Une famille La Heu (ou Laheu), du village du Coin, faisait partie des notables de St André Goule d’Oie et de Chavagnes en Paillers au XVIIe siècle.
Nous ne connaissons pas la date de création du fief du Coin. Néanmoins il paraît probable qu’au moment de la naissance de la paroisse de St André Goule d’Oie aux XIIe/XIIIe siècles, la plupart des terres où se trouve le Coin étaient occupées par la forêt et les landes de bruyères et de genets. Chavagnes et ses nombreux fiefs à ligence constituaient, à proximité et au-delà du ruisseau du Vendrenneau et du ruisseau de la Petite Maine, la limite défensive des marches de l’Anjou d’abord et de la Bretagne ensuite, avant de revenir dans la mouvance du Poitou. Ces ruisseaux ont servi à délimiter les communes.
On sait qu’à peu près à la même époque, des colonies d’hommes ont continué à déboiser et ont ainsi créé de nouvelles métairies. Le Coin, dans la mouvance du baron des Essarts, est donc devenu, à une date ignorée, une tenure concédée à un chevalier, pour lui permettre de s’équiper avec un cheval et des armes pour faire la guerre à l’appel de son suzerain. Non loin de là, la Baritaudière possède un nom qui fait penser au seigneur de la Drollinière entre 1350 et 1380 : Guillaume Baritaud. Qu’il ait donné son nom à cette métairie créée par des colons sur ses terres paraît probable. Le village proche du Plessis le Tiers peut trouver son origine de la même manière. Le nom de « plessis » provient de celui de la clôture en bois qui entourait la pièce de terre mis en culture, pour la protéger des bêtes sauvages. A son nom était associé celui du défricheur.
Il semble qu’aient existé des mines autrefois au Coin, mais nous recherchons des informations sur ce point. On sait seulement que des mines de plomb argentifère ont été exploitées, non loin de là, au Cormier et à la Marquerie de Chavagnes. Un seigneur de la Bleure et du Cormier devait chaque année à son suzerain, au Moyen Âge, « un marc d’argent en masse ». (1) Si ces mines ont bien existé au Coin aussi, on comprend mieux que les lieux furent concédés à un noble.
Ce fief du Coin existait-il au moment de la guerre de cent ans ? On sait qu’au traité de Brétigny en 1360, le Poitou a été annexé à la couronne d’Angleterre. C’est ainsi que la paroisse de St André Goule d’Oie a été anglaise pendant les années 1360, tandis que la châtellenie de Montaigu, et le prieuré de Chavagnes en Paillers qui en dépendait, restaient français. (2)
En 1372, les Anglais occupaient Mortagne et l’Herbergement-Ydreau (St Florence). Cette année-là ils firent, sans succès, le siège de l’abbaye de la Grainetière, qualifiée de place forte et défendue par un vaillant capitaine pour le compte du roi de France, nommé Martinière. (3)
On sait aussi que Du Guesclin a chassé ensuite les Anglais et s’est emparé de tout le Poitou au nom du roi de France en 1372. A cette occasion il a participé à la prise du château fort de Benaston (Chavagnes en Paillers), où on dit qu’il aurait eu une jambe cassée par une poutre enflammée qui traversait un fossé. (4)
Ces troubles n’ont pas dû concerner le Coin en tant que lieu, même s’il était placé néanmoins sur une frontière, car c’était une exploitation agricole, comme la Drollinière (devenue Linières), entre les mains d’un guerrier.
(1) A. de Guerry, Chavagnes Privat (1988), page 29
(2) A. de Guerry, Chavagnes Privat (1988), page 71
(3) Annuaire SEV, article L. de La Boutetière (1874), page 132
(4) Louis Brochet, la Vendée à travers les âges (1902) : histoiredevendee.com
Son histoire connue commence avec Pierre La Heu. (5) Le 22-11-1599, il figure comme fondé de pouvoir de Renée de la Mothe, veuve de Charles Bruneau, seigneur de la Rabatelière et propriétaire du domaine de Linières. Il acheta la Grande Roussière de St Fulgent en 1616, plus tard revendue à M. de Royrand. Pierre La Heu possédait aussi la métairie de Vrignay (Chauché) à la même époque.
Il acquit le fief de la Brunière près du Coin. C’était un ancien fief à ligence sur la paroisse de Chavagnes, relevant du marquisat de Montaigu. Cela signifiait qu’il devait 40 jours de garde par an dans une maison à Benaston. Il en prit le nom pour la première fois en 1621. (6) Les bâtiments des deux fiefs étaient très proches l’un de l’autre, séparés par le ruisseau du Vendrenneau.
Marié à Marie Alluchon, Pierre La Heu eut six enfants (7) :
- Jacquette, mariée en 1e noces à Chauché le 12-1-1612 avec Auguste Blouin. Il était lieutenant d’une compagnie au régiment de M. du Chateslier Barlot. En 2e noces elle épousa le 31-10-1618 Johan Malleuvre, capitaine des gardes de M. le prince de Marcillac, gouverneur d’Aquitaine.
- Pierre Laheu, sieur de la Brunière, conseiller du roi, avocat en l’élection des Sables, qui vivait en 1649.
- Louis Laheu, prêtre, inhumé à Chavagnes le 16-10-1627.
- Jeanne Laheu, marraine à St André Goule d’Oie le 28-9-1628 de son neveu François Laheu.
- Renée Laheu, baptisée le 8-11-1602 à Chauché. Elle est marraine le 7-12-1629 à St André Goule d’Oie de sa nièce Renée Laheu, et inhumée le 10-8-1645 à St André Goule d’Oie. Sa fille, Renée La Heu, fut dame de la Parnière (8) des Brouzils et de la Grande Roussière (St Fulgent) et épousa Jean Robert, seigneur de la Gennerie.
- Alexandre.
Ce dernier, Alexandre Laheu, sieur du Coingt (orthographe de l’époque) et Foucault, rendit hommage à Montaigu le 20-5-1638 pour le fief de la Brunière. L’arrière-fief du Coin-Foucault, lui, dépendait du fief des Essarts. (9)
Qualifié d’écuyer, il fut gendarme dans la compagnie du duc d’Enghien (Louis II de Bourbon-Condé dit le Grand Condé). C’était un corps d’élite attaché à la personne du prince, sans rapport avec le métier de gendarme. Il avait suivi François Bruneau de la Rabatelière sur les champs de bataille. C’était le fils aîné de Charles II Bruneau, le fondateur de la paroisse de la Rabatelière, qui avait été fait baron par Louis XIII en 1632. François Bruneau avait reçu à Phillipsburg en 1644 la lieutenance d'une compagnie de gens d'armes par brevet du duc d'Enghien. Alexandre Laheu fut plus chanceux que son compatriote et chef. En effet, le 3-8-1845 François Bruneau tomba, avec 4000 autres soldats de Condé, à Nordlingen (aussi appelée bataille d'Alerheim), frappé de cinq blessures, en combattant à la tête de sa compagnie, et son cœur, enfermé dans une boîte de plomb apporté à la Rabatelière, fut déposé dans l'église.
Vers 1649, Alexandre Laheu cessa d’être paroissien à la Rabatelière au bénéfice de Chavagnes en Paillers. Il est mort avant 1664.
(5) famillesvendeennes.info
(6) Annuaire de la SEV, article de C. Gourraud (1876), page 145 et s.
(7) Archives de Vendée, Notes Généalogiques de J. Maillaud, tome 18 pages 266 à 273
(8) A. de Guerry, Chavagnes (1988), page 44. La Parnière (Les Brouzils) était un fief à ligence. Son seigneur levait à titre de sergent féal (huissier) les avoines dues au seigneur de Montaigu à la St Michel pour les usagers des landes.
(9)Annuaire de la SEV, article de M. A. Bitton (1889), page 109
Il épousa Marie Viaudet vers 1625 (fille d’un auditeur à la chambre des comptes de Bretagne), dont il eut au moins six enfants :
- Françoise née le 28-9-1628 à St André Goule d’Oie,
- Renée née le 7-12-1729 à St André Goule d’Oie (elle y est décédée le 10-8-1645),
- Alexandre né le 26-12-1630 à St André Goule d’Oie (qui suit),
- Charles né le 4-5-1638, baptisé à la Rabatelière,
- Bruno né le 7-10-1641 à la Rabatelière,
- François né le 29-12-1642 à la Rabatelière,
- Pierre né le 29-3-1645 à la Rabatelière.
Alexandre Laheu né le 26-12-1630, sieur de la Brunière, se maria avec Louise de Maucourt (contrat de mariage chez le notaire Jean Fèvre à Fontenay le 28-7-1664). Jacques Thomazeau, cousin, est témoin au contrat.
Il a été maintenu noble par sentence du 24-3-1670 (10) et mourut le 1-3-1694 (Chavagnes). Il eut pour enfants :
- Jean Baptiste né en 1670 et marié à Chavagnes le 8-2-1712 avec Perrine de Chevigné, fille d’Henri de Chevigné, seigneur de la Surie. Leur fille, Jeanne Madeleine, fut baptisée à Chavagnes le 22-12-1714. Celle-ci fut veuve d’Estienne Bouron, notaire et greffier de Montaigu, demeurant au bourg de St Georges de Montaigu en 1767. Jean Baptiste Laheu, habitant le Coin, fut inhumé le 6-6-1737 à Chavagnes, ainsi que sa femme en 1717, âgée de 35 ans.
- Anne, mariée le 21-4-1704 à St André Goule d’Oie avec Pierre Devasles, sieur de Chaillot, bourgeois de la paroisse de Nesmy.
- Alexandre, sieur du Coin, né le 20-4-1677 à Chavagnes en Paillers. Il s’est marié à Marie Frappier. On ne leur connaît pas d’héritiers et son épouse a été inhumée à Chavagnes le 16-9-1755, âgée d’environ 80 ans. Après cette date, la Brunière et ses dépendances (avec le Coin et le Peux) fut acquise par la famille Royrand de la Roussière de St Fulgent.
- Louise née en 1678 à Chavagnes en Paillers.
- Marie née en 1680 à Chavagnes en Paillers.
- Elizabeth née en 1682 à Chavagnes en Paillers. Elle eut pour parrain Pierre Moreau, sieur du Coudray et sénéchal de Bazoges, (11) et épousa Alexandre Gourraud, sieur de la Bonnelière (Chavagnes).
- Michelle née en 1684 à Chavagnes en Paillers, épousa en 1718 Jean Hullin (Romagne, diocèse de La Rochelle).
- Louise née en 1691 à Chavagnes en Paillers.
Alexandre Laheu fut aussi père, hors mariage, de :
- François, né d’Andrée Bouffard, baptisé le 11-12-1661 à St André Goule d’Oie.
- Marie, née d’Anne Arnaud, baptisée le 23-6-1667 aux Brouzils.
Dans une liste très détaillée sur les juridictions du Bas-Poitou à la fin de l’Ancien régime, le fief du Coin est mentionné, ainsi que celui de St Fulgent (dépendant de Tiffauges et des Essarts). Le seigneur du Coin a donc eu un droit de basse justice, ce qui veut dire qu’il jugeait des petits délits, des droits du seigneur et de certaines affaires civiles. Indiquons que le fief de Linières n’est pas cité. Selon l’auteur de la liste, (12) les destructions d’archives peuvent
(10) Colbert de Croissy et Barentin, État du Poitou sous Louis XIV, page 401
(11) Juge d’un tribunal
(12) Annuaire de la SEV, article de M. A. Bitton (1889), page 109
expliquer certaines absences. Mais peut-être le fief de Linières n’avait-il pas droit de justice, celui-ci étant exercé par le baron des Essarts exclusivement.
Sans trop s’étendre sur la justice de l’Ancien régime, rappelons d’abord que malgré ses efforts, la monarchie n’avait pas récupéré au XVIIIe siècle tous les droits régaliens (justice, impôts, police) exercés par les nobles après l’effondrement de l’empire carolingien. Comment était organisée cette haute justice locale, comme celle de la baronnie des Essarts sur le territoire de Chauché et St André Goule d’Oie ?
A partir du XVIe siècle, les tribunaux du seigneur étaient présidés en Poitou par un sénéchal. Ils comprenaient aussi un procureur, appelé procureur fiscal (il veillait au respect des perceptions des taxes lors des procès) et un greffier. L’huissier, pour signifier les actes et faire des constats, s’appelait un sergent. La haute justice juge de tout, au pénal et au civil. La basse justice juge des petits délits, des droits du seigneur et de certaines affaires civiles. La procédure était écrite et des recours étaient possibles. Les juges de paix cantonaux ont remplacé cette justice à partir de 1791.
Néanmoins, comme beaucoup de droits et institutions, cette organisation judiciaire s’est localement et partiellement évaporée au fil du temps. Dans son état de la justice d’Ancien régime à la veille de la Révolution, l’historien Beauchet-Filleau indique qu’à la sénéchaussée présidiale de Poitiers ressortissaient 300 hautes justices, dont 60 sans exercice, 40 sans officier et 50 mal administrées. (13) Il relève que St André Goule d’Oie entrait dans le ressort de la baronnie des Essarts pour la haute, moyenne et basse justice. La baronnie disposait d’un juge, d’un procureur fiscal et d’un commis greffier. D’autres paroisses relevaient de cette baronnie, mais en partie : Chauché, Boulogne, la Merlatière, St Martin des Noyers, le Bourg sous la Roche, Chaillé sous les Ormeaux et Lairière (fusionnée avec La Ferrière en 1828). Des châtellenies en relevaient aussi : Aubigny (paroisse d’Aubigny), l’Audonnière et Morenne (paroisse de St Cécile). La vicomté de la Rabatelière, Jarrie (Saligny) et Raslière (la Merlatière) avait un droit de haute justice sur les paroisses de la Rabatelière et Saligny en entier. Elle l’avait partiellement sur les paroisses de Chauché, Boulogne, et la Merlatière. En, revanche elle disposait d'un personnel nombreux avec un juge sénéchal, un procureur fiscal, un greffier et 7 procureurs (dont l’un était à la fois notaire et huissier) et tous les autres notaires, qui en totalité étaient au nombre de 9, et 2 huissiers. La justice de la châtellenie de St Fulgent s’étendait sur une partie de la paroisse de St Fulgent et rapportait en appel au marquisat de Montaigu. Le fief du Coin n’est pas cité dans cet inventaire. Le droit de justice s’était évanoui dans la nature, laissant perdurer des taxes après lui, elles-mêmes s’éteignant au fil des rachats, des dons etc.
Cette administration judiciaire, par la superposition de ses structures, l’incompétence, voire la malhonnêteté de beaucoup de ses agents et leur inféodation aux seigneurs locaux, a été une des tares de l’Ancien régime. (14)
(13) Beauchet-Filleau, Justices royales, ecclésiastiques et seigneuriales du Poitou, Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest (1843)
(14) Colbert de Croissy et Barentin, État du Poitou sous Louis XIV, page 263 et s.
Emmanuel François
Novembre 2011
Assemblée des AFN
Il y a 2 jours

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