mardi 1 janvier 2019

Les Noues à Saint-André-Goule-d’Oie

Le tènement (territoire concédé) des Noues était situé en 1550 en partie près du village des Noues, et contenait 20 boisselées de terre ou environ (2,5 ha). À cette date les teneurs (propriétaires) de cette petite surface et du village devaient à la seigneurie de Languiller à cause du fief du Coin, un chapon de cens à chaque noël (1). En 1680, ils devaient à Jacques Audouard aîné, écuyer, seigneur des Metz, Martigné et du Plessis, demeurant dans la paroisse d’Aiffres (au sud et près de Niort), une rente noble foncière de 14 livres (2). Celui-ci avait épousé Catherine Masson, arrière-petite-fille de Louis Masson, qui avait acheté en 1567 les droits seigneuriaux du Pin, et rendait aveu pour ce tènement en 1645 à Languiller (3). Pour le tènement voisin des Noues on ignore ce qui s’est passé car les archives du Coin et de Languiller dans le chartrier de la Rabatelière font défaut pour ce tènement. Mais on peut supposer avec vraisemblance qu’il en fut de même : vente des redevances des Noues à Louis Masson.

Défrichement des Landes du Pin à la fin du 16e siècle


Pour le pâturage dans le tènement voisin des Landes du Pin, les teneurs des villages des alentours (Pin, Crochardière, Noues, Gâst, Javelière, Machicolière, Ridolière et Chevaleraye) payaient aussi à Languiller à chaque terme de la Saint-Michel des redevances propres. Pour les habitants du village des Noues et les propriétaires du tènement, elle était de 4 boisseaux d’avoine en 1550 (4). Les Landes communes du Pin se situaient entre les tènements de Fondion, des Gâst, de la Brossière, du Pin, les étangs du Pin et le bois Pothé (près du Clouin). En 1550 ces landes contenaient 256 boisselées (31 ha) relevant de Languiller, et dont le baron des Essarts en possédait une partie. C’est ainsi qu’il vendit 20 boisselées de landes situées dans ce terroir au seigneur de la Boutarlière le 23 mai 1564. Le vendeur était Jean de Bretagne, duc d’Etampes, et l’acheteur Jean Gazeau. Ce fut une cession à foi et hommage et à devoir annuel de 15 boisseaux de seigle et 23 ras d’avoine, mesure des Essarts (5). Ces redevances signifient que la surface concédée était cultivée, ou à mettre en culture. Près d’un siècle après en 1656, on constate que le seigneur de Languiller a concédé les Landes communes du Pin à des roturiers, Mathurin et Lucas Paquereau avec droit de prélever les « lods et ventes » (droit de mutation) aux changements de propriétaires, et de percevoir le terrage au 1/6 des récoltes (6). Plus d’une dizaine de propriétaires payaient ces droits seigneuriaux nouvellement créés, possédant les 21 parcelles cultivées, encloses de haies et fossés après défrichement. En même temps les habitants des villages environnants, dont ceux des Noues, virent leur pâturage se réduire.

Déplacement de l’étang des Noues au 17e ou 18e siècle


Etang des Noues

En 1658 un étang près du Pin, appelé l’étang des Noues, était concédé à Charles Tranchant (7). Plus tard, on dissociera l’étang des Noues, rattaché au tènement du même nom, des étangs du Pin. D’ailleurs cet étang des Noues a été déplacé au 17e ou 18e siècle à l’endroit que nous connaissons actuellement. En 1808 il se situait plus proche du Pin, car plusieurs pièces de terre dépendant du tènement des Landes du Pin étaient limitées à cette date par le « rivage de l’ancien étang des Noues » (8).

On a peu d’informations sur le régime de ces étangs, sinon qu’ils étaient dissociés des terres environnantes, constituant à eux seuls une concession seigneuriale. Avec leurs carpes principalement, ils ont constitué longtemps une source importante de protéines animales dans un pays où la chasse était un privilège de quelques-uns, et l’élevage une activité agricole longtemps limitée dans la région. Au village proche de Fondion l’étang a disparu à l’époque moderne, alors qu’au Pin comme aux Noues, ils existent toujours. Ces étangs sont des ouvrages utilisant les ressources en eau disponibles. Nul doute qu’ils ont transformé le milieu, à la lisière de la forêt de l’Herbergement. On se demande s’ils ont été une réponse à une remontée de la nappe phréatique suite au défrichement forestier, ou un préalable pour cultiver un espace marécageux.

Création de la métairie des Noues


Ce déplacement de l’étang des Noues est probablement en lien avec la création de la métairie du même nom, probablement aussi en lien avec les défrichements du territoire, prolongeant ce qui s’est passé dans le tènement voisin des Landes du Pin créé à la fin du 16e siècle. Mais sur cette origine nous n’avons pas de document. La première mention de la métairie des Noues remonte à 1606, citée dans les confrontations d’un pré dans un tènement voisin et appartenant à Valérien Robin de la Milonière (9). Mais on ne dit pas à qui appartient la métairie. En 1753 un autre texte indique que le fief de la Mauvinière, voisin des Noues, appartient au seigneur de Linières à cause de son épouse (10). Celle-ci était Marie Félicité Cicoteau, héritière de son père Venant Cicoteau (1697-1729), seigneur du fief et domaine de Linières que son père, Louis Cicoteau,  avait acheté vers 1701. Le seigneur de Linières est entré en possession du droit de fief sur la Mauvinière à une date inconnue mais postérieure à 1685 (11), étant devenu propriétaire de la métairie des Noues s’étendant au moins en partie sur ce fief, là aussi à une date ignorée.

On connait le nom des métayers des Noues en 1748, la famille Piveteau. Le 27 avril 1748 Pierre Piveteau baptise sa fille Marie à Saint-André-Goule-d’Oie, née aux Noues (vue 59). Sur le registre on lit qu’il est fabriqueur de cette paroisse, c’est-à-dire qu’il a été élu par l’assemblée des habitants pour tenir les comptes de la fabrique notamment. La même annotation est écrite sur le registre paroissial le 8 mars 1749 (vue 73), jour de l’inhumation de son épouse Jeanne Piveteau décédée à la métairie des Noues à l’âge de 33 ans. Pierre Piveteau était le fils de Mathurin Piveteau et de Jacquette Fonteneau.

Métairie des Noues
La métairie des Noues est aussi mentionnée dans le partage en 1779 de la succession du seigneur de la Rabatelière et de Languiller, René Montaudouin. Elle devait à ce dernier un cens d’un chapon, 8 livres 10 sols, et une rente noble de 8 boisseaux d’avoine, mais le nom de son propriétaire n’est pas mentionné (12).

En 1796, quand Mme de Lespinay rachète le domaine de Linières, la métairie des Noues est exploitée par Jean Gaborieau, et ses bâtiments, contrairement à d’autres, ne sont pas notés comme incendiés (13). Nous avons enfin dans cet acte d’achat la preuve que cette métairie appartenait au domaine de Linières à cette date, donnant du corps aux indices relevés antérieurement, tendant à penser que c’était le cas depuis près d’un siècle probablement.

Affermage de la métairie des Noues au 19e siècle


En 1807 elle est louée à colonage partiaire (métayage par partage des récoltes avec le propriétaire) aux métayers sortants de la métairie de la Boutarlière, Pierre Leroy, Françoise Hervouet son épouse et leurs enfants, qui remplacent Mathurin Desfontaines. La durée du bail est de 5 ans (1808-1813), moyennant le partage des récoltes à moitié avec le bailleur ainsi que la propriété du gros bétail. Les preneurs donneront chaque année pour menus suffrages au bailleur 25 livres de beurre (et même 30 livres dans les années où ils auront 5 vaches), 12 poules, 7 chapons, la somme de 18 F en argent (pour droit d’élever des cochons à leur profit) et la moitié des oies qu’ils élèveront. Le nombre apparemment exceptionnel de 5 vaches montrent bien l’orientation du cheptel vers la production de bœufs d’attelage, c’est-à-dire de l’outil de travail. L’engraissement pour fournir une filière de la viande n’était alors qu’accessoire, mais elle va prendre de l’importance au cours du siècle aves la modernisation de techniques agricoles. Le bailleur « pourra faire mettre du poisson dans les fossés et réservoirs qu’il fera pêcher tout seul et quand bon lui semblera, le poisson devant toujours lui appartenir en entier » (14). Comme les bois futaie, les étangs restaient une réserve du propriétaire, suivant une pratique ancestrale.

Le régisseur de Linières, Jean Guyet, cousin du propriétaire, passa un autre bail en 1816 pour 5 ans (1817-1822) avec Pierre Blandin et François Boilleteau, cultivateurs demeurant à la Machicolière, en remplacement d’un nommé Roger (15). Le bail est du même type que le précédent mais on précise que les métayers s’obligent « d’être quatre hommes de force pour faire chaque année la dite métairie ». Cette précision se comprend dans les baux à partage de fruits, n’ayant pas lieu d’être dans les baux à prix d’argent. Le revenu annuel est estimé à 200 F (nettement sous-estimé car destiné à l’administration fiscale). Le bail est renouvelé avec Pierre Blandin et sa femme en communauté avec leur fils et leur gendre en 1823 pour 5 ans (1824-1829), moyennant une ferme annuelle payée en argent de 900 F (16). Cette fois on est passé au bail à prix d’argent suivant une politique voulue par le propriétaire dans son amenage, mais impliquant la possession du bétail par les métayers. M. Guyet leur vend alors sa moitié des bestiaux en leur faisant crédit sur les 3 premières années du bail pour le paiement. Les preneurs s’obligent de plus à planter, soigner et entretenir par chaque année du bail dix pieds d’arbres. Enfin en 1830, Augustin Blandin, fils du précédent, et son beau-frère François Balleau, sont renouvelés dans un nouveau bail encore pour 5 ans (1829 à 1834), moyennant une ferme de 918 F (17). Constatant que les métayers n’ont pas payé le rachat prévu du bétail appartenant au propriétaire bailleur, ce dernier leur renouvelle la vente pour le montant estimé de 985 F, dans les mêmes conditions de crédit que précédemment. Une nouvelle clause particulière concerne l’arrivée d’une jument sur la métairie, payée à moitié par les parties et valant 180 F. Le propriétaire Joseph Guyet étant mort le 30 mai 1830, c’est son fils Marcellin Guyet-Desfontaines qui signe le bail, étant son unique héritier.

Joseph Gourraud, juge de paix à Saint-Fulgent et cousin de ce dernier, déclare au bureau de Montaigu la succession de Joseph Guyet le 2 novembre 1830 (no 227), dans laquelle on lit que la métairie des Noues est affermée 638 F par an, impôts compris (vue 67 du registre numérisé). Il s’agissait du revenu cadastral probablement, qui est une base fiscale réglementée et non pas de la réalité du prix de ferme. Dans la déclaration de succession de Marcellin Benjamin Guyet-Desfontaines au bureau de Montaigu le 5 octobre 1857 no 188 (vue 98 à 101 au premier registre, et vues 2 à 7 au deuxième registre suivant), on lit que la métairie des Noues contient 52 ha 34 ares 50 centiares, d’un revenu cadastral de 684,91 F et d’un revenu réel annuel de 1216,85 F. En 1875 elle est affermée à la veuve Jaud et Charrieau, moyennant une ferme annuelle de 2 180 F, plus les menus suffrages estimés à 13 F : charrois et cire d’abeille (18). En 1885 elle est affermée à Billaud, moyennant une ferme annuelle de 2 300 F (19). On voit dans l’envolée de ces prix de ferme au début de la deuxième moitié du 19e siècle, l’augmentation de la rentabilité résultant principalement du commerce de la viande. Les engrais chimiques (chaux surtout) et les nouveaux outils en métal (charrues) ont permis la forte augmentation des prairies artificielles et du fourrage pour le bétail.

La métairie fut vendue par le nouveau propriétaire de Linières en 1897, Augustin Auriault, à un nommé Célestin Loizeau demeurant à Nantes (20).


(1) Aveu du Coin Foucaud et du Vignault du 2-7-1605 par Languiller aux Essarts – deuxième copie d’un aveu de 1550, page 30, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/G 61.
(2) 150 J/G 14, partage de la succession Audouard/Masson en 1680 concernant le Pin et la Baritaudière.
(3) 150 J/G 10, déclaration noble sur papier du 1-9-1645 de Jacques Audouard à Languiller pour les droits seigneuriaux du Pin.
(4) Idem (1).
(5) Lieux-dits de Chauché, la Boutarlière, Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 29-2.
(6) 150 J/G 11, déclaration noble du 13-7-1656 de Mathurin et Lucas Paquereau à Languiller pour les Landes de l’étang du Pin.
(7) 150 J/G 10, déclaration du 8 avril 1658 de Charles Tranchant à Languiller pour les étangs des Nouhes et du Pin.
(8) Gaulaiement du 3-2-1808 du tènement des Landes du Pin, Archives de la Vendée, don de l’abbé Boisson : 84 J 14.
(9) 150 J/G 47, déclaration roturière du 3-6-1606 de 4 teneurs pour la Milonnière, Bruères et Suries.
(10) 150 J/G 8, déclaration roturière du 2-4-1753 de 38 teneurs à Languiller pour la Bequetière.
(11) 150J/A 12-2, aveu du 31-3-1685 de Pierre de la Bussière à Languiller (Philippe Chitton) pour le fief de la Mauvinière (Saint-André-Goule-d’Oie).
(12) Partage du 18-10-1779 de la succession de René de Montaudouin seigneur de la Rabatelière, page 31, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/C 68. 
(13) Archives de Vendée, vente des biens nationaux, dossier de l’achat de Linières : 1 Q 240 no 317.
(14) Ferme des Noues du 15-4-1807 de J. Guyet à Leroy, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, papiers Guyet : 3 E 30/138.
(15) 3 E 30/138, ferme des Noues du 20-12-1816 de J. Guyet à Blandin et Boilleteau.
(16) 3 E 30/138, ferme des Noues du 1-7-1823 de J. Guyet à Pierre Blandin.
(17) 3 E 30/138, ferme des Noues du 5-9-1830 de Guyet-Desfontaines à Blandin et Balleau.
(18) Déclaration de la succession de Marcel de Brayer au bureau de Montaigu no 230 du 13-12-1875 (vue 112 du registre numérisé).
(19) Déclaration de succession de Duval Eugène Emmanuel Amaury, Archives de Vendée, bureau de Saint-Fulgent no 95 du 25-6-1886 (vue 57).
(20) A. Huitzing, Modes de faire-valoir et changement social à Saint-André-Goule-d'Oie de 1840 à 1976, Annuaire de la Société d’Emulation de la Vendée (1980).

Emmanuel François, tous droits réservés
Janvier 2019

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