jeudi 2 septembre 2010

Deux maires de 1826 à 1830 : François Cougnon et Léon de Tinguy


François Cougnon


Le nouveau maire de Saint-André-Goule-d’Oie nommé au moment du renouvellement quinquennal, le 1e janvier 1826, pour remplacer Simon Pierre Herbreteau, est François Cougnon. Celui-ci prend la suite dans la rédaction des actes sur le registre d’état-civil le 13 février 1826.

Ce choix paraît naturel dans le contexte politique de l’époque. Il est le fils du capitaine de paroisse de Saint-André au moment de la guerre de Vendée. La monarchie restaurée s’attachait à honorer ainsi l’ancien capitaine de paroisse qui avait combattu pour « dieu et le roi » sous les ordres des généraux de Royrand et de Charette. François Cougnon avait déjà reçu des mains du préfet un fusil d’honneur au titre de capitaine au 2e corps d’armée de l’Ouest. Mme Lucienne Mandin, qui a fait des recherches généalogiques à Saint-André, fait une description intéressante de son rôle de capitaine de paroisse : « Il eut parfois une tâche très ingrate qui exigeait de lui beaucoup de diplomatie. Et en particulier, lorsque Charette lui commandait de rassembler ses hommes, dans un lieu donné, il lui fallait se rendre au domicile de chacun d’eux et réussir à les convaincre d’abandonner, de suite, leur foyer et le travail des champs, pour le suivre, car nos braves paysans de l’époque n’étaient pas enrôlés, il s’agissait seulement d’un devoir moral. Il en a été récompensé, et ce n’est que justice. »

Le nouveau maire est son fils, né en 1792, prénommé François comme lui.

Il est intéressant de noter qu’à Chauché, l’adjoint nommé en 1826 est Pierre Maindron, né le 24 septembre 1766 et « ancien officier de l’armée royale vendéenne », selon les termes de l’arrêté de nomination. On sait qu’il s’était distingué aux cotés de Charette lui aussi et qu’il vint habiter Linières à la fin de sa vie. Compte tenu du contexte, sa nomination est clairement, comme celle de François Cougnon, un signe de reconnaissance au sein du parti royaliste.

Dans l’état des nominations conservé aux archives de la Vendée il est indiqué que François Cougnon fils est marié, propriétaire et expert. Ce dernier mot désigne une activité d’agent immobilier dans le foncier. On a un exemple concret de ce que pouvait être ce rôle dans les gaulaiements qu’il a réalisés en 1834 à la Javelière. Il s’agissait de valider les surfaces des parcelles foncières possédées dans tout le tènement, et ensuite calculer la part de chaque propriétaire dans le paiement d’une rente collective due par tous. Certes il n’y avait plus de redevances seigneuriales à cette date, mais restaient quelques rentes purement foncières, nécessitant de refaire les calculs de répartition à cause des nombreux changements de propriétaires. Des arpenteurs et des notaires réalisaient ces actes sous l’Ancien Régime. Dans les exemples rencontrés les propriétaires ont fait appel à François Cougnon pour réaliser l’acte à l’amiable. Il savait compter, c’est à dire ici utiliser la règle de trois et faire de longues additions, ce qui déjà n’était pas rien. Mais il faut y voir aussi le signe d’une confiance placée en lui. On le voit aussi sollicité par Léon de Tinguy en 1835, pour estimer les biens meubles de sa communauté d’avec sa femme défunte.

Par ailleurs il dispose de 600 F de revenus fiscaux. Il demeurait au Coudray comme son père. Il était âgé de 34 ans au moment de son entrée en fonction. Il s’était marié le 7 juillet 1813 à Saint-André avec Marie Loizeau et le couple n’eut pas d’enfants.

L’adjoint nommé par le préfet au 1e janvier 1826 n’est plus François Fluzeau. Ce dernier est remplacé par Pierre François Mandin, crédité de 200 F de revenus fiscaux pour son activité de propriétaire cultivateur à la Bergeonnière. Lui aussi est un combattant distingué de la guerre de Vendée, officier ayant participé à la Virée de Galerne et ayant réussi à échapper au désastre de Savenay en décembre 1793. Il restera adjoint au maire jusqu’en 1830. Voir notre article publié sur lui en avril 2011 : . Pierre François Mandin, adjoint au maire de 1826 à 1830;

François Cougnon ne restera maire que trois ans. Il démissionnera en mai 1829, et il sera remplacé par Léon de Tinguy, avec qui il parait très lié. Il est mort en 1858.

Léon Auguste de Tinguy du Pouët


Les de Tinguy sont une famille noble du Bas-Poitou remontant à un seigneur de la Garde à la Rocheservière en 1350. Elle comprend plusieurs branches, dont celle de la Giroulière s’est installée au Coudray et à la Chevaleraie à Saint-André-Goule-d’Oie, et à la Clavelière de Saint-Fulgent. Au XVIIIe siècle, y vécus dans ces lieux Jean Abraham de Tinguy, seigneur de la Sauvagère et Perrine Bruneau de la Giroulière (Chavagnes). Les registres de Saint-André et de Saint-Fulgent gardent la trace de la naissance de leurs enfants, et les actes notariés informent aussi de leurs domiciles successifs.

Le premier de leurs enfants, René Henri de Tinguy, rejoint Charette et participe à la prise de Noirmoutier. Charette le nomme gouverneur de l’île en octobre 1793. Capturé par les républicains ensuite, il eut la langue arrachée et fut fusillé le 10 janvier 1794 par les bleus, deux jours après le généralissime d’Elbée, sur l’île de Noirmoutier.

Le mariage cocasse de leur fille Henriette à Saint-André en 1768 avec Antoine Durcot de Puytesson est raconté dans mon livre (page 85).

Leur fille Jeanne Henriette a eu pour parrain Charles Guyet (le père de Joseph qui se mariera en 1804 avec l’ex vicomtesse de Lespinay, châtelaine de Linière).

Le nouveau maire de Saint-André en 1829 appartient à une autre branche, les de Tinguy du Pouët, qui s’est installée à la Clavelière de Saint-Fulgent au cours du XVIIIe siècle. Son père est né le 22 mars 1761 à Saint-Mars-la-Réorthe, où il fut seigneur du Pouët, le 22 mars 1761. Son grand-père s’appelait Charles Gabriel de Tinguy, seigneur du Pouët, et sa grand-mère paternelle Marie Suzannet.

Blason des Tinguy du Poüet
Il est né à Saligny le 20 juin 1806 de Pierre Alexandre Benjamin de Tinguy et dArmande Louise Henriette Buor. Il s’est marié à Luçon le 20 novembre 1827 avec Elisa Adélaïde Alexandrine de Buor de La Voy, née à Corpe (près de Luçon) le 8 avril 1806.

Son père a été maire de Saint-Fulgent de 1807 à 1828 et sera remplacé dans cette fonction par son fils, Louis Henri Benjamin de Tinguy du Pouët, de 1828 jusqu’à la Révolution de 1830. Ce dernier était né à Boufféré en 1804 et se mariera avec la sœur jumelle de la femme de son frère : Caroline Bénigne de Buor de La Voy.

Son père était un militaire, chef de bataillon et chevalier de Saint Louis. En tant que maire il accueillit Napoléon, de retour d’Espagne le lundi 8 août 1808 vers 19h30. Dans son discours il rappela avec émotion à l’empereur qu’ils avaient été condisciples à l’école militaire. Napoléon lui répondit brièvement que beaucoup de choses malheureuses avaient eu lieu depuis. On raconte aussi qu’après le discours du maire, une fille de Mlle Delille de la Morandière offrit à l’impératrice une corbeille de roses et de lauriers ; quelques jours plus tard, cette corbeille devait lui être rendue toute remplie de cadeaux.

Le registre d’état-civil de Saint-André garde l’acte de décès d’Edouard Dillon le 26 décembre 1825, au bourg de Saint-André-Goule-d’Oie (vue 43 à l’état-civil accessible sur le site internet des Archives de la Vendée). L’information vaut un développement.

E. Dillon était né le 2 juin 1764 à Londres. Selon l’inscription du registre de Saint-André, c’était un officier supérieur au service de sa majesté britannique, fils de feu Etienne Dillon et de feu Elizabeth McCarthy (1). Les témoins sur l’acte de décès sont Alexandre de Tinguy (maire de Saint-Fulgent), Guillaume Chauvreau, instituteur, et François Cougnon (fils) propriétaire cultivateur, tous « amis du défunt. » Cet acte de décès révèle la solidarité envers ce militaire, des de Tingy et des royalistes convaincus intimes de la famille, l’instituteur et le jeune propriétaire du Coudray.

Les Dillon sont connus. Famille noble ancienne d’origine écossaise, qui a suivi en exil en France le roi d’Ecosse déchu de ses droits, elle a donné des serviteurs au royaume de France. Au long du XVIIIe siècle, un régiment d’écossais, appartenant à la famille Dillon, servira vaillamment les rois de France. Pour la récompenser, un membre de la famille sera même nommé archevêque de Narbonne par Louis XVI. Les liens d’amitié entre Alexandre de Tinguy et Edouard Dillon étaient-ils de bon voisinage ou remontaient-ils à plus loin, on ne sait. Mais ce dernier étant officier britannique, il faut le distinguer des Dillon de nationalité française.

Ce décès n’eut pas lieu au domicile de Léon de Tinguy, et le défunt habitait chez lui au logis du bourg. Sa veuve, Marie Anne Quantin, vendit le logis à Léon de Tinguy en 1829, acheté en 1822 de l’héritière de Jean de Vaugiraud (2). Plus tard, le bâtiment deviendra le presbytère de Saint-André-Goule-d’Oie.

Il comprenait au rez de chaussée une cuisine, une salle à manger, un salon de compagnie, un corridor et une laiterie. À l’étage il y avait 6 chambres, dont 2 avec une cheminée. Les communs comprenaient autour d’une cour à l’arrière du logis (côté sud), où s’entassait les fagots de bois pour l’hiver, divers bâtiments : un cellier, une sellerie, une écurie, un grenier, une remise, une écurie, une boulangerie, une grange et une étable aux vaches. Cette description résulte d’un inventaire après-décès fait par Me Pertuzé, notaire à Saint-Fulgent, les 5 et 6 janvier 1835, suite au décès de Mme de Tinguy, née Elise Buor de la Voy (3). Elle laissait deux enfants survivants, héritiers en sa succession, dont leur tuteur nommé par le conseil de famille était Ernest Grelier du Fougeroux demeurant la Chapelle-Thémer.

L’énumération des objets mobiliers dans cet inventaire nous informe du mode de vie du jeune couple de notables en 1835, membres d’anciennes familles nobles vendéennes. Leur salle à manger était meublée d’une table ronde en 3 compartiments, 2 petites tables et d’un buffet, tous en bois de cerisier. Dans leur vaisselle on relève 10 assiettes en porcelaine et d’autres, avec une cafetière, en terre de pipe, qui était une variété de faïence fine réalisée en Lorraine. Dans la laiterie se trouvaient des charniers (abris pour garder les viandes salées), et des terriers (abris creusés dans le sol). Le salon de compagnie était meublé d’une commode couverte en marbre, une petite table, 15 chaises, 4 fauteuils, deux gondoles et un canapé. Les lits des chambres à l’étage étaient composés de leurs bois en cerisier ou en chêne, avec leurs rideaux en coton, plus une paillasse, un ou deux matelas, une couette, un traversin, un oreiller, une ou deux couvertures. Sur un lit il y avait en plus un édredon. Une petite pièce à l’étage comprenait une baignoire. 

Cabriolet
Au moment de l’inventaire en janvier 1835, le cellier était bien garni avec 1750 litres de vin blanc en barriques, 150 litres en bouteilles de vin blanc, et 250 litres de vin rouge en barriques. Dans le grenier il y avait alors 3 tonnes de froment et de seigle, et 2,1 tonnes d’avoine, preuve d’une forte activité agricole du propriétaire avec ses métairies. On est impressionné par les 700 fagots de bois comptés dans la cour, pour alimenter les 5 cheminées de la maison. Un cabriolet avec son harnais et l’équipage en dépendant, valant 700 francs, occupait principalement la remise. Dans une sellerie à côté étaient rangées 4 selles, 3 brides et 2 colliers. C’est qu’il y avait un cheval et deux juments à équiper dans l’écurie. Un jeune cheval à poils rouges âgé de 3 ans fut estimé valoir 150 F. Une jument de 4 ans fut estimée 300 F, et une autre, grise, âgée de 6 ans, 432 F. Dans l’écurie il y avait une couchette composée de son bois en chêne, une paillasse et un matelas. De même, dans une chambre près de la remise se trouvait un lit en forme de couchette composé de son bois en chêne, une paillasse, une couette en plumes mélangées, un traversin en balle et trois mauvaises couvertures. C’était l’usage que les garçons d’écurie avaient une chambre dans les communs. Et dans cette chambre il y avait à côté du lit un vieux coffre presqu’usé en bois de cerisier, une scie, une fourche, un dail (faux) et une faucille, les instruments de travail de l’occupant. La grange abritait 3 tonnes de foin et une étable à vaches hébergeait 3 vaches à poils rouges et une génisse.

Comme il se doit la maitresse de maison accumulait du linge dans ses armoires comme d’autres approvisionnait leurs bas de laine : 40 paires de drap, plus 20 autres paires de draps de domestiques (le notaire comme tout le monde faisait la différence), 25 douzaines de serviettes, 22 essuie-mains, 23 nappes, etc. La garde-robe de Mme de Tinguy n’est pas détaillée malheureusement et nous aurons du mal à connaitre la mode de l’époque. Tout juste le notaire note à part les bijoux : 3 bagues et une noix montée en diamant, valant le tout 400 F. Cela montre qu’on était chez des notables, mais de fortune mesurée, pour autant que l'évaluation de celle-ci puisse répondre à une cetaine objectivité. L’argenterie fut estimée valoir 672 F. Le total de l’actif des biens meubles se monta à 8 647 F et le passif à 1 300 F. L’inventaire comporte l’énumération des titres de propriété du couple, mais pas ses livres. Dommage, derrière des lectures des personnalités peuvent se dessiner, mais cette exclusion résulte d’un choix du notaire. 

Léon de Tinguy a 23 ans quand il est nommé maire, la même année où il s’installe au logis du bourg. C’est l’année aussi où naît son premier fils, Louis. Son épouse lui donnera trois enfants et décédera le 30 août 1834. Il est crédité d’un revenu de 4 000 F, selon le percepteur, au moment de sa nomination.

Léon de Tinguy se remariera avec Aimée Stéphanie de Béjarry ensuite, appartenant à une famille ancienne de la noblesse vendéenne (originaire de Saint-Martin-Lars). Elle donnera naissance à deux enfants et mourra, suite à un accouchement elle aussi, le 2 juillet 1840.

Léon de Tinguy a démissionné pour protester contre la Révolution de juillet 1830 qui venait de chasser Charles X de son trône, le frère de Louis XVI. De toute façon le nouveau pouvoir n’aurait pas conservé un maire légitimiste partisans du roi renversé. Il ne sera resté maire qu’une année. Pierre Mandin, qui était toujours adjoint, a démissionné ensuite, mais en assurant l’intérim pendant l’été 1830.


(1) Il y avait une famille Mac Carthy dans la région du bocage vendéen. Marie Rosalie Mac Carthy était l’épouse d’Auguste Salomon du Chaffaut (Boufféré) en 1804, et elle avait un frère, Charles Mac Carthy, qui demeurait en 1804 à Saint-Pierre-d’Oloron (Charente-Inférieure) [Notaires de Montaigu, étude E, Thibaud, inventaire après décès du 22 messidor an XII (11-7-1804), vue 379]. Nous n’avons pas établi de lien avec l’épouse d’Edouard Dillon.
(2) Notes no 14 et 15 sur le bourg de Saint-André-Goule-d'Oie, Archives d'Amblard de Guerry: S-A 3.
(3) Inventaire des 5 et 6 janvier 1835 à la requête de Léon Auguste de Tinguy, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Pertuzé : 3 E 30-27.


Emmanuel François, tous droits réservés
Septembre 2010, complété en juin 2020

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