samedi 1 août 2015

La Machicolière et la Ridolière dont le seigneur fut un prince

S’il était un titre prestigieux autrefois dans la noblesse, c’était bien celui de prince et de Grand d’Espagne, plus considérable que celui de marquis ou de duc. Dignité créée par Charles Quint, le Grand d’Espagne se trouvait juste au-dessous des enfants du roi dans la hiérarchie de la cour. Et dans le fief de la Machicolière à Saint-André-Goule-d’Oie, dans les années 1750, les habitants payaient leurs droits seigneuriaux à l’un d’entre eux. « Belle jambe », pourrait-on penser par devers soi. Quoiqu’ils ne lui en payaient que les trois quart, l’autre quart revenant à des roturiers, les héritiers de Louis Prosper Proust, bourgeois de Saint-Fulgent (voir l’article publié en 08-2013 : La famille Proust de St Fulgent et St André Goule d'Oie).

La situation était néanmoins toute simple. Ce prince était l’héritier par sa mère de la petite seigneurie de la Boutarlière (Chauché). Son propriétaire avait acheté, à moitié avec un roturier enrichi, probablement deux siècles  auparavant, les droits seigneuriaux perçus sur les terres du fief de la Machicolière, situé près du bourg de Saint-André-Goule-d’Oie.

Le prince de Robech


Dans nos récits on voit dans tous les milieux des familles s’appauvrir, et d’autres s’enrichir. Nous sommes donc dans un cas extrême, mais significatif. Une fois de plus cependant la documentation historique existe surtout pour les célébrités qui occupent les échelons élevés de la société, tandis que les habitants eux-mêmes de la Machicolière sont  à peine cités dans les archives. Cela nous donne des récits historiques incomplets et déformés, et dans notre cas centrés sur les titres de propriété des droits seigneuriaux. Ce n’est pas une raison bien sûr pour garder le silence. Alors place au prince !    

  

Il s’agit d’Anne Louis Alexandre de Montmorency (1724-1812), qui fut septième prince de Robech (en Artois, province devenue département du Pas-de-Calais) et Grand d'Espagne de première classe. Un de ses ancêtres avait reçu cette dignité du roi espagnol Philippe IV, à une époque où la province de l’Artois n’était pas encore française (elle l’est devenue entièrement en 1678).

Le prince de Robech, comme il est appelé dans sa déclaration noble de 1753 à Languiller (Chauché), était aussi marquis de Morbecque, comte d’Estaire, vicomte d’Aire et baron d'Haverskerque. Au service du roi de France, il fut colonel du régiment du Limousin en 1744, brigadier en 1748, maréchal aide de camp en 1749, lieutenant-général des armées du roi en 1762. Il fut commandant en chef dans les provinces de Flandre, Hainaut et Cambrésis. En 1753 il habitait Aix-la-Chapelle et donna pouvoir à un avocat et sénéchal de la Forêt-sur-Sèvres pour faire sa déclaration concernant la Machicolière.

Sa mère, Catherine Félicité du Bellay de la Pallue (1708-1727), était morte jeune, après avoir apporté dans sa dot la Boutarlière et les droits sur la Machicolière. Elle avait été dame du palais de la reine d'Espagne. Elle était la fille de Charles comte du Bellay et de Catherine de Joncourt.

Celle-ci était la fille de Marie Gazeau mariée en 1665 avec Philippe de Joncourt, baron de la Forêt-sur-Sèvres. C’était la dernière des Gazeau de la Boutarlière, famille qui possédait ce petit fief de Chauché depuis un siècle et demi (1).

La Machicolière


Ce qu’on appelait le Fief de la Machicolière au 16e siècle était composé de trois terroirs ou tènements différents : Machicolière, Dibaudelière et Ridolière.

La Machicolière
Du bourg de Saint-André on arrive à moins d’un kilomètre de l’ancien village de la Machicolière, en empruntant la voie qui longe le cimetière aménagé dans les années 1870. Il reste encore quelques hectares de prés de chaque côté de cette route, témoins des temps anciens. L’espace est devenu un lotissement résidentiel de maisons à la campagne, souvent bien espacées les unes des autres, comme prenant leur aise, avec leurs belles pelouses, entourées de haies bien taillées. L’ancien village est signalé par une modeste pancarte, et semble avoir été absorbé dans cette urbanisation moderne. Ici tout respire le neuf, et il nous faut faire un effort, fermant les yeux, pour remonter au temps d’Henri IV ! C’était l’époque de la poule au pot, et justement, nous reparlerons d’une poule un peu plus loin.

Commençons d’abord par le village et tènement de la Machicolière. Le village avec son jardin occupait une surface de près de 4 000 m2, comprenant une dizaine de propriétaires en 1654. On imagine l’entassement des maisons avec leurs appentis, granges, « loges » (remises), et « tets » (toits) aux animaux. Le jardin s’appelait le Grand Verger. Les terres labourables du tènement (terroir) totalisaient 248 boisselées et les prés 6,5 journaux. Cela faisait un ensemble d’environ 33 ha répartis sur 25 champs et prés, dont chacun de leur nom est cité dans les déclarations.

Ce qui frappe c’est le caractère immuable des noms et des surfaces en un siècle et demi d’observation, de 1609 à 1753, offerte par les archives de la Rabatelière. On a ainsi le « pâtis du Vivier », dont le nom anticipe probablement l’espace devenu désormais « le hameau du Vivier ». Le nom actuel du lieu-dit « Baillargeau » fait écho au « champ du Baillargeau », écrit par les notaires depuis des siècles.  

Il fallait y ajouter un petit tènement qui en dépendait, appelé « le Bordage », et qui totalisait environ 3 ha, avec son demi-journal de pré et ses 20,5 boisselées de terre, le tout dans 6 champs.

En 1550 l’aveu du Coin Foucaud, seigneurie dont dépendait ces terres, fait état d’une friche à la Machicolière, qui n’existe plus en 1609 (2). Ce petit détail est à rapprocher d’une importante réalité historique. On sait en effet qu’au 16e siècle on défricha partout en France des terres en jachère envahies définitivement de broussailles. Ce fut l’époque de la renaissance démographique du pays et de la croissance des productions céréalières, et autres cultures plus marginales. Les historiens expliquent ce phénomène comme un rattrapage des désastres engendrés par les épidémies de peste, les famines et les guerres. Celles-ci avaient fait périr la moitié de la population française, à la fin de la guerre de Cent Ans, c’est-à-dire au milieu du 15e siècle. Le retour à la paix et l’espacement des épidémies avaient permis une forte croissance démographique de 1450 à 1500, poursuivie sur un rythme plus lent jusque vers 1560. Pour satisfaire la croissance de la demande en céréales, on remit en cultures de vieilles jachères. Et c’est probablement dans ce contexte qu’il faut comprendre la fin de cette friche à la Machicolière.

Ce tènement jouxtait, en direction du sud, le fief de Saint-André constitué par le bourg, la route partant du village jusqu’au Coudray formant sa limite vers l’ouest, le pré du Cormier et le ruisseau d’eau « descendant de l’étang des Noues » le limitant dans les autres directions.

Les propriétaires cités dans la première déclaration de 1609 sont au nombre de cinq : Laurent Brisseau, André Echasseriau, Antoine Brillouet, Abraham Bretin, et une veuve dont le nom est illisible (3). Neuf ans plus tard ils ne sont que trois : Julien Brisseau, Christophe Eschasseriau, la veuve Abraham Bretin (4). Mais en 1654 et 1664 on en trouve onze : François Brisseau, Christophe et Abraham Echasseriau, la veuve Pierre Echasseriau, André Brillouet, André Bretin, François Robin, André Fulneau, Christophe Borderon, Georges Ouvrard, Pierre Pasquereau (5). Un siècle après, en 1753, ils ne sont plus que six : Pierre Girardin l’ainé, Pierre Girardin le jeune, Jean Lardière, les héritiers Antoine Girardin, Jean Mandin, Louis Trotin (6). Malheureusement les déclarations de leurs suzerains ne nous disent pas comment étaient réparties entre eux les surfaces de la propriété du tènement .

La Dibaudelière


Le tènement de la Dibaudelière surprend par son existence. Même le cadastre napoléonien ignore son nom en 1838. Il est sorti du Moyen Âge, situé au nord-ouest de la Machicolière le long du chemin conduisant au Coudray.

Du Coudray vers la Dibaudelière 
(devenue Machicolière)
En 1609 il ne comprend que quelques petites maisons basses appelées masuraux, et des granges. Il nous apparaît comme un habitat en voie de disparition, ou d’absorption par le village voisin de la Machicolière. D’ailleurs ses propriétaires en 1753 sont aussi certains propriétaires de la Machicolière : Pierre Girardin l’ainé, Jean Lardière, Jean Mandin, les héritiers Antoine Girardin. S’y ajoutent : Jean Bordron, François Fluzeau et les héritiers de Pierre Pottier.

Il n’est pas bien important avec ses 21 boisselées de terre et ses 4 journaux de prés (environ 4,5 ha), répartis sur  9 parcelles. Sa survie dans les papiers des notaires doit surtout, nous semble-t-il, à son régime particulier de redevances perçues.

La Machicolière
Touchant le terroir de la Dibaudelière, le seigneur du Coin Foucaud (le nom du fondateur du Coin, Foucaud, sera abandonné après la Révolution), avait donné à rente perpétuelle un petit pré de 0,66 journaux, appelé le « Pré du Cormier », moyennant le paiement d’un cens (redevance féodale) de 4 sols annuels. Le propriétaire du pré s’appelait Boisseau au 16e siècle. Le pré était rattaché au tènement de la Dibaudelière pour sa déclaration (2).

De même on déclarait avec le tènement de la Dibaudelière un autre champ de 6 boisselées appelé le « Pâtis du Vivier ». Il était sujet au paiement annuel de 5 sols à noël.

Indiquons enfin qu’à côté de la Dibaudelière, le seigneur du Coin possédait aussi une garenne (parcelle pour le gibier), dite de « la Vrignonnière » et un bois, dit de « la Dibaudelière ». Le 26 avril 1557, Jules de Belleville, seigneur de Languiller, avait vendu à René Bertrand, seigneur de la Vrignonnière (Essarts), plusieurs domaines, dont cette « garenne à conils située entre le Coudray et la Machicolière à Saint-André-Goule-d’Oie, avec le droit de chasse » (7).

La Ridolière


Le village et tènement de la Ridolière, situé à l’est de la Machicolière, était un tènement particulier, jouxtant celui de la Milonnière. Comme maintenant, il était traversé par « le chemin qui conduit de Saint-André à la Brossière ». C’était le plus petit des trois tènements du fief, mais il était important par son habitat et ses jardins, couvrant l’un l’autre une surface à peu près égale (ensemble environ 2 ha avec les champs en faisant partie).

Il comprenait des maisons, granges, cour, comme tous les villages, mais on avait transformé avant 1609 un ancien « quaireu » (cour) en jardin, appelé le « Jardin Neuf ». L’ensemble du village faisait 2,5 boisselée, comprenant en plus une pièce de terre, appelée « Vigne de Haut » d’une boisselée et demi.

Les parcelles de terre faisant partie du tènement de la Ridolière étaient le « champ de la Herse » (3,5 boisselées) et le « Jardin de l’Ouche » à présent en pré (1/3 de boisselée).  S’y ajoutaient quatre jardins avec chacun son régime propre de redevances féodales. Sont cités invariablement de 1609 à 1753 : le « jardin de la Vigne Chatry » où étaient une maison avec sa grange contenant 4 boisselées, puis le « Jardin du Four » et le « Jardin du Marché », contenant chacun 1 boisselée « à semer lin ». Le « Jardin de la Garnerie » contenait 3 boisselées « à semer lin ». (Voir notre article publié sur ce site en 03-2015 : « Les unités de mesure en usage à St André Goule d'Oie sous l'Ancien régime ».

Cette description relevée dans la déclaration des propriétaires des droits seigneuriaux n’est pas suffisante pour connaitre les propriétés. En particulier ces tenures ainsi décrites pouvaient avoir été divisées ou au contraire regroupées, notamment pour constituer des métairies et des borderies. A cet égard la documentation nous fait grandement défaut, soit chez les propriétaires, bourgeois et petits nobles, soit chez les notaires de Saint-Fulgent. Exceptionnellement on dispose d’un bail pour une borderie de la Ridolière, daté du 4 décembre 1743 (8). Le propriétaire est un bourgeois de Luçon, marié à la fille d’un bourgeois de Saint-André et Saint-Fulgent. Il s’appelle Pierre Coutouly et elle s’appelle Marguerite Proust (Voir notre article publié sur ce site en 08-2013 : La famille Proust de St Fulgent et St André Goule d'Oie). Le texte du bail est  particulièrement court :

« Nous soussignés Pierre Coutouly conseiller du roi et receveur des décimes du diocèse de Luçon et François Fluzeau marchand demeurant au village de la Brossière paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie, sommes convenus ce qui suit, savoir que moi Coutouly ai loué et affermé à François Fluzeau pour neuf années consécutives la première desquelles a commencé de la fête de la Saint Georges dernière la borderie de la Ridolière paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie  tout ainsi qu’elle contient et ce qui a ci devant jouit François Cougnon et Jean Chacun pour et moyennant la somme de cinquante livres pour chaque année que moi dit Fluzeau promet et m’oblige à payer au dit Coutouly en la demeure de Luçon, le premier paiement de laquelle commencera à la fête de Saint Georges prochaine et ainsi continuera tant qu’aura cours la ferme – acquitté les us et devoirs – sur la borderie, en rapporter quittance au sieur Coutouly et de faire recouvrir les bâtiments de la borderie deux fois pendant le cours de la ferme en fournissant par moi à ce nécessaire ….fait double signé le 4-12-1743. »

On relève ici que le preneur est un important propriétaire et marchand de la Brossière qui fera exploiter les terres soit en sous-affermant soit en embauchant des valets. Le prix est convenu en argent au lieu du partage de fruits, habitude fréquente à Saint-André à l’époque. Ce n’est pas dit, mais la surface de la borderie se situe probablement dans la fourchette 2 à 10 ha.


La Ridolière
En 1618, les propriétaires cités sont : Pierre Brisseau, Pierre Robin, René Brocheu et Antoine Guereau. Comme à la Machicolière, ils sont plus nombreux en 1654 : Laurent Brisseau, Pierre et André Robin, Jean et Antoine Guereau, André et Jean Bouffard, René et Mathurin Charriau, Jacques Fulneau et Louis Pierre Hazard. Dix ans plus tard en 1664, on retrouve les mêmes noms, sauf André et Jean Bouffard, remplacés par André et Jean Bousseau (9).

En 1753 la situation a changé évidemment : les héritiers de Pierre Monnereau (syndic de la paroisse), les héritiers de Jean Rondeau, André Bouffard, René, Jean et Jacques Chacun, François Fluzeau (fermier d’une borderie, cité ci-dessus), Valérien Robin, les héritiers Pierre Fonteneau, Jean You.

Les redevances du fief de la Machicolière partagées entre deux seigneurs


La propriété féodale sur ces territoires du fief de la Machicolière ressemble à ce que nous rencontrons ailleurs à Saint-André. Ils dépendaient de la seigneurie du Coin Foucaud, seigneurie née avec le Moyen Âge probablement, et trépassée avec lui. Son château du Coin avait disparu de la vue des habitants de Saint-André-Goule-d’Oie à la date du 27 avril 1609, qui est celle de la plus ancienne déclaration noble conservée dans le chartrier de la Rabatelière pour la Machicolière. Survivaient ses droits seigneuriaux possédés par le seigneur de Languiller depuis au moins la fin du 15e siècle.

Logis de la Boutarlière, style renaissance
En 1609 on constate que ces droits seigneuriaux avaient été vendus par le propriétaire du Coin Foucaud, par moitié au seigneur de la Boutarlière, et l’autre moitié à un roturier (non noble) nommé Brisseau. Le logis de la Boutarlière était une forteresse à but défensif, et non pas de parade, avec douves et pont-levis, remontant sans doute au plus à la fin du 16e siècle.

Les documents ne citent pas le vendeur, mais pour bien d’autres villages de Saint-André-Goule-d’Oie il est connu vers le milieu du 16e siècle : le seigneur de Belleville, alors propriétaire de Languiller et du Coin Foucaud. Il avait besoin d’argent et à vendu les droits seigneuriaux au détail, tènement par tènement dans la seigneurie du Coin Foucaud.

Il a aliéné ses droits, se réservant seulement le titre de fief, dont il rendait l’hommage au baron des Essarts. Nous avons souvent rencontré à Saint-André cette situation un peu compliquée de droit féodal. Parfois, les acheteurs étaient des nobles attentifs à la position de seigneur, et qui ont ferraillé à cette fin devant les tribunaux. Avec la possession des redevances féodales ils voulaient aussi exercer la justice seigneuriale et toucher les droits dus en cas de changement de propriétaires des domaines fonciers. Sauf que le seigneur de Languiller voulait conserver les attributs de la seigneurie, et des conflits sont nés de ces prétentions. Rien de tel à la Machicolière. A croire que pour fâcher les hommes, les situations juridiques propices à alimenter les conflits sont utiles mais pas suffisantes, encore faut-il y « mettre du sien ».

Pourquoi les archives du fief de la Machicolière les plus anciennes ne commencent qu’en 1609 ? La mauvaise conservation des documents avant leur arrivée dans les salles climatisées des Archives départementales de la Vendée est évidente, avec les taches de moisissure, l’encre pâlie, les pliures, les trous de rongeurs, etc. On sait que le château de la Rabatelière, d’où elles proviennent, n’a pas passé la guerre de Vendée sans dégâts. Néanmoins, la grande rareté des documents précédant l’achat de Languiller et ses fiefs annexes par Marie du Fou en 1604 est frappante. Sans les conflits judiciaires qui obligent à copier des textes anciens, on n’a presque rien pour le 16e siècle, et rien avant. Et le plus ancien aveu connu de Languiller et du Coin Foucaud en 1605, recopie un texte antérieur de 1550, alors que beaucoup de personnes citées avaient changé entre temps. Le dommage est irréversible, nous obligeant à formuler des hypothèses sur la période antérieure, sans documents. 

La déclaration du 27 avril 1609 a été écrite par les notaires de la Merlatière à la requête des deux parties propriétaires. Leur compétence territoriale, en tant que notaires seigneuriaux, comprenait le bourg de Chauché, où a été signée la déclaration au bénéfice du seigneur de Languiller.

Les devoirs dus au Coin par  Brisseau et le seigneur de la Boutarlière 


La première partie du texte concerne la seigneurie de la Boutarlière. On sait qu’elle possédait aussi les droits seigneuriaux et une métairie sur le fief voisin de Saint-André à cette date. Elle était représentée alors par la veuve de Léon Gazeau 1e du nom, décédé en 1595. Elle s’appelait « Isabeau de Plouer, dame de la Bransdanière, de la Boutarlière et de la Boissière, demeurant audit lieu de la Boutarlière paroisse de la Chapelle de Chauché ». Comme on le voit elle habitait le logis de la Boutarlière, qui n’a rien à voir avec les palais du roi d’Espagne.

Antoine roi contesté du Portugal
Son mari avait été un « bourlingueur » ayant fait parlé de lui, loin de St André. Il fut un marin éprouvé, à qui le roi de France Henri III permit d’armer pour le roi du Portugal, Antoine, soutenu contre le roi d’Espagne. Léon Gazeau eut deux frères qui fondèrent les branches du Plessis et de la Couperie des Gazeau, et trois sœurs, dont l’une, Gilone, épousa Toussaint Menanteau, seigneur du Coudray à Saint-André.

Isabeau de Plouer, originaire de la Guimenière en la paroisse de Mouchamps, était la fille de Jean de Plouer seigneur de Saint-Benoit. Ce dernier tenait sous l’hommage du Coudray en 1550 (seigneur Audayer) la moitié par indivis du terrage au village et tènement de la Bergeonnière (2). Isabeau de Plouer avait épousé Léon Gazeau le 25 février 1580. Elle était la sœur de Renée de Plouer, épouse de Jacques de Béjarry, seigneur des Giroisières (au tènement de la Brossière à Saint-André). Elle eut un fils, Léon IIe du nom Gazeau, qui épousa en 1613 Marie du Vergier.

La deuxième part à moitié de la propriété des droits seigneuriaux de la Machicolière avait été acquise par un nommé Brisseau, peut-être originaire des Essarts. En 1609 ses héritiers déclarants sont André Brisseau, demeurant à la métairie de la Fregnière en les Essarts, et Mathurin Auvinet, demeurant au village de la Gandouinière « paroisse de Saint-André-de-Goulledois », à cause de Catherine Brisseau sa femme. On les retrouve aussi dans une autre déclaration faite en 1618, qu’ils firent à part du seigneur de la Boutarlière.

Le seigneur du Coin Foucaud percevait deux sortes de redevances :

-        De la part des Brisseau et de la Boutarlière : 3 sols de « service annuel de cens et devoir noble pour la reconnaissance féodale », rendable à la recette de Languiller chaque année à noël. Cette redevance caractérise et prouve le lien vassalique, elle ne représente qu’un montant symbolique à cette époque. C’est qu’il était fixe par nature, c’est-à-dire sans pouvoir être réévalué au fils du temps, malgré l’inflation de la monnaie et la hausse des prix. 

-     De la part des teneurs (propriétaires) de la Machicolière et de la Ridolière : une redevance de 8 chapons et 1 poule, à la toussaint et à noël par moitié, et à porter à Languiller. La Machicolière contribuait pour 3 chapons, le Bordage pour 2 chapons, et la Ridolière pour 3 chapons et 1 poule, dont 2 chapons pour les teneurs du jardin de la Vigne Chatry, 1 poule pour les teneurs du jardin de la Garnerie et 1 chapon pour les teneurs du jardin de l’Ouche.

On reste étonné de la conservation de cette redevance par le seigneur de Belleville quand il a vendu ses droits seigneuriaux. Les historiens, avec leur histoire de poule au pot d’Henri IV, ont visiblement vu juste dans leur insistance à la rappeler au fil du temps, à un point insoupçonné ! Deux siècles après, Languiller percevait toujours la volaille. Comment s’étonner après cela que la célèbre marque du voisin volailler, « Maître CoQ », soit née à deux kilomètres de la Machicolière !

Plus sérieusement, on peut proposer l’explication suivante. D’abord la consommation de viande bovine était rare et réservée aux riches. La viande de volaille était alors l’un des plats préférés des personnes aisées de la bourgeoisie et de la petite noblesse des environs. D’autant que le bouillon de poule était souvent recommandé pour les malades. Ensuite il fallait du grain pour élever des poules, et on en a manqué un siècle plus tôt quand la mort décima la moitié des habitants. Si les dates de la renaissance démographique et de la croissance céréalière que nous avons citées plus haut sont celles retenues au niveau du royaume de France, nous ne sommes pas sûrs qu’elles s’appliquent de la même manière dans la région. Et on connait le poids de la mémoire dans les mentalités. C’est ainsi que la génération des Français, qui a connu les restrictions alimentaires de la deuxième guerre mondiale, s’en est souvenue toute sa vie. Bref, Jules de Belleville, car il s’agit probablement de lui, habitait Languiller en 1560 avec sa femme, Jeanne du Bouchet, originaire de Puy-Greffier (Saint-Fulgent), et tenait à ses chapons et à sa poule de la Machicolière.

La Boutarlière et les héritiers Brisseau se partageaient par moitié entre eux les autres droits seigneuriaux perçus. Ces droits étaient différents pour chaque tènement.

Les devances perçues sur la Machicolière


Les terres de la Machicolière étaient sujettes au droit de terrage (ou champart) consistant à prélever 1/6 des récoltes après la perception de la dime ecclésiastique (celle-ci en général 1/13 ou 1/16 en Bas-Poitou, avec un petit droit de boisselage à Saint-André). Nous avons décrit toutes ces redevances dans notre article publié en 02-2014 : Les droits seigneuriaux sur les roturiers de la Chapelle Begouin à Chauché. La situation était la même à Saint-André-Goule-d’Oie. Le terrage était une charge importante on le voit, qui retombait sur les exploitants, car les propriétaires le faisaient supporter à leurs fermiers et métayers. Les historiens modernes, comme Emmanuel Le Roy Ladurie, minimisent l’importance du terrage ou champart au 16e siècle en France, sauf exceptions régionales précise celui-ci (10). La Machicolière, et la petite région environnante, entrent donc dans ces exceptions.

A côté, les autres redevances féodales avaient perdu beaucoup de leur importance à cause de l’inflation monétaire, et relevait surtout du symbole. Mais l’accumulation de toutes les redevances avec les impôts ecclésiastiques et royaux finissait par représenter dans la région une charge considérée à juste titre comme excessive depuis, même en se gardant de la propagande qui a généralisé pour tout le royaume. Il faut aussi souligner que l’impopularité de ces charges s’est surtout concentrée aux 16e et 17e siècles sur les impôts royaux, signes pourtant de modernité avec la naissance de l’Etat. Sauf que cet Etat était loin, représenté par le personnel des fermes collectrices d’impôts, et voulait ainsi financer ses guerres. Aurait-il voulu financer des hôpitaux à la place, que l’impopularité n’aurait sans doute pas cessée. Leur tord essentiel résidait dans leur nouveauté. A cet égard, les charges seigneuriales, pourtant payées sans contrepartie de service, ont été longtemps mieux acceptées.    

A la Machicolière, une Ouche (« le Pâtis de l’Etang ») et un jardin (« la Grande Motte ») seulement ont été « francs » (libre) de terrage pendant toute notre période d’observation. On appelait « ouche » à l’origine, un champ près d’un habitat dont la destination était laissée à la libre disposition de l’exploitant (jardin, verger, pré ou culture). Il n’était jamais mis en jachère provisoire, à la différence des terres labourables habituelles. 

Les anciennes corvées de charrois, pratiquées par les seigneurs du Coin Foucaud, avaient été transformées, probablement vers la fin du Moyen Âge, en rente, majorant celles existantes. Seules subsistaient celles des fermiers et métayers sur le fondement contractuel de leur bail. Mais ces corvées ne semblent pas avoir existé à la Dibaudelière, ni à la Ridolière.

Le total des cens et rentes payés par les propriétaires de la Machicolière en 1550 était de 79 sols et 8 deniers. En 1609 il est de 84 sols et 8 deniers, et restera à ce niveau jusqu’en 1753. Chaque année étaient perçus :
-        à la fête de Notre Dame en août : 22 sols,
-        à la fête de Saint Michel : 13 sols 4 deniers
-        à noël : 36 sols
-        et à la fête de Pâques : 13 sols 4 deniers

Rappelons qu’il fallait 12 deniers pour faire un sol (ou sou) et 20 sols pour faire une livre. Le louis d’or valait 24 livres et l’écu 3 livres. Pour se faire une idée de ce que représentaient ces montants, indiquons qu’à l’époque de Louis XIV une livre de viande valait 5 sols, une livre et demi de pain valait 3 sols et un repas frugal dans une auberge 5 sols. Et puis ces montants de redevances étaient répartis entre tous les teneurs (propriétaires) en proportion de leurs surfaces possédées.

Dans une société qui ne concevait pas la séparation du religieux et du temporel, on voit que les fêtes religieuses constituaient le repère habituel du calendrier.

A ces droits dus au seigneur suzerain s’ajoutaient d’autres redevances particulières :

     à la Boutarlière était due une redevance en nature de 8 boisseaux de seigle, 8 boisseaux d’avoine (les boisseaux d’avoine étaient appelés « rais » suivant les époques), et 7 chapons, chaque année à la toussaint, « à cause de certains arrentements faits aux teneurs de la Machicolière par les prédécesseurs seigneurs de la Boutarlière ». Les arrentements avaient consisté à vendre des biens immobiliers, probablement du foncier, moyennant une rente perpétuelle. C’était une forme de crédit, de nature différente de la rente féodale, car amortissable (rachetable) dans certaines conditions.

Le texte ne nous donne pas la période de ces arrentements, mais ils ne remontent probablement pas très loin dans le temps pour qu’on en fasse état. A cet égard ils apparaissent à contre-courant de la pratique de la noblesse en d’autres régions du Poitou, qui, à partir du 16e siècle, a préféré racheter les tenures auparavant accensées, plutôt que de continuer à en accenser de nouvelles (Voir la thèse de Louis Merle sur la Gâtine poitevine publiée en 1958).  

-        A la seigneurie de la Roche de Chauché était due une rente de  16 boisseaux de seigle (1 boisseau valait 17 kg environ). Située à la sortie du bourg de Chauché vers la Rabatelière, cette seigneurie possédait d’autres rentes sur Saint-André, dont nous ignorons la nature pour l’instant.

-        Au prieur de Saint-André une autre rente de 16 boisseaux de seigle aussi due à la mi-août. On sait que cette rente, versée aussi à la Bergeonnière, était due autrefois à un chapelain de Sainte-Catherine, que nous n’avons pas encore repéré. Cette propriété ecclésiastique trouve probablement son origine dans un don.

-        Enfin une rente de 8 boisseaux de seigle était due à des particuliers du village comme héritiers et successeurs d’un nommé Crespeau de Saint-Fulgent. Celui-ci avait été marchand dans le bourg et avait dû s’enrichir, obligeant ensuite certaines personnes ayant besoin d’argent. Les créanciers-rentiers servaient de banquiers à une époque où ceux-ci étaient en nombre limité, à cause de l’interdiction de principe du commerce de l’argent alors par l’Eglise catholique. En 1654 ces particuliers s’appelleront Fulneau et Brisseau. En 1753 la rente a disparu du texte ; soit elle a été rachetée, soit on a considéré qu’elle n’avait plus sa place dans une déclaration non concernée par elle, du seigneur de la Boutarlière.

Toutes ces rentes sont précisées « à la mesure des Essarts », propre à cette châtellenie, et différente de celle de Montaigu par exemple. La paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie entrait dans le champ de compétence territoriale de la haute justice seigneuriale de la baronnie des Essarts.

Cette liste n’est pas exhaustive. D’autres rentes, dues en dehors de toute relation féodale, pouvaient exister comme nous venons de le constater.

En particulier, nous savons que l’épouse du seigneur des Roches-Baritaud à Saint-Germain-de-Princay, Françoise Gourdeau, possédait une rente de 16 boisseaux de seigle sur le tènement de la Machicolière et Ridolière. Elle la vendit en 1684 à Jeanne Royer, habitante comme elle de la paroisse des Chapelets (devenue la Ferrière) (11).

Dans les archives du notaire de Saint-Fulgent, on a trouvé une rente due par les propriétaires de la Machicolière à Jean François Fluzeau de la Brossière de 1,5 boisseau de froment et de 9 boisseaux et 1/16 de seigle. Elle avait fait l’objet d’un titre de reconnaissance en 1757 et elle a été payée jusqu’à la guerre de Vendée. Jean François Fluzeau réclama dans les années 1810 le paiement des arriérés aux propriétaires, remontant à cette guerre. Ceux-ci n’étaient pas d’accord sur le montant et la nature des céréales. Il intenta un procès en 1811 et 1812, qu’il gagna (12).

On remarquera la prédominance du seigle et l’absence de froment, révélateur du type de cultures au Moyen Âge à Saint-André sur des terres trop acides. On sait qu’au cours du 17e siècle certaines rentes ont évolué vers le froment dans la paroisse, mais pas à la Machicolière, où il fallut attendre pour cela le 18e siècle.

Pour terminer, indiquons que se percevait une dîme féodale sur les teneurs, de 2 agneaux et 2 toisons de laine de brebis chaque année.

Ce que nous venons d’exposer concerne le tènement de la Machicolière proprement dit, le tènement du Bordage qui lui était  rattaché avait son régime propre. En plus du terrage, il devait 9 sols de rente en 1550, maintenus dans la déclaration 1609 et les suivantes.

Les redevances perçues à la Dibaudelière


Pour la Dibaudelière, le seigneur du Coin Foucaud indique en 1550 que dans une période antérieure, ses prédécesseurs ont vendu les trois hectares du tènement aux teneurs de la Machicolière moyennant une rente annuelle et perpétuelle en argent de 40 sols 1 denier. S’y ajoutait une autre rente annuelle de 8 boisseaux de seigle, le tout payé par les teneurs de la Machicolière. Voilà encore une nouvelle vente de tenures par un seigneur, à l’opposé du rôle de rassembleur (par rachats) de tenures exercé par les seigneurs de la Gâtine poitevine à partir du 16e siècle (Bressuire et Parthenay). Ceci explique le nombre plus faible de grandes métairies à St André, comparé à cette région des Deux-Sèvres, et le nombre plus important de petits propriétaires. 

Dans la déclaration de 1609 on voit que le cens, arrondi à 40 sols, a été vendu à la Boutarlière et au sieur Brisseau avec les autres droits.

En revanche, la rente de 8 boisseaux de seigle avait dû être vendue à d’autres personnes. En 1618, elle est payée à René et François Paineau, chaque année à la mi-août. En 1654 et 1664 elle est payée à Jacob Arnaudeau, soit héritier, soit acquéreur de cette rente. Et en 1753 il est indiqué qu’elle a été acquise par François Fluzeau, originaire de la Brossière, auprès des héritiers de Jacob Arnaudeau.

François Fluzeau revient à nouveau dans notre récit, révélant au passage un mode d’ascension sociale classique à l’époque : propriétaire, puis marchand. Si l’histoire de la famille se poursuivait dans la tradition, un fils ferait des études, achèterait un office et ferait un bon mariage, et un petit-fils pourrait être anobli par son office. Mais 1789 n’est pas loin, qui changera la tradition, en partie.


Les redevances perçues à la Ridolière


A la Ridolière le seigneur du Coin Foucaud percevait en 1550 une dîme et un cens, mais pas de terrage. Le droit de dîme portait sur « les agneaux, veaux et pourceaux, laine et lenfait (lin) naissant, croissant et régissant sur les dits lieux de la Ridolière ».

Les troupeaux de mouton avaient toujours  tenu une place importante dans la région depuis au moins le Moyen Âge semble-t-il. Elevées un peu pour la viande, les bêtes « bélines » fournissaient surtout la matière première de l’artisanat textile local, avec leurs toisons de laine.

De plus, la culture du lin pratiquée à Saint-André-Goule-d’Oie jusqu’au 19e siècle, alors que la culture du chanvre y parait quasi inexistante, venait compléter la laine pour alimenter sur place le travail de filature et de tissage. Les seigneurs lui ont appliqué la dîme, dont le prélèvement (de l’ordre de 8 %) représentait la moitié du terrage sur les autres cultures au 1/6 « des fruits croissant par labeur » suivant la formule habituelle. Le quantum de la dîme prélevée n’est pas précisé. On sait qu’il était souvent de 1/12 ailleurs à Saint-André. Elle a été vendue elle aussi, achetée par le seigneur de la Boutarlière et le nommé Brisseau, qui l’ont perçue sans changement.

Le cens ou « devoir noble » était de 11 sols, 3 chapons et 1 poule. On sait que le seigneur de Languiller a conservé sur trois parcelles précisément désignées un prélèvement de 3 chapons et 1 poule, et il a vendu la redevance de 11 sols.

Pour cette dernière, chaque partie du tènement était désormais taxée de manière indépendante des autres, dès la déclaration de 1609 de ses nouveaux propriétaires.

D’abord le village avec son champ appelé « la Vigne de Haut », devait 4 boisseaux de seigle par an rendable à la mi-août en la demeure de ses possesseurs.

Les autres parcelles devaient une redevance en argent, payable chaque année à noël :
Le jardin de la Vigne Chatry : 5 sols
Le Jardin du Four : 6 deniers
Le Jardin du Marché : 6 deniers
Le Jardin de la Garnerie : 2 sols
Le Jardin de l’Ouche, devenu pré : 8 deniers
Le Champ de la Herse : 12 deniers
Pour qui aime les situations simples, mieux vaut ne pas s’attarder à la Ridolière !

Les lods et ventes et le droit de justice


Au terme de cette description des redevances féodales annuelles, il faut ajouter les droits perçus à l’occasion des changements de propriétaires des biens immeubles (dot, héritage, vente). Le nouveau propriétaire devait payer un droit au seigneur de qui dépendait le bien. On l’appelait « lods et  vente » ou « vente et honneur », et en Poitou il valait 1/6 de la valeur du bien. On sait qu’en d’autres villages de Saint-André (le Coin, la Boutinière, etc.), on s’est battu devant les tribunaux pour savoir à qui devait revenir ce droit entre l’acquéreur des droits féodaux et Languiller, titulaire du droit de fief. A la Machicolière, le seigneur de Languiller n’a jamais rien touché et ne semble pas s’en être jamais plaint. Normalement, il faudrait en voir la raison dans le contrat d’acquisition des droits, probablement clairement rédigé sur ce point précis.

Par contre, le droit de justice, qui lui aussi a constitué ailleurs une pierre d’achoppement comme les lods et vente, n’est jamais évoqué dans les déclarations conservées pour la Machicolière. Cela veut dire qu’il restait de la compétence du seigneur de Languiller, si on se réfère à la  règle de la coutume du Poitou.

Les héritiers Brisseau, possesseurs d’une moitié des redevances


Revenons maintenant aux propriétaires de ces droits seigneuriaux.

Du côté des héritiers Brisseau, Mathurin Auvinet de la Gandouinière est décédé à Saint-André-Goule-d’Oie le 10 octobre 1647 (vue 6 sur le registre paroissial accessible sur le site internet des Archives départementales de la Vendée). En 1654, le déclarant habitant la Gandouinière s’appelle Guillaume Auvinet, probablement le fils de Mathurin, mais nous n’avons pas pu l’établir. On sait seulement que ce dernier est décédé à Saint-André-Goule-d’Oie le 24 septembre 1672 (vue 43), veuf de Marie Crespeau. En 1664 il a été à nouveau déclarant avec Alain Auvinet, sans doute son frère.

Succédant à André Brisseau on a en 1654 René Bertrand, demeurant à la Goupillère en la paroisse de Saint-Martin-des-Noyers. Sur eux non plus on n’a rien trouvé dans les registres paroissiaux. René Bertrand est soit héritier soit acquéreur de cette portion des droits seigneuriaux perçus à la Machicolière. En 1664 c’est Pierre Bertrand le déclarant, héritier du précédent, probablement un fils. Et leur histoire s’arrête là, car la déclaration de 1753 n’a été faite que par le seigneur de la Boutarlière, prince de Robech. La déclaration du propriétaire de l’autre portion des droits n’a pas été conservée dans les archives accessibles.

Les seigneurs de la Boutarlière, possesseurs de l’autre moitié des redevances


En 1654 le seigneur déclarant de la Boutarlière est René Gazeau, fils de Léon Gazeau IIe du nom et de Marie du Vigier. Il avait un frère, David, qui se fera appeler à la même époque seigneur de Saint-André-Goule-d’Oie, à cause des possessions de la famille dans le bourg, appelé fief de Saint-André-Goule-d’Oie. Ils possédaient aussi la métairie de la Frissonière (les Essarts) en 1740 (13). Suivant la tradition familiale, les garçons étaient militaires. René Gazeau fut un fameux protestant, qui, selon les dires dans la tradition du pays, se déguisa en prêtre, alla à Paris où il dit plusieurs messes par jour, tant qu’il crut y être inconnu (14).

En 1664, c’est Renée Bonnevin qui déclare pour le seigneur de la Boutarlière. Elle était l’épouse de René Gazeau, décédé le 21 janvier 1662 à l’âge de 42 ans. Une partie de sa pierre tombale était encore visible en 1967 sur une maison de la Charillère, récupérée dans un champ près de la maison de la Boutarlière (15).

Renée Bonnevin s'était mariée le 25 mai 1644, elle était donc veuve en 1664 et fit sa déclaration au nom et comme mère et tutrice de sa fille Marie Gazeau. Elle n’habitait pas à la Boutarlière en 1664, mais à la Haute Braconnière (Dompierre-sur-Yon selon le dictionnaire toponymique de la Vendée, accessible sur le site internet des Archives départementales de la Vendée).

Elle s’est fait un nom parmi les jurisconsultes commentateurs de la coutume du Poitou à propos du droit de rachat. Mariée sous le régime de la séparation de biens, elle prétendait de ce fait n’avoir pas l’obligation de faire la foi et hommage, suite à son mariage, pour un bien noble lui appartenant. Cela lui permettait d’éviter le paiement du droit de rachat à cette occasion. C’est que la coutume du Poitou prévoyait l’obligation de faire la foi et hommage dans le cas du mariage du vassal. Le parlement de Paris lui donna tort, considérant qu’on ne pouvait pas laisser l’obligation de foi et hommage à la discrétion d’une formule de contrat de mariage choisie par le vassal (16).

Sa fille, Marie Gazeau, épousa en 1665 Philippe de Joncourt baron de la Forêt-sur-Sèvres, et seigneur de Ville-Arnoul, un protestant qui s’est réfugié à La Haye en 1687 après la révocation de l’édit de Nantes (17). Il se distingua ensuite sur les champs de bataille pour le compte des souverains protestants d’Angleterre et de Hollande.

Néanmoins sa descendance sut faire carrière dans un des bastions les plus solides de la catholicité européenne d’alors : le royaume d’Espagne. Leur fille, Catherine de Joncourt, restée en France, fut probablement suivie de près pour la garder dans le camp catholique. On lui fit épouser Charles comte du Bellay. Il fut chevalier de l’ordre de Malte, un étendard du camp catholique. Héritière de la baronnie de la Forêt-sur-Sèvres et de la seigneurie de la Ville-Arnould, Catherine de Joncourt entra donc dans la branche des seigneurs de La Pallue et des Buarts de la famille du Bellay. Les livres ne citent pas, à tort, sa seigneurie de la Boutarlière, sauf bien sûr celui relatant son histoire, écrit par Xavier Aimé (18). Joachim du Bellay, poète français (1522-1560) de la Pléiade, est apparenté à cette famille.

Catherine de Joncourt eut deux filles. La première épousa Charles François d’Estaing, marquis de Saillans, mort en 1686 sans postérité.

Ranc : Portait de Louise d’Orléans 
reine d’Espagne
La deuxième, Catherine Félicité du Bellay, épousa Anne Auguste de Montmorency (1679-1745), cinquième prince de Robecq et Grand d’Espagne. Elle fut elle-même dame d’honneur de Louise Elisabeth d’Orléans, reine douairière d’Espagne et veuve de Louis Ie, alors que son mari était Grand-Maître de la maison de la reine. C’est la mère de notre prince de Robech déclarant en 1753 pour ses droits sur le fief de la Machicolière.

A cette dernière date on note que la portion des droits appartenant au seigneur de la Boutarlière est des ¾ au lieu de la ½ auparavant. Il avait acquis une partie de l’autre portion, avec Louis Prosper Proust. Le quart restant appartenait en effet aux héritiers de ce dernier en 1753.

Ces droits sur la Machicolière sont perçus par Pierre Garnaud, suite au renouvellement, le 2 septembre 1753, de la ferme de la maison noble de la Boutarlière, pour 5 ans à commencer à la Saint Georges 1755. Pierre Garnaud est notaire et procureur, demeurant à la Boutarlière avec son épouse Marie Madeleine Monnereau. Le bail fait suite à celui consenti le 27 juin 1749 à Pierre Monnereau (beau-père de Pierre Garnaud). Le prix annuel de la ferme est de 1 500 livres. Il comprend l’exploitation de la métairie, des bois, du moulin à vent, des vignes à complant, des redevances seigneuriales, etc. La métairie est garnie par le preneur de gros bétail pour la somme de 1324 livres, plus 86 livres pour les brebis et 45 agneaux. Au titre des menus suffrages, le preneur doit une douzaine de perdrix, qu’il doit porter à la messagerie des Landes-Genusson pour les faire conduire « en l’hôtel dudit seigneur de Montmorency à Paris, rue Grenel, faubourg Saint-Germain, dont ils paieront le port » (14).

En 1770, le prince de Robec vendit le fief de la Boutarlière, avec les droits sur la Machicolière, à Jacques Grégoire Boutillier, notaire et procureur fiscal, habitant Mortagne-sur-Sèvres. Sa fille, Marie Françoise Boutillier, épouse de René Merland, en hérita (18).

On voit ainsi dans l’histoire des droits seigneuriaux de la Machicolière, que bien avant leur suppression en 1789, ils avaient pris une distance certaine avec la notion même de seigneur féodal. Attachés à la naissance de la propriété censive ou roturière, ces droits n’étaient plus compatibles avec la notion moderne de la propriété, que la Révolution française va élever au rang des droits de l’homme.

Quant aux découpages anciens de l’espace en tènements, ils disparurent avec les droits qui les avaient vus naître. Quand les géomètres du cadastre napoléonien vinrent à la fin des années 1830 à Saint-André-Goule-d’Oie, ils découpèrent l’espace à partir des parcelles existantes de propriétés, regroupées dans des sections cadastrales de plusieurs dizaines d’hectares à chaque fois.

Les anciens tènements du fief de la Machicolière se retrouvèrent dans la section D du Bourg en 1838, comprenant six sous-sections dont l’une porte le nom de la Ridolière (sous-section no 5). Le village de la Machicolière avec son jardin se retrouvèrent dans la sous-section no 6, dite du Bourg. On chercherait en vain à établir une correspondance entre le cadastre et les anciens tènements, même si les noms des champs, des prés et des jardins ont perduré pour beaucoup dans la suite des siècles.
Enfin, on remarquera que si les tènements ont servi de base aux « droits seigneuriaux », le cadastre, lui, a servi de base aux « contributions directes ». Et ici, chaque siècle a choisi ses mots en fonction de sa sensibilité propre.  


(1) Louis-Pierre d’Hozier, Armorial général ou Registres de la noblesse de France, Firmin Didot, 1865 (reproduction de l’édition originale de 1738), Registre second, 5e livraison, page 457.
(2) Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/G 61, aveu du Coin Foucaud et du Vignault du 2-7-1605 par Languiller aux Essarts.
(3) 150 J/G 37, déclaration noble du 27-4-1609 de Plouer (de), Brisseau et Auvinet à Languiller pour des droits seigneuriaux au fief de la Machicolière.
(4) 150 J/G 37, déclaration noble du 3-4-1618 de Brisseau et Auvinet à Languiller pour des droits seigneuriaux au fief de la Machicolière.
(5) 150 J/G 37, déclaration noble du 2-3-1654 de Gazeau, Bertrand et Auvinet à Languiller pour des droits seigneuriaux au fief de la Machicolière.
(6) 150 J/G 37, déclaration noble du 1-9-1753 du prince de Robech à Languiller pour des droits seigneuriaux au fief de la Machicolière.
(7) 150 J/A 11, affaire du chemerage de la seigneurie des Bouchauds, copie du 11-7-1702 de cinq documents à la demande du seigneur de la Vrignonnière.
(8) Archives départementales de la Vendée, Don Boisson : 84 J 30, bail de la borderie de la Ridolière du 4-12-1743.
(9) 150 J/G 37, Languiller Machicolière, déclaration noble du 28-6-1664 de 4 teneurs à Languiller pour les droits seigneuriaux sur le fief de la Machicolière.
(10) Emmanuel Le Roy Ladurie, Histoire des paysans français de la peste noire à la Révolution, Seuil-PUF 2002, page 199.
(11) 150 J/G 44, vente du 30-7-1684 de Françoise Gourdeau à Jeanne Royer de diverses rentes perçues à Saint-André-Goule-d’Oie, Boulogne et St Fulgent.
(12) Archives de Vendée, étude des notaires de Saint-Fulgent, Frappier 3 E 30/138, jugement de condamnation du 29 avril 1812 au procès Fluzeau/Bordron.
(13) 150 J/G 117, déclaration roturière du 21-7-1740 de 6 teneurs à Languiller (Charles Louis Chitton) à cause du fief Pothé pour raison de domaines au village du Clouin.
(14) Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 29-2 notes sur la Boutarlière.
(15) Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 18-2 notes sur la famille Gazeau.
(16) Jean Lelet, Observations sur la coutume du Poitou (1710), page 260.
(17) François Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, Badier, Dictionnaire de la noblesse, contenant les généalogies, l'histoire & la chronologie des familles nobles de France, 1774, page 156.
(18) Xavier Aimé, La Boutarlière ou le passé retrouvé, édité par l’auteur. Archives de la Vendée : BIB MEM 455.

Emmanuel François, tous droits réservés
Août 2015 complété en juin 2018

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