dimanche, avril 24, 2011

Etienne Benjamin Martineau

Beau-frère du futur châtelain de Linières à partir de 1800, Joseph Guyet, et occupant des lieux à cette époque, nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer Benjamin Martineau, notamment grâce aux informations puisées dans le livre de M. Maupilier : Des étoiles au Lion d’Or, St Fulgent sur la route royale, Herault Editions (1989). Depuis avril dernier nous avons trouvé de nouvelles précisions sur cet habitant bien particulier de Linières la dernière année du XVIIIe siècle. En particulier, l’accès internet aux successions dans les archives de Vendée, constitue un atout précieux. Nous reprenons son histoire pour la rectifier et la compléter.
Benjamin Martineau s’était établi médecin à St Fulgent et s’enthousiasma très tôt pour l’œuvre de la Révolution. On l’a vu en 1791 interpeller de manière vexatoire le curé de St Fulgent pour qu’il prête serment à la Constitution civile du clergé. On l’a vu dénoncer le curé Allain de St André et le vicaire Brillaud de St Fulgent, dont le serment de « haine à la royauté » en 1797 lui paraissait manquer de sincérité. On l’a vu se faire élire maire de St Fulgent en 1799, avec le secours de la troupe contre la majorité des électeurs. Bref, un extrémiste. On sait aussi qu’il s’est enfui avec son beau-père, Simon Charles Guyet le 14 mars 1793, accompagnant vers Fontenay le Comte, la troupe en déroute des gardes nationaux commandée par Rouillé. A-t-il été témoin dans l’auberge du Chapeau Rouge à St Vincent Sterlanges, du massacre de son beau-père le 14 mars par les insurgés du canton de St Fulgent ? A-t-il pu l’assister avant de mourir le lendemain ?
Né à La Chapelle-Thémer le 16 juin 1765, son père s’appelait Jean Baptiste Alexandre Martineau, né à Longèves vers 1734 ; ce dernier épousa à Chassenon le 3 juin 1761, sa cousine germaine, Rose Thérèse Martineau. Ils eurent 6 enfants. Il est intéressant de s’attarder sur cette fratrie. (1)
- Le plus connu de ses frères est Ambroise Jean Baptiste Martineau (1762-1846), ardent républicain, qui fut élu administrateur du département de la Vendée et député suppléant à la Convention. Il a été l’un des hommes de confiance, sévissant à Fontenay, des plus enragés parmi les envoyés de la Convention en Vendée (Hentz, Francastel). (2) Il avait épousé Marguerite Sabouraud.
- On a aussi écrit qu’un autre de ses frères aurait été sauvagement massacré par les insurgés lors de la déroute de Pont-Charrault le 19 mars 1793. (3) Serait-ce Philippe Constant Martineau dont on ne connaît pas les dates de naissance et de décès ? (4)
- Venant Joseph Martineau était officier d’état-major de l’armée d’Italie lorsqu’il fut tué à la bataille du Pont d’Arcole le 11-11-1796. (5)
- Rose Louise Martineau qui épousa Joseph Merland, sieur du Chastegnier.
- Agathe Martineau qui épousa Guillaume Chevallereau, demeurant à St Hermine.
- Honorée Martineau qui épousa le 12-11-1794 Pierre Ageron, négociant à Fontenay et qui s’établira aux Herbiers, en devenant le maire de 1807 à 1814. Son père avait été fermier général de la Grainetière. Il acheta le Landreau et a été considéré comme « un des grands profiteurs de la Révolution. » (6)
Etienne Benjamin Martineau s’est établi médecin à St Fulgent. Il y a épousé le 17 mai 1791, Catherine Marie Sophie Guyet, fille aînée de Simon Charles Guyet et de Catherine Cousin, et sœur ainée du futur châtelain de Linières, Joseph.
Il fut élu à la municipalité de St Fulgent dès 1790 et ensuite il fit partie des électeurs du canton pour les élections départementales en septembre 1792. L’arrêté du directoire de la Vendée du 5-2-1793 le nomma commissaire pour le canton de St Fulgent en vue d’y organiser la garde nationale. Mais il a dû fuir St Fulgent en mars 1793.
Il faut dire qu’il était haï dans les environs. En témoigne un couplet de « la chanson de Marcé », du nom du général qui fut battu le 19-3-1793 à la bataille de la Guérinière (aussi appelée bataille du Pont de Gravereau) et qui égayait les paysans, sur l’air de la chanson de Malborough. Le refrain était le suivant :
Marcé s’en va-t-en guerre
Mironton, mironton, mirontaine
Marcé s’en va-t-en guerre
En guerre à St Fulgent
Faisant allusion à la fuite des bleus, un des couplets concerne Martineau avec la prononciation du patois local (7) :
Martineau sans tchulotte
Les presse vivement
Préparez au pus vite
Cercueil et monument !
Ses deux premiers enfants sont nés à St Fulgent.
- Benjamin Charles, né le 14 février 1792, qui sera juge de paix à Palluau.
- Louis Marie Amboise dont le baptême est inscrit sur le registre clandestin de St Fulgent le 4 août 1793. (8)
A cette date, le père était réfugié du côté de Fontenay le Comte et sa femme, restée à St Fulgent, prit les initiatives nécessaires pour faire baptiser son bébé. La mort guettait les nouveau-nés à l’époque, et laisser non baptisé le sien a paru impensable à Mme Martineau. Que faire ? Le curé assermenté de St Fulgent, Baudry, était prisonnier des Vendéens, le curé insermenté avait été déporté en Espagne par les révolutionnaires. Restait le vicaire, insermenté lui aussi, qui se cachait aux alentours en compagnie du curé de St André. Alors on fit comme tout le monde, on le contacta, et il baptisa l’enfant. Le parrain, Louis Chateigner, noté comme notaire royal par le vicaire, était aussi maire de la commune cette année-là. La loi du 6-10-1791 avait pourtant transformé les « notaires royaux » en « notaires publics ». Il a signé sur le registre clandestin du prêtre réfractaire, qui ignorait les nouvelles lois ! Le refus de laisser l’enfant sans baptême valait donc bien cet accommodement à la lutte contre les prêtres réfractaires. A moins que la politique, avec les simplifications qui la font vivre, ne réussissent pas toujours à bien rendre compte des complexités de l’âme humaine ! La châtelaine de Linières, ex-vicomtesse de Lespinay, échappée par miracle des noyades du sinistre Carrier à Nantes, était bien tombée amoureuse du républicain Joseph Guyet …Alors, comme les irrésistibles effets de l’amour, l’impérieuse nécessité des baptêmes transcendait-elle aussi les luttes politiques ?
Benjamin Martineau dénoncera pourtant ce vicaire en 1797, comme nous l’avons rappelé plus haut.
Fuyant St Fulgent, on pense qu’il s’est dirigé à Fontenay, où se trouvait son frère, administrateur du département. Etienne Benjamin Martineau a fait partie à Fontenay du comité de sûreté générale où, en août 1793, les autorités départementales avaient placé des élus du 2e rang dont il faisait partie. Ce comité était au courant des dossiers de police, faisait rechercher les suspects importants, pouvait procéder aux interrogations et déférer à la cour militaire, antichambre de la mort.
Il semble que son deuxième refuge ait été Champagné les Marais, où le curé constitutionnel de St Fulgent, retiré alors à Ancenis, lui écrit le 21-6-1794 : « on parle beaucoup ici d’un pardon par les représentants aux brigands qui mettent bas les armes, que 600 habitants des marais ont joui tout nouvellement de cette faveur. Je ne crois point à cette amnistie. »
Plus tard Benjamin Martineau s’installa à Luçon pour y exercer la médecine. C’est ce qu’il déclare au moment de l’inscription du décès de son beau-père au bureau de l’Enregistrement de Montaigu, le 21 messidor an V (9-7-1797). Son troisième enfant nait à Luçon :
- Rose Adélaïde Félicité, née le 13 novembre 1797 ; elle épousa à St-Fulgent le 17 octobre 1825, Joseph Alexandre Gourraud (Proustière de Chavagnes en Paillers), juge de paix et conseiller général.
Puis c’est le retour à St Fulgent, ou plutôt à Linières. Le propriétaire était encore Mme de Lespinay, vivant, sans être mariée, avec Joseph Guyet, habitant tous les deux à Paris. Peut-être avait-on besoin de quelqu’un sur place, après l’incendie du château et de quelques métairies. Peut-être aussi que les haines ne s’étaient pas éteintes dans le bourg de St Fulgent. D’autant que même chez les révolutionnaires de la commune régnait la division.
On se souvient qu’aux élections de mars 1799 à St Fulgent il y avait 78 votants (en 1798 : 90 votants), dont 33 partisans de Martineau et 45 contre. On se battit. Martineau fit appel à la troupe et ses partisans l’élisent seuls sous la protection des soldats.
Sur l’acte de mariage de son quatrième enfant, on note que ce dernier est né à Linières :
- Agathe Elise Emilie, née le 8 janvier 1799 ; elle épousa le 14 octobre 1833 à St Fulgent, Narcisse Hyacinthe Legras de Grandcourt.
Puis Napoléon s’empara du pouvoir et imposa à tous la paix civile. Beaucoup des combattants des deux camps, qui luttaient depuis dix ans, ne demandaient qu’à vive en paix. Benjamin Martineau revint s’installer à St Fulgent où naquit son dernier enfant :
- Adèle Félicitée, née le 7 janvier 1802 ; veuve, elle épousa à St Fulgent le 9 février 1835, Olivier Gabriel Désiré Legras de Grandcourt.
Mais il ne resta pas longtemps à St Fulgent. Il alla exercer la médecine aux Herbiers, au moins depuis 1803, année où il y apparaît domicilié au bourg dans un acte notarié. Toujours passionné de politique il fut nommé maire de la commune du 15-4-1804 à décembre 1807. Il fut alors remplacé par son beau-frère Pierre Ageron. Mais le 2-7-1808 il prêta serment comme juge de paix aux Herbiers.
Aux Cent-jours de retour de Napoléon, il fut élu le 12-5-1815 par l’arrondissement de la Roche sur Yon représentant à la chambre. (9) On sait que le nouveau retour de Louis XVIII après la seconde abdication de Napoléon rendit cette élection inutile.
Il a fait deux acquisitions connues de métairies aux Herbiers et à Mouchamps.
Etienne Benjamin Martineau est décédé à St-Fulgent le 8 novembre 1828.

(1) Archives départementales de la Vendée, Généalogie J. Maillaud
(2) Annuaire de la SEV, Les Bleus de Vendée, article J. Artarit, (2010), page 235
(3) Annuaire de la SEV, Les Bleus de Vendée, article J. Artarit, (2010), page 278
(4) famillesvendeennes.fr : Martineau, branche de Longèves
(5) Archives de Vendée, Registre des déclarations de mutation, bureau de Montaigu (10 germinal an 5)
(6) Jean Lagniau, Le Landreau en les Herbiers, (1971) – Auteur bien connu à St André Goule d’Oie
(7) Billaud et d’Herbauges, La guerre au bocage vendéen, (1992), page 106
(8) Archives départementales de la Vendée, état-civil St Fulgent : registre clandestin (vue10/78)
(9) R. Robinet et Le Chaplin, Dictionnaire de la Révolution et de l’Empire


Emmanuel François
24 avril 2011, rectifié en janvier 2012

samedi, avril 02, 2011

Achille DIEN, peintre de Linières

Avec tous les artistes et les peintres qui ont fréquenté Linières entre 1875 et 1885, c'est-à-dire au temps d’Amaury-Duval, on est un peu surpris de l’absence de tableaux représentant les lieux. On sait qu’Amaury-Duval lui-même était un portraitiste avant-tout et on ne connaît de lui qu’un seul dessin de paysage (d’Italie)
Internet vient enfin de nous permettre de découvrir trois tableaux, œuvres de Louis Felix Achille Dien :
- « Un coin de parc à Linières » (figurant au Catalogue illustré du salon, 4e année, en 1882)
- « Dans le parc de Linières » (figurant au Catalogue illustré du salon, 3e année, en 1881 sous le no 859)
- « La pièce d’eau du château de Linières » (figurant au Catalogue des ouvrages de peinture et de sculptures exposés au Palais des Champs-Elysées le 2 Mai 1881 sous le no 739)
Le catalogue illustré du salon a été édité par la librairie d’art L. Baschet, 125 Boulevard de St Germain à Paris.
Ces informations figurent dans le Dictionnaire général des artistes de l'École française depuis l'origine des arts du dessin jusqu'à nos jours : architectes, peintres, sculpteurs, graveurs et lithographes, ouvrage commencé par Émile Bellier de La Chavignerie , continué par Louis Auvray,... - T2 et suppl. (1885).
La Source de ces informations est la librairie du musée J. Paul Getty, (Los Angeles), accessible par Google.
Que notre information provienne de Los Angeles ou de France n’a pas d’importance sur le point de savoir où sont ces tableaux. Car pour l’instant nous ne le savons pas encore. Internet reste la voie la plus facile pour trouver une réponse à cette question. Les propriétaires de ces tableaux, qui habitent quelque part dans le monde, peuvent vouloir se renseigner sur la pièce d’eau et le parc de Linières, certes moins connus que ceux du château de Versailles. Le présent site leur réservera un accueil empressé et leur ouvrira de larges horizons à Chauché et St André Goule d’Oie en Vendée, pour situer l'histoire des lieux.
De plus, les recherches internet, si elles sont infructueuses, ne le sont par définition que provisoirement. Chaque jour voit augmenter la richesse de la documentation accessible. Tel qui ne sait pas où sont ces tableaux un jour, le découvrira demain.
Mais au fait pourquoi Achille Dien à Linières ?
C’était un ami d’Amaury-Duval, propriétaire du nouveau château de Linières (Chauché, Vendée), depuis la mort de son petit-fils, Marcel de Brayer qui venait de le construire. Le peintre Amaury-Duval avait entrepris la décoration intérieure à la demande de son petit-fils. Plusieurs peintres l’aidèrent dans cette tâche :
- Mottez, son ami rencontré dans l’atelier d’Ingres.
- Victor Cesson, son élève et ami personnel de Marcel de Brayer.
- Eugène Froment, son élève qui sera son exécuteur testamentaire
- Anatole Jal, fils d’Augustin Jal, amis de toujours d’Amaury-Duval et de sa famille.
Achille Dien a fait partie des nombreux invités d’Amaury-Duval à Linières pour des séjours de loisirs. Ces invités étaient des membres de sa famille et des amis. Par ailleurs ils avaient presque tous un nom dans le monde des arts à Paris. On a parlé ensuite de la brillante société parisienne venue se promener au bord de l’étang. L’amitié et l’affection seules les avaient désignés.
Achille Dien était le fils, né en 1827, de Felix-Antoine Dien, graveur, et de Victoire-Pauline Piat. Il fut d’abord un musicien réputé et sa spécialité musicale fut la musique de chambre. Beethoven et Henri Reber (ce dernier, ami intime des Guyet-Desfontaines et d’Amaury-Duval) ont été ses compositeurs de prédilection. Ses premières mentions dans La Revue et Gazette musicale (8 et 15 mars 1857) le louent pour ce choix, et il propageait encore l’œuvre de Reber en 1884. C’est Dien qui prononça le discours pour l’inauguration du monument funéraire de son idole, Henri Reber, en 1883. Lors d’une de ses soirées de musique de chambre, qui « peuvent être rangées parmi les meilleures en ce genre » (La France musicale, 28 mars 1869), sa femme l’accompagne, sans doute au piano, et il était assez bon musicien pour jouer régulièrement avec Saint-Saëns et Batta (ces derniers, habitués du salon de Mme Guyet-Desfontaines).
Dans la Revue musicale, (1861/03), on peut lire cet extrait le concernant : « M. Achille Dien, un violoniste de talent, un musicien solide ; il a donné une belle soirée où il a conduit l’exécution de plusieurs morceaux de musique instrumentale avec intelligence et beaucoup de sentiment…. La transcription la plus ancienne de Saint-Saëns, la « Fantaisie sur des motifs d’Oberon de Carl Maria Von Weber », vit le jour en 1850, alors qu’il n’avait que quinze ans. Officiellement, cette page est le fruit d’un travail d’écriture réalisé conjointement avec son ami, le violoniste Achille Dien. Si ces deux jeunes musiciens étaient déjà des virtuoses de leurs instruments respectifs, il semblerait bien que le jeune pianiste ait défié les ressources du violoniste. Certes, le style de maturité de Saint-Saëns n’y est pas encore perceptible, pour autant son enthousiasme pour l’œuvre de Weber transparaît clairement, tout comme son humour au second degré qui joue non seulement avec la partition mais se joue aussi de celle-ci.
Le premier concerto de Saint-Saëns fut le Concerto pour violon No 2 en ut majeur op. 58 ; il rencontra moins de succès et ne fut publié qu’en 1879. Il fut dédié au peintre et musicien Achille Dien, qui le joua lors d’une soirée donnée par Saint-Saëns le 9-4-1860 à la Salle Erard. »
En 1894 Dien donne encore des concerts et enseigne le violon.
Dien était à la fois violoniste et peintre. Après 20 ans de vie musicale, il exposa pour la première fois en 1869 et continua régulièrement à envoyer au salon des paysages, souvent au fusain, jusqu’en 1882.
La musique le fit rencontrer H. Reber et l’amena vers Amaury-Duval. Il était déjà lancé dans la peinture quand il vint à Linières et peignit les trois tableaux indiqués ci-dessus.
Dien se livrait aussi à des travaux théoriques et travaillait à l’amélioration de la colophane. C’est une substance issue des résines de pins, qui est frottée sur les crins de l'archet pour lui conférer l'aspérité dont il a besoin pour frotter les cordes du violon.
Son ami H. Reber, membre de l’académie, a rapporté à l’Académie des Sciences le 29 avril 1878, deux mémoires de M. Achille Dien, lesquels concernent : 1° les notes défectueuses des instruments à archet, 2° la résonnance de la 2e mineure dans les cordes graves du piano.

Emmanuel François
Avril 2011

Pierre François Mandin, adjoint au maire de 1826 à 1830

Pierre François Mandin remplace François Fluzeau, comme adjoint du maire de St André Goule d’Oie, à une date dont nous ne sommes par sûr. Il apparaît dans cette fonction dans des registres conservés aux Archives à partir du 1e janvier 1826, le maire étant alors François Cougnon. Il restera adjoint du maire suivant nommé dans les deniers temps de la Restauration monarchique : Léon de Tinguy. Mandin démissionnera, comme le maire, en 1830 pour protester contre l’arrivée du nouveau roi citoyen, Louis Philippe, après que la Révolution de juillet 1830 eut détrôné Charles X.
Encore moins que le maire, nous n’avons rien trouvé concernant son activité municipale. Mais sa vie de combattant vendéen mérite d’être rappelée.
François (le prénom Pierre est parfois oublié) Mandin, a été capitaine dans l’armée vendéenne, ce qui pour un paysan le fait sortir du lot. Dans le contrôle nominatif des anciens officiers, sous-officiers et soldats vendéens blessés, qui sont proposés pour recevoir les secours accordés par l’ordonnance royale du 3 décembre 1823, on relève le capitaine Mandin Pierre François, né le 25.02.1769. Il y est dit qu’il « a fait les premières campagnes. »
Dans un autre document on note que Mandin Pierre François, « capitaine, distingué, a commandé des volontaires en corps d’élite. » En 1828, un nouveau contrôle nominatif le dit toujours capitaine, avec la notation : « A passé la Loire. Mérite. »
Les recherches de l’historien Alain Gérard sur la guerre de Vendée montrent les manipulations et mensonges véhiculés parfois avec de faux documents. Ainsi en est-il de la déclaration, il est vrai particulièrement « trop belle pour être vraie » de Westermann, triomphant après le massacre de Savenay. Nous ne pouvons plus la reprendre sans tenir compte des travaux d’A. Gérard. Il en est de même avec les méticuleuses vérifications d’A. de Guerry à propos de la participation des frères Royrand aux combats de la guerre de Vendée. C’est pourquoi nous reprenons cet article pour le rectifier sur ces deux points.
Pierre François Mandin est né le 25.02.1769 à St André Goule d’Oie et est décédé le 21.01.1839 dans la même commune. Il était fils de François Mandin (1745-1829) et de Marie Roger (1745-1809), demeurant au bourg de St André Goule d’Oie.
Son père était sacristain de la paroisse et sa présence est fréquente sur les registres clandestins (1793-1794) du prieur Allain, alors que ce dernier était obligé de se cacher à Chavagnes en Pailler, au village de la Maigrière ou dans la forêt de Gralas. Il enterrait les morts et devait sans doute suppléer à l’absence du prêtre dans ces circonstances pour conduire quelques prières. Le grand-père, Jean Mandin (1711-1756) et l’arrière-grand-père, François Mandin (1681-1756), étaient aussi sacristains. Le père de ce dernier l’était aussi, ainsi que nous avons pu le relever sur le registre paroissial de St André en 1670 (voir page 79 de mon livre). Et l’avant-dernier de ses fils, Jean Mandin, le sera aussi. Cette fonction de sacristain constituait un emploi partagé avec celui de cultivateur, longtemps resté dans la même famille.
Pierre François Mandin était l’aîné d’une famille de 8 enfants dont 6 survivants.
Il a fait partie des jeunes gens de St André Goule d’Oie qui se sont engagés sous les ordres de Charles de Royrand (1726-1793), demeurant à la Brunière de Chavagnes en Paillers.
Le « bounhomme Rouérand », comme l’appelaient les paysans, était un ancien officier du régiment de mousquetaires de Navarre, puis d’Armagnac. Il avait été blessé à la bataille de Raucoux (1746) et avait été distingué par le titre de chevalier de St Louis. Il fut proclamé à St Fulgent par les paysans des environs comme leur général. Il remporta la 1e bataille rangée contre des troupes de ligne le 19 mars 1793. En septembre 1793, son territoire du centre de la Vendée étant tenu par les bleus, il se joignit à l’armée des Mauges et participa ensuite, par discipline militaire et malgré ses convictions, à la virée de galerne, où il y mourut. Un autre frère Royrand, Charles Augustin, fut fusillé à Vannes en 1795 après le désastre de Quiberon, trois jours après son neveu, Charles César.

François Mandin se retrouva aussi en compagnie d’un autre « gouledoisien », officier membre de l’état-major du général de Royrand, propriétaire au bourg de St André Goule d’Oie, Jean Aimé Jacques de Vaugiraud. Celui-ci était né à Mortagne le 4-1-1753 et avait été officier de marine, comme le vice-amiral Pierre René Marie de Vaugiraud (1741-1819), son cousin. Son père était Jean Gabriel de Vaugiraud, chevalier seigneur du Coudray en 1753, et sa mère Marie Jacquette Boutiller.
Maurice Maupilier, dans son livre sur l’Histoire de St Fulgent, raconte que vers la fin de 1792 les rapports de police signalent dans la région de Montaigu la présence d’Aimé de Vaugiraud qui se cache dans ses terres (il était noble). Cité à comparaître devant le directoire du département de la Vendée, il ne se présente pas. Le 2-3-1793 le directoire se plaint que le district de Montaigu ne fait rien pour le chercher. Ambroise Martineau, membre du directoire du département, charge alors son frère Benjamin, membre de la municipalité de St Fulgent, en vertu de ses fonctions, de « requérir la force publique » pour exécuter l’arrêté d’arrestation de Vaugiraud. La brigade de St Fulgent n’a pas pu intervenir : la maison de Vaugiraud à St André était gardée par un rassemblement de paysans que Benjamin Martineau qualifie, pour se justifier, de « formidable ».
Les administrateurs nomment alors Rouillé pour rechercher Vaugiraud. Il réquisitionne des citoyens de Fontenay membres de la garde nationale. Les « soixante hommes furent enveloppés en un clin d’œil » (Mercier du Rocher) à St Fulgent par des paysans. Il n’y eu pas de bataille mais une fuite de Rouillé et de ses hommes, emmenant avec eux Benjamin Martineau pour le protéger (ainsi que son beau-père Simon Charles Guyet).
Vaugiraud assista le général de Royrand au moment de sa mort le 5-12-1793, près de Baugé, après qu’il eut été blessé à la bataille de Granville. Il réussit à repasser la Loire et continuera d’habiter le bourg de St André (il est parrain en 1806 et témoin d’un mariage en 1808).
Comme Aimé de Vaugiraud, et avec d’autres jeunes de St André, François Mandin participa à la virée de galerne. Citons aussi François Girard qui fut chargé au Mans par le généralissime de La Rochejacquelein, de retourner en Vendée porter une lettre à Charrette lui demandant des secours. Il réussit à rejoindre ce dernier, mais trop tard pour empêcher le désastre de la virée de galerne.
Cependant, tous les jeunes de la paroisse ne passèrent pas la Loire. Ainsi le capitaine de paroisse, François Cougnon, fit le choix avec d’autres, de rester se battre dans l’armée de Charette.

La virée de galerne
L’expression signifie que les combattants et les fuyards, femmes et enfants (on sait que la vicomtesse de Linière en faisait partie), ont traversé la Loire à St Florent le Vieil (Maine et Loire) pour se diriger en direction du Nord. Le vent de galerne désignait le vent du nord. Cette traversée a été comme une fuite éperdue, après une défaite militaire, pour rejoindre un hypothétique débarquement d’alliés sur la côte normande. Elle a concerné 40 000 hommes combattants, traînant avec eux 20 000 femmes, vieillards et enfants.
Commencés spontanément en divers lieux en mars 1793, les premiers combats vendéens furent victorieux jusqu’à la défaite devant Nantes en juin 1793. Après la défaite devant Cholet en octobre 1793, les combattants des armées d’Anjou et du Poitou (sauf Charette qui était resté dans sa contrée de l’ouest de la Vendée), suivis de celles et ceux qui fuient les incendies et les massacres, ne savent pas où aller. Deux chefs suggèrent alors de rejoindre le Maine où des partisans devraient venir les renforcer. Du 18 octobre au 23 décembre, une longue colonne de Vendéens alla jusqu’à Granville où elle échoua à prendre la garnison. Sans l’aide promise inconsidérément, elle reflua ensuite chez elle dans un cortège de misères, se fit massacrer devant le Mans (où la vicomtesse de Linière a été sauvée par un jeune chef : Forestier) et courut éperdue vers la Loire. Des 60 000 Vendéens qui ont traversé le fleuve deux mois plus tôt il ne reste plus que 15 000 survivants. Devant Ancenis ils échouent à passer la Loire, bien gardée par les républicains.
L’historien E. Gabory indique que « la faim, la dysenterie en tuèrent plus que le fer ; rien ne les fit trembler. Ils battirent Kléber, Marceau, Westermann en dix rencontres : ils s’emparèrent d’une dizaine de villes. Sans vivres, sans vêtements, ils parcoururent 170 lieues de chemin en moins de deux mois. Ils traînaient avec eux des femmes, des enfants, des vieillards, des malades- tout un peuple -et leurs difficultés étaient surhumaines. Nulle défaite ne fut plus glorieuse. »

Le massacre de Savenay
Bloqués devant Ancenis, alors ils fuient vers Savenay en passant par Nort et Blain pour rejoindre la Bretagne, où peut-être ils pourront trouver refuge. Ils ne sont plus que 7 000, dont 5 000 en état de se battre. Ils se retrouvent le 22 décembre à Savenay. Au sud, la Loire immense et infranchissable, à l’est l’ennemi qu’ils fuient, au nord des marécages vers la Vilaine, à l’ouest les immenses marécages de la Grande Brière. Vers 13 h les soldats du général républicain Westermann arrivent aux avant-postes vendéens qui ont résolu de vendre chèrement leur vie. A la nuit tombée les républicains cessent le combat malgré leur supériorité en nombre, mais craignant leurs adversaires dans les combats nocturnes.
Le 23 décembre au matin Westermann se frotte les mains, les bleus sont maintenant à quatre contre un. Les Vendéens attaquent les premiers, prennent deux pièces de canon. Pliant sous le nombre, ils sont refoulés dans Savenay, où le combat continue au corps à corps, furieux. Peu d’entre eux peuvent s’échapper, environ 2 000 Vendéens y réussiront. Les autres sont voués au massacre. La chasse à l’homme durera huit jours. Pour l’abréger, on promet la vie sauve à ceux qui se rendront : 1 200 fugitifs s’y laissent prendre : ils sont fusillés au bourg de Savenay.

François Mandin présent a réussi à s’échapper du massacre de Savenay. Son évasion de cet enfer a été racontée dans un livre publié à Abbeville en 1894 : « Paysans et ouvriers – Héros et martyrs », par C. Paillart, Imprimeur-Editeur. Voici l’extrait intitulé « Les deux Mandins » :
« Nés à St Fulgent, au village de la Chaunière (1), les deux cousins ne se ressemblent guère. L’aîné fit toute la grande guerre et passa la Loire : il se conduisit en vrai Vendéen pendant cette lamentable campagne d’outre Loire et parvint à échapper au désastre de Savenay. Monté avec un autre Vendéen dans une moitié de barrique, il se laissa aller au cours de l’eau et parvint à aborder sur la rive gauche de la Loire, cette nuit-là, la lune brillait de tout son éclat, les fugitifs furent aperçus pendant leur périlleuse navigation par les chaloupes armées qui défendaient les rives du fleuve. Malgré les balles qui sifflaient à leurs oreilles, les hardis navigateurs firent une heureuse traversée, et après avoir couru maints dangers parvinrent à rejoindre St Fulgent. »

A son retour François Mandin épousa la veuve de son ancien camarade de combat, François Cougnon, un cousin des frères Cougnon, les intrépides capitaines de paroisse de St André Goule d’Oie. Il éleva aussi l’orphelin survivant, Pierre François. (2) Le couple vécut au village de la Bergeonnière et eut ensuite quatre enfants : Pierre né le 15.09.1799, Jeanne Françoise née le 17.12.1802 et décédée le 25.10.1803, Jeanne née le 25.09.1804 et décédée le 22-10-1805, Geneviève Jeanne née le 08.05.1808.
Son épouse, Jeanne Guilmineau, après avoir perdu son premier mari, vit elle-même la mort de près. L’Abbé Charpentier, dans son ouvrage (1906) : « Saint-André-Goule-d’Oie - Chez nous en 1793 », rapporte l’anecdote suivante, parlant de la femme Mandin : « Un jour, sur le seuil de la maison de Mandin, des cavaliers bleus qui passaient, obligèrent sa femme, Jeanne Guillemineau, à se mettre à genoux. Ils voulaient la fusiller. Le premier lui tire un coup de pistolet : le pistolet rate. Le second l’ajuste : le pistolet rate encore. Un troisième lui met son arme sur le front : le pistolet rate toujours… » La scène s’est déroulée au village de la Bergeonnière. Elle a été rapportée par témoignage oral à l’auteur, un siècle après les évènements et écrite par lui. On ne peut donc pas garantir l’authenticité des détails. Mais il n’y a aucune raison de mettre en doute l’exactitude du fait lui-même.
Dans les « Chroniques paroissiales » des abbés Aillery et Pontdevie (1891), les auteurs racontent un autre épisode de la guerre de Vendée concernant ce Mandin qui avait « échappé au désastre de Savenay et passé la Loire sous le feu des chaloupes canonnières ». Voici en résumé ce qu’ils écrivent.
La maison de ce Mandin a été épargnée lors du passage d’une colonne infernale au mois de mars 1794 à la Bergeonnière. L’histoire de ce « miracle » commence au soir de la bataille de Chauché du 2 février précédent, gagnée par les Vendéens sous les ordres du général Charette, contre trois colonnes infernales, l’une venant de St Fulgent, l’autre des Essarts et la troisième venant de St Denis la Chevasse. Les combats ont été meurtriers et Charette a accepté de donner l’ordre de tuer les prisonniers, sur l’insistance de ses soldats. L’exaspération avait monté parmi eux avec les tueries des colonnes infernales. L’heure était désormais dans le camp vendéen à la vengeance. Au soir de la bataille, un capitaine des « bleus » s’égare dans les champs en voulant se cacher des poursuites des cavaliers vendéens. Il arrive au village de la Bergeonnière et frappe à une porte pour demander l’hospitalité. C’est la maison où loge Pierre François Mandin, revenu lui aussi de la bataille de Chauché. Il accepte de lui donner à manger et de le loger pour la nuit. Le lendemain matin, il le conduira vers St Fulgent.
Deux mois plus tard, la colonne infernale du général Grignon remonte de Chantonnay vers Montaigu. A partir de l’Oie, les destructions sur le côté gauche de la Grande Route sont confiées au capitaine sauvé par Pierre Mandin. La troupe arrive ainsi au village de la Bergeonnière et son capitaine reconnaît tout de suite la maison hospitalière où il fut hébergé au soir de la bataille de Chauché. Il place une sentinelle devant pour la protéger. Toutes les maisons du village furent incendiées sauf celle de Pierre Mandin.

Jeanne Guilmineau est décédée à la Bergeonière le 28-10-1828, à l’âge de 60 ans. Devenu veuf, Pierre François Mandin s’est remarié le 10-2-1835 avec Marguerite Grolleau. Il avait alors 66 ans, quatre ans avant sa mort en 1839. L’aîné de ses enfants, Pierre, est témoin du mariage sur le registre. La nouvelle épouse a 52 ans alors ; elle est veuve elle aussi, de André Lumineau. Elle est la fille de Jacques Grolleau et de Jeanne Pouzet. Jacques Grolleau était meunier à la Boutinière et cette famille a été profondément éprouvée, elle aussi, par les massacres des bleus.

(1) : Il y avait aussi un François Mandin à St Fulgent, qui n’a rien à voir avec celui de St André, ce qui a entraîné l’erreur ci-dessus sur la bonne personne.
(2) : le petit fils de François Cougnon fit ériger en 1886 un calvaire en mémoire de son aïeul mort à Savenay le 21 décembre 1793. L’édifice, situé sur la route de Chauché au carrefour de la Porcelière, a été restauré par l’association Le chant de la Pierre en 2008.

Emmanuel FRANCOIS
Avril 2011, rectifié en janvier 2012