lundi 3 juin 2013

Le prévôt des Essarts

Au Moyen Âge le prévôt était un magistrat, mais on a utilisé le terme dans des fonctions et honneurs les plus divers au fil des siècles. Chez les chanoines le doyen s’appelait aussi parfois prévôt, élu comme chef par ses pairs, à côté du chancelier, du chantre, du trésorier, chambrier, etc. (1). Au chapitre cathédrale de Luçon, il s’agissait d’un titre utilisé pour pérenniser la perception d’un revenu. On avait ainsi le prévôt des Essarts, mais aussi celui de Saint-Michel-en-l’Herm, celui de Mortagne. On disait aussi prévôt-moine dans certains documents (2). Néanmoins le nom de prévôt des Essarts puise son origine probable dans l’organisation féodale de la baronnie et châtellenie des Essarts au Moyen Âge, où il y avait un « fief de la Prévôté » (3).


Naissance du chapitre-cathédrale de l’évêché de Luçon au 15e siècle


Après la création de l’évêché de Luçon en 1317, par transformation de l’abbaye de Luçon en évêché, des bulles du pape en 1469, 1473 et 1479 ont sécularisé le chapitre de Luçon. Celui-ci était un conseil de prêtres, appelés chanoines, auprès de l’évêque. Les anciens moines, devenus chanoines, pouvaient désormais vivre dans des maisons particulières et non plus dans leur cloître, à condition d’assurer les offices et le culte divin dans la cathédrale. Le chapitre était constitué de 43 chanoines nommés par l’évêque, et présidé par un doyen élu par le chapitre et assisté de 11 dignitaires. Il avait des droits et des revenus distincts de ceux de l'évêque (4).

Le chapitre de Luçon est devenu riche, notamment avec les terres desséchées du marais poitevin à partir du Moyen Âge. Au 18e siècle il possédait la châtellenie de Triaize (4 753 ha aux portes de Luçon, répartis en 20 « cabanes » importantes), le canal de Luçon, voie d’accès à la mer avec ses péages et ses charges d’entretien, une trentaine de prieuré, 323 ha en prés à Luçon, de nombreuses rentes, etc. (4)

Pour prendre un exemple concernant Saint-André-Goule-d’Oie, les deux propriétaires du village et tènement de la Chevaleraye (dont Abraham de Tinguy), ont signé en 1773, devant notaire, une reconnaissance de « rente foncière annuelle et perpétuelle de 12 boisseaux de blé seigle, mesure réduite des Essarts (deux quintaux environ), payée suivant la coutume. », due au chapitre de la cathédrale de Luçon (5). Cette obligation avait été créée au bénéfice du « prieuré de Chavagnes les Montaigu » (en-Paillers), dépendant lui aussi, comme ses voisins de Chauché et des Essarts, de l’abbaye de Luçon autrefois.


La création de la prévôté des Essarts


A l'origine les prieurés étaient des colonies de religieux, souvent dirigeant des travaux de défrichement dans la région des Essarts, semble-t-il. Pour subvenir à leurs besoins les propriétaires d’alors, c'est-à-dire des seigneurs, les dotèrent de biens et de revenus fixes. Les prieurés s’administraient eux-mêmes sous l’autorité de l’abbaye dont ils faisaient partie.

Les biens appartenant à l’Eglise ne s’aliénaient pas et étaient qualifiés d’amortis (biens de mainmorte) par le droit féodal. A ce titre ils étaient soumis à des redevances au roi et aux seigneurs, dans des conditions favorables par rapport au droit commun. L'amortissement était devenu à partir du 16e siècle en Poitou une concession du roi. Dans ces conditions, l'administration des biens d'Église en France était soumise à des règles fixées par les canons de l’Eglise et les ordonnances royales (6).


Le 12 janvier 1468, une partie des revenus du prieuré de Saint Pierre des Essarts, dépendant de l’ancienne abbaye de Luçon, a été érigée en prévôté, et attribuée à un chanoine de l’église sécularisée de Luçon, Valérien de la Roche (7). Trois siècles plus tard, en 1783, son lointain successeur est le chanoine Bineau, par ailleurs aussi trésorier du chapitre, faisant partie de ses dignitaires.

Dans un acte du notaire de Saint-Fulgent, Frappier, en date du 18 avril 1783, le chanoine Bineau donne quittance du versement de ce qui lui est dû, au titre de prévôt des Essarts, à Simon Charles Guyet (8). L’acte le présente ainsi : « messire Charles Louis Bineau, prêtre, prévôt des Essarts, et chanoine dignitaire de l’église cathédrale de Luçon, demeurant ordinairement en la ville de Mortagne, lequel en sa dite qualité de prévôt a reconnu … ». On comprend ainsi que ce n’était pas un chanoine résident à Luçon. Il ne prenait part à la vie capitulaire que de loin. Chaque chapitre avait son propre règlement, et cette situation y était probablement prévue. Selon le Dictionnaire des Vendéens (dans le site internet des Archives de Vendée), il était né à Antigny dans un milieu probablement de profession libérale en 1747. Il était âgé de 36 ans au moment de l’acte. Après avoir été vicaire à la Chataigneraie, il avait été nommé « prévôt des Essarts dans l’Église de Luçon », le 27 août 1781. Il avait gagné un procès contre le curé de Saint-Hilaire-sur-l’Autize, d’abord nommé à ce bénéfice.

Un bénéfice était à l’origine un bien attribué à un clerc ou une institution ecclésiastique en raison des fonctions ou services remplis, et pour assurer son entretien. C’est ainsi que le prieuré Saint Pierre des Essarts avait été pourvu par le baron des Essarts de certains revenus à son profit, provenant de son domaine. Dépendant de l’abbaye de Luçon, l’administration du prieuré des Essarts avait connu un changement avec la création de la prévôté en 1468. Une partie des revenus encaissés serait désormais attribuée directement à un chanoine, nommé à cet effet « prévôt des Essarts ». Pierre d’Apremont avait fait don à l’abbaye de Luçon de l’église de Saint Thomas et de quelques autres objets qui formèrent la prévôté des Essarts, devenant ensuite une dignité de l’église cathédrale (9).


La notion de bénéfice ecclésiastique


Cette fonction pouvait avoir un contenu de service religieux que nous ne connaissons pas, assuré par le prévôt ou quelqu’un qu’il déléguait à cet effet. Mais pour l’essentiel, elle servait de cadre juridique à la poursuite de la perception de revenus. Ceux-ci avaient leur source dans un droit acquis bien identifié et leur justification dans la nécessité d’entretenir les personnes chargées du culte. Le mot bénéfice pour désigner cette réalité n’avait donc pas le même sens que maintenant. Quant au titre choisi, il faut savoir que sous l’Ancien régime on a mis le mot de prévôt à « toutes les sauces », si l’on peut dire.

Pour faire vivre les personnes se consacrant à la prière, suivant l’expression convenue sous l’Ancien régime, les laïcs faisaient des donations de biens et de revenus, constituant les « bénéfices ». Mais le débutant dans les ordres n’était pas toujours bien pris en charge. On a l’exemple d’un bourgeois d’Ardelay, qui a constitué une pension viagère au profit de son fils se destinant à la prêtrise. 


L’acte notarié du notaire de St Fulgent, en date du 17 janvier 1777 (10), transcrit la supplique de « maître Henri Jean Morand, bourgeois demeurant à la Rivière, paroisse d’Ardelay, diocèse de Luçon, » qui « supplie très humblement monseigneur l’illustrissime et révérendissime évêque de Luçon » de recevoir « Pierre Victor Morand, acolyte (11), son fils, … d’être promu et admis aux saints et sacrés ordres de sous-diacre et ensuite à la prêtrise ». Pour faciliter l’établissement de son fils dans son futur état de prêtre, Henri Morand s’engage devant notaire à verser chaque trimestre une pension viagère de 25 livres, non imputable sur son héritage à venir, et gagée sur une borderie qu’il possède et qu’il institue comme « titre clérical ». Mais  lorsque son fils « sera pourvu d’un bénéfice suffisant pour remplir son dit titre », son père sera déchargé de la rente et pension viagère annuelle de 100 livres, est-il écrit dans l’acte. La borderie servait de « titre clérical », et le revenu annuel de 100 livres était le montant « ordonné par l’évêque de la Rochelle pour faire à un ecclésiastique de son diocèse le titre clérical et sacerdotal ». C’est ce qu’on lit dans un autre acte de même objet concernant des habitants de Mortagne (12).

Ces « bénéfices suffisants », comme la prévôté des Essarts, étaient nombreux alors. Et en 1783 on nommait donc toujours un chanoine de la cathédrale de Luçon, prévôt des Essarts, pour continuer de toucher des revenus provenant des donateurs de la région. Que ces chanoines soient riches, touchant 3 000 livres de revenus en moyenne par an à cette époque (4), soit trois fois plus qu’un officier à la retraite, cela ne pouvait juridiquement justifier la remise en cause de ce droit et de ce titre, né plusieurs siècles auparavant. D’autant que les rentes au bénéfice de l’Eglise étaient inaliénables, sauf conditions particulières.


Le bénéfice dit de la prévôté des Essarts était composé de redevances et de rentes apparemment. Leur perception était affermée comme l’était les seigneuries elles-mêmes. Dans les années 1630 les fermiers étaient Jacques et René Moreau, des bourgeois habitant dans le bourg de Saint-André-Goule-d’Oie. Ils étaient officiers seigneuriaux comme sénéchal ou procureur fiscal, et aussi fermiers, notamment des seigneuries de Languiller et de Belleville. Après la mort de ces deux frères en 1642 et 1644, leur frère Pierre Moreau, prieur-curé de Saint-André, continua les fermes au profit des héritiers dont il était le tuteur. C’est ce qu’on constate dans plusieurs quittances qu’il reçut du prévôt des Essarts jusqu’en 1650 (13).


Le fermier et le baron des Essarts


Le chanoine Bineau donne quittance à Charles Guyet devant notaire, chez lui à Mortagne-sur-Sèvres. A la recherche de la fortune de ce dernier, pour comprendre comment son fils a acheté le domaine de Linières en 1800, on trouve des documents intéressants dans les archives notariales, permettant, par exemple, de découvrir la « prévôté des Essart ». Charles Guyet est qualifié dans cet acte notarié de 1783 de « maître des postes royales à Saint-Fulgent, y demeurant, et son fermier du château, baronnie, terres et dépendances des Essarts, dont fait partie la châtellenie, terres et dépendances de l’Aublonnière en la paroisse de Sainte-Cécile ». Effectivement, il a pris en ferme les terres de la baronnie des Essarts auprès de Pierre Louis Corbelin, bourgeois de Paris, adjudicataire général de la terre et seigneurie des Essarts. Cette ferme comprend tous les fiefs, borderies, métairies et autres domaines fonciers qu’il sous-afferme à son profit, ainsi que tous les cens, rentes, charges et devoirs seigneuriaux et féodaux divers qui sont dus à la baronnie. Et elle comprend aussi, dans l’autre sens, les devoirs et charges dus par la baronnie, comme les rentes au profit du chapitre de Luçon.

A cette époque la baronnie des Essarts n’a pas de châtelains sur place.


Marie Jeanne Baptiste de Savoie-Lorraine
Marie Jeanne Baptiste de Savoie-Lorraine (1644-1724), duchesse de Genève et d’Aumale et baronne des Essarts, dite Mademoiselle de Nemours, avait vendu la baronnie des Essarts à Joseph Marie de Lascaris, marquis d’Urfé (14). Elle était l’épouse de Charles Emmanuel II de Savoie (1634-1675), duc de Savoie et prince du Piémont. Celui-ci était un arrière-petit-fils de René de Savoie (bâtard de la maison de Savoie). La femme de ce dernier, Anne de Lascaris, avait établi en 1511 une substitution graduelle de nom, ordonnant que si les mâles venaient à manquer dans la maison Lascaris, l’aînée des filles devait faire prendre au mari qu’elle épouserait les noms et armes des Lascaris. C’est ainsi que Joseph Marie de La Rochefoucauld, s’appelait officiellement Joseph Marie de La Rochefoucauld de Lascaris d’Urfé, marquis de Langeac (15). Cette précision est indispensable pour reconstituer la généalogie des trois générations de Lascaris qui ont possédé le château des Essarts. Cette vente de Marie Jeanne Baptiste de Savoie-Lorraine, de concert avec son fils Victor-Amédée II, duc de Savoie, roi de Sicile et de Jérusalem, mérite d’être étudiée de près pour en situer la date, car ce dernier affermait encore la baronnie en 1721 avec Jacques Merland, sieur de Champeau (16).

Les biens de la maison d'Urfé consistaient en terres situées dans les provinces du Forez et de Bresse. Mais le marquis de La Rochefoucauld, avec ses 18 000 livres de rentes annuelles, devait en 1704 s’employer à désintéresser les créanciers de son père et de ses frères pour un montant de 80 000 livres. A cause de la guerre contre la Savoie, il ne pouvait pas toucher les revenus de ses terres du Piémont.


Château des Lascaris démantelé en 1692
Joseph-Marie, marquis d'Urfé et de Bagé, comte de Sommerive (Piémont), mourut à Paris le 13 octobre 1724 à l'âge de 72 ans sans laisser de postérité. Les biens de la maison d’Urfé sont passés entre les mains de Louis Christophe de La Rochefoucauld, marquis de Langeac, du chef  de son aïeule Marie Françoise d’Urfé-Lascaris, sœur de Joseph Marie.



Jeanne Camus de Pontcarré
Louis Christophe de La Rochefoucauld de Lascaris d’Urfé (1704-1734) se maria en 1724 avec Jeanne Camus de Pontcarré (1705-1775), qui fit beaucoup parlé d’elle à cause de ses excentricités et fréquentations (voir Wikipédia). Ils eurent un fils qui mourut en 1742 à l’âge de 15 ans et deux filles, Adélaïde Marie Thérèse, née en 1727, et Agnès Marie, née en1732. 

Alexis Jean du Chastellet épousa en 1754, en secondes noces, Adélaïde de La Rochefoucauld de Lascaris d’Urfé, marquise de Bagé, Langeac, Urfé, comtesse de St Just, St Ilpyce, Arlet, la Bathie et baronne des Essarts. Par son mariage, le marquis du Chastellet s’appela Alexis Jean de Lascaris d’Urfé, marquis du Chastellet et de Fresnières.

La fortune de la famille était déjà mal en point l’année de ce mariage, subissant des poursuites judiciaires et des saisies. La baronnie des Essarts connue alors une longue période d’administration judiciaire de 1754 à 1787, avant d’être achetée par le marquis Alexis Louis Marie de Lespinay le 3 août 1787. Et c’est pendant cette période d’administration judiciaire que Simon Charles Guyet devint fermier de la baronnie. Celle-ci comprenait notamment un petit fief situé à Sainte-Cécile, avec ses terres et son moulin à eau, l’Aublonnière.

Un conflit judiciaire opposait la seigneurie des Essarts avec un de ses vassaux, le baron Jousbert du Landreau, au sujet d’un droit de terrage (17) pour le fief de la Barette. Il était toujours en cours auprès du parlement de Paris, lorsque le baron vendit son fief à Simon Charles Guyet en 1784 (18).


Les redevances dues au prévôt des Essarts


Chaque année, le prévôt des Essarts recevait du fermier du château, « à la fête de Notre Dame d’août » (le 15 août), les rentes et devoirs suivant :

-        « la rente foncière requérable de 80 boisseaux de blé froment, mesure des dits Essarts, du par ladite châtellenie de l’Aublonnière et dépendances au terme de la Notre Dame d’août à la prévôté desdits Essarts,
-        plus la rente aussi foncière de 32 boisseaux d’avoine, mesure desdits Essarts, au terme de ladite fête de Notre Dame d’août, due par ledit château des Essarts à la prévôté dudit lieu, aussi requérable,
-        ensemble le devoir de 20 sols par chacun an au même terme. »

Elles étaient requérables, c'est-à-dire que le paiement se faisait au domicile du débiteur. Le prévôt devait normalement venir chercher ses 20 sols au château des Essarts et prendre à son compte le transport des céréales sortant du château. Ceci se comprend bien à l’origine, quand les rentes du châtelain contribuaient à faire vivre le prieuré tout proche des Essarts.

A la mesure des Essarts, les 80 boisseaux de blé équivalaient à environ 1 300 kg, ce qui représente un revenu significatif. Les 32 boisseaux d’avoine pesaient environ 500 kg.


En 1550, maître Mathurin Le Bâcle, prévôt des Essarts, tenait la moitié du village et tènement de la Bichonnière (Chauché), sous l’hommage  plein et droit de rachat qu’il rendait à Jean de Plouer, seigneur de la Barette (Essarts), et fils de Mery de Plouer. Jean de Plouer en rendait lui-même hommage à Languiller, à cause de la seigneurie du Coin Foucaud. Sur cette moitié du tènement, le prévôt des Essarts percevait un cens de 3 sols, la moitié des terrages pouvant valoir trois septiers de blés ou environ chaque année, et la moitié des dîmes des bêtes et des laines, qui pouvait valoir annuellement douze deniers ou environ (18).

Gorelière
Le même Mathurin Le Bâcle tenait directement, à la même date, de la seigneurie du Coin Foucaud le tènement de la Gorelière (Chauché). Celui-ci était tenu à son tour du prévôt des Essarts, à foi et hommage plein, à rachat, et à douze deniers de service annuel, par René Guinebaud, écuyer. A cette date le tènement ne totalisait que « 8 septrées de terres ou environ et journaux à six hommes de pré et à dix hommes de vigne ou environ » (19).


On a relevé aussi que le prévôt des Essarts touchait deux petites rentes dans la seigneurie de la Chapelle Begouin. D’abord à la Borelière vers la fin du 16e siècle, où le montant n’est pas indiqué (20). Ensuite à la Limouzinière, où il perçoit au milieu du 18e siècle 2 livres 6 sols de la part de deux possesseurs de domaines dans les tènements de la Naulière (village disparu à Chauché) et Benetière (Chauché) (21). Le 10 novembre 1746, le fermier de la prévôté signait une quittance du paiement de la rente annuelle due par le châtelain de la Rabatelière au titre de Languiller et ses dépendances, dont la Chapelle et le Coin Foucaud. Cette année-là le total s’élève à 80 boisseaux de froment, 32 boisseaux d’avoine et 6 livres en argent (22).


La fin du prévôt, du fermier et du châtelain 



Ancien château des Essarts détruit
Six ans plus tard la Révolution française allait mettre fin à la prévôté des Essarts. D’abord, les biens de l’Eglise furent confisqués. La raison en est connue : l’Etat était en faillite financière et il fallait trouver de l’argent. Et les chapitres de chanoines disparurent dans la nouvelle constitution civile du clergé.

Tous les chanoines de Luçon, sauf deux d’entre eux, refusèrent de prêter le serment à la constitution civile du clergé. La loi du 26 août 1792 condamna à la déportation tous les prêtres insermentés, et au bagne les récalcitrants qui refusaient de partir. Le chanoine Bineau s’embarqua pour l’Espagne aux Sables-d’Olonne, le 9 septembre 1792. Il fut ensuite inscrit sur la liste des émigrés, ce qui entrainait confiscation des biens et condamnation à mort. A son retour, avec l’avènement de Napoléon, il fut nommé curé d’Antigny, la paroisse où il était né.

Une partie de l’Aublonnière fut acquise par le notaire de Sainte-Cécile, Gabriel Benesteau, qui en était le fermier général depuis longtemps. Il maria sa fille à Jean Guyet, neveu du fermier de la baronnie des Essarts, Simon Charles Guyet. Cette fille héritera de l’Aublonnière, et le neveu deviendra régisseur du domaine de Linières, appartenant au fils de Simon Charles Guyet.  

Jacques Chateigner habitait la Barette en 1797. C’est à lui que Benjamin Martineau, le gendre de Simon Charles Guyet, donna une procuration pour aller déclarer la succession de son frère, Venant Martineau, mort en combattant au Pont d’Arcole aux côtés de Bonaparte, au bureau d’Enregistrement de Montaigu.

Les archives du fief de la Barette furent conservées au château de Linières jusqu’à sa démolition. Les archives de Linières furent acquises en 1910 par la marquise de Lespinay, qui prêta au châtelain des Essarts, M. de Rougé, la partie concernant la Barette. Le prêt de cette dernière lui permit d’échapper ainsi à l’incendie d’une partie du château de la Mouhée (Chantonnay). Et c’est pourquoi les archives de la Barette sont maintenant conservées aux Archives de Vendée, tandis que celles de Linières ne sont pas accessibles.

Simon Charles Guyet, appartenant au camp des révolutionnaires de Saint-Fulgent, tombera « au pouvoir des rebelles et a été massacré par eux le quatorze mars mil sept cent quatre-vingt-treize en la maison de Durand aubergiste du Chapeau Rouge à Saint-Vincent-Sterlanges, et est mort de ses blessures le lendemain quinze du dit mois de mars. » (23).

Le château des Essarts et une partie des bâtiments de la borderie proche furent brûlés par les républicains. Les biens de la baronnie des Essarts furent confisqués à la suite de l’émigration de son propriétaire. L’épouse du marquis Alexis Louis Marie de Lespinay, Henriette de Montault, racheta le château en mars 1798, ainsi que beaucoup d’autres propriétés de son mari et de son beau-père, parmi lesquelles on trouve une partie de l’Aublonnière.

Le frère du marquis, Charles Augustin, propriétaire de Linières, eut moins de chance. A son retour d’émigration, son domaine avait été racheté par sa femme en 1796, qui le revendit en 1800 à son amant, Joseph Guyet, fils de Simon Charles Guyet, l’ancien fermier des Essarts. Elle obtint le divorce, puis épousa son amant.

Parmi toutes les personnes, les biens, etc. emportés dans la tourmente révolutionnaire, il faut donc compter aussi la prévôté des Essarts.


(1) R. Telliez, Les institutions de la France médiévale, Armand Colin, 2e édition, 2016, page 197.
(2) Archives de Vendée, M. C. Verger, l’aveu de Poiroux du 24 juin 1642, Revue de la Société d’Emulation de la Vendée (1881), page 14 (vue 29).
(3) Archives nationales, chartrier de Thouars : 1 AP/1135, aveu du 16-4-1597 des Essarts à Thouars.
(4) De Grimoüard, Etude sur le prieuré des Mignon (novembre 2001), page 2.
(5) Archives de Vendée, notaire de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/ 7, reconnaissance d’une rente foncière par de Tinguy et Coutant au chapitre de Luçon sur la Chevaleraye, en date du 24-6-1773.
(6) Autexier, Les droits féodaux et seigneuriaux en Poitou de 1589 à 1789, Lussaud (1947), page 71 et s.
(7) Archives de Vendée, catalogue des cultes, fichier historique du diocèse de Luçon, paroisse des Essarts : 1 Num 47/291 (vue 4/38).
(8) Archives de Vendée, notaire de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/10, quittance donnée par le prévôt des Essart à C. Guyet, fermier des Essarts, du 18-4-1783.
(9) Archives de Vendée, Abbés Aillery et Pontdevie, Chroniques paroissiales, Tome 1 (1892), extrait pour le canton du Poiré, page 172.
(10) Archives de Vendée, notaire de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/8, rente viagère de Henri Morand, demeurant à Ardelay, à Pierre Morand, acolyte, du 17-1-1777.
(11) Aide le prêtre et le diacre à l’autel dans les offices liturgiques.
(12) Avance d’héritage du 1-2-1766 constituant un titre clérical, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/4.
(13) Inventaire après-décès en 1666 du mobilier, vaisselle, linge et papiers de Pierre Moreau, Archives de Vendée, chartrier de Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29, page 83.
(14) C. de Sourdeval, Le général baron de Lespinay, Société d’Emulation de la Vendée (1868), page 126.
(15) Arthur David, Documents historiques sur le Forez, Alexis-Jean de Lascaris d’Urfé, marquis du Chastellet, Imprimerie Chorgnon et Bardiot à Roanne, 1891.
(16) Archives nationales, chartrier de Thouars : 1 AP/1135, bail du 10-10-1721 de la baronnie des Essarts à Merland.
(17) En Poitou le terrage était un droit de gerbes de blé et de légumes dus au seigneur par le roturier. Accompagné d’un cens, c’était une simple charge foncière. S’il était seul, sans le cens, c’était un droit seigneurial emportant les autres (lods et ventes etc.). [Louis Marquet, Principes généraux de la coutume de Poitou, (Poitiers-1764),  page 132].
(18) Archives de Vendée, notaire de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/10, acquêt du fief de la Barette par C. Guyet à Jousbert du Landreau, le 30-10-1784.
(19) Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/G 61, aveu du Coin Foucaud et du Vignault du 2-7-1605 par Languiller aux Essarts – deuxième copie, page 23.
(20) 150 J/C 81, seigneurie de la Chapelle Begouin, sentence du présidial de Poitiers, René Bégaud contre le seigneur de la Rabatelière, datée vers la fin du 16e siècle.
(21) 150 J/C 16, acte de gaulaiement et supputation de la Naulière non daté (après 1751).  
(22) 150 J/A 12-4, quittance du 10-11-1746 du paiement de la rente due par Languiller à la prévôté des Essarts.
(23) Acte de notoriété établissant le décès Charles Simon Guyet et les circonstances de sa mort, minute notariale du 7 messidor an 3 (25 juin 1795) de Me Pillenière, notaire de Luçon, Archives de la Vendée 3 E 48/111-étude I, en ligne vues 311-312/416.


Emmanuel François, tous droits réservés
Juin 2013, complété en janvier 2018

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