mardi 1 mars 2016

La Racinauzière

La Racinauzière à Saint-André-Goule-d’Oie relevait de la seigneurie du Coin Foucaud, en même temps le plus proche voisin du château. Elle jouxtait aussi la seigneurie de la Mancellière (mouvante des Bouchauds). La rivière de la Petite Maine, la séparait de la paroisse de Chavagnes-en-Paillers. Au sud-est elle touchait le tènement de la Maisonneuve. Celui-ci, ainsi que la Bordinière, sera soustrait du territoire de la paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie pour passer dans celui de la nouvelle paroisse de la Rabatelière, créée en 1640.

La Petite Maine
Entre aujourd’hui et hier quels contrastes ! Des haies bien taillées ont remplacé, près des maisons rénovées, les fourrés qui protégeaient les anciennes chaumières. Les modernes et imposantes installations d’élevages de maintenant, intrigueraient beaucoup les laboureurs à bras d’autrefois. Mais les siècles passant, la Racinauzière reste un lieu protégé, située au terminus de sa voie d’accès. Et le ruisseau de la Petite Maine méandre toujours près des maisons, dans la tranquillité d’un temps immémorial.   
  

Une importante métairie et des droits de fief disparus 


En 1550, les teneurs (propriétaires) de la Racinauzière payaient au titre de la seigneurie du Coin un cens de 40 sols et 16 ras d’avoine. De plus, ils payaient un droit de terrage consistant à donner le 1/6 des récoltes au seigneur (1).

Nous ne savons pas ce que sont devenues ces redevances seigneuriales ensuite. Nous ne les revoyons plus dans les archives. Celles-ci ayant subi des dommages, on ne peut pas en déduire que ces droits aient été transformés ou aient disparu. Ils n’ont pas été supprimés, si c’est le cas, sans compensation bien sûr, mais s’agissant de la seigneurie du Coin Foucaud, dont le propriétaire en a vendu la plupart, on peut supposer que ces droits sont allés chez un possesseur que nous ne connaissons pas. Mais il restait toujours le droit de fief, revendiqué avec ardeur par le seigneur de Languiller à la fin du 17e siècle, avec souvent le droits de lods et vente, appliqué au moment des mutations des biens. Ce droit a produit des déclarations roturières habituellement conservées. Ici rien de tel.

On pourrait concevoir que le seigneur de la Rabatelière, devenu propriétaire de la métairie de la Racinauzière, au moins dès le 17e siècle, ait aussi acheté le droit de fief et les droits seigneuriaux du tènement. Sauf que les teneurs des lieux ne sont jamais cités, semble-t-il, dans les registres de tenues d’assises de la Rabatelière. Mais alors, débarrassé de tous liens vassaliques, à la fois teneur et seigneur, le seigneur de la Rabatelière a peut-être aménagé les redevances seigneuriales à sa guise dans ce tènement devenu sa métairie entièrement. Nous avons un bail de 1752 qui stipule le paiement des cens et rentes par les métayers, reprenant une rédaction de principe habituelle. Malgré l’apparence, la clause ne suffit pas à prouver l’existence des droits seigneuriaux. En tout cas la Racinauzière était un bien noble dans un partage de succession en 1779, repris en 1797, comme l’était la Roche Mauvin. Ceci nous incline à penser qu’elle fut un fief-métairie depuis le Moyen-Âge.

Terrier de la Rabatelière de 1651
(Archives départementales de la Vendée)

Et puis, dans le terrier de la Rabatelière en 1651, on remarque l’importance des menus suffrages dus par les métayers de la Racinauzière. Le terrier était un recueil portant l'indication exacte des redevances dues par les tenanciers d'une seigneurie ; il était établi sous la forme d'un acte judiciaire. On y lit que les métayers payaient à Pâques un chevreau, à la Pentecôte 6 poulets, 4 oisons, 4 moutons d’un an, plus deux autres non tondus « tels qu’ils seront fait marqués par ladite dame à la St Jean Baptiste », 30 livres de beurre net à la Toussaint, un pourceau de mars à Noël, 4 chapons, six aunes de toile de lin, un millier de fagots pris dans le bois taillis de la métairie et transportés à la Mancellière. Ces différents suffrages ont été payés, comme on le lit dans le terrier, à « monsieur de la Rabatelière ou à sa femme pour l’année 1650 ». Ils paraissent plus importants que les habituels menus suffrages des métayers. Fixés en nature, ils étaient payés en argent le plus souvent. De plus, les métayers devaient entretenir leur part de deux planches dans la vigne du château, mais comme ceux des autres métairies environnantes. Ils étaient aussi « sujets à toutes corvées hommes, femmes et bœufs », suivant l’usage pour les métayers (2).

Il nous faut aussi remarquer que nous sommes dans une grande métairie avec ses 40 hectares environ dont 5 ha de prairies naturelles et 5 ha de pâtis et landes en 1659 (3). Dans une estimation en 1797, lors du partage République/Thérèse Montaudouin, elle est indiquée contenir 305 boisselées environ, (37 ha). Au bord de la rivière on a ainsi une importante surface dédiée à l’élevage, et donc une capacité d’enrichissement plus importante qu’ailleurs, même si elle est aléatoire aux épizooties. Le total équivaut en surface à la métairie de la Roche Mauvin, avec seulement 7 champs et 7 prés et landes. Les surfaces des 7 champs en terres labourables sont grandes : le plus petit fait 7,5 boisselées et le plus grand fait 80 boisselées. On sait qu’à la Porcelière, la métairie s’est constituée par achats de petites parcelles foncières, qu’on a conservées. Ici elles ont été restructurées en de vastes champs après coup. Ou alors, le tènement est né métairie au Moyen Âge, sans dispersion de l’espace en de nombreuses tenures par la suite. Et nous le trouvons inchangé au 17e siècle.

La métairie en 1659


La métairie est évaluée en 1659 à 5 270 livres, dont 850 livres pour les bâtiments. Le prix moyen d’une boisselée de terre labourable de 11,4 livres (variant de 6,6 à 13,7 livres selon les champs), et d’une boisselée dans la pièce de landes et pâtis de 9,2 livres. Le prix moyen d’une boisselée de pré est de 31,7 livres dans une fourchette allant de 24 livres à 37 livres (3). C’est plus qu’à la Porcelière et à la Roche Mauvin. Pour apprécier ces valeurs, indiquons qu’à la même époque le minimum fixé pour la rémunération annuelle d’un curé de campagne était de 300 livres, salaire important à l’époque pour une fonction prestigieuse. Et on a vu le régent (instituteur) payé 150 livres en plus du logement, pour une fonction qui n’était que considérée, il est vrai.

Les prix de ferme pratiqués sont intéressants à comparer avec ceux de la Roche Mauvin. En 1650, on a 232 livres à la Roche Mauvin et 320 livres à la Racinauzière (2). Pour une surface à peu près identique, et une part de prés à peu près équivalente, on explique la différence de prix des fermes par la différence de la valeur des terres estimée à la même date en 1659. A 0,74 £ la boisselée, la terre de la Roche Mauvin est inférieure de 26 % à celle de la Racinauzière, alors que le prix de ferme est inférieur de 27 % à la même époque. A partir du milieu du 18e siècle le prix de ferme de la Roche Mauvin augmentera de manière importante pour se rapprocher de celui de la Racinauzière, réduisant l’écart à 10 %. 

Le refroidissement climatique au tournant des 17e et 18e siècles à la Racinauzière


La crise climatique et frumentaire de la fin du 17e siècle s’est fait sentir à la Racinauzière. Le prix annuel de la ferme passe de 330 livres en 1662 (4) à 320 livres en 1698 (5), toujours le même vers 1720 (6), puis remonte à 340 livres en 1734 (2) et à 345 livres en 1752 (7), prix conservé jusqu’en 1775 au moins.


Les pluies abondantes du printemps de 1692, avec des températures froides, suivies d’un été pluvieux, avaient donné une très maigre moisson. L’année suivante fut pire en humidité, et la moisson presque totalement compromise, engendrant une famine. S’en suivit un hiver 1694 parmi les plus rigoureux qu’on ait connu. Le froid vint s’ajouter à la famine et aux épidémies pour provoquer une perte de plus d’un million trois cent mille personnes en France. C’était autant de morts que la première guerre mondiale plus tard, mais dans un pays moitié moins peuplé, et en l’espace de deux ans seulement (8).

On ne sait pas ce qu’il en fut à Saint-André-Goule-d’Oie, car l’année 1694 manque dans le registre paroissial conservé. A Chavagnes-en-Paillers, où figurent des actes se rapportant à des habitants de la Racinauzière, à cause de la proximité du bourg de cette paroisse voisine, on constate cette dépopulation, mais à une faible échelle. En 1693 le nombre de décès n’y est que de 31. Il monte à 63 en 1694, et à 76 en 1695, dépassant le nombre des naissances, qui est respectivement de 41 et 68. Mais dès 1696 la situation redevient normale : 73 naissances et 29 décès. Peut-être le sarrasin a-t-il, comme en Bretagne, suppléé au seigle dans la nourriture de base, sa culture résistant mieux aux intempéries. Des groupes de mendiants parcouraient alors les campagnes, et c’est peut-être ce qui explique l’enterrement dans le cimetière de Chavagnes, le 30 septembre 1694, « d’un passant, taillandier originaire de Lyon, dont on ignore le nom » (vue 10 du registre paroissial accessible sur le site internet des Archives de la Vendée).

Les dernières années du 17e siècle et les premières du 18e siècle, ont vu un climat particulièrement froid et humide, représentatif de ce qu’on a appelé le P.A.P. (Petit âge glaciaire). A lui seul il a provoqué beaucoup de morts, compte tenu des modes de vie et d’hygiène de l’époque, et beaucoup de misères. Nul ne saura isoler ce facteur de celui des impôts et des guerres de la fin de règne de Louis XIV, pour expliquer l’appauvrissement des campagnes. De celui-ci nous en avons déjà fait le constat à la Chapelle Begouin : voir notre article publié sur ce site en décembre 2013 : Les domaines de la seigneurie de la Chapelle Begouin à Chauché. L’histoire du climat a été plus tardivement étudiée, mais sa place dans l’histoire des hommes est incontournable.

Et puis l’amélioration climatique et agricole post 1694 fut en demi-teinte. 1696 connut un hiver gélif pour une partie des semences, suivi d’un été pourri. 1698 fut une mauvaise année. Sur le registre paroissial de Chavagnes, à la fin de l’année, le curé a écrit : « le quatrième du mois de mai en 1698, nos vignes furent vendangées par les vendangeurs de la colère de Dieu vu que l’année avait été si prime. Il ne s’est pas amassé un verre de vin en toute la paroisse, ni un quarteron de pommes » (vue 83). C’est la fameuse gelée du 3 mai 1698 connue des historiens, notée le 4 mai par le curé de Chavagnes en fin d’année, suivie d’un été pluvieux. Il y aura plus tard le terrible hiver 1709, tueur des semences d’automne. Le curé de la Rabatelière s’en ait fait l’écho sur son registre paroissial à la fin de l’année 1709 : « Il est à remarquer que cette année il y a eu un hiver si rigoureux que presque tous les arbres ont péri par la gelée, aussi bien que le blé, ce qui a causé un cher temps. Le blé seigle de la mesure de Saint-Fulgent a valu trois livres quinze sols. Cet hiver commença au commencement de février 1709, a duré quinze jours, qui a fait porter un deuil à toute la terre. Ce qui n'a jamais été vu, noyers, chateniers, poiriers, presque tous les pommiers jusqu'aux housins, tout a gelé ; les vignes mesmes : le vin de Chavagne a valu cent vingt livres le tonneau. » (Vue 60).

La métairie en 1700


Les réparations à faire sur les bâtiments de la Racinauzière en 1700 restent modestes comparées à la Mancellière par exemple. Le devis est de 75 livres seulement. Il faut refaire une partie de la cheminée du four de la boulangerie, trois portes, et une partie des couvertures en tuiles des toits des animaux (9). On sait que le fermier judiciaire qui gérait les domaines de la Rabatelière à l’époque, suite à leur saisie, obtint une décision du parlement de Paris pour l’autoriser à faire faire des devis de réparations, signe d’une dégradation résultant très probablement de la situation de saisie judiciaire. 

L’existence d’une boulangerie à la Racinauzière n’est pas une exception. Elle est due aux habitats dispersés poussant à l’autarcie de leurs habitants. En même temps cela les exclus du droit de banalité sur les fours seigneuriaux, appliqué aux habitants des bourgs comme ceux avérés de Saint-Fulgent et des Essarts.

Le court passage du procès-verbal de la visite des lieux ne concerne que les bâtiments de la métairie appartenant au château de la Rabatelière. Faut-il en déduire logiquement qu’il s’agit d’un habitat isolé, c’est-à-dire qu’il n’y avait pas de village où vivaient plusieurs feux non dépendants de la métairie ? L’absence, parce que non significative dans le chartrier de la Rabatelière, de déclarations roturières se rapportant au tènement, nous empêche de répondre. On sait que ce sont les villages, quelle que fût leur taille, qui ont constitué dans les nouveaux peuplements post carolingiens, le cadre normal de l’existence dans les campagnes (10). En 1700 à la Racinauzière, le village des origines n’était peut-être pas encore réduit aux seuls bâtiments de la métairie. Il pouvait y avoir des habitats pour des laboureurs qui se louaient à la métairie ou ailleurs.

Les baux de la métairie et ses métayers de 1662 à 1776


Le premier bail que nous avons pu lire de la métairie de la Racinauzière, a été signé le 18 janvier 1662 par Louis Penisson, sieur de Sainte-Catherine, demeurant à la Mancellière, et chargé de la gestion des biens de la Rabatelière pour le compte de sa propriétaire, alors Marie de La Baume Le Blanc (4). A cette date, la Racinauzière est rattachée à cette seigneurie voisine, ce qui se comprend parfaitement à cause de la proximité, et surtout parce que le propriétaire était le même. Mais au regard du droit féodal, ce rattachement ne vas pas de soi. La Mancellière relevait des Bouchauds et la Racinauzière relevait du Coin Foucaud. Or les conflits sur le droit féodal allaient devenir bientôt une préoccupation chez les seigneurs de la Rabatelière et de Languiller. Languiller va faire une saisie féodale de la seigneurie de la Mancellière, et prétendre que la saisie réelle déjà existante contre la Rabatelière ne concernait pas la Mancellière et ses métairies qui en dépendaient. Parmi elles : la Racinauzière.  

Fernand Herbo : Bord de rivière
En 1662 les fermiers signataires du bail sont Mathurin Pottier et Louis Moreau, qui renouvellent leur précédent bail. En 1659, le bail avait été signé par Mathurin et Louis Pottier (3). Quelques années plus tard, en 1678, vivaient à la Roche Mauvin deux Louis Moreau, père et fils, peut-être les mêmes. Le bail de la Racinauzière est conclu pour cinq années commençant à la Saint Georges, moyennant un prix de 330 livres par an. La ferme est payable en deux termes égaux, moitié à noël, moitié à la St Georges.

Nous avons étudié dans le détail des baux des métairies de Linières au début du 19e siècle. Trois articles ont été publiés sur ce site pour en rendre compte, d’octobre à décembre 2011 :  Les activités agricoles et les techniques utilisées à Linières de 1800 à 1830 (Première partie)Les activités agricoles et les techniques utilisées à Linières de 1800 à 1830 (deuxième partie) et Le statut des métayers de Linières de 1800 à 1830. On remarque que deux siècles auparavant les principales clauses des baux étaient les mêmes, reflétant les même techniques agricoles et fixant le même statut des métayers, ceux-ci étant en communauté, c'est-à-dire à plusieurs couples pour assurer la charge de travail des grandes métairies. On remarquera seulement que les baux ne commencent pas systématiquement à la St Georges comme deux siècles plus tard.

Il faut aussi souligner, contrairement à ce qui a pu être écrit parfois, que les baux n’étaient pas à partage de fruits, mais le plus souvent à prix d’argent en ce 17e siècle à Saint-André-Goule-d’Oie. Les propriétaires d’alors et leurs intermédiaires (régisseurs ou fermiers) voulaient du numéraire, sans s’embarrasser de suivre les exploitations agricoles de près. Et pas seulement à cause de la situation judiciaire du propriétaire en état de saisie, ou de son éloignement. On a d’autres exemples identiques pour des propriétaires non poursuivis par des créanciers et habitant sur place. Des historiens ont écrit que le développement du bail à colonage partiaire, ancêtre du bail à métayage, où le prix du fermage consistait à partager les fruits du travail entre le bailleur et le preneur, a été une conséquence de la taille royale (11). C’est que l’argent paraissait moins dans ce cas, facilitant les tentatives de minoration du montant de l’impôt. La taille a été créée en 1479, et ce facteur ne paraît pas avoir joué deux siècles plus tard à Saint-André-Goule-d’Oie pour favoriser le bail à partage de fruits. 

Une précision intéressante cette fois dans le bail de la Racinauzière : le bétail de la métairie est évalué à 220 livres en 1662, appartenant au bailleur. A la fin du bail, les preneurs s’engagent à laisser du bétail pour une somme équivalente. Cela veut dire que les preneurs garderont pour eux les revenus provenant des naissances, moyennant une somme forfaitaire à payer de 20 livres chaque année à la Saint Georges, s’ajoutant au prix de la ferme. C’était une location du bétail à raison d’un intérêt de 9 % du capital. Voilà qui est intéressant pour le bailleur, mais aussi pour les preneurs, qui pouvaient garder pour eux le surplus des bénéfices, sans mise de fonds. La formule est déjà celle des baux de « cheptel de fer » formalisée dans le code civil de 1804. Mais le risque des épizooties du bétail restait au fermier. Faut-il voir là l’explication du prix de ferme plus élevé à la Racinauzière par rapport à la Roche Mauvin pendant longtemps, si dans cette dernière métairie le bétail appartenait en tout ou partie aux preneurs du bail ? Nous ne disposons pas de baux pour celle-ci afin de le vérifier. Mais en principe, le bail à cheptel de fer n’interférait pas avec celui de la métairie.

En 1700 le fermier s’appelle René François (9), qui restera à la Racinauzière jusqu’en 1735 au moins (2). Il s’était marié à la Rabatelière le 28 août 1699 (vue 48 du registre paroissial, accessible sur le site internet des Archives départementales de la Vendée). Son épouse s’appelait Perrine Herbreteau, née en 1665 à Saint-André-Goule-d’Oie. Elle mourra à l’âge de 70 ans à la Racinauzière le 24 juillet 1735 (vue 107 sur le registre de Saint-André). Sur le registre de la Rabatelière on relève trois naissances de ce couple, avec toujours l’indication de l’origine officielle des parents de la paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie, c'est-à-dire au village de la Racinauzière : Mathurin, Perrine et Renée. Mathurin, l’ainé, continuera la lignée des François, dont fait partie l’auteur de ces lignes. Il achètera ou plantera des pieds de vigne dans le fief de vigne de la Mancellière, et sera métayer à la Boule, puis à la Giroulière (Rabatelière), et enfin à la Telachere (Chavagnes), tout en possédant une petite borderie à la Boninière (Saint-André). A l’époque la situation d’un métayer d’une grande métairie était plus enviable que celle d’un petit bordier propriétaire. La raison en était dans les jachères temporaires qui neutralisaient une partie des terres. La prospérité exigeait alors beaucoup de terres labourables.

château de la Rabatelière
Le 1e décembre 1752, Pierre Billaud et Marguerite Rullleau sa femme, Jean Gilbert et Jeanne Pillard sa femme, demeurant en communauté à la métairie de la Racinauzière, renouvellent leur bail pour 9 années qui avait commencé à la Saint Gorges dernière (7). Il sera encore renouvelé pour 7 années. Du côté du propriétaire bailleur, le signataire est René III Montaudouin, fils aîné de René II Montaudouin, celui qui avait acheté la Rabatelière. Le prix de la ferme n’a augmenté que de 1,5 % par rapport à la dernière valeur connue en 1734, pour s’établir à 345 livres par an.  

En 1771 le bail est renouvelé avec les mêmes métayers pour le même prix. René III Montaudouin étant décédé, c’est son frère Nicolas qui lui a succédé, mais il est mort lui-aussi. Au nom de ses enfants, c’est sa veuve, Anne Montaudouin, qui a donné pouvoir au procureur fiscal de signer le bail  en son nom. Mais le bail est conclu pour 5 années seulement, et une clause inhabituelle est insérée. Si Pierre Billaud et sa femme meurent avant la fin du bail, celui-ci continuera au profit de Gilbert et sa femme seuls, sans que les héritiers des autres preneurs ne puissent rien prétendre. Le procureur fiscal a voulu anticiper une mort éventuelle d’un des deux couples en communauté et preneurs au bail, pour garder toute sa liberté. En droit il l’avait, mais il lui fallait probablement se prémunir du poids que représentait habituellement la fidélité aux métayers (12). On est encore loin des réformes du droit rural intervenues sur ce point en faveur des enfants des métayers au milieu du 20e siècle !

Ces communautés familiales savaient se serrer les coudes, puisqu’on voit une Perrine Rulleau, probablement parente avec les associés de son père, épouser en 1787 le fils de Jean Gilbert et Marie Billaud, Pierre Gilbert. Le contrat de mariage organise l’entrée de la jeune épouse dans la communauté de la Racinauzière. Celle-ci est divisée en 7 parts qu’on appelait des « testées » : deux pour les jeunes mariés, une pour le père Jean Gilbert, une pour la veuve de l’associé, deux pour le frère du marié et son épouse, une à partager entre les 3 enfants mineurs du marié, qui était veuf d’un premier mariage. En exécution de cette nouvelle répartition et de la valeur des biens meubles, la future épouse apporte à son mari la somme importante de 550 livres (13). L’année d’avant, en 1786, c’est un autre jeune de la Racinauzière, Louis Gilbert, qui se marie avec Perrine Guignardeau  et part s’installer dans la communauté des Fonteneau au Plessis Richard (Saint-Fulgent). Dans son contrat de mariage, la communauté des biens meubles est composée de 10 testées, où on trouve deux épouses Guignardeau et une épouse Gilbert déjà. Le père du marié s’engage à donner 450 livres au chef de la nouvelle communauté de son fils, par avance d’héritage, plus des meubles estimés à la valeur de 40 livres (14).  

Pour effectuer un partage entre héritiers chez les Montaudouin en 1779, on fit évaluer les revenus des propriétés. Cette année-là, ceux de la Racinauzière se montaient à 450 livres (13). On est sûr que la seule ferme s’élevait à 345 livres jusqu’en 1776, ensuite on entre dans une relative incertitude. Mais cela ne nous empêche pas de rapprocher les deux chiffres et de constater que les menus suffrages (de valeur faible), et surtout les redevances seigneuriales, et peut-être d’autres, se montaient à environ 100 livres, soit 22 % du total. 

Les changements de propriétaires de la métairie de 1795 à 1828 


La métairie de la Racinauzière passa dans l’héritage de Thérèse Montaudouin, fille d’Anne Montaudouin et épouse de Martel, qui vécut toute la période de la Révolution dans son hôtel particulier des Montaudouin de la place de la liberté à Nantes, devenue place du maréchal Foch. De ce fait, et contrairement à ce qui se passa pour son frère, qui émigra, et dont les biens furent saisis et vendus comme biens nationaux, la Racinauzière resta sa propriété. Elle mourut à Nantes le 15 janvier 1827, et sa succession pour ses biens de la Rabatelière fut déclarée au bureau de Montaigu le 3 juillet suivant (voir le registre numérisé accessible sur le site internet des Archives départementales de la Vendée, vue no 182). Veuve et sans enfant, ses biens passèrent à 6 héritiers du côté maternel et 12 héritiers du côté paternel, cousins, cousines, neveux et nièces, qui décidèrent de vendre le domaine de la Rabatelière en 1828 à Charles Henri de la Poeze, dont la Racinauzière.

Le château est estimé en 1827 de revenu annuel : 560 F. Les deux moulins proches du château sont estimés rapporter annuellement, pour le moulin à vent 103 F, et le moulin à eau 100 F.  « La Forêt dite de Gralas dans les communes des Brouzils et de la Copechagnière et dont jouissait la décédée, estimée de redevances : 4 000 F impôts compris ».

Et puis on a « La métairie de la Racinauzière affermée verbalement au sieur Gilbert : 955 F ». En 1797 son revenu estimé, peut-être à la baisse, était de 500 F (16).

Dans le nouveau cadastre crée en 1838 à Saint-André-Goule-d’Oie, dit « napoléonien », c’est Charles de la Poeze qui est propriétaire de la métairie de la Racinauzière, comptant alors 45 hectares (17).

(1) Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/G 61, Coin Foucaud, aveu du Coin Foucaud et du Vignault du 2-7-1605 par le seigneur de Languiller aux Essarts, reproduisant un aveu de 1550 – deuxième copie.
(2) 150 J/A 13-1, terrier de 1651 de la Rabatelière, note particulière.
(3) 150 J/A 13-4, arpentements et estimations en octobre 1659 du château de la Rabatelière et autres terres jointes.
(4) 150 J/G 48, bail de la métairie de la Racinauzière du 18-1-1662.
(5) 150 J/A 13-3, état des biens et revenus en 1698 dépendants de la Rabatelière.
(6) 150 J/A 13-2, inventaire vers 1720 des revenus de divers domaines de la Mancellière.
(7) 150 J/E 29, original de la ferme du 1-12-1752 de la métairie de la Racinauzière à Billaud et Gilbert.
(8) E. Le Roy Ladurie, Histoire humaine et comparée du climat, Fayard 2004, tome I, page 474 et s.
(9) 150 J/A 13-1, visites en 08 et 09-1700 des réparations à faire dans les domaines de la Rabatelière.
(10) G. Duby, L’économie rurale et la vie des campagnes dans l’Occident médiéval, Champs Flammarion, 1977, page 65.
(11) L. Rerolle, Du colonage partiaire …, Chevallier-Marescq (1888), page 208.
(12) Archives de la Vendée, notaires de St Fulgent, Frappier : 3 E 30/6, ferme de la Racinauzière du 4-4-1771.
(13) Contrat de mariage du 30-1-1787 de Pierre Gilbert (Racinouzière) avec Perrine Rulleau Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/12.
(14) Contrat de mariage du 16-1-1786 de Louis Gilbert, fils de Jean (Racinauzière) avec Perrine Guignaudeau, notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/11.
(15) Archives historiques du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé boisson : 7 Z 58-12, Rabatelière, partage Montaudouin en 1779.
(16) Archives de la Vendée, domaines nationaux : 1 Q 342, no 117, partage Montaudouin et République du 3 pluviôse an 5 (22-1-1797).
(17) Archives de la Vendée, consulter les archives numérisées, cadastre napoléonien, commune de St André Goule d’Oie, tableau alphabétiques des propriétaires, vues no 289, 290 et 316.

Emmanuel François, tous droits réservés
Mars 2016, complété en février 2018

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