-sept ans, se porta héritier sous bénéfice d’inventaire de Claude Moreau, dont chacun savait qu’il était mort ruiné. La clause de bénéfice d’inventaire, comme maintenant, permettait de refuser l’héritage jugé trop grevé de charges et de dettes. C’est ce qu’il fit en renonçant à l’héritage le 14 mai 1740, devant les notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau et Frappier, toujours conseillé par le sieur Proust de la Barre. Pour se garantir contre d’éventuelles procédures, il obtint un mandement signé du roi Louis XV le 28 juillet 1745, de « faire commandement au juge de la baronnie des Essarts en Poitou et aux officiers exerçant la juridiction en son absence dans l’étendue de laquelle est ouverte ladite succession » de respecter sa renonciation à la succession, n’ayant rien touché d’elle (46).   

Son frère, Jean Gabriel de Vaugiraud, hérita du droit de fief des Giroisières, près de la Brossière. En 1752 il donna pouvoir à sa belle-mère, Marie Louise Henriette Girard, épouse de Jacques Boutillé sénéchal de Mortagne, d’en offrir sa foi et hommage à l’Assise de Languiller (47). Il ne possédait que la seigneurie directe, sans la rente annuelle de 40 boisseaux de seigle, qui avait été vendue en 1718 à François Fluzeau par Prosper Moreau. Ce dernier s’était gardé le droit fief seulement.

Au moment de son émancipation et de la mort de Claude Moreau, François René Joseph de Vaugiraud était étudiant à Angers et clerc tonsuré. Probablement étudiait-il au séminaire de cette ville, car il était déjà en 1728 chanoine de l’église cathédrale d’Angers. C’est ce que nous apprend le bail qu’il fit à Jean Coutand de la métairie du Pinier (Vendrennes) le 10 novembre 1728, devant Papin, notaire à Saint-Fulgent (48). Il en avait la jouissance pour lui permette de payer ses études. On sait que le titre de chanoine, comme le cardinalat, n’est pas obligatoirement lié à l’état de prêtre. Or un parent de son père, Jean de Vaugiraud, né vers 1680, fut nommé Grand-Vicaire du diocèse d’Angers en 1714, puis sacré évêque d’Angers le 28 janvier 1731 avant de prendre possession de sa charge le 3 mars suivant. Entre le Grand vicaire et le jeune chanoine, le lien paraît évident.

Suzanne Fegdal : 
Entré du port des Sables-d’Olonne
(Musée de l’abbaye Saint Croix, Sables-d’Olonne)
Sans qu’aucun document ne nous fournisse la moindre transition et explication, nous retrouvons ensuite l’habitant de la paroisse de Saintt-Michel-de-la-Pallue d’Angers à la date de son mariage, le 4 février 1739 aux Sables-d’Olonne (49). François René Joseph de Vaugiraud épouse Marie Lodre, veuve de Jacques Massé, chevalier seigneur de Longeais aux Sables-d’Olonne. Elle était la fille de René Lodre des Chateigners, armateur aux Sables, qui fut maire et gouverneur de la ville de 1757 à 1789, et de Marie Le Ferré.

Le 1e septembre 1740 le jeune couple acquit la maison noble, terre et seigneurie de Roche-Guillaume, pour la somme de treize mille livres (Fonds Roche-Guillaume aux Archives de Vendée), aux Cognac.

À la mort de son frère Pierre René Gabriel de Vaugiraud en 1743, François René Joseph devint le nouveau chef de famille.

Il fut commissaire des nobles pour la province du Poitou, élu pour les représenter à Poitiers afin de désigner des représentants aux États Généraux de 1789. À cette occasion il se distingua par des positions très critiques sur les décisions du roi, à ses yeux trop libérales.

Il est mort le 29 septembre 1790 aux Sables, et son épouse était morte aussi aux Sables le 28 novembre 1781. Ils avaient eu au moins quatre enfants.
  • L’aîné fut le marquis Marie Joseph Pierre de Vaugiraud, baptisé à Vairé le 16 novembre 1739. Il était aux gardes françaises aux Tuileries quand il fut fait prisonnier en août 1792 et condamné pour conspiration. On  le compte parmi les victimes des massacres du 2 septembre 1792 à la prison l’Abbaye. Son fils, Marie Joseph Guillaume, alors âgé de 18 ans, qui était avec lui à Paris, pu s’échapper (50). Sa mère l’aurait confié à ses deux cousins, Augustin et Jean Aimé de Vaugiraud, pour le ramener à Paris (51). Le marquis de Vaugiraud s’était marié à Paris le 5 juillet 1772 avec Henriette Louise Denise de Senneville (1755-1835). Leur descendance se perpétua jusqu’à notre époque.
  • Le comte Pierre René Marie de Vaugiraud (1741-1819). Sa brillante carrière est connue (Voir la présentation du fonds de Fériet aux Archives de Vendée). 
Pierre René Marie de Vaugiraud

Il participa à la guerre d’indépendance des États-Unis aux côtés de La Fayette, devint vice-amiral en 1814 et enfin gouverneur de la Martinique. L’historien Louis Chassin relate sa participation aux complots des nobles en juin/juillet 1791 près des Sables contre les nouvelles autorités. Pour échapper à la prison il émigra et entra à l’état-major du comte d’Artois. À ce titre il était près du prince lors du débarquement de l'île d'Yeu en octobre 1795. Son fils est mort dans les combats de la guerre de Vendée. Il s’était marié aux Sables le 28 novembre 1769 avec Marguerite Joséphine Lodre de Chateigner, dame de la Gautronnière et de la Charmellerie (52). Leur fille et unique héritière, Marguerite née le 15 décembre 1773 aux Sables, se serait mariée le 18 décembre 1806 à Versailles avec Louis Anne de Fériet. Leur descendance s'est perpétuée jusqu’à notre époque. 

  • Marie Anne Renée de Vaugiraud (1745-vers 1840), épousa Philippe de Biré de la Méréliaire, demeurant en 1814 à Nantes, place Saint-Pierre (53). Elle hérita cette année-là d’une partie de la succession de son cousin de Saint-André-Goule-d’Oie, Jean Aimé de Vaugiraud, avec son frère Pierre René Marie, du côté paternel. Les autres héritiers appartenaient à la branche maternelle du décédé (Voir l’article : M. de Vaugiraud à Saint-André-Goule-d’Oie, publié sur ce site en avril 2012).
  • Un troisième fils, Jean Charles Casimir (54), a péri en mer en revenant de l’Inde, lors d’un naufrage du vaisseau « Le David », en février 1769, sur les rochers de l’île d’Yeu (55). Il était né le 27 mars 1746 et baptisé le lendemain à la paroisse Notre-Dame des Sables-d’Olonne (vue 10). 

(1) Archives de Vendée, chartrier de Roche-Guillaume, famille de Vaugiraud : 22 J 1, état des titres concernant la maison de Vaugiraud. Et 22 J 10, livre de raison de Jean de Vaugiraud, page 2. Et Gontran du Mas des Bourboux, Essai sur la noblesse médiévale française subsistante, IXe siècle-1453, Mémoire et Documents, 2021, page 94.
(2) 22 J 1, foi et hommage de Jean de Vaugiraud pour la Basse Gaultrie le 18-11-1620. Et Jean Laniau, Les Herbiers, ses châtellenies …, Annuaire de la société d’émulation de la Vendée 1941-1949, page 57 et s.
(3) 22 J 31, aveu en 1722 de la seigneurie de Logerie à la seigneurie de Boulerot.
(4) 22 J 9, livre de raison de Julien de Vaugiraud (1584-1597).
(5) 22 J 10, livre de raison de Jean de Vaugiraud (1611-1623).
(6) Idem (1).
(7) Archives de Vendée, G. de Raignac, Généalogies vendéennes des familles (Masson) etc. 8 J 37-2, pages 36 et s. 
(8) 22 J 10, livre de raison de Jean de Vaugiraud, page 157 d. (Transcription de M. Joël Rouillé)
(9) Idem (1). 
(10) Charles Colbert de Croissy et Jacques Honoré Barentin, État du Poitou sous Louis XIV : Rapport au roi et mémoire sur le clergé, etc. Élection de Mauléon et paroisse de Bazoges-en-Paillers, page 404.
(11) 22 J 1, quittance au sujet d’une rente pour la chapelle du château des Essarts du 29-11-1656.
(12) Idem (7).
(13) Inventaire après-décès en 1666 du mobilier, vaisselle, linge et papiers de Pierre Moreau, Archives de Vendée, chartrier de Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29, page 48.
(14) Ibid. page 129
(15) Ibid. page 145
(16) 22 J 31, fondation de la chapelle de Logerie du 20-11-1669.
(17) inventaire après-décès de Pierre Moreau, ibid. page 26.
(18) 22 J 1, contrat de mariage entre Jean François de Vaugiraud et Gabrielle de Villeneuve du 22-2-1689.
(19) Idem (14).
(20) Archives de Vendée, Rapports et délibérations du conseil général, 2e session 1893, vue 336 dans la bibliothèque numérisée des Archives de Vendée, accessible sur son site internet.
(21) Archives de Vendée, Rapports et délibérations du conseil général, 2e session 1893, vue 339.
(22) Idem (1).
(23) 22 J 31, ferme des biens de Vaugiraud à Saint-André à Benoist le 7-8-1692.
(24) 22 J 1, mémoire des services armés de Pierre de Vaugiraud en 1696.
(25) 22 J 1, brevet d’état du roi pour le seigneur de Vaugiraud, enseigne de vaisseau au Port Louis le 29-11-1693.
(26) 22 J 1, succession de Gabrielle de Villeneuve (1717) et de Gabrielle Desnos (1725).
(27) 22 J 31, foi-hommage en 1722 de la seigneurie de Logerie à la seigneurie de Boulerot.
(28) 22 J 31, quittance de la rente et devoirs dus au prieuré de l’Oiselière du 30-12-1708.
(29) 22 J 29, déclaration de la succession de Mathurine Moreau par P. de Vaugiraud le 15-7-1722.
(30) 22 J 31, 10e requête en modération de P. R. G. de Vaugiraud à l’Intendant en 1735.
(31) Archives de Vendée, Rapports et délibérations du conseil général, 2e session 1893, vue 338.
(32) Idem (30).
(33) 22 J 29, mémoire sur la succession Prosper Moreau pour de Vaugiraud de Rosnais après 1745.
(34) 22 J 31, comptes des métairies du seigneur de Logerie vers 1742.
(35) 22 J 29, pouvoir pour desservir la chapelle des Moreau de P. R. G. de Vaugiraud à J. Benoist, le 3-12-1719.
(36) 22 J 1, contrat de mariage de Pierre René de Vaugiraud et de Madeleine Françoise Chitton du 20-1-1732.
(37) Archives de Vendée, G. de Raignac, dépouillement d’archives publiques et privées concernant les familles vendéennes : 8 J 100, vol. 4 vue 27 à 29/238. Voir aussi le partage de la succession de la Rabatelière en 1779 (Fonds de l’abbé Boisson).
(38) Idem (30).
(39) 22 J 31, inventaire des bestiaux du seigneur de Logerie vers 1743.
(40) Idem (33).
(41) Famillesvendeenes.fr, famille Merland, branche de Champeau.
(42) 22 J 1, testament de Pierre René Gabriel de Vaugiraud du 15-1-1743.
(44) Requête du 25-7-1747 contre les Brillac pour reprendre le procès, ibidem 150 J/F 23.
(45) Requête du 1-7-1747 contre les Brillac pour reprendre le procès, ibidem 150 J/F 23.
(46) Archives de la Vendée, don de l’abbé Boisson : 84 J 21, recours en 1785 contre le paiement d’un droit de franc-fief par les héritiers Fluzeau.
(47) Assise de Languiller en 1752, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/M 37, pages 20 à 24.
(48) Idem (30).
(49) Archives de Vendée, Rapports et délibérations du conseil général, 2e session ordinaire 1906, vue 442.
(50) Lionel Dumarcet, Charette une véritable histoire, Les trois orangers (1997), page 115.
(51) témoignage d’un descendant.
(52) G. de Raignac, Histoire des châteaux Vendéens, Ed. Bonnefonds, page 260.
(53) Archives de Vendée, succession de Jean Aimé de Vaugiraud déclarée au bureau de Montaigu le 3-12-1814, vue 106 du fichier numérisé.
(54) Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé boisson : 7 Z 75, Saint-André-Goule-d’Oie, famille de Vaugiraud.
(55) M. Hennequin, Biographie maritime, Regnault Éditeur (Paris 1837) T. 3, page 537.

Emmanuel François, tous droits résrvés
Août 2014, complété en février 2023

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juillet 02, 2014

La fortune foncière des châtelains de Linières au 19e siècle


La poursuite par les Archives départementales de la Vendée de la numérisation des anciennes déclarations de succession, maintenant jusqu’à la fin du 19e siècle, et leur mise en ligne sur son site internet, nous apportent des informations précieuses sur la fortune foncière des châtelains de Linières dans cette période. Cette fortune est née dans le bocage avec l’achat du domaine de Linières à Chauché en 1800 par Joseph Guyet, à sa future épouse. Elle est née aussi dans le marais poitevin avec l’héritage en 1807 de la mère de Joseph Guyet à Champagné les Marais et Puyravault, Catherine Couzin. Avec, en plus, l’investigation des archives notariales de Paris aux Archives nationales, nous pouvons mieux comprendre comment ce patrimoine a évolué.

Les propriétés dans le marais


À Champagné, Joseph Guyet hérita de l’important domaine de la Loge du Chail et à Puyravault de la cabane de la Grande Balise. Il racheta probablement les parts des autres héritiers pour devenir l’unique possesseur des 252 hectares de ces deux cabanes, comme on appelle les domaines dans le marais poitevin. En 1814, il acheta le château de Champagné, situé dans le bourg de la commune, avec ses dépendances, à Marie Louise Julienne Gazeau de la Brandasnière, dernière dame de Champagné. Il laissa ainsi à son fils, et unique héritier, une surface de 466 hectares dans les marais. Le fils, Guyet-Desfontaines, fit l’acquisition de 19 hectares, laissant à son épouse qui lui survécut la propriété de 485 hectares. Le 3 mai 1865, celle-ci, Antigone Emma Pineu-Duval, vendit le château de Champagné à la famille Auger (1). Son petit-fils, Marcel de Brayer, hérita du reste, soit 482 hectares. À la mort de ce dernier en 1875 nous ne connaissons pas la composition de ces domaines dans le marais. Les archives conservées du bureau des déclarations de succession de Chaillé-les-Marais ont un vide pour la période concernée par sa déclaration de succession, du 12 juin 1875 au 26 juillet 1876. Heureusement, il n’en est pas de même pour les autres déclarations faites dans le bocage. 

Sèvre Niortaise débouchant dans la mer
Pendant la période 1830/1868, il ne semble pas qu’on ait desséché des marais dans les deux communes de Champagné et Puyravault. Cela s’est fait au temps de Marcel de Brayer dans les années 1870. Avec vingt autres propriétaires, celui-ci adhéra en effet à la « Société des lais de mer de Champagné et Puyravault », constituée pour des travaux de dessèchement des marais et lais de mer sur ces deux communes (2) bordant la baie de l’Aiguillon. Les lais de mer sont les terres nouvelles formées par dépôts d’alluvions sur le rivage.

Guyet-Desfontaines procéda à un découpage de ses propriétés sur Champagné, et à sa mort elles constituaient 22 locations différentes de prés et carrés des marais, y compris un petit marais salant. Son épouse fit quelques regroupements, aboutissant à 16 locations différentes, dont 12 étaient les mêmes qu’au temps de son mari.

Ce qui frappe dans les valeurs de revenus déclarées au moment des successions, c’est le rendement financier bien meilleur dans le marais que dans le bocage. Nous avons fait les calculs comparatifs au décès de Guyet-Desfontaines en 1857, entre ses 930 hectares qu’il possédait dans le bocage et ses 485 hectares dans le marais. Les revenus annuels à l’hectare dans le marais (1146 F) s’élevaient au double de ceux trouvés dans le bocage (549 F). Cet exemple est probablement représentatif. L’élevage, dont les prix ont augmenté plus vite dans la première moitié du 19e siècle que ceux des céréales, était pratiqué de manière bien plus importante dans le marais, ce qui explique sans doute cet écart. La fertilité des terres était aussi bien meilleure, et nous avons pu constater que les frais d’entretien des canaux ne représentaient pas alors une charge importante.

Le domaine de Linières et ses métairies


Dans le bocage, Joseph Guyet avait acheté Linières et ses 14 métairies à sa future épouse en 1800. S’il apparaît très probable que les métairies de la Mauvelonnière, Vrignais et Guérinière, et les deux métairies de Linières, sont nées sur le territoire du fief appelé Drollinière (devenu Linières) à l’origine, les autres métairies ont sans doute fait l’objet d’achat ou d’héritages au fil des siècles. C’est le cas de la Fontaine à Saint-Fulgent, qui appartenait en 1729 à Charles Royrand, seigneur de la Roussière, et qui l’a cédée ensuite à Marie Agnès Badereau, épouse du seigneur de Linières, Louis Venant Cicoteau (3). Mouvante alors de la seigneurie du Puy-Greffier, elle contenait « terre à 4 bœufs » dans le texte de l’aveu de Saint-Fulgent de 1774, et 40 hectares en 1830. C’était le cas aussi de la métairie de la Chevantonnière (devenue Chantonnière) contenant aussi « terre à 4 bœufs » (47 hectares en 1830). Marie Agnès Badereau l’avait eue en héritage de son père Jude Badereau, mouvante elle aussi de la seigneurie du Puy-Greffier (4). Son père, qui avait été auditeur à la chambre des comptes de Bretagne, lui avait aussi légué d’autres terres sur cette paroisse, notamment dans le fief Peron, mouvant du fief Rollin ou Drolin, lequel avait été réuni à la seigneurie de Saint-Fulgent (5). Et nous avons pu repérer aussi que la métairie de la Gagnollière aux Essarts faisait partie du patrimoine de Louis Cicoteau, l’acheteur de Linières au début du 18e siècle (6). Alexis de Lespinay avait acheté le 29 mai 1773 la borderie de la Vallée (les Essarts) en partie par amortissement d’une rente de son propriétaire créée en 1699 au profit de Cicoteau, aïeul de sa femme (7). La métairie de la Touche provenait des Cicoteau, puisqu’on a une branche de cette famille qu’on a appelé les Touche-Cicoteau (8).

Mme de Lespinay, remariée à Joseph Guyet, avait racheté le domaine en 1796, devenu bien national en 1793 suite à l’émigration de son ex-mari Charles de Lespinay. Ce chiffre de 14 comprend des métairies regroupées comme aux Essarts ou à Linières même, où il y avait deux métairies, l’une dite de « Gauche » et l’autre dite de « Droite ». La première, appelée aussi « métairie du château », sera celle de la famille Breteau au 20e siècle, et la deuxième, appelée aussi « métairie de Linières », deviendra la Louisière au début du 20e siècle. Ce repère directionnel de désignation des deux métairies se justifie en regardant dans la direction du nord.

Ancienne châtellenie de la Godelinière
Joseph Guyet vendit la métairie des Bouligneaux (Saint-Martin-des-Noyers), qui avait été achetée en 1791 par Charles de Lespinay. Il acheta le petit domaine de la Godelinière comprenant un château, une métairie et une borderie aux Landes-Genusson (9). Celui-ci avait été confisqué à Édouard Mesnard de la Barotière, guillotiné à Paris pendant la Révolution. Cet achat du 21 avril 1798, par adjudication à la bougie, s’est réalisé pour la somme très importante de 247 300 F. Rappelons-nous que le domaine de Linières et ses 14 métairies avait été acheté deux ans plus tôt pour 185 560 F. Les revenus annuels de la Godelinière, déclarés par l’expert désigné pour fixer le prix de la première enchère à 10 710 F, s’élevaient à 714 F. Dans un bail de 1821, le fermage était de 2 000 F. Multiplié par vingt, comme on faisait à l’époque pour évaluer le montant théorique du capital, cela donnait une valeur de 40 000 F. Mais on était en 1798, dans une époque de méga inflation des prix, et la monnaie en circulation ne valait plus rien. On venait de retirer les assignats pour les remplacer par des mandats territoriaux qui sombrèrent eux-aussi. En juillet 1797, on était revenu à la monnaie métallique. Suivant la loi, la moitié du prix de la vente devait être acquittée dans le mois suivant l’achat. De plus, un cinquième du prix était payé comptant en numéraire et un autre cinquième payé en monnaie papier dans les six mois. Enfin 40 % du prix pouvait être payé par quart annuel dans les quatre années suivant la vente, mais avec un intérêt des sommes restant à payer de 5 %. Il serait intéressant de connaître, si c’est possible, comment l’acheteur ne s’est pas ruiné en s’engageant sur une telle somme. Puisqu’il semble bien avoir fait de bonnes affaires et s’être enrichi. Il avait vrai qu’une telle inflation enrichissait les emprunteurs.

Joseph Guyet acheta aussi le moulin de la Clochette à Saint-Fulgent, revendu par son fils, et le bois de l’Angebaudière à Bazoges-en-Paillers (12 ha). Il possédait aussi à Aigrefeuille en Loire-Inférieure, environ une trentaine d’hectares dans la borderie des Loges, acquise comme bien national par Félicité Duvigier, devenue son épouse. Celle-ci  avait concédé un bail de 5 ans avec le fermier occupant les lieux, Julien Hervouet, le 25 décembre 1797. Ce dernier avait effectué des réparations, et pour le rembourser il fut exonéré du paiement de la ferme pendant les 5 années. Les séquelles de la guerre étant probablement à l’origine des réparations à effectuer (10).

Au total en 1857, le fils de Joseph Guyet, Marcellin Guyet-Desfontaines possédait dans le bocage 17 métairies rattachées au domaine de Linières, plus le domaine de la Godelinière et les Loges. C’était de grandes métairies d’une cinquantaine d’hectares en moyenne. Il y en avait une à Saint-André-Goule-d’Oie : les Noues (52 ha). Quatre autres étaient situées à la fois sur St André et sur Chauché : deux à Linières (totalisant 90 ha), la métairie du bourg de Saint-André (31 ha) et la Morelière (53 ha). Aux Essarts on trouvait les métairies de la Gagnolière (51 ha), la Nouette (46 ha), la Touche du bas (41 ha) et Bellevue (41 ha). Les deux dernières seront vendues par madame Guyet-Desfontaines après 1857 au baron des Essarts (11). À Chauché il y avait la métairie du Vrignais (54 ha, dont 5 ha situés sur la commune des Essarts), celle de la Mauvelonnière (49 ha) et celle de la Guérinière (65 ha). Enfin à Saint-Fulgent on trouvait cinq métairies : la Morinière (52 ha), la Fontaine (40 ha),  la Chantonnière (47 ha), la Roche au Roi (61 ha) et la Grande Roussière (61 ha). Ces surfaces sont restées identiques entre 1830 et 1875.

Château de Linières (1875-1912)
Avec l’instauration du premier cadastre foncier en 1838, dit « napoléonien », on trouve dans les déclarations de successions de Guyet-Desfontaines en 1857, l’indication de chacune des parcelles. Ainsi à Saint-Fulgent les cinq métairies sont décrites en 292 parcelles cadastrales avec leurs noms, numéros, surfaces et revenu cadastral. Il en est de même pour le château de Linières. Cela permet de préciser quelques points de géographie des lieux, comme les bois, les landes, les bâtiments, les points d’eau etc. Ces détails ne sont donnés que pour le bureau de Montaigu à cette date. Mais ils ne permettent pas de se rendre compte néanmoins de la fin des terres en landes, pour la pratique des jachères, faute d’une indication suffisamment fiable, systématique et comparative entre deux dates.

Mais on apprend qu’autour du nouveau château construit à Linières en 1871/1873, on a réuni 17 hectares de terres, dont une grande part soustraite aux deux métairies pour les destiner aux nouveaux jardins, parcs, étang, etc.

En 1875, il restait encore de vieux bâtiments à Linières, est-il indiqué dans la déclaration de succession de Marcel de Brayer. Cela confirme d’autres informations. C’est après cette date, et sur l’initiative d’Amaury-Duval, que seront construits, à la place de ces anciens bâtiments, la conciergerie près du château, achetée en 1912 par Louis François. Et dans le même temps seront construits aussi les bâtiments de la métairie dite de « Gauche » qui deviendra propriété des Breteau au 20e siècle. Les bâtiments de la Louisière (anciennement métairie dite de « Droite ») seront construits au tout début du 20e siècle. Et en attendant, les bâtiments d’habitations du métayer et d’exploitations se trouvaient toujours à Linières. Ils ne furent démolis par L. de la Boutetière, qu’après la construction de la Louisière.

Étang de Linières
Quant au nouvel étang, nous apprenons qu’il était déjà creusé en 1875. Il a dû l’être en même temps que l’on construisait le château entre 1871 et 1873. Nous savons maintenant qu’il a été creusé à l’endroit d’un ancien étang, abandonné au 18e siècle aux broussailles, où ne devait plus couler que le ruisseau de la Fontaine de la Haute Gandouinière. L’existence de cet ancien étang est attestée dans des documents du 17e siècle (12), ainsi qu’au moins un moulin à vent sur la colline du côté est, dans le champ appelé depuis « le champ du moulin », faisant partie de la métairie du bourg de Saint-André au début du 19e siècle.

Le bois du Vrignais (ou Vergnais), dont l’existence est attestée à la fin du 18e siècle par la carte Cassini, existait toujours au moment du rachat de Linières au département en 1796. Dans l’acte de rachat par Mme de Lespinay on relève une superficie de 20 boisselées, et il faut y ajouter 65 boisselées de bois de hautes futaies des Grandes Vergnais. Il semble que ces indications soient incomplètes néanmoins. Joseph Guyet a entrepris de le défricher en partie en 1830 (13). En 1875 il en restait au moins encore 4 hectares. Et on indique aussi l’existence d’un bois taillis sur la métairie Droite (Louisière), qui semble logiquement ne faire qu’un avec le bois du Vrignais sur la carte Cassini.

Le taillis de la Bergère, proche du château, totalisait 20 hectares en 1796 et il est à nouveau cité dans la déclaration de succession de 1875, mais réduit à 4 hectares 80 ares. Une autre parcelle, appelée le Bois de Linières, était en futaie avec seulement 38 ares en 1875. Il était situé au sud-ouest du château, près d’une fosse, appelée la Fosse Noue en 1675 (14).

Le bois de haute futaie du Coudray (25 boisselées) et le bois de haute futaie de la Hutte (20 boisselées), cités dans l’acte de 1796, ne paraissent pas en 1875. On peut valablement en déduire qu’ils ont été défrichés entre ces deux dates.

Un détail intéressant nous est indiqué dans la déclaration de succession de Joseph Guyet en 1830 au bureau de Luçon. En reportant les surfaces des domaines en hectares, ares et centiares, le receveur a rappelé leur équivalent dans l’ancienne mesure en journaux utilisée dans le marais. On sait ainsi qu’un journal y valait 0,342 hectare. Il faut rattacher cette équivalence au territoire de l’ancienne seigneurie de Champagné.


Les déclarations de succession en 1830, 1857, 1868 et 1875


Les déclarations de successions des propriétaires de Linières ont été faites par mandats donnés aux membres vendéens de la famille.

Dans le marais, c’est le notaire de Chaillé-les-Marais, Hilaire Martineau (1794-1866), qui déclare la succession de Joseph Guyet en 1830 au bureau de Luçon. Il était son neveu par alliance, marié à Rose Guyet, la fille de son frère Jacques Charles Guyet. Cette nièce eut pour frères le capitaine de vaisseau Charles Jean Baptiste Guyet (Voir le dictionnaire des Vendéens sur le site internet des Archives de Vendée : Charles Jean Baptiste Guyet), l’avocat parisien Eugène Guyet, Armand Germain Guyet, notaire à Marans.

Charles Jean Baptiste Guyet    Eugène Guyet
J. A. Barre (1811-1896) : caricatures des personnes 
qui fréquentaient le salon de Mme Guyet-
Desfontaines (musée de la Monnaie à Paris)
C’est le même Eugène Martineau qui fit la déclaration de succession de son cousin Guyet-Desfontaines en 1857 à Luçon. À noter qu’il n’était qu’un cousin très éloigné du beau-frère de Joseph Guyet, Étienne Martineau (15). C’est son fils, Frédéric Martineau (1826-1876) qui déclara le 7 avril 1869 la succession d’Antigone Emma Pineu-Duval, veuve de Guyet-Desfontaines au bureau de Chaillé-les-Marais (no 34, vue 17). Celle-ci l’avait accueilli à Paris dans les années 1840, au temps de ses études de droit. Et dans une lettre à Marcel de Brayer il lui écrit : « J’ai reçu hier de Maître Panhard, extrait des testaments de votre chère grand-mère, et je vous assure que j’étais à mille lieues de supposer que l’accomplissement du plus élémentaire des devoirs eut pu m’attirer une si énorme générosité. Ce n’est pas elle qui me devait de la reconnaissance. C’est moi qui ai été comblé, sa vie durant, de ses bontés et qui en ai gardé un souvenir ineffaçable. Pour moi qui ai eu le bonheur d’être admis dans son intimité pendant mon séjour à Paris, elle a eu les attentions d’une mère, et j’ai conservé de ces trois années une impression qui me charme encore à vingt ans de distance. » (16). Mme Guyet-Desfontaines lui avait fait don dans son testament d’un capital de 20 000 F, somme importante, en reconnaissance des services rendus par son père et par lui, puisqu’ils s’étaient occupés de gérer les biens des Guyet-Desfontaines dans le Marais (17).

Dans le bocage, les déclarations de succession furent plus nombreuses. Pour les métairies des Essarts, elles se sont d’abord faites au bureau de la Roche-sur-Yon en 1830, puis à celui des Essarts ensuite. Pour les métairies situées dans le canton de Saint-Fulgent, les déclarations se sont faites au bureau de Montaigu, puis à celui de Saint-Fulgent à partir de 1886. Enfin pour la métairie de la Godelinière, les déclarations se sont faites au bureau des Herbiers en 1830 et en 1857. Pour les terres à Aigrefeuille, on déclarait au bureau d’Aigrefeuille, mais le registre comprenant les déclarations de 1830 est inaccessible aux Archives départementales de Loire-Atlantique en raison de son mauvais état de conservation.

En 1830 c’est Alexandre Gourraud (1791-1853), juge de paix à Saint-Fulgent et son régisseur sur place, qui déclara les successions de son oncle par alliance Joseph Guyet, à Montaigu, la Roche-sur-Yon et les Herbiers. Il avait en effet épousé en 1825 à Saint-Fulgent Rose Adélaïde Martineau (1797-1864), la fille de Catherine Guyet, sœur aînée de Joseph Guyet.

En 1857, un autre cousin a pris la relève pour déclarer la succession de Guyet-Desfontaines.  Hyacinthe Narcisse Legras de Grandcourt (1794-1880), alors lieutenant-colonel en retraite à Saint-Fulgent, fit cette démarche à Montaigu et donna mandat au notaire de Saint-Fulgent, Me Pertuzé, pour la faire aux Essarts et aux Herbiers. Il s’était marié en 1833 avec Élise Agathe Martineau (1799-1875), née à Linières et sœur de Rose Adélaïde citée ci-dessus. M. Guyet-Desfontaines en avait fait son mandataire pour gérer le domaine de Linières avec toutes ses métairies dès 1853 pour remplacer Gourraud (16). Et lui aussi reçut dans le testament de Mme Guyet-Desfontaines en 1868 l’usufruit d’un capital de 20 000 F, son fils Eugène en recevant la nue-propriété.

Eugène de Grandcourt
Source : archives de Vendée
En 1868, Marcel de Brayer délégua un clerc de notaire pour faire la déclaration de succession de sa grand-mère à Montaigu. Mais au bureau des Essarts, il s’est fait représenter par Eugène Legras de Grandcourt (1834-1883), fils du précédent et régisseur de Linières, et en même temps avocat à Nantes, demeurant rue de Saint-André. C’est d’ailleurs lui qui fit aussi les déclarations de succession de Marcel de Brayer lui-même en 1875 aux bureaux de Montaigu et des Essarts. À cette date il avait remplacé son père dans la gestion du domaine de Linières. On ne fit pas de déclaration aux Herbiers, Mme Guyet-Desfontaines ayant vendu la Godelinière en 1860 à M. Robert (18).

Ces déclarations de succession n’ont concerné que les biens immeubles, les biens meubles étant normalement déclarés au bureau comprenant dans leur ressort le domicile principal du décédé, qui était Paris en ce qui concerne les châtelains de Linières dans cette période. Nous avons une exception pour les biens meubles garnissant le château de Linières, qui étaient déclarés au bureau local de Montaigu puis de Saint-Fulgent. En 1875 ils sont estimés à 5 064 F, après un inventaire effectué par le notaire de Saint-Fulgent. En 1889 l’estimation a diminué à 4 543 F.

Les droits de succession


Pour les biens déclarés, les droits de succession étaient donc payés par les héritiers directement eux-mêmes à l’administration de l’Enregistrement et des Domaines, au bureau local du registre de recette des déclarations de mutations par décès. On ne passait pas par un notaire comme maintenant. En ligne directe de parents à enfants ou petits-enfants on payait en 1830 et 1857 un droit de 1% de la valeur en capital du patrimoine. La veuve de Guyet-Desfontaines a dû payer un droit de 3 % en 1868. Pour le grand-oncle Amaury-Duval, héritant de son petit-neveu, les droits ont été de 7% calculés sur la même base. On sait que pour des legs faits dans un testament à des personnes sans lien de parenté avec le testateur, les droits s’élevaient à 11 % (19).

Pour donner une valeur en capital aux biens déclarés, on continuait d’appliquer une méthode simple, celle qui servait depuis très longtemps à racheter les rentes foncières perpétuelle. On multipliait par vingt le revenu annuel du bien. Pour les métairies des Guyet, il suffisait de déclarer le loyer perçu auprès des métayers, d’autant que les baux n’étaient plus chez eux à partage de fruits, où on peut invoquer les aléas et les difficultés de l’agriculture pour minorer les revenus, mais à prix d’argent. En 1830 dans le bocage, les revenus déclarés par Alexandre Gourraud furent nettement inférieurs aux fermages perçus, ce qui ne fut pas le cas dans le marais, ni ultérieurement. Peut-être est-ce dû à une règle fiscale de circonstance, car il ne nous est pas possible de soupçonner un juge de paix de fausse déclaration. Dans ce cas, nous n’avons retenu dans nos calculs pour nos analyses que les valeurs des fermages pour les métairies où nous les connaissions.

Les prix des fermes de 1830 à 1868 dans le marais et dans le bocage


Les revenus déclarés comprenaient, outre le fermage, la valeur des menus suffrages. On se souvient qu’il s’agissait de la fourniture annuelle de quelques volailles et cire d’abeilles, lin (désigné par le mot fil), etc. Ils étaient variables et propres à chaque bail, se montant à 15 F en général par an, ou 30 F quand on rajoutait la valeur des corvées. Dans le bocage, on voit que la vente de paille en 1857 a constitué un revenu du propriétaire dans certaines métairies.

Dans le marais il fallait aussi ajouter la cotisation au syndicat chargé d’entretenir les canaux et installations des marais desséchés, qui était payée par les fermiers. L’administration les considérait comme des charges de propriétaires et réintégrait leurs montants dans les revenus perçus. Il en était de même des impôts fonciers qui avaient remplacé les anciennes redevances seigneuriales. Ils continuaient d’être payés par les fermiers généralement, mais le fisc en réintégrait la valeur dans les revenus des propriétaires. Il reprenait, se faisant, l’argumentaire des propriétaires au moment de la Révolution. Quand certains métayers demandèrent à bénéficier de la suppression des droits féodaux, et à ne pas payer les impôts fonciers qui les avaient remplacés, les propriétaires rétorquèrent que cette suppression revenait à eux et non pas aux fermiers. Sinon il leur faudrait augmenter le fermage. Dans un total de fermage de 31 889 F, les impôts fonciers se montaient à  1 900 F, soit 6 % du montant du fermage en moyenne. Cette valeur est nettement moindre que le seul droit de terrage féodal d’autrefois, le plus souvent à 16 % dans la région (la « sixte partie des fruits »).

La Morelière
Les prix annuels des fermes en 1875 classent les métairies du bocage en deux catégories. Il y a celles de bons rapports avec un fermage autour de 50 F l’hectare pour la Grande Roussière, la Chantonière, la Roche au Roi, le Vrignais, la Mauvelonnière et la Morelière. Les métairies de moins bons rapports, avec un loyer autour de 43 F l’hectare sont la Fontaine, la Morinière, les Noues, le Bourg de Saint-André, Linières et la Guérinière.

Que nous apprennent les valeurs de revenus déclarés en 1830, 1857 et 1868 ?

Dans cette période de 38 années, les fermages dans le marais ont augmenté pour l’ensemble des propriétés de 105 %, dont 77 % dans les 27 premières années et 15 % dans les 11 années suivantes. Il n’est pas facile d’analyser ces augmentations dans le détail des propriétés, à cause des changements importants de leurs périmètres. Seules deux métairies, mais totalisant 252 hectares (54 % du total des surfaces), peuvent être suivies sur l’ensemble de la période. Leurs deux revenus n’augmentent que de 46 % de 1830 à 1857, mais de 20 % de 1857 à 1867. On peut en déduire que les augmentations de revenus ont été plus élevées sur les autres locations, et que les importants changements de périmètre des domaines loués avaient pour but d’y contribuer.

Tableau de Julien Dupré
Dans le bocage les augmentations de revenus peuvent être observées sur 8 métairies totalisant près de 400 ha. De 1830 à 1857, l’augmentation moyenne est de 31 % seulement, soit un peu moins de la moitié de celle observée dans le marais. L’élevage, qui rapportait davantage alors, y était moins pratiqué. Faut-il retenir que les reconstructions consécutives à la guerre de Vendée ont pu plomber les revenus dans le bocage, ce qui n’a pas été le cas dans le marais, exempt des combats et exterminations ? Nous ne le pensons pas, car la période d’observation commence après trente années de reconstruction.

De 1857 à 1868 les augmentations de revenus dans le bocage sont en moyenne de 50 %, c'est-à-dire plus fortes que dans le marais. C’est beaucoup sur une aussi courte période. Et dans la période suivante, de 1868 à 1875 (succession de Marcel de Brayer), les revenus dans le bocage augmentent encore de 27 %. Ce qui a changé est la mise en œuvre des progrès techniques, supprimant l’assolement avec jachère et favorisant les cultures fourragères. Celles-ci ont permis de développer l’élevage alors que ses ventes ont connu une forte hausse des prix pendant la période, et que l’art vétérinaire a bénéficié de progrès technique. Dans le même temps, les prix des céréales ont peu augmenté, favorisant le mouvement vers l’élevage. D’autant que les progrès techniques ont aussi concerné l’élevage avec les efforts des autorités pour les développer. L’époque a connu par exemple le lancement des comices agricoles cantonaux en Vendée, où des fermiers de Linières ont obtenu des premiers prix.

En restant sur la période de 1830 à 1868, l’augmentation moyenne dans le bocage s’élève à 96 %, très proche de ce qu’on observe dans le marais. On serait tenté de voir dans ces chiffres les richesses apportées par les nouvelles techniques de charrues en fer et des engrais, dont ont surtout bénéficié les terres du bocage. Ces nouvelles techniques ont permis d’y développer l’élevage, dont les prix ont augmenté en France jusqu’en 1875 précisément, diminuant ensuite. Mais alors pourquoi le marais a lui aussi connu une hausse aussi importante des revenus agricoles dans notre exemple ? Il faudrait d’abord vérifier l’évolution régionale des prix agricoles à cette époque, au lieu des indications nationales, pour poursuivre l’analyse. Il faudrait aussi repérer les épisodes d’épizooties dans ces périodes.

Au terme de cette présentation sur cette immense fortune, on est curieux de savoir comment elle a été dilapidée en si peu de temps ensuite, aboutissant même à la disparition du château tout neuf de Linières.

Les évolutions de 1875 à 1897


Amaury-Duval s’est défait des possessions des Guyet dans le marais poitevin. On ne trouve pas en effet de déclaration de sa succession au bureau de Chaillé-les-Marais en 1886. Et il a vendu trois métairies du domaine de Linières, faisant passer la surface possédée de 750 hectares à 600 hectares. Il s’est séparé de la Gagnolière et de la Nouette aux Essarts, ainsi que de la Chantonière à Saint-Fulgent. La perte de revenus correspondante a été en partie compensée par une hausse de 10 % en moyenne des fermages de 1875 à 1885. Était-ce nécessaire de vendre pour payer les travaux de construction de la conciergerie et des bâtiments de la métairie de Linières « gauche », occupée alors par la famille Brochard ? Nous n’avons pas eu accès aux comptes et nous ne pouvons pas répondre.

Néanmoins on estime qu’en 1868, au moment de sa succession, Mme Guyet-Desfontaines, avaient des revenus annuels d’environ 100 000 F, dont 90 700 F de revenus immobiliers répartis ainsi :
-        32 000 F provenant de la terre de Linières composée de diverses métairies situées sur les communes de Chauché, Saint-André, les Essarts et Saint-Fulgent
-        32 200 F provenant de la terre de Champagné composée de terres, prés, bâtiments, située sur les communes de Champagné les Marais et Puyravault
-        16 000 F des loyers d’un immeuble à Paris rue du Faubourg Montmartre, no 47, plus 10 500 F de valeurs financières provenant d’autres immeubles habités ou loués
C’est le montant des revenus immobiliers qu’a déclaré Marcel de Brayer, sur la demande du receveur de l’Enregistrement à Paris. À ce total de 90 700 F, on peut aisément ajouter les revenus des placements financiers pour aboutir à 100 000 F de revenus annuels, et ceci probablement en net (20).  
Maintenant il ne faut pas oublier la générosité de Mme Guyet-Desfontaines dans sa succession en 1868, qui a distribué 13 100 F de rentes annuelles viagères, dont 10 000 F pour son frère Amaury-Duval de la même génération qu’elle. Elle a aussi fait verser des capitaux à 15 personnes, se montant à un total de 108 700 F. Son petit-fils Marcel de Brayer s’est contenté de recommander dans son testament la continuation du versement des rentes décidées par sa grand-mère, et n’a pas fait de dons en argent. Mais il a lui-même beaucoup dépensé. Une indiscrétion policière nous apprend qu’il a payé 150 000 F pour installer une maîtresse avec qui il vécut dix-huit mois à Paris (21). Et il construisit le nouveau château de Linières.

On pourrait naturellement, s’agissant d’un grand-oncle héritier, se demander si l’impôt sur les successions n’a pas pesé sur le patrimoine. Imposé à 7 % du capital en 1875, il a payé un impôt sept fois plus élevé que pour une succession en ligne directe. Mais cela a représenté l’équivalent d’à peine une année de revenus. Son cousin au 5e degré, Eugène de Marcilly, a payé une imposition de 9 % du capital en 1885. Mais le calcul du capital était passé entre temps de 20 fois le revenu annuel à 25 fois. L’impôt sur les successions a ainsi représenté pour le cousin l’équivalent d’un peu plus de deux années de revenus. Vu d’aujourd’hui c’est très peu, où le prélèvement est proche de 60 % pour des cousins au-delà du 4e degré de parenté, organisant une ponction par l’État équivalent à la valeur du patrimoine, en deux générations de cousins. Ce n’est donc pas le fisc qui est à l’origine de la fin du domaine de Linières.

La disparition du régisseur Eugène de Grandcourt fut aussi un malheur au plan matériel pour le domaine de Linières. Après la disparition de ce dernier, Amaury-Duval voulu confier sa fonction de régisseur au notaire de Saint-Fulgent qui s’occupait de ses affaires, Me Cahors. En final ce fut un clerc de notaire de ce dernier qui fut choisi, Pierre Brevet, aux termes d’une procuration du 15 mai 1883. Le choix ne fut pas heureux, l’intéressé acheta un cabinet d’huissier à Palluau, mais il s’est dit qu’il avait été destitué de cette fonction. Après quoi il serait revenu s’installer comme forgeron à Saint-Fulgent ! (22).

Gaston de Marcilly
(dessin de J. Levis)
M. Eugène de Marcilly, qui a hérité du domaine légué par Amaury-Duval, a conservé intacte les métairies possédées, semble-t-il. Mais lui aussi dû faire face à la générosité testamentaire d’Amaury-Duval cette fois (23). Passons sur les donations en nature, de ses tableaux en particulier, que nous ne pouvons pas évaluer. Il n’a distribué en capital qu’une somme de 22 700 F à six personnes différentes, la valeur d’une douzaine d’hectares en bonne terre. Mais en rentes viagères annuelles il légua un montant total de 30 600 F, ce qui représentait une quantité importante des revenus du patrimoine légué. Avait-il conscience que ses successeurs pouvaient ne pas être aussi modestes que lui dans leur train de vie ? En tout cas il était sensible au sort de ses proches. Parmi les 19 bénéficiaires de ses rentes il y eut la jeune femme, Anne Depitre, qui l’a aidé en tout bien tout honneur dans ses dernières années de vieillesse : elle reçut 10 000 F de rente viagère, dont 3 000 F réversible pour sa fille. Significatives sont les rentes pour le curé de Saint-André-Goule-d’Oie et pour celui de Saint-Hilaire-de-Mortagne (auparavant vicaire à Saint-André) : 600 F chacun. Elles étaient données pour les secours aux pauvres de la paroisse en réalité. Le jardinier Roulleau reçu 300 F de rente. Jusqu’en 1941 on trouve trace d’une inscription au bureau des Hypothèques à Paris au profit d’un bénéficiaire d’une rente viagère d’Amaury-Duval remontant à 1886 (23). On a là un cas limite, mais il est sûr que pour ses légataires, les rentes viagères d’Amaury-Duval ont constitué un poids. Ses héritiers se sont crus plus riches qu’ils n’étaient probablement.

C’est par un même acte, devant un notaire de Paris en juin 1886, que fut enregistré le consentement aux legs par le légataire universel, Eugène de Marcilly, des deux prêtres cités et du jardinier. Pour les deux premiers celui-ci a affecté une hypothèque à hauteur de 12 000 F chacun, et de 6 000 F pour le jardinier, gagée sur un immeuble de 540 m2, avenue de Villiers à Paris, lui appartenant. En conséquence les bénéficiaires des rentes « se sont désisté du privilège résultant du testament en ce qu’il frappe la terre de Linières », ne conservant le privilège testamentaire que pour un immeuble du Faubourg Montmartre faisant aussi partie de l’héritage (24). Cette volonté d’Eugène de Marcilly de privilégier Linières dans la gestion de l’héritage est à souligner quand on connaît la fin. 

C’est après Eugène de Marcilly, avec ses fils Gaston et Guy de Marcilly, à partir de 1890, que la situation financière du propriétaire s’est détériorée et qu’on a vendu des métairies. On a retrouvé notamment la vente des deux métairies des Grandes Roussières et de la Fontaine à Saint-Fulgent, à un nommé Rouzeau le 19 avril 1894 (notaire Baland de Saint-Fulgent), pour 115 000 F. au total. Leurs fermes annuelles s’élevaient alors à 5000 F. après impôt foncier (25).

Puis le domaine fut vendu en 1897 aux enchères publiques par le tribunal civil de première instance de la Roche-sur-Yon. L’ensemble ne comptait plus alors que 385 hectares, avec 8 corps de ferme (26). La vie dispendieuse du dandy qu’était Gaston de Marcilly, jouant aux courses pas toujours avec bonheur, constitue un élément d’explication à sa déconfiture financière.

Le domaine de Linières en 1897

Le cahier des charges de cette adjudication judiciaire en 1897 décrit par le détail les parcelles foncières du domaine de Linières, nous donnant des informations intéressantes (27). D’abord le château de Linières et ses dépendances occupent 22 hectares, dont 7,6 ha pour le château lui-même, ses allées, jardins, chemins, l’étang et une mare. Le parc du château (1,7 ha) et le bois proche, dit de la Bergère font 6,6 ha. Les 7,8 ha du bois du Vrignais constituent en plus une réserve du château. En 1897, il y a deux maisons inoccupées à Linières, à côté de la conciergerie. Le métayer de la ferme de Linières habite dans des bâtiments neufs situés plus à l’ouest et à l’écart du château (ancienne métairie dite de « gauche »). Peu après le nouveau propriétaire, Louis de la Boutetière, fera construire la Louisière et démolir les deux maisons inhabitées. Seule la conciergerie, avec son architecture originale, restera à l’entrée de la cour du château.  

Ajoutées aux 22 ha du château et ses dépendances, les 8 métairies comptent 363 ha : Linières (35 ha), Logis du Bourg de Saint-André (38 ha), Bourg de Saint-André (27 ha), Guérinière (64 ha), Mauvelonnière (45 ha), Bois du Vrignais (53 ha), Morelière (51 ha) et Noues (50 ha). Le domaine ne vivait donc que d’agriculture, et l’indication des cultures en cours au mois d’octobre 1896 par l’huissier de Saint-Fulgent, qui a inventorié le domaine, nous donne une photographie représentative de l’époque dans les grandes métairies de la contrée. Les prés, pâtures et guérets occupaient 20 % des surfaces en culture, et les plantes fourragères destinées à l’élevage occupaient 40 %. Une modeste culture du lin représentait 1, % des surfaces, les vignes avaient disparu sauf au Bois du Vrignais, et 9 % étaient en chaume ou non emblavé, c’est-à-dire attendant les travaux du printemps à venir. Les champs emblavés en céréales représentaient 30 % du total cultivé, dont 60 % en froment, 37 % en avoine et 3 % en seigle. Ce dernier, qui avait dominé les cultures jusqu’au 18e siècle, avait presque disparu.

L’élevage était devenu prépondérant, poussé par la demande et permis par l’usage des engrais depuis le milieu du siècle. Les plantes fourragères dominantes étaient le chou et le trèfle, presque à égalité, représentant 86 % du total des plantes cultivées. Les rèbes en représentaient 8 % et le petit reste de 6 % se répartissait entre les bettes champêtres, les carottes, la luzerne, la garobe (vesce), le colza et le coupage. Ce dernier était un mélange de graines (colza et vesce par exemple). Dans cette pratique culturale observée dans les 8 métairies du domaine, on ne voit pas de particularité pour un métayer, tous faisaient les mêmes choix, y compris pour s’essayer aux autres plantes fourragères que le chou et le trèfle.

La fin du domaine (1897-1912)

Puis l’acquéreur du domaine en l’audience des criées du tribunal de la Roche-sur-Yon, M. Auriault, vendit la métairie des Noues à Célestin Loizeau, de Nantes, puis celle du bourg de Saint-André à Maixent Girard, géomètre-experts habitant à proximité dans le bourg. Il vendit aussi le logis du bourg au curé de Saint-André et répartit les terres de la métairie du logis dans ses métairies voisines. Dix mois après son acquisition il revendit en 1898 le domaine de Linières, dont la contenance avait été ramenée à 300 ha. On ne comptait plus alors que les métairies de Linières, de la Morelière, la Mauvelonnière, la Guérinière et le Bois du Vrignais. On n’a pas encore repéré à quelles dates furent vendues les deux métairies de Saint-Fulgent, de la Morinière et de la Roche au Roi. L’acquéreur et dernier propriétaire de Linières s’appelait Louis de la Boutetière.

Dans cette évolution de la composition du domaine de Linières, apparaît aussi temporairement la métairie du Logis du bourg de Saint-André. Elle fut acquise des héritiers de Tinguy à une date non repérée au temps d’Amaury-Duval ou d’Eugène de Marcilly. Elle devait compter 24 hectares, surface connue en 1814. Le nouveau propriétaire logea le métayer dans le logis et augmenta la surface exploitée par transferts de parcelles voisines provenant de ses métairies de Linières, de la Mauvelonnière et du bourg de Saint-André. En avril 1897 la métairie comptait 37,8 hectares, au moment de la vente par adjudication du domaine de Linières. L’adjudicataire, Augustin Auriault, vendit le logis à la fin de l’année 1897 au curé de Saint-André pour en faire un presbytère. Ensuite il fit démolir les bâtiments d’exploitation et réparti les terres dans ses métairies voisines.


(1) Informations données par M. Daniel Priouzeau.
(2) Archives de Vendée, Recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vendée : 4 Num 219/73 no 1 à 17 (1882), page 309 vue 302 et s.
(3) aveu du 23-6-1774 de Saint-Fulgent (Agnan Fortin) à la vicomté de Tiffauges (A. L. Jousseaume de 
la Bretesche), transcrit par Paul Boisson, Archives historiques du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 13, page 19.
(4) ibidem. Page 21.
(5) ibidem. Page 26, 27 et 28.
(6) Accord du 27-12-1724 entre les teneurs de Puyravault Haut et Bas, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/C 6.
(7) vente de la borderie la Vallée (Essarts) du 29-5-1773 de Parpaillon à Alexis de Lespinay Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/121.
(8) Transaction sur rente foncière de Villeneuve du 25-3-1808, Archives de Vendée, notaire de Saint-Fulgent, papiers Guyet : 3 E 30/138.
(9) Archives de Vendée, vente de biens nationaux 1 Q 259, no 917, vente de la Godelinière du 2 floréal an 6 (21-04-1798) à Joseph Guyet.
(10) Archives de la Vendée, notaires de Chavagnes-en-Paillers, Bouron : 3 E 18/18, ferme du 5 nivôse an 6 de la borderie des Loges de Mme Duviger à Hervouet.
(11) J. Biteau, Le Général de Lespinay (1789-1869), Le Lys et le Lin Éditions, 2024, p. 92.
(12) Archives de Vendée, Chartrier de Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29, déclarations roturières diverses de Pierre Moreau vers 1675.
(13) Archives de Vendée, étude de notaire de Saint-Fulgent, papiers Guyet : 3 E 30/138, bail du Bois de Vergnais du 8-7-1829 de J. Guyet à Bossu, Brodu et Belamy pour la période du 23-4-1830 au 23-4-1837.
(14) Archives de Vendée, Chartrier de Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29, déclarations roturières diverses de Pierre Moreau vers 1675.
(15) Famillevendeennes.fr
(16) Archives de la Société Éduenne d’Autun, Fonds Amaury Duval : K8 34, lettre de Frédéric Martineau à M. de Brayer du 4-12-1868.
(17) Déclaration de la succession de Guyet-Desfontaines, au bureau de Montaigu le 5-10-1857 no 188 (vue 98).
(18) Archives historiques du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 20, famille Guyet.
(19) Actes testamentaires de Laure Longuemare, veuve Charles Louis Guyet, Archives nationales, études notariales de Paris, Me Pitaux : MC/ET/XIV/850.
(20) Idem (17).
(21) Gabrielle Hoube, Le livre des courtisanes, archives secrètes de la police des mœurs Tallandier, 2006, page 320.
(22) Archives historiques du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 32-3, témoignage de C. B.
(23) Écrits testamentaires de M. Amaury Duval, Archives nationales, études notariales de Paris, Me Pitaux : MC/ET/XIV/1032.
(24) Hypothèque pour la rente d’Amaury-Duval au curé Martin et autres, Archives de la paroisse de Saint-Jean-les-Paillers, relais de Saint-André-Goule-d’Oie : carton no 31, chemise XIII.
(25) Archives historiques du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 32-1, copie de l’acte de vente du 19-4-1894 des métairies des Grandes Roussière et de la Fontaine par Guy de Marcilly et sa mère à Rouzeau.
(26) Archives de la Vendée, L’Avenir et l’Indicateur de la Vendée du dimanche 7 mars 1897 no 28 :
4Num 366/13, vente sur saisie immobilière du domaine de Linières, page 4. Et vente par adjudication de Linières le 6 avril 1897, Archives de Vendée, cahier des charges des adjudications (1897-1039) : U 1-354.
(27) vente par adjudication de Linières le 6 avril 1897, Archives de Vendée, cahier des charges des adjudications (1897-1039) : U 1-354.


Emmanuel François, tous droits réservés
Juillet 2014 complété en novembre 2024

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