vendredi 1 avril 2016

La Milonnière de Saint-André-Goule-d’Oie sous l'Ancien Régime

Le terroir de la Milonnière à Saint-André-Goule-d’Oie, tel qu’il apparaît dans les archives qui parlent de lui, présente la particularité d’une vente dispersée de ses droits féodaux après le Moyen Âge.

La Milonnière en 1550


Milonnière à la Croix Fleurette
Dans un aveu de 1550 il est confronté avec le fief de Saint-André (constitué en gros par le bourg de la paroisse et une métairie vers l’ouest), et bordé aussi par les territoires de la Machicolière, de la Ridolière et des Noues. Au 17e siècle on relève les chemins qui le traversent ou le bordent, et qui devaient exister déjà depuis longtemps. On a le chemin qui conduit de St André au village du Pin, aussi appelé chemin de Saint-André à Sainte-Florence. D’autres chemins de moindre importance sont aussi cités : de la Milonnière à la Croix de Lhomeau, de Saint-André à la Ridolière, de la Milonnière aux Barains, et le chemin de St André à l’Aubrier. Certains de ces noms de lieux ont disparu depuis.

Cette proximité avec le bourg de Saint-André et le village de la Ridolière, n’était pas celle des maisons comme maintenant, plutôt celle des champs alors. Les espaces habités, avec leurs petites maisons, étaient plus nombreux qu’aujourd’hui, mais occupant peu de surface au sol. Et pas de façades blanches, ni de clôtures, ni de pelouses autour des maisons, mais le gris des murs en pierres de schiste et celui des toitures en végétal séché, à côté de celles en tuiles. Les couleurs de l’habitat sont devenues plus lumineuses et plus joyeuses. Mais il y a moins de vert qu’autrefois. Les nouvelles maisons ont fait disparaitre beaucoup de champs et de prairies. Une permanence néanmoins sur un lieu-dit : la « Croix Fleurette » était déjà citée en 1606.

Dans une origine plus lointaine, ce territoire constituait un domaine possédé directement par les seigneurs du Coin Foucaud, lit-on dans un aveu. Il a ensuite été baillé par eux à ferme perpétuelle, toujours avant 1550 (1). Il contenait alors en jardins 10 boisselées, en prés huit journaux, et en terres labourables et jachères quatre septrées et demi, ce qui fait un total de 14 hectares environ, plus des surfaces incultes dont on ignore l’importance (2). La ferme perpétuelle se payait par les redevances annuelles suivantes en 1550 à Claude de Belleville (1507-1564), seigneur de Languiller :
      rente de trois septiers quatre boisseaux seigle (52 boisseaux au total ou 8,8 quintaux) à la mesure des Essarts,
-        cens de cinq sols neuf deniers,
-        et droit de dîmes de deux agneaux de l’année (1).

Ce qu’on remarque, c’est l’absence à cette date de droit de terrage, consistant à prélever une part des récoltes (habituellement 1/6). On a déjà fait ce constat à la Chevaleraye et à la Javelière, et ce n’est pas forcément un avantage. L’importance de la rente en nature compensait l’absence du droit de terrage, avec l’inconvénient, en étant fixe, d’être aussi élevée dans les mauvaises années que dans les bonnes.

La dispersion des redevances seigneuriales perçues sur le tènement


En 1606 et 1619, deux déclarations roturières faites chez des notaires de la Merlatière par les douze propriétaires du tènement nous renseignent de quelques changements (3). D’abord on y trouve le nom de ces propriétaires, trois bourgeois importants de la paroisse, Georges et Félix Proust et François Moreau. Les autres s’appellent : Guibreau (Mathurin, Antoine), Guereau (Françoise), Brisseau (Pierre), Robin (Pierre, André, Jeanne, Jacquette, Valérien), Borchet (René), Aparilleau (Jean), Rahraire (Pierre), Eschasseriau (Christophe, Maurice), Rochereau (Pierre), Bordier (Jacques). Ils n’habitent pas tous au village, comme Pierre Pasquereau, autre nom cité par exemple, qui habite la Ridolière, ou André Boussard, ou Jean Boisseau, ce dernier habitant aux Essarts.

Goimetière (Essarts)
Le premier changement concerne la rente de 52 boisseaux de seigle. Elle a été vendue par Jules de Belleville (frère de Claude cité plus haut), seigneur de Languiller, à plusieurs particuliers du village de la Goimetière (un km à l’ouest du bourg des Essarts). Le deuxième est le paiement de deux tailles d’un même montant de 15 deniers. La première à payer à la St Jean Baptiste à cause de la seigneurie de Languiller, la deuxième à payer à noël à cause du fief de la Raynard (sud-ouest du bourg des Essarts).

En 1651, la rente noble foncière de 52 boisseaux de seigle, payée par les propriétaires de la Milonnière, a fait l’objet d’une déclaration noble à Languiller par ses cinq propriétaires. Ceux-ci ont changé en un siècle bien sûr, à cause des successions, ventes ou dons. On a toujours trois particuliers, mais s’y ajoutent le curé de Saint-André, Pierre Moreau, qui en possède 12%, et un chanoine de Luçon, Pierre Charron, qui en possède 29%. Ils donnent ensemble chaque année à noël, pour la possession de cette rente, 12 deniers de cens à la seigneurie de Languiller (4). Pierre Moreau avait acheté sa part, soit 6,25 boisseaux, le 23 mars 1650 pour 120 livres à François Gaucher et Marie Mandin veuve en secondes noces de Me André Navarre. Cette rente portait alors le nom de rente de la Goimetière (5)

En 1751, les droits roturiers perçus par le seul seigneur de Languiller sur les propriétaires de la Milonnière, se résument à (6) :
-        2 agneaux à la St Jean Baptiste pour droit de dîme,
-        12 deniers de service à noël et 12 deniers à la St Jean Baptiste,
-        2 sols 6 deniers de cens.

Un droit particulier apparaît alors, le droit de linage qui était une redevance sur le lin, d’un montant de 3 deniers à la Milonnière (7). Peut-être s’agissait-il d’une redevance sur la pratique du rouissage du lin, car la culture elle-même pouvait être soumise au terrage, comme on l’a vu dans les environs, ou au droit de dîme. A moins que ceux-ci aient été arrentés en ce droit particulier qu’on ne rencontre qu’à la Milonnière pour Saint-André.

Un amasseur de terre en action à la Milonnière au 17e siècle


Milonnière
Les archives de la famille Moreau concernant la Milonnière nous confirment par un exemple comment se sont constituées certaines borderies ou métairies, à Saint-André-Goule-d’Oie comme ailleurs. Dans une déclaration roturière, datée vers 1675, Pierre Moreau, sieur du Coudray, qui habitait dans le bourg de Saint-André, déclare tenir du seigneur de Languiller à cause de son fief du Coin Foucaud, des parcelles de terres dans le tènement de la Milonnière, qu’il énumère en indiquant l’antériorité des propriétés (8).

D’abord son grand-père françois Moreau a acquis d’un nommé Bousseau au début du 17e siècle deux parcelles d’une surface de 9 gaulées (1,4 are). Puis son père Jacques, le fermier de Linières (ou régisseur ou procureur fiscal), a acheté une maison au village et 14 parcelles totalisant 3,8 hectares. Et lui-même a acheté une autre maison et 17 parcelles totalisant 1,9 hectare. Ainsi, sur plusieurs dizaines d’années, la famille Moreau a placé une part de ses revenus pour constituer une borderie à la Milonnière, modeste certes avec ses 7,1 hectares, mais de dimension significative pour l’époque.

Ce rachat progressif s’est fait parce qu’il y eu des vendeurs possédant de trop petites surfaces, les héritages ayant morcelé les propriétés. En guise de « Safer », que l’époque ne pouvait pas évidemment imaginer, les plus riches ont amassé des terres et constitué des exploitations agricoles importantes. On fait aussi ce constat en étudiant l’état de la propriété à la Porcelière. Mais en ce 17e siècle, le phénomène était devenu rare, commencé au Moyen-Âge, peut-être avant pour certaines métairies, principalement à l’initiative des seigneurs locaux. Mais dans la région, ce regroupement n’a pas été aussi systématique que dans la gâtine poitevine (9). Les petites parcelles, appartenant à de nombreux propriétaires, côtoyaient celles regroupées dans les borderies et métairies jusqu’à une période récente.

La documentation disponible, axée sur les redevances seigneuriales, ne permet pas toujours de détecter les unités d’exploitation comme une métairie, souvent à cheval sur plusieurs tènements. Il faut pour cela interroger les archives des notaires, mais souvent disparues dans la contrée pour cette époque lointaine.

Ces regroupements de parcelles ont aussi donné lieu à des regroupements d’habitats, c'est-à-dire à la suppression de certains d’entre eux. Parfois les textes nous indiquent l’existence de ces habitats disparus, comme les Petites Mancellières ou la Dibaudelière par exemple.

D’autres créations de métairies par les seigneurs


Noues à Saint-André-Goule-d’Oie
Le tènement voisin des Noues s’est constitué en une grande métairie d’une cinquantaine d’hectares, qui appartenait au seigneur de Linières à la veille de la Révolution, avec la famille Gaboriau comme métayers. Nous ne savons pas quand, ni comment elle s’est constituée. D’ailleurs le seigneur du Coin Foucaud n’avait qu’un petit tènement de terre de 20 boisselées près du village des Noues en 1550, possédées par des teneurs du village moyennant un cens d’un chapon à noël. Les habitants du village devaient aussi, avec les teneurs des 20 boisselées, une rente de 4 boisseaux d’avoine au Coin Foucaud en 1550 (1). En 1680, ils devaient à Jacques Audouard aîné une rente noble foncière de 14 livres (10), ce qui montre un éparpillement probable, là aussi, des droits perçus sur ce tènement.

Cela laisse à penser qu’à l’origine du tènement il y a eu le seigneur du Coin Foucaud, puis sa ruine aidant, un autre a pris sa place, et il ne restait en 1550 que ces faibles droits que nous venons d’indiquer. Le créateur de la métairie des Noues est devenu le propriétaire direct ou teneur presque exclusif des domaines du tènement. En 1611 c’était le seigneur de la Guichardière (11). Un siècle plus tard ces terres faisaient partie du domaine de Linières, appartenant à Louis Venant Cicoteau (12).  Cette métairie des Noues est citée dans un texte en 1606, ainsi que la métairie du fief de Saint-André et celle de la Boutinière (13).

Le mot de métairie veut dire grande exploitation agricole, alors que celui de borderie désigne une plus petite. Le seuil entre les deux n’obéit pas à une valeur officielle, mais des historiens ont proposé celle de 15 hectares, que l’on peut retenir à titre indicatif à partir du 18e siècle dans la contrée. Les métairies sont d’abord nées autour des logis des seigneurs. Ces derniers ont concédé leurs domaines par tènements ou terroirs, comme à la Milonnière, moyennant redevances. C’est ce qu’on a appelé le domaine seigneurial censif, donnant naissance à la propriété censive devenue héréditaire. Mais ils ont conservé les terres attenantes à leur logis, exploitées en régie comme on dirait aujourd’hui, c’est-à-dire en dirigeant eux-mêmes l’exploitation, ou le faisant faire par un régisseur, ou par un fermier général de la seigneurie. Parfois ils les ont louées à un métayer pour de courtes durées de quelques années. A la différence des tènements, partagés entre plusieurs propriétaires à l’origine, ou ensuite à cause des héritages, les métairies seigneuriales restaient attachées au logis du seigneur. Elles ont connu son sort, sans être démantelées entre les héritiers.

C’est ce qui s’est passé pendant des siècles pour la métairie du Coudray. A Linières, la surface concernée était tellement importante qu’on a fait deux métairies, dont les bâtiments se trouvaient au même endroit à côté du logis du maître. Il y avait la métairie « droite » (devenue Louisière), et la métairie « gauche » (Bretaud). On a constaté la même chose à la seigneurie de la Roche, dans le bourg de Chauché, et à celle de Languiller. Au 18e siècle, ces deux dernières métairies portent le même nom. On ne les distingue que par les patronymes de leurs métayers, quand on peut suivre l’historique des baux, ou parfois par les adjectifs : « petite » et « grande ». Dans les aveux les plus anciens que nous avons pu lire dans la contrée, ceux de la Chapelle Begouin à Chauché en 1499 et 1579, apparaît la métairie, mentionnée avec l’ « hôtel et hébergement », avant la poursuite du dénombrement par le moulin, le fief de vigne et les droits seigneuriaux, etc. La métairie voisine de la Borelière, attachée au fief de la Galliotière à l’origine (avec l’hôtel noble dans le bourg de la Chapelle), ne faisait qu’une dizaine d’hectares à la fin du 15e siècle (14). C’était la surface déclarée dans les aveux, mais à côté se trouvait une lande d’une surface presqu’égale, sur laquelle on a pris pour agrandir la métairie.

Un autre constat intéressant, relevé dans la déclaration de Pierre Moreau en 1675, est l’indication du nombre de boisselées du tènement. Un arpentement y avait été réalisé par un nommé Merland et donnait 281 boisselées environ, soit 34,2 hectares. Un autre aveu de 1664 donnait un chiffre approchant : 290 boisselées (15). Par rapport aux 117 boisselées indiquées dans l’aveu du Coin en 1550, on a une augmentation considérable de la surface. Le tènement n’a pas lui-même augmenté de surface bien sûr. Dans les deux cas, les chiffres déclarés servent à répartir les droits seigneuriaux. On en déduit que les parties non exploitées ont reculé entre les deux dates. Mais alors on aimerait savoir qui a profité du défrichement, et comment ?


Les paysages de la Milonnière : haies, bournes, roustières

A la Milonnière, les champs étaient séparés entre eux par des haies en ce 17e siècle, mais on ne connait pas leur importance. Les déclarations roturières ne les indiquaient que très rarement, mais cela ne veut pas dire qu’elles n’existaient pas. On a un exemple révélateur dans une vente de terre en 1701 aux Essarts, dont fait partie « une pièce de terre appelée le Petit Boissinot avec ses haies tout autour en dépendant ». Sa confrontation avec les parcelles qui l’entourent ne mentionne aucune haie, comme d’habitude (16).

On sait qu’il a pu exister un « droit de haie » dans la contrée, entendu au sens du droit de créer une haie. Dans un texte de 1653, on voit le seigneur de Languiller reprocher au possesseur de la Guiffardière (Essarts), d’inscrire dans son aveu un droit de haie, dont il prétend qu’il est un droit prohibitif et contraire à la coutume (17). Il semble bien que le seigneur de Languiller ait eu raison, mais au Moyen-Âge certains seigneurs n’ont sans doute pas manqué d’imagination pour créer des redevances. Et c’est le seul exemple que nous connaissons.

Maisons de la Milonnière au loin
L’entretien de ces haies, formées d’arbres et d’arbustes, a constitué un élément important de l’économie rurale de l’époque. C’était une clause incontournable des baux des borderies et métairies pour les protéger, les tailler, et se procurer du bois de chauffage. Aucun arbre ne pouvait être abattu sans la permission du propriétaire. Les haies ne servaient pas à délimiter précisément les parcelles foncières, pour cela on pratiquait le bornage. En revanche, elles protégeaient bien sûr de l’intrusion de certains animaux. Elles ont probablement toujours existé, mais à voir la parcellisation à outrance de beaucoup de champs et de prés dès le 17e siècle, elles n’ont pas accompagné cette parcellisation. On n’aurait plus eu de bocage alors, mais une forêt avec de nombreuses clairières ! A la différence de ce qu’on a pu observer dans la Gâtine Poitevine, on ne voit pas naitre des haies avec les nouvelles métairies à partir du 16e à St André Goule d’Oie.

Mais nous avons une exception en 1606 à la Milonnière, à cette absence de mention des haies dans les délimitations ou confrontations des parcelles foncières. Très souvent on y trouve des « bourne » au lieu des haies pour séparer les champs. On désignait ainsi très probablement la plante servant à couvrir le toit des maisons de « bournée », différente bien sûr du chaume qu’on utilisait aussi. Il reste à découvrir quelle était cette plante. On a trouvé pour le même usage dans la région, et à la même époque, que la bruyère s’appelait brande. On hésite donc à en faire un synonyme.

 A la Milonnière : ruisseau qui descend
 de l’étang des Noues
On trouve aussi en 1606 des pièces de terres qui sont des « roustières », possédées par François Moreau et « mademoiselle de la Boutarlière » (18). On cherche là aussi à définir ce mot. Il est proche des « rouchères » cultivées ailleurs dans le Poitou, qui étaient des endroits humides où poussaient des « rouches », plantes de la famille des roseaux, parfois utilisées comme liens. A la Naulière de Chauché (village disparu situé près de la Benetière), un aveu de la Chapelle Begouin de 1579 indique l’existence de « rauzés et bournés » entre deux pièces de terre, au lieu d’une haie (19). L’association des deux mots montre bien que nous avons à faire à des plantes aquatiques, servant peut-être à fabriquer des engrais par pourrissement, ou des couvertures de toiture par séchage. On a trouvé aussi le mot de « rouzoires » évoquant aussi les roseaux, aussi appelés « rousiaux » (20). Les terres étaient humides, propices à cette végétation, et traversées par le ruisseau qui descend de l’étang des Noues proche. Ce ruisseau est nommé aussi en 1606.

Une autre particularité rencontrée à la Milonnière à cette date, concerne l’espace occupé par les cours devant les maisons du village. Leur surface était divisée entre les propriétaires pour calculer la répartition des redevances dues sur le tènement. Mais à la Milonnière cette division obéit à une arithmétique précise, jusqu’à la 1/30e partie. On appelait cet espace les « quaireux » ou « quaruage », et on ne sait pas pourquoi le besoin s’est fait sentir ici d’une telle division, unique dans la paroisse. Le plus souvent, le notaire indiquait simplement la surface occupée ensemble par les bâtiments, les vois d’accès et les cours pour chaque propriétaire. Peut-être y avait-il des cours non rattachées à des bâtiments ? On hésite à retenir l’hypothèse d’une redevance particulière qui leur aurait été attachée, puisqu’on en n’a pas rencontrée. Ce fut le cas par exemple dans le bourg de la Chapelle de Chauché, où les propriétaires des aires (écrit : aireau ou airault) devaient chacun une fourche de bian au seigneur. C’était la corvée de fanage de l’herbe du pré du Clous jusqu’à ce que le foin soit mis en « mellons », c’est-à-dire prêt à être enlevé (21).

L’achat de redevances seigneuriales par Pierre Moreau


Pierre Moreau, le neveu du prieur de Saint-André dont nous avons parlé plus haut, n’a pas fait qu’acheter des parcelles de terres sur le tènement de la Milonnière. Il a aussi racheté des droits seigneuriaux perçus sur lui. On se souvient que la rente de 52 boisseaux de seigle avait été vendue avant 1619 à plusieurs particuliers du village de la Goimetière des Essarts. Il en a racheté une partie en deux fois. La première en septembre 1670 à Jacques Thomazeau sieur de la Rante, de 9,5 boisseaux de seigle, moyennant 152 livres. La deuxième du 28 février 1682 à Adrien Thoumazeau aussi de 9,5  boisseaux de blé seigle, moyennant la même somme.

En 1693, les 19 boisseaux sont évalués à 50 livres 18 sols, selon le cours alors élevé du prix du seigle, qui pouvait varier alors du simple au double, voire plus, suivant l’offre et la demande locales. Pour ces deux achats, Pierre Moreau a dû payer un droit de lods et ventes (assimilables au droit de mutation) au suzerain de la Milonnière, le seigneur de Languiller. Il s’est élevé à 209 livres 14 sols, calculé sur la valeur en capital de la rente, en représentant 20%, montant apparemment élevé lui aussi (22).

Dans l’évaluation en 1727 par voie d’experts des biens possédés à Saint-André-Goule-d’Oie par Claude Moreau, fils du précédent, on relève cette rente de dix-neuf boisseaux de seigle due sur le fief de la Milonnière (23). Elle est estimée alors en capital à 476 livres. Celui-ci était calculé à partir des revenus pendant vingt années, ce qui donne une valeur de 1,25 livres par boisseau cette année-là. Les prix du seigle ont baissé.

Fosse de la Croix Fleurette à la Milonnière
Dans le même document on relève aussi deux autres rentes en argent, l’une de trois livres sur une maison sise au bourg de St André où demeure le nommé Thevenin, l’autre de onze livres sur le lieu de la Milonnière exploitée par le même Thevenin, estimées à 280 livres les deux en capital. Elles correspondent, rappelons-le, à des ventes par Moreau à Thévenin, moyennant le paiement par ce dernier de ces rentes au vendeur.

Le conflit avec Languiller sur le droit de fief à la Milonnière

Après avoir acheté la seigneurie de Languiller et ses fiefs annexes comme celui du Coin, en 1670/1674, Philippe Chitton chercha à faire valoir ses droits. En 1693, il réclama au fils de Pierre Moreau, Claude Moreau, la communication des contrats d’acquisition de son père (24). A la Milonnière, s’est joué aussi le même conflit qu’à la Porcelière, la Bergeonnière, la Boutinière, la Chevaleraye, la Javelière, etc. Philippe Chitton se voulait le seul seigneur en titre du Coin, même s’il ne possédait plus les redevances seigneuriales qui allaient avec, ou seulement une petite partie.

C’est lui qui rendait hommage et aveu pour le Coin au baron des Essarts. Il réclamait le paiement du cens dû à ce dernier, au moins en partie pour les propriétaires des droits seigneuriaux, ainsi que le droit de basse justice foncière qui ne se divise pas selon lui. Dans le même temps, des bourgeois comme les Moreau, qui avaient acquis des droits seigneuriaux, ne voyaient pas pourquoi ils ne jouiraient pas du droit de basse justice, et même du droit de lods et ventes. C’était une question d’argent, mais aussi de principe, et d’honneur, comme un signe de reconnaissance d’un statut de la noblesse auquel ils aspiraient.  

Chez les Moreau non plus, les titres en possession dans la famille en 1693 ne couvraient pas toutes les propriétés réelles et revendiquées. On suppose qu’à la Milonnière, le sieur Moreau finit par reconnaître les prétentions de Philippe Chitton.

Dans la déclaration vers 1675 de Pierre Moreau de ses nombreuses parcelles, leurs confrontations nous donnent les noms des nombreux propriétaires voisins, soit limitrophes du tènement de la Milonnière, soit dans le tènement lui-même. Les noms qui reviennent le plus fréquemment sont : Pierre Pavageau, Pierre et Bastien Guereau. Il y a aussi le prieur de Saint-André, le seigneur de la Boutarlière et le bourgeois Proust de la Barre (Saint-Fulgent). Les autres propriétaires sont dans l’ordre alphabétique : Ardouin, Auvinet, Pierre Boudaud, Bousseau, Pierre Breteau, Pierre Brisseau, Pierre Chacun, Chariau, Collas Chenu, Egron, Girardin, Collas Mandin, Louis Navarre, Collas Pinteau, Louis Remigerau, Rochereau.


(1) Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/G 61, aveu pour le Coin Foucaud et le Vignault du 2-7-1605 par le seigneur de Languiller aux Essarts – deuxième copie de l’aveu de 1550.
(2) Pour l’équivalence des unités de mesure, voir notre article publié sur ce site en mars 2015 : Les unités de mesure en usage à St André Goule d'Oie sous l'Ancien Régime
(3) 150 J/G 47, déclaration roturière du 16-6-1619 de plusieurs teneurs de la Milonnière, et déclaration roturière du 3-6-1606 de 4 teneurs à la Milonnière, Bruères et Suries.
(4) 150J/G 47, déclaration noble du 8-7-1651 de plusieurs teneurs à Languiller pour rente sur la Milonnière.
(5) Inventaire après-décès en 1666 du mobilier, vaisselle, linge et papiers de Pierre Moreau, Archives de Vendée, chartrier de Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29, page 110.
(6) 150 J /G 47, déclaration roturière du 28-5-1751 de Rochereau pour la Milonnière.
(7) Ancien mot : droit sur le lin [Dictionnaire universel françois et latin Paris (1752) Tome 4, page 391].
(8) Archives de Vendée, chartrier de la Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29, déclaration roturière de Pierre Moreau pour la Milonnière vers 1675.
(9) Louis Merle, La métairie et l’évolution agraire de la Gâtine poitevine de la fin du Moyen Âge à la Révolution Paris SEVPEN (1958).
(10) 150 J/G 14, partage de la succession Audouard/Masson en 1680 concernant le Pin et la Baritaudière.
(11) 150 J/G 42, aveu du 4-5-1611 de Jean Gaucher à Languiller pour le fief de Lautruère Loriau.
(12) 150 J/G 42, déclaration roturière du 2-4-1753 de 34 teneurs à Languiller pour Lautruère Loriau.
(13) 150 J/G 47, déclaration roturière du 3-6-1606 de 4 teneurs à la Milonnière, Bruères et Suries.
(14) 150 J/C 74, Chapelle Begouin, aveu en 1499 de la Chapelle et de la Barotière, et aveu du 29-5-1579 de la Chapelle Begouin (page 20).
(15) 150 J/G 47, déclaration roturière du 28-6-1664 de Bousseau pour la Milonnière.
(16) Archives privées Gilbert, ventes du 2-1-1701 de terres aux Essarts de Pierre Robin et Billaud au sieur Masson.
(17) 150 J/A 12-2, accord du 14-5-1653 par P. de la Bussière, sur les litiges concernant l’aveu et les déclarations de la Guiffardière (Essarts).
(18) Isabeau de Plouer, veuve en 1595, était originaire de Mouchamps. Elle avait épousé, le 25 février 1580, Léon Gazeau Ie, seigneur de la Brandasnière et de la Boutarlière (Il fut un marin éprouvé à qui le roi Henri III permit d’armer pour le roi du Portugal).
(19) 150 J/C 74, Chapelle Begouin, aveu du 29-5-1579 de la Chapelle Begouin, page 21.
(20) Bulletin trimestriel de la société archéologique de Touraine, 1987, Dr Jean Moreau, Etymologie des toponymes ruraux de Monthelan et leur évolution depuis cinq siècles, tome 41, page 682.
(21) 150 J/C 74, Chapelle Begouin, aveu du 29-5-1579 de la Chapelle Begouin, page 4.
(22) Archives de Vendée, chartrier de la Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29, mémoire de Claude Moreau contre Chitton du 4-5-1693 au sénéchal de Fontenay.
(23) 22 J 29, sentence d’ordre du 9-9-1727 des syndics des créanciers de Moreau et Menard (copie du 9-3-1754).
(24) 22 J 29, mémoire vers 1693 pour le seigneur de Languiller en réponse à Moreau sur ses propriétés.

Emmanuel François, tous droits réservés 

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